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avril 28 2018

Articles du Vendredi : Sélection du 27 avril 2018

Climat : le Gulf Stream est en train de lâcher l’Europe

Claude-Marie Vadrot
www.politis.fr/articles/2018/04/climat-le-gulf-stream-est-en-train-de-lacher-leurope-38690/

Les ONG appellent les ministres de l’environnement européens à relever les engagements climatiques de l’Union

Réseau Action Climat
https://reseauactionclimat.org/ong-appellent-ministres-europeens-relever-engagements/

Inégalités, climat, lobbying : pour un vrai « bilan annuel » des grandes entreprises françaises

Rédaction
www.bastamag.net/Inegalites-climat-lobbying-pour-un-vrai-bilan-annuel-des-grandes-entreprises

Comment l’assurance chômage a été transformée en machine à cash pour les marchés financiers

Rachel Knaebel
hwww.bastamag.net/Comment-l-assurance-chomage-a-ete-transformee-en-machine-a-cash-pour-les

Martxan jarri dute Alternatiben Herria finantzatzeko diru-bilketa herrikoia

Etxalde
www.argia.eus/albistea/martxan-jarri-dute-jada-alternatiben-herria-finantzatzeko-diru-bilketa-herrikoia

Climat : le Gulf Stream est en train de lâcher l’Europe

Claude-Marie Vadrot
www.politis.fr/articles/2018/04/climat-le-gulf-stream-est-en-train-de-lacher-leurope-38690/

Tous les courants de l’Atlantique s’affaiblissent sous l’effet du dérèglement climatique.

Les climatologues l’annoncent et le redoutent depuis des années : sous l’influence du dérèglement climatique, la plupart des courants, petits ou grands, qui parcourent l’immense océan Atlantique en maintenant un équilibre dont bénéficient la plupart des climats européens, nord-américains et africains sont en train de se modifier. C’est ce que révèlent les deux études parues le 11 avril dans la revue anglaise Nature.

D’après les scientifiques, les courants qui parcourent l’Atlantique n’ont jamais été aussi faibles et aussi aléatoire depuis le début du Ve siècle. Ce phénomène s’ajoute à la fonte de la banquise qui déverse des millions de tonnes d’eau douce dans la mer. Cela a non seulement une influence sur l’Atlantique mais, de plus, remet en cause la circulation des eaux entre l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud.

En raison de la confrontation de plus en plus violente entre des masses d’eau dont la température et la salinité sont de plus en plus différentes, une partie des eaux chaudes gagnent les profondeurs de la mer et retournent vers le sud. Cela perturbe la circulation planétaire des eaux en provoquant ce que les spécialistes nomment « la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique ». D’où les changements et des errements de plus en plus perceptibles d’un énorme circuit d’eau qui participe à la régulation ou au maintien des climats.

Menaces sur l’Europe

C’est pour ces raisons, selon les auteurs des deux études, que le célèbre Gulf Stream qui permet à l’Europe occidentale de profiter d’un climat tempéré est en train de s’affaiblir. La cause : ce courant n’est plus suffisamment refroidi et sa densité en sel diminue. Les anomalies étaient constatées depuis des années mais, explique le professeur de l’Institut polonais de Potsdam, Stefan Rahmstorf, qui a mené l’une des études, « nous avons maintenant des certitudes ». Il ajoute : Nous avons analysé tous les ensembles de données de température de la surface de la mer disponibles, en comprenant les données de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Le modèle que nous avons trouvé dans les mesures ressemble exactement à ce qui est annoncé par les simulations informatiques, à savoir un ralentissement du Gulf Stream.

Une mauvaise nouvelle

Les scientifiques de la deuxième étude, menée par le groupe de David Thornalley de l’université de London College, affirment que pendant les cinquante dernières années, le Gulf Stream et d’autres courants aussi importants pour l’équilibre planétaires se sont modifiés « de façon certaine au cours du XXe siècle, avec un déclin notable à partir de 1950 » et que « cette évolution est très certainement liée à des facteurs humains ». David Thornalley, responsable de l’évaluation de l’équipe anglaise, estime que la modification des courants, notamment du Gulf Stream, « représente une diminution de 3 millions de mètres cubes d’eau à la seconde, soit l’équivalent d’une quinzaine de fleuves comme l’Amazone. Et je pense que c’est une très mauvaise nouvelle ».

Les conclusions des études sont en effet inquiétantes, puisque si la cause de l’affaiblissement des courants marins, à commencer par le Gulf Stream, est liée aux modifications climatiques, il aura en plus d’autres conséquences climatiques graves.

Les ONG appellent les ministres de l’environnement européens à relever les engagements climatiques de l’Union

Réseau Action Climat
https://reseauactionclimat.org/ong-appellent-ministres-europeens-relever-engagements/

À l’occasion de la réunion organisée le 25 avril 2018 à Paris entre les ministres de l’environnement d’Allemagne, de Suède, des Pays-Bas, du Portugal, de Finlande, du Luxembourg et de France pour discuter de la stratégie climatique européenne pour 2050, le Réseau Action Climat salue l’initiative et rappelle deux priorités.

 

Les ministres ont ce 25 avril 2018 l’occasion de sortir l’Union européenne du statu quo climatique. Pour aligner la politique climatique européenne avec les objectifs de l’accord de Paris, le Réseau Action Climat rappelle ses deux priorités.

1. Fixer un objectif de neutralité tous gaz à effet de serre bien avant 2050

Les pays rassemblés aujourd’hui doivent donner l’exemple et s’engager pour que la stratégie climatique en cours d’élaboration par la Commission européenne fixe un objectif de neutralité tous gaz à effet de serre bien avant 2050. Elle est un impératif pour que l’Union européenne prenne sa juste part dans la lutte contre les changements climatiques. Cette stratégie devra être déclinée dans tous les pays membres de manière transparente et ouverte à la société civile.

Aucun secteur ne devra être laissé de côté dans la réduction des émissions, y compris l’agriculture. Le renforcement des puits de carbone, notamment forestiers et des sols, doit également jouer un rôle majeur. Par ailleurs, les technologies coûteuses et risquées comme le nucléaire ne peuvent plus être avancées comme des solutions.

2. Relever les engagements pour 2030 et assurer la  réduction à court terme des émissions

Fixer un objectif de long terme ne suffit pas. Réhausser l’ambition pour 2050 doit également conduire les pays membres à se mobiliser pour relever significativement les engagements climatiques intermédiaires de l’Union européenne, en particulier pour 2030. L’objectif actuel de 40 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, fixé en 2014, est bien en deçà de ce que l’Union européenne peut et doit faire.

Pour être crédibles, ces pays devront enfin faire preuve de cohérence et d’ambition sur les outils qui permettront d’accélérer la transition écologique en Europe et au niveau national. Les chantiers en cours sur le paquet énergie européen, les normes d’émissions des voitures et poids lourds, ou encore la réforme de la Politique Agricole Commune seront des marqueurs de cette cohérence avec la volonté affichée.

Inégalités, climat, lobbying : pour un vrai « bilan annuel » des grandes entreprises françaises

Rédaction
www.bastamag.net/Inegalites-climat-lobbying-pour-un-vrai-bilan-annuel-des-grandes-entreprises

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la comm’ du CAC40, l’Observatoire des multinationales publiera bientôt son propre « bilan annuel » des grandes entreprises françaises. Cette publication est le résultat du travail d’enquête mené tout au long de l’année par l’équipe des sept journalistes de l’Observatoire des multinationales et de Basta !. Il y sera question de climat, de conditions de travail, de lobbying, d’inégalités, de privatisation ou de droits humains. Bref de tout ce que les grandes entreprises françaises font mais ne disent pas.

Les photos nous feraient presque rêver. Des consommateurs qui bavardent en souriant avec le boucher de leur hypermarché. Convivialité. Un paysage urbain plein de verdure qui se détache sur fond de ciel bleu. Respect de l’environnement. Une réunion de travail détendue avec des employés au visage serein, assis sur des canapés. Bien-être au travail. De souriantes jeunes femmes coiffées de casques de chantier. Egalité. Des enfants qui jouent dans l’herbe. Générations futures. Des tablettes, des smartphones, partout. Innovation. Encore plus audacieux : au détour du rapport annuel d’un géant bien connu du BTP [1], une chèvre sur une colline qui contemple une rangée d’éoliennes.

Bienvenue dans le monde merveilleux de la comm’ des grandes entreprises françaises. Chaque année, à l’occasion de leur Assemblée générale d’actionnaires, les multinationales tricolores publient leur rapport annuel, illustré d’images qui inspirent progrès et sérénité. Ces publications visent avant tout à légitimer la stratégie poursuivie par les directions auprès des investisseurs. Elles s’adressent aussi aux médias, aux employés, aux clients, aux pouvoirs publics et à la société toute entière. Le bonheur est dans le CAC 40.

Les questions financières – qu’il s’agisse de dividendes versés aux actionnaires ou de rémunération des dirigeants – y occupent un place importante. Les sujets qui fâchent y sont passés sous silence, minimisés ou relégués au statut de note de bas de page.

Des questions aussi importantes que les inégalités entre hommes et femmes, la préservation du climat, le partage des richesses, les droits humains, la lutte contre la pollution ou l’avenir de notre alimentation ne méritent-elles pas un peu plus de sérieux ?

C’est pourquoi, en juin prochain, l’Observatoire des multinationales, site d’information créé par Basta ! pour suivre l’activité des grands groupes, publiera son propre « bilan annuel » des grandes entreprises françaises.

Que trouverez-vous dans ce « bilan annuel » ?

Il y sera question de tout ce que les grandes entreprises font et ne disent pas : atteintes aux droits des travailleurs, corruption, contribution au réchauffement climatique, pollutions, accaparement des marchés publics, lobbying…

Ce « contre-rapport » dressera un panorama plus complet des activités des entreprises françaises, bien au-delà de ce que les seuls dirigeants et actionnaires nous décrivent. Il proposera un aperçu de l’ensemble des conséquences sociales, écologiques, sociétales, économiques et in fine démocratiques des décisions prises par les directions et les conseils d’administration de « nos » multinationales [2].

Notre objectif est de susciter un débat sur ces stratégies et sur ces choix, qui nous concernent toutes et tous, ainsi que sur les politiques publiques qui les soutiennent de manière directe et indirecte. Un tel débat fait cruellement défaut, au sein des entreprises et comme dans la société.

En guise d’avant-goût, nous publierons régulièrement pendant le mois de mai des enquêtes mettant en lumière certains des principaux enseignements de ce « bilan ».

Nous commençons avec la publication, ce jour, d’un premier tableau d’ensemble sur le phénomène de la concentration et des oligopoles : comment une poignée de grands groupes en est venue à dominer la plupart des secteurs d’activités, et les conséquences qui en découlent pour les autres acteurs économiques, les consommateurs et les citoyens.

Comment avons-nous enquêté ?

Notre contre-rapport est le fruit du travail de veille et d’investigation que notre équipe de sept journalistes réalise tout au long de l’année. Notre équipe a également bénéficié de l’expertise d’associations, d’organisations non gouvernementales ou syndicales et de médias partenaires, en France et dans le monde.

Nos données s’appuient sur les chiffres que les groupes du CAC 40 sont tenus de publier du fait de la législation. Mais ces informations sont souvent noyées au milieu de documents de plusieurs centaines de pages, peuplées de chiffres plus ou moins utiles. Identifier, par exemple, les filiales domiciliées dans les paradis fiscaux n’est pas forcément aisé. Connaître la proportion des hommes et des femmes à des postes de direction, chercher les dépenses de lobbying ou le montant total des rémunérations versées aux plus hauts dirigeants, relève parfois de la gageure.

A partir de ces données, nous proposerons nos propres indicateurs – inégalités salariales, émissions de CO2, répartition de la richesse créée – pour que chacun puisse évaluer ce que font – ou ne font pas – pas nos « champions économiques » au-delà de leur cours en bourse.

David contre Goliath ?

Pour réaliser leurs rapports annuels, les groupes du CAC 40 font appel à des agences de communication ou des groupes publicitaires comme Havas. Ces prestations se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros pour chaque entreprise. Leurs budgets de communication peuvent atteindre plusieurs milliards, pour Danone ou LVMH par exemple.

Par comparaison, le budget annuel de l’association Alter-médias, qui édite l’Observatoire des multinationales et Basta ! est quasi insignifiant : environ 350 000 euros en 2017, pour l’ensemble de nos activités.

Ce « bilan annuel » est donc un projet ambitieux, mais ô combien nécessaire. Si nous pouvons le mener à bien, c’est grâce au soutien financier de nos lectrices et lecteurs.

C’est pourquoi, si vous pensez vous-aussi que le débat démocratique mérite mieux que la comm’ du CAC40, qu’enquêter sur les grandes entreprises est aujourd’hui plus que nécessaire, nous vous invitons à soutenir l’Observatoire des multinationales.

Notes

[1] Voir le rapport annuel 2017 de Vinci, p. 38-39.

[2] Nos lecteurs fidèles se souviendront qu’en 2015, nous avions déjà publié de tels contre-rapports sur quatre entreprises : Total, EDF, Engie et Areva.

Comment l’assurance chômage a été transformée en machine à cash pour les marchés financiers

Rachel Knaebel
hwww.bastamag.net/Comment-l-assurance-chomage-a-ete-transformee-en-machine-a-cash-pour-les

Le gouvernement présente ce 27 avril son projet de réforme de l’assurance chômage. Il prévoit notamment d’augmenter les contrôles aux dépens des demandeurs d’emploi. But affiché : réduire le chômage et améliorer la situation financière du système, qui accuse une dette dépassant les 33 milliards. Pourtant, les recettes de l’assurance-chômage sont suffisantes pour couvrir en l’état les indemnités versées aux chômeurs. Alors d’où vient cette dette, et qui la détient, empochant des centaines de millions d’euros d’intérêts ? Quel rôle jouent les marchés financiers ? Pour répondre à ces questions, un collectif de citoyens a réalisé un audit de la dette de l’Unédic. Explications.

Après le droit du travail, la SNCF, l’entrée à l’université, ou encore le droit d’asile, le gouvernement présente ce 27 avril en conseil des ministres son projet de réforme de l’assurance chômage. Celui-ci prévoit de donner la possibilité, sous certaines conditions, aux démissionnaires et aux travailleurs indépendants de recevoir des indemnités chômage. Il prépare aussi, et surtout, un renforcement des contrôles et des sanctions à l’encontre des demandeurs d’emploi, toujours soupçonnés de ne pas chercher assez activement du travail [1].

Le financement du système est aussi un enjeu central de la réforme. Aujourd’hui l’Unédic [2], la caisse de l’assurance chômage, accuse un déficit de plus de 3 milliards d’euros. En 2016, le Conseil européen, cité dans un rapport de la Cour des comptes, estimait qu’en France la « dégradation persistante de la situation sur le marché du travail » remettait en cause la viabilité du système, et appelait à des « mesures structurelles » visant « les conditions d’éligibilité, la dégressivité des allocations et les taux de remplacement pour les salaires les plus élevés ». Le Conseil européen, toujours d’après la Cour des comptes, invitait la France à « encourager davantage le retour au travail ».

Dans un renversement des responsabilités devenu un grand classique, le raisonnement sous-entend que le système actuel dissuade les individus de reprendre un emploi, au lieu de questionner les politiques économiques qui produisent des chômeurs par millions. Dans le projet du gouvernement actuel, « encourager le retour au travail » se traduit donc par le renforcement des contrôles sur les chômeurs.

Un recours accru aux marchés financiers

Pour le Groupe d’audit citoyen de l’assurance chômage (Gacdac), un collectif d’une quinzaine de personnes – chômeurs, syndicalistes, retraités… – qui examine de près la dette de l’Unédic, cette dernière ne relève pas non plus de la responsabilité des demandeurs d’emploi. Pour ces experts-citoyens, l’équilibre financier actuel de l’Unédic, comme c’est le cas pour la SNCF, « repose sur un endettement croissant sur les marchés financiers ». La dette accumulée par l’assurance chômage s’élevait en 2017 à plus de 33 milliards d’euros, et devrait dépasser les 36 milliards en 2018 [3].

« Nous voulons comprendre comment la dette de l’Unédic fonctionne, d’où elle vient, quelles en sont les risques, si elle est légitime ou pas, explique Pascal Franchet, membre du Gacdac, qui a publié un premier rapport le 16 avril [4]. Par exemple, est-ce que l’endettement de l’Unédic est lié à l’amélioration de la situation des chômeurs ? Non. La situation des chômeurs se dégrade. Avec plus de contrôles, plus de sanctions, une baisse du niveau d’indemnisation. »

« La dette et le déficit ne sont pas engendrés par les règles de l’assurance »

L’Unédic, créée en 1958, est un organisme paritaire, donc normalement géré par les représentants patronaux et salariés (syndicats), plus tard qualifiés de « partenaires sociaux ». En 2016, l’Unédic a versé 35,5 milliards d’euros pour indemniser les chômeurs. La même année, elle a reçu 35 milliards de recettes provenant essentiellement des cotisations patronales et salariales versées pour son financement. « Le système est équilibré depuis toujours. Il n’y a pas de déficit de l’assurance-chômage, même depuis le début de la crise. La dette et le déficit ne sont pas engendrés par les règles de l’assurance », nous rappelle l’économiste Bruno Coquet, spécialiste de l’assurance-chômage.

Le problème vient d’ailleurs. Depuis 2008, l’Unédic doit aussi participer au financement de Pôle emploi, l’organisme public qui accompagne (et contrôle) les chômeurs, à hauteur de 10% de ses recettes – soit 3,3 milliards d’euros en 2016. Alors que ce n’était pas son rôle initialement, la contribution de l’assurance-chômage au service public de l’emploi dépasse désormais largement celle de l’État.

Le système ébranlé par la baisse des cotisations

Entre 2008 et 2016, le nombre de personnes inscrites au chômage a plus que doublé, passant de 3,2 millions à 6,5 millions. Sur la même période, le nombre de chômeurs indemnisés a augmenté moins vite, de 1,6 à 2,7 millions. L’assurance-chômage a ainsi joué un rôle de filet social crucial pour des centaines de milliers de personnes licenciées après l’effondrement du système financier. Aujourd’hui, seules 43 % des personnes inscrites à Pôle emploi touchent des allocations. Un chômeur indemnisé touche en moyenne 900 euros par mois.

Avec l’augmentation du nombre de personnes sans emploi, les dépenses se cependant sont accrues. Mais pas le taux des cotisations, patronales et salariales, prélevées sur les salaires pour financer l’assurance chômage. Il est resté le même depuis 2003, à 6,4 % en tout – 4% pour les cotisations employeurs, 2,4% pour les cotisations salariales. L’actuel gouvernement a même décidé de baisser les cotisations : leur taux est passé à 0,95% depuis janvier 2018. Cette part des cotisations chômage sera complètement supprimée dès octobre prochain [5]. Le manque à gagner pour l’assurance chômage sera compensé par la CSG, donc par un impôt, payé par tous les contribuables, y compris les retraités. Derrière l’illusion d’une augmentation du salaire net des travailleurs, c’est tout l’équilibre du système d’indemnisation du chômage qui s’en trouve ébranlé.

2 milliards d’euros d’intérêts payés en six ans

Avec toujours plus de chômeurs mais sans recettes supplémentaires, l’Unédic doit emprunter. Ce qu’elle fait sur les marchés financiers. « Chaque année, rappelle l’audit citoyen, l’Unédic a recours à lemprunt pour trois raisons : combler son déficit, rembourser le capital des titres de sa dette qui arrivent à échéance, payer les intérêts courus des emprunts. » « Le financement de l’assurance chômage repose sur trois types de supports : billets de trésorerie, obligations à moyen terme et, depuis 2014, bons à moyen terme négociables », rappelait aussi la Cour des comptes en 2016. Il s’agit de différent type de titres négociés sur les marchés financiers.

Conséquence directe : une explosion de la dette de l’Unédic, qui devrait passer de 8,9 milliards d’euros en 2009 à plus de 36 milliards fin 2018. Elle aura donc quadruplé en neuf ans. Le montant des intérêts payés aux créditeurs a lui aussi explosé : de 223 millions d’intérêts en 2013 à 400 millions en 2018. Au final, 2 milliards d’euros d’intérêts ont été versés aux créanciers en six ans. Le taux d’endettement de l’Unédic – le montant de sa dette rapporté à ses recettes – est de 93 %. « Ce taux en lui-même n’est pas inquiétant, réagissent les membre du Gacdac. Par contre, les causes de ce recours systématique à l’emprunt – le chômage qui augmente, des dépenses qui ne lui incombent pas, le refus daugmenter les cotisations malgré́ un faible pourcentage de chômeurs indemnisés ainsi que la qualité́ des prêteurs (des banques privées pratiquant des taux élevés pour servir les intérêts de créanciers dont lidentité́ est cachée), sont inquiétants. »

L’identité exacte des créanciers de l’Unédic est en effet inconnue à la fois des chômeurs, des parlementaires, et même du directeur de l’Unédic. Ce dernier, Vincent Destival, déclarait en 2015 devant l’Assemblée nationale : « Nous n’avons pas de suivi précis sur la manière dont notre dette est renégociée sur les marchés entre les détenteurs primaires et des investisseurs intéressés. Nous savons à quel prix elle est renégociée, mais nous ignorons qui sont les vendeurs et les acheteurs. »

La spirale de la dette enclenchée après 2003

Comment en est-on arrivé à ce que l’assurance chômage affiche 36 milliards d’euros de dette au compteur, à rembourser à… on ne sait pas trop qui ? Pendant plus de vingt ans, de sa création en 1959 jusqu’à 1981, date de son premier déficit, l’Unédic n’a pas eu recours à l’emprunt. Mais la crise économique qui éclate au milieu des années 70 fait exploser le nombre de chômeurs, qui dépasse le million en 1980. Elle emprunte 6 milliards de francs en 1981, « auprès dun groupe dassurances, de mutuelles et dinstituts de prévoyance », précise le Gacdac.

En 1995, les comptes de l’Unédic sont à̀ nouveau dans le rouge. Des placements sont effectués pour couvrir les remboursements des emprunts obligataires émis deux ans plus tôt. La dette s’envole quelques années plus tard : « Depuis 2003 jusqu’en 2014, les trois gouvernements successifs ont autorisé l’Unédic à recourir à lemprunt auprès détablissements bancaires privés dont la fonction principale nest pas la bienveillance », souligne l’audit citoyen. Résultat : « Les taux d’intérêts des prêts quils consentent chaque année accroissent la dette. »

Grandes banques, chambres de compensation et fonds d’investissement

Regardons un des derniers avis d’émission de titres de l’Unédic. En novembre dernier, l’assurance chômage émet des « titres négociables à moyen terme », au taux d’intérêt faible de 0,125%, pour un montant emprunté de 1,25 milliard d’euros.

Que nous apprend l’avis d’émission ? Que l’Unédic passe, pour émettre ces titres, par des « agents placeurs », qui ne sont autres que des filiales du Crédit agricole, de BNP Paribas, de la banque allemande Deutsche Zentralgenossenschaftsbank, ainsi que de la banque d’investissement étasunienne Meryll Lynch.

Ces institutions jouent le rôle d’intermédiaires entre l’Unédic et les créanciers. « L’Unédic émet des obligations à long terme auprès des banques privées comme la Société́ Générale ou la BNP (c’est le marché́ primaire de la dette). Celles-ci achètent ces obligations pour le compte de leurs clients qui soit les conservent, soit les revendent (cest le marché́ secondaire de la dette) », explique le Gacdac. Ensuite, d’autres intermédiaires entrent en jeu quand il s’agit du remboursement du capital et du paiement des intérêts. Dans ce cas, ce sont des dépositaires, comme Euroclear dans le cas de cette émission de novembre, ou même Clearstream pour des émissions antérieures [6].

Ces organismes, également appelés « chambres de compensation », sont chargés de faire exécuter les paiements, mais sont aussi sont connus pour leurs pratiques peu transparentes. « Pour payer les intérêts et rembourser le capital restant dû, lUnédic sen acquitte auprès dun dépositaire central international de titres, Euroclear, qui, lui, connait les créanciers », écrit le Gacdac. Rien n’interdit aux titres de la dette de se retrouver sur des comptes dans les paradis fiscaux », résume l’audit. Les membres du groupe citoyen ont tout de même réussi à identifier quelques-uns des détenteurs de la dette de l’Unedic : tous sont des fonds d’investissement étrangers, liés par exemple à de grandes entreprises allemandes ou suisses (E.ON, Bayer, Crédit Suisse)…

L’Unédic dépendante des méthodologies obscures des agences de notation

En empruntant sur les marchés financiers internationaux, l’Unédic doit aussi se soumettre aux agences de notation, chargées d’évaluer le risque des titres émis sur les marchés. Ces agences ont été pointées du doigt pour leur rôle dans la crise financière qui a ravagé l’économie mondiale à partir de 2008 : elles avaient, entres autres méfaits, attribué des notes excellentes à des produits financiers, les subprimes, qui se sont révélés « pourris ».

« Les titres à émettre devraient faire l’objet des notations suivantes par Moody’s et Fitch », notait l’Unédic dans son avis d’émission de titre de novembre dernier. Moody’s et Fitch sont deux des trois principales agences de notation des produits financiers. Ceux de la dette de l’Unédic sont bien notés : A2A et AA. Mais il n’en est pas toujours ainsi. En 2011, Fitch dégradait par exemple la note de l’assurance-chômage française : « L’Unédic s’interroge sur les méthodologies de notation », pouvait-on alors lire dans un communiqué de presse de l’organisme.

Entre agents de placements, dépositaires et agences de notations, l’Unédic se retrouve dans une situation de multi-dépendance vis-à-vis des acteurs des marchés pour financer sa mission, qui est, rappelons-le, d’indemniser les travailleurs qui se retrouvent sans emploi.

Le paiement de la dette, une fin en soi ?

L’Unédic peut aujourd’hui emprunter sur les marchés à des taux d’intérêt extrêmement bas. Que se passerait-il si les taux remontent, parce que la Banque centrale européenne aura décidé d’augmenter ses taux, ou parce que le placement serait soudainement considéré comme plus risqué ? Aujourd’hui, la dette de l’Unédic est garantie par l’État français. Les titres de dette de l’Unédic sont donc considérés comme des placements sûrs, d’où les notations favorables et les taux d’intérêt faibles. Mais le Medef demande la suppression de cette garantie de l’État [7]. En cas de nouvelle crise financière, qui aurait pour conséquence une nouvelle crise économique, et donc une augmentation du chômage, les taux d’intérêt risqueraient de s’envoler. L’Unédic se trouverait alors avec, d’un côté, plus de chômeurs à indemniser, et de l’autre des sommes plus importantes à rembourser. Les créanciers seraient gagnants, mais pas le système de protection sociale.

« Si la revendication du patronat de supprimer la garantie de l’État sur la dette de l’Unédic est satisfaite, on risque une envolée des taux d’intérêts, donc un surcoût de la dette, alerte Pascal Franchet, du Gacdac. Ce qui nous inquiète, c’est que la variable d’ajustement soit alors le niveau indemnisation des chômeurs »

Le groupe d’audit citoyen a fait parvenir une lettre ouverte à la direction de l’Unédic, à son conseil d’administration ainsi qu’au ministère du Travail. Il y demande à ce que l’Unédic rende public un état détaillé́ de sa dette depuis dix ans, « avec un historique du paiement des intérêts et du remboursement du capital ». Parce que la question de la santé financière de l’assurance chômage concerne l’ensemble des travailleurs du pays, pas seulement les créanciers qui ont placé de l’argent dans ses titres de dette.

Consulter l’audit citoyen en cliquant ici

Notes : [1] Voir la présentation sur le site du ministère et l’avant projet de loi ici. / [2] Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce. / [3] Source : Unédic, Perspectives financières 2017-2020./ [4] Voir ici. / [5] Voir ici./ [6] Voir ici.

[7] Voir ici et ici.

Martxan jarri dute Alternatiben Herria finantzatzeko diru-bilketa herrikoia

Etxalde
www.argia.eus/albistea/martxan-jarri-dute-jada-alternatiben-herria-finantzatzeko-diru-bilketa-herrikoia

Ekainaren 2an, Iruñean, Alternatiben Herria egingo dugu. Egunean zehar, Iruñeako alde zaharra herri txiki bat bihurtuko dugu, hausnarketaz, alternatiba praktikoz eta baikortasunez betez.   

Euskal Herrian zehar, nork bere herrian, auzoan, taldean… aurrera eramaten ari garen alternatibak eta proiektuak erakutsi nahi ditugu Alternatiben Herrian. Eta erakustearekin batera, informazioa partekatu, elkar ezagutu, gure artean gogoeta egin eta eztabaidatu… Denon artean konplizitatea, aliantza, konfiantza… behar eta nahi ditugun, gure alternatiba ezberdinak saretzeko eta indartzeko. Horrela bakarrik aldatuko dira gauzak!

Ekainaren 2an, Iruñean, Alternatiben Herria egingo dugu. Egunean zehar, Iruñeako alde zaharra herri txiki bat bihurtuko dugu, hausnarketaz, alternatiba praktikoz eta baikortasunez betez. Mobilizazio eraikitzailea, denontzako tokia eginez.

Alternatiba desberdinak ezagutaraziko ditugu, jarduera ezberdinen bitartez: hitzaldiak, mahai inguruak, azoka, tailerrak, kale ikuskizunak, jolasak, janaria, edaria. Zuen ideien eta ekarpenen zain eta irrikitan gaude!

Alternatiben Herria, “Bizitza burujabea eskubide osoz” lemapean, gizarte eredu berri baten alde lan egiten dugun pertsonek eta taldeek antolatzen ari garen ekimena da. Ekainak 2an Iruñean egingo den egun osoko ospakizunerako eta gogoetarako festa nahi du izan. Irabazi asmorik gabeko egitasmo soziala da. Izaera irekia dauka, beraz, helburuarekin bat egiten duen edozein pertsonak edo taldek atxekitu daiteke prozesuan zehar nahi dutenean. Anitza izatea eta Nafarroako ahalik eta alternatiba gehien biltzea helburu duen ekimena da. Pertsonen beharrak erdigunean jartzen dituen eredu sozial berria landu nahi dugu. Horretarako, alternatiba desberdinak erakutsi eta eztabaidatu nahi ditugu egunean zehar. Alternatibak hausnartzeko, hitzaldiak eta bilerak antolatuko dira eta programari gorputza emango dioten gaiak, sozialak, energetikoak, elikadurari lotutakoak, feministak, hizkuntzari lotutakoak, ekonomikoak, politikoak etab. izango dira.

Iruñeako Alde Zaharra Alternatiben Herri bihurtuko dugu bere azoka, hitzaldi, mahai inguru, tailer, emanaldi, antzerki musika, janari eta edariekin.

Alternatibak lantzerakoan, sei ardatz nagusi definitu ditugu. Hauek, egun bateko programazio zabalean ikustaraziko direnez, Iruñeko erdigunean, espazio tematiko gisa landuko dira eta “auzo” deituko ditugu:

Ekonomia auzoa: finantzak, txanpona, ekonomia sozial eraldatzailea,  aberastasunaren banaketa, enplegua…

Herriak eta lurra: energia subiranotasuna, klima aldaketa, hondakinak, mugikortasuna, elikadura burujabetza, kontsumoa…

Parte hartzea, demokrazia, burujabetza: eredu ekonomiko, soziala, kulturala eta politikoa erabakitzeko eskubidea, parte hartze soziopolitikoa, prozesuak, herrien arteko elkartasuna…

Bizi anitzak eta duinak: jatorria, identitatea, sexu, funtzionalitataren inguruko aniztasunaren kudeaketa, bizitzaren iraunkortasuna…

Arragoa: euskal hizkuntza, hezkuntza, euskal Kultura…

Haurren Hiria edo errepublika: Pertsonen garapen askerako, eredu positiboak, eraikitzaileak eta askatasunezko ekimenak oinarrizko elementuak direla uste dugun heinean, haurren espazioak arreta berezia izango dute.

Alternatiba desberdinen elkartezagutza eta sarea indartzea bilatzen du egun honek.

‘Itsulapikoa’ guneak eskaintzen du Iruñeko Alternatiba Herriaren finantziazioan laguntzeko aukera.

ZERK BULTZATZEN ZAITU ETA NORI DOAKIO PROIEKTUA

Bizi gaituen sistema honek alternatibarik ez duela errepikatzen digute behin eta berriz, baina ez da egia. Mozkinak bilatu ordez bizitzaren iraunkortasuna bilatzen duten proiektu asko daude, gure esku dauden alternatiba praktikoak direnak. Dauden alternatiba desberdin horiek guztiak elkarrekin erakutsi nahi ditugu, eta alternatiba horien sarea eraikitzen lagundu. Alternatiba desberdinak ezagutzeaz gain, alternatiba desberdinen inguruan hausnarketa sustatu nahi dugu, eta alternatiba bizitza ona dela erakusteko, festa giroan egin nahi dugu eguna: animazio eta jan-edanekin. Egun eder bat pasa nahi duten adin guztietako jendeari egiten diegu dei, egun osoan zehar egitarau oparoa aurkitu baitute Alternatiben Herrian.

 

CROWDFUNDING KANPAINAREN HELBURUAK : – Jendeari erakutsi alternatibak badaudela. / – Alternatiba horiek erakutsi eta gure eskura jarri. / – Alternatiba desberdinen artean elkar ezagutu. / – Alternatiba desberdinen inguruan hausnartu. / – Bertako eta garaiko produktuak, produktu ekologikoak, produktu artisauak dastatu. Crowdfundingean parte hartzeko: https://www.itsulapikoa.eus/eu/proiektuak/alternatiben-herria-irunea