Articles du Vendredi : Sélection du 26 février 2021


Le Haut Conseil pour le climat appelle le Parlement à renforcer le projet de loi Coralie Schaub www.liberation.fr/environnement/climat/le-haut-conseil-pour-le-climat-appelle-le-parlement-a-renforcer-le-projet-de-loi

Dans un avis publié mardi, l’organisme indépendant estime que la plupart des mesures du projet de loi qui sera examiné à l’Assemblée nationale en mars ont un effet potentiel limité sur le niveau des émissions de gaz à effet de serre.

Une occasion manquée et un Parlement qui devra relever le niveau. C’est en substance ce que pense le Haut Conseil pour le climat (HCC) du projet de loi «portant sur la lutte contre le dérèglement climatique et le renforcement de la résilience face à ses effets», déjà critiqué ces dernières semaines par à peu près tout le monde, du Conseil d’Etat aux ONG en passant par le Conseil économique, social et environnemental (Cese). L’avis publié ce mardi par cet organisme indépendant créé en 2019 – qui s’est autosaisi pour l’occasion – vise à analyser la contribution du projet de loi à la transition bas-carbone et le processus d’évaluation du texte au regard du climat, en amont du processus législatif qui doit démarrer en mars.

Rattraper le retard de la France

Le HCC estime que ce projet de loi issu des travaux de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) et présenté le 10 février en Conseil des ministres «constitue une opportunité importante de rattraper dans les années à venir le retard pris par la France dans ses budgets carbone», alors que la décennie en cours est «cruciale pour répondre à l’urgence climatique».

La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone sur son territoire d’ici à 2050 en divisant ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par un facteur supérieur à six par rapport à 1990. Mais le HCC rappelle que le premier budget carbone (2015-2018) censé permettre d’y parvenir n’a pas été respecté, avec un dépassement «important» estimé à 61 Mt éqCO2 (millions de tonnes équivalent CO2). Et «le rythme actuel de réduction des émissions est encore insuffisant», insiste la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC.

Les émissions françaises ont en effet baissé de 1,2 % par an en moyenne sur les cinq dernières années (2015-2019 inclus), alors que la diminution attendue devrait être de 1,5 % par an sur la période du deuxième budget carbone (2019-2023) et de 3,2 % par an dès 2024, indique l’organisme. Et si la baisse des émissions en 2019 (-1,7 %) respecte le budget carbone annuel indicatif fixé par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), c’est aussi parce que le plafond de ce budget a été relevé en 2020 par le gouvernement, «contre l’avis du HCC, reportant ainsi l’effort à accomplir».

Dans ce contexte, le projet de loi climat peut-il permettre de rattraper le retard pris par la France ? A priori, pas tel qu’il est actuellement, répond le HCC. L’étude d’impact associée au texte affirme que celui-ci «contribue à sécuriser l’atteinte d’entre la moitié et les deux tiers du chemin à parcourir entre les émissions en 2019 et la cible de 40 % de réduction en 2030, soit une réduction de 112 Mt éqCO2 /an». Surtout, pour le HCC, «l’absence de transparence méthodologique ne permet pas de s’exprimer sur l’impact attendu du projet de loi», déplore l’avis. Car «l’étude d’impact ne respecte pas les grands principes d’une bonne évaluation des politiques publiques recommandés par le HCC dans son rapport sur l’évaluation des lois».

«Portée réduite»

D’autres articles du projet de loi portent directement sur les pratiques émettrices à travers des instruments variés (dispositifs d’information, incitations économiques, outils réglementaires), visant à agir sur la décarbonation, l’efficacité énergétique et la maîtrise de la demande. Las, «une proportion élevée de ces mesures voit sa portée réduite par un périmètre d’application limité, voire ponctuel, des délais de mise en œuvre allongés ou encore de nombreuses conditions associées à leur application», déplore le HCC.

Par exemple, l’article 4 du projet de loi visant à réguler la publicité «ne porte que sur une interdiction des publicités sur les énergies fossiles et non plus largement sur un ensemble de biens et services manifestement incompatibles avec la transition bas carbone», tels que les véhicules lourds et peu aérodynamiques (SUV, etc.) ou certains produits alimentaires, regrette Corinne Le Quéré.

Autre exemple, dans le secteur du bâtiment, les articles 41 et 42 interdisant l’augmentation des loyers pour les passoires thermiques ainsi que la location de ces logements mal isolés en 2028, «ne s’appliquent pas aux propriétaires occupants (qui représentaient 58 % des occupants de passoires thermiques en 2018)». Quant à l’article 36 portant sur la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs là où il existe une alternative bas carbone en moins de 2h30, il concerne huit liaisons «qui ne représentaient en 2019 que 10 % du trafic de passagers aérien métropolitain», indique le HCC. Pour qui «cette limite fixée à 2h30 est beaucoup trop basse».

«Apport très marginal»

De nombreuses mesures du projet de loi prévoient par ailleurs des délais allongés de mise en œuvre (échéances à 2024, 2025, 2030…), que le HCC juge «manifestement incompatibles avec le rythme attendu de l’action contre le changement climatique et le rattrapage du retard pris par la France». Et de citer l’exemple de l’article 60, relatif à la qualité des repas proposés dans les services de restauration collective publique, qui «ne prévoit une extension à la restauration collective privée qu’à partir de 2025 alors qu’une stratégie intégrée est nécessaire dès aujourd’hui pour construire la baisse d’émissions associée au secteur agriculture-alimentation».

D’autant que le rehaussement fin 2020 de l’objectif européen de réduction des émissions de -40 % à -55 % en 2030 par rapport à 1990 «pourrait impliquer un relèvement de l’effort français», avertit l’organisme.

La mère des batailles Peio Etcheverry-Ainchart www.enbata.info/articles/la-mere-des-batailles

Le Programme local de l’habitat, qui s’apprête à être adopté par la Communauté d’Agglomération Pays Basque, aura des conséquences durables sur la politique du logement et plus largement sur l’aménagement du territoire. Or rien ne semble mis en oeuvre pour freiner la construction et s’attaquer aux logements vacants ou occasionnellement occupés. Une anomalie lourde de conséquences sociales et environnementales.

Le mois dernier, je consacrais ma chronique à une idée liée à la problématique du logement, celle d’une mesure législative visant à encadrer les prix de l’immobilier en zones tendues. Pour cette chronique de début d’année, je comptais bien ne pas lasser mes quelques généreux lecteurs avec de nouvelles cogitations liées au logement, surtout à l’heure de souhaiter une bonne année ; mais le mois de décembre m’a laissé penser que cette bataille nécessitait au contraire de ne pas perdre une minute.

Étant quelque peu rangé des voitures depuis plusieurs mois en matière politique, je dois avouer n’avoir que très peu suivi les débats de la Communauté d’Agglomération, y compris dans le domaine du logement. C’est à l’occasion du dernier conseil municipal de Saint-Jean-de-Luz que ces enjeux me sont revenus à la face avec un avis à donner au sujet du projet de PLH, arrêté depuis le mois de février dernier et bientôt en phase d’adoption.

Le PLH –ou Programme local de l’habitat–, c’est le principal document stratégique fondant la politique du logement au plan communautaire, et fixant notamment des objectifs chiffrés de production de logement pour une durée de six ans.

La finalisation de ce PLH est un moment très important, car il engage notre territoire au sens large pour plusieurs années. Pas seulement six ans mais bien davantage, car si on le met en parallèle avec les autres documents de planification stratégique en cours (entre autres le SCOT, le PCAET, le PDU et les PLUI), et surtout avec le rythme effréné dans lequel la situation foncière change en particulier sur le littoral, ce qui sera fait à court terme aura un impact bien plus durable que les six seules prochaines années.

Or, ce qui frappe essentiellement dans le document soumis au débat et qui est relativement nouveau au regard du paradigme de ces dernières années, c’est le fait qu’il faille à l’avenir produire moins de logements dans la frange littorale (-23%). C’est étonnant quand on sait que l’alpha et l’oméga des politiques du logement était de produire davantage pour répondre à la demande, en particulier depuis que le président Macron avait établi le principe du “choc de l’offre”.

Cela semble donc parfait en façade, sauf qu’en réalité il est prévu d’en construire encore plus de 2.600 par an, alors même qu’il est par ailleurs souligné que les besoins dans les zones rétro-littorale et rurale sont générés par ruissellement de la Côte, où précisément la résidence secondaire joue un rôle de puissante concurrence à la résidence principale.

Alors, produire 2.600 logements par an quand plus de 50.000 sont vides ?

Produire toujours plus ?

À mes yeux, c’est une grande contradiction à la fois sociale et environnementale.

Sociale parce que, comme nous ne cessons de le répéter, le droit d’avoir un logement doit passer avant celui d’en avoir deux et cela doit constituer un préalable qui fait défaut à ce projet de PLH, qui se fonde trop sur de la construction neuve.

Le droit d’avoir un logement doit passer avant celui d’en avoir deux et cela doit constituer un préalable qui fait défaut à ce projet de PLH, qui se fonde trop sur de la construction neuve.

C’est aussi une contradiction environnementale car si le PLH évoque le manque de foncier, il oublie que préconiser même de manière “maîtrisée et mieux répartie” de nouvelles constructions entraîne fatalement une consommation supplémentaire de ce foncier déjà manquant, avec tous les effets induits que cela comporte : artificialisation des sols, extension des réseaux, multiplication des mobilités quotidiennes, accès aux services, à la culture ou aux sports rendu difficile puisque lointain, etc.

Franchement, je ne pense pas qu’il soit possible d’approuver un programme de production qui ne prétende pas d’abord corriger ces anomalies, surtout quand elles sont aussi lourdes de conséquences au regard du contexte climatique actuel.

Cela suppose au contraire de remettre en chantier la bataille sur le logement “inoccupé”, adjectif volontairement large qui inclut le logement secondaire, saisonnier et vacant.

Après une dizaine d’années de bataille menées par AB puis EHBai, et par le relais de Sylviane Alaux alors députée, la résidence secondaire avait fini par être rendue sur-taxable.

Mais on le voit aujourd’hui, la mesure n’est pas assez contraignante pour entraîner la remise de ces biens sur le marché de la résidence principale, à peine suffit-elle à abonder des budgets municipaux en souffrance ; il faut donc repartir à la bataille pour accentuer l’effort. Quant aux locations saisonnières, véritables plaies de nos littoraux, il est anormal de laisser localement Max Brisson seul en pointe – je me permets d’ailleurs de le féliciter pour son effort méritoire. Quant à la vacance, c’est un problème aussi ardu qu’essentiel, notamment en Pays Basque intérieur.

Construire pour qui ?

Tout ceci me semble fondamental en amont de toute production. Mais au moment même de produire, il convient aussi de se demander pour qui. Il est prévu dans le PLH que l’effort en matière de nouveaux logements portera sur le logement social, à hauteur d’un peu plus de la moitié des logements, laissant encore le tiers des nouveaux logements à destination du secondaire, ce qui est un comble.

Mais, même en matière sociale, si l’on met en parallèle de vertueux objectifs avec les dispositions de la loi ELAN sur l’accession sociale à la propriété, nous pouvons parier qu’une énorme part des logements en PSLA (Prêt social location-accession) de demain deviendront les biens en revente –hors de prix– d’après-demain, accentuant sur le littoral mais aussi dans tout le Labourd intérieur les dérives que nous connaissons aujourd’hui. Il faut une part d’accession sociale, c’est évident, mais il faut aussi préciser qu’elle doit être mieux encadrée voire quasi systématiquement produite sur des modalités de type BRS (Bail Réel Solidaire) ou baux à long terme.

Bref, ce PLH, qui va nous engager pour plusieurs années dans des logements qu’on ne pourra pas détruire ensuite, pose de sérieux problèmes de fond. Dans le contexte actuel, laisser passer ce projet, puis les SCOT et autres PLUI qui seront forcément à l’avenant, serait une irresponsabilité sociale et environnementale, et serait fuir ce qui me paraît être aujourd’hui la mère des batailles en termes d’aménagement du territoire.

La « nature » à travers les langues : protège-t-on bien tous la même chose ? Frédéric Ducarme, docteur en écologie et chercheur associé au Muséum Nationale d’Histoire Naturelle www.goodplanet.info/2021/02/16/la-nature-a-travers-les-langues-protege-t-on-bien-tous-la-meme-chose

À la croisée de la biologie, des sciences du langage et de l’anthropologie, des scientifiques se sont demandés si, en parlant de nature, l’espèce humaine, dans la diversité des langues, parlait bien de la même chose. Leurs résultats publiés dans la revue Conservation Biology montrent que les visions de la nature diffèrent selon les langages et donc que les visions pour la préserver le peuvent aussi. Fréderic Ducarme, docteur en écologie et chercheur associé au Muséum National d’Histoire Naturelle nous explique la portée de cette recherche How the diversity of human concepts of nature affects conservation of biodiversity (comment la diversité des concepts de nature au sein de l’espèce humaine affecte la conservation de la biodiversité) à laquelle il a pris part.

La « nature » est un terme proverbialement difficile à définir, que même Diderot et d’Alembert ont soigneusement contourné [1]. Par chance, ce terme, ou des dérivés proches, est le même dans quasiment toutes les langues européennes : natur, nature, natura, natureza, naturaleza, natuur, nádúr, natyra, natură, náttúran… Même les isolats non indo-européens comme le basque ou le maltais ont adopté cette racine latine, et sa signification vaporeuse.

Sortir d’une vision unique de la Nature

Cependant, la protection de la nature est, on le sait, une affaire globale. Il convient donc de s’assurer d’une bonne traduction de ce terme dans toutes les langues du monde, l’enjeu étant d’harmoniser objectifs et politiques. Mais c’est ici que l’affaire se corse : comme l’a montré l’anthropologue Philippe Descola [2], l’Occident chrétien se fait une idée très particulière de la nature, et les autres cultures en ont soit une idée plus ou moins différente, soit carrément pas du tout – pour qu’un tel concept ait un sens, il faut imaginer du « non-nature », idée bien exotique à de nombreux peuples peu urbanisés.

La globalisation de l’enjeu conservationniste nécessite donc d’abord de se mettre d’accord sur l’objet de cette conservation, et ainsi de vérifier que le terme habituellement utilisé par les dictionnaires et traducteurs pour transposer « nature » correspond bien à ce que les scientifiques ont en tête. Une équipe d’écologues, linguistes et philosophes du Muséum National d’Histoire Naturelle, avec l’aide de linguistes du monde entier (et notamment de l’INALCO) a donc entrepris de recenser ces mots, et d’éclaircir leur bagage sémantique et étymologique afin d’identifier de possibles difficultés dans la transposition de l’idée de protection de la nature [3]. Le premier constat a été qu’à l’image de l’Europe, la plupart des grands ensembles civilisationnels sont relativement homogènes sur le terme utilisé, en général tiré de la langue liturgique locale (latin, arabe, pāli, etc). Ainsi, 7 milliards d’humains de tous les continents n’utilisent en fait que 20 morphèmes différents pour dire ce mot, dont voici les principaux :

  • 自然 (zì rán): ce mot chinois est composé de deux caractères, qui signifient « soi-même » et « ainsi ». Il y a donc une idée de spontanéité, d’autonomie, d’inaltéré, qui n’est pas sans rappeler certaines définitions d’Aristote. Ce terme, plus ou moins modifié, est également présent dans toute l’aire tao-confucéenne : Corée, Japon, Vietnam, et toutes les langues sino-tibétaines de Chine.
  • ធម្មជាតិ (dhammajāt) : ce mot provient du pāli, langue ancienne de l’Inde devenue langue liturgique du bouddhisme theravada, répandu dans toute l’Asie du sud-est. Ce mot a donc été adopté par la quasi-totalité des langues de la péninsule indochinoise, comme le thaï, le khmer, le lao, le birman, le cinghalais, et même en vietnamien dans certains usages (en compétition avec le mot chinois). Profondément lié au bouddhisme, il signifie que quelque chose est conforme aux règles de l’univers. Il s’agit cependant de règles mobiles d’un univers en changement permanent, il n’y a donc rien de fixiste dans ce sémantisme.
  • प्रकृति (prakṛti-) : ce mot indien, issu du sanskrit (langue liturgique de l’hindouïsme), est utilisé dans le monde indien hindou, c’est-à-dire l’essentiel des langues de l’Inde comme l’hindi et le telugu mais aussi le népali et le bengali. La racine indo-européenne permet une translittération assez pratique : il s’agit de pro-création, c’est-à-dire l’idée très dynamique d’une prolifération, d’une créativité permanente, qui peut faire penser à Darwin.
  • Природа (priroda) : le monde slavo-orthodoxe utilise une racine slave, de la Croatie à l’Ukraine, et de Prague à Vladivostok. Le roumain (langue orthodoxe mais romane) et le polonais (langue slave mais catholique) font exception en préférant le mot latin, même si les deux racines coexistent en polonais. Ce terme vient du dieu slave Rod, dieu archaïque créateur, de la naissance, de la vie et de la génération (rod signifie encore « lignée, héritage » en russe). On a donc encore ici une idée de prolifération créatrice, un peu comme dans les langues indiennes.
  • طبيعة / טֶבַע (tiv’a / tabî’a) : les langues sémitiques (hébreu, araméen, arabe…) utilisent une racine très originale pour dire la nature : issue de l’artisanat, cette racine verbale désigne l’action d’imprimer une forme, notamment pour frapper une monnaie. On a donc affaire à une représentation très passive et inerte de la nature, résultat de l’action d’un artisan : nous sommes donc bien dans des langues liées au monothéisme abrahamique, qui voient dans la nature le résultat matériel d’un plan divin métaphysique – ce sens passif a beaucoup influencé l’évolution sémantique du terme européen, très dynamique à la base et très fixiste après la christianisation. Le terme arabe s’est disséminé dans la plupart des langues du monde musulman, du Maroc à la Chine occidentale en passant par le monde persan, et notamment dans toute l’Asie centrale (où il est écrit en cyrillique, табиат). Etonnante exception, les langues musulmanes indiennes (ourdou, punjabi) préfèrent un autre mot arabe, qudrat, qui signifie « pouvoir », dans le sens cosmique des lois de l’univers.

Quand la langue détermine la manière dont la Nature et sa protection sont perçues

Nature, zi-ran, dhammajat, prakrti, priroda et tabia : vous savez maintenant comment six milliards et demi d’humains disent « nature ». Mais fort de votre nouvelle érudition, vous êtes aussi conscient des subtiles variations, différences et écarts qui existent entre ces mots : certains sont très dynamiques quand d’autres sont fixes, certains actifs et d’autres passifs, certains concrets et d’autres abstraits, certains sont des causes et d’autres des résultats…

Historiquement, la conservation de la nature en Occident s’est concentrée sur des « objets » : ce furent d’abord des espaces (parcs nationaux, monuments naturels, sites inscrits), puis des espèces (espèces menacées, espèces patrimoniales, espèces charismatiques [4]). Cette vision de la protection de la nature était tout à fait cohérente avec la vision abrahamique de la création, déjà incarnée par le mythe de Noé. Cependant, le XIXe siècle a remis en cause cette vision fixiste [5], avec la naissance des sciences de l’évolution sous l’impulsion de Lamarck et Darwin, puis de l’écologie avec Haeckel et Tansley. Les écologues contemporains s’intéressent désormais moins aux objets qui incarnent la nature à un instant t qu’aux processus qui contrôlent leurs fluctuations. La conservation de la nature se concentre donc désormais beaucoup plus sur les causes que sur les effets, c’est-à-dire sur la biodiversité, les processus naturels, les chaînes trophiques ou fonctionnelles, les cycles biogéochimiques ou encore les « services écosystémiques ».

Résultat, les conceptions les plus éloignées de cette représentation écologique de la nature sont paradoxalement l’européenne et la sémitique, les seules à dénoter une nature fixe, passive et inerte ! L’idée d’une nature animée par des flux de matière et d’énergie est assez intuitive en ourdou, hindi ou en thaï, langues dans lesquelles la nature est spontanément dynamique et proactive. Hélas, la globalisation médiatique tend pourtant à aligner progressivement tous ces mots sur le sens occidental, appauvrissant ainsi la diversité sémantique de l’humanité : les peuples qui avaient la vision la plus fine et la plus « moderne » de ce qu’est la nature risquent de régresser vers un créationnisme américain au moment même où il est crucial que les occidentaux modernisent leur vision de la nature. Il est donc primordial de préserver cette subtilité sémantique si l’on veut pouvoir préserver la nature qu’elle embrasse, et la faire percoler dans les langues et culture dont la vision est encore trop fixiste.

Et si les langues étrangères nous permettaient aussi de progresser en sciences ?

 

RÉFÉRENCES [1] Frédéric Ducarme et Denis Couvet, « What does « nature » mean ? », Nature Humanities & Social Sciences Communications, vol. 6, no 14,‎ 2020 (DOI 10.1057/s41599-020-0390-y). [2] Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 2005, 640 p. (ISBN 2-07-077263-2). [3]Frédéric Ducarme, Fabrice Flipo et Denis Couvet, « How the diversity of human concepts of nature ffects conservation of biodiversity », Conservation Biology 34 (6), 2020 (DOI 10.1111/cobi.13639). [4] Frédéric Ducarme, Gloria Luque, Franck Courchamp, « What are “charismatic species » for conservation biologists”, BioSciences Master Reviews 1, 1-8, 2013. [5] Alexandre Robert et al., « Fixism and conservation science », Conservation Biology 31 (4), 781-788, 2017.

Ekonomiaren berreraikuntza ekologikoaren alde Unai Pascual – Ingurumen ekonomiako doktorea www.berria.eus/paperekoa/1876/021/001/2021-02-19/ekonomiaren-berreraikuntza-ekologikoaren-alde.htm

Iazko maiatzean COVID-19aren lehen olatuan, euskal komunitate zientifikoak Euskal Herria post-COVID-19 agiria plazaratu zuen, ekonomia ekologikoan oinarritutako normaltasun berri bat aldarrikatzen zuena. Helburua zen eztabaida sozial sakona sustatzea, egungo krisi sozioekologikotik eredu ekonomiko erresiliente eta bidezkoago batera igarotzeko. 800 bat euskal zientzialarik, 200 gizarte-eragilek eta milaka pertsonak babestu zuten beren sinadurarekin manifestua.

Egungo sindemiak, gizarte-, ingurumen- eta osasun-faktoreen arteko elkarrekintza negatibo globalak, frogatu du pertsonen eta naturaren zaintzak talka egiten duela egungo metabolismo ekonomikoarekin.

Egungo sistema ekonomikoak, muga ekologikoei erreparatu gabe material- eta energia-erabileraren hazkunde etengabean oinarrituak, berriro ere erakutsi du oso zaurgarria dela. Haren hedatze-grina balaztarik gabeko tren baten, eta zapalgailu suntsitzaile baten antzekoa da. Planeta finitu batean etengabeko hazkundea bilatzeak arazo ziklikoak eragiten ditu, ekonomikoak, sozialak eta ekologikoak, eragin globala dutenak.

Egungo krisia adibide argia da. COVID-19 ez da ustekabean iritsi, komunitate zientifikoak aspaldi ohartarazi du horrelako pandemien arriskua. Klima-krisia eragin duten faktore berberek ekosistema naturalak suntsitzen dituzte, eta pandemia berriak sortzeko aukera areagotzen dute, Osasunaren Mundu Erakundeak eta Biodibertsitateari eta Ekosistemen Zerbitzuei Buruzko Gobernu-arteko Plataformak (IPBES) esan duten gisan.

Diagnostikoa oso argia da. Gizakiak elkarren mendekoak gara, baina eko-mendekoak ere bagara. Ezagutzen dugun bizitzaren jasangarritasuna une historiko kritikoa igarotzen ari da, non hainbat krisi global elkartzen baitira (klima, energia, biodibertsitatea, zainketak, pandemia). Beraz, norabidea aldatzeko eta planeta-mailan ongizatea eta osasuna bermatuko dituen trantsizio sozioekologikoa sustatzeko garaia da. Ekonomia berregituratu egin behar da errenta eta lanpostuak sortzeko. Horretarako, BPGaren moduko adierazleen protagonismoa murriztu behar da, eta erresilientzia sozioekologikoan inbertsioak lehenetsi. Erresilientzian inbertitzeak esan nahi du krisi globalekin lotutako hainbat shock-motatara egokitzeko eta leuntzeko gaitasuna handitzea, ongizatearen funtsezko adierazleei eusteko, hala nola enplegu egonkorrari, ondasun publikoen eskuragarritasunari (hezkuntza, zaintza eta osasuna), ingurumen osasuntsu baten eskubide eta zaintzari, edo elkarri laguntzeko gizarte-sare sendo bati. Pentsamolde-aldaketa hori inoiz baino beharrezkoagoa da giza ongizatea, komunitate-zaintza eta justizia soziala lortzeko. Lanari ekiten ez badiogu, datozen belaunaldiek are zailagoa izango dute aldaketa egitea.

Euskal komunitate zientifikoaren parte gisa, uste dugu beharrezkoa dela gogoeta soziala egitea parte hartzen dugun pertsona eta komunitate bakoitzaren gaitasun intelektual, ekonomiko, sozial eta kulturaletatik abiatuta konponbide integralak identifikatzeko. Pandemiaren ondorioz ekonomia gelditu izanak aukera bikaina eskaintzen du ekonomiaren, osasunaren eta ingurumenaren arteko lotura hurbil, iraunkor eta bidezkoak berrezartzeko. Gogoeta parte-hartzaile horrek balio behar digu etorkizun erresiliente eta justuan kokatzeko. Horretarako, beharrezkoa da gizarte mailan koordinatzea banakako zein taldekako ekintzak, sektore pribatukoak zein administrazio publikoetakoak.

Azken hilabeteok erakutsi dute kolpearen aurrean gizarte-zaurgarritasunaren maila desberdinak daudela, pertsonen osasunaren eta egoera sozioekonomikoaren arabera. Egungoa bezalako uneetan, Hegoaldearen eta Iparraldearen arteko desoreka sozial handiak ikusten dira, baita herrialde bakoitzeko gizarte-maila desberdinen artekoak ere. Biztanleriak pairatzen dituen eragin desberdinen azaleratzeak argi adierazten du erresilientzia eskasa, banakoen, sektoreen eta gizartearen behar eta lehentasunen artean sortzen diren ezinegonena.

Normaltasun berria deitu dugunak koordenatu sozioekologiko erresiliente eta bidezkoetan kokatu behar du. Egoera horretatik indartuta ateratzeko, ezinbestekoak dira partaidetza kolektibotik bilatutako irtenbideak, administrazioak eta eragile publikoek lagundurikoak, onura kolektiboa norbanakoen nahien aurretik jarriko dutena.

Kezka handiz ikusten ditugu bi elementu, ongizatea eta planetaren osasuna bermatuko dituen eredu sozioekonomikoari aurre egiten diotenak.

Alde batetik, eredu ekonomiko zaharraren bidez ekonomia suspertzeko inertzia, adibidez, ibilgailu pribatuan oinarritutako hipermugikortasuna sustatuz mugikortasun iraunkorraren ordez, edo azpiegitura ikonikoak populazioaren sektore handien eguneroko lehentasunen aurrean jarriz. Badira gizabanako eta kolektibo sozial bakoitzak normaltasun berriaren alde konprometitzeko eta lan egiteko behar duen ahalduntzearen aurka jokatzen duten faktoreak, hala nola beldurra, asperdura eta arazo konplexuei irtenbide sinpleak emateko nahia. Aurrerapen zientifikoak bultzatu behar dira, eta gizartearen parte hartzeko eta antolatzeko gaitasuna sustatu. Auzolan garaia da, lan solidario eta komunitarioaren garaia. Guztion zaintza bilatzen duten lekuko komunitateen erabakimena harmonizatzeko eta balioesteko garaia da.

Hilabete gutxi barru inbertsio estrategikoak abian jartzeko aukera izango dugu, neurri handi batean Europako funtsen laguntzarekin. Funts horiek kontu handiz esleitu behar dira egungo ekoizpen-eredua ekonomia ekologiko eta, beraz, bidezko eta eraginkorrerantz eraldatzeko, eta emaitzen jarraipena egin behar da. Horretarako, euskal komunitate zientifikoak administrazioek ezarritako berreraikitze-funtsen esleipenari buruzko proposamenak eginez lagundu beharko luke. Ezin diogu tren honi ihes egiten utzi.

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