Articles du Vendredi : Sélection du 14 février 2020


Les mesures pour le climat annoncées par Macron sont « insuffisantes et anecdotiques » Audrey Garric www.lemonde.fr/politique/article/2020/02/14/virage-vert-d-emmanuel-macron-des-mesures-insuffisantes-et-anecdotiques_6029565_823448.html

Le déplacement à Chamonix a été critiqué par certaines ONG et des députés de l’opposition, qui y voient surtout de la  com.

Il n’était pas encore redescendu de la mer de Glace, où il a observé la fonte accélérée du célèbre glacier du massif du Mont-Blanc, que les critiques dénonçaient « une hypocrisie au sommet ». Le déplacement d’Emmanuel Macron à Chamonix (Haute-Savoie), mercredi 12 et jeudi 13 février, a été critiqué par certaines associations et par des députés de l’opposition, qui y voient une opération de communication pour verdir son image à un mois des élections municipales.

Le chef de l’Etat n’a fait aucune nouvelle annonce pour l’environnement, qu’il a pourtant qualifié de « combat du siècle ». Devant le personnel du nouvel Office français de la biodiversité (OFB), il s’est contenté de dresser le bilan de ses actions, citant la lutte contre l’étalement urbain, la loi sur l’économie circulaire ou encore la création, annoncée la veille, de nouveaux parcs naturels. A quelques mois de plusieurs sommets internationaux majeurs pour la biodiversité, le président a rappelé que « pour être crédibles, nous devons, en France, être exemplaires ».

« Moyens insuffisants »

« L’exemplarité de l’Etat, cela commence par respecter l’accord de Paris. Or, le gouvernement se contente de mesures insuffisantes et anecdotiques », dénonce Clément Sénéchal, chargé de la campagne climat pour Greenpeace France, qui appelle à l’adoption de « grandes mesures systémiques comme la fin des subventions aux énergies fossiles ou le rejet du CETA ». Selon un rapport du Haut Conseil pour le climat paru en juin 2019, la France n’est pas sur la bonne trajectoire pour respecter ses objectifs climatiques. D’après un document de l’Ademe, révélé par AEF info, environ 35 % des baisses d’émissions prévues ne sont en réalité couvertes par aucune politique publique.

Le député de La France insoumise François Ruffin (Somme) a également raillé « un sommet de la foutaise et de l’hypocrisie », en demandant au président de prendre des « mesures structurelles » pour le massif. « Pour ça, il faut qu’il y ait moins de camions qui le traversent », a-t-il ajouté sur Europe 1 en référence à la pollution générée par la circulation des camions dans la vallée de l’Arve.

Michel Dubromel, président de France Nature Environnement, se félicite de mesures qui « vont dans le bon sens », mais s’inquiète des « moyens insuffisants » alloués à l’Office français de la biodiversité.

Parmi les onze scientifiques et explorateurs qui ont dîné avec le président de la République au refuge du Montenvers, mercredi soir, le propos est moins acerbe. « Nous avons tous apprécié un vrai échange sans langue de bois, lors duquel nous avons rappelé que le défi est énorme mais réalisable », résume Bernard Chevassus-au-Louis, le président de l’association Humanité et biodiversité.

Michel Dubromel, président de France Nature Environnement, se félicite de mesures qui « vont dans le bon sens », mais s’inquiète des « moyens insuffisants » alloués à l’OFB, dont les missions augmentent. « Le président n’en a pas touché un mot… » De même, l’ambition d’atteindre 30 % d’aires protégées d’ici à 2022, déjà annoncée en mai 2019, doit être assortie d’un « objectif de qualité » : les aires de protection forte ne représentent que 1,8 % du territoire français, rappelle-t-il. « Tout existe dans les textes. Ce qu’il faut désormais, ce ne sont pas de nouvelles mesures, mais une mise en œuvre », conclut le climatologue Jean Jouzel.

 

Macron, le bouffon de l’écologie Hervé Kempf https://reporterre.net/Macron-le-bouffon-de-l-ecologie

  1. Macron joue l’intérêt pour l’écologie en allant voir fondre la Mer de glace sous l’œil des caméras. Mais si le thème est électoralement porteur, la réalité est que l’action du gouvernement fait régresser la protection de l’environnement et du climat en France.
  2. Macron prend tellement tout le monde pour des imbéciles qu’il continue à vouloir faire croire que la question écologique le concerne vraiment et qu’il veut agir à ce propos. On va donc ce jeudi 13 février le voir observer gravement la Mer de glace à Chamonix et l’entendre pontifier sur la biodiversité devant un parterre de fonctionnaires convoqués à grands frais pour faire la claque. Et les caméras de filmer le président et les éditorialistes de commenter « le défi écolo de Macron » (Aujourd’hui, journal du milliardaire Bernard Arnault).

Au risque de lasser, puisque l’exercice est hélas répétitif, il faut dire que, non seulement le gouvernement de M. Macron ne fait pas avancer la France sur le terrain écologique, mais qu’il la fait reculer :

  • la France ne respecte pas ses engagements sur le climat, comme l’a révélé Reporterre ;
  • l’Office national de la biodiversité (OFB), lancé à grands sons de trompe à Chamonix, démarre avec un budget en baisse par rapport aux organismes qu’il réunit ;
  • autre outil public essentiel de la protection de la biodiversité, l’Office national des forêts (ONF) est en voie de privatisation, comme l’a révélé Reporterre, et se voit orienté vers la productivité au détriment de l’équilibre écosystémique des forêts ;
  • les normes environnementales sont continûment et souterrainement affaiblies, au nom de la « simplification » ;
  • la rénovation énergétique, outil essentiel de l’indispensable transition énergétique, reste dramatiquement en retard ;
  • l’artificialisation des sols se poursuit avec le soutien du gouvernement, qui encourage par le biais des autorisations préfectorale la majorité des projets inutiles, du port de Port-la-Nouvelle aux entrepôts d’Amazon, du « grand contournement ouest » de Strasbourg à l’autoroute Toulouse-Castres, du Terminal T4 de Roissy au Charles-de-Gaulle Express ; en fait, dans les dizaines de projets destructeurs des terres agricoles que recense notre Carte des luttes à travers la France, les préfets sont presque toujours en appui du bétonnage ;
  • et l’on pourrait énumérer des mesures moins frappantes, qui toujours révèlent un choix au détriment de l’environnement : mise en péril de Terre de liens, soutien à l’importation d’huile de palme par Total, report de l’interdiction du plastique à usage unique à 2040, etc.

Tout n’est pas absolument négatif dans ce que fait le gouvernement. Et l’annonce par Mme Borne le 12 février, à l’issue du Conseil de défense écologique, de la prise en compte de la montée du niveau des mers sur les habitations côtières est utile et pertinente. Mais il ne s’agit que de réparer, alors que la prévention reste absente ou anecdotique. Souvent, la mesure est un faux-semblant pour dissimuler l’inaction : ainsi la ministre a-t-elle annoncé « la réduction de l’utilisation de l’avion pour les déplacements professionnels » des fonctionnaires. Mais comme l’a relevé la députée européenne écologiste Karima Delli, il serait plus urgent et efficace de taxer le kérosène, de favoriser le train de nuit et d’empêcher l’extension des aéroports.

En fait, en matière de politique écologique, et au regard de la gravité de la situation, on peut qualifier M. Macron de « bouffon ». Bouffon, nous dit le dictionnaire, signifie « Comédien qui joue la farce, la pantomime ». C’est bien la comédie que jouent ce président et les sbires qui lui tiennent lieu de cour, de gouvernement et de majorité parlementaire : prétendre prendre à cœur l’écologie, alors que la politique en la matière régresse.

Dans les éléments de langage de la majorité macronienne –- le texte de la farce qu’ils vont continuer à jouer —, il y a, comme l’a avancé le député LREM Jean-Charles Colas-Roy sur Public Sénat le 12 février, les décisions du gouvernement sur Notre-Dame-des-Landes, EuropaCity et la Montagne d’or en Guyane. L’argument est très intéressant : car si le gouvernement a cédé sur ces points, c’est parce qu’il y a eu une lutte tenace, obstinée, unie, d’activistes, de citoyens, d’élus, pour empêcher la destruction. C’est la leçon à tirer : il n’y a rien à attendre de spontané chez les bouffons, il faut leur arracher les gestes nécessaires. L’écologie n’avancera pas par en haut, mais par la lutte pour la vie et contre la destruction du monde.

 

 

Théo, la sagesse du radical Daniel Schneidermann www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/theo-la-sagesse-du-radical

Théo est bien coiffé, avec une légère raie de côté, comme je la portais à son âge quand je voulais faire bonne impression aux partiels. Théo a dix-huit ans, il est peut-être en première année de fac, je n’en sais rien. Je ne connais de Théo rien d’autre qu’un résumé très monté de son passage sur LCI, que je découvre sur mon réseau social addictif préféré. Mais je l’imagine bon élève, posé, bûcheur aux partiels, raisonnable, raisonnant. D’ailleurs, sur ce plateau de LCI, il ne dit que des choses raisonnables, raisonnées, il pose des limites. Oui, en tant que photographe, il participait à la brève occupation par l’association Youth for climate des locaux parisiens de Blackrock, le 10 février à Paris. Blackrock est ce gestionnaire d’actifs géant (notre émission ici) qui discourt vert et durable, mais investit dans le carbone. Au cours de cette occupation, des murs ont été tagués, et quelques trophées jetés à la poubelle (Les Echos -LVMH parlent de “siège dévasté”, les vidéos de Taha Bouhafs sont ici). Mais le mouvement connait ses limites. Par exemple, Youth for climate ne s’en prendra pas “à l’intégrité morale des personnes”.

Je dis “son passage à LCI”, mais je devrais dire : sa comparution, tant il semble énerver le trio d’adultes qui lui font face. Le chroniqueur Thierry Moreau : “il y a une radicalisation de votre mouvement, tout de même !” “Oui ça on peut le dire, d’ailleurs on le dit depuis très longtemps” Le présentateur : “Et vous avez d’autres actions du même acabit ? Contre le BTP, j’ai lu ?” “Oui contre le BTP c’est pas nous exactement, c’est Extinction Rebellion…” “…qui ont des méthodes plus radicales, pour le coup ?” “Oui mais nous Youth for climate, il y a des principes très clairs, on ne s’autorise pas…à porter atteinte à l’intégrité morale d’une personne.” L’ex-directrice de l’info de France 2 Arlette Chabot : “Non mais attendez, vous vous rendez compte de ce que vous dites, quand même. On ne s’autorise pas à taper les gens, quoi, en gros. Mais enfin je veux dire, heureusement ! C’est quand même la moindre des choses dans une société civilisée, non ? Merci. Très gentil de votre part. Hallucinant ! En revanche, dégradation des biens,  zéro problème !”

Je ne sais pourquoi, j’ai beaucoup de mal à imaginer Arlette Chabot dans une rage équivalente, si elle se trouvait face aux Balkany, condamnés pour avoir dissimulé treize millions d’euros au fisc, donc aux finances publiques. C’est beaucoup, treize millions. c’est sans doute beaucoup plus que ce que coûtera à Blackrock, ou à son assurance, le nettoiement des murs.  Je pense que ce qui sidère ou énerve le trio, ce n’est pas que Théo assume l’occupation de Blackrock. C’est qu’il soit si bien coiffé et si sage, la sagesse tranquille, à la Greta, de cette planète adolescente qui a métabolisé l’urgence climatique, et soupèse désormais ses actions militantes à l’aune de “l’autre plateau de la balance”. Que pèsent, en effet, quelques graffiti, face aux centaines de millions de morts, à l’extinction de l’espèce peut-être, de “l’autre plateau de la balance” ? Le plus adulte, sur ce plateau, n’est peut-être pas celui qu’on croit.

Pour Franc Bardòu, poète occitan, ‘quand une langue meurt, un écosystème disparaît’ Solenne Garrigues https://reporterre.net/Pour-Franc-Bardou-poete-occitan-quand-une-langue-meurt-un-ecosysteme-disparait?

Pour le poète occitan Franc Bardòu, la langue d’Oc est traversée par une « insolence critique des calculs d’intérêt et des faux apparats ». Derrière cette langue se logent des modes de vie et de penser propres à un territoire marqué par les luttes sociales et paysannes, du Larzac aux Gilets jaunes. Elle est aujourd’hui menacée d’extinction, comme toutes les autres langues dites régionales.

C’est dans une cour toulousaine soufflée par l’autan que Reporterre rencontre le poète occitan Franc Bardòu. Son col roulé en laine borde un visage espiègle, dont le rire spontané cache une certaine mélancolie. La Toulouse où il est né a gardé ses briques roses, mais elle ne chante plus comme avant. Il manque la chaleur de l’occitan dans son centre et ses faubourgs. « En 1970, c’était une mosaïque de petits villages. Les gens se connaissaient, se parlaient, allaient au café sur la placette siroter leur pastis. J’avais cinq ans, les pépés me parlaient tout le temps et pas toujours en français. Cette ville-là n’existe plus. »

Franc Bardòu retrace la trajectoire de la langue d’Oc, ses beautés et son esprit de révolte.

À travers sa vie et son art, Franc Bardòu retrace la trajectoire de la langue d’Oc, ses beautés et son esprit de révolte. Derrière cette langue romane se logent des modes de vie et de penser propres à un territoire marqué par les luttes paysannes. Répandue dans une quarantaine de départements du sud du pays, elle est aujourd’hui menacée d’extinction, comme toutes les autres langues dites régionales. Pour le poète engagé, bien plus que des mots sont concernés : « Quand une langue meurt, c’est un écosystème qui disparaît, la perte irrémédiable d’une façon d’habiter le monde », dit-il.

Le poète célèbre les paysages qui l’exaltent et s’insurge contre un pouvoir qui les bétonnise

L’occitan est le ciment qui relie les différentes facettes de son identité. Dans son écriture, Franc célèbre les paysages qui l’exaltent, autant qu’il s’insurge contre un pouvoir qui les bétonnise à marche forcée. Le sentiment de la langue d’Oc infuse son caractère anti-autoritaire, qui le mène depuis plus d’un an sur le rond-point des Gilets jaunes d’Auterive, en Haute-Garonne, ou dans les manifestations toulousaines. Depuis 1992, il la transmet en enseignant, actuellement dans les environs de son village, Gaillac-Toulza. Un métier qui doit composer aujourd’hui avec une réforme Blanquer qualifiée de « linguicide » par les défenseurs des langues minoritaires.

Si Franc a appris sa langue à l’âge de 24 ans, il comprenait enfant son arrière grand-mère de Carcassonne, qui ne parlait qu’occitan. « Je dis toujours que je l’ai appris comme un militant sur le tard, mais c’était peut-être me souvenir de quelque chose indûment oublié, qui me rendait à moi-même. »

Dans les années 1920, les parents des grandes villes ont commencé à ne plus transmettre leur langue à leurs enfants, associant le français à la réussite sociale. Mais dans les campagnes, on trouvait encore dans les années 1940 des enfants qui le parlaient tous les jours. En 1942, le grand-père de Franc, Toulousain, est entré en résistance dans le réseau Morhange. Son fils de deux ans, réfugié dans une ferme à Brax, put alors entendre et parler l’occitan jusqu’à l’âge de sept ans avec le paysan qui s’occupait de lui. « Mon père, s’il ne sait plus le parler, garde une émotion vive à le lire dans mes poèmes, ou l’écouter sur Ràdio Occitània. »

L’école a joué un rôle central dans la rupture de transmission. Dès le début du XXe siècle, elle préparait l’effort de guerre. La population devait pouvoir recevoir des ordres en français, la langue étatique et militaire. « Mon grand-père maternel de Carcassonne est arrivé à l’école en parlant occitan. Mais dès qu’il prononçait un mot dans sa langue, il était couvert de honte. » Plus tard, Franc a redécouvert ce grand-père en partageant sa langue. « Elle réveillait des pans entiers de sa mémoire, et l’envie de confier des secrets qu’il ne m’avait jamais dit en français. » Atteint de la maladie de Parkinson à la fin de sa vie, le vieil homme n’a plus parlé qu’en occitan.

Pour Franc, l’identité retrouvée par la langue d’Oc n’est pas que familiale, elle imprègne un territoire contemplé dès l’enfance : « Une plage au sud de Narbonne, qui regarde vers la montagne toute blanche du Canigou. Les lagunes, un ciel incroyablement lumineux, une mer bleue acier, les Corbières ravagées de soleil, les herbes qui sentent fort. Et pas un pélo parce que le vent t’emporte la tête et soulève le sable ! » Ce paysage méditerranéen forme, avec les Pyrénées et la Catalogne, le territoire affectif de l’écrivain. Il se plaît à s’oublier en lui et à boire ses vents, comme le souledre, qui souffle plein est et annonce la neige. Apprendre l’occitan, c’est pouvoir « se nourrir de l’esprit de cette terre, comme si elle parlait, et que nous étions ses bouches. »

Cette langue qui colle à la terre, on peut y goûter lorsqu’on regarde la splendeur du cirque de Gavarnie, dans les Hautes-Pyrénées. Au-dessus des alpages, il est formé de rocs et de glaciers (en train de fondre). Pour un occitophone de la vallée, aller en Aragon se dit : « Passar der’ aute costat deth calhau », passer de l’autre côté du caillou. « C’est un caillou, on ne peut rien faire pousser entre les pierres ! Mais aucune montagne n’est plus belle que celle-là, on en est éminemment fiers. On ne conçoit pas des concepts paysagers, on vit le paysage, directement. Avec des verbes, avec des noms simples. » L’expression occitane, qui reflète un rapport pratique et vécu à la nature, contraste avec les textes ruisselants d’images, d’adjectifs et de périphrases dont les Romantiques français ont couvert le site à sa découverte.

Franc Bardòu juge d’ailleurs son style un peu précieux dans la version française de ses poèmes. Seul l’occitan fait parler au plus près cette osmose charnelle et spirituelle à son pays, cette « aisance à exister que lui procure la vision de certaines montagnes, comme le Pech de Bugarach, le mont Valier ou le Cagire. » Les sommets pyrénéens, il commence à les gravir à l’adolescence avec le Club alpin français, une deuxième famille, qu’il considère déjà comme « le club alpin occitan. » Franc explore les montagnes en même temps qu’il découvre l’histoire cathare sous la plume de René Nelli.

Il a fallu le service militaire pour que le jeune étudiant en biologie bifurque et devienne pleinement occitaniste. « Le même sergent qui nous parlait comme à des sacs poubelle adorait Simon de Montfort ! L’armée qui nous avait envahis il y a 700-800 ans pendant la croisade albigeoise continuait de nous insulter aujourd’hui. C’était un rejet de greffe, je n’étais plus de leur pays. » Les premiers poèmes de Franc en occitan, écrits pendant l’armée, traduisent un rejet viscéral de l’autoritarisme. « Quand il fallait chanter la Marseillaise, les collègues basques et moi, on bougeait les lèvres, mais ça sortait pas de nous. On s’est reconnu tout de suite. »

Cet esprit insurgé, on le retrouve dans toute l’histoire occitane, de la révolte de Bernard Délicieux à celles des Tuchins et des Croquants, dans la République bordelaise de l’Ormée, les guerres des Camisards et des Demoiselles, la résistance au coup d’État de Bonaparte en 1851, les Communes de Marseille et de Narbonne, la révolte des vignerons en 1907, le soulèvement du Larzac… « Une histoire de personnages hauts en couleur qui me rappellent les héros de Tolkien », dit l’écrivain.

L’histoire d’un peuple majoritairement paysan et montagnard, dont les terres, autrefois divisées par les Romains, se découpent en petites propriétés. Les grandes plaines ouvertes existant peu en Occitanie, « la montagne et la rigueur du climat rendent l’entraide indispensables à la survie ». La littérature occitane est traversée par cet esprit de cohésion et de liberté, cette « insolence critique des calculs d’intérêt et des faux apparats », souvent teintée d’humour. Cherchant à qualifier un homme très grand devant lui, Bardòu s’exclame : « Aquel qu’es un despenja-figa ! » Voilà l’homme comparé à un « décrocheur de figues ». En ramenant la taille à son utilité paysanne, le poète obéit à un réflexe typiquement occitan.

Sur le rond-point d’Auterive, Franc a fait l’heureuse rencontre de Gilets jaunes qui parlent occitan, « contents de le faire et de raconter toutes sortes de souvenirs : la militance des années 1970, la lutte contre Golfech, leur montée sur le Larzac… ». Avec eux, l’écrivain se sent à sa place. Il retrouve une « collectivité humaine dont les pratiques sont anarchistes, sans que le mot soit dans les discours. » Son dernier recueil, Recoltaràs çò que semenas (Qui sème le vent récolte la tempête), est écrit en partie à leur contact. Pour lui, « ce qui accule les Gilets jaunes à la misère matérielle est la même chose qui accule les langues non officielles à se minoriser toujours davantage : un pouvoir qui s’accapare ce qu’il y aurait lieu de partager, sur le plan des biens comme celui des cultures. »

Chaque langue incarne une biodiversité à défendre

Franc Bardòu a gardé l’empreinte de ses études en biologie. Il compare aujourd’hui la diversité linguistique à la diversité génétique des espèces, indispensable pour répondre aux mutations climatiques et aux différentes adversités. « Chaque langue représente un rapport à l’existence humaine plus ou moins adapté à certaines conditions. Quand ces dernières changent, l’humanité doit pouvoir puiser dans l’abondance des cultures pour y répondre. » Si la diversité culturelle est nécessaire « pour que l’humanité ait plus de goût à vivre, par la surprise de la rencontre avec l’autre », elle l’est aussi pour des raisons de survie.

Selon un rapport de l’Unesco, sur les 6.000 langues répertoriées, la moitié perdent des locuteurs et 90 % d’entre elles risquent d’être remplacées par des langues dominantes d’ici la fin du XXIe siècle. 96 % des langues du monde sont aujourd’hui parlées par une infime partie de la population mondiale (3 %).

Notre diversité linguistique repose donc pour l’essentiel sur une petite minorité de la population mondiale. Face à ce risque « d’endogamie culturelle », Franc Bardòu résiste par ses cours et son travail à l’Académie occitane, en vue d’établir une forme standard de la langue qui réponde aux enjeux impérieux de la modernité, sans rien perdre de l’héritage culturel. Vivante, sa poésie de combat se nourrit inlassablement des beautés de la nature, comme des âmes libres de Nice et d’ailleurs.

 

15 urte indarrean, eta ahul” Nagore Irazustabarrena Uranga www.argia.eus/argia-astekaria/2677/15-urte-indarrean-eta-ahul

Kioto, 2005eko otsailaren 16a. Duela 15 urte, Japoniako hiriaren izena daraman ingurumen protokoloa jarri zen indarrean.

Kiotoko protokoloak klima-aldaketa geldiaraztea eta, horretarako, berotegi-efektua eragiten duten gasen igorpena kontrolatzea du helburu, eta ezarpenaren lehen fasearen (2005-2012) helburua igorpenak % 5,2 murriztea zen. Baina protokoloa onartu zuten herrialde guztiek ez zuten helburu berdina. Alemaniak, esaterako, %21 murriztu behar zituen igorpenak eta beste herrialde batzuei ez zitzaien eskatu emisioak jaistea, igoera mugatzea baizik; Espainiako Estatuak, adibidez, igorpenak %15 igo behar zuten soilik.

Berez, protokoloa urte batzuk lehenago onartu zen, 1997ko abenduaren 11n, hamar egunetako negoziazioen ondoren; batzordekide batek “akordioa negoziazioari esker baino aldeen akidurari esker” lortu zela aitortuko zuen gerora. Batzordeko presidente Raul Estrada Oyuelak protokoloa “aho batez” onartu zela jakinarazi zuenean,  Kiotoko kongresu jauregian bildutakoek pozez ospatu zuten. Negoziatzaileen esanetan une horretan lor zitekeen konpromisorik zabalena eta osoena izan arren, ez zen nahikoa. Pozak ez zuen iraun.

Protokoloaren bidea nekeza izan da. Duela 15 urte indarrean jarri zenean AEBek ez zuten berretsi eta ordura arte huraxe zen igorpen gehien egiten zuen herrialdea –2005az geroztik Txina da–. Espainiako Estatua, 2005ean bertan, oso urrun geratu zen %15eko igoeratik (%52) eta hurrengo urteetan emaitzek ez zuten hobera egin: 2006an %49 igo zituen emisioak eta 2007an, berriro, %52.

Bigarren fasea (2013-2020) are ahulago hasi zen, gas igorle nagusietako batzuk, hala nola AEBek, Kanadak eta Errusiak protokoloaren luzapena ez onartzea erabaki baitzuten. Lehen fasean planetako gas igorpenen %65 arautzen zuen akordioak; bigarren fasean %15 besterik ez.

Bigarren fase hori 2020ko abenduaren 31n amaituko da, baina adituek urte amaierara iritsi beharrik ez dute balantzea egiteko eta protokoloak porrot egin duela ondorioztatzeko. Batetik, helburuak ez direlako bete eta, bestetik, askok hasieratik garbi zutenez eta ikerlanek geroz eta nabarmenago esaten dutenez, akordioaren helburuak bete izan balira ere, klima aldaketa geldiaraztea ez zelako lortuko. Kiotoko protokoloa ia hilda jaio zelako.