Articles du Vendredi : Sélection du 18 octobre 2019


Financements pour le climat : ça traîne Aurélie Delmas et Julien Guillot www.liberation.fr/france/2019/10/17/financements-pour-le-climat-ca-traine_1757899

Bâtiment, énergies renouvelables ou transports durables, les investissements considérés comme «bas carbone» augmentent doucement… pendant que les financements défavorables au climat, nettement supérieurs, sont aussi à la hausse.

Quels moyens sont réellement mis en place en France pour réduire l’impact des activités humaines sur le climat ? L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) a publié tout début octobre la nouvelle édition du «Panorama des financements climat». Cette étude, réalisée par l’association avec le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et du ministère de la Transition écologique et solidaire, recense et analyse les investissements dits «bas carbone» réalisés en France par les ménages, les entreprises et les administrations publiques.

Du nucléaire, pas d’agroécologie et un manque de données

Logement, transports, énergie… «La transition énergétique concentre désormais un douzième des investissements du pays», annonce l’étude qui prend en compte cinq domaines relevant selon ses critères des «investissements climat» : le nucléaire, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les infrastructures durables et une catégorie dite «non-énergétique». L’étude précise également que l’agroécologie – ces pratiques agricoles qui visent à mieux prendre en compte la biodiversité et l’impact sur l’environnement – n’est pas couverte dans son champ d’observation. «Dans les secteurs des bâtiments tertiaires, de l’agriculture et de l’industrie, le manque de données limite la connaissance des investissements réalisés et ne permet pas de présenter un état complet des besoins d’investissements et des investissements défavorables au climat», précise le texte.

Premier enseignement une fois ce cadrage connu : en 2018, 45,7 milliards d’euros ont été investis en France dans les secteurs pré-cités. C’est 2 milliards de plus que l’année précédente «dans un contexte de taux d’intérêt exceptionnellement bas et d’une hausse du prix des énergies fossiles et du carbone», précise Hadrien Hainaut, chef de projet chez I4CE dans un communiqué de presse. Dans le détail, c’est le secteur de l’efficacité énergétique qui concentre le plus d’investissements (19,5 milliards), devant les infrastructures durables de transports et de réseaux, le déploiement des énergies renouvelables (7,5 milliards), et la prolongation du parc nucléaire.

Les effets indirects des énergies «bas carbone», dont le nucléaire, comme l’impact environnemental des constructions, l’intermittence qui rend nécessaire l’utilisation d’énergies fossiles, la gestion des déchets, le stockage de l’énergie… ne sont pas évoquées.

Des investissements publics trop faibles

Sur la somme totale investie, 22 milliards d’euros proviennent des caisses publiques. Il s’agit, pour l’essentiel, des interventions de l’Etat et des collectivités «dans leur propre parc» : 15 milliards sont ainsi consacrés aux réseaux ferroviaires et de transports en commun (SNCF, Grand Paris…), à la construction plus énergiquement performante et la réhabilitation du parc HLM, etc. Les pouvoirs publics cofinancent également des projets à hauteur de 5,7 milliards, par l’intermédiaire de subventions (à la baisse) ou de prêts via les banques publiques (à la hausse).

Le reste des financements provient des ménages (17 milliards) qui ont construit et rénové leurs logements en tenant compte des impératifs énergétiques et acheté des véhicules électriques, hybrides et GNV. Les entreprises ont, elles, réalisé 13,6 milliards d’euros d’investissements climat en 2018, selon les mêmes critères.

Problème, pendant que les financements climat augmentent, les investissements défavorables au climat sont eux aussi en hausse depuis 2015 et sont très supérieurs aux premiers : de 42 milliards d’euros, on est passé à 67 milliards en 2018, dont 43 milliards pour les voitures particulières (vente de véhicules essence et de SUV).

Toujours selon l’étude de l’I4CE, les principaux acteurs de ces investissements défavorables au climat sont les entreprises (56%). Quant aux investissements publics «défavorables», ils s’élèvent à 16 milliards d’euros et «se concentrent dans les aéroports et les véhicules de transport en commun diesel». L’étude précise aussi que «certaines dispositions fiscales contribuent à l’attrait [des énergies fossiles] auprès des ménages et des entreprises».

L’institut explique en effet avoir identifié 16 milliards d’euros de niches fiscales sur la taxation des énergies fossiles, qui bénéficient à l’aérien, aux poids lourds, au BTP ou encore aux agriculteurs.

Enfin, le «Panorama» précise une nouvelle fois que les financements restent insuffisants et devront augmenter fortement pour atteindre les objectifs fixés par la France. «D’ici la fin du quinquennat, il faudra investir entre 15 et 18 milliards d’euros supplémentaires chaque année pour engager le pays sur la trajectoire de la neutralité carbone», explique Maxime Ledez, chargé de recherche chez I4CE.

Mastodon, Diaspora, PeerTube… : des alternatives « libres » face aux géants du Net et à leur monde orwellien Alexis Moreau, Rachel Knaebel www.bastamag.net/Mastodon-Diaspora-PeerTube-Qwant-framasoft-logiciels-libres-open-street-map-alternatives-aux-Gafam

En vingt ans, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont investi notre quotidien, colonisé nos imaginaires, mis la main sur nos données personnelles. Peut-on leur échapper ? Pour chacun de ces services, les alternatives aux « Gafam » existent déjà, et rassemblent, pour certaines d’entre elles, plusieurs millions d’utilisateurs. Basta ! vous les présente.

Les chiffres sont à manier avec précaution, mais on estime que Google capterait à lui seul plus de 90 % des requêtes sur les moteurs de recherche en Europe. Il devient de plus en plus difficile d’ignorer que la multinationale amasse ainsi une quantité phénoménale de données personnelles : lorsque vous effectuez une recherche ou que vous vous rendez sur un site Internet, Google en conserve une trace qui permet, entre autres, de vous proposer de la publicité ciblée, c’est-à-dire ajustée à votre profil. Google recueille aussi des données via son navigateur web Chrome, son service Gmail, via Youtube, qui lui appartient, Google maps, et aussi tous les smartphones munis du système exploitation Android…

Si vous n’utilisez pas de smartphone Android, vous possédez sûrement un IPhone, d’Apple. Apple est le roi de l’obsolescence programmée et des appareils fermés : ses machines sont faites pour ne pas durer longtemps. Il est difficile, par exemple, d’en remplacer les batteries. Et quel que soit votre smartphone, vous faites probablement partie des deux milliards d’utilisateurs de Facebook, ou de ses filiales WhatsApp et Instagram. Facebook, c’est un peu le surveillant-chef. Comme expliqué dans sa politique d’utilisation des données, le « réseau social » récolte et analyse une série d’informations fournies par ses utilisateurs, volontairement ou pas : contenus publics diffusés ; messages privés envoyés sur Messenger ; personnes, pages et groupes que l’on suit ou « aime » ; articles, photos et vidéos que l’on consulte, commente ou « like » ; informations sur l’appareil depuis lequel on accède au service, géolocalisation… Tout cela pour, au final, vendre de la publicité ciblée.

« Je suis toujours étonnée de voir des militants discuter d’actions de désobéissance civile sur des groupes Facebook »

Facebook n’hésite pas non plus à parfois manipuler ses utilisateurs pour des expériences psychologiques, comme cela s’est fait en 2014 avec des centaines de milliers d’utilisateurs anglophones. Facebook les a exposés à différents types de messages pour scruter leur variation d’humeur et d’état émotionnel, via les « posts » de ces utilisateurs [1]. Dernier scandale d’espionnage en date : les révélations successives au sujet des assistants vocaux de Google, Apple et Amazon, qui tous, ont enregistré les conversations d’utilisateurs sans que ceux-ci ne le sachent.

Les Gafam et leurs outils numériques semblent partout. Leur surveillance de nos comportements, voir leur espionnage, est-il une fatalité pour toute personne un minimum connectée ? Peut-on y échapper ? Pour chaque service technologique qu’ils nous délivrent, en échange de la collecte consentie ou non de nos données, il existe des alternatives. Celles-ci sont plus respectueuses de la vie privée et ne dépendent pas d’une multinationale qui a pour ultime objectif le profit.

Moteurs de recherche : Duckduckgo ou Startpage comme alternatives à Google

Pour les navigateurs Internet, il y a Firefox, alternative connue à Chrome, Safari (le navigateur d’Apple), et Internet explorer (devenu Microsoft Edge).

Pour les moteurs de recherche, les utilisateurs qui désirent naviguer sans être pistés peuvent s’en remettre à des « méta moteurs » tels Duckduckgo ou Startpage : ils collectent des résultats provenant des moteurs de recherche classiques, mais en assurant un anonymat à l’utilisateur. « Lorsque tu tapes un mot sur Duckduckgo par exemple, c’est lui qui va effectuer la recherche à ta place dans Google. Ce dernier ne verra donc pas la trace de ton passage », résume Okhin, chargé de veille à la Quadrature du net, qui défend les droits et libertés des citoyens sur Internet.

Autre solution, passer par Qwant, un moteur de recherche français fondé en 2013. « La plupart des autres moteurs de recherche vendent de la publicité ciblée, explique Tristan Nitot, vice-président de Qwant. Cela permet aux entreprises de tout savoir de leurs utilisateurs : genre, goûts, orientation sexuelle et politique, niveaux de revenus, etc. Chez Qwant, nous ne collectons pas vos données personnelles. Nous gagnons de l’argent grâce à la publicité, c’est-à-dire avec les liens sponsorisés qui apparaissent au-dessus des résultats de vos recherches et avec les publicités affichées sur la droite. Mais nous ne savons rien de vous. » Le moteur de recherche tente également de se démarquer avec certains services : Qwant junior, une déclinaison pour enfants utilisée dans certaines écoles, garantit une navigation sans pubs, violences ni images pornographiques. Selon sa direction, le moteur de recherche utilise des algorithmes maison, sauf pour les images : celles-ci sont indexées par le moteur de recherche Bing, appartenant à Microsoft.

Qwant n’en est pas moins regardé avec méfiance par les militants du numérique, qui lui reprochent son caractère « conventionnel ». Il s’agit d’une entreprise privée dotée d’actionnaires – la Caisse des dépôts et le groupe de médias allemand Axel Springer (l’éditeur, entres autres, du tabloïd Bild) –, dont le but est de réaliser du profit, et non par exemple d’une coopérative, d’une fondation, ou d’un collectif bénévole [2].

Mastodon, l’alternative décentralisée et non-commerciale à Twitter

En matière de réseaux sociaux, l’offre de services alternatifs existe aussi. Si vous souhaitez vous passer de Twitter, il suffit de créer un compte sur Mastodon, réseau social sans publicité créé en 2016 par un jeune informaticien allemand, Eugen Rochko. Le réseau est dit « décentralisé ». Il n’est pas géré par une seule entité omnipotente (comme pour Facebook), mais par une multitude d’« instances » : des serveurs hébergés chez des particuliers ou des associations, par exemple. « Lorsque Twitter modifie ses conditions d’utilisation, cela impacte tous les utilisateurs. Sur Mastodon, chaque instance définit ses propres règles et ses conditions de modération. Par ailleurs, à l’inverse de Twitter, il n’y a pas de revente de données personnelles à des entreprises tierces », souligne Angie Gaudion, chargée de communication et de partenariats au sein de Framasoft, une association d’éducation populaire dédiée au monde numérique, et créateur de nombreux service numérique éthiques et en logiciel libre.

Considéré comme un repaire de « geeks » au moment de sa création, Mastodon revendique aujourd’hui plus de 3 millions de comptes utilisateurs dans le monde. Un chiffre impressionnant, mais sans rapport, encore, avec les 300 millions d’amateurs de Twitter… Vous pouvez cependant y suivre Bastamag qui vient de créer son compte. « Mastodon n’est pas un outil isolé, souligne Okhin, de la Quadrature du Net. Il appartient au Fediverse, c’est-à-dire un univers fédératif rassemblant des systèmes qui fonctionnent tous selon un standard baptisé Activity Pub. »

Activity Pub permet la publication d’activité sous forme de flux, sans règles dictées par une logique commerciale ni de politique de censure unifiée comme sur Youtube, dont l’algorithme écartera les contenus jugés inadaptés à la diffusion de publicité. Alternative à Youtube, PeerTube propose ainsi une plateforme de partage de vidéos en ligne décentralisée et indépendante de Google.

On trouve également un logiciel de partage d’images du nom de PixelFed, qui constitue une alternative au géant Instagram, propriété de Facebook critiqué pour sa politique de censure drastique. Lancé il y a un peu plus d’un an par un développeur canadien, PixelFed souhaite offrir les mêmes services qu’Instagram tout en se démarquant radicalement des règles en vigueur dans l’empire Facebook. Ici, pas de publicité, pas de recommandations dictées par des algorithmes, pas de business avec vos données personnelles.

Diaspora, le Facebook libre de demain

Réseau social original, Seenthis (« Vu ça » en français) a été lancé en France en 2011. Il s’apparente par certains aspects à Twitter, mais propose bien d’autres fonctionnalités.

L’utilisateur peut y tenir un blog personnel constitué de billets courts, dans lesquels il recommande à ceux qui le suivent la lecture d’articles (comme ceux de Bastamag, par exemple). Il y a enfin Diaspora, réseau social alternatif à Facebook fondé en 2010 par quatre étudiants de l’université de New-York. Pour l’instant, Diaspora n’a pas atteint le stade de développement de Mastodon, mais la communauté numérique travaille à améliorer son ergonomie (pour y suivre notre page, c’est ici).

 « Diaspora ne permet pas aujourd’hui de créer des événements ou des groupes comme sur Facebook, pointe Angie Gaudion. Chez Framasoft, nous sommes en train de développer un outil pour y remédier, et nous l’avons pensé avant tout pour les communautés alternatives. Cela me semble indispensable. Je suis toujours étonnée de voir des militants discuter d’actions de désobéissance civile sur des groupes Facebook. C’est un paradoxe incroyable, quand on sait le peu de cas de la vie privée qui est fait sur ces plateformes ! »

Mail, appels vidéo, carto… Pour chaque service une alternative existe

Pour les mails, celles et ceux qui veulent échapper à Gmail – et à l’analyse de ses correspondances par Google – ont le choix d’opter pour Protonmail ou Posteo. En fait, pour tous les services des Gafam, il existe une solution alternative, développée en logiciel libre, plus respectueuse des données de ses utilisateurs.

Open Street Map prend le relais de Google Maps, Jitsi Meet peut remplacer Skype, et Signal a déjà remplacé WhatsApp pour beaucoup d’utilisateur de services de messagerie. Framasoft a aussi développé une alternative à Google drive et Dropbox, à Google agenda… [3].

Concrètement, un logiciel est dit « libre » – par opposition aux logiciels « propriétaires » de type Windows – lorsqu’il garantit à l’utilisateur quatre libertés : la liberté de faire fonctionner le programme comme il le souhaite ; la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et le modifier, ce qui suppose d’accéder au « code source » du programme (sa recette de cuisine) ; la liberté de distribuer des copies de ce programme à d’autres gens ; la liberté de distribuer des copies de sa version modifiée.

 « Utiliser un logiciel libre, c’est reprendre collectivement le contrôle sur l’outil l’informatique »

Depuis trois décennies, le logiciel libre – porté par son iconique noyau Linux – a connu une croissance fulgurante[Sur l’épopée du logiciel libre, lire L’Utopie du logiciel libre, de Sébastien Brocoa, au Passager clandestin.]]. Des logiciels libres sont disponibles pour bien des utilisations dans la vie quotidienne : systèmes d’exploitation, éditeurs de texte, traitement de son, serveurs, navigateurs internet, etc. De quoi faire dire à ses promoteurs, que, d’une certaine façon, ils ont remporté la bataille : « Le système d’exploitation GNU/Linux, par exemple, avec la ribambelle de logiciels fournis, tourne sur la quasi-totalité des serveurs sur Internet, et on s’en sert pour envoyer des hommes et des femmes dans l’espace, souligne le philosophe et historien des sciences Christophe Masutti. Le logiciel libre a déjà gagné la partie. »

Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que Microsoft ait été vaincu ! Son système Windows écrase toujours la concurrence pour ce qui est des ordinateurs personnels, avec plus de 85 % de part de marché. Comment convaincre le grand public des vertus de Linux ? Stéphane Bortzmeyer, informaticien spécialiste des réseaux informatiques, recadre le débat : « Il faut se placer dans une perspective politique et pas seulement individuelle. Utiliser un logiciel libre, c’est ne plus dépendre d’une entreprise privée soumise aux objectifs de ses actionnaires, comme Microsoft par exemple. C’est reprendre collectivement le contrôle sur l’outil l’informatique. J’utilise souvent l’analogie avec l’écologie : manger local et bio ne procure pas forcément un avantage immédiat pour soi-même, mais cela profite à l’ensemble de la société. »

Les défenseurs du libre mettent néanmoins en avant des avantages immédiats : gratuité, absence de mises à jour forcées, plus grande sécurité. « La plupart de ces arguments sont valables, assure Stéphane Bortzmeyer. Le modèle de sécurité de Linux est meilleur que Windows, même s’il n’est pas parfait. En réalité, Microsoft se fiche de la sécurité ! D’abord parce qu’ils sont persuadés que les gens continueront à s’en servir quoi qu’il arrive. Ensuite parce qu’il s’agit d’une forme d’obsolescence programmée : lorsque vous rentrez dans un magasin informatique parce que vous rencontrez un problème avec votre PC, le vendeur vous incitera souvent à acheter une nouvelle version de Windows, pour que le problème disparaisse… » Une forme d’addiction savamment entretenue alors que les alternatives sont déjà là, sous nos yeux. A nous de nous en saisir.

 Voir ici le tableau des services alternatifs au Gafam sur le site de Framasoft et les outils de Framasoft ici. Et l’annonce de Framasoft du 24 septembre 2019 pour expliquer pourquoi et comment une partie de ses services vont être fermés.

 Voir aussi le guide de la fédération Frontière électronique d’autodéfense contre la surveillance : astuces, outil et guides pratiques pour des communalisations plus sécurisées.

Notes

[1Voir l’article du Monde à ce sujet.

[2Voir aussi l’article de Mediapart « Qwant : les parts d’ombre d’un moteur de recherche stratégique ».

[3Une partie des solutions développées par Framasoft va être bientôt fermée, par souci de décentralisation réelle, « pour en faire des portes qui vous renvoient vers d’autres hébergeurs », et pour permettre à Framasoft de « rester une association à taille humaine, à chaleur humaine… une espèce d’Amap du numérique ».

Tsunami en Catalogne Alternatiba : Changeons le système, pas le climat ! https://blogs.mediapart.fr/alternatiba/blog/171019/tsunami-en-catalogne-0

Depuis l’annonce du jugement extrêmement sévère de la Cour Suprême en Catalogne, un « Tsunami démocratique» a déferlé dans les rues pour s’opposer à la répression et défendre les libertés fondamentales. Petite observation de ce mouvement revendiqué comme non-violent qui, moins d’une semaine après son déclenchement, compte plus de 310 000 personnes sur sa boucle Telegram.

Les tsunamis succèdent généralement aux tremblements de terre. Pour le mouvement indépendantiste catalan, le tremblement de terre, c’est le verdict rendu ce lundi 14 octobre par la Cour Suprême espagnole condamnant neuf de ses leaders à des peines de 9 à 13 ans de prison pour “sédition, malversation de fonds publics et désobéissance” suite à l’organisation en 2017 d’un référendum pour l’indépendance jugé illégal par Madrid. Immédiatement après, une foule immense envahit et bloque l’aéroport du Prat à Barcelone, provoquant l’annulation de plus d’une centaine de vols, tandis que des actions sont menées simultanément à Madrid. Ce qui vient de se déclencher, c’est le Tsunami Democràtic (Tsunami Démocratique en français). Le mouvement, non-violent, se revendique comme la riposte populaire face à la répression.

Alors que les médias parlent principalement des violences en marge du mouvement indépendantiste, et sans poursuivre l’objectif de proposer une analyse fine d’une situation pour laquelle nous manquons à ce stade de recul, cet article vise simplement à observer des éléments d’organisation d’un mouvement revendiqué non-violent qui, moins d’une semaine après son déclenchement, compte plus de 310 000 personnes sur sa boucle Telegram et est capable d’organiser des mobilisations massives.

Une préparation minutieuse

En réalité, le Tsunami Democràtic n’est pas sorti des eaux spontanément le 14 octobre, mais  résulte d’un processus minutieusement préparé depuis plusieurs mois. Un channel Telegram, canal de discussion unidirectionnel dont on ne peut voir ni les participant-e-s ni l’identité de celles et ceux qui diffusent les informations, est créé fin août 2019 et commence à émettre le 2 septembre. Petite vidéo. Une casserole, pleine d’eau, se met à bouillir. Un message, éloquent : “Changeons l’état des choses”. Le communiqué qui suit insiste sur le respect des libertés fondamentales et la justice sociale [1]. Leurs stratégies ? La non-violence et la désobéissance civile. Leurs “outils” ? “L’autocritique, l’ironie, la créativité, la diversité, l’imperfection et tout ce qui compose un mouvement collectif et transversal”, peut-on lire dans ce premier communiqué.

Pendant plusieurs semaines, Tsunami Democràtic a préparé la lame de fond, progressivement, à coup de messages diffusés sur Twitter et Telegram, d’affichage massif dans les rues de visuels envoyés sur les réseaux sociaux pour préparer la “riposte”, d’ actions non-violentes menées pour dénoncer notamment les entreprises estimées complices de la répression [2].  Les citoyennes et citoyens étaient invité-e-s à se tenir prêt-e-s et à rejoindre les canaux de communication, tandis que le maintien du secret autour de la nature de ce “tsunami” permettait d’attiser les curiosités et de jouer de l’effet de mystère pour attirer les foules.

Si le mouvement est dit “citoyen”, il a pu compter sur un relai actif au moment du lancement de la part d’organisations et de partis catalans, ce qui a contribué à atteindre si rapidement un tel niveau de participation. Différentes tendances de la société civile s’étaient réunies quelques mois auparavant, notamment pour anticiper la façon dont réagir à la condamnation.

En ligne de mire : la date de la sentence rendue par la Cour Suprême espagnole à l’encontre de neuf anciens dirigeants indépendantistes jugés notamment pour “rébellion” [3] suite à la déclaration d’autonomie d’octobre 2017 qui avait donné lieu à des mobilisations populaires massives et non-violentes, à une vive répression, à des arrestations et à l’exil notamment d’un des leaders, Carles Puigdemont.

Massifier, s’organiser, et prendre le temps qu’il faudra 

La massification, l’organisation et le temps sont des éléments clés mis en avant dans la lutte catalane.

Alors qu’en septembre, les commentateurs voyaient dans les traditionnelles mobilisations à l’occasion de la  fête de la Catalogne du 11 septembre un essoufflement de la mobilisation [4], il semblerait au contraire que le Tsunami Democràtic ait permis de la revigorer. Si lundi 14 octobre en fin de journée, près de 150 000 personnes avaient déjà rejoint la boucle Telegram, leur nombre a plus que doublé moins de trois jours après. Un objectif clair : la massification. Régulièrement, des messages sont postés sur Telegram et les réseaux sociaux pour inciter les gens à parler du mouvement autour d’eux et à faire grossir les rangs. “Nous devons être plus. Beaucoup plus.”, peut-on lire en pleine occupation de l’aéroport de Barcelone.

La stratégie de communication, d’ailleurs, permet cette inclusivité. On y met en exergue la force du peuple (#LaForçaDeLaGent) et on le rappelle chaque jour : le tsunami, c’est toi. Rien de mieux pour que chacun-e se sente être l’une de ces “gouttes d’eau” qui composent le tsunami. Les mots ne peuvent pas être plus convaincants : #BeWaterMyFriend [5] retrouve-t-on sur un visuel.

Deux autres éléments importants : d’une part, la spontanéité, la décentralisation, la créativité, ne sont pas opposées à l’organisation. Ainsi, dans la soirée du 14 octobre, le cinquième communiqué annonce l’ouverture d’une période d’actions coordonnées et organisées, qui poursuivront des objectifs définis et concrets. D’autre part, le mouvement rappelle qu’il s’agit d’un processus et que cela se construit dans le temps. Les messages incitant les participant-e-s à prendre du repos et à se préparer à une lutte de longue haleine, sont plusieurs fois répétés. Pour éviter les “frustrations”, le mot d’ordre est clair : cela peut durer des jours, des semaines. Mais aussi des mois, “ce serait mentir” que de dire le contraire. En tout cas, cela doit durer jusqu’à ce que les objectifs soient atteints.

La tech face à l’oppression 

Les plus geeks d’entre nous auront été fasciné-e-s par un élément du dispositif d’organisation : l’application, téléchargeable gratuitement et qui s’active grâce à un QR code. Des centaines d’entre eux ont été diffusés et s’obtiennent auprès de proches, mécanisme encourageant des cercles de confiance. L’application permettra ensuite aux utilisateur-rice-s de localiser et rejoindre les actions qui s’organiseront à proximité. Des messages d’explication sont diffusés sur les réseaux sociaux pour répondre à celles et ceux qui auraient des difficultés à faire fonctionner l’application. C’est ainsi que, via ce procédé, des centaines de faux billets d’avion auraient été partagés aux militant-e-s lundi 14 octobre pour accéder à  l’enceinte de l’aéroport de Barcelone. On retrouve l’esprit de la communication “distribuée” chère aux Indignados : des outils permettent la décentralisation et la réappropriation partout des actions.

Le dispositif technologique garantirait ainsi la confidentialité des citoyen-ne-s qui l’utilisent, mais aussi de celles et ceux qui animent le processus. En effet, aucun-e porte-parole n’est identifié-e (mis à part le célèbre entraîneur du Manchester City, Pep Guardiola, qui a servi de relai pour diffuser l’un des premiers messages publics de Tsunami Democràtic), et un anonymat total est maintenu derrière les outils utilisés. Une façon de se protéger de la répression forte qui touche le mouvement catalan et pour lequel nombre de ses cadres sont en prison.

Non-violence et fermeté

Une fois de plus lors de manifestations massives populaires en Catalogne, la non-violence est érigée en principe stratégique, et ce tout au long des communications du Tsunami Democràtic. Dans le communiqué du 16 octobre, il est rappelé qu’il s’agit de toujours éviter la promotion de la violence ou la transformation d’une action en actes violents.

La non-violence y est présentée comme la “stratégie fondamentale du mouvement, pour des raisons de stratégie et d’effectivité”, cette dernière prenant appui sur les exemples historiques des dernières décennies. La non-violence est “l’outil le plus puissant face à la démophobie de l’État espagnol”, ce dernier étant accusé de chercher à provoquer la violence, images d’infiltrations à l’appui. Dans l’esprit catalan, la non-violence n’est pas confondue avec la passivité : si la violence est strictement bannie, en revanche on n’hésite pas à faire preuve de fermeté. Déjà, lors des manifestations massives en 2017, qui avaient suscité une répression très violente de la part des forces de l’ordre, la population avait presque intégralement respecté le cadre non-violent. Une attitude qui avait participé du sentiment d’indignation ressenti par la communauté internationale face aux images de brutalités policières devant des citoyen-ne-s aux mains levées, et qui avait permis de faire résonner les revendications d’auto-détermination de la Catalogne de manière très large en Europe et à l’international.

Observer les autres mouvements non-violents, c’est apprendre chaque jour de la détermination des peuples à s’organiser pour plus de libertés et plus de justice, et s’inspirer des méthodes novatrices qu’ils utilisent. Sans s’aventurer dans des comparaisons hasardeuses, l’élan insufflé par Tsunami Democràtic nous incite à retenir une image, celle de cette foule de citoyen-ne-s qui répond à l’appel de “remplir les rues”.

Nul doute que des tremblements de terre de diverses magnitudes continueront d’agiter le mouvement climat, jusqu’à ce qu’un d’eux engendre le tsunami qui renversera le système. Une leçon à retenir : continuons de nous y préparer en nous organisant, pour être capables de nous saisir de ces secousses… et même du battement d’aile d’un petit scarabée (nous aussi on avait envie de citer Bruce Lee).

[1]  Les citations de Tsunami Democratic qui suivront dans ce texte sont tirées des communiqués de presse et des visuels diffusés sur les réseaux sociaux

[2] Certains éléments sont détaillés sur le site : https://tsunamidemocratic.cat/

[3] Jugés pour rébellion, le juge a finalement retenu le motif de “sédition”

[4] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/11/a-barcelone-les-independantistes-entre-demonstration-de-force-et-impuissance_5509296_3210.html

[5]  Littéralement “Sois comme l’eau, mon ami”, citation de Bruce Lee reprise récemment par le mouvement social de Hong Kong (qui sonne nettement mieux en anglais)


Fridays For Future Gasteizek neurri zehatzak exijituko dizkio Gasteizko Udalari Hala Bedi www.argia.eus/albistea/fridays-for-future-gasteizek-neurri-zehatzak-exijituko-dizkio-gasteizko-udalari

Fridays For Future Gasteizek udaleko talde politiko guztiekin batzartuko dela iragarri du, instituzio publikoari neurri zehatzak exijitzeko. Kexu dira, Udalak ez baitu Klimaren aldeko nazioarteko greba arrakastatsutik inolako neurririk hartu.

Iragan irailaren 27an Klimaren aldeko Nazioarteko greba burutu zen, Fridays For Future mugimenduak bultzatuta. Gasteizen ere oihartzuna izan zuen mundu mailako mobilizazioak eta elkarretaratze jendetsua egin zen Plaza Berrian Fridays For Future Gasteizek deitua.

Bi aste igaro dira ehunka lagunek Gasteizko kaleak hartu zituztela eta udalak klima larrialdiaren aurrean pisuzko neurririk hartu ez dituela salatu du Fridays For Future Gasteizek, udalbatzak klima larrialdia aldarrikatu zuen arren. Iragarri dute udalean ordezkaritza duten talde politiko guztiekin elkartuko direla, irailaren 27an mahaigainean jarri zituzten neurriak azaltzeko.

Hiru neurri zehatz aurkeztu zioten, Nazioarteko greba egunean, Gasteizko Udalari:

  • Gasteizko hiri barruko garraioa dohainik jartzea. Neurri honek hiri barruko kotxe bidezko bidaiak gutxituko lituzkela uste du FFF Gasteizek.
  • Energia berrizatagarrien produkzio eta banaketarako enpresa publiko bat sortzea. Elektrizitatearen produkzioa berotegi efektu gasen isurketen jatorri nagusietako bat da, horregatik lehen bailehen egin behar da erregai-fosiletatik energia berriztagarrietarako trantsizioa.
  • Ryanairri ematen zaizikion diru laguntzak ez berritzea.

Azken neurriarekin kezka berezia adierazi du, gainera, FFF Gasteizek, Arabako Foru Aldundiak, Gasteizko udalak eta Eusko Jaurlaritzak Ryanairrekin daukaten konbenioa berrizteko intentzioa ere adierazi baitu duela gutxi, sektoreko enpresa kutsatzaileenetariko bat hain zuzen.