Articles du Vendredi : Sélection du 31 janvier 2020


Total assigné en justice pour inaction climatique Renaud Lecadre www.liberation.fr/france/2020/01/28/total-assigne-en-justice-pour-inaction-climatique_1775766

Un collectif d’élus locaux reproche à la multinationale l’insuffisance de son plan d’action contre le réchauffement de la planète.

«Si nécessaire, la bataille climatique se gagnera devant les tribunaux», prophétisait récemment Eric Piolle, maire écolo de Grenoble. Nous y voilà : ce mardi matin, un collectif d’élus locaux réunis sous la bannière des Eco Maires, épaulés par des ONG, a assigné la société Total devant le tribunal de Nanterre (la multinationale pétrolière étant immatriculée dans les Hauts-de-Seine) pour manquement à ses engagements contre le réchauffement de la planète. A l’instar de procédures menées parallèlement aux Etats-Unis contre Exxon, aux Pays-Bas contre Shell, ils entendent initier cette «première judiciaire en France» contre le principal pollueur hexagonal : ses émissions de gaz à effet de serre (GES) représenteraient 1% à l’échelle mondiale, dépassant à lui seul l’ensemble des GES émis par la France entière.

Au plan strictement procédural, l’assignation cible la loi française sur le «devoir de vigilance» des multinationales, adopté au printemps 2017. Depuis, elles doivent publier annuellement un «plan d’action» qui vise à prévenir toute atteinte à divers droits humains – pas seulement climatiques. C’est peu dire que ceux publiés depuis par Total n’ont guère satisfait les plaignants. Après plusieurs échanges préalables avec le géant pétrolier français, qui aura aimablement accepté de dialoguer avec eux, ils se sont décidés à saisir la justice française. Comme le résume le maire EE-LV d’Arcueil (Val-de-Marne), Christian Métairie : «Son PDG, Patrick Pouyanné, nous a reçus. Il est sympa, cet homme. Ou pas… A part nous expliquer que ce n’est pas de sa faute si les automobilistes consomment de l’essence, que ses enfants ont tous voté Yannick Jadot aux européennes, il ne lâche rien.»

Canicule, coulées de boues et décrues comme éléments à charge

Total proteste de sa bonne foi, se dit fortement engagé dans la transition énergétique. Mais sa filière de biocarburants est aussi à base d’exploitation d’huile de palme, dévastatrice pour la biodiversité. Surtout, les plaignants ont exhumé les annexes de son rapport annuel où, loin de s’en tenir au 1,5°C de réchauffement climatique, plafond imposé par les multiples COP, la multinationale pétrolière esquisse des scénarios entre 2,7°C et 3,3°C. Ils reprochent aussi à Total, loin de réduire sa production et son exploration de pétrole, de se contenter de compenser son bilan carbone par des mesures accessoires.

Quel préjudice direct permettrait aux plaignants d’ester en justice ? Tous ces élus locaux racontent la canicule de l’été dernier, les écoles devant fermer pour cause de chaleur, les coulées de boues, les crues ou décrues des cours d’eau. Comme ce représentant du conseil régional Centre-Val de Loire qui raconte qu’à Orléans, le débit de la Loire était proche de 0, au risque de se transformer en lac si les barrages en amont n’avaient permis de remettre un peu de jus.

L’exposé des motifs est sans cesse réitéré par les plaignants : «Passer des paroles aux actes.» Sauf que la loi sur le devoir de vigilance – et de son éventuelle violation – n’est pas aussi explicite. «La voie contentieuse n’est pas la plus appropriée pour apporter des solutions contre le changement climatique», a déjà rétorqué la direction juridique de Total. L’avenir le dira.

 

Climat : le double discours de l’Union européenne Valéry Laramée de Tannenberg www.euractiv.fr/section/energie/news/climat-le-double-discours-de-lunion-europeenne

Malgré l’ambition climatique de sa présidente, l’Europe continue de vouloir investir dans les énergies fossiles. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Les députés européens avaient un curieux choix à faire, mercredi 22 janvier. Dans la matinée, les membres de la commission Industrie, recherche et énergie (Itre) devaient se prononcer sur la liste des « projets communs d’intérêt communautaire ». Constitué cet automne par la Commission européenne et le Conseil, cet inventaire recense 151 projets éligibles aux fonds communautaires.

Dans le lot, on trouve de nombreuses interconnections électriques, des autoroutes électriques liant le continent à des parcs éoliens marins, des pipelines pour faciliter le stockage géologique du CO2 : la transition climatique en action.

La porte ouverte au gaz de schiste US

Curieusement, on trouve aussi 55 projets d’énergie fossile, dont de nombreux gazoducs et même quelques oléoducs. En ligne de mire des eurodéputés écologistes : Shannon LNG, un projet de terminal gazier irlandais, porte ouverte sur l’Europe aux exportations de gaz de schiste américain.

A l’heure où l’Europe se lance, avec son Pacte vert, sur la voie de la neutralité carbone, elle continue d’investir lourdement dans les énergies fossiles. Selon un recensement établi par le cabinet Artelys, les seuls projets gaziers représentent une capacité supplémentaire de 338 GW (+ 17% de capacité totale) et un coût voisin de 30 milliards d’euros, dont près de la moitié pourrait être financés par l’UE.

Tout ou rien

Le 22 janvier, donc, la Commission Itre devait se prononcer sur ladite liste. «Nous n’avons pas la compétence juridique pour choisir les projets, nous ne pouvons que l’accepter ou la rejeter», regrette l’eurodéputée (EEVL, France) Marie Toussaint. Et pour le moment, c’est le plateau des fossiles qui fait pencher la balance: seuls 17 des 73 députés de la commission se sont opposés à la liste.

Celle-ci devra encore passer sous les fourches caudines du parlement européen en séance pleinière, dans la première quinzaine du mois de février. L’Europe peut encore alléger son bilan carbone.

Jean Jouzel : “Le climat de l’après-2050 se joue maintenant” Dominique Leglu www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/jean-jouzel-le-climat-de-l-apres-2050-se-joue-maintenant_140668

L’ancien vice-président du GIEC était l’invité du festival Crézanswing 2020 à Crézancy-en-Sancerre où Sciences et Avenir l’a rencontré.  

“En France, la température a augmenté en moyenne de 1,5°C au cours des soixante dernières années. Et pour les vingt ou trente prochaines années, le climat est joué (voir VIDEO et verbatim ci-dessous). Avec une augmentation des températures à un rythme de 3 dixièmes de degré par décennie, en 2050, on aura un degré supplémentaire (1)”. A Crézancy-en-Sancerre, devant un parterre de Sancerroises et Sancerrois ayant fêté la Saint-Vincent (2) avec trois jours d’avance, c’est avec ces mots que le climatologue français Jean Jouzel, lui-même intronisé à l’occasion ” vigneron d’honneur “, a planté le décor climatique auquel les viticulteurs seront confrontés demain !

40°C à Paris : un scénario qui ne fait plus sourire personne

C’est moins sur ces augmentations ” moyennes ” que l’ancien vice-président du GIEC (3) a d’ailleurs insisté que sur leurs conséquences concrètes : “Il est très clair qu’il y aura intensification des événements extrêmes, en particulier des vagues de chaleur. Les records augmentent en effet deux fois plus rapidement que les moyennes” a-t-il rappelé. En d’autres termes, les canicules telles que celle enregistrée en été 2019, où certaines vignes du sud de la France ont vu leurs raisins littéralement ” confits ” par la chaleur et la sécheresse, vont se multiplier et remonter plus au nord…

Il y a quelques années, s’est souvenu le co-récipiendaire du Prix Nobel de la paix 2007 avec le GIEC, “les gens souriaient quand nous évoquions une possibilité de 40°C à Paris ! Et puis, l’été dernier, avec 42°6, le record absolu a été battu”. Cela ne fait plus sourire personne, au vu des mesures à prendre pour protéger les plus vulnérables (personnes âgées, jeunes enfants, malades dans les hôpitaux…) face à une chaleur étouffante dans la ville. “Le record en France a été de 46°C. Un jour, on dépassera les 50°C en France”, annonce-t-il.

Outre l’égrènement des températures extrêmes à redouter, c’est d’un autre problème, moins connu mais crucial, que le climatologue a voulu faire prendre conscience à son auditoire : le manque d’eau dans les rivières. “A chaque degré supplémentaire, l’évaporation augmente de 7%. Une des choses qui me marque, c’est qu’en 2050-2060 le débit des rivières pourrait avoir diminué de 30% à 60%”. Ceci sans compter le “risque de feux de forêts dans toutes les régions françaises, jusque là épargnées, au centre et à l’ouest du pays” ou encore ” la perte de biodiversité “.

Une transition énergétique réussie “peut créer 600.000 emplois nets en France”

Si le “climat est joué” pour ces prochaines décennies, cela ne signifie en aucune façon qu’il faut baisser les bras et se désespérer. Au contraire, selon Jean Jouzel : “Si on veut agir, c’est tout de suite”. Si l’on continue, comme aujourd’hui à déverser dans l’atmosphère, “54 milliards de tonnes d’équivalent CO2 (4) par an, voire plus – 65 à 70 milliards de tonnes [en suivant les tendances actuelles], on irait vers un monde à + 4°C ou + 5°C. Il faut tout faire pour l’éviter !” Car les conséquences seraient énormes : la fonte des glaciers du Groenland, en particulier, dont on sait qu’elle ferait monter de 7 mètres le niveau des océans, pour ne citer que cet exemple majeur, avec toutes les répercussions que l’on peut imaginer au niveau mondial.

Devant ce défi, le climatologue appelle de ses vœux, “même si on en est loin, un mix énergétique décarboné”. Et de rappeler qu’“ici, en France, les combustibles fossiles demeurent majoritaires dans notre consommation énergétique”. Tout est bon à prendre pour modifier la situation (stocker le carbone, reforester, adapter les transports, le logement…) : “C’est une chance pour les territoires” et une transition énergétique réussie “peut créer 600.000 emplois nets en France, 6 millions en Europe”, estime le scientifique, qui s’est frotté à l’économie, en particulier en co-écrivant l’ouvrage Pour éviter le chaos climatique et financier, avec le député européen Pierre Larrouturou (5). Et de prôner la nécessité d’investissements, via “une banque européenne du climat, qui consacrerait chaque année 1000 milliards d’euros pour réussir cette transition énergétique“. On a trouvé l’argent pour sauver les banques, dit-il, provocateur, “on peut le trouver pour sauver le climat”.

A Crézancy, les vigneronnes, vignerons et leurs proches ont applaudi. Avec les vendanges qui ont lieu de plus en plus tôt, ils voient déjà le changement climatique s’infiltrer dans leur activité.

(1) Mesure avec une incertitude de 0,1°C

(2) A l’occasion du festival Crézanswing 2020. Saint Vincent est le patron des vignerons, dont la fête, le 22 janvier, donne lieu à procession.

(3) GIEC signifie Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et regroupe environ 2000 scientifiques à travers toute la planète.

(4) 44 milliards de tonnes de CO2 et l’équivalent de 10 milliards de tonnes en méthane.

(5) Editions Odile Jacob. J. Jouzel et P. Larrouturou ont également lancé ensemble le Pacte Finance-Climat.

Voici le verbatim de l’entretien de Jean Jouzel à voir ci-dessus :

“Ce qui va se passer dans les prochaines décennies, d’ici 2040, 2050, ne dépend pas de ce que nous allons émettre comme gaz à effet de serre sur cette période. En fait le climat d’ici 2050 est déjà joué. Tout simplement parce qu’il dépend largement des gaz à effet de serre qui sont déjà dans l’atmosphère. En France par exemple nous irons probablement vers un réchauffement de l’ordre de 1 degré, 3 dixièmes de degré par décennie d’ici 2050, avec des conséquences aussi bien dans nos massifs montagneux, une diminution de la saison d’enneigement, des conséquences aussi sur des glaciers, les régions côtières, l’élévation du niveau de la mer va se poursuivre, pourrait atteindre dix à quinze centimètres supplémentaires, des variations des précipitations, moins de précipitation peut-être sur le sud de la France et plus d’évaporation ce qui fait qu’à l’horizon 2050 ou 2060, on peut imaginer une diminution des débits des fleuves et des rivières entre 30 et 60%. Donc c’est très important. Ce qui est important aussi, si on regarde l’après-2050 grosso modo la deuxième partie de ce siècle et au-delà, eh bien elle va dépendre énormément de ce que nous allons faire, au cours des 30 prochaines années et par la suite, en gros le réchauffement que nous aurons à la fin du siècle, que nous allons d’une certaine façon préparer pour nos jeunes, dépend de ce que nous allons faire d’ici 2030 et d’ici 2050. Alors j’essaie de résumer disons que si on regarde la période d’ici 2030, les engagements de l’accord de Paris nous conduisent vers des trajectoires qui risquent de nous emmener à + 3° ou + 4° à la fin du siècle. Pour respecter l’objectif de + 2° il faut multiplier les engagements de l’accord de Paris, faire 3 fois mieux, et faire 5 fois mieux pour limiter le réchauffement climatique à la fin du siècle à 1,5°. Donc il faut vraiment remonter l’ambition de l’accord de Paris de façon très importante si on veut que les jeunes d’aujourd’hui aient un climat auquel ils puissent facilement s’adapter. Quand je regarde les jeunes d’aujourd’hui ils sont doublement concernés. Ils sont concernés par l’inaction en ce sens que si on ne fait rien au cours des 10, 20, 30 prochaines années eh bien ce sont eux qui auront à faire face dans la deuxième partie de ce siècle à des conditions climatiques qui leur seront très défavorables, des difficultés d’adaptation sinon une impossibilité dans certaines régions, avec clairement un accroissement des inégalités, non seulement entre pays pauvres et pays riches mais aussi au sein des pays riches. Donc ils auront une difficulté d’un développement harmonieux de notre civilisation. Et puis si on veut agir eh bien c’est tout de suite ! C’est d’ici 2030, si on voulait rester autour de + 2°, en France on a des objectifs qu’il faut respecter. Des objectifs de diminution d’au moins 40% de nos émissions de gaz à effet de serre, par rapport à 1990, dans un esprit de justice sociale c’est aussi important et une neutralité carbone à l’horizon 2050. Donc les jeunes d’aujourd’hui, ceux qui sont déjà dans la vie professionnelle ont un rôle à jouer extrêmement important, tout de suite ! Donc c’est cela le message qui est important, l’inaction leur sera extrêmement défavorable, et l’action c’est aussi eux qui doivent l’entreprendre, et je pense que c’est assez enthousiasmant finalement, de devoir mettre en place, un monde un peu différent de celui sur lequel ma génération s’est construite, un monde assez égoïste qui a utilisé assez largement les ressources des combustibles fossiles, il faut franchement aller vers un monde plus solidaire, plus soucieux de l’environnement général, parce que le réchauffement climatique est aussi synonyme de perte de biodiversité, et plus sobre de façon générale”.

Rénovation énergétique : le gouvernement obsédé par les chiffres, au détriment d’une vraie politique Sophie Chapelle www.bastamag.net/isolation-a-1-euro-renovation-combles-chaudiere-logement-travaux-climat

Le gouvernement assure avoir fait de la rénovation des logements un pilier de son action. Qu’en est-il ? Après avoir pointé les malfaçons entourant la pseudo « isolation à un euro », le deuxième volet de notre enquête révèle une course aux chiffres. Un piège qui éloigne chaque jour un peu plus la France d’une véritable politique d’efficacité et de sobriété énergétique.

Le chauffage concentre la majeure partie de la consommation d’énergie des logements, loin devant l’eau chaude ou l’éclairage. Bien isoler maisons ou appartements est donc essentiel. « Chaque année, plus d’un million de ménages engagent des travaux de rénovation énergétique », avance le ministère de la Transition écologique et solidaire, quand on l’interroge sur son objectif de rénover 500 000 logements par an [1]. A l’en croire, la France avancerait à grands pas vers la sobriété énergétique en matière d’habitat ! Ces chiffres intriguent cependant Jean-Baptiste Lebrun, directeur du Cler – Réseau pour la transition énergétique, qui fédère des collectivités, des associations et des entreprises engagées en faveur de l’efficacité énergétique. « La plupart des travaux entrepris ne sont pas suffisants. On est plutôt sur des gestes comme le changement de chaudière ou des fenêtres. Le gouvernement compte tous les gestes et initiatives qui ont trait à la rénovation énergétique mais ce n’est pas du tout à la hauteur », estime-t-il.

Une récente étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) illustre ce grand écart entre les discours et la réalité des gains énergétiques. Le classement énergétique d’un appartement ou d’une maison est présenté sous la forme d’une lettre, qui va de A (économe en énergie) à G (énorme gaspillage). Or, selon cette étude, seuls 5% des travaux de rénovation énergétiques – concernant cinq millions de maisons individuelles – ont permis des gains de plus de deux classes énergétiques [2].

« Le piège de la course aux chiffres »

La majorité des travaux de rénovation énergétique portent sur une isolation partielle, comme celle des murs ou des combles, pas forcément sur une action globale pour que le logement soit plus performant d’un point de vue énergétique [3]. « La communication du gouvernement nous entraine dans le piège de la course aux chiffres », déplore Jean-Baptiste Lebrun. Dans les faits, l’observatoire de la rénovation énergétique, promis par Nicolas Hulot en 2018 lorsqu’il était ministre, est à peine en cours de création.

Les enjeux sont pourtant considérables. La neutralité carbone d’ici 2050 implique de rénover l’ensemble des logements construit avant 2012 pour qu’ils atteignent la norme « BBC », bâtiment basse consommation, soit au minimum en classe C [4]. Il s’agit donc de rénover de manière performante environ 30 millions de logements en trente ans, soit un million de logements par an.

Un objectif loin d’être atteint : « Nous faisons entre 200 000 et 300 000 rénovations par an, qui ne sont absolument pas au niveau BBC », regrette Jean-Baptiste Lebrun. Le collectif Effinergie annonce seulement 20 000 rénovations certifiées basse consommation en 2019. « Le rythme à avoir est très important, il faut massifier », note Jean-Baptiste Lebrun. « Mais “faire plus” ne veut pas dire pour autant qu’il faille faire n’importe comment. »

Économies d’énergie : décalage entre la théorie et la réalité

Du travail « fait n’importe comment », c’est malheureusement ce qu’il ressort du premier volet de notre enquête menée sur la conduite de travaux relevant du dispositif de l’« isolation à 1 euro », entaché par de nombreuses malfaçons. Ce dispositif est financé par les « certificats d’économie d’énergie » (CEE) présentés par l’État comme le moyen de faire contribuer financièrement les fournisseurs d’énergie – EDF, Total Direct Energie ou Engie [5] – aux travaux de rénovation menés par les particuliers. Ces fournisseurs peuvent démarcher directement les ménages, ou bien travailler avec des entreprises ou des artisans qui font les devis, les travaux et la facturation.

Prenons l’exemple d’une entreprise, sous-traitante de Total Direct Energie, isolant 40 mètres carrés de combles pour 845 euros, TVA comprise. Elle applique sur son devis une baisse de 844 euros, via les certificats d’économie d’énergie, et indique au propriétaire qu’il ne reste qu’un euro à payer. Une fois les travaux effectués, cette entreprise se fait rembourser son avance de fonds par Total Direct Energie et lui remet les documents attestant des travaux. Total Direct Energie dépose alors le dossier auprès du Pôle national des certificats d’économie d’énergie sensé vérifier les opérations afin de délivrer les certificats d’économie d’énergie correspondants. Ces certificats sont comptabilisés en « kwh cumac » (kilowattheures cumulé actualisés), une unité qui estime la quantité d’énergie qui va être économisée grâce à ces travaux d’isolation.

Selon la surface d’isolant posé et la zone climatique, plus ou moins froide [6], un montant de certificats est délivré, qui peuvent être ensuite revendus sur un marché spécifique [7]. « On sait pertinemment que la réalité ne correspond pas à la théorie, alerte Gireg Le Bris, qui coordonne le réseau Rénov’Habitat en Bretagne. Nous disposons de fiches standardisées. Si l’on isole les combles avec 30 cm d’isolant sur un m2, cela correspond à un certain nombre de kilowattheures d’économies sur toute la durée de vie de l’isolant… Mais c’est totalement théorique. Cela dépend de la qualité de la mise en œuvre. »

Pour le gouvernement, « peu importe comment sont faits les travaux »

La qualité des travaux est justement pointée du doigt par de nombreux particuliers ayant recouru à l’isolation à 1 euro, dénonçant des travaux bâclés. Comme nous le racontons dans le premier volet de notre enquête, de nombreuses entreprises peu scrupuleuses se sont engouffrées dans le dispositif pour maximiser leurs gains. Certaines annoncent par exemple dans leurs factures des surfaces traitées supérieures à la réalité. Ce type de pratique leur permet de vendre davantage de certificats, et en bout de course, de récupérer davantage d’argent.

Le particulier, qui au final n’a déboursé qu’un euro, ne va pas nécessairement prêter attention à cette surestimation. « Ces pratiques viennent creuser l’écart entre économies d’énergie réelles et économies d’énergie estimées, confirme Gireg Le Bris. Il conviendrait de se poser la question de l’efficacité réelle du dispositif “coup de pouce isolation”, en prenant en compte que ce dispositif a été malheureusement largement dévoyé par un nombre conséquent d’entreprises. »

Les économies réelles sont-elles inférieures aux économies estimées ? « Sur l’année 2019, on explose les scores concernant les économies d’énergie théoriques sur les bâtiments », nous confie un conseiller du réseau Faire en Bretagne, un service rattaché à l’Ademe [8] qui guide les usagers dans leurs travaux de rénovation énergétique. « Mais peu importe comment sont faits les travaux, déplore ce conseiller. Ce qui compte pour le gouvernement, c’est de valoriser ces chiffres dans le bilan d’une politique. »

Notes

[1] Conformément aux objectifs de la Loi et aux plans présentés par les gouvernements en 2013 et en 2018, l’objectif est de 500 000 rénovations performantes par an sur le quinquennat.

[2] Les travaux ont été menés entre 2014 et 2016. Lire à ce sujet cette étude publiée par l’Ademe en octobre 2018.

[3] C’est ce que confirme l’étude publiée par l’Ademe en octobre 2019 sur la typologie des ménages ayant réalisé des travaux de rénovation énergétique.

[4] Le niveau BBC (bâtiment basse consommation) correspond à la classe énergétique A en neuf, et à B ou C en rénovation.

[5] Une quarantaine d’entreprises (dont Antargaz, Bolloré Energy, Butagaz, Certinergy, Total Direct Energie, EDF, Engie, Société des pétroles Shell, Total Marketing France) sont signataires de la charte coup de pouce ce qui leur permet de récupérer des certificats d’économie d’énergie. Source.

[6] L’État a défini trois zones climatiques (H1, H2 et H3) en fonction des températures en période hivernale. H1 est la zone climatique la plus froide, et s’étend du Nord à l’Est de la France jusqu’aux régions Auvergne-Rhône-Alpes. La zone climatique H2, plus tempérée, s’étend tout au long de la côte Ouest et Sud-Ouest de la France. Enfin la zone climatique H3 borde le littoral méditerranéen et s’étend du Languedoc-Roussillon jusqu’à la frontière Italienne, prenant en compte la Corse.

[7] Comme dans le cas des émissions carbone, un marché des certificats d’économie d’énergie a été mis en place à l’échelle nationale.

[8] L’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe) est sous tutelle de plusieurs ministères dont celui de la Transition écologique et solidaires.

Kosta lerroa, beti egon da hor? Urko Apaolaza Avila www.argia.eus/albistea/kosta-lerroa-beti-egon-da-hor

Aranzadik otsailaren 4tik 6ra Donostian antolaturiko arkeologia jardunaldietan, historiaurreko aldaketa klimatikoak aztertuko dituzte. Azken urteetako teknologiaren garapenari esker jakin dezakegu, esaterako, euskal kostaldea noraino barneratzen zen itsasorantz Kuaternarioan eta nola egin duen atzera ordutik hona. Antzinako paisaia nola zen jakiteak lagunduko digu, agian, etorkizunekoa nolakoa izango den iragartzen.

Mediterraneoan Gloria ekaitzak utzitako irudi harrigarriak jan ezinda gabiltza oraindik, Ebroren Delta nola irentsi duen itsasoak ikustea besterik ez dago. Gurean, Kantauri itsasoak ere eragin ditu kalte larriak azken urteotan, gero eta gogorragoak diren enbaten eta Aldaketa Klimatikoaren ondorioz.

Aldaketa Klimatikoak lehenago ere gertatu dira Historiaurrean –ez gizakiak sorturikoak, hor badago alde handi bat–, eta horren inguruan hitz egingo dute Donostiako San Telmo Museoan otsailaren 4tik 6ra Aranzadik antolaturiko arkeologia jardunaldian. 2,5 milioi urtetik hona luzatzen den Kuaternarioaren ezaugarrietako bat izan da klima hotz eta beroko garaiak uztartzea.

Aldaketa horien ondorio nabarmenena, gurean behintzat, kosta lerroaren atzera-aurrerak izan dira. Jardunaldian, Peru Bilbao geologoak Kosta lerroa, beti egon da hor? hitzaldia emango du, egun itsas azpian ikusten duguna garai batean lurrazalean nola zegoen azaltzeko. Azken hamarkadetan izandako aurrerapen teknologikoei esker, askoz datu gehiago bildu ahal izan da itsas hondoaren mapak sortu eta ezkutuan dagoen erliebe horren itxura agertzeko.

Bilbao tesia egiten ari da kostaldearen kurben inguruan eta ondorio batzuk jadanik eskaini zituen Bilbon 2019ko uztailean egin zen Kuaternarioaren XV. Biltzar Nazionalean (pdf). Erresoluzio altuko Gainazaleko Erdu Digitalak erabiliz kostaldeko morfologia zein izan zitekeen ikertu du, eta duela 21.000 urtetik hona itsas maila non kokatzen zen zehaztu du, Muskitzetik Hedaiarainoko mapa batean.