Articles du Vendredi : Sélection du 31 octobre 2019


L’Espagne prête à accueillir la COP25, après le désistement du Chili Le Monde avec AFP www.lemonde.fr/planete/article/2019/11/01/l-espagne-propose-d-accueillir-la-cop25-apres-le-desistement-du-chili_6017651_3244.html

Le président chilien, Sebastian Pinera, a annoncé que Madrid lui avait proposé d’organiser la conférence sur le climat aux mêmes dates, du 2 au 13 décembre.

Le gouvernement espagnol s’est dit prêt à accueillir, en décembre à Madrid, la conférence internationale sur les changements climatiques (COP25), à la place du Chili qui a dû y renoncer en raison de la crise sociale que connaît le pays, ont annoncé, jeudi 31 octobre, Madrid et Santiago.

Le président chilien, Sebastian Pinera, a annoncé que le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, lui avait « généreusement proposé d’organiser la COP25 à Madrid aux mêmes dates auxquelles cette conférence était programmée au Chili, soit du 2 au 13 décembre » prochain. Les services de la présidence du gouvernement espagnol ont confirmé cette information.

Le communiqué souligne que Pedro Sanchez, qui se prépare pour de nouvelles élections législatives le 10 novembre, a fait cette proposition « vu le court délai disponible et l’importance de garantir que la COP25 se tienne normalement », après dix mois de préparation. « Nous espérons que le bureau de la Conférence des parties pourra examiner cette solution proposée dès que possible », a de son côté demandé dans un communiqué la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la Mexicaine Patricia Espinosa.

Bonn, l’autre solution

Si la proposition espagnole n’était finalement pas retenue, Bonn, capitale de la République fédérale d’Allemagne de 1949 à 1990, pourrait servir de solution de rechange. La ville de Bonn, qui a accueilli la COP en 2017 et où se trouve le siège de la CCNUCC, est « toujours heureuse d’accueillir des conférences internationales », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Monika Hörig, porte-parole de la ville.

Environ vingt-cinq mille délégués, dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg, étaient attendus à Santiago du 2 au 13 décembre pour la COP25. Le Chili s’était porté volontaire après le désistement du Brésil, qui avait renoncé dans la foulée de l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, climatosceptique assumé. L’organisation des Nations unies (ONU) avait fait savoir mercredi qu’elle « étudiait les alternatives » pour accueillir la COP25.

Image écornée

Le président chilien avait annoncé mercredi que son pays, aux prises avec une contestation sociale qui ne faiblit pas, renonçait à accueillir la COP25 ainsi que le sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), qui réunit les pays riverains du Pacifique, dont les Etats-Unis, la Chine et la Russie, et qui devait avoir lieu à Santiago les 16 et 17 novembre.

L’annulation des deux sommets a porté un coup dur à l’image du Chili, considéré comme l’un des pays les plus stables d’Amérique latine mais secoué, depuis le 18 octobre, par une fronde sociale sans précédent, qui a fait vingt morts et un millier de blessés, selon le dernier bilan officiel. L’Espagne risque de son côté d’être toujours en train d’essayer de former un gouvernement, les sondages ne promettant à aucun parti une majorité absolue.

La France dépasse largement les limites écologiques de la biosphère Émilie Massemin https://reporterre.net/La-France-depasse-largement-les-limites-ecologiques-de-la-biosphere

« L’état de l’environnement en France », établi tous les quatre ans, vient d’être publié par le ministère de la Transition écologique. Le bilan est très mauvais : tant pour les émissions de gaz à effet de serre que pour l’artificialisation des sols ou la biodiversité, la France détruit lourdement l’environnement.

« L’impact écologique de la France doit être examiné au-delà de ses frontières. Il est essentiel de prendre en compte les flux cachés des modèles de production et de consommation », ont souligné Christelle Larrieu et Valéry Morard, du service de la donnée et des études statistiques (Sdes) du ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), lors de la présentation du rapport 2019 « L’environnement en France » jeudi 24 octobre. Publié tous les quatre ans depuis 1994, ce document rassemble les données disponibles sur l’état des écosystèmes français : qualité de l’air et de l’eau, biodiversité, artificialisation des sols, etc. Pour la première fois, il s’intéresse à l’« empreinte écologique » de la France dans le monde — par exemple par le biais de la déforestation ou des émissions de gaz à effet de serre à l’étranger pour la production de biens destinés à la France — et à sa responsabilité dans le dépassement des « limites planétaires ».

Cette empreinte est désastreuse. Le concept de « limites planétaires » a été développé et formalisé en 2009 par une équipe internationale de vingt-six chercheurs pilotés par Johan Rockström, un chercheur suédois spécialisé dans les ressources hydriques. Ces limites sont au nombre de neuf : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation du cycle de l’azote et du cycle du phosphore, les changements d’utilisation des sols, l’acidification des océans, l’utilisation mondiale de l’eau, l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique, l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère et les entités nouvelles (nanoparticules, plastiques, polluants chimiques…) dans la biosphère. Des seuils quantitatifs ont été définis pour sept d’entre elles. La France participe activement au dépassement de quasiment toutes ces limites.

« L’objectif est de limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici la fin du siècle, rappellent Mme Larrieu et M. Morard. Pour y parvenir, le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] a défini un budget carbone restant à ne pas dépasser. En France, ce budget est dépassé de 1,6 à 2,8 tonnes de CO 2 par an et par personne. » Alors que les émissions individuelles de CO 2 ne devraient pas dépasser 2,8 tonnes par personne et par an, elles étaient de 4,9 tonnes par Français en 2017, voire de 7,9 tonnes en tenant compte des importations.

La France est ainsi responsable de la déforestation de 14,8 millions d’hectares dans le monde et 56 % de ses émissions de gaz à effet de serre de 2017 provenaient de l’importation de biens et de services. « On n’a pas suffisamment conscience de l’empreinte de cette consommation, ont insisté Mme Larrieu et M. Morard. Pour fabriquer un téléphone portable de 120 grammes, il faut mobiliser 70 kilos de matières, dont 70 matériaux différents. Une voiture neuve pèse sept fois son poids en matériaux nécessaires à sa construction ! En 2016, l’empreinte matière de la France s’établissait ainsi à 846 millions de tonnes. »

Malgré tout, des progrès sont observés au niveau national. « Les émissions de gaz à effet de serre françaises ont diminué de 18 % entre 1990 et 2017, grâce à une amélioration de l’efficacité énergétique, au développement des énergies renouvelables, au remplacement du pétrole et du charbon par du gaz dans l’industrie et à une tertiarisation de l’économie », observent Mme Larrieu et M. Morard. Seul le secteur des transports a vu ses émissions augmenter de 13 %, à cause de l’augmentation de 42 % du nombre de kilomètres parcourus sur cette même période.

Pour ce qui est des disparitions d’espèces, le bilan est catastrophique. L’équipe de M. Rockström a établi à dix extinctions sur un million d’espèces le seuil d’érosion de la biodiversité à ne pas dépasser. Il a été franchi en 2009, avec cent extinctions sur un million d’espèces. En France métropolitaine, l’indice du risque d’extinction, qui s’appuie sur l’évolution du statut d’une espèce (de « vulnérable » à « en danger » voire « en danger critique d’extinction ») entre deux évaluations de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a augmenté de 138 % entre 1993 et 2019, contre 48 % au niveau mondial. En tenant compte des territoires d’outre-mer, sur les quelque 10.000 espèces évaluées par l’UICN, 18 % sont éteintes ou menacées d’extinction.

« Peut-on encore parler d’érosion alors que les indicateurs sont alarmants ? La réglementation et la mise en place de zones protégées ne peuvent pas tout, se sont inquiétés Mme Larrieu et M. Morard. Par exemple, le râle des genêts, un oiseau des prairies naturelles des plaines alluviales : 139 mâles chanteurs ont été comptabilisés en 2018, contre 655 en 2007, soit une baisse de 80 % en douze ans ! Ils sont victimes de l’intensification agricole et de la fauche précoce des prairies. »

L’artificialisation des sols fait également peser une lourde menace sur la faune et la flore françaises : « Nous perdons chaque année 0,1 % des terres agricoles et naturelles, soit un département tous les dix ans », ont alerté Mme Larrieu et M. Morard.

Néanmoins, sur certains points, la situation s’améliore, tout en restant en deçà des objectifs. Par exemple, la qualité de l’air : les rejets d’oxydes d’azote ont baissé de 49 %, ceux de particules fines PM10 de 41 % et ceux de particules ultra-fines PM2,5 de 48 %.

Les concentrations de nitrates et de phosphates ont diminué dans les rivières (- 12 % et – 37 % respectivement entre 1998 et 2017), de même que la teneur en pesticides (-19 % en métropoles et 21 % en outre-mer entre 2008 et 2017).

La situation n’est pas aussi satisfaisante en ce qui concerne les eaux souterraines, où l’on retrouve encore de fortes teneurs en nitrates et des traces de pesticides aujourd’hui interdits d’usage (atrazine présent dans 52 % des points de mesure, simazine dans 22 %, oxadixyl dans 11 %, etc.). À cause de ces pollutions, environ 2.400 captages sur 22.000 ont été abandonnés depuis 2000.

Cet examen minutieux de l’état de l’environnement se poursuit dans les 220 pages du rapport. Mais aussi sur un site internet dédié lancé jeudi 24 octobre, où toutes ces données et leur analyse sont accessibles à tous et mises à jour au fur et à mesure.

Croissance décarbonée ou décroissance ? Geneviève Azam www.politis.fr/articles/2019/10/croissance-decarbonee-ou-decroissance-40970/

Face aux rapports qui se succèdent sur l’état de la biosphère et du climat, tous alarmants, les préconisations politiques et économiques paraissent bien faibles et peinent à se fonder sur les sciences de la nature.

Les publications récentes de trois rapports spéciaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et du rapport sur la biodiversité par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sont un nouveau coup de semonce. Si l’objectif de « décarbonation » des sociétés est juste et nécessaire, il fait aussi écran à des basculements d’un autre ordre.

Le rapport étudiant les conditions pour restreindre la hausse de la température globale à 1,5 °C à la fin du siècle est explicite (1) : la poursuite du modèle actuel conduira à un réchauffement global de 1,5 °C dès les années 2030. La teneur en CO2 de l’atmosphère est actuellement de 415 ppm (2), soit un niveau atteint il y a trois millions d’années, alors que le niveau des océans était de quinze mètres plus haut et la température de 4 à 5 °C plus élevée. Et nous continuons à déterrer le carbone enfoui dans les sols depuis ces temps-là. Pour atteindre l’objectif de + 1,5 °C, il faudrait réduire de 50 % les émissions globales d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2010. De fortes baisses dans tous les secteurs d’activité sont donc requises, alors qu’elles sont globalement reparties à la hausse. 2030, c’est demain. Des scénarios longtemps inimaginables deviennent concrets et font écho à l’expérience directement vécue.

Les deux autres rapports concernent les terres émergées et l’alimentation (3) pour l’un, les océans et la cryosphère (4) pour l’autre. Ils convergent : la pression des activités économiques sur les milieux de vie accélère le chaos climatique et l’extinction de la biodiversité ; elle doit être réduite pour assurer la pérennité de la vie. Il ne suffit pas de décarboner la croissance : l’heure est à une décroissance anticipée, juste et différenciée, comme l’exprime un article de l’Atelier d’écologie politique (5).

On pourrait s’étonner que les macro-économistes du Giec se trouvent aussi loin d’un tel scénario. Notons d’abord que les chercheurs des sciences du climat, ceux qui nous alertent et dont les travaux sont essentiels, travaillent sur la base de consensus scientifiques, contrairement aux économistes, qui relèvent d’une « science » normative et d’idéologies diverses. Réglementer ou laisser faire, marchés du carbone ou taxes carbone, libre-échange ou protection ? Au-delà cependant de ces différences et oppositions, l’unité se réalise sur une norme non questionnée : la croissance. C’est au nom de cette norme que le « Nobel » 2018 de l’économie, William Nordhaus, écrivait en 1995 que la lutte contre le réchauffement climatique ne s’imposait pas à court terme : du fait de la croissance attendue, les générations futures seraient bien plus riches que les générations présentes, qui n’ont donc pas à « sacrifier » leur croissance par des réglementations écologiques. L’attente de la croissance est un ressort majeur de l’inaction.

La « science » économique, dans ses fondements, ne peut intégrer les sciences de la nature, la climatologie, la géologie : elle est autofondatrice. Devant les urgences et les mirages d’une « nouvelle frontière écologique », le consensus se réalise autour d’une croissance décarbonée, les uns confiant cet objectif au marché avec un prix unique et global de la tonne de carbone émise, les autres à une taxe carbone et à la réglementation. Ils en espèrent un découplage entre le rythme de la croissance économique et celui des émissions, du fait d’une plus grande efficacité énergétique. Or le découplage, quand il existe, est relatif. Si les émissions diminuent par unité produite, dans une société de croissance, les gains d’efficacité sont compensés par un surcroît de demande et de production. C’est l’effet rebond. La neutralité carbone, à atteindre le plus rapidement possible, suppose une société décarbonée et une diminution absolue des émissions, incompatible avec la croissance économique.

(1) « Global Warming of 1.5 ºC », www.ipcc.ch/sr15

(2) ppm : nombre de molécules de gaz à effet de serre considéré par million de molécules d’air.

(3) « Climate Change and Land », www.ipcc.ch/report/srccl

(4) « Special Report on the Ocean and Cryosphere in a Changing Climate », www.ipcc.ch/srocc/home

(5) « L’Atécopol livre son analyse du dernier rapport du Giec », 4 septembre 2019, https://atecopol.hypotheses.org/1645

Environnement : qu’il est dur de convaincre ! (5/5) Penser comme terriens Matières à penser par Dominique Rousset www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/environnement-quil-est-dur-de-convaincre-55-penser-comme-terriens

Nous retrouvons ce soir François Gemenne, chercheur en sciences politique, spécialiste en géopolitique de l’environnement, membre du GIEC et directeur du projet « Politiques de la terre à l’épreuve de l’Anthropocène » au Médialab de Sciences Po.

François Gemenne est l’auteur, avec Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Sciences-Po, d’un Atlas de l’Anthropocène (éditions Presses de Sciences Po, 2019). Une somme enrichie de planches et de graphiques très éloquents et autant de chapitres, réunissant l’ensemble des données et des enjeux sur la crise écologique de notre temps. “C’est un défi immense qui est posé à la théorie politique”, rappelle le chercheur. Jusqu’ici, celle-ci a considéré le monde humain comme une entité distincte de la Terre, « dénaturalisée ». D’un côté, les lois des sciences sociales, de l’autre, celles des sciences naturelles. Il est temps de penser autrement, de reconnaître que les unes et les autres sont indissociables. Et d’en convaincre les politiques.

On parle de crise écologique. Or une crise, par définition, est éphémère, et donne la possibilité de revenir à l’état antérieur. La plupart des transformations que nous avons infligées à la planète sont irréversibles. L’idée d’Anthropocène est donc le contraire d’une crise, il faut sortir de ce narratif. On est au-delà d’une crise et il n’y aura pas de retour en arrière.

 

Il faut être conscient que la raréfaction des ressources attise considérablement les tensions.

 

L’enjeu, dès maintenant, est donc de mettre en place des mécanismes de coopération afin d’éviter que ces tensions ne se transforment en conflit.

 

Je pense que nous ne nous en sortirons pas sans un retour au cosmopolitisme, sans définir notre identité collective non pas par rapport à nos frontières, mais par rapport à la Terre.

 

Les dirigeants se font accrocher quand ils ne connaissent pas le prix d’une baguette de pain ou d’un ticket de métro, mais s’ils ne parviennent pas à expliquer le fonctionnement de l’effet de serre ça ne pose aucun problème.

Fonds de pension : l’avenir de nos retraites se jouera-t-il bientôt sur les marchés boursiers ? Rachel Knaebel www.bastamag.net/Reforme-des-retraites-regimes-speciaux-baisse-des-pensions-marches-financiers-speculation

La future réforme des retraites incitera ceux qui le peuvent à miser sur des retraites complémentaires par capitalisation. Ils alimenteront ainsi des fonds de pension qui s’enrichissent grâce à la spéculation immobilière, aux privatisations ou… à la réduction des coûts dans les maisons de retraite.

Les deux grands groupes privés de maisons de retraites français, Orpea et Korian, font régulièrement la une des médias pour les conditions de prise en charge des retraités et de travail de leurs salariés. Voire pour des scandales de maltraitance, de rationnement des aliments, ou encore d’intoxications alimentaires mortelles [1]. Les deux groupes, cotés en bourse, ont aussi en commun d’avoir au sein de leur capital des fonds de pensions canadiens. Le Canada Pension Plan Investment Board (CPPIB) détient plus de 14% d’Orpea. Et le fonds Investissements PSP, lui aussi destiné à administrer les épargnes-retraites de Canadiens, possède plus de 13% de Korian.

Pourquoi des caisses de retraites canadiennes investissent-elles dans les maisons de retraites françaises ? Parce que le secteur représente un placement rentable et un marché en expansion. Les bénéfices dégagés par Orpea et Korian grâce notamment à la limitation des « coûts » de gestion de leurs maisons de retraite, et les dividendes qu’ils reverseront à leurs actionnaires, profitent directement à ces fonds. Et, au final, aux capitaux qui y sont placés.

En résumé, moins il y a d’argent investi pour améliorer les conditions de vie des résidents français âgés, meilleur est le taux de rentabilité de ces fonds de pension canadiens… Telle est la logique d’un système de retraite par capitalisation. Là où cette logique est à l’œuvre, des fonds d’investissement placent l’argent de leurs retraités sur les marchés financiers, au sein d’entreprises, dans l’immobilier, dans des infrastructures privatisées.

Vers des fonds de pension français ?

En France, le système de retraite repose encore largement sur un système par répartition : ce sont les cotisations actuelles des actifs qui financent les pensions des retraités. Il existe quelques petits fonds de pension français, pour des retraites complémentaires, mais cela reste très marginal [2]. En toute logique, les fonds de pension sont plus implantés et plus puissants dans les pays où le système de retraites repose essentiellement sur la capitalisation, et sont moins présents là où les retraites se basent en grande partie sur un système par répartition. En France, le volume financier des fonds de pension hexagonaux ne pèse aujourd’hui qu’un petit 0,7% du PIB. Aux États-Unis, c’est 76% du PIB, 85% au Canada, 104% au Royaume-Uni, 120% en Suisse, 170% aux Pays-Bas ! [3].

Les fonds de pension français risquent cependant de monter en puissance si la nouvelle réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron est adoptée. Le projet dévoilé cet été prévoit d’abaisser le seuil à partir duquel les salariés les mieux payés sortiront du régime général – pour la part de leur salaire au-delà de 10 000 euros par mois, selon le projet actuel. Ces salariés très aisés seront incités à souscrire des plans de retraites par capitalisation, qui alimenteront de futurs fonds de pensions.

En plus, le système envisagé dans la réforme risque d’entrainer une baisse générale des pensions de base. Tous les salariés qui le peuvent financièrement seront donc poussés à compléter par une épargne-retraite par capitalisation.

Comment les fonds de pensions sont devenus des organismes financiers

« Il y a des fonds de pensions très anciens. Au départ, ils étaient proposés par les employeurs pour conserver leur main d’œuvre qualifiée. C’était alors présenté comme un avantage », explique Esther Jeffers, qui est professeure d’économie à l’université de Picardie et membre du conseil scientifique d’Attac. Les fonds de pensions états-uniens sont nés dès les années 1920. Mais c’est avec une réforme du système de retraites de 1974, puis avec la montée des marchés financiers dans les années 1980, qu’ils sont devenus des acteurs incontournables des marchés. « Au début, les fonds étaient à prestations définies (le montant de la pension est fixé à l’avance, ndlr). Puis c’est devenu “à cotisations définies” (seul le montant de la cotisation est fixé, pas celui de la pension finale), et il n’y avait plus d’autre choix pour les salariés », poursuit l’économiste.

Les fonds de pension se sont transformés en véritables organismes financiers. De nouveaux acteurs économiques, les gestionnaires d’actifs, sont apparus pour gérer cette épargne. Ils doivent garantir des résultats – un taux de rentabilité correct –, tout en assurant la sécurité des placements, garants des futures retraites. Les fonds de pension investissent donc principalement dans l’immobilier et dans les très grandes entreprises, réputées sûres et rentables.

L’un des plus gros fonds de pension au monde, le California Public Employees’ Retirement System (CalPERS), qui gère les retraites des fonctionnaires de Californie (soit plusieurs centaines de milliards de dollars) compte parmi ses principaux investissements Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet (la maison mère de Google), Facebook, JP Morgan, Exxon Mobil… [4]. Bref, les Gafam, une grande banque, et le pétrole.

En France, les fonds de pensions étrangers ne ciblent pas seulement le secteur des maisons de retraites. Aéroport de Paris et Engie, que le gouvernement est en train de privatiser, intéressent aussi la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), un autre fonds majeur. La CDPQ détient déjà 30% du capital d’Eurostar et de Keolis, deux filiales de droit privé créées par la SNCF. Le fonds est aussi le propriétaire des tours Duo, deux bâtiments de 120 et 180 mètres de haut, en construction à Paris.

Spéculation immobilière : « Les pensions des aînés font grimper les loyers des jeunes »

L’immobilier français, en particulier parisien, remplit les deux critères recherchés : placement sûr et rentable. Le fonds de pension allemand BVK (Bayerische Versorgungskammer) a acheté en 2017 l’immeuble de l’ancien musée de la Pinacothèque de Paris [5]. Le fonds de la banque nationale norvégienne, qui gère les retraites par capitalisation des Norvégiens, possède de son côté plusieurs immeubles de bureaux dans les quartiers huppés de l’ouest parisien, ainsi qu’à Londres et Munich, deux autres métropoles où les prix de l’immobilier atteignent des sommets [6].

Le fonds norvégien détient aussi des participations substantielles dans des grandes entreprises immobilières allemandes qui sont pointées du doigt pour leur rôle dans la fulgurante hausse des loyers à Berlin [7]. Ces sociétés immobilières possèdent chacune des milliers de logements dans la capitale allemande, rachetés à la faveur des privatisations d’anciens logements sociaux.

Ces mêmes firmes sont visées par une initiative citoyenne dénonçant leurs agissements sur le marché immobilier : hausses systématiques et illégales de loyers, pression sur les locataires les plus pauvres pour les faire partir (voir notre article “Face à l’explosion des loyers à Berlin, un puissant mouvement d’habitants veut exproprier les gros bailleurs privés“).

En Suisse aussi, « sous pression pour placer leurs fonds, les caisses de pension investissent à tout-va dans l’immobilier. Ces investissements massifs ont pour effet d’augmenter le coût des logements », alertait l’agence de presse Swissinfo en août. Conséquence : « Les pensions des aînés font grimper les loyers des jeunes ».

Les syndicats tentent de pousser à l’investissement « éthique »

Est-ce la faute des retraités suisses ou norvégiens si l’argent de leurs pensions contribue à la spéculation immobilière ? Les travailleurs qui capitalisent leurs futures retraites peuvent-ils être tenus pour responsables de la hausse des loyers à Berlin, Paris ou Londres ? Assurément, non. Mais quel est alors le pouvoir des cotisants sur ces investissements ? « C’est un long débat. Il y a plusieurs types de restrictions à l’investissement qui limitent la capacité des caisses de retraites à pouvoir intégrer des critères extra-financiers dans leur politiques d’investissement », répond Pierre Habbard, secrétaire général de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE [8].

« Dans les pays anglo-saxons, vous avez les devoirs fiduciaires qui imposent aux administrateurs d’une caisse de retraite une obligation de rendement financier. S’il existe une preuve que votre politique d’investissement ne vise pas le rendement maximum à long terme, vous vous exposez à des recours juridiques, comme des class action… L’autre barrière, c’est la complexité et la longueur de la chaine d’investissement, du fait que les caisses délèguent leur pouvoir à des gestionnaires d’actifs. »

Dans les pays où les fonds de pension sont des acteurs incontournables du système de retraites, les syndicats tentent bien d’avoir un impact sur la destination de l’épargne des travailleurs. Le Committee on workers’ capital (« comité sur le capital des travailleurs »), un forum chapeauté par la Confédération syndicale internationale, réunit par exemple des administrateurs de caisses de retraites de différentes pays nommés par les syndicats.

Campagnes pour le désinvestissement des énergies fossiles

« L’objectif final de ce forum est de s’assurer que l’argent des travailleurs est investi dans des projets qui vont dans l’intérêt de ces mêmes travailleurs, précise Pierre Habbard. Les syndicats essaient par exemple de faire en sorte que la définition du devoir fiduciaire contienne une notion plus large de ce que doit être le rendement à long terme, en incluant des critères de soutenabilité, des critères sociaux et environnementaux. »

La pression peut aussi venir d’ONG et de campagnes internationales. Aux États-Unis, 350.org a réussi à ce que les villes de San Francisco et New York décident que les fonds de pension pour les retraites de leurs employés municipaux désinvestissent des énergies fossiles. La ville de Berlin avait aussi adopté une telle mesure en 2016 [9].

300 milioi lagunen etxeak urpean gera litezke larrialdi klimatikoaren efektuengatik… Euskal Herriko asko ere bai Argia www.argia.eus/albistea/300-milioi-lagunen-etxeak-urpean-gera-litezke-larrialdi-klimatikoaren-efektuengatik-euskal-herriko-asko-ere-bai

Euskal Herriko hainbat herri urpean gera litezke klima aldaketaren eraginez. Ikerketa berri batek erakutsi duenez, larrialdi klimatikoaren eraginak aurreikusitakoak baino hiru bider handiagoak dira.

Klima aldaketarekin lotuta kostaldeko uholdeengatik arrisku lekuetan bizi direnen kopurua orain arte uste zenaren hirukoitza da eta hazten jarraituko du tenperaturak eta izotzen urtzeek gora egin eta itsas mailaren igoera aurreikusten den heinean.

Orain 300 milioi pertsona bizi dira 2050. urtean urtero uholdeak jasateko arriskuan dauden itsasertzeko eremuetan, eta kopuru hori 360 milioi pertsonara igoko litzateke mende amaieran. Hala adierazten du Nature Communications aldizkariak argitaratzen duen Climate Centralen ikerketa batek, eta hemen ikus daiteke.

Ikerketa horren arabera, 2050ean 150 milioi pertsona inguru bizi litezke itsasgoraren marraren azpitik, horien artean 30 milioi pertsona Txinan. Aurkikuntza horiek Climate Central ikasketa zentroak garatutako behaketa digitaleko eredu berri batetik (CoastalDEM) ateratako ondorioen parte dira.

Ikertzaileek metodo berri bat erabili zuten, NASAren SRTM (Shuttle Radar Topography Mission) radar topografikoak emandako datu multzoaren akatsak zuzentzen dituena; hori izan da orain arte kostaldeko uholde arriskuak ebaluatzeko erabili izan dena.

CoastalDEM ereduko datuak eguneratzeak hiru aldiz biderkatzen ditu orain arte kontuan hartutako uholde-arriskuak.

Eta Euskal Herrian?

Euskal Herriko kostaldeko herri ugariri eragingo liokete uholdeek, Muskizetik hasi eta Baionaraino. Lapurdin, Donibane Lohizunetik Azkainerainoko kolore gorriko ibai zabal bat erakusten du grafikoak, baita zati handi batean urpean geratuko litzatekeen Txingudiko badia ere, Irun eta Hondarribiko (Gipuzkoa) gune handiak hartuz.

Pasaian eta Donostian kalte handiak eragingo dituzte uholdeek eta, grafikoaren arabera, Orioko eta Zarauzko zati handiak ere urpean geratuko lirateke.

Bizkaiari dagokionez, Ondarroaren zati handienari eragingo lioke, Lekeitiori eta Eako herriguneari ere bai; eta Urdaibai bereziki kaltetuko luke: mapan Gernikaraino iristen den uholde gorri bat agertzen da. Bakion edo Plentzian eragingo lituzkeen kalteez gain, Uribe-Kostan eta Ezkerraldean ere eremu handiak uraren mailaren azpitik geratuko dira gauzak aldatzen ez badira.

Mapak erakusten du uholdea Bilboko Arte Ederren Museoraino iristen dela