Articles du Vendredi : Sélection du 16 avril 2021


Les Républicains et l’extrême droite à l’assaut de la loi ‘climat’ Mickael Correia www.mediapart.fr/journal/france/100421/les-republicains-et-l-extreme-droite-l-assaut-de-la-loi-climat

Dans le cadre du débat parlementaire en cours sur la loi «climat», les Républicains ont âprement défendu le gaz fossile face à l’«écologie punitive». Entre localisme et discours pro-nucléaire, l’extrême droite est quant à elle restée empêtrée dans ses contradictions.

Avec dix heures de temps de parole sur les quarante-cinq que compte le débat parlementaire en cours sur le projet de loi «climat», le groupe Les Républicains (LR) est le premier à pouvoir porter sa voix dans l’hémicycle face à la majorité.

Il représente également celui qui a déposé le plus grand nombre d’amendements: plus de 2100, contre 1678 côté La République en marche (LREM) et 684 pour les socialistes.

Une aubaine pour rehausser l’ambition d’un texte dont la portée climatique a été totalement annihilée par le gouvernement? Loin de là.

Dès la discussion générale en séance plénière qui a débuté le lundi 29mars, Julien Aubert, député LR du Vaucluse, a lâché: «Nous avons espéré que Mme le ministre [chargé de l’environnement – ndlr] se rattrape sur le gaz, une énergie essentielle pour la transition énergétique, car moins mauvaise que le charbon et que le pétrole, mais pas du tout.»

Si le gaz génère jusqu’à un tiers d’émissions de CO2 en moins que le pétrole et moitié moins que le charbon, l’élu met sous le tapis le fait que l’ensemble de l’Union européenne doit réduire de 30% sa consommation de gaz fossile d’ici à 2030 pour atteindre ses objectifs climatiques.

Le gaz naturel est par ailleurs fortement émetteur de méthane, un gaz dont l’effet réchauffant est vingt-huit fois supérieur au CO2. Dès 2017, l’Agence internationale de l’énergie dévoilait que «ces émissions de méthane ne peuvent être ignorées et représentent un risque évident pour les qualités environnementales du gaz naturel». Une réalité climatique balayée d’un revers de main par Julien Aubert qui, joint par Mediapart, explique: «Il y a de la part du gouvernement une “satanisation’’ des énergies fossiles. Déjà, durant la loi sur la transition énergétique de 2014, je faisais le distinguo entre les énergies “rouges” telles que le pétrole, les énergies vertes et les énergies “orange” comme le gaz. La transition énergétique doit s’appuyer sur les énergies orange car, contrairement à ce que pensent les écologistes, nous ne pouvons pas basculer du jour au lendemain du rouge au vert.»

L’urgence climatique de réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre d’ici la fin de la décennie attendra.

Le jeudi 1er avril, durant les échanges à propos de l’article 4 du projet de loi visant à interdire la publicité en faveur des énergies fossiles, les élus LR se sont succédé au micro afin de défendre bec et ongles le gaz fossile. Au moins huit amendements portés par des députés LR demandaient à supprimer cet article ou à faire une exception publicitaire concernant le gaz, sous prétexte de «ses avantages environnementaux».

Premier signataire d’un de ces amendements pro-gaz, Philippe Meyer, député LR du Bas-Rhin, a ainsi argué devant l’Assemblée: «Je rappelle que si le gaz est une énergie fossile, il émet moins de CO2 que le charbon ou le pétrole, de sorte que son utilisation réduit de fait les émissions de gaz à effet de serre.»

Un argument repris dans la foulée par Thibault Bazin, élu Les Républicains de Meurthe-et-Moselle: «Il faut opérer une distinction entre les différentes énergies fossiles […]. L’utilisation [du gaz] est donc à même de permettre la réduction progressive des gaz à effet de serre, notamment dans le secteur du chauffage.»

Un contresens climatique. En 2018, le gaz naturel représentaiten effet 64% des rejets de CO2 des logements résidentiels, le principal poste émetteur des habitations étant le chauffage – plus de 80% du total.

Contacté par Mediapart, l’élu lorrain, face à ces chiffres édités il y a quatre mois par le ministère de l’environnement, s’est contenté de répondre, non sans embarras : «Le gaz en lui-même n’est pas la panacée, mais il faut être réaliste et pragmatique. Pour abandonner le fioul ou le charbon, nous avons encore besoin de gaz, et ce serait dommage de pénaliser les industriels qui sont engagés sur des trajectoires vertueuses.»

Toujours à propos de l’article 4 du projet de loi, le député de Haute-Savoie Martial Saddier a pour sa part avancé les qualités non polluantes du gaz: «Dans les zones géographiques où il n’y a ni éoliennes, parce qu’il n’y a pas de vent, ni de panneaux solaires, car il n’y a guère d’ensoleillement, c’est l’utilisation du gaz naturel qui a en grande partie permis de lutter contre les particules fines.»

Valérie Beauvais, élue de la Marne, a quant à elle tenté une ultime parade en promouvant le bien-fondé de la publicité pour le gaz naturel pour véhicule.

Malgré cet assaut LR en bande organisée, la totalité de leurs amendements fossiles a été retoquée.

Vent debout contre l’éolien

Les Républicains se sont également focalisés durant leur prise de parole sur une de leurs marottes favorites: l’opposition aux éoliennes.

Le député LR du Jura, Jean-Marie Sermier, a, dès les premiers jours de séance plénière, dénoncé: «Prenons l’exemple des éoliennes […].Les mâts, largement subventionnés, défigurent les territoires pour une efficacité très relative. Les Républicains le disent clairement: nous voulons un moratoire sur les implantations d’éoliennes.»

Ce moratoire est une des idées phares portées dans le « Livret vert » de Julien Aubert, publié en février 2020 par son mouvement Oser la France, dans l’optique de «mettre fin à l’écologie liberticide et punitive, en appliquant un principe de bon sens».

L’élu LR du Vaucluse a fait de l’opposition aux éoliennes son cheval de bataille, au point que, fin 2020, il a été l’auteur d’une proposition de loi«visant à raisonner le développement de l’éolien». Le texte dénonce pêle-mêle «l’essor excessif» des éoliennes en France, les «conflits d’usages» qu’elles provoquent, mais surtout le «déni de démocratie» et la «véritable gabegie financière» inhérents au développement de l’éolien.

En conséquence, Julien Aubert y préconise le durcissement des règles d’implantation des éoliennes et le renforcement de l’autorité de décision des élus locaux.

Ainsi, le vendredi 9 avril, lors des discussions autour de l’article 22 du projet de loi portant sur le développement des énergies renouvelables – et donc des éoliennes –, le parti des Républicains a défendu une série d’amendements requérant plus de pouvoir décisionnaire à l’échelon régional quant à cette question. Des demandes de modifications qui ont été rejetées par la représentation nationale.

Enfin, la droite a martelé son habituel discours pronucléaire, rappelant au passage que cette énergie n’est aucunement mentionnée dans le projet de loi «climat». Jean-Marie Sermier a ressorti la figure tutélaire de la droite française lors de la discussion générale autour du texte, affirmant: «La France a la chance de bénéficier encore de la vision stratégique du général de Gaulle, ce qui lui permet à la fois d’assurer son indépendance énergétique et d’être le pays développé qui produit le moins d’émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc réaffirmer notre soutien à la filière nucléaire.»

Cette obsession de l’atome se traduit dans les propositions travaillées en novembre 2020 lors de la Convention sur le réchauffement climatique des Républicains. Ces derniers appellent à «prolonger la durée de vie des réacteurs jusqu’à 60ans et [à]engager la construction de six EPR [réacteurs pressurisés européens – ndlr]de nouvelle génération».

Qu’importe qu’en juillet dernier la Cour des comptes ait épinglé le coût du chantier de l’EPR de Flamanville, passé des 3,3milliards d’euros prévus initialement à plus de 19milliards d’euros.

« Onze des douze principaux contrats de l’EPR ont connu des augmentations de coût comprises entre 100 et 700%», commente l’institution financière, avant de qualifier les travaux de Flamanville d’«échec opérationnel».

Le mercredi 7 avril, l’Autorité de sûreté nucléaire annonçait un nouveau report de la mise en service de l’EPR pour fin 2022. Le projet a déjà cumulé dix ans de retard.

Localisme réactionnaire

L’anti-éolien primaire et la défense du nucléaire coûte que coûte, c’est aussi ce qu’ont porté haut et fort les bancs de l’extrême droite dans l’hémicycle.

Fustigeant l’«écologie punitive sans-frontiériste», Marine Le Pen assurait ainsi le lundi 29 mars: «Les Français […] subissent les mondialistes qui leur imposent des traités de libre-échange et des éoliennes.»

Le même jour, Nicolas Meizonnet, élu Rassemblement national (RN) du Gard, pointait: «La prolifération des éoliennes, [qui] défigurent nos paysages, engendre un bétonnage massif et soulève de graves interrogations en matière de santé publique.»

Un discours colporté dès le lendemain par l’élue d’extrême droite de l’Hérault Emmanuelle Ménard. Sur le projet de loi «climat», elle est la sixième députée à avoir déposé le plus d’amendements – près de 130 – pour alerter Barbara Pompili sur « des sujets aussi essentiels que l’énergie éolienne, sur laquelle vous misez beaucoup alors qu’elle est de moins en moins acceptée par les Français».

Quelques minutes plus tard, Nicolas Dupont-Aignan, de Debout la France, appuyait: «La France se couvre d’éoliennes qui détruisent nos paysages.» Ce à quoi Maxime Minot, député LR de l’Oise, a répliqué: «C’est bien vrai!»

« L’attachement traditionaliste au terroir et la préservation du paysage, que viendrait ici défigurer l’éolien, est un discours typique de l’extrême droite, analyse Pierre Charbonnier, philosophe et chargé de recherche au CNRS à Sciences-Po, qui étudie les liens entre science politique et questions environnementales. Donner une valeur d’éternité à un paysage, alors qu’il est le produit d’un développement historique et social, est propre à la pensée réactionnaire. L’extrême droite fait exactement la même chose quand elle fige la race blanche comme race pure, éternelle.»

Sur la question nucléaire, Marie-France Lorho, députée du Vaucluse affiliée à la Ligue du Sud, a indiqué le 29mars devant l’Assemblée: «Il y a deux façons de répondre aux enjeux climatiques: la décroissance ou bien l’investissement technologique […].La recherche et l’innovation ont permis de construire des réacteurs EPR qui consomment 7 à 15% de moins que les réacteurs classiques.» «

Les Français bénéficient de l’une des électricités les moins polluantes d’Europe, les moins chères […]. Au lieu de sacrifier la filière nucléaire et ses emplois, défendez cette industrie nationale que le monde nous envie», a développé ensuite Nicolas Meizonnet, jouant la carte de la souverainetéet du social.

D’après Pierre Charbonnier, cette défense du nucléaire par la droite nationaliste constitue un brouillage idéologique. «L’extrême droite est foncièrement antimoderniste et antiprogressiste, mais comme ici la souveraineté nationale est du côté du nucléaire, ils se retrouvent paradoxalement à défendre cette technologie de pointe», souligne le philosophe.

Ne disposant que de 50 minutes de temps de parole à se partager entre non-inscrits, le débat parlementaire en séance publique a surtout été, pour le Rassemblement national, l’occasion d’annoncer que le parti d’extrême droite serait aussi sur le terrain de l’écologie lors de la future présidentielle.

Début mars, alors que débutait l’examen en commission parlementaire du projet de loi «climat», Marine Le Pen, dans une logique de présidentialisation,avait déjà présenté à la presse une contre-proposition de référendum sur l’écologie, en réponse à celui promis par Emmanuel. Le projet de votation du RN était composé de 15 questions sur l’environnement avec au menu, entre autres, l’investissement dans le nucléaire, l’arrêt de la construction d’éoliennes et le localisme.

«Vous vous en doutez, j’aurai l’occasion, dans les prochains mois, de développer ma vision de l’écologie et de la nécessaire protection de notre maison commune, une vision reposant sur un modèle localiste, protégé par des frontières», a alors déclaré en séance publique le 29 mars Marine Le Pen, avant d’ajouter: «Comme le dit si bien Hervé Juvin, “l’écologie devrait être la science de la joie de vivre”.»

Hervé Juvin est la caution intellectuelle du parti sur la question écologique depuis qu’il a rédigé, en janvier 2017, un discours sur l’environnement prononcé par Marine Le Pen. Cet essayiste et ancien proche de Raymond Barre a théorisé le localisme version RN, un «bio-conservatisme» qui promeut notamment l’affirmation de l’identité territoriale ou encore les circuits courts pour soutenir les producteurs locaux.

«C’est une pensée qui date au moins de l’entre-deuxguerres, qui s’est nourrie de la déstabilisation des relations sociales du monde paysan, et sur laquelle s’appuyaitdéjà Maurice Barrès, poursuit Pierre Charbonnier. Une contre-idéologie réactionnaire s’est alors construite sur le mythe du paysan ancré à sa terre, à sa famille, à sa race, permettant au demeurant d’y caser le fantasme antisémite de l’élite mondialisée.»

Et le chercheur de conclure: «Le RN peut difficilement ne pas parler d’écologie durant la loi “climat” car c’est un sujet politique devenu central, ne serait-ce que pour séduire une partie de l’électorat. Mais pour 2022, la stratégie verte du RN demeure une inconnue. L’extrême droite n’est jamais à une contradiction près sur l’environnement…»

Une contradiction qu’incarne à merveille Hervé Juvin. À la suite de son élection en tant qu’eurodéputé RN en 2019, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique dévoilait que l’éco-pourfendeur du mondialisme était actionnaire d’Amazon, de Microsoft et du pétrolier Total.

L’agro-industrie et la ‘ loi du silence ‘ Stéphane Foucart www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/11/deboulonner-une-roue-de-la-voiture-de-la-journaliste-morgan-large-n-est-pas-un-geste-d-intimidation-mais-une-tentative-de-blesser-ou-de-tuer_6076344_3232.html

Morgan Large est journaliste, elle travaille pour Radio Kreiz Breizh (RKB), une radio associative établie à SaintNicodème (Côtesd’Armor). En Bretagne, elle est connue pour son travail sur les dégâts de l’agroindustrie, sur la manière dont les poulaillers et les porcheries industriels, les entrepôts et les silos géants des coopératives, et les parcelles interminables de grandes cultures, saccagent lentement la beauté du pays. « Mettre la plume dans la plaie », n’estce pas ce que sont censés faire les journalistes ?

Tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Dans la nuit du 26 mars au 27 mars, Morgan Large est réveillée par les aboiements de son chien. La porte ouverte, celui-ci se précipite vers la voiture, garée non loin. Une sonnerie de téléphone retentit tout à côté. Quatre jours plus tard, la journaliste trouve sur le chemin de sa maison un boulon de roue, réalise qu’il appartient à sa voiture et qu’il en manque un autre, sur la même jante. L’un de ses voisins lui confie l’avoir trouvé trois jours plus tôt, le samedi 27 mars, non loin de chez elle.

Morgan Large a donc sans doute circulé, quatre jours durant, dans un véhicule saboté, au risque de sa vie, de celle de ses enfants. Déboulonner partiellement une roue n’est pas un geste de menace ou d’intimidation, ce n’est pas un avertissement. C’est une tentative discrète de mettre hors d’état de nuire, ou, pour le dire plus simplement, de blesser ou de tuer. Près d’un millier de personnes ne s’y sont pas trompées et se sont réunies, mardi 6 avril, à Rostrenen, pour manifester leur soutien à la journaliste.

L’attentat n’est pas venu sans avertissements. Régulièrement stigmatisée par les collectivités locales ou des industriels, la journaliste est ciblée avec une agressivité décuplée depuis qu’elle a témoigné dans un remarquable documentaire, Bretagne, une terre sacrifiée, diffusé en novembre 2020 sur France 5, et qui a réuni plus d’un million de téléspectateurs. Appels téléphoniques nocturnes, menaces sur les réseaux sociaux où sa photo est diffusée, intrusion nocturne dans les locaux de RKB ou chez elle, où les prés ont été ouverts pour laisser ses animaux divaguer… En janvier, son chien a été empoisonné.

Depuis plusieurs années, les journalistes installés en Bretagne alertent sur la « loi du silence » qui leur est imposée autour de l’industrie agroalimentaire. La journaliste indépendante Inès Léraud, co-autrice de l’enquête en bande dessinée Algues vertes. L’histoire interdite (Delcourt/ La Revue dessinée, 2019), en a particulièrement fait les frais. Entre autres choses, Inès Léraud est régulièrement ciblée par des plaintes en diffamation de groupes industriels, plaintes parfois retirées quelques jours avant l’audience, et qui ne visent qu’à inquiéter, à épuiser financièrement et psychologiquement la journaliste. Et in fine à imposer le silence.

Devant cette accumulation d’atteintes à la liberté d’informer – dont on voit qu’elles pourraient finir de manière dramatique –, les pouvoirs publics restent cois. Ces derniers jours, on cherche en vain une réaction, à l’Elysée, à Matignon ou ailleurs, qui soit à la mesure de la gravité des agissements ciblant Mme Large. Un silence dont on ne peut que s’étonner, la liberté d’expression étant sur d’autres sujets portée au sommet des préoccupations du pouvoir.

Altercation

Le gouvernement ne s’en tient pas, dans cette histoire, à la neutralité. Il a choisi un camp. La réalité est que son action conforte les adversaires les plus radicaux de la liberté de la presse, sur les questions d’agriculture et d’environnement. En reprenant à son compte les éléments de langage des propagandistes de l’agriculture intensive – le désormais célèbre « agribashing » – et en privatisant l’action de la gendarmerie nationale par la création de la cellule Demeter, le gouvernement a contribué à criminaliser ceux qui s’inquiètent publiquement des dégâts de l’agroindustrie.

Depuis octobre 2019, la cellule de gendarmerie Demeter est notamment chargée, selon la convention signée entre le ministère de l’intérieur et la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), « de la prévention et du suivi (…) des actions de nature idéologique » visant des exploitants, y compris lorsqu’il ne s’agit que « de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ».

La presse entre-t-elle dans ces catégories ? Fin mars, alors que Morgan Large circule avec une roue partiellement déboulonnée, une journaliste de radio allemande est en reportage dans les parages, en Argoat. Un tracteur passe. Elle tend son micro pour capter l’ambiance sonore. L’agriculteur s’arrête, interroge. Elle décline sa qualité de journaliste. S’ensuit une discussion tendue, le micro reste ouvert. L’agriculteur proteste de l’enregistrement et c’est l’altercation. Le soir venu, dans sa pension, la journaliste voit débarquer l’agriculteur encadré de deux gendarmes qui exigent l’effacement des bandes. Au cours de l’intervention, l’intéressée est copieusement injuriée devant les forces de l’ordre, qui n’y voient rien à redire.

Au-delà de la question de savoir si une journaliste peut enregistrer une discussion un peu vive sans avoir recueilli l’assentiment exprès d’un interlocuteur (dont elle ignore l’identité), il est surprenant qu’une équipe de gendarmerie puisse être aussi facilement mobilisable, en soirée, pour une tâche aussi délicate que la suppression des enregistrements d’une journaliste étrangère. Celleci n’en revient toujours pas. « Tout s’est passé comme si les gendarmes étaient au service de l’agriculteur », raconte-t-elle au Monde. Ne l’étaient-ils pas, en réalité ? En Bretagne, les pouvoirs publics ont laissé s’installer un dangereux sentiment de toute puissance et d’impunité.

Résidences secondaire (1) : Relancer la machine Peio Etcheverry-Ainchart www.enbata.info/articles/residences-secondaire-1-relancer-la-machine

Le nombre de résidences secondaires en Iparralde pèse lourdement sur la situation locale du foncier et du logement. Si ce constat commence à faire consensus, il faut en faire le préalable du PLH en cours de discussion, afin de pouvoir produire du logement sans avoir besoin d’en construire.

Qui l’eût cru il y a une vingtaine d’années à peine, quand Abertzaleen Batasuna lançait une campagne sur le front des résidences secondaires et que la bien-pensance locale lui reprochait au mieux une bataille d’arrière-garde, mais plus souvent encore dogmatisme et démagogie ? Aujourd’hui tout le monde s’accorde autour du PLH sur la nécessité de limiter le poids des résidences secondaires au Pays Basque ! Les évidences sont parfois comme les diamants : il faut infatigablement tailler la roche avant qu’ils apparaissent dans toute leur clarté.

Prise de conscience à géométrie variable

Mais la bataille est loin d’être gagnée pour autant, parce que tout le monde ne situe pas au même niveau la pression qui doit être exercée sur ce type de logements, cela limitant la portée de toute action.

Certains considèrent ainsi que les résidences secondaires doivent seulement être limitées en proportion, c’est-à-dire sans chercher à limiter leur poids en valeur absolue mais en construisant par ailleurs davantage de résidences principales; c’est notamment la logique portée par le projet actuel de PLH, promesse de fuite en avant dans la bétonnisation de ce pays.

D’autres se parent d’une philosophie fiscale, consistant à laisser entendre que surtaxer les résidents secondaires serait une mesure confiscatoire, feignant d’oublier qui en réalité confisque à qui la possibilité de se loger en Pays Basque…

D’autres encore affirment que la résidence secondaire reste non seulement consubstantielle de la fonction – j’ai presque écrit « destinée » – touristique du territoire, mais qu’en outre elle contribue à l’économie locale ; terrible conception essentialiste du territoire, ainsi appelé à faire passer les baigneurs estivaux avant les péquenots du coin, mais aussi curieuse arithmétique qui calcule qu’un logement occupé 30 jours par an profiterait davantage au pays que s’il était occupé 365 jours.

Laissons de côté les éternels ultralibéraux qui en restent à leur logique de liberté totale offerte aux plus riches de faire ce qu’ils veulent au mépris des conséquences sociales ou écologiques et sans que personne n’ait le droit de s’en mêler ; ceux-là sont de plus en plus minoritaires.

Mais en additionnant toutes ces postures, il reste que si consensus il y a sur l’existence d’un enjeu autour de la résidence secondaire, ce dernier est encore considéré comme un sujet parmi d’autres et non comme un incontournable préalable aux politiques publiques.

Asséner le diagnostic

Il est donc essentiel de continuer à asséner le diagnostic. La résidence secondaire au Pays Basque, c’est plus de 45.000 logements sous-occupés auxquels il faut ajouter les logements vacants et les locations saisonnières “pures”.

Un gisement qui affaiblit artificiellement une offre en logements pourtant suffisante en nombre même face à une demande exponentielle, condamnant à bâtir toujours plus si l’on refuse d’y toucher de manière plus efficace.

Puisque tant de gens refusent de comprendre ce que représenterait la remise d’une partie même infime de ces logements sur le marché de la résidence principale, présentons-leur donc cela en chiffres simples, assortis de leurs conséquences en chaîne.

Le PLH réclame de produire plus de 16.000 logements neufs sur 6 ans dont plus de la moitié sociaux, la part restant en logements “libres” représentant donc à la louche 8.000 (oublions par commodité le bon tiers de résidences secondaires que ce même PLH continue de prévoir dans ces constructions nouvelles, ce qui n’est pas le moindre de ses paradoxes).

Une résidence secondaire ne deviendra jamais un logement social, mais il peut par changement d’usage devenir une résidence principale. 8.000 résidences secondaires en moins, c’est donc 8.000 logements principaux en moins à construire.

À raison de 50m2 par logement en moyenne, cela fait 40 hectares de foncier économisés soit 56 terrains de football, sans compter le foncier nécessaire aux parkings, accès routiers, assainissement, etc!

Comme une part énorme des résidences secondaires mobilisables sont des appartements situés en centres-villes, à raison de deux voitures par foyer cela fait 16.000 voitures potentiellement moins immergées dans les déplacements de longue distance vers les services publics, toute une partie de l’offre culturelle, sportive ou commerciale, ou simplement le lieu de travail. Donc aussi moins de pollution, d’accidents, plus de temps personnel, etc.

Produire n’est pas forcément construire

Le trait est évidemment grossi pour les besoins de la pédagogie, mais le fond est bien là : dans un territoire où la pression foncière est si forte et les inégalités face au logement si profondes, où le littoral sature sous le béton des chantiers et le gaz carbonique des voitures, et dans un contexte d’urgence climatique toujours plus dramatique, on ne peut pas tolérer que le bon plaisir de près de 50 000 propriétaires de résidences secondaires impose à tout un territoire où ils ne résident même pas l’obligation de construire à un rythme aussi effréné.

Le droit d’avoir un logement passe avant celui d’en avoir deux, mais le devoir de préserver son pays et sa planète passe également avant le privilège d’en jouir en simple consommateur.

Si l’on suit cette logique de meilleur usage de l’existant, il devient évident que produire du logement n’est pas forcément en construire. Il est un fait en économie que le problème des richesses ne tient pas souvent dans leur manque mais dans leur inégale répartition ; le problème du logement relève de la même logique, en tout cas au Pays Basque.

Reste une dernière question : devant ce constat, que faire ? J’y reviendrai dans ma prochaine chronique, m’excusant par avance de sacrifier une nouvelle fois à la technique un peu lourdingue du feuilleton.

Garapenaren izenean / Begi Bistan / Asterokotasunaren isla grafikoa Axier Lopez www.argia.eus/blogak/begi-bistan/2021/04/12/garapenaren-izenean

Orain 25 urte motozerra batzuen gaueko txinpartek gure herriko historia modernoaren ekintza gogoangarrienetakoa osatu zuten Itoitzen. Arrakastatsua, ikusgarria eta justua izan zelako ekintza. Gauza asko aldatu da mende laurden honetan, baina natura porlanaz estaltzeko demak bere horretan darrai. Baztango Lekarozen 300 bat lagun bizi dira, inguru ederrean. Eta aurreko eta oraingo Nafarroako gobernuek Aroztegiako jauregia lau izarreko Palacio de Arozteguía Baztan Curio Collection by Hilton hotel bilakatu nahi dute, inguruan 226 etxebizitzako urbanizazioa, golf zelaia, fitness eta “spa-weelnnes” zonaldearekin batera. Garapenaren izenean. Zorionez, lehen bezalatsu, orain ere halako makroproiektuei aurre egiteko gorputza jartzeko prest dagoen jendea ez da falta.