Articles du Vendredi : Sélection du 29 janvier 2021


En vingt ans, les catastrophes météorologiques ont fait 480 000 morts Le Monde avec AFP www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/25/en-20-ans-les-catastrophes-meteorologiques-ont-fait-480-000-morts_6067477_3244.html

Selon un rapport publié par l’ONG GermanWatch, ce sont les pays pauvres qui paient le plus lourd tribut face aux tempêtes, inondations, canicules et autres phénomènes extrêmes.

Près d’un demi-million de personnes ont été tuées dans des catastrophes liées à des événements météo extrêmes ces vingt dernières années, selon un rapport publié lundi 25 janvier qui souligne la menace du dérèglement climatique pour l’humanité. Et ce sont les pays les plus pauvres qui paient le prix humain le plus lourd de ces tempêtes, inondations ou canicules répertoriées entre 2000 et 2019 par l’ONG Germanwatch.

Dans ce bilan de près de 480 000 morts provoquées par plus de 11 000 événements météo extrêmes, Puerto Rico, la Birmanie et Haïti ont ainsi été les pays les plus touchés. Alors que commence lundi le premier sommet pour l’adaptation climatique, organisé par les Pays-Bas, cet indice mondial des risques climatiques, publié chaque année, estime également que ces catastrophes ont coûté 2 560 milliards de dollars depuis le début du siècle.

Avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux impacts du dérèglement climatique est un des piliers de l’accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement nettement en dessous de + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, voire + 1,5 °C.

Les pays pauvres sont aussi les plus vulnérables

Alors que les effets du réchauffement de la planète se font de plus en plus sentir, les pays riches avaient promis de porter à 100 milliards de dollars par an leur assistance climat aux pays en développement à partir de 2020, mais le compte n’y est toujours pas.

Le rapport de Germanwatch a particulièrement étudié les impacts de la saison des tempêtes de 2019, avec des ouragans et cyclones qui ont ravagé en partie les Caraïbes, l’Afrique de l’Est et l’Asie du Sud. « Les pays pauvres sont plus touchés parce qu’ils sont plus vulnérables aux effets dévastateurs des aléas et ont des capacités plus faibles pour les surmonter », a commenté Vera Kuenzel, une des auteurs du rapport.

Ainsi, par exemple, des pays comme Haïti, les Philippines ou le Pakistan sont frappés si souvent par des catastrophes climatiques qu’ils n’ont pas le temps de se remettre totalement avant la suivante, a-t-elle noté.

Dans un rapport publié mi-janvier, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) avait dénoncé des fonds nettement insuffisants consacrés dans le monde aux mesures d’adaptation.

Le texte climat n’est pas à la hauteur des objectifs, pour le Conseil économique, social et environnemental Le Monde www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/27/la-loi-climat-pas-a-la-hauteur-des-objectifs-pour-le-conseil-economique-social-et-environnemental_6067808_3244.html

Ce projet de loi, qui s’inspire des propositions de la convention citoyenne pour le climat, doit être présenté en février en conseil des ministres.

Des mesures « en général pertinentes » mais « souvent limitées, souvent différées ». Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’est inquiété, mercredi 27 janvier, du projet de loi climat. Selon lui, il n’est pas à la hauteur des objectifs de la France en matière de lutte contre le réchauffement.

Cette loi « climat et résilience » qui doit être présentée en février en conseil des ministres est censée reprendre près de la moitié des 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) destinées à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2030 par rapport à 1990.

Comparées aux objectifs, « les nombreuses mesures du projet de loi, considérées une par une, sont en général pertinentes mais souvent limitées, souvent différées, souvent soumises à des conditions telles qu’on doute de les voir mises en œuvre à terme rapproché », estime le CESE dans un avis publié mercredi. Dire que ce projet de loi « s’inscrit » dans la stratégie nationale bas carbone qui vise à la neutralité carbone en 2050, est « un abus de langage », poursuit le conseil, s’inquiétant également des moyens mis sur la table pour accompagner les mesures.

 « Faute des moyens, (certaines) mesures resteront lettre morte »

Rénovation des logements, transport ferroviaire, politiques d’urbanisme ou de préservation de la biodiversité… « Faute des moyens dans les services chargés de leur application et de leur contrôle, [certaines] mesures resteront lettre morte », met-il en garde. Certes, le plan de relance prévoit des financements « dans les ordres de grandeur de ce qu’il faudrait chaque année », a noté Michel Badré, un des rapporteurs de l’avis. « Mais je ne suis pas sûr qu’on va faire tous les ans ou tous les deux ans un plan de relance de ce niveau », dit-il à l’Agence France-Presse.

Le projet de loi prévoit notamment la fin de la location des logements considérés comme des passoires thermiques en 2028, la mise en place du « CO2-Score » pour afficher l’impact sur le climat des produits et services, l’interdiction des vols domestiques s’il existe une alternative en train en moins de deux heures et trente minutes, ou l’interdiction de la publicité pour les énergies fossiles. Sur ce point très symbolique, les participants de la convention citoyenne avaient proposé une interdiction de la publicité pour les produits les plus polluants, ciblant notamment les SUV.

Le CESE appelle les parlementaires à se ressaisir de la question lors de l’examen du texte. « Depuis vingt, trente ans, il y a eu des restrictions de la publicité sur le tabac et l’alcool, qui ont fait grincer, mais qui ont été acceptées par la société et qui produisent des effets », rappelle Michel Badré.

Détricotage du gouvernement

Selon l’étude d’impact du gouvernement, le projet de loi permettra de « sécuriser » entre la moitié et deux tiers de la baisse des émissions prévues d’ici 2030. L’exécutif souligne que cette loi représente seulement une partie du chemin. « Les mesures du projet de loi viennent compléter un puzzle qui est en train de s’étoffer », a reconnu Claire Bordenave, autre corapporteuse de l’avis du CESE. Mais « les changements qualitatifs de modèle, économique, social et climatique, ne sont pas au rendez-vous », a-t-elle déclaré.

Un avis partagé par les défenseurs du climat, qui ont largement dénoncé le détricotage par le gouvernement des propositions de la convention. Pour Laurence Tubiana, architecte de l’accord de Paris sur le climat et coprésidente du comité de gouvernance de la CCC, le compte n’y est pas non plus. Le projet de loi reprend « un peu la philosophie » de la CCC et « une bonne partie des idées », mais « on repousse dans le temps les obligations et les objectifs », a-t-elle déclaré mercredi, devant la commission aménagement du territoire et développement durable du Sénat.

« Même si ça nous coûte de l’argent, qu’il y a des efforts importants à faire, et bien il faut le faire parce que demain ça sera pire, il faudra faire plus, ce sera plus douloureux », a de son côté mis en garde Jean-Pierre Cabrol, coprésident de l’association Les 150, qui rassemble la majorité des participants de la convention citoyenne. Ces derniers doivent se réunir prochainement pour répondre formellement au gouvernement.

La crise du Covid n’a eu aucun impact négatif durable sur les plus riches, selon Oxfam Olivier Bénis www.franceinter.fr/economie/la-crise-du-covid-n-a-eu-aucun-impact-negatif-durable-sur-les-plus-riches-selon-oxfam

Dans son bilan annuel intitulé “Le virus des inégalités”, l’organisation humanitaire estime que les habitants les plus fortunés de la planète ont recouvré leurs pertes liées à l’épidémie en seulement neuf mois. Les dix milliardaires les plus riches ont même vu leur fortune totale augmenter de 540 milliards de dollars.

Dans les premiers mois de la pandémie, l’année semblait s’annoncer difficile même pour les plus riches citoyens de la planète. L’épidémie de Covid-19 a en effet provoqué un effondrement des marchés boursiers, et donc des pertes importantes pour les milliardaires, qui figurent parmi les plus gros actionnaires. Mais depuis, ça va bien mieux, merci pour eux.

Selon Oxfam, les dix plus grosses fortunes mondiales ont même vu leur fortune… augmenter, de 540 milliards de dollars au total, entre le 18 mars et le 31 décembre. Les 1.000 plus fortunés ont recouvré toutes leurs pertes en seulement neuf mois, notamment, selon Oxfam, “grâce à un soutien sans précédent des gouvernements pour leur économie”, qui a permis au “marché boursier de prospérer”.

Un point de vue conforté par la banque UBS, qui confirme que “depuis le mois de mars, les plans fiscaux d’urgence et les politiques monétaires ont permis une forte remontée des marchés financiers, permettant à la fortune des milliardaires de retrouver, dès 2020, des niveaux supérieurs à 2019”.

Les milliardaires français ont retrouvé leur niveau de fortune de février

En France, les milliardaires se portent eux aussi bien mieux après le premier choc de la pandémie. Oxfam estime qu’ils ont gagné près de 175 milliards d’euros entre mars et décembre 2020 (soit “deux fois le budget de l’hôpital public français”). Après de lourdes pertes en mars, ils ont retrouvé en décembre leur niveau de fortune collectif du mois de février.

Pas d’inquiétude non plus du côté de Bernard Arnault, dont la fortune est passée selon Oxfam de 108 milliards (en janvier) à 152 milliards (en décembre) de dollars. Soit le double de sa fortune enregistrée en mars 2019.

L’ONG rappelle aussi que sur les 43 milliardaires français (un chiffre quasi constant depuis 2014), plus de la moitié ont hérité de leur fortune. Et seules 5 sont des femmes.

De l’autre côté, la pauvreté repart à la hausse

Des chiffres d’autant plus frappants qu’à l’autre bout du spectre, les plus pauvres subissent la crise de plein fouet. Selon Oxfam, s’il a fallu neuf mois aux plus riches pour retrouver leur niveau de fortune d’avant la pandémie, il faudra plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour s’en relever.

Parmi les signes frappants de ce choc, l’explosion de l’aide alimentaire : “Le nombre de bénéficiaires est estimé à plus de 8 millions de personnes à l’automne 2020, alors qu’il se situe autour de 5,5 millions en temps normal”, explique le rapport d’Oxfam, qui évoque aussi le nombre d’allocataire du RSA, qui a augmenté de 8,5% entre octobre 2019 et octobre 2020 (pour un total de 2,1 millions de personnes).

Une situation qui ne semble pas partie pour s’améliorer : Oxfam assure que moins de 1% du plan de relance français est dédié à la lutte contre la pauvreté (800 million d’euros sur 100 milliards au total, dont 533 millions réservés à la hausse de l’allocation de rentrée scolaire). “Dans le même temps, le gouvernement a versé des milliards aux entreprises sans fixer aucune contrepartie contraignante”, souligne l’ONG. “Comme par exemple des revalorisations salariales pour les travailleur-se-s en première ligne, l’interdiction de verser des dividendes en temps de crise ou encore des mesures écologiques.”

Selon la Banque mondiale, plus optimiste, si les pays du monde “interviennent sans attendre pour réduire les inégalités”, la pauvreté pourrait revenir à son niveau pré-Covid “en seulement trois ans”. Contre plus de dix ans si rien de plus n’est fait.

Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ? Caroline De Haas, Militante féministe, #NousToutes, @carolinedehaas https://blogs.mediapart.fr/carolinedehaas/blog/270121/comment-fait-pour-que-les-hommes-cessent-de-violer?

 

On interroge et on remet en cause le pouvoir des hommes sur les femmes. Collectivement et individuellement.

Le 23 janvier, @Melusine_2 a posé sur Twitter une question qui a fait réagir (beaucoup) sur les réseaux sociaux : comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ?

Son compte a été suspendu, comme celui de @Jjalmad qui avait relayé la question et de dizaines d’autres féministes.

Résultat, si on essayait d’y répondre ? Comment faire pour que les hommes cessent de violer ?

Avant de commencer, trois précisions.

La première, c’est sur l’expression « les » hommes. On a vu des personnes monter très haut dans les tours sur ces trois petites lettres : “vous dites « les » alors que c’est « des ». Ouin, ouin, ouin”. Hum. Bizarre, lorsqu’on dit « les femmes moins payées que leurs collègues masculins » ou « les étudiants dépriment », personne ne pense qu’on parle de « toutes » les femmes ou de « tous » les étudiants. C’est pareil.

Deuxième précision. Les violences sexuelles, et notamment les viols, ont lieu dans l’immense majorité des cas dans le cadre familial ou du travail. Dans 90% des viols, les victimes connaissent l’auteur. C’est un conjoint, un père, un beau-père, un frère, un collègue. Donc : toutes celles et ceux qui vont me parler d’immigration et de « c’est un problème de culture », allez faire un tour ailleurs. Vos propos racistes ne sont pas les bienvenus.

Dernier élément : on va parler de violences sexuelles. Cela peut être douloureux. Si vous sentez à la lecture que ça génère chez vous du stress, de l’anxiété ou du mal-être, coupez et prenez soin de vous.

Ceci étant dit, comment faire pour que les hommes cessent de violer ?

Le viol : un fait massif et structurel

D’abord, de quoi parle-t-on ? On parle d’un fait massif. Structurel. En France, chaque année, 94 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de viol ou de tentatives de viol. Ca fait plus de 250 par jour. (Source : INSEE-ONDRP-SSMSI).

Une autre enquête, menée par la fondation Jean Jaurès, dit que 12% des femmes auraient subi un viol dans leur vie. Plus de 3 millions de femmes en France.

En mars 2020, avec #NousToutes, nous avions lancé une enquête en ligne sur le consentement. 100 000 personnes ont répondu. Les trois-quarts des répondantes avaient moins de 35 ans. Cette enquête n’a pas été fait selon une méthode de quotas. Ce qui est intéressant, c’est que sur les 100 000 répondantes, 9 sur 10 ont déclaré avoir fait l’expérience d’une pression pour avoir un rapport sexuel. Plus d’une sur deux déclarent avoir fait l’expérience avec un ou plusieurs partenaires d’un rapport sexuel avec pénétration non consenti. Ces résultats montrent aussi que les choses ont bougé. Le fait qu’on reconnaisse que sans consentement une relation sexuelle au sein d’un couple est un viol est une conquête récente.

Concernant les violences sexuelles sur les enfants, on estime que 6,7 millions d’adultes en France ont subi l’inceste. L’association l’Enfant bleu estime que 16% des Français.e.s ont subi une maltraitance sexuelle dans leur enfance.

Bref, toutes les enquêtes le montrent : le viol est un fait massif en France. A ce niveau d’ampleur, le viol n’a plus uniquement des conséquences sur les victimes. Il a aussi des conséquences structurelles sur le fonctionnement de toute la société.

Qui sont les auteurs ? Ce sont des hommes, quasi tout le temps. Ils représentent plus de 98% des condamnés.

Ensuite, ce sont des proches des victimes. Dans 91% des cas, les femmes victimes de viols et de tentatives de viol connaissent l’agresseur. Dans plus de 40% des cas, il s’agit de leur conjoint ou ex-conjoint.

(S’il reste quelques racistes en mode « ce sont les migrants le problème », c’est le moment de partir très loin).

 

Le viol, un rapport de pouvoir 

On touche donc à un problème structurel, celui des rapports sociaux entre les femmes et les hommes. Des rapports intimes qui sont, de fait inégaux. Qui sont des rapports de pouvoir.

« Oui mais attend, y a des inégalités mais au niveau des individus, c’est pas pareil ». Faux.

Les rapports individuels, au travail ou dans le couple, ne sont pas « magiquement » protégés des inégalités qui existent dans la société. En fait, ils en sont même une composante essentielle. Si en France, il existe une inégalités de répartition des tâches domestiques, c’est bien qu’à un moment donné des femmes – Individuellement – font plus le ménage que leurs conjoints.

Les rapports de pouvoir qui existent dans la société (économiques, sociaux, culturels…) prennent forme dans les relations individuelles. Les relations individuelles, basées en partie sur ces rapports de pouvoir, alimentent les inégalités structurelles.

Andréa Dworkin, écrivaine américaine, le disait déjà en 1983 dans son célèbre discours aux hommes : « [Les violences se passent] pour une simple raison. Rien de complexe ou de difficile à comprendre : les hommes le font en raison du type de pouvoir que les hommes ont sur les femmes.

Ce pouvoir est réel, concret, exercé à partir d’un corps sur un autre corps, exercé par quelqu’un qui considère avoir le droit de l’exercer, de l’exercer en public et de l’exercer en privé. C’est le résumé et l’essentiel de l’oppression des femmes. »

Comment fait-on résultat ? On prend le problème des deux côtés : on change les rapports de pouvoir dans la société et on change les rapports de pouvoir individuels.

Facile à dire, moins facile à faire, certes.

Sur les rapports de pouvoir dans la société, ce n’est pas le plus compliqué. Je veux dire, techniquement, on sait ce qu’il faudrait faire. Le problème c’est que ça résiste du côté de ceux (et parfois celles) qui exercent le pouvoir aujourd’hui. Mais si on élit demain un·e président·e féministe (MDR, on y croit), on peut changer assez vite la donne.

[Un jour, Rebecca Amsellem m’a demandé d’écrire pour les Glorieuses une utopie féministe. J’ai imaginé qu’une présidente de la République féministe était élue. La suite ici.]

En matière de répartition du pouvoir, l’indépendance économique et le partage de la parentalité sont deux éléments clés. Des politiques publiques qui augmenteraient sensiblement les salaires des métiers les moins valorisés, qui ouvriraient des milliers de places en crèche et qui sanctionnerait financièrement (et sérieusement) les entreprises ne réalisant pas l’égalité professionnelle remettraient un peu d’équilibre dans le partage du pouvoir. Des politiques volontaristes de parité en politique (pas uniquement sur les scrutins de listes mais aussi dans le partage des postes de n°1) ou des politiques efficaces de prévention des violences sexuelles (formation des professionnel·le·s, campagnes de communication massives…) feraient bouger les lignes.

Les propositions sont très nombreuses, documentées par les associations et les syndicats.

Ça, c’est pour le côté société, collectif. Il reste l’autre aspect, le côté individuel. Qu’est-ce qui fait changer des comportements humains profondément ancrés dans le quotidien, des comportements qui relèvent de l’intime ?

Faire évoluer les rapports de force individuels

On n’a pas d’exemple de pays ayant réussi à en finir avec les violences. Donc on peut juste proposer des pistes sans être complètement sûres que ça va marcher. Ce qui est certain, c’est que faire bouger des dizaines de millions de consciences en même temps, c’est un niveau d’investissement social, financier et politique immense. Sans moyens humains et financiers, nous ne ferons pas bouger les choses.

Il y a plusieurs leviers pour faire changer des comportements. La loi en est un. Mais il n’est manifestement pas suffisant. Le viol est un crime depuis 1980. Il est puni jusqu’à la réclusion à perpétuité et pourtant 94 000 femmes sont violées chaque année. Les lois sont déterminantes car elles posent l’interdit, une règle. Elles structurent notre façon de penser le monde. Mais elles ne sont pas suffisantes. Il faut trouver plus efficace.

Je suis convaincue qu’on peut s’inspirer de politiques publiques d’ampleur qui ont fait changer les comportements sur d’autres sujets. Le parallèle est limité certes, parce qu’on parle de sujets peut-être moins ancrés, intimes (encore que) mais il peut être inspirant.

Regardons ce qu’on a fait sur la cigarette ou la sécurité routière. Les comportements et les mentalités ont radicalement changés en 20 ou 30 ans. Notamment par de l’éducation et de la prévention. Tous les enfants aujourd’hui sont conditionnés au code de la route. « Maman, t’es sûre que tu dépasses pas la limite de vitesse là ? », « maman, t’as mis ta ceinture ? ». Combien sommes-nous à avoir entendu ça dans la voiture, l’été, lors des départs en vacances ? Les enfants, depuis plusieurs décennies, apprennent le code de la route. Comme on leur apprend qu’on met pas les doigts dans la prise. On répète, on apprend.

En changeant les règles, en les répétant, on crée une nouvelle norme. Et avec cette norme, on génère de fait une forme de sanction sociale pour celles et ceux qui ne la respectent pas. Il y a 40 ans, quelqu’un qui se levait de table bourré et prenait ses clés, on lui disait « rentre bien » voire « allez, un dernier pour la route ». Aujourd’hui, on va souvent lui dire « attend, on te ramène » ou « dors ici ». Pression sociale.

Quand un homme qui racontera avoir forcé sa copine à faire ceci ou cela se prendra de la part de ses potes des remarques en mode « mais c’est un viol ça, tu peux pas, c’est dégueulasse » plutôt que des rires admiratifs, son comportement s’en trouvera affecté.

On pourrait créer cette nouvelle norme. Passer de la norme « une femme qui dit non, c’est un peu oui » ou « qui ne dit mot consent » à une norme qui fasse du respect et du consentement la règle.

On pourrait conditionner une population à ne pas violer. En apprenant, massivement, dès le plus jeune âge, à respecter l’autre, à la regarder ou le regarder comme une personne à égalité. En apprenant dès les premiers âges de la vie à respecter le corps, les souhaits et le consentement de l’autre. Sur les jeux, dès la crèche, on peut apprendre ça. « Non, elle ne veut pas jouer avec toi, je comprends que tu sois triste mais tu peux pas la taper, la forcer »

On pourrait lancer une vaste opération d’apprentissage du respect. A l’école, dans les entreprises, dans les médias, dans la société. On fait collectivement et individuellement lever le niveau d’exigence de non-violence. Pour rendre l’atteinte à la dignité et le non-respect du consentement insupportable socialement.

Lancer un plan d’éducation sexuelle

En parallèle, on lance un vaste programme d’éducation sexuelle. Valerie Rey-Robert le dit ici. Elle a raison. On ne luttera pas contre les violences sexuelles sans éducation sexuelle.

Le respect, le rapport au corps de l’autre, le consentement, ça s’apprend. Ce n’est pas inné. Et actuellement, notre société nous apprend plutôt l’inverse. Nous sommes conditionné·e·s à ne pas penser les femmes ou leurs sexualités à égalité d’humanité.

L’apprentissage de la sexualité n’est pas seulement explicite, il se fait de manière implicite, en particulier dans les représentations culturelles. Regardez attentivement dans les films, les jeux, les publicités, les discours publics ou les contes : nos propos, nos expressions, notre culture banalisent les violences voire parfois les encouragent. En repérant ces éléments constitutifs de la culture du viol, en les mettant en discussion, en les critiquant, en les refusant, on fait bouger les lignes.

Pendant des milliers d’années, la sexualité, le plaisir, le désir des femmes ont été ignorés. C’est encore très souvent le cas d’ailleurs. Dans la précédente édition du « Guide du Zizi Sexuel », le mot clitoris n’était même pas répertorié dans le glossaire final. Le clitoris y était d’ailleurs décrit comme « un mini zizi avec un urètre pour faire pipi » (????). On ne compte pas le nombre d’articles qui disent encore qu’il faut parfois « se forcer » pour préserver son couple (????) ou que c’est normal d’avoir mal (????).

Nous pourrions également changer la représentation de ce qu’est un rapport sexuel, notamment hétérosexuel pour les hommes. Cette représentation de la sexualité avec ses injonctions « quantitative », « qualitatives » doit être repensée.

Le sexe basé sur l’égalité et le respect, ça s’apprend. (Lisez Jouissance Club, de Jüne Pla, ou les chroniques de Maïa Mazaurette, ici dans Le Monde par exemple)

Pour faire en sorte que les hommes cessent de violer, il faut donc faire bouger les rapports de force.

Les rapports de force économiques et sociaux (collectifs) et les rapports de force intimes et individuels. On peut former les femmes, leur apprendre à dire oui ou non quand elles ont envie. On peut aussi, et ça sera sans doute beaucoup plus efficace, apprendre aux hommes à regarder, penser, considérer les femmes comme des êtres humains aussi importants qu’eux. Et à les respecter comme telles.

Ekologismoak larruazala zergatik dauka zuri? ARGIA @argia www.argia.eus/argia-astekaria/2718/ekologismoak-larruazala-zergatik-dauka-zuri

Munduaren Hego eta Ekialdeko gizarte eta jendeek nola ikusten ote dute klimaren aldeko gure mobilizazioa, alegia, Europan eta Ipar Amerikan klimaren zoratzearen ondorioek kezkaturik zabaldu den beroaldi soziala? Nola interpretatu behar dugu Greta Thunbergek abiatutako protestak gazteen artean eragindako zirrara, oro har klima larrialdiaren inguruko mugimendua bezala, nagusiki Ipar aberatseko mugen barruan geratu izana? Zertan aldatu beharko lirateke krisi ekologikoaren inguruko argudioak mundu osoak bere egin ditzan, eta nagusiki klimaren zoratzearen ondorioak jada latzenik nozitzen dituzten Hegoaldeko jendeek?

Hegoaldean sortu eta beren belztasuna aldarrikatzen duten bi intelektual eta akademikoren analisiak ekarri ditugu orriotara. Thierry Amougou ekonomialariak argudiatzen du klimaren larrialdiak, gaur formulatuta dagoen moduan, mendebalde aberatsean formulatu eta zentratutako errelatoa izatean daukala muga. Malcom Ferdinand politologo eta ingeniariak, berriz, azpimarratzen du ekologismoak sorreratik nozitzen duen zama daukala munduan hedatzeko aingura: krisi ekologikoaren sustraian dagoen kolonialismoaren analisiarekin uztartu ez izana.

Egileak: Thierry Amougou eta Sébastien Malo (Malcom Ferdinand)

Itzultzailea: Pello Zubiria Kamino

Azala: Joseba Larratxe Josevisky

Thierry Amougou: Larrialdi ekologikoa, Mendebaldean zentratutako kontakizuna

Malcom Ferdinand: “Mendebaldeko ekologismoa zabaldu da iragan koloniala ahaztearen truke”