Articles du Vendredi : Sélection du 2 juillet 2021


Le Conseil d’État donne neuf mois au gouvernement pour respecter ses engagements climatiques Justine Guitton-Boussion https://reporterre.net/Le-Conseil-d-Etat-donne-neuf-mois-au-gouvernement-pour-respecter-ses-engagements

La plus haute juridiction administrative française a estimé le 1er juillet que les politiques climatiques menées jusqu’ici n’étaient pas compatibles avec un objectif de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Le gouvernement a jusqu’au 31 mars 2022 pour prendre des mesures supplémentaires, sous peine de se voir condamner à une lourde astreinte.

« Le compte n’y est pas. » Le Conseil d’État a estimé ce jeudi 1er juillet que les mesures climatiques prises jusqu’ici par le gouvernement n’étaient pas suffisantes pour respecter l’objectif national de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 [1]. La plus haute juridiction administrative française enjoint donc au Premier ministre de prendre « toutes mesures utiles pour atteindre l’objectif issu de l’Accord de Paris ». Avec une échéance : le 31 mars 2022.

Ce dossier s’est ouvert en novembre 2018, lorsque Damien Carême, à l’époque maire de Grande-Synthe (Nord), commune particulièrement exposée aux effets du changement climatique, avait adressé un recours gracieux au gouvernement pour lui demander de respecter ses engagements. « Le rapport du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] disait que le Nord connaîtrait les premiers épisodes de submersion marine et d’inondations continentales dès 2100, a rappelé l’édile lors d’une conférence de presse, le 1er juillet. Les réactualisations montrent aujourd’hui que cela pourrait arriver dès 2030. » Face à l’absence de réponse gouvernementale, Damien Carême avait saisi le Conseil d’État en janvier 2019, rejoint par quatre ONG de la campagne judiciaire l’Affaire du siècle [2] et avec le soutien des villes de Paris et Grenoble.

Lors d’une première audience en novembre 2020, le Conseil d’État avait relevé que la France dépassait régulièrement les plafonds d’émissions de GES qu’elle s’était fixés. Il lui avait donné trois mois pour fournir les preuves que les politiques conduites jusqu’ici étaient compatibles avec les objectifs fixés pour 2030. Mais les éléments apportés n’ont pas été convaincants.

Les émissions de GES ne diminuent pas assez vite

D’abord, les émissions de GES n’ont pas suffisamment diminué. « Le Conseil d’État observe que le niveau d’émissions mesuré en 2019 respecte l’objectif annuel fixé pour la période 2019-2023. Toutefois, la baisse des émissions observée, de 0,9 %, apparaît limitée par rapport aux objectifs de réduction visés pour la précédente période (2015-2018), qui étaient de 1,9 % par an et par rapport aux objectifs fixés pour la période suivante (2024-2028), qui sont de 3 % par an », a indiqué la juridiction dans un communiqué de presse. Même si les données provisoires de 2020 montrent aussi une baisse des émissions, celle-ci s’inscrit dans un contexte particulier de crise sanitaire et n’est pas représentative.

En outre, en avril 2020, le gouvernement a pris un décret reportant à après 2023 l’essentiel de l’effort de réduction des émissions devant être réalisé (12 % pour la période 2024-2028, contre seulement 6 % entre 2019 et 2023). « C’est une trajectoire extrêmement exigeante par rapport aux performances qui ont été les nôtres dans les années précédentes », a déclaré le Conseil d’État lors d’une conférence de presse le 1er juillet. Et de citer les avis de différentes instances (Haut Conseil pour le climat ; Conseil économique, social et environnemental ; Conseil général de l’environnement et du développement durable) jugeant que cette réduction de 12 % ne pourrait pas être atteinte sans l’adoption rapide de nouvelles mesures.

« Nous avons estimé qu’il ressortait de l’instruction supplémentaire que les mesures actuelles n’étaient pas suffisantes pour atteindre les objectifs de réduction de 40 % des émissions de GES d’ici à 2030 et pour être compatibles avec la trajectoire définie par le décret », a conclu le Conseil d’État devant la presse. La haute juridiction donne donc neuf mois au gouvernement pour conduire les politiques nécessaires à l’atteinte de ses objectifs.

Surtout que des discussions sont actuellement en cours à l’échelle européenne pour relever l’objectif de réduction nette de baisse des émissions à 55 % d’ici à 2030. « Déjà qu’on ne respecte pas la trajectoire de diminution de 40 %, on voit bien la difficulté qu’aura ce gouvernement à atteindre cet objectif européen, a commenté aux médias l’eurodéputé Damien Carême. Et pourtant, nous n’avons pas le choix. »

Une échéance à moins d’un mois de la présidentielle

« Ce n’est pas à nous de dire à l’État quelles mesures il doit prendre, c’est le rôle du politique », a précisé le Conseil d’État. Un rehaussement des ambitions de la loi Climat et résilience pourrait être envisagé par le gouvernement et les parlementaires, mais ne suffirait pas à lui seul à atteindre les objectifs nationaux. Le 31 mars 2022 (moins d’un mois avant l’élection présidentielle), la plus haute juridiction administrative française devra décider si les mesures prises d’ici là sont suffisantes. Dans le cas contraire, elle pourrait prononcer une astreinte contre l’État — comme cela a été le cas en juillet 2020 dans le recours sur la pollution de l’air, déposé par l’ONG les Amis de la Terre. « L’étau se resserre autour du gouvernement », a réagi Celia Gautier, porte-parole de l’Affaire du siècle lors d’une conférence de presse.

En avril 2021, la Cour constitutionnelle allemande avait elle aussi estimé que les mesures nationales étaient « insuffisantes » pour baisser les émissions de GES. La chancelière Angela Merkel avait réagi en annonçant son intention de rehausser ses objectifs de réduction des émissions (65 % d’ici 2030, contre 55 % auparavant). « J’attends du gouvernement français et du président de la République qu’ils fassent la même chose, a commenté Me Corinne Lepage, l’avocate de la commune de Grande-Synthe et de Damien Carême. Aujourd’hui est une journée historique. Cette décision est extrêmement importante, ce n’est pas du droit virtuel ou une victoire symbolique : c’est extrêmement concret. »

Notes

[1] Par rapport au niveau de 1990.

[2] Oxfam France, Greenpeace France, Notre affaire à tous, Fondation Nicolas Hulot

L’humanité à l’aube de retombées climatiques cataclysmiques AFP https://actu.orange.fr/monde/l-humanite-a-l-aube-de-retombees-climatiques-cataclysmiques

Pénurie d’eau, exode, malnutrition, extinction d’espèces… La vie sur Terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le dérèglement climatique quand les enfants nés en 2021 auront 30 ans, voire plus tôt, alerte un projet de rapport des experts climat de l’ONU obtenu par l’AFP.

Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l’humanité qui en dépend vont s’accélérer, assure le Giec, et devenir douloureusement palpables bien avant 2050.

“La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes”, note le résumé technique de 137 pages. “L’humanité ne le peut pas”.

Le projet de rapport rédigé par des centaines de scientifiques rattachés au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui fait autorité en la matière, oscille entre un ton apocalyptique et l’espoir offert aux hommes de changer leur destin par des mesures immédiates et drastiques.

Le rapport d’évaluation complet de 4.000 pages, bien plus alarmiste que le précédent de 2014, a pour vocation d’éclairer les décisions politiques. 

Même si ses principales conclusions ne changeront pas, il ne sera officiellement publié qu’en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 Etats membres. 

Trop tard pour les cruciales réunions internationales sur le climat et la biodiversité prévues fin 2021, notent certains scientifiques.

En réaction à cette publication, le Giec s’est refusé dans un communiqué à “commenter le contenu de projets de rapports tant que les travaux sont en cours”.

La jeune égérie suédoise du mouvement climat Greta Thunberg a de son côté estimé que cette publication permettait au monde de voir “la réalité en face”. “La pire chose c’est quand on ne veut pas affronter la réalité et qu’on atténue les choses, en disant: +ça va aller, ne vous inquiétez pas+” (…) ou +on fait tout ce qu’on peut+ alors que ce n’est pas vrai”, a-t-elle jugé.

Parmi les conclusions les plus importantes du projet figure un abaissement du seuil au-delà duquel le réchauffement peut être considéré comme acceptable.

En signant l’accord de Paris en 2015, le monde s’est engagé à limiter le réchauffement à +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, si possible +1,5°C.

Désormais, le Giec estime que dépasser +1,5°C pourrait déjà entraîner “progressivement, des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles”.

Et selon l’Organisation météorologique mondiale, la probabilité que ce seuil de +1,5°C sur une année soit dépassé dès 2025 est déjà de 40%.

– “Nos enfants et petits-enfants” –

“Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre”, martèle le Giec, alors que la prise de conscience sur la crise climatique n’a jamais été aussi étendue.

Le climat a déjà changé. Alors que la hausse des températures moyennes depuis le milieu du XIXe siècle atteint 1,1°C, les effets sont déjà graves et seront de plus en plus violents, même si les émissions de CO2 sont freinées. 

Et les êtres vivants — humains ou non — les moins à blâmer pour ces émissions sont, ironiquement, ceux qui en souffriront le plus.

Pour certains animaux et variétés de plantes, il est peut être même déjà trop tard: “Même à +1,5°C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter”, souligne le rapport, citant les récifs coralliens dont un demi-milliard de personnes dépendent.

Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l’Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne. Sur place, des modes de vie ancestraux, de peuples vivant en lien étroit avec la glace pourraient aussi disparaître.

– Pas prêts –

Agriculture, élevage, pêche, aquaculture…. “Dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines s’accroissent”, observe aussi le rapport, pointant les aléas climatiques comme “principal moteur”.

Or l’humanité n’est à ce stade pas armée pour faire face à la dégradation certaine de la situation. “Les niveaux actuels d’adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques”, prévient le Giec.

Même en limitant la hausse à 2°C, jusqu’à 80 millions de personnes supplémentaires auront faim d’ici à 2050 et 130 millions pourraient tomber dans la pauvreté extrême d’ici dix ans.

En 2050, des centaines de millions d’habitants de villes côtières seront menacés par des vagues-submersion plus fréquentes, provoquées par hausse du niveau de la mer, qui entrainera à son tour des migrations importantes. 

A +1,5°C, dans les villes, 350 millions d’habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d’eau, 400 millions à + 2°C. Et avec ce demi degré supplémentaire, 420 millions de personnes de plus seront menacées par des canicules extrêmes.

“Les coûts d’adaptation pour l’Afrique devraient augmenter de dizaines de milliards de dollars par an au delà de +2°C”, prédit le rapport. Encore faut-il trouver cet argent.

Le texte souligne d’autre part le danger des effets en cascade. Certaines régions (est du Brésil, Asie du Sud-Est, Chine centrale) et presque toutes les zones côtières pourraient être frappées par trois ou quatre catastrophes météo simultanées, voire plus: canicule, sécheresse, cyclone, incendies, inondation, maladies transportées par les moustiques…

Et il faut de surcroît prendre en compte les effets amplificateurs d’autres activités humaines néfastes pour la planète, note le rapport: destruction des habitats, surexploitation des ressources, pollution, propagation des maladies…

“Le monde fait face à des défis entremêlés complexes”, commente ainsi Nicholas Stern, spécialiste de l’économie du climat, pas impliqué dans ce rapport. “A moins de les affronter en même temps, nous n’allons en relever aucun”, estime-t-il.

– Des choix radicaux  –

Sans oublier les incertitudes autour des “points de bascule”, éléments clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement violent et irrémédiable.

Au-delà de +2°C, la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique de l’Ouest (qui contiennent assez d’eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 mètres) pourraient par exemple entraîner un point de non retour, selon de récents travaux.

C’est pour cela que “chaque fraction d’un degré compte”, insiste le Giec, alors qu’un autre point de rupture pourrait voir l’Amazonie –un des poumons de la planète avec les océans– transformée en savane.

Face à ces problèmes systémiques, aucun remède miracle unique. En revanche, une seule action peut avoir des effets positifs en cascade.

Par exemple, la conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de kelp, qualifiées de puits de “carbone bleu”, accroissent le stockage du carbone, mais protègent aussi contre les submersions, tout en fournissant un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières.

En dépit de ses conclusions alarmantes, le rapport offre ainsi une note d’espoir. L’humanité peut encore orienter sa destinée vers un avenir meilleur en prenant aujourd’hui des mesures fortes pour freiner l’emballement de la deuxième moitié du siècle.

“Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux: individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement”, plaide le rapport.

“Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation”.

Des procès pour faire avancer le droit Pauline Boyer, activiste climat Alternatiba www.liberation.fr/environnement/des-proces-pour-faire-avancer-le-droit-20210624_UNTPLOGFIVCVZAEEMHILG7WB5U/

«Imaginons que la planète soit un bateau. Nous, les scientifiques, nous trouvons depuis quarante ans en haut du mât, sur la vigie. Et les jeunes, comme ceux jugés aujourd’hui dans ce tribunal, nous ont rejoints». Un sanglot étouffe la voix de Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue et ancien vice-président du GIEC. La salle du tribunal de la cour d’appel de Paris retient son souffle. Il termine, tirant sur sa cravate aux dégradés de températures virant du bleu au rouge : «Et ces jeunes, je leur dis merci».

Des procès politiques

Le jeudi 22 octobre 2020, les décrocheurs et décrocheuses de portraits d’Emmanuel Macron n’étaient pas seuls sur le banc des accusés. Le président de la République et son gouvernement y étaient également assis. Les activistes et les témoins – scientifiques, personnalités politiques et associatives, membre de la Convention citoyenne pour le climat – se sont relayés à la barre pour expliquer l’urgence climatique, ses impacts immédiats et à venir pour le vivant, décortiquer les rapports des institutions pointant les manquements de l’État à respecter ses engagements dans l’accord de Paris et sa faillite à protéger sa population des impacts du dérèglement climatique. Si les activistes se retrouvent jugés individuellement, ils sont soutenus par une large mobilisation, suscitée par la disproportion entre le motif d’inculpation et les revendications des activistes. Être accusé de «vol en réunion» passible de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende pour avoir décroché un portrait qui en vaut 8,5, a de quoi interpeller. L’action en elle-même a clivé. Des réactions de ministres indignés, à une maire d’un arrondissement de Lyon proposant de donner son portrait présidentiel à un collègue «spoilé» du sien par les activistes d’ANV-COP21, ou une équipe municipale décidant à la fin d’un conseil d’en décrocher un elle-même. Désobéir à des lois pour en dénoncer d’autres, ou pour qu’elles soient changées et adaptées à l’intérêt collectif, c’est la raison pour laquelle des milliers de citoyens mènent des actions non-violentes illégales, et prennent le risque de s’exposer à des poursuites judiciaires pouvant mener à des peines d’amendes, voire de prison. C’est là, la force de la désobéissance civile : en poursuivant les activistes, le pouvoir conduit le tribunal à juger les faits commis dans leur contexte, et donc, d’une certaine façon, à évaluer ce contexte. Celui-ci ayant été créé par le pouvoir, c’est donc ce dernier qui se trouve au centre des débats, bien plus que les activistes eux-mêmes.

Rôle de la justice

Au-delà de la tribune, les procès politiques d’activistes sont des opportunités pour pousser la justice à jouer un rôle dans l’évolution de la société. Les activistes se retrouvent face aux juges qui eux-mêmes font face à des citoyens poursuivant un intérêt supérieur à celui de leur propre personne. Le pouvoir judiciaire doit trancher entre le respect des lois en vigueur, lequel imposerait une condamnation des activistes, d’un côté, et la reconnaissance juridique des actions illégales menées par les activistes, sur la base de principes tels que l’état de nécessité ou la liberté d’expression, de l’autre. De fait, les décisions de justice se suivent et ne se ressemblent pas. Six relaxes pour «liberté d’expression» ou «état de nécessité» ont été prononcées sur les 31 procès des décrocheurs de portraits. Dernière décision notable, le 1er juin dernier, 21 militants ayant peinturluré des bidons de Roundup ont été relaxés par le tribunal de Foix, estimant que leur action «répond à l’exigence de proportionnalité exigée par la notion d’état de nécessité».

Désobéissance civile légitime

De plus en plus de tribunaux placent la légitimité d’une action au-dessus de son illégalité. Quand une action de désobéissance civile devient légitime aux yeux de la justice, c’est le curseur de la normalité qui se déplace et ouvre la voie d’un nouvel imaginaire. Les activistes deviennent des citoyens exerçant leur rôle éclairé dans la cité, gardiens de la démocratie face à l’inaction de dirigeants politiques et économiques dans la résolution des crises climatiques et sociales actuelles ou à leur complicité dans leur aggravation de la situation générale.

Bouleverser les consciences, c’est aussi le but de citoyens, souvent accompagnés d’associations expertes, qui passent par la voie légale de l’action juridique pour intenter des procès à des États ou des multinationales, nommant des responsables des injustices climatiques et sociales. Les recours contre l’Etat de l’Affaire du siècle, et de Grande-Synthe ont placé la question des obligations de l’Etat en matière de lutte contre le changement climatique au cœur des débats des tribunaux. Les décisions historiques qui ont été rendues pourraient encore aller bien plus loin dans les mois prochains. Pour la première fois, en France, la justice a reconnu, entre autres, l’illégalité de l’inaction climatique de l’Etat, en jugeant que le non-respect par la France de ses budgets carbone sur la période 2015-2018 constituait une carence fautive. Le Conseil d’Etat dans l’affaire de Grande-Synthe a sommé l’État français de démontrer à la fois la crédibilité de la trajectoire annoncée et si les moyens qu’il a mis en place sont à la hauteur de ses engagements.

Rappelons enfin que désobéir civilement ne veut pas dire refuser la loi. Ainsi, le procureur, après avoir écouté les motifs des prévenus en cour d’appel, leur avait posé la question : «Mais que demandez-vous concrètement au président de la République ?» Une décrocheuse de portrait s’était avancée à la barre : «Qu’il respecte ses propres lois».

L’avenir s’écrira aussi dans les tribunaux.

“Arbonako okupaziora etorri behar du jendeak, borrokan segitzeko kuraia emaiten digu horrek Jenofa Berhokoirigoin www.argia.eus/albistea/arbonako-okupaziora-etorri-behar-du-jendeak-borrokan-segitzeko-kuraia-emaiten-dauku-horrek

Arbonako lur batzuen okupatzen hasi ziren ELB sindikatuko eta Lurzaindia elkarteko kideak ekainaren 23an. Espekulazioa dela eta, hamabost hektarea lur eta horiei loturiko etxea salgai dira 3,2 milioi eurotan. Atzo gauean egindako biltzarrean, okupazioarekin segitzeko hautua egin dute. ELBko laborari eta Lurzaindiako kide den Dominique Amestoyi egin dio ARGIAk elkarrizketa.

Zortzi egun okupatzen ari zaretela. Zertan zarete?

Barda bildu gara ELBko Lur taldea eta Lurzaindia, 25 bat ginen. Zortzi egun pasa ditugu bertan, inportantea da horrela aste bat okupatzen pasa izana eta bilana egin dugu. Balorapen arras baikorra dugu. Batetik, jendea ibili da, ez alimaleko jendeketa, baina beti ter-ter-ter jendea jin da. Bestetik, hautetsiei buruz ere entseatu gara lan bat eramaten, laguntza biltzeko eta hor ere erantzun ona ukan dugu. Adibidez 36 oren barne Ipar Euskal Herriko auzapezen erdiak gure ekintza sostengatu du. Horrek ere pozten gaitu, pentsatzen dut saltzaileari eta erosleari buruz nonbait presioa egiten duela.

Oroitarazten ahal dizkiguzu dituzuen aldarrikapenak?

Bata da hamabi hektarea laborantzarako salbatzea eta erostunari uztea etxea eta hiru hektarea. SAFERak [laborantza lurren kudeaketaren ardura duen egiturak] hamabi hektarea horiek laborantzako prezioan erostea nahi dugu. Eta beste aldarrikapena euskal hirigune elkargoari begira dugu, laborantza lurren antolaketari buruz lan bat abiatzea nahi dugu. Horri dagokionez, ez da deus egiten, eta aspertzen hasiak ginen. Jean-René Etxegarai [elkargoko presidentea] eta Isabelle Pargade [elkargoan laborantzaren ardura duen hautetsia] jin zaizkigu haien ikusmoldea ematera, eta haien sostengua ekartzera. Buruilean hasiko dute lurrei buruzko lan hori. Hori horrela, bi aldarrikapenetatik bat badugu. Geroari buruz inportantea da, lurraz arduratzen diren egitura guztiak bilduko dira –Lurzaindia, EPFL, Laborantza Ganbera, laborantza sindikatuak, …–. Baikorra da, baina erran diegu hala ere ez dugula meza handirik nahi eta gero deus ez; biziki fite doaz gauzak, anitz lur galtzen ditu laborantzak. Lurrak hor dira, baina pausagailu toki bilakatzen dira guhaur ohartu gabe. Hori aztertu behar dugu eta mugak ezarri behar dituztela ohartarazi diegu hautetsiei. Gure proposamenak Frantziako Legebiltzarrera helarazteko eskaera ere bideratu diegu, lehentasunez lurrak erosteko SAFERak duen ahala hobetzeko. SAFERaren boterea ahultzen ari da, geroz eta lur gutiago salbatzen ditu eta hori ere ez da on, berez SAFERaren presentzia inportantea delako.

Arbonako kasu konkretuari buruz, bitartekaritza lanetan aritzeko proposamena luzatu dizue Etxegaraik.

Eroslearekin eta saltzailearekin harremanetan sartzea proposatu digu, gure aldarria helarazten entseatuko zela erranez. Lan horren egiteko baimena eman diogu. Uzten diogu hala ere librantza pixka bat, bere moldean egiteko eta zerbait aitzinatzen delarik guri helaraztea galdetuz. Jakin behar da hala ere beha garela, eta ez garela sobera beha egoten ahal: ez dugu dosiera usteltzen utzi behar, hortik ez bada zerbait erdiesten beste manera batzuk atzeman beharko ditugu.

Okupazioarekin segitzea erabaki duzue.

Okupazioarekin segitzea erabaki dugu, arrapostuen beha egotea, hurbiletik segitzea dosierra eta erne egotea.

Kontaktu anitz baditugu diputatuekin ere. Legebiltzarrean lurrari buruzko legea presentatu duen Jean-Bernard Sempastous Goi-Pirinioetako diputatua ere jitekoa zaigu bihar [uztailaren 2a] kasu horretaz eta orokorkiago arazoaz mintzatzeko. Hori ere inportantea da. Hau heldu denez, lekuko beste parlamentari batzuk ere jinen dira harekin. Hautetsiek badute teknika hau, haien burua erakusteko baliatzen dituzte momentuak… Hor aski urrun joan gara, presioa atxiki behar dugu, ez daitezen komunikazioan bakarrik geldi, lan serios bat abiatu behar dute bai ala bai.

Legebiltzarreko hauteskundeen kari gure arrangurak eman genizkien eta ez dute deus egin. Gauzak gaizkitu dira Euskal Herrian eta gaizkituz doaz. Behar dute absolutuki zerbait egin.

Ongi ulertzen badut, Arbonako salmenta ezeztatzeko presioa izateaz gain, laborantza lurrak babesteko erabaki politikoak lortzeko bidea ere duzue okupazioa.

Hori da. Errealitate itsusi baten erakusleihoa da Arbonakoa. Gisa horretako lur galtze anitz badira, beti badira prezio handitan bideratu saltzeak. Bi hektarea hor, zazpi hektarea han, hamar hektarea hemen, Senperen, Urruñan, Donibane Lohizunen… etxe batekin salgai diren laborantza lurrak badira egunero, eta ezin dugu deus egin legea ez delako egokitua. Arbonako kasuan adibidez, laborantza lurren prezioan lehentasunez erosteko eskaera pausatua du SAFERak, baina maleruski legeak hori ahalbidetzen baldin badu ere, gertakizunetan erosleak eta saltzaileak dute azken hitza: “erosi baina erosi guztia” da irekitzen den bidea. Baina hori ezin da, batetik sos anitz baita, eta gainera, espekulazioaren alde egitea litzatekeelako. Bizitegiaren arazoa ere hor dugu Euskal Herrian, eta lurrak salbatzeko etxebizitzarekin kario erosteko logikan sartzea ere ez da ona.

ELBk parean du FDSEA sindikatua, aurkako laborantza ereduaren sustatzailea. Zer dio FDSEAk Arbonakoari buruz?

FDSEAk ez du deus egiten. Ez zuelako bazterrean egon nahi, egin du alegia zerbait, erosteko lehentasun partziala galdetuz. Hor ageri da ez duela dosiera batere ezagutzen, sindikatu batek ezin duelako erosteko lehentasun partziala erabili! Horrelakoetan ELBk Lurzaindiari galdetzen dio, Lurzaindiak esku hartzen du, beso indartsua gara ELBrentzat, horrelakoetan ELBk sindikatu gisa ezin duelako bide hau erabili. Beraz, astinaldi ttipi bat egin du FDSEAk, baina ez du ondoriorik ekarriko; menturaz gaia ezagutzen ez duenak sinetsiko du, baina bestela, denok badakigu ez duela eraginik. SAFERak ere badaki, ez dio deus erranen lagunak direlako, baina honek ere badaki haizea dela, berehala itzaltzen den gar bat dela.

Beraz, bide bakarra da presioaren bidez erospena ezeztatzea.

Hori negoziatzen da bai. Okupazioaren bidez presioa egin nahi dugu, eta Etxegarai ere errazkiago ariko da presioa baldin badu gibelean. Hautetsien sostengua, sindikatuen eta herritarren presioa… erostuna lotsarazteko manera badugu. Jendea heldu da okupaziora, sostengua badugu, gurutzamen leku bilakatzen ari da, herri ttipi bat montatzen ari da eta hori ere baikorra da. Erostunak eta saltzaileak segitzen dukete mugimendua, ez ditezke urrun. Polizia ere pasatzen da, honen gibelean suprefetura eta prefektura baditezke… Begistatuak gara.

Diozu eroslea eta saltzailea ez direla urrun. Haatik beste planeta batean bizi diren dirudunak dira…

Biziki aberats dira, nahi dutena egitera usatuak, sosarekin kasik dena erosten ahal baita. Hor behar dute gure aitzinean belaunikatu… eta ez da erraza horientzat. Joan den primaderan, Donibane Lohizunen 30 hektarea saldu zituen hamabi milio eurotan! Beste mundu bat da, eta bistan da ez dute maite jende xehea oldartzen zaienean.

Azken hitza: okupaziora jendea deitzen duzuela.

Bai, Arbonako okupaziora etorri behar du jendeak, itzuli bat eginez sostengua adieraztera. Arbonara jin, hurrupa bat egitera, afaltzera… hori guretzat pozgarri da, kuraia ematen digu borrokan segitzeko. Biziki inportantea da sostengu hori erakustea.