Articles du Vendredi : Sélection du 8 janvier 2021


2020 : l’année la plus chaude en France depuis 1900 Meteofrance https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers-0/2020-lannee-la-plus-chaude-en-france-depuis-1900

Avec une valeur moyenne sur l’ensemble du pays atteignant 14 °C, la température de l’année 2020 se classera ainsi au 1er rang des plus fortes valeurs mesurées depuis 1900, devant 2018 (13,9 °).

Une année hors du commun.

Cette année 2020 a été jalonnée par une succession de mois « chauds » à l’exception des mois de juin et octobre relativement proches de la normale.

En début d’année, le pays a connu son second mois de février le plus chaud de l’histoire, jalonné par plusieurs pics de douceur remarquable et de nombreux records.

Durant l’été, deux épisodes de canicule ont concerné la France, du 30 juillet au 1er août, puis du 6 au 13 août. Le mois de septembre a ensuite été marqué par une vague de chaleur tardive exceptionnelle du 13 au 17. Après un mois d’octobre légèrement frais, novembre a bénéficié de conditions anticycloniques et d’une douceur exceptionnelle.

Enfin, malgré un début et une fin de mois plutôt frais, ce mois de décembre 2020 sera en moyenne doux, à la faveur des températures généreuses du 14 au 24.

Depuis 2015, le climat a connu une évolution stupéfiante Émilie Massemin https://reporterre.net/Depuis-2015-le-climat-a-connu-une-evolution-stupefiante

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, en 2015, les climatologues observent une augmentation sans précédent des températures et une multiplication des événements météorologiques extrêmes — typhons, canicules, pluies torrentielles…

Le samedi 12 décembre 2015 à 19 h 32, Laurent Fabius, président de la COP21, marquait d’un coup de marteau l’adoption de l’Accord de Paris pour le climat par l’ensemble des 195 délégations du monde entier présentes au Bourget ce jour-là. Objectif : contenir le réchauffement climatique « nettement en-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et […] poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C ». Un an plus tôt, le cinquième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) de 2014 — qui établissait entre autres que la période 1983-2013 était probablement la période la plus chaude depuis 1.400 ans et que la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère avait atteint son niveau le plus haut depuis 800.000 ans — a joué un rôle crucial dans l’adoption de cet accord. Comment la recherche scientifique sur le climat a-t-elle évolué depuis ces deux dates cruciales ? Reporterre fait le point.

Des observations de plus en plus inquiétantes

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, les vagues de chaleur et les événements climatiques extrêmes se sont multipliés. « Je suis marqué par l’accumulation de données ces cinq dernières années, dit Jean Jouzel, l’ancien vice-président du groupe scientifique du Giec, à Reporterre. En 2015, nous sortions à peine d’un plateau dans le réchauffement qui avait commencé en 2000. Depuis, les cinq dernières années sont parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Tout ce qui avait été envisagé dans les années 1980 est devenu réalité, que ce soit pour le rythme de réchauffement, l’augmentation du niveau de la mer, l’augmentation du nombre et de l’intensité des événements climatiques extrêmes. » Ainsi, l’année 2020 a connu un nombre record de tempêtes suffisamment fortes pour être nommées. Fin novembre, Sydney, qui traverse une canicule sévère, enregistrait la température nocturne la plus élevée jamais mesurée auparavant. En octobre, le Colorado était ravagé par le plus grand incendie de son histoire tandis ce que des inondations tuaient plus d’une centaine de personnes au Vietnam.

De nouvelles avancées scientifiques sur le climat et son évolution

La compréhension de ces phénomènes météorologiques extrêmes a récemment franchi une nouvelle étape. « Depuis 2013-2014 a émergé un ensemble d’études qui s’intéressent à l’influence des activités humaines sur ces événements, explique à Reporterre Christophe Cassou, chercheur au Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs) et spécialiste de la variabilité climatique. Par exemple, on a pu calculer que les activités humaines et leurs émissions de gaz à effet de serre rendaient cinq à dix fois plus probable la survenue d’épisodes caniculaires tels que celui qui a touché la France en 2019. » Aujourd’hui, cette influence des activités humaines est devenue prédominante. « 2020 sera l’année la plus chaude ou la deuxième plus chaude jamais enregistrée. Normalement, les records de température globale chaleur surviennent en présence du phénomène El Niño. Mais là, 2020 se caractérise par un événement inverse que l’on appelle La Niña. Normalement, cet événement tend à réduire la température globale et cela montre bien à quel point la hausse des températures liées aux activités humaines surpasse les fluctuations naturelles. »

Les chercheurs comprennent aussi mieux pourquoi la hausse des températures n’est pas continue dans le temps, même si les émissions de gaz à effet de serre continuent à croître. « Le réchauffement a ralenti entre 2000 et 2014 puis a repris à un bon rythme à partir de 2015, indique Christophe Cassou. Depuis le dernier rapport du GIEC de 2013-2014, nous connaissons mieux les raisons de ces modulations planétaires. Elles sont liées aux fluctuations de la capacité de l’océan Pacifiques à capturer de l’énergie de l’atmosphère et à la stocker sous forme de la chaleur en profondeur. »

Jean Jouzel, lui, retient des avancées dans la documentation des vagues de chaleur océaniques et le dernier rapport de l’IPBES – le Giec de la biodiversité – qui met en lumière le lien entre changement climatique et effondrement du vivant : « Dans ce rapport, le changement climatique est considéré comme la troisième cause de perte de la biodiversité. »

Enfin, pour Christophe Cassou, le rapport intermédiaire du Giec consacré à l’objectif de 1,5 °C a constitué un tournant : « On est passé de l’alarme climatique à l’urgence climatique en montrant que chaque fraction de degré compte et qu’un réchauffement global additionnel de 0,5 °C peut avoir des conséquences régionales très importantes. Par exemple, dans les régions polaires, un réchauffement global de 1,5 °C entraîne chaque année une chance sur cent d’un océan Arctique libre de glaces ; avec un réchauffement de 2 °C, c’est une chance sur quatre ! »

Une recherche scientifique de plus en plus tournée vers la société civile

Les scientifiques, en plus de décrire et de comprendre les mécanismes du changement climatique, s’intéressent de plus en plus à ses conséquences sur les sociétés humaines et aux politiques publiques mises en œuvre pour le contrer. « Il y a vraiment cette idée de traduire les changements climatiques, et les aléas associés, en termes de risques, qui intègrent l’exposition et la vulnérabilité et qui rendent les changements en prise plus directe avec les sociétés, explique Christophe Cassou. On ne s’arrête plus au calcul de probabilité d’une canicule et à l’évaluation de son intensité ; on se pose aussi la question des activités les plus exposées, des populations les plus vulnérables, et on donne les bases nécessaires a l’anticipation et a l’adaptation. C’est l’émergence des services climatiques. » Exemple, le projet TriAtlas, dont le but est de mieux comprendre les fluctuations dans l’océan Atlantique et son atmosphère et leurs conséquences sur les ressources halieutiques. « Dans le même cadre, j’ai participé à un projet sur l’évolution de la mortalité des huîtres dans un contexte de changement climatique, qui rassemblait climatologues, biologistes et ostréiculteurs, raconte le chercheur. Il est très intéressant de faire parler ensemble ces différentes communautés et de mettre en commun leurs objectifs et leurs regards souvent très complémentaires. »

La communauté scientifique s’est également attelée à l’évaluation des politiques climatiques. Peu avant la COP21, plusieurs laboratoires ont ainsi entrepris d’estimer les effets des contributions nationales mises sur la table par les États. « Ce qu’on peut dire sur la base de ces recherches développées depuis l’Accord de Paris est que ces contributions sont insuffisantes, car elles conduiraient à une poursuite de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 alors qu’il faudrait au contraire qu’elles diminuent rapidement pour atteindre les objectifs, explique à Reporterre Céline Guivarch, directrice de recherches à l’École des Ponts et autrice pour le sixième rapport d’évaluation du Giec, consacré à l’atténuation du changement climatique. Ainsi, il faudrait une réduction de 25 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2010 pour être compatible avec une hausse de 2 °C de la température à la fin du siècle, et presque une division par deux pour l’objectif de 1,5 °C. »

Ce travail est à réactualiser régulièrement, au fur et à mesure des annonces des États sur leurs politiques d’atténuation – la Chine s’est engagée, fin septembre, à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060. « Plus largement, il s’agit de comprendre les implications des politiques déjà en place ou envisagées, poursuit la chercheuse.

On s’intéresse aux mesures réelles, à ce qui marche, ce qui ne marche pas et ce qui freine. On essaie par exemple de comprendre quels sont les effets des politiques climatiques sur les inégalités entre les ménages. »

Un sujet crucial, comme l’a montré l’émergence du mouvement des Gilets jaunes en réaction à une augmentation de la taxe carbone.

L’attitude de la société civile à l’égard de la science a elle aussi évolué, constate Christophe Cassou. « J’ai l’impression que depuis 2013-2014-2015 la société civile s’est approprié les enjeux climatiques. L’Accord de Paris a permis de réaliser qu’il s’agissait d’un enjeu démocratique et qu’il fallait sortir d’une réflexion en silos. C’est une évolution qui va bien au-delà du monde de la recherche et inclut cette notion de risque systémique a la fois pour les sociétés humaines et les écosystèmes terrestres et marins. Mais attention : il y a encore beaucoup d’incertitudes en matière de climat. Par exemple, les échanges de carbone impliquant le permafrost sont très mal connus alors qu’on sait qu’ils sont très importants pour le futur climatique. On n’en est aussi encore qu’aux balbutiements de la connaissance des mécanismes de stockage de chaleur dans les profondeurs océaniques du Pacifique. La présence d’incertitude est souvent brandie comme un frein à l’action alors qu’au contraire, elle devrait être une raison plus forte d’agir, en particulier quand les mécanismes encore peu connus peuvent conduire à un emballement du réchauffement. Il faut continuer à travailler, c’est essentiel pour aller vers une société bas carbone. »

Moins de la moitié des Etats ont déposé de nouveaux engagements pour le climat Le Monde avec AFP www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/01/moins-de-la-moitie-des-etats-ont-depose-de-nouveaux-engagements-pour-le-climat_6064987_3244.html

En vertu de l’accord de Paris, chaque signataire devait déposer avant la fin de l’année une version révisée de ses engagements pour lutter contre le réchauffement climatique.

Moins de la moitié des Etats ont soumis leurs nouveaux engagements climatiques avant la date limite du 31 décembre 2020, selon les documents publiés sur le site de l’ONU.

En vertu de l’accord de Paris de 2015, qui vise à maintenir le réchauffement climatique sous les + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, chaque signataire devait déposer avant la fin de l’année une version révisée de ses engagements en matière de lutte contre les dérèglements climatiques, appelés « contribution déterminée au niveau national » (NDC).

Mais à la date du 1er janvier 2021, environ 70 Etats sur près de 200 l’ont effectivement fait, et pas forcément les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Ainsi, selon la dernière évaluation du groupe Climate Action Tracker (CAT), les 49 Etats – dont les 27 de l’Union européenne – qui avaient déjà déposé leur nouvelle contribution mi-décembre ne représentaient que 23,7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Une vingtaine d’Etats supplémentaires ont déposé leurs documents ces quinze derniers jours : la plupart représentent une infime part des émissions mondiales, comme Monaco, les Maldives ou les îles Marshall, mais figurent aussi quelques économies plus importantes, comme la Corée du Sud et l’Argentine.

COP26 reportée en raison du Covid-19

Alors que la première série de NDC plaçait la planète sur une trajectoire entre + 3 °C et + 4 °C, la Convention des Nations unies sur les changements climatiques doit présenter, le 21 février, son évaluation des nouveaux engagements arrêtés au 31 décembre.

En raison de la pandémie de Covid-19, de nombreux gouvernements avaient fait savoir qu’ils ne tiendraient pas les délais. Tous les regards sont désormais tournés vers la réunion climat de l’ONU (COP26), reportée à l’automne. Face aux catastrophes climatiques qui se multiplient, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a plaidé, dans son message du Nouvel An, pour plus d’ambition climatique. « Construire une coalition pour la neutralité carbone d’ici 2050 sera au cœur de l’ambition des Nations unies en 2021 », a-t-il déclaré.

Ceux qui luttent contre le réchauffement climatique espèrent en particulier que la Chine, premier émetteur mondial qui n’a pas déposé de nouvelle NDC, confirmera la récente promesse du président, Xi Xinping, de rehausser les ambitions chinoises pour 2030 afin d’atteindre la neutralité carbone en 2060.

Les Etats-Unis, sortis de l’accord de Paris par Donald Trump, n’ont évidemment pas non plus déposé de nouvelle contribution, mais Joe Biden, engagé pour la neutralité carbone en 2050, a promis d’y revenir et la future NDC américaine est attendue avec impatience.

Toutefois, engagement révisé ne rime pas nécessairement avec engagement rehaussé et, à ce stade, les experts pointent du doigt un manque d’ambition, alors que, selon l’ONU, il faudrait réduire les émissions de 7,6 % par an entre 2020 et 2030 pour espérer limiter le réchauffement à + 1,5 °C. Selon le CAT, les nouvelles contributions du Brésil, du Japon, de la Russie, de la Nouvelle-Zélande, de la Suisse ou du Vietnam ne sont pas plus ambitieuses.

Et même les engagements améliorés ne sont pas nécessairement à la hauteur. L’Union européenne a relevé son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 de 40 % à « au moins 55 % », mais « ce n’est toujours pas assez pour que l’UE soit compatible avec l’accord de Paris », estime le CAT.

Covid-19 : ces consultants au cœur de la « défaillance organisée » de l’État Olivier Petitjean (3 juin 2020) https://multinationales.org/Covid-19-ces-consultants-au-coeur-de-la-defaillance-organisee-de-l-Etat

McKinsey, Bain, BCG… Après avoir accompagné et encouragé la réduction du nombre de fonctionnaires et la soumission de l’hôpital public aux contraintes gestionnaires, les grands cabinets de conseil se sont assuré un rôle clé auprès du pouvoir exécutif et de l’administration pour façonner la réponse à la crise sanitaire. Un rôle qui en dit long sur la réalité de l’État aujourd’hui.

Ce sont des acteurs méconnus de la gestion de l’épidémie du Covid-19. On les retrouve partout : auprès des hôpitaux et des autorités de santé pour les conseiller sur leur organisation, auprès du pouvoir exécutif pour aider à mettre en place le confinement et le déconfinement et à faire face à l’urgence et aux pénuries, auprès de Bercy aujourd’hui pour flécher les aides aux entreprises et contribuer à l’élaboration des plans de relance. C’est l’un des grands enseignements du rapport « Lobbying : l’épidémie cachée » que l’Observatoire des multinationales publie ce 3 juin en partenariat avec les Amis de la Terre France.

« Ils », ce sont le grands cabinets de conseil en gestion. Ils s’appellent McKinsey, Bain, Boston Consulting Group (BCG), Accenture, Roland Berger, Capgemini, ou encore Strategy& (ex Booz, appartenant aujourd’hui à PwC) et Parthenon (filiale d’Ernst & Young). Leur rôle est de conseiller leurs clients – des entreprises, des institutions publiques et privées, et même des États – sur leur stratégie et leur organisation.

On pourrait les comparer aux « Big Four » de l’audit et de la comptabilité – PwC, Ernst & Young, KPMG et Deloitte – auxquels ils sont parfois directement liés. Travaillant comme ces derniers à la fois pour le public et (surtout) pour le privé, ils contribuent à aligner le premier sur le fonctionnement et la vision de monde du second. Très impliqués dans la « révision générale des politiques publiques » de Nicolas Sarkozy, puis dans la « modernisation de l’action publique » de François Hollande, et aujourd’hui dans la « transformation de l’action publique » d’Emmanuel Macron, ils sont à la fois les artisans et les profiteurs de la « réforme de l’État », selon l’euphémisme en vigueur pour désigner les politiques de réduction du nombre de fonctionnaires et de repli du secteur public. C’est-à-dire ces politiques mêmes qui apparaissent aujourd’hui comme l’une des principales causes des carences constatées face au Covid-19.

Quand les consultants organisent la réponse à l’épidémie

Un exemple, relaté par Mediapart, résume à lui seul le problème. L’un des principaux acteurs de la réforme de l’État depuis des années, le cabinet McKinsey, a été mobilisé en plein pic épidémique pour aider à mettre en place une task force interministérielle en vue du déploiement de tests sur le territoire français.

Cette task force a rapidement confié une mission d’évaluation des capacités des laboratoires français à… une autre firme de conseil, Bain. Pendant ce temps, des dizaines de laboratoires publics et privés qui avaient offert leurs services dès le début de la crise attendaient, incrédules, que le gouvernement veuille bien leur répondre. Bref, les firmes qui ont accompagné, voire encouragé les politiques d’austérité et de suppressions d’emploi dans la fonction publique se voient aujourd’hui confier la mission de pallier les défaillances qui en résultent. Et les résultats ne semblent pas, en l’occurrence, très probants.

D’après le site spécialisé Consultor, les cabinets ont été très sollicités pendant l’épidémie et ont eux-mêmes volontairement offert leurs services. On les retrouve auprès de l’AP-HP (BCG et Roland Berger), du ministère de la Santé (Strategy& et Bain), et de celui de l’Économie (Roland Berger, EY-Parthenon et Strategy&). Leur rôle auprès de Bercy ? Aider à identifier les vulnérabilités dans l’industrie, élaborer les plans de relance, soutenir les PME, aider à gérer les achats de l’État, mettre en place les conditions d’une plus grande « souveraineté économique » (sur cette notion, lire notre récente analyse).

Certaines de ces missions semblent avoir été réalisées pro bono (histoire de maintenir les bonnes relations, sans doute), d’autres ont été rémunérées. Une grande opacité règne sur ces contrats de conseil et leurs tarifs. Ils ne doivent être déclarés qu’à partir d’un certain seuil, et restent pour partie éparpillés entre différentes administrations. On ne dispose donc pas d’un chiffre global sur les montants dépensés chaque année par l’État pour s’acheter les services de consultants. D’après les informations glanées ça et là et les estimations de la Cour des comptes, il s’agit pourtant de centaines de millions d’euros. La teneur des « conseils » ainsi livrés à l’État est elle aussi rarement rendue publique.

McKinsey et BCG, réformateurs de l’hôpital public

La situation de l’hôpital public a été au centre des controverses autour de la gestion du Covid-19. Après lui avoir imposé des années de coupes budgétaires, le gouvernement semble avoir redécouvert tout à coup son importance et le besoin de lui donner les moyens de ses missions. Les cabinets de conseil, à commencer par BCG et McKinsey, ont joué un rôle considérable ces dernières années dans la restructuration des hôpitaux et leur adaptation aux contraintes financières et gestionnaires. À plusieurs reprises, leurs missions ont d’ailleurs suscité la controverse : comment justifier des contrats de conseil et d’accompagnement se chiffrant en centaines de milliers, voire en millions d’euros alors que les moyens matériels manquaient au quotidien ? Même la Cour des comptes a fini par s’en inquiéter en 2018, évoquant, à propos de ces prestations, « des résultats souvent décevants et des marchés fréquemment irréguliers ».

En arrivant dans les hôpitaux et l’administration de la santé, les consultants de Capgemini, McKinsey et BCG ont contribué à « la disqualification des expertises jusqu’alors considérées comme légitimes … au profit d’expertises concurrentes et privées », selon les termes du sociologue Frédéric Pierru. Comme celle des « mandarins » qui disposaient jusqu’alors d’une grande influence sur la gestion du système hospitalier (qu’ils ont partiellement recouvrée avec l’épidémie). Mais aussi tout simplement celle des praticiens et des fonctionnaires de terrain qui ne se sentaient plus écoutés. On peut même se demander si le choix de faire appel à ces conseils privés n’avait pas précisément surtout pour objectif de modifier les rapports de force internes. Toujours selon Frédéric Pierru, cette transformation des hôpitaux s’est « traduite concrètement par un processus de bureaucratisation…, mais une bureaucratisation d’un nouveau type, qui peut être qualifiée de ’néolibérale’ donc, et qui se distingue de la bureaucratie classique par des phénomènes d’hybridation public-privé et par la diffusion des normes du ’privé’, du marché, de l’entreprise, de la concurrence et de la compétition ».

Quand bien même Emmanuel Macron a fait miroiter un changement de doctrine à ce sujet, on semble bien parti pour continuer sur la même lancée. Dans le cadre du Ségur de la santé, une opération de « consultation citoyenne » sur l’hôpital de demain a été lancée. Son organisation a été confiée à un autre cabinet de conseil, Eurogroup consulting.

La frontière très poreuse entre conseil et influence

Le rôle central des cabinets de conseil dans la gestion de l’épidémie ne se limite pas à la France. McKinsey et BCG ont été missionnés pour aider à gérer le confinement et le déconfinement en Italie, au Canada et dans plusieurs États américains, dont celui de New York. L’équipe de crise mise en place par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, pour gérer la crise en court-circuitant l’administration fédérale, comptait elle aussi en son sein plusieurs consultants de McKinsey.

Au Québec, les conseils prodigués par McKinsey sur le déconfinement se sont trouvés au centre de controverses, certains secteurs ayant été apparemment favorisés.

Entre conseil et influence, où passe la frontière ? En France, les relations entre politiques, haute administration et cabinets de conseil sont marquées par un degré particulièrement élevé de « portes tournantes ». La « révision générale des politiques publiques » (RGPP) avait été mise en place sous l’égide d’Eric Woerth, ministre en charge de la réforme de l’État de Nicolas Sarkozy, lui-même ancien consultant (chez Andersen). Le directeur général de la Modernisation de l’État de l’époque, François-Daniel Migeon, avait été recruté chez McKinsey. Aujourd’hui encore, la Direction interministérielle à la transformation publique (DITP) compte en son sein de nombreux employés de cabinets de consultants, alors même qu’elle est chargée de coordonner une partie des missions de conseil commandées par l’État. L’actuel chef de service de la DITP, Axel Rahola, vient par exemple de Capgemini. Cette direction a été dirigée jusqu’en novembre dernier par Thomas Cazenave, inspecteur général des finances et candidat malheureux pour LREM à la mairie de Bordeaux, auteur en 2016 d’un livre préfacé par Emmanuel Macron et dont le titre est tout un programme : L’État en mode start-up [1]. Son successeur, Thierry Lambert, lui aussi inspecteur général des finances, a passé douze années au sein du groupe Saint-Gobain.

Au sein des cabinets, la proximité personnelle avec les cercles de pouvoir est aussi la règle. Qui aide la Direction générale des entreprises, pour le compte du cabinet Strategy&, à penser la « souveraineté économique » ? Olivier Lluansi, membre du corps des Mines, ancien conseiller de François Hollande, passé notamment par Saint-Gobain et RTE. L’un des dirigeants actuels de McKinsey France, Karim Tadjeddine, est réputé proche d’Emmanuel Macron qu’il a côtoyé au sein de la commission Attali et qu’il aurait aidé à préparer le lancement d’En marche ! [2]. Agnès Audier, l’une des chevilles ouvrières de BCG en France, est elle aussi issue du Corps des Mines. Après être passée par les cabinets de Simone Veil (1993-1995) et Jean-Pierre Raffarin (1995-1997), elle a travaillé pour Vivendi et est arrivée au BCG après un bref passage par l’inspection des finances. Elle siège aujourd’hui aux conseils d’administration d’Ingenico, d’Eutelsat et du Crédit agricole, et vient d’être nommée par le gouvernement au Conseil général de l’armement.

Quels sont le pouvoir et l’influence réels de ces cabinets de conseil ? Comme beaucoup de professions similaires (lobbyistes, conseillers en communications…), les consultants en gestion et en stratégie tendent à exagérer fortement leur rôle quand ils parlent à des clients potentiels, et inversement à le minimiser lorsqu’ils se retrouvent sous le feu des critiques. Certes, ces cabinets de conseil sont des acteurs clé de l’alignement croissant des pouvoirs publics sur les intérêts du secteur privé. Mais le simple fait qu’on fasse appel à eux est le signe que les décideurs étaient déjà largement convertis. Pour ce qui concerne la gestion de l’épidémie du Covid-19, leur omniprésence a surtout valeur de symptôme : celui de la « défaillance organisée » de l’État.

Belaunaldi berria, ber erronkak Iñaki Etxeleku https://iparraldekohitza.eus/2021/01/08/belaunaldi-berria-ber-erronkak

Ondoko lau urteetarako eginbeharren bide orria adostu du Bizi mugimenduak bere azken biltzar nagusian. Lehentasunezko lan ildoak eta ibilmolde hobekuntzei buruzko erronkak finkatu ditu sei hilabetez landu txostenean. Digitalaren ondorioak eta etxebizitza sartu ditu erronka berrietan.

Sei hilabeteko barne gogoeta baten ondorioz, ondoko lau urteetarako txostena adostu du Bizik bere azkeneko biltzar nagusian. Trantsiziotik metamorfosira deitu duen dokumentuak trantsizio sozial eta ekologikorako mugimenduaren 2024 arteko bide orria finkatu du. Orain arte egindakoa azterturik, erronka berriak jarri dizkio bere buruari Bizik. Belaunaldi aldaketa zerbait gertaturik, bestalde, buruzagitzan.

Azken lau urteetako bilduma egiterakoan, Bizik dio errotu dela mugimendu gisa, eta hegaldatu. 2016ko txostenari erreferentzia egiten dio, Erroak eta hegalak deitu zutelako. Errotzea, eraman kanpainek eta lortu garaipenek erakusten dutela dio Romain Dussault Biziko bozeramaileak. “Indar harremana emendatu dugu. Adibidez, Michel Veunaci [Biarritzeko auzapez ohia] ezarri genion presioa, bizikleta bideetan ez baitzuen batere aitzinamendurik egin”.

Halaber, trantsizio ekologikoari begira neurrien hartzeko engaiatu diren herriko etxeekiko harremanean. Biziko Hitza Hitz batzordeak egiten du udalek hartu engaiamenduen jarraipena. Azken herrietako bozetarako hautagaiei proposatu ituna zorrotzagoa egina zuten nahitara, ikusiz eta aitzinekoarekin anitzek hitza jan zutela. Horiek hola, 83 hautagai zerrendek izenpetu zuten. “Ikusiz ez dela aski fite aitzinatzen, berotegi efektuko gasak erdirat ttipitu behar liratekeela 2030erako, urrun heldu nahi duen ituna egin genuen; ikusi dugu zinez jokoan zen gaia bilakatu zela bozetan”. Hortik ere errotzearen ondorioztatzea.

Badaki Bizik ez dela aski. “Politikarien aldetik erantzuna ez da nahikoa. Herriko etxeei begira estrategia aldatu dugu: entseatuko gara egunez egun segitzea Itunaren betetzea eta ez agintaldi bururatzean bilduma eginez”. Hala egin zuten nolabait, abenduaren 15an, Biarritzeko bide bat margotuz, Maider Aroztegi auzapezak eman zuen hitzari uko egitea salatzeko. Jarraipen horretan sartu dituzte hautetsiei eman formakuntzak. “Engaiatu diren hautetsi batzuek informazioak eskatzen dizkigute ikusteko gauzak nola ongi egin”.

Euskal Herria Burujabe txostena plazaratu zuen Bizik duela bi urte, eta ardatz gisa atxiki nahi du tokian toki, lurraldearen “metamorfosi sozial eta ekologikoa” bidean emateko. Ardatz horretan sartzen du, udalekiko harremana ere. Herriekin, eta beste elkarte edo gizarte ekimenekin, berdin. “Sarean lan egiten dugu, adibidez, Enargia eta Otsokop bezalakoekin, haien koopetaribetako partzuer bilakatuz”.

700 kide

Eragiteko gaitasun indarra bere kideetan du Bizik. 700 kide inguru lotuak zaizkio mugimenduari. 2016tik %60ko emendaketa ezagutu du. Hots, kide berri anitz egin ditu. Larrialdi klimatiko eta sozialaren kontzientzia hartzearen hedapena, Biziren egin-moldea, ekintza irrigarri eta ikusgarriak zaizkio arrakastaren arrazoietarik batzuk Dussaulti.

Ez du erran nahi, urrundik ere, 700 kideak sutsuki ari direla egunerokoan. Kide horietan, badira diru emaile soilak direnak, alde batetik, eta kide aktiboak, bestalde. Kide aktiboak 500 bat direla dio Bizikoak, eta hauetan, 200 dira jarraituki parte hartzen dutenak lantaldeetan.

Gaikako lan batzordeetan parte hartzen dute, edota tokiko taldeetan. Baiona-Angelu-Biarritzeko Bizi, Bizi Larrun (Donibane Lohizune-Ziburu), Bizi barnekalde (Baxenabarre) eta Bizi Xiberoa dira tokiko multzoak.

Kide sare inportantea izanagatik, Bizik badaki eragiteko beharko dela oraino indar gehiago. Dussault: “Gizarte helburu berarekin bat egiten duen jende gehiago, politika hautuetan eragin handiagoa. Ez da aski oraino, baina emeki-emeki eta urraska saiatzen gara handitzen”. Urraskako molde horren adibideetarik bat garraioen inguruko gogoeta da. Bizikletaren lekua indartzeko ekintza anitz eraman ditu Bizik hautetsien hertsatzeko. Oihana Driollet mugimenduko bozeramaileak esplikatu du indar harreman horrez gain, itzaleko beste lan bat egiten dutela. “Garraio taldeak sail pedagogiko bat badu herritarrei begira. Garraioetan plantan eman nahi genukeena egingarri izanen da mentalitateak aldatzearekin. Oinarrizko informazio kanpainak baditugu, menturaz ekintzak bezain ikusgarriak ez direnak; alta, baitezpadakoak dira”. Horietarik bat izan da, berriki, hiriko jendeei erakustea bizikleta erabiliz autoz baino lasterrago heldu daitezkeela helmugara.

Etxebizitzen auzia

Gaikako batzordeen artean aktiboena garraioena da, gaur egun; oro autoz egiteari alternatiben bultzatzeko. Bi lan talde berriren sortzea erabaki du mugimenduak ondoko urteei begira: etxebizitza batzordea eta numerikoaren edo digitalari buruzko batzordea. “Helburu zehatzak definitzekoak ditugu oraino bi lan ardatz horientzat” aitortu du Dussaultek, baina digitalari dagokionez, “etengabe emendatzen diren berotegi efektuko emisioak” dituzte jomugan, baita “teknologien gibelean den gizarte eredua” ere; “beti eta teknika gehiagorena, beraz, beti energia gehiago xahuturik”. Nolaz ez, 5G teknologiaren eztabaida sartzen da horretan; Cade elkarteko kide gisa segitzen du Bizik.

Bizitegien ardatza, ardatz egituratzaile bezala ikusten dute, nahiz hor ere ez duten oraino argi nola lotu erronkari. “Lurraldea itxuraldatu” xedearen baitan ikusten du auzia Bizik. Bizitegiena, garraioari loturik delako, besteak beste. “Lurren gaineko presioa, bizitegien kalitatea, turismoaren eragina, eta horiei lotu gas emisioak” aztertu ditugu. Euskal Elkargoak xedetan duen Bizitegien Planak iragartzen duenak ere arranguratu du Bizi. Bereziki, bigarren etxebizitzen arazoa. “Bizitegi Plan horretan aurreikusi dituzte 20.000 bigarren egoitza berri pasa hemendik eta 2050 artean.

Lurren eta alokairuen prezioan eragingo du, lurren artifizializazioan. Egoera jada zaila delarik bertan bizi nahi dutenentzat”. Ondoko hilabeteetan zehaztuko dute Bizikoek nolako kanpainak eraman nahi dituzten gaiarekin.

Antolaketa hobetu

Trantsiziotik metamorfosira lau urteko txosteneko laugarren atala mugimenduaren antolaketari buruzkoa du osoki Bizik. “Biziren antolakuntza eta funtzionamendua hobetzea” deitu duena. Kide berriak egin, horien harrera ona, jarraipena eta formazioa bermatu, gobernantza hobetu, lantaldeak indartu eta egonkortu jarri ditu betekizun gisa.

Kide edo boluntarioen segipena egiteko batzordea bazuen jadanik Bizik, Oihana Driolletek esplikatu duenez, eta talde horretakoen lauzkatzearen beharra azpimarratu du: “Boluntarioen animazioa transbertsala da eta eraman beharreko funtsezko lan bat”. Alde batetik, parte hartzeak kudeatu: “Nork zer egiten du, zer gaitasun ditu, zer gogo ditu”. Mugimenduari atxikimendua ere landu nahi dute, “Bizi komunitatekoa izatearen” sendimendua. Lagun arteko giroko momentuak garatu nahi dituzte horretarako. “Horrek loturak azkartzen baititu eta egiazko indar militantea ahalbidetzen Bizi barnean”. Ideien artean atera da “klima aperitifak” egitea bi hilabetetarik. “Edo boluntario arteko apairuak. Lan egin gabe, elkarrekin iragan momentu goxoak izateko”, Driolletek dioenez.

Azpimarratzekoa da, bestalde, belaunaldi aldaketa bat gertatu dela Biziren buruzagitzan azken bi urteetan. Arduradun ohi batzuek utzi egin dute, arrazoiak bakoitzak bereak izanik. “Trantsizio bat gertatu da”, dio Dussaultek; “batzuek beren lekua nahi izan diete utzi arduradun berriei eta ez dute gehiago Biziko koordinaketan parte hartzen”.

Alda, jin berria

Alda mugimendu politikoa aurkeztu zuten joan den larrazkenean, Baionan, jende xehea bizi den auzoetan eraldaketa klimatiko eta sozialaren gaiak garatzeko. Sortzaileetan agertzen dira, besteak beste, Biziko arduradun ohi eta gaur egungo kide batzuk.

Biziko belaunaldi berriko arduradun berriek begi onez ikusi dute. Ez dute uste indarren aldetik batak bestea ahuldu dezakeenik. “Ez, batere”, dio Dussaultek, “dinamika berriak, beste dinamika bat sortuko duelako, beraz, jende eta militantzia berriak ekarriko. Eusko-rekin gertatu zen bezala; Bizikoek parte hartu zuten abiarazten”.