Articles du Vendredi : Sélection du 8 mai 2020


Coronavirus : sept leçons de la crise Txetx Etcheverry www.enbata.info/articles/coronavirus-sept-lecons-de-la-crise

Maintenant que “le roi est nu” (Enbata d’avril 2020), la crise sanitaire rend pertinente l’organisation collective. La métamorphose sociale et économique est tangible et il est possible de remettre les pieds sur terre, au plus près de nos territoires. Un enjeu qui n’est pas seulement environnemental et redéfinit une hiérarchie des valeurs.

Nous devons tirer des leçons de cette crise du coronavirus, de ses causes, de l’incapacité du néo-libéralisme et de nos dirigeants actuels à la prévenir, à la contenir et à la gérer rationnellement. Et nous devons tirer les leçons de ce qu’elle révèle de la fragilité de nos sociétés de moins en moins autonomes et résilientes. Je voudrais aujourd’hui m’arrêter ici, sur sept d’entre elles.

1) Une remise en cause idéologique

L’idéologie néo-libérale de nos dirigeants, qu’ils soient de droite, d’En Marche ou de “gauche” à la mode Hollande, ne nous permet pas de nous préparer aux crises inédites qui vont se multiplier dans nos sociétés et sur notre planète tellement mises à mal par le modèle de développement capitaliste. La fameuse “main invisible du marché” s’avère impuissante à réagir à temps et à gérer comme il se devrait les accidents financiers, comme en 2008, ou sanitaires comme aujourd’hui. De même, loin de maîtriser le changement du climat elle le cause et l’aggrave. Cette crise sanitaire rend au contraire, plus actuels et pertinents que jamais des concepts clefs de l’éco-socialisme et du camp de la justice sociale et de l’urgence climatique comme anticiper, planifier et organiser collectivement. Elle démontre également que l’intérêt individuel ou la recherche de profits personnels sont loin d’être les seules motivations possibles dans nos sociétés. La solidarité et l’entraide entre voisins et habitants d’une même localité, le sens civique des populations, le dévouement de personnels pourtant mal payés comme les soignant-e-s par exemple, le sens de l’intérêt collectif qu’ont manifesté tant d’élus, d’agents administratifs ou de bénévoles associatifs sont autant de valeurs dont cette crise a souligné l’importance et l’enjeu pour nos sociétés.

2) Quand on veut on peut

Depuis 40 ans maintenant, les penseurs et commentateurs néo-libéraux d’un côté, et la “gauche” résignée, les radicaux “insurrectionnalistes” ou les tenants du changement individuel de l’autre, nous auront asséné des poncifs sur l’impuissance de l’État ou du politique. C’est au choix et selon les sensibilités politiques : “L’État est le problème, pas la solution. L’État ne peut pas tout. Tous les mêmes. Voter ne sert à rien. Si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient interdites. Quel que soit le gouvernement, il ne peut rien changer. Ce sont les multinationales qui gouvernent. Je ne fais pas de politique. Je crois plus au changement individuel, et à son exemplarité.” Ces thèses ont largement diffusé dans les esprits, et nuisent beaucoup au camp du changement. C’est en son sein que celles et ceux qui devraient utiliser toutes les ressources de la puissance collective, publique, se laissent convaincre que puisqu’elle ne “peut pas tout”, c’est donc qu’elle ne peut rien, et qu’il faut laisser l’économie capitaliste et la doxa néo-libérale tout régenter. Et c’est bien évidemment en son sein, que gagnés par la résignation, ou le sentiment que la puissance publique ne peut rien, les gens s’abstiennent, refusent de renforcer par leur vote les alternatives écologiques et sociales, dénigrent, diabolisent ou ridiculisent l’engagement politique ou la participation aux institutions. Or, il a suffi d’un petit virus pour démontrer à la masse des gens que quand on veut on peut. La puissance publique peut, si elle le décide, fermer un grand nombre d’entreprises et d’activités jugées non indispensables, peut contrôler et filtrer ses frontières, stopper la circulation aérienne, réquisitionner des entreprises, subventionner massivement tel ou tel secteur, accompagner d’urgence telle reconversion, limiter drastiquement la circulation automobile ou interdire tel comportement ou activité jugée nuisible à l’intérêt collectif ou à la santé publique. Les États, la démocratie, ses institutions ont donc bien le pouvoir de “remettre l’économie à sa place”, de la ré-encastrer dans un certain nombre de contraintes et matrices dictées par la société, la volonté collective, l’intérêt public et le bien commun. On peut subordonner l’économie aux besoins humains, et non l’inverse, comme l’a brillamment décrit Karl Polyani dans La grande transformation. On comprend qu’il serait tout à fait envisageable, s’il y en avait la volonté publique, de mettre en route dès maintenant la métamorphose sociale et écologique qui pourrait éviter le pire à l’Humanité.

3) Pas de “grand soir de l’effondrement”

Contrairement à la vision millénariste de certains “collapsologues”, il n’y a pas de “grand soir de l’effondrement”.

Malgré une économie mondiale à l’arrêt, des échanges internationaux brutalement stoppés, plus de la moitié de la population mondiale confinée, le système ne s’est pas écroulé. Encore moins en quelques jours comme voulaient le croire certains. La capacité de résilience du système n’est pas négligeable et peut permettre au capitalisme de s’adapter et de se réorganiser, d’une manière qui risque d’être payée au prix fort par les plus vulnérables. Arrêter de lutter pour sa transformation ou son remplacement en prétextant qu’il va s’effondrer de lui-même et qu’il vaut mieux se préparer à l’après, risque fort de causer beaucoup de désillusions, au moins dans les quelques décennies à venir. Par contre, il est de plus en plus évident que nous allons connaître une répétition de crises majeures aux origines diverses, qui seront autant de moments de remises en cause du système, de prises de conscience des populations. Si nous nous y préparons dès aujourd’hui, si nous nous organisons de mieux en mieux et de plus en plus massivement, nous pouvons les transformer en opportunités de changement, de bifurcation, qui évitent justement l’effondrement à terme, non pas du système mais de nos sociétés.

4) Qu’est ce qui est essentiel ?

Cette crise et cette longue période de confinement peuvent aider à revoir la hiérarchie des valeurs construite dans l’inconscient collectif par le capitalisme et la société de consommation.

Quels sont nos vrais besoins, ceux qu’il est indispensable d’assurer, et quels sont ceux qui sont moins incontournables ? Au-delà de nos besoins de base, santé, nourriture etc. qu’est-ce qui est vraiment important ? De quoi avons le plus besoin ? Plus de biens ? Plus de liens ? Plus d’artifices pour fuir la réalité ou plus de sens à nos vies ? Edgar Morin appelle à profiter de cette déflagration mondiale pour “nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins, nos vraies aspirations masquées dans les aliénations de la vie quotidienne”. Quelles sont les professions dont ne peut pas se passer une société ? Les publicitaires ? Les traders ? Les commerciaux ? Les designers ? Ou les aides-soignantes ? Les éboueurs ? Les caissières ? Leurs salaires et leur prestige social correspond-il à leur niveau d’utilité ? Quelles sont les activités et productions qu’on pourrait supprimer ou radicalement limiter pour réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre, l’extraction de matières premières et de ressources diverses et notre empreinte écologique globale ?

5) La nature passe sa facture

Il est encore trop tôt pour connaître avec certitude l’origine du virus Covid19. Ce que l’on sait par contre, c’est que déforestation, urbanisation grandissante, élevage industriel et intensif sont la cause actuelle de la multiplication des zoonoses, maladies transmises de l’animal à l’humain, qui constituent au moins 60% des maladies infectieuses émergentes. Dans un tout autre registre, le GIEC et la Banque Mondiale avertissent depuis des années déjà, que le changement climatique va multiplier les pandémies tropicales sous nos contrées. Et la fonte du pergélisol (ou permafrost) qu’il cause pourrait réveiller des virus vieux, oubliés ou inconnus de nos défenses immunitaires actuelles. La crise actuelle fait toucher du doigt à nos sociétés entières que la nature passe tôt ou tard la facture des dégradations et perturbations que l’on peut lui causer. Et qu’on l’a tellement abîmée que l’on paie désormais cette facture cash et à très grande échelle. Dérèglement du climat, fragilisation des écosystèmes, extinction de la biodiversité causés par notre modèle de développement actuel vont avoir des conséquences de plus en plus coûteuses pour l’Humanité, actuelle et à venir. Selon une étude internationale, dirigée par Yi- Ming Wei (institut de technologie de Pékin) publiée ce mois-ci dans la revue Nature Communications, le coût de l’inaction climatique sera comparable à celui d’une pandémie annuelle, d’une crise telle que celle du coronavirus chaque année ! Cette crise sanitaire qui suit de près les gigantesques incendies en Australie, est accompagnée d’une invasion massive de criquets en Afrique de l’Est et d’une une sécheresse exceptionnelle en Europe centrale. Bref, nos sociétés commencent à intégrer le fait que l’urgence écologique et climatique n’est pas tant une question environnementale qu’un problème énorme, essentiel, incontournable sur les plans sanitaire, alimentaire, économique, social et démocratique, et ce pour l’Humanité toute entière.

6) Nos sociétés sont fragiles

Si le grand effondrement n’a pas eu lieu, cette crise révèle quand même au grand jour l’extrême vulnérabilité et dépendance de nos sociétés actuelles. Un virus contenu dans un animal consommé sur le marché d’une ville chinoise (ou échappé d’un laboratoire de la même ville, peu importe), se répand à travers la planète en quelques semaines à peine, grâce à l’explosion du trafic aérien, qu’il soit lié aux échanges commerciaux ou au tourisme de masse. Et il est désormais là, partout, pour un an ou plus, le temps de mettre au point le vaccin qui pourra l’éradiquer, en espérant qu’il n’ait pas muté entre temps. Jusqu’au prochain ? On s’aperçoit alors que ces décennies de démantèlement de l’État providence, des services publics, des politiques publiques de santé nous rendent incapables de contenir (par la distribution massive de masques et produits désinfectants, par un dépistage précoce et massif et des mises en quarantaines ciblées) la pandémie, le temps de trouver un traitement pour faire face à ses conséquences les plus graves, et qu’il faut du coup recourir à des méthodes du Moyen-Age comme le confinement de l’ensemble des populations menacées. On se rend compte que nous dépendons de l’autre bout du monde pour l’élaboration de nos propres médicaments, masques de protection ou tests de dépistage, et que notre économie s’arrête s’il lui manque un certain nombre de pièces produites sur d’autres continents. Et on commence à s’interroger sur notre niveau global de dépendance et donc de vulnérabilité aux crises économiques, politiques, sanitaires ou militaires à venir.

7) Reprendre possession de nos conditions de vie

Cette crise peut aider à faire germer la conviction du besoin indispensable de changer de système avant qu’il ne soit trop tard, de renforcer le combat contre le “retour à l’anormal”. Nous voulons et nous pouvons construire une autre manière de gérer nos sociétés et de concevoir les relations entre humains, et entre Humanité et nature. Il existe des alternatives au modèle économique actuel, et l’économie peut et doit avoir une place radicalement différente dans nos vies et nos sociétés, pour qu’elle redevienne un moyen et non une fin et une menace. Nous devons retrouver nos souverainetés réelles, alimentaires, médicales, énergétiques, économiques, culturelles, au plus près des territoires dans lesquels nous vivons, pour y cultiver solidarité et diversité, sources de résilience. Nous devons relocaliser l’économie et la démocratie. Nous devons remettre les pieds sur terre, tout en prenant conscience de notre interdépendance face aux grands enjeux actuels. Edgar Morin, encore, nous dit que cette crise met en relief “la communauté de destin de tous les humains en lien inséparable avec le destin bio-écologique de la planète Terre”. Personne ne s’en sortira uniquement de son côté, face au changement climatique ou aux diverses pandémies. Les grands défis de notre temps sont des questions à solidarité internationale obligatoire. En une phrase, il nous faut au sein de chaque communauté locale, au niveau de chaque territoire, reprendre possession des conditions de nos vies afin de ne pas contribuer davantage à l’effondrement de ce monde, et pour mieux se préparer aux crises à venir, rendues inévitables par les dégâts déjà causés. Cette crise du coronavirus nous indique la voie à suivre, dans la droite ligne du projet Euskal Herri Burujabe. L’alternative est là, bien tangible, à la portée de chacun·e d’entre nous et elle a déjà commencé à se construire, ici et maintenant. Il s’agit de mettre en route, partout dans le monde, 1000 projets de territoires souverains, soutenables et solidaires, pour stopper cette mondialisation capitaliste et néo-libérale qui menace de détruire nos sociétés et nos conditions de vie dignes et civilisées sur cette planète. Nous y prendrons notre part.

Monique Pinçon-Charlot : « c’est la première secousse d’un séisme plus profond » Daniel Mermet https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/monique-pincon-charlot-c-est-la-premiere-secousse-d-un-seisme-plus-profond

Maintenant que “le roi est nu” (Enbata d’avril 2020), la crise sanitaire rend pertinente l’organisation collective. La métamorphose sociale et économique est tangible et il est possible de remettre les pieds sur terre, au plus près de nos territoires. Un enjeu qui n’est pas seulement environnemental et redéfinit une hiérarchie des valeurs.

Nous devons tirer des leçons de cette crise du coronavirus, de ses causes, de l’incapacité du néo-libéralisme et de nos dirigeants actuels à la prévenir, à la contenir et à la gérer rationnellement. Et nous devons tirer les leçons de ce qu’elle révèle de la fragilité de nos sociétés de moins en moins autonomes et résilientes. Je voudrais aujourd’hui m’arrêter ici, sur sept d’entre elles.

1) Une remise en cause idéologique

L’idéologie néo-libérale de nos dirigeants, qu’ils soient de droite, d’En Marche ou de “gauche” à la mode Hollande, ne nous permet pas de nous préparer aux crises inédites qui vont se multiplier dans nos sociétés et sur notre planète tellement mises à mal par le modèle de développement capitaliste. La fameuse “main invisible du marché” s’avère impuissante à réagir à temps et à gérer comme il se devrait les accidents financiers, comme en 2008, ou sanitaires comme aujourd’hui. De même, loin de maîtriser le changement du climat elle le cause et l’aggrave. Cette crise sanitaire rend au contraire, plus actuels et pertinents que jamais des concepts clefs de l’éco-socialisme et du camp de la justice sociale et de l’urgence climatique comme anticiper, planifier et organiser collectivement. Elle démontre également que l’intérêt individuel ou la recherche de profits personnels sont loin d’être les seules motivations possibles dans nos sociétés. La solidarité et l’entraide entre voisins et habitants d’une même localité, le sens civique des populations, le dévouement de personnels pourtant mal payés comme les soignant-e-s par exemple, le sens de l’intérêt collectif qu’ont manifesté tant d’élus, d’agents administratifs ou de bénévoles associatifs sont autant de valeurs dont cette crise a souligné l’importance et l’enjeu pour nos sociétés.

2) Quand on veut on peut

Depuis 40 ans maintenant, les penseurs et commentateurs néo-libéraux d’un côté, et la “gauche” résignée, les radicaux “insurrectionnalistes” ou les tenants du changement individuel de l’autre, nous auront asséné des poncifs sur l’impuissance de l’État ou du politique. C’est au choix et selon les sensibilités politiques : “L’État est le problème, pas la solution. L’État ne peut pas tout. Tous les mêmes. Voter ne sert à rien. Si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient interdites. Quel que soit le gouvernement, il ne peut rien changer. Ce sont les multinationales qui gouvernent. Je ne fais pas de politique. Je crois plus au changement individuel, et à son exemplarité.” Ces thèses ont largement diffusé dans les esprits, et nuisent beaucoup au camp du changement. C’est en son sein que celles et ceux qui devraient utiliser toutes les ressources de la puissance collective, publique, se laissent convaincre que puisqu’elle ne “peut pas tout”, c’est donc qu’elle ne peut rien, et qu’il faut laisser l’économie capitaliste et la doxa néo-libérale tout régenter. Et c’est bien évidemment en son sein, que gagnés par la résignation, ou le sentiment que la puissance publique ne peut rien, les gens s’abstiennent, refusent de renforcer par leur vote les alternatives écologiques et sociales, dénigrent, diabolisent ou ridiculisent l’engagement politique ou la participation aux institutions. Or, il a suffi d’un petit virus pour démontrer à la masse des gens que quand on veut on peut. La puissance publique peut, si elle le décide, fermer un grand nombre d’entreprises et d’activités jugées non indispensables, peut contrôler et filtrer ses frontières, stopper la circulation aérienne, réquisitionner des entreprises, subventionner massivement tel ou tel secteur, accompagner d’urgence telle reconversion, limiter drastiquement la circulation automobile ou interdire tel comportement ou activité jugée nuisible à l’intérêt collectif ou à la santé publique. Les États, la démocratie, ses institutions ont donc bien le pouvoir de “remettre l’économie à sa place”, de la ré-encastrer dans un certain nombre de contraintes et matrices dictées par la société, la volonté collective, l’intérêt public et le bien commun. On peut subordonner l’économie aux besoins humains, et non l’inverse, comme l’a brillamment décrit Karl Polyani dans La grande transformation. On comprend qu’il serait tout à fait envisageable, s’il y en avait la volonté publique, de mettre en route dès maintenant la métamorphose sociale et écologique qui pourrait éviter le pire à l’Humanité.

3) Pas de “grand soir de l’effondrement”

Contrairement à la vision millénariste de certains “collapsologues”, il n’y a pas de “grand soir de l’effondrement”.

Malgré une économie mondiale à l’arrêt, des échanges internationaux brutalement stoppés, plus de la moitié de la population mondiale confinée, le système ne s’est pas écroulé. Encore moins en quelques jours comme voulaient le croire certains. La capacité de résilience du système n’est pas négligeable et peut permettre au capitalisme de s’adapter et de se réorganiser, d’une manière qui risque d’être payée au prix fort par les plus vulnérables. Arrêter de lutter pour sa transformation ou son remplacement en prétextant qu’il va s’effondrer de lui-même et qu’il vaut mieux se préparer à l’après, risque fort de causer beaucoup de désillusions, au moins dans les quelques décennies à venir. Par contre, il est de plus en plus évident que nous allons connaître une répétition de crises majeures aux origines diverses, qui seront autant de moments de remises en cause du système, de prises de conscience des populations. Si nous nous y préparons dès aujourd’hui, si nous nous organisons de mieux en mieux et de plus en plus massivement, nous pouvons les transformer en opportunités de changement, de bifurcation, qui évitent justement l’effondrement à terme, non pas du système mais de nos sociétés.

4) Qu’est ce qui est essentiel ?

Cette crise et cette longue période de confinement peuvent aider à revoir la hiérarchie des valeurs construite dans l’inconscient collectif par le capitalisme et la société de consommation.

Quels sont nos vrais besoins, ceux qu’il est indispensable d’assurer, et quels sont ceux qui sont moins incontournables ? Au-delà de nos besoins de base, santé, nourriture etc. qu’est-ce qui est vraiment important ? De quoi avons le plus besoin ? Plus de biens ? Plus de liens ? Plus d’artifices pour fuir la réalité ou plus de sens à nos vies ? Edgar Morin appelle à profiter de cette déflagration mondiale pour “nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins, nos vraies aspirations masquées dans les aliénations de la vie quotidienne”. Quelles sont les professions dont ne peut pas se passer une société ? Les publicitaires ? Les traders ? Les commerciaux ? Les designers ? Ou les aides-soignantes ? Les éboueurs ? Les caissières ? Leurs salaires et leur prestige social correspond-il à leur niveau d’utilité ? Quelles sont les activités et productions qu’on pourrait supprimer ou radicalement limiter pour réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre, l’extraction de matières premières et de ressources diverses et notre empreinte écologique globale ?

5) La nature passe sa facture

Il est encore trop tôt pour connaître avec certitude l’origine du virus Covid19. Ce que l’on sait par contre, c’est que déforestation, urbanisation grandissante, élevage industriel et intensif sont la cause actuelle de la multiplication des zoonoses, maladies transmises de l’animal à l’humain, qui constituent au moins 60% des maladies infectieuses émergentes. Dans un tout autre registre, le GIEC et la Banque Mondiale avertissent depuis des années déjà, que le changement climatique va multiplier les pandémies tropicales sous nos contrées. Et la fonte du pergélisol (ou permafrost) qu’il cause pourrait réveiller des virus vieux, oubliés ou inconnus de nos défenses immunitaires actuelles. La crise actuelle fait toucher du doigt à nos sociétés entières que la nature passe tôt ou tard la facture des dégradations et perturbations que l’on peut lui causer. Et qu’on l’a tellement abîmée que l’on paie désormais cette facture cash et à très grande échelle. Dérèglement du climat, fragilisation des écosystèmes, extinction de la biodiversité causés par notre modèle de développement actuel vont avoir des conséquences de plus en plus coûteuses pour l’Humanité, actuelle et à venir. Selon une étude internationale, dirigée par Yi- Ming Wei (institut de technologie de Pékin) publiée ce mois-ci dans la revue Nature Communications, le coût de l’inaction climatique sera comparable à celui d’une pandémie annuelle, d’une crise telle que celle du coronavirus chaque année ! Cette crise sanitaire qui suit de près les gigantesques incendies en Australie, est accompagnée d’une invasion massive de criquets en Afrique de l’Est et d’une une sécheresse exceptionnelle en Europe centrale. Bref, nos sociétés commencent à intégrer le fait que l’urgence écologique et climatique n’est pas tant une question environnementale qu’un problème énorme, essentiel, incontournable sur les plans sanitaire, alimentaire, économique, social et démocratique, et ce pour l’Humanité toute entière.

6) Nos sociétés sont fragiles

Si le grand effondrement n’a pas eu lieu, cette crise révèle quand même au grand jour l’extrême vulnérabilité et dépendance de nos sociétés actuelles. Un virus contenu dans un animal consommé sur le marché d’une ville chinoise (ou échappé d’un laboratoire de la même ville, peu importe), se répand à travers la planète en quelques semaines à peine, grâce à l’explosion du trafic aérien, qu’il soit lié aux échanges commerciaux ou au tourisme de masse. Et il est désormais là, partout, pour un an ou plus, le temps de mettre au point le vaccin qui pourra l’éradiquer, en espérant qu’il n’ait pas muté entre temps. Jusqu’au prochain ? On s’aperçoit alors que ces décennies de démantèlement de l’État providence, des services publics, des politiques publiques de santé nous rendent incapables de contenir (par la distribution massive de masques et produits désinfectants, par un dépistage précoce et massif et des mises en quarantaines ciblées) la pandémie, le temps de trouver un traitement pour faire face à ses conséquences les plus graves, et qu’il faut du coup recourir à des méthodes du Moyen-Age comme le confinement de l’ensemble des populations menacées. On se rend compte que nous dépendons de l’autre bout du monde pour l’élaboration de nos propres médicaments, masques de protection ou tests de dépistage, et que notre économie s’arrête s’il lui manque un certain nombre de pièces produites sur d’autres continents. Et on commence à s’interroger sur notre niveau global de dépendance et donc de vulnérabilité aux crises économiques, politiques, sanitaires ou militaires à venir.

7) Reprendre possession de nos conditions de vie

Cette crise peut aider à faire germer la conviction du besoin indispensable de changer de système avant qu’il ne soit trop tard, de renforcer le combat contre le “retour à l’anormal”. Nous voulons et nous pouvons construire une autre manière de gérer nos sociétés et de concevoir les relations entre humains, et entre Humanité et nature. Il existe des alternatives au modèle économique actuel, et l’économie peut et doit avoir une place radicalement différente dans nos vies et nos sociétés, pour qu’elle redevienne un moyen et non une fin et une menace. Nous devons retrouver nos souverainetés réelles, alimentaires, médicales, énergétiques, économiques, culturelles, au plus près des territoires dans lesquels nous vivons, pour y cultiver solidarité et diversité, sources de résilience. Nous devons relocaliser l’économie et la démocratie. Nous devons remettre les pieds sur terre, tout en prenant conscience de notre interdépendance face aux grands enjeux actuels. Edgar Morin, encore, nous dit que cette crise met en relief “la communauté de destin de tous les humains en lien inséparable avec le destin bio-écologique de la planète Terre”. Personne ne s’en sortira uniquement de son côté, face au changement climatique ou aux diverses pandémies. Les grands défis de notre temps sont des questions à solidarité internationale obligatoire. En une phrase, il nous faut au sein de chaque communauté locale, au niveau de chaque territoire, reprendre possession des conditions de nos vies afin de ne pas contribuer davantage à l’effondrement de ce monde, et pour mieux se préparer aux crises à venir, rendues inévitables par les dégâts déjà causés. Cette crise du coronavirus nous indique la voie à suivre, dans la droite ligne du projet Euskal Herri Burujabe. L’alternative est là, bien tangible, à la portée de chacun·e d’entre nous et elle a déjà commencé à se construire, ici et maintenant. Il s’agit de mettre en route, partout dans le monde, 1000 projets de territoires souverains, soutenables et solidaires, pour stopper cette mondialisation capitaliste et néo-libérale qui menace de détruire nos sociétés et nos conditions de vie dignes et civilisées sur cette planète. Nous y prendrons notre part.

« L’angoisse du chômage risque de servir d’épouvantail pour reconduire le monde d’hier » Audrey Garric www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/03/l-angoisse-du-chomage-risque-de-servir-d-epouvantail-pour-reconduire-le-monde-d-hier_6038513_3244.html

L’économiste Gaël Giraud appelle à lancer une réindustrialisation verte et une relocalisation de l’économie française, en la finançant par l’annulation partielle des dettes publiques européennes.

Directeur de recherche au CNRS, professeur à l’Ecole nationale des ponts et chaussées et prêtre jésuite, l’économiste Gaël Giraud appelle à lancer une réindustrialisation verte et une relocalisation de l’économie française après la crise du Covid-19. Cet ancien chef économiste de l’Agence française de développement estime que cette relance verte pourrait être financée par l’annulation partielle des dettes publiques européennes.

Une relance verte est-elle la solution pour sortir de la crise tant sanitaire qu’économique et climatique ?

Cela me paraît une évidence. Cette pandémie est la réponse des écosystèmes naturels aux ravages que nous leur infligeons. Si l’on ne profite pas du déconfinement pour tourner la page de la société thermo-industrielle et de la destruction de la biodiversité, pour renégocier totalement notre rapport à la nature, je ne sais pas ce qu’il nous faudra comme alerte pour y parvenir.

En quoi consisterait la construction du « monde de demain » à vos yeux ? Quelles seraient les urgences à la sortie du confinement ?

Actuellement, 50 % des services et de l’industrie sont à l’arrêt et 85 % du BTP. Il faut les remettre en marche le plus vite possible. Mais pas n’importe comment. Il faut mettre en place une réindustrialisation verte et une relocalisation de l’économie française. Ce que montrent la pandémie et les confinements sur la planète, c’est que nos industries sont extrêmement dépendantes de chaînes de valeur internationales très fragiles, à flux tendus, qui ne sont pas résilientes à la défaillance du moindre chaînon.

Comment s’y prend-on pour relocaliser ?

Paradoxalement, je pense qu’il ne faut pas commencer tout de suite par l’industrie, car c’est le plus complexe. La relance pourrait débuter par l’accélération de la rénovation des bâtiments publics et privés, qui est un extraordinaire bassin d’emplois non délocalisables. Cela coûterait 30-40 milliards d’euros par an pour le bâti public, qui pourraient être financés par les banques françaises en faisant usage de la garantie publique – l’Etat vient de concéder 300 milliards d’euros de garanties. On peut lancer ce chantier dans deux ou trois régions car nous n’avons pas assez d’ouvriers qualifiés pour l’ensemble du territoire. Le secteur du BTP pourrait créer des filières d’apprentissage avec l’aide de l’Etat et, dans trois ans, nous aurons les bataillons d’ouvriers qualifiés nécessaires pour étendre ce chantier à l’ensemble de notre territoire.

Il faut également profiter du choc actuel pour donner un signal clair : désormais, on ne construit que des voitures électriques en France. Nos constructeurs savent déjà le faire et les normes européennes nous y obligent. On pourrait aussi passer à l’hydrogène pour les autres modes de transport (bus, camions, trains). La filière française, notamment Air Liquide, les grands acteurs de l’énergie, et les constructeurs, ont besoin de bons outils financiers pour accélérer. Ces questions de mobilité verte doivent aussi être accompagnées d’un réaménagement du territoire pour optimiser la consommation d’énergie. Il faut mettre fin à la métropolisation et développer des petites villes très denses avec beaucoup de transports urbains et entourées de polyagriculture. Des circuits courts transporteraient les produits agricoles par le train depuis les terroirs locaux jusqu’aux commerces à proximité de la gare. Cela suppose aussi de réhabiliter une partie du réseau ferroviaire. Tout cela est connu depuis dix ans au moins, mais demande du courage politique

Ensuite, il faudra mener une réindustrialisation verte, c’est-à-dire rapatrier une partie des chaînes de production que l’on a délocalisées depuis trente ans. D’autant que le contexte macro-économique mondial qui avait favorisé ces délocalisations a disparu : les salaires chinois ont grimpé… On peut commencer par les secteurs industriels très mécanisés. Cela consiste à produire des machines plus sobres en énergie, plus faciles à recycler, et à utiliser une énergie décarbonée. C’est plus difficile pour d’autres secteurs, comme le textile, le cuir, la chaussure qui demandent de la main-d’oeuvre qualifiée, plus chère chez nous qu’au Bangladesh ou en Tunisie.

Comment réagissez-vous au vote par l’Assemblée nationale et le Sénat, dans le projet de loi de finances rectificative, de 20 milliards d’euros pour recapitaliser des entreprises stratégiques en difficulté sans réelle contrepartie environnementale ?

C’est un très mauvais signal. Les entreprises ont besoin de manière urgente de liquidités. Mais, si on ne les conditionne pas à des contreparties environnementales, et au fait qu’elles servent l’intérêt général, on court le risque de commettre les mêmes erreurs qu’après la crise de 2008. A ce moment-là, le gouvernement, sous Nicolas Sarkozy, avait recapitalisé la plupart des grandes banques françaises qui étaient au bord de la faillite, à hauteur de 10 milliards d’euros, sans aucune condition sur l’usage qu’elles feraient de cet argent public. Elles ont repris le business as usual. Certaines ont simplement fait semblant de s’être converties à la finance verte en émettant des « obligations vertes » qui n’ont rien de particulièrement écologique.

Il y a un risque énorme que, pris par l’obsession du rebond économique, nous remettions en selle des projets qu’il faut abandonner à cause du réchauffement climatique. La Chine, par exemple, est en train d’augmenter ses projets de centrales à charbon. Passer outre les contraintes environnementales serait une erreur tragique. On risque de s’enfermer dans un faux dilemme opposant la création d’emplois et l’environnement.

Le maintien des emplois à court terme est-il compatible avec la relance verte ?

L’angoisse du chômage risque de servir d’épouvantail pour reconduire le monde d’hier. On relancerait des emplois très vite en apparence, mais en réalité nous resterions enfermés dans des impasses industrielles qui ne créeront pas d’emplois à terme. La tendance de long terme du monde thermo-industriel est de détruire des emplois puisque l’on y substitue le pétrole à l’énergie humaine. Au contraire, la reconstruction écologique crée énormément d’emplois nouveaux, dans les bâtiments, les transports, l’agriculture, l’industrie. Mais elle a un « défaut » : elle nécessite d’apprendre de nouveaux métiers que beaucoup d’entre nous ne connaissons pas encore.

Cela suppose un Etat stratège qui planifie la transition industrielle, un Etat qui finance les formations et les reconversions professionnelles et un Etat employeur en dernier ressort – par exemple, en créant des établissements publics industriels et commerciaux à but non lucratif.

Comment financer cette relance verte ?

Il faut consentir à une forte hausse de la dette publique. Le ratio dette publique sur PIB, de 98 % aujourd’hui, va au moins passer à 115 % à la fin de l’année. L’austérité budgétaire serait une énorme erreur : elle ne permettra pas de diminuer ce ratio. En revanche elle achèvera de détruire l’économie.

La plus intéressante des solutions réside, à ce jour, dans l’annulation partielle des dettes publiques européennes détenues par la Banque centrale européenne (BCE). Francfort détient environ 2 000 milliards d’euros de dette souveraine rachetée depuis 2015. Nous pouvons décider d’annuler cette dette que nous nous devons à nous-mêmes. Pour la France, cela dégagerait 400 milliards d’euros que l’on pourrait dépenser tout de suite. Pour la BCE, cela signifierait la perte de ses fonds propres (80 milliards d’euros). Mais une banque centrale peut vivre avec des fonds propres négatifs, comme l’a rappelé récemment la banque des règlements internationaux. C’est la confiance dans l’euro qui assure la crédibilité de la BCE, et non l’inverse. Reconstruire l’Europe est le meilleur moyen de conserver cette confiance. Et les traités européens ne nous obligent pas à recapitaliser la BCE. Cette remise de dettes permettrait de donner une bouffée d’oxygène budgétaire à tous les pays.

Covid19 osteko Euskal Herriko Ekonomia Ekologikoaren alde Euskal Komunitate zientifiko eta akademikoarnen manifestua https://euskalherriapostcovid19.eus

COVID-19a munduan eta Euskal Herrian aurrekaririk gabeko krisia sortzen ari da, pertsona-, jendarte- eta ekonomian kostu suntsitzaileak sortuz. Komunitate zientifikoaren zati handi bat pandemiaren jatorria eta garapena ulertzeko, eta birusaren hedapena geldiarazteko etenik gabe ahaleginean ari den bitartean, eremu akademikotik gaur egungo egoerari buruz dugun ikuspegia plazaratzeko beharra sentitzen dugu, baita lan ildo batzuk proposatzeko ere, iraganean egindako akats larriak berriro ez gertatzeko eta etorkizun berri baten eraikuntzari modu egokian heltzeko.

Zientziak ohartarazi du naturarekin dugun harreman arduragabean sustraitzen dela gaur egun pairatzen dugun krisia. Ezin dugu ahaztu bizitzen ari garen krisi honek bat egiten duela ingurumena eta jendartearentzat larriak diren beste krisi global batzuekin, hala nola biodibertsitatearen galera azkartuarekin edo klima-aldaketarekin, azken hauek anbizio politiko eskasa dela tarteko oraindik konponbide argirik gabe jarraitzen dutelarik. COVID-19aren ondorioetatik osatzeko aukera, bai norbanako zein talde gisa, gure erresilientziaren eta eraldatzeko gaitasunaren araberakoa izango da. Bidegurutze historiko baten aurrean gaude: bide oker beretik jarraitu edo norabidea aldatu.

COVID-19a eragin sakona izaten ari da, bai maila humanoan baita ekonomikoan ere, neurri handi batean Euskal Herrian ere errotuta dagoen garapen eredu globalaren ondorioz. Eredu honek, bere burua mantentzeko, natura suntsitzearen beharra du, gero eta inpaktu eta ingurumen-desoreka handiagoak sortuz, horri lotuta dauden kostu sozial larriak areagotuz. Gaur egungo eredu ekonomikoaren ahuleziak argi eta garbi ikus ditzakegu ispilu aurrean jarrita: langabezia-poltsa handiak eta lan-prekarietatea, osasunaren eta garapen ekonomikoaren arteko dikotomia faltsuaren imajinarioa, sektore publiko beharrezkoen gaineko presio gero eta handiagoa (hala nola osasuna, hezkuntza edo zientzia arloetan), lan-sektore feminizatuak eta zainketa-sistemaren krisi sakona, finantza-sektorearen eta korporazioen presioak kontraprestaziorik gabe laguntza publikoak jasotzeko, kanpoko elikagaien sektorearen eta banaketa-enpresa handien mendekotasuna areagotzea, informazioaren teknologia berrien bidez gizarte-kontrolari lotutako arriskua handitzea, etab.

Euskal Herriko etorkizun sozio-ekologikoarekin konprometituta gauden pertsonak garenez, uste dugu jarraibide horiek gizarte iraunkorragoa eta bidezkoagoa ekarriko dutela, balio positiboetan oinarrituta natura eta pertsona guztiak errespetatzeko pentsatuak daudelako

Norabidea aldatu

COVID-19aren ondorioetatik osatzeko aukera, bai norbanako zein talde gisa, gure erresilientziaren eta eraldatzeko gaitasunaren araberakoa izango da. Bidegurutze historiko batean aurrean gaude: bide oker beretik jarraitu edo norabidea aldatu.

Egungo eredu sozio-ekonomikoaren beste ahultasun garrantzitsu bat jendartearen balizko egonkortasuna lortzeko hazkunde ekonomiko jarraituari eusteko beharra da, nahiz eta eredu horrek klima-aldaketaren eta biodibertsitatearen galeraren ondoriozko gizarte- eta ingurumen-krisiak areagotzen dituen. Biodibertsitatea beharrezkoa da ekosistemen funtzio garrantzitsuei eusteko, baita COVID-19a bezalako birusak pertsonengana hedatzea saihesteko ere. Zientzialariek hainbat hamarkada daramatzate ohartarazten biodibertsitatea galtzea eta ekosistemen degradazioa, hazi ezin hobea direla etorkizunean birus-agerraldi gehiago izateko. Biodibertsitatea zaintzea, ikuspuntu horretatik, bizi-asegurua da gure jendartearentzat, eta, beraz, inbertsio estrategikoa; sekula ez gastua.

Jakin badakigu pandemia aldi honetan, epe laburrean bada ere, ingurunean hauteman daitezkeen ondorio positiboak bistan direla, hala nola herri eta hirietako airearen kutsadura murriztea, berotegi-efektua eragiten duten gasen emisioak murriztea edo ingurune naturalari eragiten diogun presioa gutxitzea. Baina eragin positibo hauek “normaltasunera” bueltatzean desagertzeko arriskua dute. Ahalegin itunduak egin behar dira, denboran sostengatuak eta justizia sozialaren parametroen arabera planifikatuak, gizarte- eta ingurumen-adierazleen hobekuntzari denboran eutsi ahal izateko.

Diagnostiko horren aurrean, ikuspegi integrala behar dugu, COVID-19aren osteko mundu erresiliente, iraunkor eta bidezkoa planifikatzeko, baita Euskal Herrian ere. Ezin gara atzean gelditu. Kalkula ezinezko kostua lukeen akats estrategikoa litzateke erronka hauei ez heltzea. Gaur egun bizi dugun krisia aukera paregabea da jendartearengan balio positiboak sustatzeko, hala nola elkartasuna edo elkar-zaintza ezinbesteko dohainak dira beharrezkoa dugun eraldaketa lortzeko bidean. Balio hauek, bestalde, gure balkoietatik soma ditzakegu, jendarteak eskerrak eman nahi izan dizkionean oinarrizko sektoreetan lan egiten duten pertsonei, osasungintzatik hasita, zaintza, oinarrizko zerbitzu eta funtsezko produktu eta zerbitzuak eskaintzen dizkiguten pertsona guztiak ahaztu gabe. Paradoxikoki, langile hauetako askoren lan-baldintzak kaskarrak eta ia aintzatespenik gabekoak izan ohi dira.

Gaur egun bizi dugun krisia aukera paregabea da jendartearengan balio positiboak sustatzeko, hala nola elkartasuna edo elkar-zaintza; ezinbesteko dohainak dira beharrezkoa dugun eraldaketa lortzeko bidean.

Euskal Herrian lan egiten dugun eta/edo beste herrialde batzuetan irakaskuntza eta zientzia lana egiten dugun esparru akademikoko pertsonek sinatutako adierazpen honen helburua da Euskal Herrian benetan jasangarria den eredu sozio-ekonomiko baterantz aurrera egiteko oinarri batzuk iradokitzea, bai krisian murgilduta gauden bitartean baita ondoren ere. Eraldaketa hori bultzatzeko oinarrizko bost ildo estrategiko proposatzen dugu. Ondorengo proposamen hauek atzerapenik gabe zehaztu eta aplikatu beharko lirateke, osasun krisiaren ostean norabide jasangarriago bat finkatzeko asmoz:

1 – Barne Produktu Gordinaren (BPG) hazkunde agregatuan oinarritutako garapen-eredua alde batera uztea. Zentzu horretan, iraunkortasun ezagatik edo funtsik gabeko kontsumoa gehiegi bultzatzeagatik txikiagotu behar duten sektore batzuk, batez ere jatorri fosil edo nuklearreko erregaiak erabiltzeari lotuak, meatzaritza, eta abar, hazi daitezkeen eta, beraz, inbertsioa behar duten ekoizpen-sektoreetatik bereizi behar dira (adibidez, funtsezko sektore publikoak, hala nola hezkuntza, osasuna, energia eta material iraunkorrekin lotutako sektoreak). Horretarako, beharrezkoa da BPGa adierazle nagusi gisa erabili beharrean, ingurumeneko eta ekonomiako kontabilitateko sistema integratuetan oinarritutako beste adierazle batzuekin eta garapen iraunkorreko bide bat markatzea helburu duten adierazleekin ordezkatzea. Horiek guztiek hazkunde ekonomikoak giza ongizatean eta planetaren ongizatean eta, adiera zabalenean, gizarte eta ingurumenean dituen eraginak kontuan hartu behar dituzte, bizitzaren iraunkortasuna bermatuko duen etorkizunera bideratu ahal izateko.

2 – Erakunde publikoek muga ekologikoak kontuan hartzen dituzten ekoizpen-, inbertsio- eta kontsumo-politikak sustatzea, eta etorkizuneko belaunaldientzat zor bidegabe eta onartezina  saihestea. Era berean, Oinarrizko Errenta Unibertsala bitarteko, pertsonak zentroan jartzen dituen zainketa-sistema bat garatu behar da, gure zaurgarritasuna eta elkarrekiko mendekotasuna onartuta. Hortik abiatuta, ekoizpen-ereduaren helburua herritarren osasuna eta ongizatea bermatuko duten funtsezko ondasun eta zerbitzuak ziurtatzea izan behar da, erresilientzia gertutasunean, publikotasunean eta ondasun komunaren aldeko apustuan oinarrituz. Era horretara, merkatu globalarekiko, honek duen aldakortasunarekiko eta espekulazioarekiko mendekotasuna minimizatuko da, zeina, hein handi batean, funtsezko ondasun eta zerbitzu horien ekoizpena deslokalizatzeko estrategien mende dagoen. Erronka hau 0 km-ren kontzeptua zabaldu eta gauzatzean datza hain zuzen ere.

3 – Ingurumen-fiskalitate progresiboa diseinatu eta ezartzea, baliabide naturalen gehiegizko ustiapena albo batera utzi eta, aldi berean, klima-krisiari eta ekosistemen degradazioari aurre egiteko. Hori ere tresna estrategikoa izango da trantsizio ekologikoa finantzatzeko, bide batez zientzian eta teknologian nahitaezko inbertsioak eginez.

Ekonomikoki aurreratuta dagoen herrialdea garen aldetik, neurri batean historikoki hartu dugun zor ekologikoarengatik, Europan aurrealdean kokatu behar gara garapen iraunkorreko politika errealak bultzatuz, eta ekintza politiko ororen erdian krisi klimatikoaren erronka jarri behar dugu.

4 – Ingurumen-, ekonomia- eta gizarte- gehiegizko kostuak eragiten dituzten azpiegitura handietan eta garraiobide jasanezinetan oinarritutako mugikortasun-eredua alde batera uztea. Azpiegituretako inbertsio handiei luzamendua ezarri behar zaie, bai une honetan bai etorkizunean, behar diren funtsezko zerbitzuei lehentasuna emateko. Ezinbestekoa da mugikortasun-eredu berri bat diseinatzea, ingurumenari kalte gutxiago egiten diona eta energia gutxiago xahutzen duena, motorrik gabeko mugikortasunak eta garraio publikoak pisu handiagoa duena, eta hurbiltasun-sareak sortzea ardatz duena.

5 – Nekazaritza- eta elikadura-sistema eraldatzea, agroekologian oinarritutako elikadura burujabetzan aurrera egiteko. Horrek biodibertsitatea kontserbatzea, elikagai jasangarriak eta tokikoak ekoiztea bermatzen du, beti ere lan-baldintza duinetan oinarrituta.

Horretarako, lurraldea berrantolatu behar da eta elikagaiak ekoitzi eta banatzeko kate globalak birkokatu behar dira, ekoizleen eta kontsumitzaileen arteko hurbiltasun-harremana bultzatzeko, eta biodibertsitatea, ura eta ingurune naturala hiri- herri- eta landa-guneekin eta haien prozesuekin orekan egoteko. Halaber, elikadura osasungarri eta elikagarrirako eskubidea errespetatu, babestu eta bermatzea, batez ere gaur egun bizi dugun bezalako krisi egoeretan.

Gaur egun, inoiz baino gehiago, hurbiltasunean oinarritutako funtsezko ondasun eta zerbitzuen horniduraren printzipioaren zehaztasunak gure jardueren lurraldekotzea lehenestera garamatza, gobernatzeko modu berrien bidez. Horien artean, tokian-tokiko ekosistemak klima krisira egokitzeko oinarri bihurtzen dira; maila globalean deskarbonizazioa mitigazioari lotuta dagoen bezala.

Euskal Herriko etorkizun sozio-ekologikoarekin konprometituta gauden pertsonak garenez, uste dugu jarraibide horiek gizarte iraunkorragoa eta bidezkoagoa ekarriko dutela, balio positiboetan oinarrituta natura eta pertsona guztiak errespetatzeko pentsatuta daudelako. Etorkizuneko belaunaldientzat inbertsiorik onena dela sinetsita gaude, egoera zailei aurre egin beharko baitiete. Uste dugu, gainera, proposatutako oinarriak gaur egungo eredu jasanezinaren alternatiba direla, eta, beraz, lehenbailehen Auzolanean lan egin behar dugula etorkizun berri bat eraikitzeko, ziurgabetasunak kudeatzen ikasiz. Euskal Herrian aukera berriak irekitzeko une egokia da. Gizarte- eta lurralde-eragile eta -taldeei, Euskal Herriko lurralde guztietako ordezkari instituzionalei eta, oro har, Euskal jendarte osoari eskatzen diegu aukera hau pasatzen ez uztea.

 

Adeitasunez, Euskal Herrian, 2020ko maiatzean

Zeren gain gaude ?

MANIFESTUA SINATU