Articles du Vendredi : Sélection du 29 mai 2020


Plus Jamais ça ! Un monde à reconstruire : 34 mesures pour un plan de sortie de crise Alternatiba et ANV-COP21 s’associent à 18 organisations associatives et syndicales [1] dont la CGT, Greenpeace, Attac et les Amis de la Terre pour proposer un plan de sortie de crise, et ainsi répondre aux enjeux sanitaires, sociaux, économiques et écologiques auxquels font face nos sociétés. https://alternatiba.eu/2020/05/plus-jamais-ca-34-mesures-pour-un-plan-de-sortie-de-crise

Ce plan de sortie de crise propose 34 mesures concrètes pour répondre à la crise sanitaire et à la crise économique qui en découle, tout en posant les jalons d’un nouveau projet de société.

La crise sanitaire actuelle provoque des ruptures historiques et démontre une nouvelle fois la nécessité d’un changement profond de notre société. Mais elle nous prouve également que mettre en place des mesures  ambitieuses n’est qu’une question de volonté politique. Alors qu’est-ce qu’on attend ? Ce plan de sortie de crise, né d’une coalition très large de la société civile, offre une démonstration concrète : il est possible de reconstruire la société en défendant un haut niveau d’ambition social et environnemental.

Introduction 

Le contexte de « déconfinement progressif » est encore très incertain et beaucoup dépend de paramètres que personne ne maîtrise, comme la mise au point d’un vaccin ou la découverte de traitements efficaces contre le Covid-19. Mais c’est précisément dans les périodes de choc d’immédiat après-crise que l’histoire s’accélère, que les bifurcations sont engagées ou pas, que les décisions prises conditionnent pour une longue période la construction du futur. L’expérience toute récente est source de prises de conscience et de réflexions de plus long terme sur lesquelles nous entendons bien nous appuyer. Depuis plusieurs mois, des organisations syndicales et associatives convergent, convaincues que les réponses aux urgences sociales et écologiques doivent être construites ensemble. La crise qui a éclaté en ce début d’année 2020 montre une fois de plus la nécessité de changer de système. C’est pourquoi nos organisations ont constitué un front élargi et inédit pour initier une tribune, puis une pétition et un appel aux mobilisations du 1er mai. Nous pensons que le moment est venu de préciser les contours du « plus jamais ça » que nous mettions en avant dans cette tribune le 18 mars et auquel nous entendons désormais donner plus de corps. Désormais il est nécessaire de dépasser l’effet de sidération paralysant que génère le traumatisme de la crise sanitaire. Il s’agit d’amener la population à se saisir de ce moment pour exiger que des enseignements en soient tirés. C’est le sens de ces mesures que nous versons au débat. Elles sont volontairement précises et le plus souvent chiffrées. Il ne s’agit pas, cependant, de présenter un plan figé, ficelé et définitif. Au contraire, ces propositions ont vocation à être soumises au débat public et sont amenées à être complétées. La relative précision des mesures présentées poursuit deux objectifs. D’abord, signifier que nous ne nous contenterons plus des grands mots, des déclarations d’intention, des formulations creuses. Nous voulons démontrer, à travers l’articulation de mesures de court et de long terme, le pragmatisme et l’ancrage dans le réel de notre démarche. Ensuite, notre but est de faire la démonstration qu’il y a des alternatives au capitalisme néolibéral, productiviste et autoritaire, et que ces alternatives sont crédibles, désirables et réalisables, à condition que la volonté politique et les moyens financiers soient enfin mis au service des objectifs de transformation sociale et de préservation de l’environnement, au lieu de les soumettre aux pressions et désidératas des lobbies. Du reste, un grand nombre de ces alternatives relèvent d’un déjà-là qu’il s’agit de conforter, de rénover et de généraliser, que ce soient les grands systèmes collectifs mis en place dans le cadre de l’État social (protection sociale, services publics, etc.) ou les alternatives concrètes qui sont souvent autant de possibles si leur généralisation est envisagée. L’heure est aux urgences sanitaires et sociales et à la satisfaction des besoins essentiels de la population, dans le respect des droits démocratiques : les semaines à venir seront décisives et le gouvernement doit urgemment changer de logiciel, pour répondre aux objectifs qui s’imposent et que nous nous fixons dans les deux premières parties de ce plan de sortie de crise. En particulier doit être lancé un vaste plan de renforcement et de développement des services publics.

Au mois de juin, sera présentée une nouvelle loi de finance rectificative : si l’on veut que cette crise ne soit pas l’occasion de plans d’austérité et de nouvelles régressions sociales, si l’on souhaite partager les richesses et financer la transition écologique, alors il faut refonder le système bancaire et financier et la fiscalité. C’est tout l’objet de la troisième partie. Enfin, face aux plans de relance du gouvernement, qui ne font que relancer un système profondément insoutenable, nous en appelons dans la dernière partie à des mesures courageuses, permettant une reconversion sociale et écologique de la production agricole, industrielle et de services, pour à la fois créer des centaines de milliers d’emplois de qualité et cesser les activités les plus néfastes pour les populations et la planète. Cette reconversion doit être aussi l’occasion d’une relocalisation des activités, qui s’accompagnerait de mesures fortes de solidarité européenne et internationale, que nous précisons également. Ce document se veut donc une contribution et même un appel au débat public. Débattons partout, mobilisons-nous sur le terrain pour changer le système et exiger des pouvoirs publics des transformations radicales ! Changer en profondeur le monde qui a rendu cette crise aussi violente est l’affaire de toutes et tous, le monde d’après sera celui que nous serons capables de reconstruire.

Parmi les mesures portées dans ce plan de sortie de crise : 

  • La gratuité des masques et l’accès aux tests pour toutes et tous
  • Un plan d’urgence pour l’hôpital public
  • La hausse des salaires
  • La création d’emplois dans l’agriculture 
  • Le renforcement de la taxation des transactions financières
  • Une loi pour soumettre les entreprises à l’Accord de Paris sur le climat et interdire les dividendes climaticides

Conclusion

Le ciblage des aides publiques et l’intégration d’objectifs environnementaux et sociaux contraignants dans la loi et les accords commerciaux permettront d’enclencher une transition structurelle. En repensant l’ensemble de la production de biens et de services, c’est l’économie, comme système de gestion des ressources et des besoins, qui est à reconvertir à toutes les échelles. Se réapproprier l’économie passe par une meilleure valorisation du travail au détriment de la logique capitaliste et actionnariale. La politique énergétique est centrale pour la durabilité des ressources, plaidant pour un plan de développement des énergies renouvelables et locales. La participation active des travailleur·euses à la reconversion de l’économie est cruciale pour passer d’une économie court-termiste, financiarisée et soumise à des crises cycliques à une économie de long-terme, territorialisée et planifiée selon les objectifs écologiques et sociaux. La logique de collectivisation des pertes et de privatisation des bénéfices doit être remplacée par la recherche de l’utilité sociale et écologique de toutes nos activités, en commençant par revaloriser immédiatement les métiers d’utilité publique. Dans le secteur industriel, plutôt que la rentabilité à court terme sur les marchés financiers c’est le pouvoir de contrôle des travailleur·euses sur l’outil de production et sa transition vers la sobriété qui doivent être renforcés. La qualité de travail, l’aménagement des postes de travail, la réorganisation de la structure hiérarchique, l’impact de l’activité sur la santé et l’environnement doit être au cœur de cette nouvelle approche viable socialement et écologiquement. Afin de rompre le cercle vicieux du productivisme et du consumérisme, ces mesures politiques doivent s’appuyer sur les luttes collectives et le développement de pratiques alternatives. À travers des pôles publics forts (logement, santé, transports, industrie…), la réflexion collective menée avec l’apport des travailleur·euses permet la création de richesses de manière harmonieuse sur le territoire, notamment en zones rurales.

Et maintenant

Les 34 mesures proposées dans ce plan de sortie de crise constituent une première contribution au débat nécessaire pour engager la reconversion écologique et sociale de nos sociétés. Nous voulons maintenant œuvrer collectivement pour les populariser, les compléter, les incarner à travers des luttes concrètes, et construire ensemble les conditions pour les imposer. Après la crise sanitaire et les deux mois de confinement, nous voulons nous mobiliser ensemble, au-delà du calendrier gouvernemental, pour défendre nos propositions de rupture avec un système qui pollue et épuise nos ressources, creuse toujours plus les inégalités, renforce les discriminations. Ce travail commun est la preuve que face à l’urgence sociale et écologique, des convergences sont possibles et porteuses d’espoir.

Parce qu’il n’y aura pas de résolution à la crise d’aujourd’hui avec les solutions d’hier ou le repli sur soi, notre travail collectif se poursuit et doit se développer avec des initiatives locales associant les militant·es de nos organisations mais, plus largement, les jeunes, les travailleur·euses, les retraité·es. La construction d’un futur écologique, démocratique, féministe et social, ne sera possible que s’il regroupe largement la population autour d’initiatives et de mobilisations locales et nationales. Parce qu’il faut défendre et développer nos services publics, relocaliser les productions essentielles, produire mieux et durablement, travailler moins pour travailler toutes et tous, déconfinons nos revendications et nos projets !

 

[1] La liste des organisations signataires du plan de sortie de crise : Action Aid, Alternatiba, ANV-COP 21, Attac, CGT, Confédération paysanne, Convergence nationale des services publics, Droit Au Logement, Fondation Copernic, FSU, Greenpeace France, Notre Affaire à Tous, Les Amis de la Terre, Oxfam, Reclaim Finance, Solidaires, UNEF, UNL, Youth for Climate France, 350.org

Les limites de la croissance et l’épidémie de Covid-19 – par Dennis Meadows Chelsea Green Publishing, Traduit par l’équipe Les-Crises www.les-crises.fr/les-limites-de-la-croissance-et-l-epidemie-de-covid-19-par-dennis-meadows/

Il y a quarante-huit ans, j’ai dirigé une étude de 18 mois au MIT sur les causes et les conséquences de la croissance de la population et de la production matérielle sur la planète Terre jusqu’en 2100. « Si les tendances de croissance actuelles … restaient inchangées, nous avions conclu que « les limites de la croissance sur cette planète » seraient atteintes dans les cent prochaines années » .

Pour illustrer cette conclusion, nous avons publié un ensemble de 13 scénarios générés par World3, le modèle informatique construit par mon équipe. Dans ces scénarios, les principaux indices mondiaux, tels que la production industrielle par habitant, ont généralement cessé de croître et ont commencé à diminuer entre 2015 et 2050.

L’épidémie actuelle ne prouve pas que nous avions raison.

Lorsqu’on demande aux climatologues si une tempête particulière prouve leur théorie du changement climatique, ils soulignent qu’un modèle de changement continu à long terme ne peut pas prévoir, ni être corroboré par un événement discret à court terme. Il y a toujours eu des tempêtes catastrophiques. Mais, soulignent les climatologues, les tempêtes de plus en plus fréquentes et violentes sont conformes à la thèse du changement climatique.

World3 est un modèle d’interactions continues entre la population, les ressources et le capital sur le long terme. Dans le contexte de 200 ans, la pandémie de COVID-19 est un événement discret et de courte durée. Il y a toujours eu des fléaux, mais les épidémies de plus en plus fréquentes et violentes sont conformes à la thèse des limites de la croissance.

Il existe deux principaux liens de causalité.

Premièrement, la croissance explosive de la population et de l’économie de l’humanité a mis à rude épreuve les écosystèmes naturels, réduisant leur capacité d’autorégulation et rendant plus probables les pannes telles que les épidémies. Dans un passé récent, la société mondiale a été confrontée au MERS, à Ebola, au Zika, au SRAS et au H1N1, ainsi qu’à des épidémies majeures de rougeole et de choléra. Et maintenant, nous avons le COVID-19.

Deuxièmement, la croissance de la consommation nous a obligés à utiliser les ressources de manière plus efficace. L’efficacité est le rapport entre la production que nous voulons et les intrants nécessaires pour la produire. Les mesures courantes de l’efficacité sont, par exemple, les miles par gallon, les années de vie prévues par dollar de soins de santé, ou les boisseaux de blé par gallon d’eau. Augmenter l’efficacité d’un système permet d’utiliser moins d’intrants par unité de production. En soi, une efficacité accrue est généralement une bonne chose. Cependant, l’augmentation de l’efficacité réduit inévitablement la résilience.

La résilience est la capacité à subir une interruption de l’approvisionnement d’un intrant nécessaire sans subir une baisse grave et permanente du rendement souhaité.

L’humanité vit sur une planète finie qui a commencé avec une quantité fixe de chaque ressource. Pour soutenir la croissance démographique et économique, la consommation des ressources finies de la planète a augmenté. En conséquence, les ressources ont été continuellement épuisées et détériorées. La fertilité des terres agricoles, la concentration de minerais, la qualité des eaux de surface et les populations de poissons marins font partie des milliers d’indicateurs qui montrent que la qualité moyenne à long terme des ressources est en déclin.

La production toujours plus importante à partir d’intrants toujours plus réduits a obligé la production à devenir de plus en plus efficace. Cependant, même les énormes progrès technologiques n’ont pas modifié le fait que la consommation détériore les ressources. Il a simplement réduit le taux de détérioration en diminuant la vitesse à laquelle nous utilisons les ressources pour produire chaque unité de ce que nous voulons.

Chaque secteur de la société est confronté au compromis entre efficacité et résilience.

Les constructeurs automobiles sont passés à la fabrication en flux tendu. Cela réduit le coût par voiture du maintien des stocks mais oblige des usines automobiles entières à fermer lorsque l’unique usine hautement efficace produisant une pièce dont elles ont continuellement besoin est interrompue. La production agricole s’est déplacée vers de grandes plantations monocultures pour la nourriture, le bois et les fibres. Cela réduit le coût du travail et du capital par tonne de production, mais augmente la vulnérabilité des cultures à un seul parasite ou à une perturbation des conditions météorologiques normales.

L’incitation à accroître l’efficacité a été stimulée par le fait que ceux qui peuvent produire et vendre la même production avec moins d’intrants font généralement plus de profits.

En conséquence, au cours du siècle dernier, on a assisté à un abandon massif des systèmes résistants au profit de systèmes efficaces – plus grande échelle, moins de diversité, moins de redondance.

La recherche du profit a été une force majeure qui a façonné le système de santé américain. Des efforts incessants ont été déployés pour réduire les niveaux de personnel, éliminer les stocks « inutiles » de fournitures et transférer la production de médicaments à l’étranger – tout cela pour réduire les coûts, c’est-à-dire rendre le système plus efficace.

Beaucoup ont profité de l’optimisation du système de santé pour être extrêmement efficace dans son utilisation des intrants. Aujourd’hui, nous payons tous le prix de la perte de résilience qui en résulte. Le COVID-19 a montré comment l’interruption rapide de certains intrants, tels que les masques, peut entraîner des baisses drastiques de résultats essentiels, tels que la qualité des soins de santé.

Le ralentissement de la croissance démographique et de la consommation de matériaux et d’énergie ne permettra pas d’éliminer le problème. Mais il réduirait la pression pour augmenter l’efficacité et laisserait plus de possibilités pour augmenter la résilience.

* Dennis Meadows est professeur émérite de politique des systèmes et de recherche en sciences sociales à l’université du New Hampshire, où il a également été directeur de l’Institut de recherche sur les politiques et les sciences sociales. En 2009, il a reçu le prix du Japon pour ses contributions à la paix mondiale et au développement durable. Et le prix 2019 de la Fondation allemande pour la promotion de la culture. Il est l’auteur de dix livres et de nombreux jeux éducatifs, qui ont été traduits dans plus de 15 langues pour être utilisés dans le monde entier. Il a obtenu son doctorat en gestion au MIT, où il était auparavant membre de la faculté, et a reçu quatre doctorats honorifiques pour ses contributions à l’éducation environnementale.

Femmes au bord de la crise sanitaire Caroline Rivière et Sandra Papon Lizarralde www.mediabask.eus/eu/info_mbsk/20200526/femmes-au-bord-de-la-crise-sanitaire

OPINION – Caroline Rivière et Sandra Papon Lizarralde, colistières Baiona Verte et Solidaire, reviennent sur la situation de ces professionnels, souvent des femmes, qui ont été particulièrement exposés en ce début de crise sanitaire.

La crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui peut apparaître comme une période inédite. A bien y regarder, elle met surtout en exergue des aspects sociétaux injustes, dont nous nous sommes malheureusement accommodés jusqu’à présent. Afin de gérer cette situation périlleuse, certains professionnels ont été sollicités plus que d’autres : il était indispensable qu’elles et ils aillent travailler, prenant des risques pour elles et eux-mêmes et pour leurs familles.

Parmi ces professions, beaucoup appartiennent au domaine du “care”, terme anglais désignant traditionnellement le travail assigné aux femmes dans le cadre familial et exécuté gratuitement. Aujourd’hui, tous les métiers liés au soin, à l’enseignement, à l’aide à la personne… entrent dans cette catégorie. Des métiers à la limite du ménager, du sanitaire, du social et de l’éducatif pour lesquels des qualités dites “féminines” sont requises. Des métiers occupés très majoritairement par des femmes.

Arrêtons-nous sur quelques chiffres au niveau national. Les femmes représentent 90 % des aide-soignants, 87 % des infirmiers, 97,7 % des assistants maternels, des aides ménagères et des aides à domicile. 90 % des personnes qui travaillent dans une pharmacie sont des femmes et 90 % des employés à la caisse des supermarchés le sont également. Ces professions ont été particulièrement exposées en ce début de crise sanitaire.

Le 11 mai, une grande partie des écoliers ont repris le chemin de l’école afin de permettre à leurs parents de participer à la relance économique voulue par le gouvernement. Ces enfants sont pris en charge par leurs enseignantes, des femmes pour la plupart d’entre elles (83 %).

Nous ne prétendons pas que seules les femmes ont contribué et contribueront à la résolution de la crise. Mais il est intéressant de relever que les métiers majoritairement féminins mis à contribution durant cette période sont pour la plupart peu reconnus socialement et surtout mal payés. Féminisation d’une profession et dévalorisation sociale et salariale vont de pair. Un exemple pour illustrer cette affirmation : il y a 50 ans, la moitié des instituteurs étaient des hommes. Leur place dans la société et leur pouvoir d’achat n’avaient aucune commune mesure avec ce qui est aujourd’hui.

Dans une société de la concurrence, basée sur le profit immédiat, les dépenses liées à ces emplois sont présentées comme des coûts à réduire. Les salaires sont donc bas, et les conditions de travail de plus en plus difficiles. Pourtant nos dirigeants savent que ce travail du “care” est indispensable en tant que soupape de sécurité qui évite l’implosion d’un système inégalitaire et injuste.

Précarité économique et sanitaire

Soulignons qu’au niveau national, 70 % des personnes reconnues “pauvres” sont… des femmes. Autre difficulté, la précarité liée à une activité souvent menée à temps partiel. Les secteurs de la vente mais aussi de la santé, de l’animation sont particulièrement touchés… Dans la Communauté d’agglomération Pays Basque, 29 % des métiers féminins sont occupés à temps partiel (28 % en moyenne dans le reste de la France).

Pour revenir à la crise sanitaire du Covid-19 et aux risques encourus pour les professionnels engagés, soulignons que la mise en place de conditions de protection acceptables a été tardive. Certaines structures médico-sociales du Pays Basque n’ont pu équiper leur personnel correctement : masques homologués qui ne sont utilisés que deux semaines après le démarrage de la période de confinement, masques normalement changés toutes les quatre heures utilisés une journée entière (entre neuf et dix heures de travail)… Citons de plus une structure du BAB hébergeant des enfants placés par l’Ase [Aide Sociale à l’Enfance] dont les éducatrices et éducateurs n’étaient pas du tout équipés !

Femmes en nombre sur le “front”, absentes au niveau décisionnel

Si les femmes sont présentes dans les hôpitaux, EHPAD, écoles, commerces de première nécessité… elles sont peu représentées dans les espaces politiques et décisionnels.

La revue scientifique britannique The Lancet indique qu’”en dépit du fait que le conseil exécutif de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] reconnaisse le besoin d’inclure les femmes dans les prises de décisions pour répondre aux épidémies, la représentation des mêmes femmes aux niveaux nationaux et global dans les espaces politiques qui traitent du Covid-19 est inadéquate”. En France, le conseil scientifique dont la mission est d’apporter une expertise face à l’évolution du virus pour le Président de la République et le Ministre de la santé est composé de onze scientifiques. Neuf hommes et seulement deux femmes. Pourtant, ces dernières sont reconnues par l’Institut de Radioprotection et de Sécurité Nucléaire (baromètre des risques) comme ayant une perception des risques beaucoup plus accrue que celle des hommes.

Femmes aux manettes…

Pour les femmes qui sont aux manettes de leur pays, il semblerait que la crise ait été mieux gérée : en Nouvelle-Zélande, Islande, Norvège, Allemagne, Finlande… Force est de constater que les chiffres de mortalité sont moindres. Selon Avivah Wittenberg-Cox, contributrice au journal Forbes (journal qui n’est pas particulièrement connu pour ses positions féministes), ces femmes dirigeantes ont mieux anticipé (quarantaine précoce en Nouvelle-Zélande), décidé (tests massifs et nombre importants de lits en Allemagne), alerté les populations (communication directe sur l’urgence en Norvège). Est-ce lié à des qualités qui seraient “féminines” ? Difficile de faire une généralité à partir de cinq pays…

Hélène Périvier, économiste à l’OFCE Sciences-Po et directrice du programme Presage (programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre) évoque la piste sociétale : “au lieu de considérer que ce sont des femmes cheffes d’État qui permettent aux sociétés de mieux fonctionner, on ferait mieux de se demander si ce ne sont pas plutôt des sociétés plus égalitaires, soucieuses du bien commun, et où les femmes accèdent plus facilement au pouvoir, qui ne permettent pas tout simplement de mieux gérer ces crises”.

Mélange des genres

Cette crise sanitaire illustre qu’un système patriarcal, libéral, très hiérarchisé, fondé sur de profondes injustices sociales provoque une mise en danger de tous les êtres humains. Il est urgent et vital d’aller vers une société plus égalitaire, plus paritaire.

Pour que ces changements sociétaux s’opèrent, il est largement temps au vu des crises sanitaires passées et en prévention de celles à venir, que nos politiques reconnaissent enfin à leur juste valeur les professions impliquées. Il faut une amélioration de leurs conditions d’exercice et une revalorisation à la hauteur de ce qu’elles méritent. Il faut stopper le fonctionnement gestionnaire et libéral de nos services publics et appliquer une parité dans l’exercice des fonctions et des décisions à tous les niveaux.

Pour atteindre cet idéal de société non patriarcale, il faut que les soins aux malades, aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes fragilisées soient tenus pour une priorité sociale. Il faut que ces responsabilités soient partagées entre hommes et femmes.

Il aura peut-être fallu vivre cette crise pour que la société comprenne que le combat que mène une femme pour un malade, pour un enfant (contre la maladie, l’injustice sociale, contre toutes ces forces d’exploitation, de domination qui dévalorisent l’existence) doit devenir le combat de tous et toutes.

Les “premiers de cordée” ne sont pas là où on le croit. L’héroïsme est ailleurs. Nous devons transformer la charge du “care” en éthique de la sollicitude et réécrire l’Histoire depuis le point de vue de celles qui soignent, avant que ceux qui font l’Histoire qui tue ne nous anéantissent toutes et tous.

Kaleak berriro ere hartuta Iñigo Satrustegi www.berria.eus/paperekoa/1916/030/001/2020-05-13/kaleak-berriro-ere-hartuta.htm

Oinezkoak eta txirrindulariak parke eta pasealekuen jabe egin dira arintze neurriekin. Baina jendea pilatzen ari da eremu horietan; izan ere, hiriek gune gutxi eskaintzen dituzte aisialdirako.

Azken asteetan, konfinamendua arintzeko neurriekin, Espainiako eta Frantziako gobernuek baimenak eman dituzte, pixkanaka bada ere, kalera ateratzeko. Ordutegi, adin tarte, baimen eta duda askoren artean, herritarrek kaleak hartu dituzte berriz. Parkeak, zelaiak eta plazak dira kirolarien eta paseatzaileen jomuga nagusia, eta hain erakargarri bihurtu dira hiriguneetako espazio zabalak, ezen ia masifikatzeraino bete diren lekuok. Hiriburuetako udalek hainbat neurri hartu dituzte, errepideak oinezkoentzako egokitzea eta bizikletentzako ibilbideak sortzea, adibidez. Egoera horrek eztabaida piztu du egungo hirigintza ereduak dituen lehentasunen inguruan, eta oinezkoentzat zein bizikletentzat leku gehiago eskatzen zuten herritarren eskaerak mahai gainean jarri ditu atzera.

Igor Ahedo (Bilbo, 1973) EHUko Politika Zientzietako irakasleak azpimarratu du zer garrantzi duen sistema ekonomikoak hiri ereduaren auzian: «Sistema neoliberal batean murgilduta gaude; ikusi besterik ez da egin behar zer-nolako zentraltasuna duten autoek gure hirietan», eta gaineratu du zentraltasun hori «gutxiengo» batentzat egina dagoela. Izan ere, Ahedoren esanetan, gutxiengo batek dauka auto bat izateko gaitasuna. Era berean, erantsi du «paradoxa» iruditu zaizkiola egunotan Bilboko Autonomia kalean ikusitako irudiak: autorik ez, eta supermerkatuetan sartzeko jende ilara luzeak.

Espazio publikoaren erabilerak eta funtzioak aldatu direla adierazi du Ahedok: «Garai batean, kaleko eserlekuak gizarte erreprodukziorako ziren; hau da, egoteko, sozializatzeko, konspiratzeko eta beste gauza askotarako leku bat ziren». Aitzitik, salatu du gaur egun funtzio produktiboaren elementu bilakatu direla bankuak: «Erosten ari zaren bitartean esertzeko baino ez dute balio».

«Historia bizia»

Itsaso Larramendi arkitektoa (Bilbo, 1990) bat dator ekonomiak hirigintzan duen eraginaren baieztapenarekin, baita autoek gaur egungo hirietan hartzen duten espazio «handiegiarekin» ere. Larramendik esan du «historia bizia» direla hiriguneak; izan ere, arkitektura unean uneko ekonomiaren interesei egokituz joan da, eta gaur egungo hiriak horien guztien nahasketaren emaitza dira. Arkitektoaren arabera, hasierako hiri bilbeak, gaur egungo alde zaharrak, prestatuta zeuden etxebizitza eta lantegia espazio berean izateko. Industrializazioarekin batera hasi ziren auzoak eraikitzen, kanpotik etorritako langile saldoari aterpea emateko.

Zabalguneak ere industrializazio garaikoak direla adierazi du Larramendik, baina «hiritar aberatsentzat». Larramendiren esanetan, berriz, azken mendeetan zonakatzean oinarritutako paradigmak izan dira irizpide hiriak eraikitzeko: «XX. mende hasierako egitura nagusiak mantendu dira: auzoak, saltoki guneak, lantokiak hirietatik at». Hiria antolatzeko eredu horrek auto bidez mugitzera bultzatzen duela gaineratu du. Bilboko Miribilla eta Gasteizko Zabalgana edo Salburua auzoak jarri ditu adibide: «Ia ez da komertziorik, eta etorbide handiak dituzte. Ondorioz, auzoak ez dira atseginak oinezkoentzat».

Orain, baina, parkeak eta zelaiak txiki geratu dira hiriburuetan. Hori dela eta, hiriburuetako udal askok neurriak hartu dituzte: Iruñean, Bilbon, Donostian eta Baionan, adibidez. Lapurdiko hiriburuan, esaterako, asteburuetan hainbat kilometro egokitu dituzte paseoan ibili edo kirola egin nahi duten herritarrentzat. Marion Pichery Baionako Bizi mugimenduko kide da, garraiobide alternatiboen aldeko lantaldean. «Momentuz jendeak autoa gutxiago hartzen duela ikusi dut, eta jende gehiago dabil oinez edo bizikletaz eguneroko gauzak egiteko», adierazi du Picheryk.

Bidegorriaren kasuan «berandu» dabiltzan arren, larrialdi egoerarekin aspaldiko eskaera bat beteko du Baionako Herriko Etxeak: bidegorriko obrak laster abiatuko ditu, eta Bizikoek «baikor» begiratzen diote erabakiari. Gainera, adierazi duenez, orain moldatzen ari diren bideetako batzuk behin betiko utziko dituzte. Neurriok gerora nola gauzatuko dituzten ikusi beharko dutela gehitu du Phycherik, eta ahalegin hori eskertu du.

Autoa hartzeko arriskua «begi bistakoa» dela esan du Biziko kideak, baina auto ilarak sortuko direla ondorioz: «Auto pilaketak ekarriko ditu, eta, beraz, gure alde dago. Ikusiko dute azkarrago doazela oinez eta bizikletaz». Ideia horretatik abiatuta, planoak banatuko dituztela jakinarazi du, herritarrek konpara dezaten.

Eredu berriak sortzen

Arkitektoak dira Aitana Perez (Donostia, 1991) eta Maria Melo ere (Donostia, 1990). Kalean Bizi egitasmoa jarri zuten martxan 2018an Donostian, espazio «komuna» birplanteatzeko asmoz. Arkitektoen ustez, «etekin handia atera dakioke Donostiari. Naturarekin harreman handia du, eta gizarte harremanak sustatzeko eskala ezin hobea dauka». Kontrara, hiria «argazkirako bezala» pentsatua dagoela adierazi du Melok: «Donostia oso zentralizatuta dago. Oso zainduta dago erdigunea; kanpora begira, oso polita. Hala ere, parke eta zelai asko ezin dira erabili».

Donostiarentzako beste proiektu bat nahiko lukete, espazio publikoak «leku» bihurtzea helburu duena. Perezek azaldu du lekuak erreferentziazkoak eta kalitatezkoak direla erabiltzaileentzat: «Leku horietara joaten zarenean, lekua disfrutatzea eta erabiltzea duzu helburu». Hainbat modutan egiten dute lan: espazioen analisiak egiten, komunikazio zerbitzuen bitartez, aldi baterako plataformak eskainiz eta egindako proiektuak gainbegiratuz. Udalak arintze neurriekin oinezkoentzat eta bizikletentzat egokitu dituen ibilbideak ez zaizkie nahikoak iruditzen: «Gauza asko egiten dira asmo onez, baina erdibidean geratzen dira», adierazi du Perezek. «Ematen du Donostian betiko lau paseoak baino ez daudela. Beste ingurune asko daude, eta ez ditugu ezagutzen. Edo ez dira erakargarriak, ez daudelako zainduta». Erantsi du egun hauetako jende pilaketak horren ondorio zuzena direla hein batean.

Hain zuzen ere, jakinarazi dute mapa ez-turistiko batzuk sortzen ari direla auzoz auzoko gune erabilgarri eta interesgarriak biltzeko, auzoko bizilagunentzat propio pentsatuta.

Pandemia bukatzerakoan, «normaltasun berria» delakoan, hiriek nolakoak izan beharko luketen adierazi dute. Donostiarren kasuan, aurrez egindako proiektuen emaitzetan bildutako irizpideak azaldu dituzte: hesirik gabeko espazio natural zabalak, kalitatezko kaleak, hiri tresneria ona, espazioak aktibatzeko ekintzak eta garraio publikoaren sare sendo bat.

Larramendik ere uste du garraio publikoan indarra jartzea beharrezkoa dela hiri eredu berri baterako bidean. Halaber, beharrezkotzat jo du erabilera eta zerbitzuak bermatzea gertuko distantzietan; gainera, ikuspegi feminista batetik, egungo hiri eredu horri egindako kritika mahaigaineratu du:«Ikuspegi maskulinotik daude pentsatuta hiri zonakatuak. Emakumeak izan dira zaintza lanetako arduradunak. Ez ditu kontuan hartzen erosketak, eskolak, osasun zentroak… Lanpostuak eta etxebizitzak baino ez». Gainera, hiriaren erabiltzaileen aniztasuna kontuan hartzeko gako nagusitzat jo du.

Garraioaren ildotik jo du Picheryk ere: «Bizikletarekin bakarrik ezin da moldatu. Eta helburua ez da autoa kentzea, baina bizikleta eta tren sare on batekin ideala litzateke». Bizi mugimenduko kidearen arabera, larrialdi egoeraren ondorioz aurkeztu den egoera berri horretan, «oinezkoen eta bizikletaren aldeko bihurgunea hartzeko garaia iritsi da. Orain da garaia».

Orokorrean, igarri dute herritarrek hirietako ikuspegia aldatu dutela espazio publikoari dagokionez konfinamendua arintzearekin batera. Kaleaz disfrutatzeko inoiz baino gogo gehiago dute herritarrek, eta hori argi ikusi ahal izan da azken asteetan. Horrekin batera, batzuk ohartu egin dira hiriak eskaintzen dituen espazioen gabeziez. Pilota, orain, instituzioen teilatuan da, aldi baterako neurriak behin betiko jartzen dituzten ikusteko.