Articles du Vendredi : Sélection du 28 mai 2021


Jets privés : ‘Les ultras-riches aussi doivent contribuer à la réduction des émissions’ Pauline Achard www.liberation.fr/environnement/jets-prives-les-ultras-riches-aussi-doivent-contribuer-a-la-reduction-des-emissions

Plus il y a de personnes riches, plus il y a des avions privés pour effectuer des déplacements aux quatre coins du monde. Particulièrement émetteur en CO2, ce mode de transport statutaire est pointé du doigt dans un rapport de Transports et Environnement. Explications de Jo Dardenne, chargée de campagne au sein de l’ONG.

Un rapport du groupe de campagne de l’ONG Transport & Environnement (T&E) dévoilé ce jeudi, révèle que les émissions de CO2 des jets privés en Europe ont augmenté de près d’un tiers (31%) entre 2005 et 2019, soit une croissance supérieure à celle des lignes commerciales. L’étude démontre que les jets privés rejettent en moyenne dix fois plus de carbone que les lignes aériennes, et sont 50 fois plus polluants que les trains, contribuant significativement au changement climatique. Jo Dardenne, responsable des opérations aériennes chez T&E, estime qu’il est temps que le gouvernement «taxe les ultra riches usagers de ce mode de transport».

Que nous apprend cette étude?

Cette enquête dit tout fort ce qu’on pensait tout bas. Nous avons toujours su que l’aviation privée était très mauvaise pour l’environnement. Maintenant, on connaît l’impact disproportionné de cette industrie, qui n’est pas si marginale dans le secteur aérien puisqu’en 2019 un vol sur dix partant de France a été effectué par des jets privés. Une pratique inquiétante au vu de son succès grandissant chez les usagers depuis 2005, et plus particulièrement depuis le début de la pandémie.

Que pensez-vous du fait que les gouvernements européens commencent à prendre des mesures pour limiter les vols commerciaux sur un même territoire?

Il est indispensable de faire les deux. Si la France décide d’interdire les vols intérieurs de compagnies commerciales, il est indispensable que ces mesures s’étendent aux vols privés. Environnementalement et socialement, cela s’impose car ce business ne bénéficie qu’à des ultra riches et des ultra pollueurs. Le marché des jets privés est un secteur privilégié en termes de réglementations. Il échappe à beaucoup de mesures dissuasives qui visent d’autres secteurs. Il existe bien une taxe sur le carburant de ces avions d’affaire mais uniquement en France et 40% moins chère que sur l’essence pour les automobiles.

Si les ultra-riches sont le problème, comment pourraient-ils devenir la solution?

Dans le rapport, T&E recommande une stratégie en deux grands axes pour mettre les usagers de jets privés à contribution et permettre de réduire les émissions du secteur aérien. Les propriétaires de ces appareils ont, selon notre étude, des fortunes supérieures à un milliard d’euros. 1% de la population cause plus de la moitié des émissions liées au secteur aérien. En taxant leur capital, nous pourrions générer près de 325 millions d’euros de revenu pour les réinvestir dans la décarbonation selon nos estimations. Par ailleurs, les avions à hydrogène et électrique par exemple, ne pourront au début transporter que peu de passagers et sur des distances courtes.

Ces trajets sont donc une cible de choix pour la recherche sur les carburants verts, qui pourraient par la suite être adoptés par les compagnies commerciales. Le gouvernement doit impliquer les propriétaires de jets privés dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les ultras-riches aussi doivent contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Quels sont les arguments pour le maintien de ce mode de transport?

Les deux arguments utilisés par ceux qui en bénéficient pour continuer à utiliser des jets privés sont le bénéfice en termes de connectivité et un gain en temps de travail dans une logique professionnelle. Mais ils ne tiennent pas à l’épreuve des faits. Il est prouvé que pour 75% de vols privés, il existe une alternative avec un vol commercial. Par ailleurs, la plupart des vols privés sont effectués pour du loisir car nous observons un pic de trafic pendant l’été et pour des destinations généralement ensoleillées.

Aides publiques, dividendes, emploi, climat : le hold-up du CAC40 sur ‘le monde d’après ‘ Maxime Combes et Olivier Petitjean www.bastamag.net/Allo-Bercy-Aides-publiques-dividendes-salaires-des-PDG-climat-emploi-hold-up-du-CAC40-monde-d-apres

On a pu espérer que la crise sanitaire mondiale bousculerait les logiques néolibérales de rentabilité financière, c’est hélas l’inverse qui se produit. Ne rien changer au monde d’avant est le seul credo des entreprises du CAC40 et du gouvernement.

Il y a un peu plus d’un an, alors que la première vague de l’épidémie de Covid-19 frappait la France, on a pu croire un moment que les cartes allaient être rebattues. Le « quoi qu’il en coûte » annoncé par Emmanuel Macron pour faire face à la crise a semblé marquer la fin des politiques d’austérité et de coupes budgétaires pour remettre à l’honneur la dépense publique et les services publics : il n’était plus question de « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner », ni les laisser « aux lois du marché ».

L’État s’est retrouvé de fait au centre du jeu économique. Les arrêts d’activité et les restrictions imposées par la situation sanitaire ont entrouvert la possibilité d’un monde recentré sur l’essentiel, où s’inventeraient d’autres manières de travailler, de se déplacer de vivre – le fameux « monde d’après ». Les grands patrons n’avaient que le mot « solidarité » à la bouche. Syndicats, associations et parlementaires appelaient l’exécutif à ce que les aides publiques aux entreprises s’accompagnent d’une suspension des versements de dividendes, d’une garantie de protection de l’emploi et d’un véritable engagement dans la transition écologique. Les ministres se sentaient obligés de prétendre, en apparence au moins, qu’ils partageaient les mêmes objectifs.

Sauf que… le gouvernement a délibérément choisi de ne pas suivre cette voie en refusant d’assortir les aides publiques massives qu’il était en train de débloquer à de véritables conditions sociales, fiscales et environnementales. Un temps, le gouvernement a prétendu que ce n’était pas nécessaire parce que les grandes entreprises feraient tout cela d’elles-mêmes, de manière volontaire. Aujourd’hui, il ne s’en donne même plus la peine, alors que les grandes entreprises font la démonstration qu’il n’est pas question pour elles de changer.

Priorité réaffirmée aux actionnaires

Le tableau dressé aujourd’hui par le rapport Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions publié par l’Observatoire des multinationales, qui complète et met à jour une première étude réalisée l’année dernière, est sans concession :

Alors que l’on ne sait pas bien quand finira la pandémie, les sommes versées par le CAC40 à ses actionnaires repartent à la hausse (+22 %), avec 51 milliards d’euros prévus cette année.

Cette somme représente 140 % des profits réalisé par le CAC40 en 2020. Autrement dit, non seulement les grandes entreprises françaises n’ont gardé aucun de leurs bénéfices pour investir, ou même récompenser leurs salariés, mais elles ont même puisé dans leur trésorerie et lignes de crédit pour complaire aux marchés financiers.

Toutes les entreprises du CAC40, et au-delà, continuent à bénéficier d’aides publiques massives, estimées à 155 milliards d’euros supplémentaires en 2020 – un record en Europe.

80 % des groupes ayant recours au chômage partiel ont versé un dividende en 2020 ou 2021, et plusieurs groupes, comme Atos, Bouygues ou Vinci, sont soupçonnés d’en avoir abusé.

Si une poignée d’entreprises du secteur numérique ont vu leur nombre de salariés grimper pendant la crise, beaucoup de grands groupes industriels, comme Safran, ArcelorMittal, Airbus ou Renault ont sabré dans leurs effectifs de manière encore plus brutale que d’habitude, tout en continuant pour une majorité d’entre eux à verser des dividendes. Plusieurs groupes tels que Danone, Michelin, Total, Sanofi ou Orange annoncent des suppressions d’emplois pour simple convenance boursière.

Sept patrons du CAC40 ont vu leur rémunération augmenter en 2020 malgré la crise sanitaire. La plupart de ceux qui ont consenti une réduction de leur rémunération au nom de la solidarité nationale se sont contentés d’une baisse symbolique de quelques %, pour partie défiscalisée.

Le CAC40 a dépensé 20 millions en lobbying à Paris, pour 287 activités déclarées, dont plus d’un tiers visant à obtenir des aides publiques ou des dérégulations. Air Liquide, Airbus, ArcelorMittal, Sanofi, Thales sont des champions en ce domaine.

« Ne rien changer au monde d’avant », voilà qui semble satisfaire les groupes du CAC40 malgré la pandémie. De manière encore plus agressive et cynique qu’avant, ils affirment même que leur seule et unique priorité est de satisfaire leurs exigences de rentabilité économique et financière : verser de juteux dividendes aux actionnaires, voilà le véritable « quoi qu’il en coûte » de cette pandémie. Et ce avec la bénédiction de fait de l’État : les entreprises dont il est actionnaire (Orange et Engie par exemple) figurent parmi les distributeurs de dividendes les plus généreux de l’indice parisien.

Le gouvernement contribue à ce qui s’apparente à un véritable coup de force

Il y a sans doute plus grave : en réussissant à s’accaparer, grâce à leur proximité avec les décideurs, les aides publiques et à s’ériger en co-gestionnaires de la crise et de la relance avec les pouvoirs publics, les grandes entreprises ont réussi à imposer leur propre vision du « monde d’après » – une vision bien différente de celle envisagée par certains au début de la pandémie. Ce monde d’après, au lieu de changer nos modes de vie pour plus d’égalité et pour faire face à l’urgence climatique, met l’accent sur des recettes technologiques douteuses comme l’hydrogène, la voiture électrique ou les agrocarburants. C’est un monde d’après qui, au lieu d’investir dans les services publics et de protéger les petits commerces, mise sur le développement massif du numérique sans considération de ses impacts sociaux, sociétaux et environnementaux, de ses risques pour les libertés ni même de l’utilité réelle des nouveaux produits et services qu’on veut nous vendre. C’est un monde où le secteur privé est protégé de toute incertitude par des aides publiques massives – alors que les aides sociales continuent à être rognées. C’est un monde où les services publics sont démantelés au profit de prestations vendus par le privé.

En choisissant de garder ouvert sans condition le robinet des aides publiques aux entreprises, et en cherchant aujourd’hui à enterrer définitivement le débat sur les conditions qui devraient leur être assorties, le gouvernement contribue à ce qui s’apparente à un véritable coup de force. Jamais les grandes entreprises n’ont capté autant d’argent public, et jamais elles n’ont eu autant libre cours pour en faire ce qu’elles veulent : voilà entériné le détournement des ressources de l’État au profit des intérêts privés, et au détriment de l’intérêt général. En ceci, la France va – pour l’instant du moins – à contre-courant de ce qui se passe dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, où l’on commence enfin à s’attaquer au poids excessif et à l’influence des grandes multinationales.

Il n’est pas possible que cela continue éternellement. Le choix de soutenir massivement et inconditionnellement des entreprises qui reversent 140 % de leurs profits aux actionnaires, suppriment des milliers d’emplois et s’opposent activement à toute action climatique ambitieuse, ne va pas seulement à l’encontre du simple bon sens, il est tout simplement indéfendable.

Total et le climat : vers une assemblée générale mouvementée Alexandre-Reza Kokabi https://reporterre.net/Strategie-climat-de-Total-vers-une-assemblee-generale-mouvementee

Réunis en assemblée générale vendredi 28 mai, Total proposera à ses actionnaires une stratégie climat. Mais une trentaine d’entre eux ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre ce plan permettant au géant pétrolier de laisser davantage de place aux énergies fossiles.

Total sera-t-il contraint de revoir sa copie en matière de lutte contre le changement climatique ? La réponse sera en partie donnée ce vendredi 28 mai lors de son assemblée générale. La major pétrolière y proposera notamment le renouvellement du mandat de son président-directeur général, Patrick Pouyanné, et sa nouvelle dénomination, TotalEnergies. Une stratégie climat sera soumise « pour vote consultatif » aux actionnaires, mais une trentaine d’entre eux ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre.

Si « cette assemblée est vécue par le groupe comme une validation de la part des actionnaires, un point d’orgue de sa mue et des projets industriels engagés depuis des années », comme l’expliquait début mai à Reporterre Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) ; il n’y a pas vraiment de « mue ».

C’est ce qu’a révélé Reporterre dans une récente enquête : avec cette stratégie, Total s’enferre dans les énergies fossiles et prévoit d’en augmenter sa production de 15 % d’ici à 2030. La major pétrolière ne s’aligne pas sur une trajectoire de limitation du réchauffement à 1,5 °C comme le stipule l’Accord de Paris, puisqu’elle mise sur une production toujours plus massive d’énergie, refuse d’abandonner le pétrole et est de plus en plus accro au gaz.

Sous pression, Total dépose sa propre résolution

Si l’assemblée générale s’annonce mouvementée, l’entreprise pétrolière, qui a répondu par courriel aux sollicitations de Reporterre, dit vouloir permettre aux investisseurs d’exprimer leur avis sur la stratégie en matière de transition énergétique vers la neutralité carbone qu’il a arrêtée pour la société, « tenant compte de certaines attentes exprimées en ce sens ».

Une référence au psychodrame qui a secoué l’entreprise il y a un an. En avril 2020, onze investisseurs, emmenés par la Banque postale Asset Management, le Crédit mutuel et Meeschaert, avaient déposé une résolution en assemblée générale extraordinaire à Total, dans le but de « modifier ses statuts pour renforcer la contribution de son modèle économique à l’atteinte de l’Accord de Paris sur le climat ». Le 29 mai 2020, ce sont finalement 16,8 % des actionnaires de Total qui avaient voté en faveur de la résolution climat. Une première, très mal vécue chez Total.

Cette fois, le Conseil d’administration a voulu étouffer la fronde en déposant sa propre résolution. Mais la pression s’est amplifiée à l’approche de l’assemblée générale. Le 18 mai dernier, un premier actionnaire s’est déclaré publiquement contre la nouvelle stratégie climat de Total : OFI Asset Management, un gestionnaire d’actif engagé pour une finance responsable, s’est dit « particulièrement inquiet de noter les projections à la hausse [du groupe] dans le secteur gazier ».

Le même jour, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a envoyé un signal très clair au monde de l’énergie et de la finance. Dans un rapport, elle a jugé que tout nouveau projet d’exploration pétrolier ou gazier était incompatible avec l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C.

Le 21 mai, trente-quatre investisseurs de la coalition Climate Action 100+, qui réunit 575 investisseurs gérant environ 44 000 milliards d’euros, ont jugé que la stratégie climat de la major française ne lui permettrait pas d’atteindre la neutralité carbone. Parmi eux, trois investisseurs garants du dialogue actionnarial, avec la direction de Total, sur les enjeux climatiques. Dont la société de gestion française Meeschaert, un actionnaire qui a également annoncé qu’il voterait contre la résolution 14 portant sur le plan climat de Total. D’autres actionnaires de la major, comme les sociétés de gestion La Française et Sycomore, les fonds néerlandais PME et Actiam, ou encore la caisse de retraite complémentaire Ircantec, ont également annoncé qu’ils rejetteraient la stratégie.

« Les investisseurs ne sont pas dupes »

« Total essuie camouflet après camouflet, a commenté dans un communiqué Lucie Pinson, fondatrice et directrice générale de Reclaim Finance. Sa tentative de dissimuler ses velléités d’expansion dans les énergies fossiles derrière une communication bien rodée a échoué. Les investisseurs ne sont pas dupes et cette déclaration après le désaveu de sa stratégie “climat” par un des chefs de file du Climate Action 100+ et d’autres investisseurs montre que l’étau se resserre. »

Lors de l’assemblée générale, la fronde des actionnaires se révèlera-t-elle encore plus large ? L’enjeu est en tout cas très sensible en interne. Si le vote des actionnaires n’est que consultatif, le vernis vert de Total serait largement écaillé par un vote massif contre sa stratégie. Comme l’indiquait Reporterre début mai, Patrick Pouyanné a lui-même appelé plusieurs investisseurs pour les convaincre de ne pas le désavouer.

Et les nouvelles venues de l’assemblée générale d’Exxon, un autre géant pétrolier, ne seront pas pour le rassurer. Le mercredi 26 mai, un fonds activiste, Engine n° 1, ne détenant que 0,02 % des parts, a réussi à faire élire au conseil de surveillance au moins deux représentants. Comment ? En faisant basculer trois investisseurs institutionnels majeurs, BlackRock, Vanguard et State Street, qui possédaient plus de 20 % du capital de la compagnie. Or, BlackRock est aussi le premier actionnaire de Total. De quoi augurer d’une assemblée générale rocambolesque ?

Bayonne : 29 logements participatifs orientés contre la spéculation immobilière Pierre Penin www.sudouest.fr/pyrenees-atlantiques/bayonne/bayonne-29-logements-participatifs-orientes-contre-la-speculation-immobiliere-2172530.php

Le Comité ouvrier du logement (COL) va utiliser le bail réel solidaire pour produire ces appartements. Dans ce montage, l’habitant est seulement propriétaire du bâti. Une manière de proposer des prix abordables

Le permis de construire est signé. Livraison prévue fin 2023. Sur une partie de ces 2 000 m2, le long de la rue du Général-Bourbaki, à Bayonne, le Comité ouvrier du logement (COL) va édifier 33 logements. L’opérateur spécialiste de l’habitat abordable en proposera 29 en accession sociale à la propriété. Les quatre autres reviendront au diocèse, propriétaire initial de l’îlot de la Vigilante. La singularité de l’opération réside dans sa dimension collective et le recours au bail réel solidaire (BRS).

Imed Robbana, le directeur général du COL, croit fort à ce dispositif, comme « outil essentiel » contre la spéculation immobilière. Notamment sur le marché local, extrêmement tendu. Il cite toujours le cas même pas caricatural de ce trois pièces cédé 152 000 euros par le COL et revendu 400 000 euros dix ans plus tard, à échéance de la clause anti-spéculative. C’était à Guéthary. « Et cela pour être occupé en résidence secondaire ! » Le BRS interdit ce type de « culbutes ».

Une arme contre la spéculation

« Dans ce dispositif, on dissocie le foncier du bâti. Le premier appartient à l’organisme foncier solidaire. » Le COL s’est doté d’un tel levier. Les propriétaires n’achètent que la pierre et reversent une redevance pour le foncier. Ce système permet de construire avec une TVA à 5,5 % au lieu de 20 %. Dans cette forme d’accession sociale, les futurs habitants pourront acquérir leurs appartements au prix de 2 600 euros du mètre carré, « stationnement compris ». Bien loin des standards du marché libre bayonnais et même spiritain : entre 3 600 et 3 800 euros en moyenne.

L’association acquiert des appartements qu’elle propose en location et bientôt en usufruit. Une manière de sortir ces surfaces du marché et sécuriser l’habitation. Après la Soule, elle vise la Côte.

Les bénéficiaires de ces conditions doivent bien sûr habiter le logement. Répondre à des critères de revenus stricts. « Par exemple, un couple avec un enfant ne peut gagner plus de 3 527 euros net mensuels. » Surtout, il ne peut revendre qu’à des personnes elles-mêmes aux revenus modestes. Le prix est plafonné. « La plus value ne peut excéder le montant des travaux d’entretien ou d’embellissement effectués. Le prix tient compte de l’indice du coût de la construction. » Le logement reste dans le parc social.

Lors des débats sur le Programme local de l’habitat, mille fois les élus de l’Agglomération ont fait référence au BRS comme outil pour produire du logement social. Le COL en est un opérateur majeur. « Nous sommes aussi le premier pourvoyeur en France d’habitat participatif », appuie Imed Robbana. Bayonne connaît déjà Terra Arte, expérience pionnière localement, dans le quartier du Séqué. Avec cette approche, les futurs acquéreurs décident de leur habitat. Surtout, des espaces communs et partagés de leur résidence.

« Tout est à inventer »

Sans parler de communauté, l’habitat participatif suppose de partager une certaine idée d’habiter. « Cela suppose un gros travail de programmation. Il consiste à définir avec les futurs habitants, tout ce qui est espaces partagés. Par exemple, une salle commune, un atelier de bricolage, une buanderie, parfois il y a une chambre d’ami sous la forme d’un studio, un potager… Tout est à inventer. »

Il s’agit de mutualiser ce qui peut l’être. Déjà, dans cette phase de configuration, se noue la relation entre habitants de l’îlot résidentiel. « Il faut que le lien social, la solidarité, prennent du sens. » Un lieu en commun pour sortir les concepts du lieu commun. La démarche requiert motivation. « C’est un engagement. Il faut participer à un certain nombre de réunions. Avancer avec les autres. » Deux accompagnateurs, dont une architecte, guideront sur ce chemin. « Ce sont des projets complexes. Avec beaucoup d’humain. Ils demandent du temps. D’habitude, on essaie de faire entrer des gens dans des cases. Là, on adapte les cases aux gens. »

Un square dans le projet de la Vigilante

En 2019, quand le projet de logements sur l’îlot spiritain a été connu, le collectif La Vigilante a réuni des habitants du quartier en opposition avec le dessein initial. À savoir, la création d’une quarantaine de logements, une Maison de la citoyenneté et un espace vert. Les riverains voulaient un parc. Ils arguaient d’un quartier Saint-Esprit déjà très densément peuplé, bétonné. La Ville a repensé le projet dans ses dimensions et validé l’idée d’un square public sur une partie de l’emprise. « Nous travaillons bien avec les associations du quartier », revendique Imed Robbana, le directeur du COL. « Quand vous faites un projet qui tient compte de son environnement, il faut discuter, respecter le quartier. »

Shell petrolio-enpresa klima aldaketaren errudun jo eta emisioak erdira jaistera behartu dute Oihane Arretxea Bereziartua www.argia.eus/albistea/shell-petrolio-enpresa-klima-aldaketaren-errudun-jo-eta-emisioak-erdira-jaistera-behartu-dute

 

Herbehereetako Lurraren Adiskideak talde ekologistak Shell petrolio-enpresa multinazionalaren aurkako epaiketa historikoa irabazi du. Auzitegiak klima aldaketaren errudun jo du, eta 2030erako isurketak %45 murriztera behartu du.

Herbehereetako auzitegi batek Royal Dutch Shell petrolio enpresa krisi klimatikoaren erantzuletzat jo du. Sententziaren arabera, multinazionalak %45 murriztu behar ditu CO2 emisioak hamar urteren buruan. Maiatzaren 26an egin den epaia Lurraren Adiskideak erakundearen eskaeraren ostean etorri da, eta, azaldu duenez, “auzi klimatikoak” beste herrialde batzuetan errepikatzeko bidea ireki du. Klimaren aldeko mugimenduek garaipen historikotzat izendatu dute.

“Shell aldaketa klimatikoaren eragilea da eta berehala eten behar du bere jokabide suntsitzailea”, adierazi du auzitegiak. Lurraren Adiskideak taldearentzat “inflexio puntua da historian”, auzitegi batek enpresa kutsatzaile handi bat Parisko Akordioa betetzera behartzen duen lehen aldia baita.

Herbeheretako gortearen ustez, petrolioa klima aldaketaren eragileetako bat da. Epaiak petrolio-enpresa bere bezeroen eta hornitzaileen emisioen erantzuletzat jotzen du, eta klimaren aurkako jarduera bizitzeko eskubidearen eta familia-bizitza lasaiaren aurkako atentatua dela zehaztu du. Hala, enpresaren ereduak giza eskubideak urratzeko mehatxua dakarrela baieztatu du.

Lurraren Adiskideak, Greenpeace eta beste hainbat eragilerekin batera Shellen aurkako salaketa jarri zuen 2019an eragiten zituen kalte ekologikoengatik. Prozesua 2020ko apirilean hasi zen, erakunde ekologistek zitazio judiziala entregatu zutenean. Orduan adierazitako helburua 2030erako konpainiak berotegi-efektuko gasen isurketa-jarduera %45 murriztea zen. Modu horretan Parisko Akordioa betetzeko konpromiso globalarekin bat egitea eskatzen zuten, berotze globaleko 1,5ºC ez gainditzeko. Izan ere, eragileen ustetan korporazio horren negozio-eredua “mehatxu larria zen aldaketa klimatikoaren aurkako Parisko Hitzarmenaren helburuentzat”. Hala ere, hasiera besterik ez dela adierazi dute eta salaketak jartzen eta irabazten jarraitzea da haien asmoa.

Donald Polsek, Lurraren Lagunen Herbehereetako zuzendariak adierazi duenez, “gure planetarentzat eta gure seme-alabentzat izugarrizko garaipena da, etorkizun bizigarri bat lortzeko ezinbesteko mugarria”. Eragile ekologistako abokatua den Roger Coxek ordea, ondorengoa adierazi du: “Sententzia honek ondorioak izango ditu beste enpresa kutsatzaile handi batzuentzat”.