Articles du Vendredi : Sélection du 13 novembre 2020


2020 en surchauffe climatique Sylvestre Huet www.lemonde.fr/blog/huet/2020/11/13/2020-en-surchauffe-climatique

La Nasa vient de publier les analyses des températures mondiales en octobre. Elles montrent une planète en surchauffe. Une année 2020 qui devrait titiller le record de 2016 (sur toute la période thermométrique, depuis 1880). Et cela alors que si 2016 devait à un énorme El Niño, dans le Pacifique tropical, de monter sur la première marche du podium, l’année 2020 affiche plutôt une Niña… ce qui aurait du en faire une des années les plus froides de la décennie en cours. Mais l’intensification de l’effet de serre provoquée par nos émissions massives de CO2, surtout liées aux énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz, écrase désormais la variabilité naturelle du climat.  

Octobre chaud surtout en Arctique

L’écart des températures d’octobre 2020 à la période 1951/1980 est particulièrement marqué en Arctique, puisqu’il approche… les 10°C ! Les infographistes de la Nasa sont un peu perdus, ils n’avaient pas prévu d’aller au delà de 6°C dans leur code couleur, qui affichait un rouge pétant pour l’intervalle plus 4°C à plus 6°C. De sorte qu’ils ont tenté de montrer avec un rose layette que les températures vont plus haut encore. A noter un mois d’octobre plus froid que la référence climatologique en Amérique du nord et dans certaines parties de l’Antarctique. A noter aussi les couleurs bleues sur le Pacifique équatorial, signe d’une Niña en cours, ce qui diminue temporairement la moyenne planétaire… sans l’empêcher d’afficher 0,90°C de plus que la référence climatologique. Et l’un des octobre les plus chauds depuis 1880.

La Niña est là

Les températures de la surface de l’océan Pacifique dans sa région équatoriale et tropicale sont clairement… dans le bleu. Autrement dit, l’océan est en phase Niña de son oscillation ENSO (El Niño southern oscillation), lorsque les vents poussent encore plus que lors de son état « normal » les eaux chaudes de surface vers l’Indonésie et font apparaître des eaux encore plus froides que d’habitude au large des côtes andines. Résultat : pluies torrentielles et chaleurs à l’ouest, sécheresses… et pêches miraculeuses d’anchois et sardines côté américain en raison de l’intensification du courant froid remontant des profondeurs et chargé en nutriments nourrissant le plancton. Le El Niño de 2015/2016 explique le pic de températures planétaires de 2016… mais la Niña de 2020 n’est pas en mesure d’empêcher les gaz à effet de serre émis par nos industries de hisser 2020 presque au même niveau. Pour la période janvier à octobre, 2020 est à 1,03°C de plus que la référence climatologique, contre 1,04°C pour 2016… donc au même niveau compte tenu des incertitudes de la mesure. Toutefois, le développement de la Niña pourrait peser à la baisse sur les températures mondiales dans les mois qui viennent.

Déjà +1,2°C

En 2015, lors de la Conférence des Parties de la Convention climat de l’ONU, à Paris, le texte signé par tous les Etats stipulait qu’ils se donnaient l’objectif de se rapprocher d’un nouvel objectif climatique: 1,5°C d’augmentation maximale de la moyenne planétaire relativement à la période pré-industrielle. Le graphique ci-dessous, où la référence climatique correspond à ce mode de calcul, montre que cette limite sera pulvérisée dans moins de vingt ans.

‘ Je suis passée d’une écologie des petits gestes à une écologie qui remet en question le système ‘ Barnabé Binctin www.bastamag.net/Ecologie-rassemblement-de-la-gauche-Leonore-Moncond-huy-EELV-Poitiers-education-populaire

Son jeune âge, 30 ans, et son passé de scout, en ont vite fait l’une des figures médiatiques de la vague écolo aux dernières municipales. C’est pourtant résumer un peu rapidement la victoire de Léonore Moncond’huy à Poitiers. Son succès, dit-elle, est celui de méthodes politiques ambitieuses et innovantes, basées sur l’horizontalité et la transparence. Elle s’en explique longuement dans cet entretien.

 

Basta !  : Vous êtes devenue tête de liste pour les municipales à la suite d’une « élection sans candidat ». Votre liste, « Poitiers Collectif », s’est distinguée par des méthodes assez innovantes en politique, avec un fonctionnement à la fois horizontal et le plus transparent possible. Qu’apportent tous ces outils participatifs ?

Léonore Moncond’huy [1] : De l’ouverture. Face au rejet de la politique traditionnelle et au sentiment d’exclusion, cela permet l’engagement de nouvelles générations qui ont malgré tout envie de s’investir. Nos réunions étaient ouvertes à tous, les décisions stratégiques prises en public, les programmes votés collectivement, etc. C’est une façon très concrète de dire : « Le système ne vous convient pas ? Changez-le, il vous est ouvert pour ça ». Cela convient bien à l’état d’esprit actuel, à cette défiance envers la politique : ce n’est pas un hasard si, au milieu de cette forte démobilisation électorale – seulement 33% de participation au second tour, ici, à Poitiers – c’est une liste citoyenne et écologiste qui a le plus mobilisé. Les gens ont senti qu’il y avait un vrai renouveau, qu’on se démarquait des façons conventionnelles de faire de la politique et que cela générait une bonne dynamique. On a ouvert grandes les portes du système pour que tous ceux qui veulent changer les choses puissent le faire.

Le plus dur n’est-il pas à venir, désormais élus ? Comment maintenir cette exigence collective dans votre fonctionnement, au quotidien ?

C’est un véritable défi pour nous, on y consacre beaucoup d’énergie. Nous mobilisons les mêmes méthodes que pendant la campagne, à savoir toujours privilégier la décision par consentement, en ayant pris le temps du débat et de l’écoute de chacun. Lorsque ce n’est pas possible, on tranche par un vote. C’est comme ça qu’on procède : information, échange, consentement si possible, et sinon vote. Mais ce qui compte, c’est que ce vote soit éclairé pour tout le monde.

Quand on a anticipé autant que nous la question des programmes, il y a moins de surprises et moins de décisions arbitraires à prendre. On a structuré des feuilles de route, à partir du programme élaboré ensemble pendant toute la campagne. Cela offre une plus grande liberté aux élus pour porter leurs actions, en tant que mandataires du groupe. Le temps joue pour nous : notre groupe s’est construit ensemble pendant deux ans, il se connaît bien, il évolue en confiance. Nous avons acté un principe fondamental de forte délégation aux élus : dès lors qu’il est clair et transparent, chaque élu est libre de mettre en œuvre le programme comme il le souhaite. Cela nous permet aussi de ne pas avoir à se réunir tout le temps pour prendre des décisions…

Pour les petites choses du quotidien, nous poursuivons nos réunions hebdomadaires, avec des ordres du jour participatif : chacun peut mettre un point dont il a besoin de parler en groupe. C’est une forme qui a fait ses preuves et permet de résoudre la plupart des problèmes. On a aussi gardé les outils numériques, Slack en l’occurrence, qu’on s’était fortement approprié pendant la campagne et sur lequel on discute beaucoup. Ça nous permet d’avoir un lieu permanent d’échange et de prendre des micro-décisions, sans se voir. Pour l’instant, en tant que maire, je n’ai jamais eu à prendre une décision unilatérale en matière de stratégie. Concernant les orchidées sur mon bureau, je vous rassure, je ne demande pas l’avis du groupe.

Miser autant de temps et d’énergie sur la décision collective ne peut-il pas s’avérer préjudiciable à l’efficacité de l’action politique ?

De manière générale, je pense qu’une décision est beaucoup plus efficace lorsqu’elle est concertée. C’est parfois contre-productif d’imposer une décision de manière brutale plutôt que de prendre un peu plus de temps pour se mettre autour de la table et en discuter. On le voit avec les éoliennes, par exemple : quand on impose une décision, il y a du rejet de la part des citoyens. En revanche, lorsqu’on les concerte et qu’on discute de l’utilité, de la possibilité des emplacements, on trouve des solutions.

Au-delà de l’idéal politique, la concertation est une question d’efficacité de l’action. Quitte à suspendre des projets pour prendre le temps de la concertation, ce qu’on a déjà fait depuis le début du mandat. L’exercice en mairie peut nécessiter de prendre des décisions immédiates, notamment en matière de gestion de crise, mais je suis convaincue qu’on peut concilier gestion de crise et concertation.

Vous utilisez, et revendiquez clairement, une démarche d’éducation populaire. Pourquoi est-ce un enjeu si important pour vous ?

Mon engagement politique vient de ces pédagogies fondées sur la responsabilisation, l’autonomisation, l’attention portée au collectif et les manières de le faire vivre. De tout ce que l’éducation populaire nous apprend de savoir-vivre, de savoir-faire, de savoir-être. Si notre démarche collective a fonctionné, c’est parce qu’on maîtrise ces outils d’animation et d’intelligence collectives, parce que la plupart des gens impliqués à la base ont été formés dans l’éducation populaire. Souvent, on a l’intention de faire de la concertation et de faire du commun, sans les outils qui vont avec !

Au-delà de la simple méthode, c’est bien sûr l’intention que porte l’éducation populaire : pourquoi veut-on faire de la politique de manière ouverte, transparente ? Parce qu’on veut que tout le monde puisse y participer ! Faire de la pédagogie politique dans l’espace public, cela permet que des catégories sociales qui en sont exclues y reviennent. C’est vraiment ça, notre objectif : faire de l’éducation populaire appliquée à la politique pour que chacun y participe.

C’est dans cette même logique que vous défendez la création d’une assemblée citoyenne composée de 150 habitants, qui ressemble étrangement à la Convention citoyenne pour le climat…

L’initiative de la Convention citoyenne pour le climat est formidable, cela a objectivé un certain nombre de réponses au changement climatique tout en démontrant que le bon sens citoyen pouvait se révéler bien plus ambitieux que les pouvoirs politiques censés le représenter. Il y a des propositions qu’on n’aurait même pas osé mettre, nous-mêmes, dans un programme par peur des réactions. Cela témoigne que la société est mûre pour un changement écologique assez radical. C’est à nous, politiques, de trouver les formes pour capter cette envie citoyenne d’écologie. Le problème, c’est que Macron détruit complètement les apports d’une telle démarche en ne respectant pas ses engagements. Il n’y a pas pire pour accentuer un sentiment de défiance. Ce qui est totalement contre-productif.

L’enjeu pour nous, à Poitiers, est de redonner concrètement une place au citoyen, non-élu, dans la décision municipale. Il ne s’agit pas d’ajouter une couche supplémentaire au millefeuille des instances de démocratie participative qui existent déjà : on a fait le diagnostic pendant la campagne que ça ne marche pas parce que les gens ont l’impression que ça n’a pas d’impact, que ce n’était pas pris en compte. On souhaite donc que cette assemblée citoyenne puisse avoir une place de droit au conseil municipal, où elle pourra interpeller directement les élus et traiter des référendums d’initiative locale. Elle sera composée d’un tiers de personnes issues d’instances déjà existantes (le conseil communal des jeunes, le comité de quartier…), d’un tiers de personnes volontaires, qui auraient envie de faire mûrir leurs engagements dans un espace plus politique, et d’un tiers de tirés au sort.

Vous vous êtes distingués en renommant les délégations sous des intitulés plutôt inhabituels : « commande publique responsable », « ville accueillante », « droits culturels », « éducation nature ». Quel est le message derrière cette novlangue militante ?

Quand on a établi ces intitulés, avant les élections, on s’est attaché à ce que ce ne soit pas de la novlangue, justement, à ce que cela ne sonne pas creux. Au contraire, cela doit donner une impulsion politique, qui indique une réorganisation des services. Nommer les choses, c’est reconnaître leur existence, et reconnaître qu’elles sont politiques. Lorsqu’on nomme un délégué à la « bientraitance animale », on dit que le bien-être animal dans l’espace public est une question politique. Idem pour « ville accueillante », c’est une façon de dire que chaque citoyen, qu’il soit étranger ou français, poitevin ou pas, doit être accueilli et traité de la même manière.

Concrètement, quels types de projets et d’actions envisagez-vous avec cette délégation « ville accueillante » ?

Sur ces questions, assumer l’accueil inconditionnel de toutes et tous, c’est déjà un gros pas en avant, politiquement. Beaucoup de municipalités font des choses sans le dire, car elles ont peur des conséquences politiques. Nous, on assume que c’est un objectif politique. On a, à Poitiers, un milieu associatif très riche qui s’occupe des migrants, donc il ne s’agit pas de faire à leur place, mais de les aider à faire ce qu’ils font déjà bien.

Par exemple sur la question importante des cours de langue, c’est tout bête : le manque de locaux étant criant, on veut aider les associations à en trouver pour pouvoir dispenser les cours de français. Pareil pour l’hébergement d’urgence, il y a un manque de places, donc nous sommes en train de chercher des solutions, pour que l’accueil ne repose pas uniquement sur des solidarités familiales, sinon ce n’est plus de la politique publique. Il y a déjà beaucoup d’initiatives qui existent et qui méritent d’être soutenues. Cela ne doit pas s’arrêter à un état d’esprit engagé et favorable, il faut soutenir les actions concrètement.

Autre mesure symbolique à votre arrivée au pouvoir, le choix de réduire votre indemnité d’élu d’environ 30 %…

Ce n’est pas comme cela qu’il faut lire la chose. L’objectif premier, c’était de réduire l’écart de 1 à 5 entre le statut le plus « bas », à savoir élu municipal délégué, et le statut le plus haut, maire. Puisqu’on veut un portage collectif du projet, où chacun est en charge de la mise en œuvre d’une partie du programme avec sa délégation, il faut qu’il y ait une reconnaissance financière adéquate. Ma baisse de rémunération n’est qu’une conséquence de cette harmonisation. Mais tant mieux si ça permet aussi d’envoyer un message de sobriété.

L’un des enjeux politiques majeurs aujourd’hui, à l’échelle nationale, concerne les services publics, à l’heure où plusieurs d’entre eux sont très fragilisés (éducation) ou en passe de s’effondrer (l’hôpital public) : quel discours portez-vous sur ces sujets, et avec quels moyens ?

Les services publics garantissent l’égalité de toutes et tous devant la loi, devant l’accès aux droits et devant la redistribution des richesses, tout simplement.

Notre approche du service public, c’est ce qui montre qu’on est de gauche, et ce qui permet de répondre à cette question qu’on nous renvoie encore : « L’écologie est-elle de gauche ?  ». Le service public, c’est aussi une façon de mettre tout le monde à égalité face à l’écologie. Prenez par exemple la restauration collective : on dit toujours que le bio n’est pas accessible à tous, parce que c’est cher – et c’est en partie vrai, lorsque ça repose sur un budget individuel, en supermarché. Dans les cantines, on peut proposer des tarifs adaptés aux revenus de chacun, et ainsi permettre à chaque enfant de manger du bio. Cette égalité-là, c’est le service public qui l’offre. C’est un moyen évident de mettre en œuvre les politiques écologistes.

À l’échelle d’une ville moyenne comme Poitiers, on subit tout de même beaucoup de politiques d’État qui font disparaître bon nombre de services de l’espace public. La Poste, l’hôpital, c’est l’État. Notre principal levier, c’est de travailler à l’accessibilité des services municipaux. On porte par exemple l’idée d’un plan municipal du « numérique responsable » : aujourd’hui, le discours dominant consiste à se réjouir de la numérisation des services publics, on considère que c’est le progrès. Quand on y regarde de plus près, cela exclut beaucoup de personnes de l’accès aux droits. Maintenir un service public de proximité, c’est peut-être accepter de ne pas tout numériser, en gardant du présentiel, dans les quartiers, avec des heures d’ouverture adaptées aux horaires des gens.

Autre enjeu, l’égalité homme-femme. Envisagez-vous par exemple des temps de « non-mixité » pour les équipements sportifs, comme ça a pu être évoqué ?

Ce n’était pas dans notre programme, c’est une réflexion en cours. Il faut commencer par voir le problème : dans les city stades, il y a effectivement plus souvent des garçons que des filles. De là découle un objectif : renforcer la mixité dans ces endroits, comme dans l’espace public de manière générale. Est-ce que la non-mixité est le meilleur outil ? Je ne sais pas, mettons-nous ensemble autour de la table pour en discuter, avec tous les acteurs concernés. Si on veut que ça marche, les gens doivent s’approprier les solutions, donc cela ne sert à rien d’imposer. Encore une fois, le principe premier, c’est la concertation.

Peut-on toujours gouverner par concertation ? N’est-ce pas aussi le rôle d’un élu que d’assumer des responsabilités et de trancher des décisions ?

C’est un reproche fréquent. On nous rétorque souvent qu’on n’a pas d’ambition puisqu’on veut travailler collectivement. Pour moi, ce qu’on demande aux responsables politiques, c’est de fixer un cap et une intention politique clairs. En l’occurrence, sur la question homme-femme, l’objectif est très clair : tous les espaces publics doivent être accessibles également aux femmes et aux hommes. Mais je n’estime pas avoir la science infuse : les élus ne sont pas des experts, le plus souvent l’expertise vient du terrain et du quotidien.

Le rôle d’un politique, c’est d’être à l’écoute des gens, et de sentir les sujets qui méritent une appropriation citoyenne forte afin d’être acceptés. Sur des sujets comme celui-ci qui divisent tout particulièrement, il faut prendre le temps de la concertation. Ça ne veut pas dire qu’on le fera sur tout, tout le temps. Cela ne veut pas dire non plus que l’objectif d’une concertation ne peut pas être radical : lorsqu’on s’engage à demander la fermeture de l’aéroport de Poitiers, on va quand même assez loin. Idem sur la 5G. Il faut faire vivre des débats pour que les gens puissent s’informer et se faire un avis. C’est la régularité avec laquelle on va les solliciter qui va leur donner des habitudes de participation et peut à terme les faire revenir à la politique, par la confiance acquise. Je crois profondément que c’est la culture de la concertation et du débat public qui fera changer durablement les choses.

« Tous écologistes !  » avait affirmé le Premier ministre, Jean Castex, à son arrivée à Matignon, cet été : à l’heure où tout le monde semble désormais vouloir se revendiquer écologiste, qu’est-ce que cela signifie pour vous, aujourd’hui, être véritablement écologiste ?

C’est d’abord une question de responsabilité. On en revient aux objectifs : Jean Castex, derrière le slogan, ne propose rien de radical ni de cohérent. On entend tous qu’il faut réduire nos émissions de carbone, et que pour cela, on peut par exemple réduire le trafic aérien. Mais lorsqu’on arrive à cet objectif, on n’est plus tous d’accord… Pourtant les faits scientifiques sont là. La science n’est pas une opinion, c’est une réalité. La première étape, pour moi, c’est donc vraiment la gravité et la lucidité avec lesquelles on prend conscience de l’urgence.

Je considère que je n’ai pas la même approche que mes prédécesseurs qui avaient le temps de mener une transition plus douce. Aujourd’hui, l’écologie, ce n’est plus la transition, c’est la résilience : savoir comment accompagner les bouleversements qui vont arriver. C’est sûrement une approche un peu générationnelle de l’écologie : j’ai grandi avec la génération du « Notre maison brûle et on regarde ailleurs », avec le Grenelle de l’environnement et l’Accord de Paris, autant d’alertes croissantes face à l’inaction politique. Je suis habitée par le sentiment d’urgence.

L’écologie, ce sont des réponses et des solutions, c’est une manière de conduire les choses. C’est un projet de société, souriant mais radical, sobre mais plus juste.

À titre personnel, je suis passée d’une écologie des petits gestes à une écologie qui remet structurellement en question le système. L’écologie des petits gestes est une approche extrêmement libérale – faire reposer la responsabilité écologique uniquement sur les individus – et qui évite soigneusement de se poser la question de la responsabilité collective et politique dans ce qu’il se passe. C’est pour ça que je me suis engagée dans les institutions, parce que je crois à leur capacité à changer les choses.

Dans le champ politique, l’enjeu est désormais de savoir si cette dynamique écolo peut rassembler, et s’ouvrir à d’autres organisations de gauche notamment. Plusieurs appels émergent en ce sens. Comment vous positionnez-vous ?

Vous dites « s’ouvrir aux organisations politiques », mais ce qui m’importe, c’est de s’ouvrir aux gens, vraiment ! Le rassemblement de la gauche, je suis désolée, ce n’est pas une démarche citoyenne, c’est une brochette de partis, et cela n’a rien à voir… Ce n’est pas parce qu’on aura rassemblé la gauche qu’on aura réussi à convaincre une majorité de la population. Les organisations politiques ont un déficit évident de représentativité – je ne m’en réjouis pas dans l’absolu, mais il faut en prendre acte.

Il faut avoir une écologie ouverte, qui parle à tout le monde mais qui ne s’empêche pas de poser des questions sur tous les thèmes : par exemple, sur l’aérien – c’est un peu mon dada – je pense qu’il n’y a pas d’ambiguïtés à avoir sur le fait qu’il faut remettre en question le transport aérien, alors même que les écolos hésitent parfois à assumer ce discours. L’écologie ne doit pas s’enfermer dans des ornières culturelles. Il faut s’investir dans les mobilisations de quartier, dans les questions de la diversité dans la représentation politique. L’écologie doit s’emparer des questions sociales actuelles.

Là encore, ce ne sont pas forcément les organisations de gauche qui en sont le plus représentatives : ce sont les luttes, dans les quartiers, pour l’égalité territoriale et les politiques de la ville, contre les discriminations – des luttes qui ne s’incarnent pas forcément dans les partis, et auxquelles il faut en priorité parler. Avant de s’intéresser au « qui », l’enjeu est de structurer un mouvement populaire qui aura envie de mettre l’écologie au pouvoir. Je ne nie pas qu’il faudra une incarnation, mais celle-ci se légitimera si elle est portée par une démarche citoyenne !

Violences policières, danger pour la liberté d’informer Amnesty www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/deni-total-le-gouvernement-veut-cacher-les-violences-policieres

Alors que  les violences policières ont atteint un niveau alarmant en France, le gouvernement continue de se réfugier systématiquement dans le déni. Il tente aujourd’hui, avec une proposition de loi dite de “sécurité globale”, de restreindre le droit de diffuser des images des forces de l’ordre.  Ce sont pourtant des photos et des vidéos prises lors de contrôles ou de manifestations, attestées par d’autres preuves incontestables et diffusées par des médias ou des citoyens, qui permettent de documenter et révéler les violences policières, en France comme partout dans le monde. On pense bien sûr à Cédric Chouviat mais également à toutes manifestations marquées par l’usage excessif de la force par les forces de l’ordre. Restreindre la diffusion d’images ne fera pas disparaitre les violences policières et contribuera à détériorer  le lien de confiance entre la police et une partie  importante de population. Cela contribuera à créer une culture de l’impunité et encouragera la poursuite de ces pratiques illégales. Le gouvernement refuse de prendre la mesure de la situation. Cette volonté de dissimulation des autorités françaises relève du déni. C’est une violence supplémentaire pour les victimes qui contribue à aggraver les tensions et les violences. Notre campagne tourne en dérision ce déni des autorités françaises face à des images choquantes de violences qui n’auraient jamais dû avoir lieu et qui ne pourront plus  être diffusées si la proposition de loi “sécurité globale” est adoptée. Elles ne sont que quelques exemples. Notre recherche a démontré que, ces dernières années, des manifestants pacifiques ont été blessés, certains grièvement. Entre 2018 et 2019, 25 personnes ont été éborgnées et cinq ont perdu une main en manifestation. Des vidéos, analysées et authentifiées par notre organisation, ont permis de révéler que durant le premier confinement, des personnes ont été frappées ou ont subi des propos racistes ou homophobes lors d’opérations de contrôle.

Pourquoi la proposition de loi « Sécurité globale » est dangereuse pour nos libertés

Du 17 au 20 novembre, l’Assemblée nationale est appelée à examiner la proposition de loi dite de «Sécurité Globale», soutenue par les députés de la majorité. Si une telle loi entrait en vigueur en l’état, elle constituerait une grave atteinte au droit à l’information, au respect de la vie privée, et à la liberté de réunion pacifique, trois conditions pourtant essentielles au droit à la liberté d’expression.

Nous déplorons que cette proposition de loi soit examinée en procédure accélérée, alors qu’aucune urgence ne justifie ce choix. Cela a déjà été le cas ces dernières années pour plusieurs lois ayant un fort impact sur les droits humains (loi renseignement, loi SILT, loi dite « anti-casseurs »). Cette procédure restreint de facto leur examen approfondi et l’information éclairée de la société. Nous regrettons que ce texte ne fasse pas exception à la règle.

Empêcher la diffusion des vidéos de la police

C’est d’autant plus préoccupant que cette proposition de loi prévoit des entraves majeures à la possibilité, essentielle dans un état de droit, de filmer et diffuser des images des forces de l’ordre, alors que ces dernières années, de nombreuses vidéos prises par des journalistes ou de simples citoyens ont permis de rendre publics des cas de violations des droits humains. Nous estimons que cette proposition de loi conduirait la France à ne pas être en conformité avec ses engagements internationaux en matière de droits humains. Toute restriction à ces droits doit être conditionnée au strict respect des principes de légalité, nécessité et proportionnalité, inscrits dans le droit international. Nous alertons les parlementaires sur les risques graves d’une telle proposition pour le droit à la liberté d’expression, et les appelons à se mobiliser dans le cadre de l’examen parlementaire pour supprimer l’article 24 de la proposition.

Un risque majeur pour la liberté d’informer

Cet article 24 de la proposition de loi prévoit de sanctionner très lourdement (jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende) le fait de diffuser des vidéos dans lesquelles des policiers ou des gendarmes seraient identifiables « dans le but qu’il soit porté atteinte à [leur] intégrité physique ou psychique». Dans les faits, cette disposition ouvre la voie à des interprétations divergentes et arbitraires, notamment la notion d’intégrité psychique. Si elle est adoptée, elle entravera le travail des journalistes. Les citoyens ne pourront plus apporter de preuves de violences policières. Nous utilisons nous-mêmes de telles vidéos, après analyse et authentification, dans le cadre de notre recherche. Avec une telle disposition disparaît la possibilité de faire des vidéos en direct, par peur de la sanction, qui s’ajoute au risque de censure par les plateformes de réseaux sociaux. Ceci constituera un risque majeur pour la liberté d’informer, corollaire essentiel du droit à la liberté d’expression.

Toute restriction au droit de diffuser des images des forces de l’ordre doit poursuivre un objectif légitime (sécurité nationale, ordre public, droits d’autres personnes) et être strictement nécessaire et proportionnée. Si, dans certaines situations particulières, l’interdiction de filmer et diffuser peut être légitime, par exemple lors d’une opération anti-terroriste, les entraves à la liberté d’informer contenues dans ce projet de loi conduiront à ce que des violations des droits humains ne soient pas documentées. Ceci pourrait contribuer à une culture de l’impunité qui porte finalement atteinte à l’image des forces de l’ordre et contribue à saper lien de confiance nécessaire entre les forces de l’ordre et la population.

Un danger pour le droit à la vie privée et le droit de manifester

La proposition de loi « Sécurité globale » élargit également la possibilité pour la police de filmer les citoyens en utilisant d’avantage de caméras piétons (article 21) ou « aéroportées » et même des drones (article 22). Nous appelons les parlementaires à supprimer ou substantiellement amender ces articles. Les agents de police pourront à présent accéder directement aux enregistrements (article 21), ce qui leur était interdit jusque-là. Ceci pourrait s’avérer problématique en cas d’enquête sur des pratiques illégales par les forces de l’ordre. Certes, ces caméras pourraient dissuader certains policiers d’utiliser la force. Mais si le choix de démarrer ou d’arrêter les enregistrements leur revient, il y a un risque qu’ils soient biaisés et sélectifs. Nous recommandons la plus grande prudence sur le port par les forces de l’ordre de caméras piétons : il faut prendre en compte les risques pour les droits fondamentaux, en particulier le droit à la vie privée, le droit à la dignité des personnes filmées et le droit de manifester.

De plus, avec l’article 22 élargissant l’usage des drones, risquer d’être filmé peut dissuader des personnes de participer à des rassemblements pacifiques, notamment si elles craignent des poursuites ultérieures pour le simple fait d’y avoir participé. Ça a déjà été le cas en France. Nous avons déjà documenté des situations où des manifestants rassemblés pour défendre les droits des soignants, par exemple, ont reçu des amendes après avoir été identifiés par des caméras de surveillance. Ils ont été sanctionnés pour participation à une manifestation interdite, alors même que cette interdiction prise par le gouvernement a ensuite été jugée illégale car disproportionnée.

La surveillance de masse en marche

En l’état, la proposition de loi ouvre la possibilité d’être filmé par les forces de l’ordre dans pratiquement tout l’espace public. Les rapporteurs voudraient même faciliter la transmission aux autorités des vidéos des immeubles d’habitation.

Rien dans la proposition de loi actuelle ne garantit que les images captées par les autorités ne feront pas in fine l’objet d’un traitement par des logiciels de reconnaissance faciale, une technologie en plein développement.

Partout dans le monde, nous demandons l’interdiction de l’utilisation de systèmes qui permettraient une surveillance indiscriminée, voire de masse, tant par les organismes d’État que par les acteurs du secteur privé. Or, dans cette proposition de loi qui prévoit que les autorités pourront très largement filmer les personnes dans l’espace public, des amendements ont déjà été déposés pour introduire la reconnaissance faciale. Ceci porterait une atteinte disproportionnée au respect du droit à la vie privée. Nous demandons donc que la France écarte explicitement la possibilité d’y recourir.  Les entraves au droit de filmer la police, contenues dans cette proposition de loi, et l’élargissement du droit des forces d’ordre à filmer les citoyens, sont contraires aux obligations internationales de la France. Ces deux évolutions concomitantes vont à l’encontre de nos recommandations pour un maintien de l’ordre basé sur le dialogue, la désescalade et le respect des droits humains.

Accord de libre-échange : grâce à la mobilisation, une première victoire Maxime Combes, économiste, en charge des enjeux commerce/relocalisation à l’Aitec, et porte-parole d’Attac www.bastamag.net/Accord-libre-echange-liberalisation-commerce-UE-Mercosur-mobilisation-citoyenne-premiere-victoire-relocalisation

Jamais un accord de libéralisation du commerce n’a été aussi contesté. Le 9 novembre, sous la pression de l’opinion publique, les ministres des 27 États-membres n’ont pas pu avaliser le projet entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Une première victoire qui peut en amener d’autres, selon Maxime Combes, chroniqueur de Basta !.

Le lundi 9 novembre aurait dû marquer l’ouverture du processus de ratification de l’accord de libéralisation entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Cela n’a pas été le cas. La mobilisation citoyenne et le rejet toujours plus massif de ces accords visant à approfondir la mondialisation néolibérale et productiviste ont empêché dans l’immédiat la Commission européenne et les lobbys économiques européens de parvenir à leurs fins. C’est une victoire, certes partielle et non définitive, comme il y en a peu.

Opacité des négociations

Rembobinons le film. Cela fait 20 ans que les négociations pour un accord d’association entre l’UE et le Mercosur sont sur les rails. En 1999, date où la Commission européenne obtient des États-membres de l’UE mandat de négocier, près de 70 % du commerce mondial était l’apanage des États-Unis, de l’UE, du Japon et du Canada. La Chine, le Brésil ou l’Inde n’étaient pas encore des puissances mondiales. La crise climatique, l’effondrement de la biodiversité ou l’aggravation des inégalités mondiales passaient sous le radar médiatique d’une période où les élites nous promettaient une « mondialisation heureuse » (selon le titre du livre d’Alain Minc publié en 1997).

Interrompues à de multiples reprises, ces négociations ont été marquées d’une grande opacité. Il a fallu attendre que ce soit la société civile qui rende public en 2019 le mandat de négociation avec lequel la Commission négocie. Il ignore allègrement le défi climatique et fleure bon les réflexes néolibéraux pavloviens des années 1990. Quant à l’étude d’impact commandée par la Commission, de médiocre qualité, elle n’a été rendue publique qu’une fois les négociations finalisées alors qu’elle est supposée éclairer le débat public et les négociateurs.

« Jamais un accord de libéralisation du commerce n’a été aussi contesté »

C’est en juin 2019 que la Commission a annoncé que l’essentiel du contenu de l’accord était finalisé. La quasi-totalité des gouvernements européens ont alors salué un « bon accord commercial, bon pour nos entreprises et nos emplois », selon les mots d’Emmanuel Macron [1]. L’histoire semblait alors écrite : écologistes et altermondialistes allaient critiquer l’accord, mais la Commission et les États-membres tiendraient bon et l’accord serait ratifié rapidement, créant un vaste marché entre deux blocs régionaux qui représentent un quart du PIB mondial et près de 775 millions d’habitants.

Mais rien ne s’est passé comme prévu.

Jamais un accord de libéralisation du commerce n’a été aussi contesté : selon un sondage publié le 10 septembre 2020, et réalisé dans quatre pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas et Espagne), près de 80 % des personnes interrogées souhaitent que cet accord soit abandonné [2]. Depuis juin 2019, on ne compte plus les chefs d’État européens et membres de gouvernements, Emmanuel Macron en tête, obligés de prendre leurs distances.

Une majorité de citoyens aspire à des formes de relocalisation des activités économiques et d’autonomie alimentaire

Vendre des voitures pour importer plus de viande ne fait plus recette. Déstabilisation des marchés agricoles, destruction d’emplois dans les secteurs industriels, aggravation des dérèglements climatiques et pollution aux pesticides, droits humains sacrifiés, multinationales s’arrogeant de nouveaux marchés au détriment des entreprises locales, les critiques documentées ne manquent pas [3]. Elles ont rendu cet accord toxique et anachronique. La multiplication des violations des droits humains et des feux de forêts depuis l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil et la pandémie de Covid-19 ont aussi contribué à amplifier cette lame de fond. L’opinion publique semble avoir massivement basculé sur tous ces sujets : il y a désormais 8 à 9 sondés sur 10 qui aspirent à des formes de relocalisation des activités économiques et d’autonomie alimentaire pour ne plus dépendre des marchés mondiaux. La Commission européenne avait pourtant bon espoir de passer outre. Le 6 juillet dernier, elle indiquait avoir « terminé le nettoyage juridique » du texte et entamé sa traduction afin que la phase de ratification puisse débuter à l’automne. L’Allemagne avait d’ailleurs fait de la ratification de cet accord une priorité de la présidence de l’UE qu’elle exerce pour six mois depuis le 1er juillet. Mais lors du Conseil de l’UE des ministres des Affaires étrangères consacré aux affaires commerciales de ce lundi 9 novembre, les ministres des 27 États-membres ne vont pas pouvoir avaliser ce projet d’accord et le transmettre pour ratification au Parlement européen. Celui-ci vient d’ailleurs de voter contre « sa ratification en l’état », un vote indicatif qui s’ajoute à ceux de plusieurs Parlements nationaux (Autriche, Pays-Bas, Irlande, Wallonie).

Engager les collectivités territoriales dans la bataille

Ne nous y trompons pas : que les États-membres de l’UE ne puissent avaliser 20 ans de négociations menées par la Commission est une victoire. Les arguments du mouvement altermondialiste et pour la justice climatique ont marqué les esprits : l’heure n’est plus celle d’une mondialisation qui fait de l’intérêt des multinationales un objectif supérieur à la protection de la planète, aux droits sociaux et aux droits des populations. Certes, la Commission européenne et les ministres du Commerce des États-membres de l’UE, qui ne veulent pas « jeter à la poubelle 10 ans de travail », s’activent pour sauver ce projet d’accord : vont-ils chercher à le compléter d’un protocole additionnel ou d’une déclaration interprétative, comme ce fut le cas pour le CETA sans que cela ne change la nature de l’accord ? Sans doute. Mais de telles difficultés  illustrent les contradictions dans lesquelles ils sont en train de se débattre. Il est donc de notre responsabilité collective de ne rien lâcher et d’appuyer les initiatives en cours pour interpeller Emmanuel Macron et le gouvernement [4] et pour engager les collectivités territoriales dans la bataille en leur proposant de voter une résolution disant : « Non à l’accord UE-Mercosur – Oui à la Relocalisation écologique et solidaire » [5]. Pour que cette première victoire en amène d’autres.

Notes

[1Voir cet article du Monde

[2Sondage YouGov – Plus de 3 sondés sur 4 contre l’accord UE-Mercosur ! Qu’attend Emmanuel Macron ? (voir ici)

[3Les 10 raisons de s’opposer à l’accord UE-Mercosur, Aitec & Attac France

[4] Participez ici

[5Plus d’informations sur cette résolution


‘Aldak ez du bilatuko politika egitea; ez da bozetara aurkeztuko’ Iñaki Etxeleku https://iparraldekohitza.eus/2020/11/06/aldak-ez-du-bilatuko-politika-egitea-ez-da-bozetara-aurkeztuko/

Klimaren eta justiziaren aldeko mugimendu frankotan parte hartzen du Malika Peyrautek. Baionan sortu berri den Alda mugimenduko bozeramaile da, Xebax Christyrekin batean. Dituzten erronkak aipatu ditu, besteak beste.

Les Amis de la Terre erakundean ari da, Alternatibaren sortzaileetan, eta ANV-Cop 21 (Bortizkeriarik Gabeko Ekintza-Cop21) mugimenduko kide da Malika Peyraut (Poitiers, Frantzia, 1987). Berriki, Baionan sortu den Alda mugimenduko bozeramaileetan da. Ingurumenari lotu migrazioak aztertu ditu lanbidez gatazka eremuetan. Bolivian ere egon zen, urte bateko ikastaroan, Nazio Batuen Erakundeen Garapen Programarentzat eta Garapenerako Ikerketa Institutuarentzat.

Bolivian, ingurumen kaltetzeak tokiko herritarrentzat dituen ondorioak aztertu zenituen.

Besteak beste, Oruro [Cercado probintzia, Bolivia] hiriko meatzeen gaia aztertu nuen. Herritarrek horrekin duten menekotasuna, meatzearen neurri eta mugarik gabeko ustiapenak zituen ondorioak aztertu genituen. Lehen aldikoz ikusi nuen nola ingurumen desmasiek herritar xumeenak hunkitzen dituzten, araberako politika publikorik gabe. Gainerat, burbuila politikoaren urte berezia zen, indigenen boterera itzultzearena. Gauzak aldatuko ziren esperantza zuten; entzunak eta agerian izanen zirela eraikitzen zen estatu berrian. Herrialdeko hizkuntza guzietara itzuli zen konstituzio berria. Sinbolikoa zen, baina azkarra.

Klima eta gizarte gaiak lotu dituzte Bizi, Alternatiba eta ANV-Cop 21en gisako mugimenduek. Indar harreman nahikoa lortzen dutea helburuetara heltzeko?

Aski mugimendu berriak dira. Halere, sortu direnetik anitz gauza aldatu dira. Lehenik, herritar mobilizazio ingurumena Cop21 aitzinekoa baino aise joriago da. 2015ean Alternatiba sortu zelarik Baionan, Hexagonotik denek urrundik begiratu zuten. Kopenhageko 2009ko gailur biharamun zaila ukanik klimarekin mobilizatu nahi genuelako. Parioa kausitua da ezen mugimenduak indartu dira, klima gai saihetsezina da gizarte eragile frankorentzat, eta antolakunde berriak sortu dira: Youth For Climate, Extinction Rebellion… Ber denboran, ingurumena kezka nagusi bat bilakatu da frantsesentzat, 2019ko inkesta batek erakutsi bezala, eta ez herritar aberatsenentzat bakarrik. Halaber, azken bozetan ikusi dugu ez dela kasik indar politikorik izan klima aipatu ez duenik. Klimaren gaia eta justizia sozialaren erronka gero eta lotuagoak ageri dira. Jaka Horiekin ikusi da. Mugimenduaren eraikitzeko egin itzaleko lan luze eta isila ari da fruituak ematen.

Ondorio zuzenik ukan du ingurumen politiketan?

Segur da berotegi gasak beti goiti ari direla, eta agintariek ez dituztela batere hartu beharreko neurriak hartzen. Macronek bere burua ekologiaren txapeldun gisa pasarazi nahi du nazioartean, baina egiazki politika klimatizidioa darama. Beraz, bai, klima mugimenduak badu oraino lan. Baina indar harremana epe luzean neurtu behar da. Eraikuntza luzea da; itzalpeko lana. Indar harremana ez da nahikoa oraino, baina eraiki dugun mugimenduak gero eta eragin handiagoa du gobernuaren parean. Alternatiba eta ANV-Cop 21ek berek ehun bat talde aktibo mugitzen dituzte lurraldean [Frantzia]. Indar harremana sarean lan egitea da; tokian tokian proposamenak egitea —Bizik metamorfosi ekologikorako itunarekin egin gisan— tokiko politiketan eragiteko. Baita formazio lan sakona egitea ere eramaile berriak ateratzeko.

Zergatik Alda bezalako mugimendu politiko bat gehitu orain arte aipatu mugimenduei?

Justizia sozialik gabeko justizia klimatikorik ez dela dugun sentimendua osatzera dator Alda. Ohartu gara gure antolakundeak ez zirela heltzen herritarren parte batengana; bereziki, auzo eta ingurune xumeetara. Alta, lehen lerroan direlarik klima krisiaren ondorioen pairatzeko. Tresna eta molde berriak behar direla iruditu zitzaigun herritar xumeen hunkitzeko; horretan da Aldaren iturburua. Haatik, ez gara abiatzen erranez zer egin behar den, baizik eta herritar xumeenen beharrak zein diren jakitetik. Dituzten kexu eta gogoetatik. Hori dugu lehen lana.

Ez dea arriskua klase batek artifizialki ekartzea bere ikuspegia auzo xumeak goratik hartuz?

Arriskuaz kontziente gara, eta dena egin dugu hori saihesteko. Klase xumeetarik abiatuko den antolakundea da, eta haiekin lan eginen duena. Aldaren metodoak community organizing moldean oinarrituak dira. Hots, jendeari boterea ematea, zinez. Horregatik, auzo eta multzo ttipien eskalan ari gara, jendeak elkar ezagutzen duelako eta antola daitezkeelako. Jendeetarik abiatu, haien beharretarik, eta tresnak bilatu haiei erantzuteko. Hori da ideia.

Erran nahi luke tresna horiek ez zituztela beren baitarik?

Nola gerta. Ezin da molde orokorrean mintzatu. Lekuka badira gauzak plantan direnak. Aldak ez du joaterik horietara, ez bada esku kolpea ematera. Baina, badira deus egiten ez den lekuak, eta ez da klase-zentratua izatea hori erratea: hala da. Toki askotan etsipena dago eragiteko gaitasunari buruz. Halakoetan, antolakunde batek proposamenak egitea autoantolaketa bati buruzko pizgailu izan daiteke.

Burujabetasuna nola definitzen du Aldak, deskolonizazio ikuspegitik herri askapenerako mugimenduak burujabetasun bat aldarrikatu herrialdean?

Alda sortu berria da; beraz, ez du halako corpus handi-handirik oraino. Haatik, karta bat atera du eta erantzunaren zati bat da barnean. Aldak bere burua abertzaletzat dauka, baina ez erranahi politikoan, edo ez alderdi politiko gisa, baizik eta gizarte antolakunde gisa. Euskal Herriaren ikuspegi batean izatea da ideia: askea, jasangarria, elkartasunezkoa; zinezko herri burujabetza batean oinarriturik.

Euskal Herria diozunean, zer lurraldez mintzo zara?

Euskal Herria bere osoan, baina Aldak soilik Ipar Euskal Herrian lan eginen du.

Abertzaletasun ‘ez-politikoa’ aipatu duzu; zer litzateke Aldaren abertzaletasuna?

Ni ez naiz abertzaletasunean berezitua. Erran nahi dudana da Aldak ez duela bilatuko politika egitea; ez da bozetara aurkeztuko. Maila soziala ildotu nahi dugu Euskal Herriaren, lurraldearen ikuspegi batetik; sortzen ikusi nahi genukeen gizarte eraldatua ikusmiran ukanez. Hortik nioen, gehiago, abertzaletasunaren definizio soziala.

Gogoeta berezirik ez, beraz, estaturik gabeko herrien autodeterminazio eskubideari buruz?

Ez da izan halako eztabaidarik biltzar nagusian, adibidez. Baina gai abertzaleak, ekologikoak erran gabe, adieraziak dira biharko lurraldeaz dugun ikuspegian.