Articles du Vendredi : Sélection du 17 septembre 2021


Anaïs Rocci, sociologue à l’ADEME : « l’objectif de la sobriété est de trouver un modèle de société qui permette à la fois de respecter les limites des ressources planétaires et à chaque personne de vivre décemment » Julien Leprovost www.goodplanet.info/2021/09/08/anais-rocci-sociologue-a-lademe-lobjectif-de-la-sobriete-est-de-trouver-un-modele-de-societe-qui-permette-a-la-fois-de-respecter-les-limites-des-ressources-planetaires-et-a

Depuis quelques années déjà, l’idée de sobriété rencontre un succès croissant. Longtemps associée à la décroissance, la sobriété séduit de plus en plus les Françaises et les Français et se répercute dans leurs habitudes de consommation. La sobriété peut s’exprimer de différentes manières, mais elle se caractérise par l’idée de consommer moins mais mieux afin de répondre aux défis environnementaux et à donner du sens à la consommation. L’ADEME (l’agence de la transition écologique) travaille sur la manière d’incorporer la sobriété dans la transition écologique. Anaïs Rocci, sociologue à l’ADEME, revient dans cet entretien sur ce qu’est la sobriété et ce qu’elle peut apporter.

Vous travaillez sur la sobriété, pouvez-vous d’abord expliquer ce qui se cache derrière ce terme ?

À l’ADEME nous considérons que la sobriété consiste à questionner nos besoins et à chercher à les satisfaire en limitant notre impact sur l’environnement. Dans un contexte où les ressources naturelles sont limitées, il s’agit donc d’interroger et de repenser nos modes de production et de consommation afin qu’ils aient moins d’impact sur les ressources et sur l’environnement. Il n’existe pas de définition consensuelle de la sobriété. La notion est mobilisée par de nombreux acteurs dans le débat public. L’idée de sobriété est souvent réduite à « mieux mais moins ». Mais plutôt que d’être une contrainte ou une privation, la sobriété conduit à se demander ce dont on a vraiment besoin.

Comment mesurez-vous son succès dans la population ?

Depuis une vingtaine d’années, l’ADEME conduit des enquêtes sur la prise de conscience du changement climatique, sur les aspirations et les pratiques des Français ainsi que sur la consommation responsable. On observe une vraie aspiration à une consommation plus responsable et à un changement de modèle économique. 83 % des Français souhaiteraient vivre dans une société où la consommation prend moins de place. Pour les Français, consommer responsable passe par la réduction de leur consommation et par la suppression du superflu. Ces aspirations rejoignent donc les idées de sobriété. De plus, 58 % des Français estiment qu’il faudra faire évoluer nos modes de vie face à l’urgence climatique. Cette prise de conscience s’avère très importante et loin devant la croyance dans le progrès technique puisque seuls 13 % des Français croient que la technologie permettra de faire face au défi climatique.

Concrètement, comment la demande ou l’acceptation pour une société plus sobre peuvent se traduire dans les modes de vie ?

Selon nos enquêtes, de plus en plus de Français affirment être plus sobres. Par exemple, 61 % d’entre eux déclarent baisser la température du chauffage de leur logement ou limiter l’usage de la climatisation en été. 46 % déclarent limiter leur consommation de viande. La moitié recoud et répare leurs vêtements plutôt que d’en acheter des neufs. Globalement, un Français sur deux déclare éviter d’acheter du neuf. Par contre, la sobriété dans la mobilité se montre beaucoup plus compliquée à mettre en œuvre. En effet, il n’y a que 36 % des Français qui disent se déplacer à vélo ou à pied plutôt qu’en voiture. On voit bien que tout ne dépend pas des individus mais que leurs marges de manœuvre sont directement liées aux infrastructures et services existants. Dans ce domaine, une démarche de sobriété consiste à se demander si ce déplacement est nécessaire, comment l’optimiser, s’il existe des alternatives à la voiture, et si l’automobile se montre indispensable, est-ce que le véhicule est approprié, le minimum étant d’adopter l’éco-conduite (réduire sa vitesse, conduire avec souplesse).

Mais, au vu de tant de difficultés, est-ce possible d’adopter un mode de vie entièrement sobre ?

Adopter un mode de vie 100 % sobre s’avère difficile car soit les solutions matérielles et organisationnelles ne facilitent pas ce mode de vie là, soit on n’a pas envie de se contraindre. Dans les baromètres, « ne pas renoncer à se faire plaisir » figure parmi les 3 principaux arguments avancés par les sondés pour expliquer les difficultés à ne pas aller plus loin dans le changement des habitudes de consommation avec « le sentiment que ça coûte cher » et « le sentiment que ça ne sert à rien puisque les autres ne font pas d’efforts pour changer ».

On constate qu’il existe un vrai désir de pouvoir consommer et de se faire plaisir, cependant tout ne dépend pas des individus. Même s’il existe des marges de manœuvre, il est aujourd’hui plus facile de consommer que de chercher à adopter des pratiques de sobriété. Notre société pousse clairement à consommer par la publicité, la fiscalité avec les frais réels…. 88 % des Français pensent que la société pousse à acheter sans-cesse.

L’aspiration à la sobriété n’est-elle pas un luxe ou un signe de différenciation que les plus aisés se réservent bien qu’ils aient souvent une empreinte écologique plus élevée de par leurs modes de vie du fait d’une plus grande capacité à consommer ?

Il y a un risque de clivage dans la société entre une partie de la population, celle qui consomme le plus mais se dit prête, au moins dans les discours, à changer son mode de vie et une autre partie de la population pour laquelle les enjeux liés au niveau de vie restent prioritaires. Ces derniers aspirent à consommer plus. On se retrouve donc avec d’un côté des personnes qui voudraient consommer plus et de l’autre des personnes avec un mode de vie ostentatoire qui pourraient objectivement limiter leur consommation. Bien que plus de gens aspirent à la sobriété, une majorité de personnes reste attachée à la consommation. L’accès à la consommation de masse représente un puissant vecteur d’inclusion sociale, il est alors normal que beaucoup de Français aspirent à consommer afin de vivre dignement, voire comme tout le monde. Acheter, c’est exister. La consommation structure la société et demeure associée à un imaginaire de réussite. Nous sommes formatés pour trouver du plaisir à acheter, consommer et posséder. Le sujet de la sobriété reste sensible car on ne peut pas demander à quelqu’un qui a peu de consommer moins. On ne peut envisager de réduire sa consommation qu’à condition d’avoir déjà suffisamment pour vivre dignement. L’enjeu devient alors de faire évoluer les mentalités, les imaginaires collectifs et les normes sociales afin de ne plus faire de la consommation de masse un modèle de société.

Que pourrait alors être une traduction politique fondée sur la sobriété ?

Une politique de sobriété doit être associée à une politique de lutte contre les inégalités. L’enjeu est de montrer comment l’inclusion sociale peut se dissocier de l’accumulation de richesses, montrer que la sobriété peut améliorer la qualité de vie, renforcer les liens sociaux tout en réduisant la pression sur les ressources et en les répartissant mieux. La sobriété doit conduire à dépasser les logiques d’accumulation et valoriser d’autres formes de richesse comme le bien-vivre, les relations sociales, le contact avec la nature, l’engagement, l’épanouissement personnel. L’objectif de la sobriété est de trouver un modèle de société qui permette à la fois de respecter les limites des ressources planétaires et à chaque personne de vivre décemment. On peut imaginer que la sobriété amène les plus aisés à réduire leur empreinte écologique et revalorise les modes de vie plus respectueux de l’environnement.

Comment les entreprises peuvent-elles répondre aux aspirations de sobriété ?

Les entreprises peuvent jouer de différentes manières un rôle déterminant dans la sobriété. C’est une attente des Français qui sont 87 % à considérer qu’elles devraient revenir à l’essentiel et faire preuve de bon sens plutôt que de chercher sans cesse à innover. Elles peuvent proposer des biens durables, adapter leur offre en limitant les volumes, revoir leurs modèles économiques afin d’avoir comme objectif la satisfaction du client et un modèle de production respectueux du social et de l’environnement au lieu de la croissance économique. Par exemple, une entreprise textile peut cesser de proposer des collections pour concevoir des vêtements qui durent de par leur robustesse mais aussi de par leur coupe en proposant des vêtements indémodables. Cela permet d’éviter que les clients aient envie de renouveler leur garde-robe chaque saison. C’est par exemple le cas de Loom et d’autres entreprises du textile. De plus en plus d’entrepreneurs se lancent dans ce type de modèle d’affaire. La sobriété implique de nouvelles manières de consommer qui se basent sur le service, le partage, la coopération plutôt que sur la propriété de biens matériels. C’est l’économie de la fonctionnalité et de la coopération par exemple qui mise sur l’usage plutôt que la propriété afin de s’adapter aux besoins. Les entreprises ont aussi un rôle à jouer dans la publicité pour ne pas toujours inciter à acheter. Au lieu d’être incités à consommer davantage, les Français attendent des marques et distributeurs qu’ils les guident dans leurs choix pour consommer mieux.

Auriez-vous un conseil pour toutes les personnes intéressées par faire de la sobriété une réalité dans leur quotidien ?

Je leur suggèrerais de questionner leurs besoins. Avons-nous besoin de renouveler notre smartphone tous les deux ans ? Avons-nous besoin d’avoir autant de vêtements ? Avons-nous besoin d’acheter autant de jouets à nos tout-petits ? Et après avoir revu nos besoins, je leur dirais de revoir nos habitudes et nos automatismes pour se détacher du conditionnement induit par le marketing, par la publicité et par la société de consommation.


Amitav Ghosh : « Le monde se prépare aux changements climatiques en préparant la guerre » Hervé Kempf et Mathieu Génon https://reporterre.net/Amitav-Ghosh-Le-monde-se-prepare-aux-changements-climatiques-en-preparant-la-guerre

Pour le grand écrivain indien Amitav Ghosh, le problème posé à l’humanité par la crise écologique est avant tout géopolitique. Dans ses derniers ouvrages, par une lecture historique, il replace l’Occident et sa culture de violence et de domination au cœur des enjeux contemporains. Et envisage l’avenir avec pessimisme.

Amitav Ghosh est un romancier, essayiste et critique littéraire indien, vivant en partie aux Etats-Unis. Il a dernièrement publié Le Grand Dérangement : d’autres récits à l’ère de la crise climatique (Wildprojet, 2021) et La Déesse et le Marchand (Actes Sud, 2021).

Reporterre — Dans « Le Grand Dérangement », vous remarquez que depuis trois ou quatre décennies, le roman a adopté une approche individualiste qui se caractérise par une écriture du soi, de l’intime, alors que nous sommes confrontés à une crise planétaire sans précédent et que l’émission des gaz à effet de serre s’accroît à des niveaux jamais vus. Y a-t-il un lien entre ces deux phénomènes, et si oui, lesquels ?

Amitav Ghosh — Oui, il y a un lien. Cela date de la chute du mur de Berlin. La moitié des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont été émises depuis 1989. Je pense que c’est à cette époque que le monde entier a été totalement absorbé par la culture de consommation. En même temps, il a adopté le modèle de fiction étasunien né dans les écoles d’écriture créative, écoles dont le développement a été favorisé par la CIA. C’est en Iowa que le premier de ces ateliers d’écriture a vu le jour, avec des écrivains tels que Wallace Stegner. L’idée était de créer une forme d’art et de narration dépolitisée : en réaction au réalisme socialiste soviétique, ils ont encouragé un nouveau modèle caractérisé surtout par une approche apolitique.

J’en constate les effets durables à travers le monde, même en Inde. Quand j’étais jeune, les romanciers indiens, surtout du Bengale occidental ou parfois de l’Inde du Sud, étaient engagés et écrivaient sur l’environnement. Par exemple, la grande écrivaine bengalie Mahasweta Devi, qui a écrit sur la forêt et les communautés tribales de la forêt. Mais aujourd’hui de plus en plus, les romans en Inde, qu’ils soient rédigés en anglais ou dans une des langues indiennes, adoptent souvent le modèle occidental et relatent la vie intérieure.

Est-ce à dire que l’écriture ou le cinéma, en adoptant une approche plus collective dans la description du réel, comme l’ont fait Steinbeck ou Zola à leur époque, pourraient aider à stopper l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ?

[Il rit] Les écrivains ne pourront pas changer le cours des choses. La littérature et l’édition ont beaucoup moins de poids qu’il y a trente ou quarante ans. La culture est aujourd’hui dictée par les réseaux sociaux, le cinéma et la télévision, alors que la fiction a un rôle marginal. Mais j’ai toujours été écrivain, et j’ai toujours été fier de réagir au monde autour de moi, c’est pourquoi il est essentiel pour moi en tant qu’écrivain de m’y confronter.

(…)

Un thème majeur de vos derniers ouvrages est la crise écologique. Comment faire face au monde à venir, alors qu’un de vos personnages dit : « On sait ce qui nous attend » ?

La façon dont les spécialistes, et en particulier les techniciens et ingénieurs, abordent le changement climatique, est complètement erronée ; pour eux, le problème est d’abord technologique, alors que selon moi, il est essentiellement géopolitique. Tant qu’il n’y aura pas une réponse géopolitique, la technologie ne pourra pas apporter la moindre solution.

En quoi le changement climatique est-il un problème géopolitique ?

Si vous interrogez un Occidental sur le changement climatique, il vous répondra que c’est d’abord un problème scientifique et technologique. Si vous allez en Asie et demandez à une personne indienne, indonésienne ou chinoise, comme je l’ai fait souvent : « Vous savez que le changement climatique est une vraie menace pour votre pays. Êtes-vous prêt à réduire votre empreinte carbone ? » la réponse sera : « Non, pourquoi changerait-on ? L’Occident est à la source de ce problème, il s’est enrichi à nos dépens lorsqu’on était faibles, il s’est accaparé les ressources de la Terre et les a dilapidées… Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus si faibles, alors il est temps pour nous de nous rattraper. » Pour les non-Occidentaux, le concept de dérèglement climatique est considéré comme un problème de post-colonialisme, d’inégalité, de géopolitique.

Donc il faut attendre que l’Occident prenne l’initiative. Ce qu’il ne fera pas…

Non, il ne le fera pas.

Dans « Le Grand Dérangement », vous expliquez que l’Asie était prête à participer à l’augmentation des gaz à effet de serre, mais qu’elle en a été empêchée par le colonialisme. Pouvez-vous nous expliquer cette idée ?

Prenons la Révolution industrielle à ses débuts. La course aux armements y a joué un rôle majeur quand Anglais et Français étaient en compétition pour la colonisation de l’Amérique. Tous les États occidentaux se sont copiés entre eux, par un mimétisme qui a commencé en Angleterre. En Inde, les ouvriers de l’industrie sidérurgique aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles étaient parmi les meilleurs au monde, tout comme les artisans indiens. Au XVIIIᵉ siècle, les navires fabriqués en Inde étaient supérieurs à ceux fabriqués en Grande-Bretagne. C’est grâce à sa puissance militaire que la Grande-Bretagne a réussi à détruire l’industrie navale indienne en lui imposant des réglementations financières. De même, les Britanniques n’ont pas voulu exploiter et développer le charbon indien. Ce que les colonies devaient leur fournir, c’était les produits fournis par l’énergie solaire : jute, opium, thé, sucre…

Pourquoi l’Europe était-elle si agressive au XVIII siècle et comment a-t-elle pu écraser lInde, la Chine qui à cette époque-là, étaient des nations très développées, comme l’a montré l’historien Kenneth Pomeranz ?

Je crois que cela a à voir avec la découverte des Amériques. Le modèle de violence qui s’est déchaînée sur les Amériques au XVIᵉ siècle est sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

On parle des Mongols, mais les Mongols n’ont jamais détruit 95 % d’un peuple. Ce que les Européens ont fait dans les Amériques a créé un modèle de brutalité et de violence qu’on n’avait jamais vu sur Terre. C’est d’un génocide qu’il s’agit.

Quelles en sont les raisons ? La cupidité ?

Bien sûr. Mais au-delà de la cupidité, je crois que c’est durant cette période que les Européens (pas tous, mais ceux qui ont mené des combats similaires contre les classes inférieures en Europe, contre le mouvement des enclosures, contre les femmes avec les procès de sorcellerie), et surtout l’élite technoscientifique, se sont engagés, d’un côté, dans la colonisation de l’Amérique du Nord et, de l’autre, dans la traite des esclaves. À partir du XVIᵉ siècle, l’Europe a inventé une forme de violence armée et de brutalité à une échelle jusque-là inimaginable ; jamais on n’aurait pu croire qu’on pouvait décimer la population d’un continent pour la remplacer par la population d’un autre continent. Cela ne s’était jamais produit avant, c’est un moment sans précédent dans l’histoire du monde. Les Indiens et les Chinois, eux, ne menaient pas ce genre de guerre brutale contre des peuples considérés non humains, et ils étaient incapables de concevoir ce genre de choses. Et, en effet, ces choses-là sont inconcevables.

Vous mentionnez une autre période historique importante : le XVII siècle, le petit âge glaciaire, documenté en Chine, en Europe, dans le monde entier, et qu’a étudié l’historien Geoffrey Parker. Est-ce la même crise que celle qui a vu se déchaîner la violence colonialiste au XVI siècle ?

Les deux sont interconnectées. Sur le continent américain, il y a eu tellement de morts que des cités et des campagnes entières ont été englouties par la jungle, provoquant une reforestation massive qui, dit-on, en absorbant des quantités énormes de dioxyde de carbone, a contribué au petit âge glaciaire. C’est pourquoi aujourd’hui, on découvre d’immenses cités au Mexique et dans l’Amazonie enfouies dans la jungle. L’Amazonie était habitée par une population de plus de neuf millions de personnes. Il ne s’agissait pas de forêts vierges ; c’était des lieux de vie où l’on cultivait la terre. Et lorsque les habitants ont commencé à mourir, la forêt a repris ses droits avec les conséquences que l’on sait.

Aujourd’hui, les élites occidentales ont-elles toujours cette culture de violence et de domination ?

Je pense que oui, mais le monde a changé et ce changement est surtout dû à la décolonisation. Si l’Occident était aussi puissant aujourd’hui qu’il l’était au XIXᵉ siècle, il aurait empêché par la force l’Inde et la Chine de s’industrialiser, comme il l’a fait à l’époque. Mais ce n’est plus possible, parce que la Chine possède l’arme nucléaire, l’Inde possède l’arme nucléaire, même le Pakistan possède l’arme nucléaire.

Quel est l’état d’esprit des élites indiennes et chinoises ?

Elles ont totalement adopté les rêves des élites occidentales, je ne sais pas si c’est autant le cas en Chine, mais en Inde et en Indonésie, les élites reproduisent dans leur propre pays ce que les élites occidentales ont fait subir au monde. Au fond, ce qu’elles disent est qu’elles continueront sur cette voie : les pauvres vont mourir, mais ce n’est qu’un des sacrifices à faire, chacun pour soi et sauve qui peut. Vous ne pouvez pas imaginer les folies commises par le gouvernement indien. Il est en train de détruire toute la réglementation environnementale du pays.

C’est comme si le monde était gouverné par la consommation ostentatoire.

Exactement. En Inde, les indigènes, qui autrefois étaient protégés par des lois, sont chassés des forêts pour les rendre accessibles aux sociétés de charbon — ou plutôt à une société en particulier, celle qui est proche du Premier ministre et qui, depuis six ans, a acheté la moitié de l’Inde. Nous sommes témoins d’un capitalisme de gangsters qui se déchaîne sur le monde avec une violence sans précédent.

Vous parlez du capitalisme, mais dans « Le Grand Dérangement », vous affirmez que l’impérialisme est plus important que le capitalisme pour expliquer le « statu quo ».

Le capitalisme est un système contenu à l’intérieur d’un autre système encore plus violent, l’impérialisme. Lorsqu’on parle des émissions de gaz à effet de serre, on parle majoritairement d’avions, de voitures, de textiles, etc. Or, 25 % des émissions dans le monde proviennent d’activités militaires. À lui tout seul, le Pentagone est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde. Un seul jet supersonique, comme votre Rafale français, produit en quelques heures de vol plus d’émissions qu’une ville française.

Le capitalisme de gangsters et l’impérialisme fondé sur la militarisation, n’est-ce pas la même chose ?

Ce n’est pas contradictoire, mais l’importance accordée au capitalisme provient d’un certain état d’esprit qu’on pourrait qualifier d’intellectuel/universitaire, et qui rechigne à parler de la violence organisée, préférant croire que la technologie est la force motrice prédominante. Le philosophe Jean-Pierre Dupuy dit que dans le monde moderne, nous sommes complètement dominés par la pensée économique, que nous aimons penser les choses dans des termes économiques, statistiques. Beaucoup des personnes que j’admire, telle Naomi Klein, en voulant donner au capitalisme une place centrale, succombent en réalité à cette tentation de tout analyser en termes d’économie, en excluant la géopolitique et la violence armée qui la sous-tend. Prenons l’exemple de l’Accord de Paris, où les pays riches se sont engagés à donner 100 milliards de dollars par an pour atténuer les dérèglements climatiques. Nous n’avons même pas vu 10 % de cette somme. Sur la même période, ces mêmes pays ont trouvé plus de mille milliards de dollars à investir dans les armes.

La réalité, c’est que le monde se prépare aux changements climatiques, non pas en cherchant à les atténuer mais en se préparant à la guerre. C’est une évidence.

Comment envisagez-vous l’avenir des enfants d’aujourd’hui, quel que soit leur pays ?

C’est une question difficile. Il y a ce qu’on espère et ce qui nous semble probable. Ce qu’on espère, bien sûr, c’est que le monde trouve une solution miraculeuse. Et je suis disposé à le croire. Un miracle pourrait survenir et on ne peut que l’espérer. Mais pour moi, qui pense que les problèmes sont fondamentalement géopolitiques, je vois qu’il n’y a pas de changement et que les choses empirent. Où donc est la lumière ? Je ne la vois pas.

Dans « Le Grand Dérangement », vous comparez du point de vue littéraire le texte de l’Accord de Paris sur le climat et l’encyclique « Laudato si’ » du pape François. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces deux textes ?

Ces deux textes sont particulièrement intéressants car ils sont parus au même moment et traitent du même sujet. On pourrait s’attendre à ce que ce soit le texte du pape qui soit farfelu, irréaliste et rempli de mots vides, alors qu’en fait, c’est l’Accord de Paris qui tient des propos absurdes, exprimés dans un langage incroyablement pompeux. Le document n’a pas été rédigé pour toucher les êtres humains, il est simplement une excuse pour que les experts puissent se réunir et échanger ensemble. Le Laudato si’, au contraire, fait preuve d’une sincère volonté d’ouverture en employant un langage d’une grande simplicité, bien qu’il soit par ailleurs très bien documenté et parfaitement juste lorsqu’il traite de sujets scientifiques. En fin de compte, le pape a une vision du problème bien plus claire que celle des technocrates, il voit que le problème provient de notre mode de vie, du désir, de ce que les gens veulent avoir. C’est un texte profondément humain et modéré. Je pense sincèrement que le pape François est le seul dirigeant légitime au monde actuellement. C’est lui et lui seul qui nous permet de garder l’espoir.

On observe chez les élites occidentales et peut-être aussi chinoises, sinon une religion de la technologie, du moins une croyance profonde dans l’esprit de la Silicon Valley, avec l’idée de fusion technologique qui créerait une nouvelle espèce grâce à la robotique et à l’intelligence artificielle. Qu’en pensez-vous ?

On considérait Internet, les réseaux sociaux, etc., comme des outils mais, de plus en plus, on voit que ce sont nous les outils et non eux, ce sont eux qui dirigent. Il est inconcevable pour nous aujourd’hui qu’Internet s’arrête, le monde entier s’arrêterait avec lui. Il est donc clair que, d’une certaine façon, nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes.

Alors, qui sont les maîtres ?

Tant de nos actions sont contrôlées par une forme ou une autre d’intelligence artificielle que ça devient une partie du problème. Nous croyons que les humains conçoivent des politiques et que ces politiques sont mises en œuvre, mais à partir de Descartes, à partir du colonialisme, on a considéré les choses de la Terre comme de simples ressources, ce qui signifie qu’elles sont inertes, incapables d’écrire elles-mêmes leur histoire. Mais aujourd’hui, cela paraît moins évident, les énergies fossiles, par exemple, se sont immiscées dans notre vie de façon si complexe qu’on a du mal à l’appréhender. Ce n’est pas comme si les États-Unis pouvaient décider aujourd’hui d’arrêter l’utilisation d’énergies fossiles. Ils ne le peuvent pas, notamment parce que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont devenus des acteurs incontournables de la géopolitique mondiale. Lors des attentats du 11 septembre 2001, par exemple, George Bush a lui-même organisé le départ de personnalités saoudiennes, alors que la majorité de ceux qui avaient attaqué les États-Unis étaient saoudiens. Les Étasuniens aiment croire que ce sont eux qui contrôlent l’Arabie saoudite, mais ce n’est plus le cas : une partie considérable de la politique étrangère étasunienne est sous le contrôle de l’Arabie saoudite, d’Abou Dabi et du Qatar. Vous voyez ainsi comment les énergies fossiles se sont immiscées dans la vie politique globale, c’est si insidieux, si puissant que c’est une illusion humaine de s’imaginer que ce sont nous qui les contrôlons.

En même temps, l’Arabie saoudite, Abou Dabi et d’autres soutiennent l’Islam, et l’Islam est devenu une force géopolitique puissante.

Oui, et encore une fois, on constate que ce n’est pas uniquement par le pouvoir des idées, mais grâce au pouvoir exercé par les combustibles fossiles, à l’argent du pétrole dépensé par l’Arabie saoudite pour encourager la radicalisation des musulmans dans le monde. Dès qu’on observe une montée des fondamentalismes, on peut être certain que l’argent saoudien n’est pas loin.

Quelle est la stratégie de la Chine ? Comment éviter une crise écologique, alors que la Chine encourage encore une croissance économique de 6 % par an, ce qui est énorme ?

Il faut savoir que la Chine a mis de côté 20 % de la surface du pays pour le réensauvagement, ce qui représente une zone immense, plus grande que la France. Et ils le font sérieusement, ce qui n’est pas le cas d’autres pays. De plus, la Chine est loin devant les autres pays en matière de solutions énergétiques alternatives. C’est politique et cela s’explique par le fait que la Chine n’a pas de pétrole. La hiérarchie mondiale actuelle est complètement dépendante des énergies fossiles, qui sont le fondement de la domination du monde anglo-saxon, qui regroupe l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, les États-Unis… Cela a été délibérément pensé dès le début. Churchill l’a orchestrée, c’est un projet anglo-étasunien à long terme pour créer une dépendance à l’égard des énergies fossiles. La Chine, au contraire, a toutes les raisons de s’en libérer.

Avec la fin des énergies fossiles, verra-t-on la fin du monde anglo-saxon ?

Oui, ce sera un bouleversement majeur. Et c’est pour ça que le monde anglo-saxon est tellement divisé ; le monde anglo-saxon compte les seuls endroits au monde où les changements climatiques sont contestés. Ces pays savent très bien que leur pouvoir, comme leur mode de vie, est fondé sur les combustibles fossiles. Même ici, en France, où j’ai été à Hurigny, en Bourgogne, un bourg de 200 à 500 habitants. Il ne possède ni magasins ni marché, et pour acquérir les produits essentiels, on est obligés de prendre la voiture et de parcourir trente kilomètres pour se rendre à l’hypermarché. C’est quelque chose qui m’a énormément choqué : la France a été complètement transformée par une périurbanisation à l’américaine. En Italie, ce n’est pas le cas, les villages ont toujours une boutique de pâtes, un boucher… on y trouve de la nourriture, ce qui n’est pas le cas dans les campagnes françaises.

Comment voyez-vous l’avenir du Bangladesh, dont votre famille est originaire ?

Le Bangladesh reste une énigme. D’après plusieurs indicateurs, c’est la nation la plus performante en Asie du Sud dans plusieurs domaines. C’est presque miraculeux. Le PIB par habitant est plus élevé que celui de l’Inde ou du Pakistan, mais aussi l’espérance de vie, la santé, etc. C’est aussi le seul pays au monde où le gouvernement promeut activement l’éducation au changement climatique. Les Bangladais sont donc très informés sur ce sujet, et ont développé différentes formes de résilience que l’Occident ferait bien d’étudier. D’un autre côté, on ne peut nier que de grandes parties du pays sont menacées par les eaux, et certaines sont déjà inondées.

Avec quelles conséquences ?

Une migration de masse, qui a déjà commencé.

(…)


Covid-19 : pas question de se sauver soi-même, c’est ensemble qu’il faut lutter Michel Lepesant est (p)artisan de la décroissance ; Aude Vidal est auteure d’Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur et animatrice du blog Écologie-politique.eu. https://reporterre.net/La-democratie-sanitaire-c-est-quand

Entre l’autoritarisme gouvernemental qui ne vise qu’à nous faire entretenir l’économie et un laisser-faire meurtrier, on s’attendrait à ce que les écologistes refusent ce choix tronqué. Mais, au nom d’une vision individualiste de la liberté, nombre de ces derniers minorent ou nient la gravité de la pandémie, écrivent les auteurs de cette tribune pour qui une alternative à la fois démocratique et sanitaire est aujourd’hui essentielle.

La crise du Covid-19 nous confirme que la poussée autoritaire n’est pas le seul fait de l’extrême droite — au pouvoir ou à ses portes dans de nombreux pays d’Europe (Italie, Pologne, Hongrie, Espagne…). Elle atteint aussi les « démocraties » dites libérales, dont la plupart des décisions sanitaires se sont systématiquement accomplies dans un flou d’autoritarisme bravache et de communication à la fois martiale et tâtonnante. Politiquement, c’est l’espoir même d’une démocratie sanitaire qui est abîmé, l’idée d’un débat public nourri d’informations claires et partagées, y compris bien sûr scientifiques.

Il ne s’agit donc pas de défendre ici les mesures sanitaires prises par le gouvernement, les préfets, les maires et jusqu’à chaque institution. Ni les mesures à l’efficacité plus que douteuse au regard d’un état des savoirs sur les contaminations largement établi à la fin du printemps 2020 (par exemple, le port du masque même dans une rue vide ou sur une plage déserte) ; ni les mesures autoritaires et infantilisantes (rappelons-nous le cirque des diverses attestations) qui nous ont jugé·es a priori incapables d’adapter nos comportements aux contraintes sanitaires ; ni les mesures inéquitables et la répression à deux vitesses qui ont été imposées avec plus de violence sur les classes pauvres que sur les classes aisées (de l’impossibilité du télétravail pour les derniers de cordée aux contrôles tatillons du couvre-feu dans les « quartiers »).

L’État ne fait que remplir son rôle au sein du capitalisme : nous faire travailler

Mais pour autant, nul besoin de crier à la dictature ou à l’apartheid pour s’en indigner : l’État français n’est pas un régime totalitaire, c’est juste un État moderne, c’est-à-dire un État qui met son institution au fidèle service de la production économique, du capitalisme, de l’impératif de la croissance. C’est ainsi que le « retour à la normale », qui sert toujours d’horizon à toutes les mesures décidées (des confinements au passe sanitaire) n’est en réalité que le retour à la santé pour la remise au travail généralisée [1]. À ne pas comprendre cela, on en vient à s’étonner que la question des retraites puisse aujourd’hui resurgir.

Une fois ce constat posé, nous devons aussi nous interroger fortement sur la manière dont nous appréhendons la vie en société, et tout particulièrement jusque dans nos petits milieux écologistes, altermondialistes, alternatifs… En leur sein, en effet, des discours s’installent à propos de la crise sanitaire qui nous rappellent la rhétorique climato-négationniste. Les 100 000 morts françaises des douze premiers mois de la pandémie sont niées ou jugées insignifiantes — « parce que tu crois aux chiffres, toi ? » —, sinon normales — « puisqu’il faut bien mourir un jour ».

Refuser de prendre soin de la santé de tous, quelle liberté est-ce là ?

Au nom des libertés individuelles réduites à leur seule définition libérale, celle du laisser-faire, c’est l’idée même de mesures collectives destinées à prendre soin de la santé de tous et toutes qui est jugée en soi inacceptable — parfois au motif que les ambulances n’ont pas fait la queue devant nos hôpitaux comme ce fut le cas dans des pays aux services de santé plus fragiles (Russie, Inde et même Angleterre…), ou que les morts n’étaient pas jetés dans la rue comme en Équateur ou en Bolivie, parce qu’en France, justement, des mesures ont été prises pour l’éviter. Nous ne savons pas combien de personnes seraient mortes ou éprouvées sans l’action publique, et cette ignorance alimente la critique, par un scepticisme caricatural et paresseux. C’est là tout le paradoxe de la « catastrophe » : les mesures qui réussissent à la réduire ou à s’y opposer produisent des effets bénéfiques, qui peuvent aussi fournir aux sceptiques la « preuve » que l’annonce de la catastrophe n’était qu’un mensonge.

Malheureusement, ces raisonnements, jadis tenus dans des milieux libertariens — c’est-dire ces ultralibéraux hyperindividualistes pour lesquels le moins d’État possible ne sert qu’à protéger les propriétés privées, et qui sont fermement opposés à toute justice sociale et environnementale — ont trouvé des relais chez celles et ceux avec qui nous avions, il y a encore peu, tant d’affinités politiques.

Reconnaître notre interdépendance et sortir d’un débat faussé

Ensemble, nous reconnaissions l’interdépendance des individus, au sein de nos sociétés comme du monde vivant. Ensemble, nous défendions le principe de précaution contre les « risquophiles » des classes dominantes, qui ne subissent jamais les conséquences de leurs actions. Ensemble, nous faisions vivre l’attention à l’autre, la solidarité, l’idée de responsabilité collective. Pas question de se sauver soi-même devant la dégradation de notre milieu, c’était ensemble qu’il fallait lutter. Il nous faut constater aujourd’hui que ces idées ne sont plus si communément partagées et que nous avons perdu des camarades, au motif de la liberté de refuser catégoriquement un bout de tissu sur le visage, quelles qu’en soient les conséquences possibles pour les autres, en particulier les « personnes fragiles ».

Sortir du libéralisme autoritaire

Comment des écologistes conséquents ne voient-ils pas que cette « résistance » sous le seul cri de « liberté, liberté, liberté » reste prisonnière du cadre libéral-autoritaire qui nourrit le débat mortifère entre liberté et sécurité ? Ce qui permet d’escamoter d’ores et déjà — et peut-être définitivement — le cadre démocratique dans lequel devrait se dérouler le débat essentiel : celui entre liberté et responsabilité. Car il ne s’agit pas de sécuriser collectivement la liberté individuelle de chacun à ne faire que ce qu’il entend, mais de construire démocratiquement l’articulation de nos libertés, individuelles comme collectives, avec un principe de responsabilité aussi bien vis-à-vis de l’avenir que des autres. C’est fondamental pour l’écologie, et pour son positionnement politique face aux épreuves collectives que le dérèglement climatique va multiplier. D’autant plus que tout le vice de l’autoritarisme de l’État libéral moderne est d’enfermer ses critiques dans des impasses — par effet de nasse — pour saper toute sortie, toute remise en cause, du capitalisme. Contre l’« autoritarisme sanitaire » dont nous faisons le constat depuis mars 2020, nous prônons donc une démocratie sanitaire, dont les débats contradictoires seront fondés sur des connaissances mieux diffusées, plutôt que sur des « certitudes » ânonnées sans relâche comme des dogmes (et qui d’ailleurs n’ont cessé de varier au gré de la communication officielle, des incertitudes sur la transmission du virus par les vaccinés à la dangerosité de tel vaccin), et surtout qui serait construite avec les personnes concernées, mieux à même d’arbitrer entre des contraintes aussi lourdes, scientifiques, personnel médical, association de patients, etc.

La voie démocratique pour échapper à l’étau

Ce que notre situation de crise révèle en effet, c’est qu’il est ardu d’échapper à l’étau tragique entre des scientifiques, dont l’expertise ne doit pas faire décision politique, et des politiques, dont le pouvoir n’a pas le monopole d’une compétence dont chacun·e est doté·e quand il s’agit de penser et d’agir réellement pour et avec les autres. Seule la voie démocratique peut permettre de déjouer cet écueil, lorsqu’elle est animée par une « population éclairée [capable de] se prendre concrètement en charge en résistant au pouvoir, qui infantilise à force de consignes obligatoires, comme aux médias, qui terrorisent à force d’informations ressassées et presque toujours contredites [2] ».

Cette voie démocratique à laquelle nous tenons, nous devons la faire vivre dans les espaces collectifs et militants auxquels nous participons et que nous animons, mais c’est la société tout entière qui devrait s’en emparer, quelles que soient les difficultés, car il y va, fondamentalement, de nos valeurs politiques de liberté et d’humanité.


Klima krisia zuzentzeko denbora agortzen ari dela ohartarazi du NBEk Iñaki Petxarroman www.berria.eus/albisteak/203219/klima-krisia-zuzentzeko-denbora-agortzen-ari-dela-ohartarazi-du-nbek.htm

COVID-19aren ondorengo berraktibatze ekonomikoa ez dela ekologikoa jakinarazi du NBEk, hainbat zientzia erakundek eginiko txosten baten aurkezpenean.

Berotegi gasen isurketek eta pilaketak aurrekaririk gabeko kantitateetan jarraitzen dutela eta Lur planeta berotze «arriskutsu» batera daramatela ohartarazi dute gaur #ZientzianElkartuak 2021 txostenaren aurkezpenean. Munduko Meteorologia Elkarteak koordinatuta, hainbat zientzia erakundek parte hartu dute txostenaren atal ezberdinak osatzen. Gaur aurkeztu dute txostena, Glasgown egingo den COP26 bilerara begira. Hain zuzen ere, Antonio Guterres NBEko idazkari nagusiak adierazi du «denbora agortzen» ari dela, eta espero duela goi bilera hori benetako «inflexio puntua» izatea, 2050erako zero isurketen helburua lortzeko, eta 2030erako gutxienez %45eko jaitsiera erdiesteko. Besteak beste, NBEren Ingurumenerako Programak (PNUMA), Osasunaren Mundu Erakundeak (OME), Klima Aldaketarako Gobernuarteko Aditu Taldeak (IPCC), Global Carbon Projectek, Klimari buruzko Ikerketarako Munduko Programak (PMIC) eta Erresuma Batuko Meteorologia Bulegoak parte hartu dute. Haiek laburbildu dituzte, zenbait puntutan, munduak bizi duen ingurumen eta klima larrialdiaren egoera.

Atmosferako gasaren pilatzea

MMEren atmosferaren behaketarako lantaldeak egindako ikerketaren arabera, berotegi gasek metatzen jarraitzen dute, nahiz eta, 2020ko isurketen jaitsieraren ondorioz, litekeena den apur bat mantsotu dela prozesu hori behin-behinean. Metano atmosferikoaren epe motzeko murrizketak Parisko Hitzarmenaren helburuak lortzen lagun dezakeela jakinarazi du MMEren taldeak, baina hala ere, ezinbestekotzat jo du CO2 eta beste berotegi gasen isurketak gutxitzea.

Isurketak, ia 2019koen pare

Erregai fosilek eragindako isurketek orain arteko gehieneko maila jo zuten 2019an: 36,64 gigatona CO2. 2020an %5,6 apaldu ziren -1,98 gigatona-, pandemiak eragindako moteltze ekonomikoaren erruz. Alabaina, Global Carbon Projectek egindako estimazioen arabera, 2021eko lehen zazpi hilabeteotan energiari eta industriari dagozkion isurketak 2019koaren pare (edo gorago) daude. Errepide garraioari dagozkionak oraindik txikiagoak dira 2019an baino, %5 inguru. Itsas eta aire garraioari buruzko daturik oraindik ez dute. Alabaina, oro har, isurketak 2019koen antzeko kantitateetan amaituko dutela ohartarazi dute. Hirugarren gas indartsuenari dagokionez (N20), haren isurketak oraindik gehiago hazten ari direla jakinarazi du.

Jaitsiera aurreikuspenak ez dira nahikoak

PNUMAk egindako ikerketaren arabera, Parisko Hitzarmenak aipatzen duen bi graduko berotzea bermatzeko egungo isurketak 15 gigatona txikiagoak izan behar dira CO2 baliokideetan, eta 32 gigatona txikiagoak 1,5 gradukoa bermatzeko. 2030erako ez da isurketen jaitsiera esanguratsu bat egongo, baldin eta suspertze ekonomikoa ez bada oinarritzen «deskarbonizazio sakon» batean. PNUMAk «pozgarritzat» jo du hainbat herrialdek azaldu dituzten deskarbonizaziorako asmoak, egungo isurketek %63 inguru gutxitzea ekarriko luketelako. Alabaina, askotan aipatzen den moduan, asmo horiek epe luzekoak direla ohartarazi du, eta ezinbestekotzat jo du plan handinahiagoak gauzatzea 2030era begira.

1,5 graduko berotzea, gero eta gertuago

MMEk egindako ikerketaren arabera, 2017-2021 aldiari dagokion airearen batez besteko tenperatura 1,06-1,26 handiagoa izan da industria aurreko aroan baino. Artikoko izotzaren udako hedadura eta lodiera 1981-2010 aldikoaren batez bestekoaren azpikoa izan zen. 2020ko irailean inoizko txikietan bigarrena izan zen izotz geruzaren hedadura. Munduko Meteorologia Erakundeak gogoratu du muturreko fenomeno meteorologiko gogoangarriak izan direla aurtengo udan, eta horien artean azpimarratu ditu Ipar Amerikako tenperatura beroak eta Europa mendebaldean izandako uholde handiak. Fenomeno horiek gizakiak eragindako klima aldaketaren seinale agerikotzat jo ditu.

Hurrengo bosturtekorako klima

Erresuma Batuko Meteorologia Bulegoak egindako ikerketaren arabera, hurrengo bosturtekoan oso litekeena da urtero gainditzea, gutxienez gradu batean, industria aurreko batez besteko airearen tenperatura. «Oso litekeena da igoera 0,9 eta 1,8 gradu artekoa izatea”. Halaber, erakunde horren proiekzioaren arabera, %40ko aukera dago industria aurreko tenperatura 1,5 gradu gainditzea urteren batean. Bosturteko batez besteko tenperaturak 1,5 gradu gainditzea industria aurrekoa ez da horren gertagarria, haren ustez, aukeren %10 bakarrik ematen dio. Prezipitazioen inguruan, Afrikako Sahel inguruan eta goi latitudeetan gehiago izatea litekeena dela jakinarazi du.

Aldaketak, milaka urtean ikusi gabeak

IPCCk egin du ikerketaren beste atal bat, eta haren arabera, gizakiaren jardunak eragin du atmosferaren, lurraren eta ozeanoen berotze bat. Horrek aldaketa bizkorrak eragin ditu atmosferan, ozeanoetan, kriosferan eta biosferan. Aldaketa horiek «aurrekaririk gabekoak» dira milaka urtean, IPCCren arabera. Izandako eraldatze bizkor horren erruz, fenomeno meteorologiko muturrekoak gero eta ohikoagoak dira munduko eskualde guztietan.

Beroaldiak eta infekzioak, batera

Hain zuzen ere, atal horri egin dio bere ekarpena OMEk, gizakien osasunean klima aldaketa izaten ari den eragina aztertuta. Batetik, gogoratu du 2019an, beroaren erruz, 103.000 milioi lanordu galdu zirela 2000. urtekoarekin alderatuta. COVID-19a bezalako infekzioen arriskuari gehitu egin behar zaizkio beroaldiek, sute larriek eta airearen kalitate txarrak dakarten eragina. Horiek kaltea egiten dute planeta osoko herritarrengan, baina bereziki kalteberak diren eskualde eta giza taldeetan.

Itsasoa, gero eta gorago

1900etatik 2018ra 20 zentimetro igo zen itsasoaren batez besteko maila. 2006tik 2018ra 3,7 + 0,5 milimetro igo zen urtero. Isurketak gutxituko balira ere, itsasoaren maila igotzen jarraituko duela jakinarazi dute Gobernuarteko Batzorde Ozeanografikoak, PMICk, meteorologia erakundeak eta Zientzien Nazioarteko Kontseiluak batera egindako ikerketan. Hau da, 0,3 eta 0,6 metro artean igoko da ozeanoen altuera mende amaierara bitartean, isurketak jaitsi eta tenperaturen igoera bi gradutik beherakoa balitz ere. 2300 bitartean 0,3 eta 3,1 metro artean igo daiteke itsasoaren batez besteko maila Lur planetan. Gorakada horretara egokitzea funtsezkoa izango dela jakinarazi dute, bereziki kostaldeko eremu, delta eta hirietan.