Articles du Vendredi : Sélection du 23 avril 2021


Bilan des débats du projet de Loi Climat à l’Assemblée Nationale : un RDV manqué pour le climat et la démocratie Réseau Action Climat https://reseauactionclimat.org/bilan-du-projet-de-loi-climat-un-rdv-manque-pour-le-climat

La première lecture du projet de loi Climat et Résilience à l’Assemblée nationale s’est terminée comme elle a commencé : avec un texte dont l’ambition climatique reste beaucoup trop faible pour combler l’écart qui nous sépare toujours du respect de nos objectifs climat.

Un blocage systématique sur les mesures les plus structurantes

  • Des mesures mises à l’écart bien qu’elles figuraient parmi les propositions des Citoyens de la Convention Climat et sur lesquelles de nombreux amendements avaient été déposés par des députés de tous bords politiques : le renforcement de la responsabilité climatique des grandes entreprises, la mise en place d’un véritable plan d’investissement pour le ferroviaire.
  • Pas d’obligations contrôlées et sanctionnées mais seulement des engagements volontaires : l’interdiction de la publicité par exemple ne concerne que les énergies fossiles. Pour d’autres produits néfastes pour le climat, le Gouvernement et l’Assemblée se contentent de “codes de bonne conduite” à la carte, vagues et sans sanction en cas de non-respect.
  • Des avancées en trompe-l’oeil : concernant les 9 plus grands projets d’extension d’aéroports à l’étude sur le territoire métropolitain, aucun ne sera stoppé car ils ne sont pas concernés par le champ d’application du projet de loi. L’objectif de fin de vente des véhicules polluants pour 2030 ne concerne quant à lui qu’ 1 à 3 % des véhicules neufs vendus.
  • Profiter de la technicité des enjeux pour affaiblir des objectifs existants : concernant la rénovation énergétique, depuis le Grenelle de l’environnement, il était acté que la France visait pour 2050 un parc de logements entièrement bien isolés (niveau BBC). Or, le projet de loi revoit à la baisse la définition d’une rénovation performante en permettant qu’elle amène les logements non plus à une étiquette énergie A ou B, mais à la classe C. C’est un recul extrêmement dangereux pour l’atteinte de nos objectifs sur le climat et l’énergie.

Le texte se résume donc à une couche de peinture verte sur les politiques climatiques déjà en place et à quelques mesures symboliques.

L’analyse de notre « climatomètre » montre que l’ambition des mesures est restée faible et stable pendant les débats en Commission spéciale et en séance plénière. Retrouvez notre analyse détaillée sur : www.climatometre.org

Une trahison de la prise en compte de l’urgence climatique et du respect du débat démocratique

  • Un filtrage arbitraire des amendements soumis au vote : 20 à 25 % des amendements déposés ont été jugés irrecevables et n’ont donc pas été débattus. Le Président de l´Assemblée nationale et la Présidente de la Commission ont considéré qu’ils étaient hors-sujet par rapport au projet de loi permettant ainsi à la majorité parlementaire de s’éviter un débat sur le développement du ferroviaire ou encore sur la responsabilité environnementale des entreprises.. Partant d’un texte du Gouvernement qui était loin d’engager les transformations nécessaires, la majorité parlementaire a ainsi cantonné les évolutions possibles à un champ restreint.
  • Une limitation du temps de débat parlementaire : La majorité a fait le choix d’examiner le texte selon la procédure accélérée et d’instituer un temps législatif programmé, réduisant ainsi le temps de l’examen du texte à moins de 3 semaines tout en limitant le temps de parole d’une partie de l’opposition. Empêcher des députés de défendre leurs amendements n’est pas à la hauteur de l’enjeu du texte, à savoir limiter le dérèglement climatique tout en ne laissant personne de côté…
  • Des horaires à rallonge : L’embouteillage du calendrier de l’Assemblée nationale et la volonté d’aller vite ont obligé à étaler les débats en soirée et sur le weekend. La qualité des échanges en a été diminuée par la fatigue des députés et leur moindre présence le week-end, quand ils ont également des obligations en circonscription…
  • Une logique d’appareil : Cantonné à un soutien du Gouvernement, le groupe LREM a joué son rôle de marionnette dans une pièce de théâtre bien orchestrée : retrait d’amendements ambitieux de certains membres du groupe pour ne pas brouiller la vision de l’existence d’un bloc uni, un double avis défavorable donné sur la majorité des amendements par le rapporteur et le gouvernement pour faire blocus aux renforcements du texte.
  • Et même là où des amendements ont été votés contre l’avis du Gouvernement, il faut garder en tête qu’il ne s’agit pas du texte final. Le Gouvernement peut rectifier le texte lors de la deuxième et dernière lecture après le passage au Sénat et aura toujours par ailleurs à sa disposition une “baguette magique” : l’article 101 du règlement de l’Assemblée nationale. Pour corriger un vote qui ne lui convient pas, cet article lui permet de procéder à une deuxième délibération…

Certes, ce texte comporte un certain nombre d’améliorations : un menu végétarien hebdomadaire pour toute la restauration scolaire publique et privée et en option partout où l’état est responsable, élargissement de la prime à la conversion pour l’achat d’un vélo à assistance électrique en remplacement d’un vieux véhicule, intégration des poids-lourds dans l’objectif de fin de vente des véhicules utilisant majoritairement des énergies fossiles en 2040 et une amélioration concernant la « programmation » des aides publiques à la rénovation énergétique…mais il ne passe pas le seuil d’un texte de rupture nécessaire pour déclencher une réelle accélération de la transition écologique. Nous sommes loin d’un texte qui déclenche des “changements majeurs” ou qui acte des “décisions inédites”; termes utilisés à maintes reprises par les rapporteurs.

Par ailleurs, les enjeux de justice sociale devaient être au centre du projet de loi ou au moins représenter un fil rouge. Or, les mesures pour assurer un accès de tous aux acquis de la transition écologique sont très largement insuffisantes voire absentes du texte : prêt à taux zéro pour l’achat d’un véhicule propre pour des ménages à faible revenus, prise en compte des enjeux de reconversion professionnelle….

Le Réseau Action Climat reste alerte contre toute tentative de déformation de la réalité des faits

Cette loi climat est censée représenter le point d’orgue du bilan climatique du quinquennat d’Emmanuel Macron. Cependant après un mois de débats à l’Assemblée nationale, le texte ressemble plutôt à une nouvelle fausse note que le Gouvernement tentera à tout prix de redéfinir en avancée réelle. Le texte va continuer son cheminement dans la navette parlementaire et sera examiné au mois de mai par le Sénat. Nous appelons les sénateurs à permettre un véritable débat démocratique sur les sujets écartés par la majorité, et à corriger le déficit d’ambition du texte acté par l’Assemblée nationale !

Nucléaire cherche label vert Jean-Michel Bezat www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/19/nucleaire-la-guerre-fait-rage-a-l-approche-d-une-decision-de-bruxelles-sur-les-technologies-labellisees-vertes_6077235_3232.html

Lobby contre lobby, Verts contre nucléocrates, la guerre fait rage à la veille de la publication, mercredi 21 avril, d’une première liste de technologies labellisées « vertes » par la Commission, analyse Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

Le  mot  est  barbare,  bien dans   le   style   du   sabir bruxellois : « taxonomie ». Il désigne la classification des   activités   économiques   en fonction de leur empreinte écologique. Depuis des mois, une question  divise  l’Union  européenne (UE) et nourrit la colère des écologistes : le   nucléaire   peut­il   être considéré  comme  un  investissement durable, au même titre que les énergies renouvelables ? Lobby contre lobby, Verts contre nucléocrates, la guerre fait rage à la veille de la publication, mercredi 21 avril, d’une  première  liste  de  technologies  labellisées  « vertes »  par  la Commission.

Deux  lectures  les  opposent.  Si l’on intègre l’usage de l’eau par les centrales et surtout les déchets radioactifs, le nucléaire doit être exclu,  défendent  les  écologistes ;  si l’on   s’en   tient   au   seul   objectif de lutte  pour  le  climat,  il  devient légitime    puisqu’il    n’émet    que 12 grammes de CO2/kilowattheure sur son cycle de vie, le meilleur bilan carbone de toutes les énergies. « Les   analyses   n’ont   pas   révélé la moindre     preuve     scientifique qu’[elle] fasse plus de mal à la santé humaine ou à l’environnement que d’autres  technologies  de  production d’électricité », a conclu un rapport d’experts de la Commission, favorables  à  l’atome  –  et  donc « biaisé », dénonce Greenpeace.

Le  dossier  est  monté  jusqu’au sommet de l’Etat. Dans une lettre adressée, mi­mars, à la présidente de la Commission et cosignée par six chefs de gouvernement (Pologne,  Hongrie…),  Emmanuel  Macron  réclame  à  Ursula  von  der Leyen « des règles du jeu équitables pour  l’énergie  nucléaire,  sans  l’exclure  des  politiques  et  des  avantages  climatiques  et  énergétiques ». N’est­ce   pas,   par   exemple,   un moyen  de  produire  de  l’hydrogène  décarboné  en  masse ?  Paris voit  plus  loin :  la  reconnaissance de  ces  investissements  vertueux pourrait entraîner un assouplissement en leur faveur des règles sur les  aides  d’Etat,  voire  sur  la  dette publique.

Purgatoire post-Fukushima

Le sujet est politiquement si sensible que Bruxelles procrastine. L’espoir  des  pronucléaires  d’obtenir un label vert dès cette année s’éloigne.  La  Commission  vient  de  renoncer  à  la  voie  réglementaire  de l’acte délégué pour porter l’affaire au niveau  politique  et  s’en  remettre à une codécision du Conseil et du Parlement, selon le média en ligne Contexte.  Mme  von  der  Leyen veut  favoriser  un « débat  transparent »  dans  l’UE,  où  la  politique énergétique   reste   de   la   compétence  des  Etats  membres.  Ils  sont partagés  entre  pro,  emmenés  par la France, et anti, guidés par l’Allemagne, qui a renoncé à cette énergie il y a dix ans, comme l’Italie.

Sur un enjeu crucial pour elle, la France est assez isolée en Europe. Chinois,   Britanniques   et   Canadiens ont clairement retenu le nucléaire comme arme antiréchauffement.  Le  président  américain, Joe Biden, l’a intégré dans sa stratégie   environnementale,   et   les mots de sa conseillère pour le climat,  le  1er avril,  sont  allés  droit au cœur des dirigeants français : le nucléaire doit être, selon Gina McCarthy, l’une des sources d’énergie inscrites dans le plan de renouvellement   des   infrastructures   de 2 000  milliards  de  dollars  (soit 1 670 milliards   d’euros),   préparé par la Maison Blanche.

« La  finance,  c’est  le  nerf  de  laguerre  climatique »,  soulignait  récemment  le  ministre  de  l’économie  français,  Bruno  Le  Maire,  en recevant  John  Kerry,  envoyé  spécial de M. Biden sur le climat. Français et Américains viennent de décider de travailler à une classification verte pour inciter les marchés–  déjà  en  partie  convaincus  –  à orienter plus de capitaux vers les technologies bas carbone, y compris  nucléaires.  Or,  les  Vingt­Sept doivent  mobiliser  4 500  milliards d’euros d’ici à 2030, une première étape pour atteindre la neutralité carbone  en  2050,  inscrite  dans leur   « pacte   vert ».   Un oui   de Bruxelles  soutiendrait  une  filière convalescente. EDF en tête, qui se dit  face  à  un « mur  d’investissements » vertigineux.

En 2022­2023, la France décidera s’il faut remplacer une partie des cinquante­six  réacteurs  produisant 70 % de son électricité. Lesté d’une  dette  de 42 milliards,  EDF devra lever des capitaux à un coût compétitif. Où trouver les 45 milliards nécessaires au premier programme  de  six  EPR  que  l’opérateur  historique  a  dans  ses  cartons ?  Son  patron,  Jean­Bernard Lévy,  a  lui  aussi  averti  Bruxelles, en  janvier,  sur  LinkedIn : « Qui pourrait  croire  que  l’Europe  envisage un accord réservant le financement de nouvelles constructions nucléaires  aux  institutions  bancaires  russes  et  chinoises,  mais  le restreignant pour les   banques européennes ? »  Des  institutions qui ouvriraient la porte aux technologies  de  leurs  propres  pays, « sacrifiant »  l’industrie  du  Vieux Continent.

Ses partisans veulent croire que le  nucléaire  sort  du  purgatoire post­Fukushima,  comme  il  avait réussi   à   renaître dans   les années 2000, après la catastrophe de Tchernobyl, en 1986. Il dispose de défenseurs  crédibles :  l’Agence  internationale de  l’énergie, le Groupe  d’experts  intergouvernemental  sur  l’évolution  du  climat, le milliardaire Bill Gates… Sans sa contribution, l’objectif de l’accord de  Paris  de  limiter  le  réchauffement  de  la  planète  en  dessous de 2  °C  est  hors  de  portée,  clament­ils d’une même voix. Reste à faire les bons choix économiques et technologiques.

Européens,   Russes   et   Chinois privilégient encore les puissantes centrales   de 1 000 à 1 700  mé­gawatts  (MW),  qui  correspondent à leurs besoins. Les Américains n’y croient plus. Ils misent sur les « petits réacteurs modulaires » (50 MWà 300 MW), moins gourmands en capitaux, plus faciles à construire et adaptés  au  remplacement des centrales  au  charbon  ou  au gaz. M. Kerry avance même qu’ils vont « peut­être  résoudre  les  problèmes de fusion, de sécurité, de prolifération  des  déchets »,  mieux  que  les anciens mastodontes. Mais aucun expert  ne  sait  encore  si  les  électrons  sortis  des small  modular reactors  seront  compétitifs.  Tous savent, en revanche, qu’ils doivent baisser leurs coûts. Il n’y a pas plus d’argent magique   dans le nucléaire qu’ailleurs, avec ou sans le label vert de Bruxelles.

Que puis-JE contre l’ignorance ? Sylvestre Huet www.lemonde.fr/blog/huet/2018/03/05/que-puis-je-contre-lignorance

Raison Présente, la revue de l‘Union Rationaliste a publié dans sa dernière livraison un copieux dossier sur «la culture de l’ignorance». Derrière cet apparent jeux de mots se trouve une interrogation ainsi résumée par les deux co-ordinateurs du dossier, le philosophe Mathias Girel (1) et la physicienne Michèle Leduc (2) : «De même qu’il est fructueux de se demander comment et pourquoi nous savons ce que nous savons, il est instructif de réfléchir à ce que nous ne savons pas »

« Nous pouvons ignorer parce que nous n’avons pas encore de réponse à nos interrogations, parce que nous n’arrivons pas encore à formuler de bonnes questions, parce que nous n’avons pas pu mener de recherche aboutie à ce sujet, mais aussi parce que nous sommes détournés de savoir, que ce soit par des biais, par des tabous, ou par l’action concrète de collectifs qui cherchent à se protéger de vérités dérangeantes. On peut ignorer ce que d’autres savent, ou bien être tous réunis dans une même ignorance provisoire. Tous les cas étudiés dans la littérature sur l’ignorance sont un paradoxal hommage à l’autorité du vrai : s’émouvoir d’une absence de savoir, parcourir les limites de la connaissance existante mais aussi analyser la science « contraire », les tentatives de « capture » d’expertise ou de publication, tout cela n’a de sens que dans un univers où la science, celle qui prouve, qui explique et qui prédit, reste une valeur dominante.»

Parmi les articles de ce dossier Mathias Girel s’intéresse à «la création stratégique de l’ignorance, utilisée pour brouiller les connaissances existantes». C’est à dire à l’agnotologie, cette étude de l’action dévastatrice «des marchands de doute, entretenu par les détenteurs du pouvoir politique avec l’occultation de la vérité sur les catastrophes naturelles, les dangers environnementaux de la pollution, les risques des médicaments ou des pesticides en agronomie, etc.»

  1. Mathias Girel est maître de conférences, directeur des études du département de philosophie à l’ENS, membre du Centre Cavaillès et directeur du CAPHES (CNRS-ENS). Il est en particulier l’éditeur de la version française de l’ouvrage de Robert Proctor, Golden Holocaust, Paris, Les Equateurs, 2014, en rapport avec le thème de la construction délibérée de l’ignorance, et auteur de Science et Territoires de l’ignorance, Paris, Quae, 2017.
  2. Michèle Leduc est physicienne, directrice de recherche CNRS émérite au laboratoire Kastler-Brossel à l’ENS, membre du COMETS (comité d’éthique du CNRS) et directrice de la collection « Savoirs Actuels » (EDP Sciences et CNRS Éditions).

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Voici ci-dessous, avec l’autorisation de la revue Raison Présente,  ma contribution à ce dossier, avec un article pointant une dimension peu souvent traitée, la responsabilité individuelle de trois catégories d’acteurs sociaux impliqués dans la diffusion des savoirs et la construction sociale de l’ignorance : scientifiques, journalistes, responsables politiques (les illustrations sont ajoutées à la version publiée).

La construction de l’ignorance sociale procède pour l’essentiel de mécanismes collectifs. Intérêts économiques et financiers, stratégies politiques, aveuglements communs sur la base d’idéologies partagées ou de processus psychologiques classiques… Il y a là matière et sujets de nombreux travaux scientifiques et universitaires. Toutefois, un aspect demeure peu traité, celui de la responsabilité individuelle des acteurs sociaux concernés par cette construction aux effets délétères sur la santé politique de nos sociétés. Il est vrai que le « name and shame » ne fait guère partie des traditions européennes, et encore moins de la communauté scientifique ou médiatique. Suivent quelques réflexions d’un praticien.

En 2009 était publiée, comme chaque année depuis 2000, une enquête sociologique de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) auprès des Français sur le changement climatique (1). Parmi les questions posées quelques mois auparavant, l’une leur demandait :

A votre avis, lorsque l’on parle aujourd’hui du réchauffement de l’atmosphère terrestre dû à l’augmentation de l’effet de serre est-ce plutôt ?

  • une certitude pour la plupart des scientifiques
  • une hypothèse sur laquelle les scientifiques ne sont pas tous d’accord
  • sans réponse

Cette année-là, 70% des Français choisirent la première et bonne réponse, et seulement 28% la seconde et mauvaise. En 2010, à la même question, seuls 51% des Français cochaient la première réponse, et 45% la seconde. Six ans plus tard (1), en 2016, les pourcentages étaient respectivement de 59% et 41%, alors que les faits scientifiquement établis, comme l’observation de l’évolution du climat planétaire, avaient non pas affaibli mais à l’inverse renforcé le diagnostic des climatologues entre 2009 et 2016, comme le soulignait la publication en 2014 du cinquième rapport (2) du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du climat).

L’ignorance au sens propre

Il est bien sûr possible de trouver, dans le corps même de l’enquête de l’ADEME, des raisons structurelles à ces réponses qui peuvent déconcerter les scientifiques, puisque les rapports du GIEC, depuis 1990, sont censés avoir transmis aux gouvernements et aux populations leur diagnostic de l’évolution du climat. Ces raisons structurelles relèvent d’une autre sorte d’ignorance que celles traitées dans ce numéro de Raison Présente. Il ne s’agit pas de l’ignorance construite délibérément par la négation du savoir constitué dans le cadre de stratégies sociales à buts financiers ou idéologiques, mais simplement de l’ignorance au sens commun du terme, celle qui fait qu’un enfant d’école primaire ne sait pas résoudre une équation du second degré.

Les traces de cette ignorance « simple » sont claires dans cette enquête. Ainsi, seule une petite minorité de Français répond correctement aux questions leur demandant d’expliquer ce qu’est l’effet de serre. Plus amusant, ou plutôt ironique au pays de l’électronucléaire massif, 54% des Français sont persuadés que les centrales nucléaires contribuent beaucoup ou assez (et non peu ou pas du tout) à l’effet de serre.

Ces deux points, surtout le second, ne font pas vraiment l’objet de campagnes visant à construire une ignorance sociale. On pourrait donc imaginer qu’il y a là – dans cette ignorance de ce qu’est l’effet de serre dans sa représentation la plus simple – une explication majeure, pérenne et stable, à ce taux élevé de Français estimant qu’attribuer le réchauffement de l’atmosphère à l’augmentation de l’effet de serre n’est qu’une hypothèse sur laquelle les scientifiques ne sont pas tous d’accord.

Un basculement mesurable par la sociologie

Mais comment, alors, expliquer le bond de la mauvaise réponse en 2010, au point que, six ans après, les mauvaises réponses demeurent plus élevées qu’en 2009 ? Il faut manifestement invoquer un événement susceptible d’avoir influencé l’opinion publique, capable de provoquer un tel basculement perceptible et mesurable par les techniques de la sociologie. Cet événement est connu : c’est la campagne climato-sceptique conduite, pour la France, par Claude Allègre et Vincent Courtillot.

Les sociologues spécialistes de la communication ont souvent prétendu que les moyens médiatiques de cette campagne étaient modérés, que la plupart des articles de presse consacrés au sujet sur cette période ne reprenaient pas les thèmes climato-sceptiques (3). Il y a là, probablement, une erreur de mesure. Elle consiste non pas pour l’essentiel à mal mesurer le nombre d’exemplaires vendus du livre de Claude Allègre (L’imposture climatique, plus de 100 000 exemplaires), ou l’audience des émissions de télévision et de radio où les deux personnages ont pu s’exprimer, ou l’effet du soutien affirmé par des journaux comme Le Point, ou encore la fréquentation des sites internet climato-sceptiques.

En réalité, l’erreur consiste à croire que l’efficacité argumentative se mesure à la quantité de papiers ou au nombre de minutes à la télévision. Or, auprès d’une population ne maîtrisant pas les données scientifiques de base d’un sujet, un mensonge simple sera toujours beaucoup plus efficace qu’une explication honnête d’une vérité complexe, fondée sur une science a priori hermétique, comme toutes les sciences (si elles ne l’étaient pas, tous les étudiants auraient 20 sur 20 en physique, chimie, maths, biologie ou géologie, en première année d’université). Les mêmes sociologues n’ont aucune explication alternative à opposer à celle avancée ici pour éclairer l’évolution brutale de l’opinion publique révélée par l’enquête de l’ADEME. Il ne s’est rien passé d’autre sur ce sujet en 2010, les décisions de la COP-15 relevant de la politique et non d’un discours sur la science du climat et ne marquant d’ailleurs pas d’inflexion relativement à la période précédente. On peut même relever qu’en 2010 les discours de la plupart des responsables politiques français, dont celui du Président Nicolas Sarkozy, ne faisaient montre d’aucune défiance vis à vis du diagnostic scientifique.

Dénoncer la falsification

La responsabilité de Claude Allègre et de Vincent Courtillot est donc clairement engagée dans cette évolution, qui ne peut que freiner la prise des décisions nécessaires pour affronter le dossier du changement climatique, tant pour atténuer sa menace que pour s’adapter aux changements inéluctables. A-t-elle été dénoncée avec des mots suffisants ? J’ai pu vérifier à quel point il était difficile, pour la plupart des spécialistes du climat, d’utiliser les mots durs mais vrais pour qualifier leurs discours. Même lorsque Claude Allègre est pris la main dans le sac d’une falsification grossière de données scientifiques publiées dans une revue à comité de lecture, il faut insister lourdement pour que les mots soient prononcés.

Pour la petite histoire, la dénonciation de la falsification par la première victime – le paléo-climatologue suédois Hakan Grudd, auteur de la courbe falsifiée – n’a pas été si facile que cela à obtenir (4). Il m’a fallu activer l’intervention en chaîne d’un professeur au Collège de France et d’une scientifique suédoise pour qu’ Hakan Grudd accepte de faire ce geste public.

Lorsque Vincent Courtillot publie, deux fois de suite, un calcul grossièrement erroné de la comparaison de l’effet climatique d’une variation d’activité solaire et d’une intensification de l’effet de serre (erreur qualifiée à juste titre de Terre noire et plate, car le calcul « oublie » la rotondité de la Terre et son albédo), aucun scientifique ne demande la rétraction des articles publiés dans EPSL (5), ce qui serait pourtant une issue normale dans un tel cas, d’autant plus que dans ces mêmes deux articles, l’auteur publie un graphique où les courbes multiplient les erreurs de référencement et de paramètres géophysiques représentés. Récemment, des articles de biologistes ont été rétractés pour avoir « poussé » un peu des illustrations afin d’en renforcer la démonstration. Le pêché n’était pas véniel, mais clairement moins grand que pour les articles dont Vincent Courtillot était signataire.

La pusillanimité de la communauté scientifique dans cette affaire est peu compréhensible et n’a pas aidé les journalistes qui le souhaitaient à faire correctement leur métier. C’est seulement après le succès de l’initiative d’une pétition (7) – lancée d’ailleurs plus par les quadragénaires de laboratoires des sciences du climat que par les chefs de file – que nombre de journalistes ont pu plaider avec succès auprès de leurs rédactions en chef la cause du respect de la vérité scientifique contre la volonté de « monter en épingle » un faux débat, démarche classique et commerciale pour une presse dirigée par des journalistes issus en général des services politiques.

La responsabilité des journalistes

Il serait toutefois peu efficace de limiter le « name and shame » aux scientifiques coupables de déformer la méthode et les résultats de la science auprès du grand public. L’effet de ces actes aurait été bien moindre sans le relais, et l’appui, de personnes en situation de pouvoir et de responsabilité dans les médias. Ainsi, il n’est pas possible de comprendre l’audience du discours climato-sceptique sans se remémorer le passage de Vincent Courtillot au Journal Télévisé (JT) de 20h de France-2, le 9 novembre 2009 (8). A la demande faite expressément par David Pujadas, présentateur mais aussi rédacteur en chef du JT, un montage oppose artificiellement Jean Jouzel et Vincent Courtillot. Il est présenté par David Pujadas comme un exemple de ce que «les scientifiques ne sont pas tous d’accord», alors que «la température est stable depuis dix ans sur Terre» insiste-t-il. Dans ses interventions, Vincent Courtillot multiplie les erreurs, affirmant ainsi que le rythme de la montée du niveau marin n’a pas varié depuis le début du 20ème siècle – or il a au moins doublé (9) d’après les spécialistes du LEGOS (Laboratoire d’Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales) à Toulouse – ou que la température planétaire suit le rythme des cycles de onze ans du Soleil, ce qui est tout simplement faux.

Dans cette affaire, la responsabilité personnelle de David Pujadas est écrasante, car il a fait réaliser cette double interview contre l’avis du journaliste spécialisé en sciences de la rédaction. Niant la compétence professionnelle de son collègue, il a confié cette interview à un autre journaliste et commandé un montage avec une orientation dont le résultat final témoigne. Or, rien ni personne n’a exigé de David Pujadas qu’il prenne cette décision ; elle lui revient entièrement et sa carrière n’eut pas été sensiblement différente s’il ne l’avait pas prise. S’explique-t-elle uniquement par l’incompétence du rédacteur en chef ? Par la volonté de dicter un résultat d’enquête avant qu’elle ait eu lieu (péché répandu) ? Ou par l’idée qu’en s’écartant d’une « doxa » – un discours consensuel – il ferait la preuve de son originalité ? Il est difficile de le savoir, mais aucune de ces explications possibles ne peut atténuer sa responsabilité personnelle.(…)

Décourager les menteurs

L’éclairage que je propose de ce sujet – la construction de l’ignorance – pourrait sembler anecdotique, faire trop de cas d’une approche « sartrienne », fondée sur la responsabilité individuelle, au détriment des ressorts collectifs des évolutions de la conscience commune. Je n’aurais garde d’en faire le moteur principal de ces évolutions. Le premier facteur demeure l’ignorance « simple » – la chose au monde la plus partagée –, et non pas le bon sens, comme le croyait Descartes, lequel bon sens est rarement efficace pour comprendre les phénomènes naturels et constitue la base sur laquelle s’édifie l’ignorance construite, expliquant sa force.

Parmi les moteurs à identifier, la responsabilité des dirigeants politiques est majeure. Pas seulement lorsque, comme Nicolas Sarkozy lors de sa tentative ratée de gagner la primaire de la droite pour l’élection de 2017, ce dernier s’est mis à virer climato-sceptique, à rebours de son discours en 2009, en espérant rallier des votes conservateurs. Plus profondément, les sociologues ont démontré comment le discrédit du personnel politique rejaillit sur toute parole « officielle », même lorsqu’elle provient d’un processus d’expertise aussi compétent et sincère que celui du GIEC. Lorsque des élus jettent le doute sur des expertises correctement conduites, comme celles de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire) et de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) sur les défauts de la cuve de l’EPR, le débat public devient impossible. Ceci est d’autant plus dommageable que tous les systèmes d’expertise publique ne sont pas parfaits, voire peuvent se révéler gravement défaillants, comme l’a montré l’exemple récent du Mediator, ou bien ne sont pas utilisés par les pouvoirs publics pour gérer les risques sanitaires, comme dans la crise de l’amiante. Pour corriger les processus d’expertise défaillants, il est nécessaire de soutenir et de s’inspirer de ceux qui fonctionnent correctement. C’est pourquoi il faut condamner fermement toute parole politique qui récuse une expertise correctement réalisée.

Toutefois, s’il semble impossible d’agir rapidement et avec succès sur le niveau d’éducation des populations, la diffusion des savoirs scientifiques ou sur le fonctionnement de nos systèmes politiques et les comportement des dirigeants  – bien qu’il y a là des combats décisifs, de longue durée, pour le progrès social et humain – l’action contre les fabricants d’ignorance ne doit pas être négligée.

Et l’efficacité de cette action suppose, à mon avis et d’expérience, de ne pas hésiter devant la douloureuse nécessité du « name and shame ». Pour que ce processus soit efficace, il doit bien entendu éviter l’argument  ad hominem. Ce ne sont pas les individus en tant que personnes humaines qui sont ainsi combattues, mais uniquement leurs discours et uniquement en ce qu’ils ne respectent pas les résultats et les méthodes de la science. Cette action doit se mener au nom des valeurs de la recherche scientifique, des valeurs du journalisme comme acteur de la démocratie, et de la démocratie tout court lorsque ce sont des responsables politiques qui sont en cause. Il faut s’y résoudre : décourager les menteurs ne peut s’obtenir que si le prix à payer pour le mensonge est assez élevé. La communauté scientifique doit dénoncer clairement le mensonge public lorsqu’il est le fait d’un de ses membres. La pétition des climatologues en est un bon exemple, l’attitude de la direction de l’Académie des sciences un très mauvais… Pour les journalistes, il s’agit de ne pas encourager la promotion de ceux qui donnent aide et support aux scientifiques coupables de déformer la science. Quant aux responsables politiques, seuls les électeurs peuvent les sanctionner efficacement…

  1. http://www.ademe.fr/representations-sociales-leffet-serre-rechauffement-climatique sous la direction de Daniel Boy, CEVIPOF
  2. http://www.ipcc.ch/report/ar5/wg1/
  3. http://www.inatheque.fr/medias/inatheque_fr/fonds_audiovisuels/utilisation_des_fonds/rapport_gis_climat_ifp2012.pdf
  4. http://sciences.blogs.liberation.fr/2010/03/23/claude-allegre-accuse-de-falsification-par-hakan-grudd/
  5. https://www.researchgate.net/publication/222817231_Are_there_connections_between_the_Earth’s_magnetic_field_and_climate pour celui de 2007.
  6. Voir le Comment d’Edouard Bard http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0012821X07006140
  7. http://sciences.blogs.liberation.fr/2010/04/01/climat-400-scientifiques-signent-contre-claude-allegre/
  8. http://sciences.blogs.liberation.fr/2009/11/16/climat-france2-derape/
  9. https://www.aviso.altimetry.fr/fr/donnees/produits/produits-indicateurs-oceaniques/niveau-moyen-des-mers.html

Créer un ‘Batera du logement et du foncier’ Txetx Etcheverry www.enbata.info/articles/creer-un-batera-du-logement-et-du-foncier

Vivre et se loger au Pays (III) –  Troisième volet d’une réflexion sur la stratégie militante à adopter face à la crise foncière et immobilière en Iparralde. La cause du logement et du foncier nécessitera la création d’une large coalition pouvant peser réellement sur le cours des choses.

Nous l’avons vu lors des 2 premières parties  de cette réflexion, le problème du logement et du foncier constitue sans doute LA question stratégique de la décennie à venir en Pays Basque nord.

Il y a urgence car soit nous arrivons à peser efficacement et très rapidement sur les évolutions en cours, soit leurs conséquences sociologiques rendront bien plus difficiles les possibilités même de construction d’une Euskal Herri burujabe, solidaire et soutenable.

A l’inverse, cette bataille là peut faire avancer dans la population d’Iparralde nos valeurs euskaldun, progressistes et écologistes et le projet global qui nous anime.

Les structures militantes qui réfléchissent ou travaillent déjà sur ce terrain, ou envisagent de le faire, sont nombreuses et diverses. Des propositions existent portées par un certain nombre de ces acteurs, ainsi que par différents élus et conseils municipaux, notamment dans le cadre de l’actuelle procédure visant à mettre en place le premier Plan Local de l’Habitat englobant tout Iparralde. La validation de ce PLH rythme le débat tout au long de cette année 2021. Par la suite, viendront la mise au point de documents tout aussi décisifs, avec les différents PLU et le SCOT.

Créer un vrai rapport de forces

Le manque qui reste d’après moi à combler est celui de la création d’un vrai rapport de forces populaire permettant de placer ces propositions au centre du débat et de l’agenda des décideurs, de pousser les élus locaux au maximum d’audace et d’ambition au moment de prendre des décisions et de voter sur ces questions-là, d’arracher les évolutions législatives nécessaires et d’effectuer un vrai contrepoids à la pression sans cesse grandissante de la main invisible du marché.

Si l’on veut vraiment qu’émerge une stratégie gagnante, efficace, qui impacte réellement le cours des choses, il faudra éviter que chaque structure militante parte seule dans son coin, sa direction, sur les thématiques qui lui sont spécifiques, et n’ait ainsi que la force de faire acte de présence, pour un résultat symbolique ou testimonial.

Il faudra encore plus éviter dans la mesure du possible que les diagnostics, propositions et stratégies de chacun se développent de manière contradictoires ou opposées au lieu de se compléter, de se renforcer mutuellement et du coup, d’arriver à peser réellement sur le cours des choses.

Je ne suis généralement pas très fan de la multiplication des plateformes unitaires et autres cartels d’organisations qui regroupent nombre de collectifs disparates pour des résultats qui me laissent souvent sceptique. Mais je pense que la cause du logement et du foncier non seulement permet mais également nécessitera la création d’une large coalition pouvant peser réellement sur le cours des choses.

Les portes d’entrée d’un Batera du logement

Je crois qu’on a là un terrain mûr, un enjeu décisif et une constellation de forces prêtes à se mobiliser, qui permettent d’envisager des configurations unitaires et gagnantes comme le furent en leur temps l’Appel des 100 pour un département Pays Basque ou la Coordination anti-LGV. Je pense ici également à la plateforme Batera, qui a su devenir une référence mobilisatrice pour une large partie de la population, au-delà même des 110 organisations, associations et collectifs qu’elle fédérait autour de 4 portes d’entrée, linguistique, agricole, universitaire et institutionnelle vers la reconnaissance officielle du Pays Basque nord. Nous l’avons vu, la crise du logement et du foncier revêt en Iparralde quatre dimensions majeures : démocratique et identitaire, sociale, écologique, agricole et alimentaire. Elles peuvent constituer les 4 portes d’entrées vers une coalition qui deviendrait le Batera du logement et du foncier, ouverte aux structures et aux individus. Cette coalition pourrait se constituer sur la base d’une première échéance de mobilisation massive et d’une plateforme partagée de revendications et de propositions concrètes, autour de quelques grandes priorités qu’il conviendrait de déterminer entre toutes et tous. Et nous n’aurons que l’embarras du choix : réduction massive des nouvelles constructions prévues, augmentation massive de la part de logement social, encadrement des loyers, zéro artificialisation nette et zéro nouvelle résidence secondaire, remise sur le marché locatif d’une part importante des logements vacants et résidences secondaires actuelles, politique volontariste de réhabilitation du logement ancien, densification urbaine, encadrement ferme des locations saisonnières….

Renforcer et sensibiliser

Cette plateforme viserait à mobiliser de larges secteurs de la population, bien au-delà des cercles militants, pour demander l’adoption par les différents décideurs des mesures et politiques nécessaires. Elle travaillerait à renforcer les différentes alternatives concrètes existant déjà (Lurzaindia, Etxalde, Maillâges etc.) et à en impulser de nouvelles. Elle mènerait un travail de sensibilisation pour promouvoir l’habitat collectif, les pratiques de re-cohabitation, la nature de bien commun du foncier etc. Elle n’empêcherait pas les structures qui en seraient membres de développer de leur côté des actions relatives à leurs valeurs, projets et visions spécifiques, ou à leur répertoire traditionnel d’intervention. Mais elle permettrait, en unissant la majorité d’entre elles, de partager la plus grande partie du diagnostic et des solutions proposées, et d’impulser des mobilisations de masse autour de certaines propositions jugées prioritaires, fédératrices et gagnables. Reste à savoir, si l’on considère une telle plateforme de mobilisation nécessaire et utile, qui prendrait l’initiative de l’impulser, suivant quel calendrier, et selon quelles modalités de lancement ? Certains mouvements, structures et acteurs militants ont acquis, par leur travail de proposition et par leurs actions déjà engagées, une légitimité et référentialité certaines sur ces questions. Ils sont sans doute les mieux placés aujourd’hui pour répondre à ces questions.

Herriguneak museo eta bizilekuak zementuzko kaiola diren turismo eredurik ez: gure bailara bizitzeko da Aroztak herri-ekimena www.argia.eus/albistea/herriguneak-museo-eta-bizilekuak-zementuzko-kaiola-diren-turismo-eredurik-ez-gure-bailara-bizitzeko-da

Akanpadak dagoeneko bosgarren eguna, esku bete lan izan dugu: Goizetik guardia zibilak inguruan bueltaka eduki baditugu ere, eguerditik aitzin iritsi da momentu kritikoena. Langileak eskoltatuak etorri dira eta presentzia poliziala areagotuz joan da. Presentzia poliziala geroz eta handiagoa da, baina bagoaz aitzin. Bertze behin herritarrak elkartu eta Aroztegiko proiektu urbanistikoa babesten duten horiei erran diegu ezetz: hau gure lurra dela, eta haiek zaintzen ez badute, guk egingo dugula.

Baina nola ez, komunikabideetan entzun ditugu makro proiektu honen alde daudenen erranak. Herritarrek bertan lana behar dutela aipatzen dute eta guk erantzuten diegu: herrian lana nahi dugu bai, baina baliabide naturalak suntsitzen dituen proiektu baten mende egon gabe. Lortu daiteke eta lortuko dugu. Lan egiteko erak daude, eta guk herriarentzat eta gure herria errespetatzen dutenentzat egin nahi dugu lan. Baina erraza da lana bezalako gaiekin ahoa betetzea. Baztango gabeziez hitz egin nahi duzue? Ados, orduan entzun guk, herritarrok, erraten duguna. Baztanen bizitzeko, lehenik eta behin, gure eskura dauden etxebizitzak behar ditugu. Baztanen ditugun etxeen artean %36 etxe hutsak edo bigarren etxebizitzak dira. Beraz, ez, ez dugu etxe gehiagoren beharrik. Alokairu duinak behar ditugu eta etxeak zahar berritzeko diru laguntzak. Non daude horiek? Baztango etxeen %22a hutsik daude, bertan egon zaretenek ikusiko zenuten bezala, bertako etxeak handiak dira eta zahar berritze prozesua ekonomikoki ordainezina da Nafarroako Gobernuaren diru laguntzarik gabe. Bigarren etxebizitzen zenbatekoa berriz, %14koa da eta hona hemen paradigma: baztandarrek hala ere, ez daukagu non alokatu, edo non bizi. Baztan mimoz eta izerdiz eraikitako bailara dugu, herritik eta herriarentzat eraikia. Horregatik dira ederrak gure xokoak, bereziak gure herriak. Baina ez dugu Europan gertatzen ari den turismo ereduaren konplize izan nahi. Eredu bat zeinetan herriguneak museo bihurtzen diren eta bizilekuak berriz zementuzko kaiolak. Gure bailara bizitzeko da. Natura zaintzen ez badugu, gure ekosistemari halako erasoak egiten uzten badiegu eta gure herria bortizki eraldatzen badute, mutu utzi duten herri baten erretratua bertzerik ez gara izango. Baztandarrek ez dugu etsiko. Egunetik egunera hurbiltzen ari zareten guztiek bezala, badakigulako hitza herritarrena izan behar dela, kapitalarena beharrean. Ulertzen ez duzuen bitartean, borrokan segituko dugu. Zuena da poliziaren babesa, zenbait aberatsena ere, baina arrazoia eta herriaren elkartasuna gurea da! Beraz segi adi, proiektua gelditu arte, inork ez baikaitu geldituko.