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mai 11 2018

Articles du Vendredi : Sélection du 11 mai 2018

Pourquoi 2018 est une année cruciale pour les négociations sur le climat

Aude Massiot
www.liberation.fr/amphtml/planete/2018/05/10/pourquoi-2018-est-une-annee-cruciale-pour-les-negociations-sur-le-climat_1649169

A Bonn, les négociations climatiques ont avancé à petit pas

Emilie Massemin
https://reporterre.net/A-Bonn-les-negociations-climatiques-ont-avance-a-petit-pas

Philippe Bihouix : contre l’ouverture de mines de terres rares en France

Tribune
www.socialter.fr/fr/module/99999672/644/transition_energetique_frugale

5 raisons et mesures pour défendre le train

Amis de la Terr
www.amisdelaterre.org/5-raisons-et-mesures-pour-defendre-le-train.html

Exit Tax : trop c’est trop…

Guillaume Duval, Editorialiste
www.alternatives-economiques.fr/guillaume-duval/exit-tax-cest/00084537

Turismoak beroketa globala bultzatzen duela azpimarratu du ikerketa batek

Amaia Lekunberri
www.argia.eus/albistea/turismoak-beroketa-globala-bultzatzen-duela-azpimarratu-du-ikerketa-batek

Pourquoi 2018 est une année cruciale pour les négociations sur le climat

Aude Massiot
www.liberation.fr/amphtml/planete/2018/05/10/pourquoi-2018-est-une-annee-cruciale-pour-les-negociations-sur-le-climat_1649169

Jeudi, se termine à Bonn, en Allemagne, l’intersession du processus de discussions de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) alors que de fortes attentes se portent sur la conférence climat organisée en décembre en Pologne.

En avril, le Pakistan a enregistré une température de 50,2°C. Un record mondial pour ce mois de l’année. Début mai, l’observatoire Mauna Loa à Hawaï a publié des relevés montrant que la concentration moyenne en dioxyde de carbone a atteint 410 parties par million (ppm), soit 46% de plus qu’en 1880. Depuis début mai, une vague de chaleur frappe le pôle Nord.

Pendant ce temps-là, à Bonn, en Allemagne, c’est l’intersession des négociations climat sous l’égide des Nations unies qui se termine jeudi. Sans grandes avancées pour ce processus politico-technique extrêmement complexe, mais avec de l’espoir. Dans l’agenda fixé lors de la COP21 en France, il y a trois ans, 2018 constitue une année tremplin pour l’avancée de la mise en place de l’accord de Paris sur le climat.

Une trajectoire pas assez ambitieuse

Les 176 Etats l’ayant ratifié ont jusqu’à 2020 pour rehausser leurs contributions nationales, c’est-à-dire leurs objectifs présentés lors de la COP21. «Pour l’instant, l’addition de tous les engagements nationaux nous porte à un réchauffement des températures mondiales de 3,7 à 4°C pour 2100, ce qui serait catastrophique, rappelle Lucile Dufour, responsable politiques internationales au Réseau action climat France. Les pays ne doivent donc pas rater le coche de 2018 pour rehausser leurs ambitions.»

Pour les aider, la présidence fidjienne a lancé, lors de la Conférence des parties (COP) 23, à Bonn, en novembre 2017, le «dialogue Talanoa». Ces derniers jours, lors de l’intersession, les négociateurs nationaux et les acteurs «non-parties», c’est-à-dire la société civile et les représentants du secteur privé, ont échangé des retours d’expérience pour guider les Etats dans l’augmentation de leurs ambitions pour 2020.

En vue : la COP24, organisée à Katowice en Pologne, début décembre. «Il sera nécessaire d’y créer le premier grand momentum politique depuis 2015, appelle Marianne Karslen, cheffe de la délégation norvégienne. Le dialogue a très bien commencé.»

Des responsabilités à prendre

L’Union européenne est attendue au tournant, depuis que les Etats-unis ont décidé de se retirer de l’accord de Paris, en juin 2017. «L’UE a un leadership à prendre pour faire avancer les négociations, et elle est en train de passer à côté», regrette Yann Françoise, responsable Climat-énergies à la mairie de Paris et participant au dialogue Talanoa.

Emmanuel Macron a tenté de combler le manque de financements américains (2 milliards de dollars) grâce à son sommet One planet, organisé en décembre 2017. Il a promis qu’une deuxième édition se tiendrait en 2018, mais si l’Elysée garde les mêmes dates, l’événement tomberait en même temps que la COP24. Une concurrence qui serait très mal vue par les organisateurs de la conférence des Nations unies.

La COP en Pologne sera cruciale car elle doit voir aboutir le «rulebook» de l’accord de Paris, c’est-à-dire ses règles de fonctionnement, de vérification et de transparence sur le respect des engagements des Etats. «C’est une avancée très importante pour aider les pays dans leur planification des politiques climatiques, et pour envoyer des signaux solides aux acteurs non-étatiques, notamment les entreprises», reprend Lucile Dufour.

Un manque de financements

En plus des ambitions de réduction de leur impact sur le climat, les pays développés doivent tenir leurs engagements de financement à destination des Etats les plus vulnérables. Et ils en sont encore loin. «Les négociations de Bonn envoient un message inquiétant sur les financements climat, assure Armelle Le Comte, responsable climat à Oxfam France dans un communiqué. Les options actuellement sur la table sont insuffisantes et le risque de blocage à la COP24 est élevé.

Des financements ont été promis et sont plus que jamais nécessaires.» Les pays développés se sont notamment engagés à consacrer 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour le climat. Des fonds nécessaires pour que les pays en développement remplissent leurs propres engagements.

Pour y parvenir, l’année 2018 est jalonnée de rendez-vous internationaux. Une intersession de rattrapage sera organisée en septembre pour approfondir les avancées avant la COP24. Du 12 au 14 du même mois, se tient le Climate Action summit en Californie, grand rendez-vous des acteurs non-étatiques engagés sur le climat et qui aura une résonance particulière alors que Donald Trump multiplie les politiques climaticides. En octobre, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiera son très attendu rapport sur l’état d’un monde à +1,5°C, commandé lors de la COP21. Le tout pour donner une dernière impulsion avant la COP24 dont la présidence polonaise n’annonce pas un grand volontarisme.

A Bonn, les négociations climatiques ont avancé à petit pas

Emilie Massemin
https://reporterre.net/A-Bonn-les-negociations-climatiques-ont-avance-a-petit-pas

Les deux semaines de négociations climat qui se sont achevées jeudi à Bonn n’ont pas permis de suffisamment avancer sur les règles de fonctionnement de l’accord de Paris. De nouvelles discussions sont prévues à Bangkok en septembre.

Il reste du pain sur la planche avant d’aboutir à un « mode d’emploi » de l’accord de Paris, qui vise à contenir le réchauffement mondial sous les 2°C, voire 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle. C’est le bilan qui ressort de la session intermédiaire de négociations climatiques, qui se sont déroulées du 30 avril au 10 mai à Bonn (Allemagne). « Cette réunion avait plusieurs objectifs, avec l’idée de faire de 2018 une année tremplin pour donner de la crédibilité à l’accord de Paris, explique Lucile Dufour, du Réseau action climat (Rac). Premier enjeu : quelles règles d’application et de fonctionnement de l’accord de Paris définir, qui soient suffisamment robustes ? Deuxième enjeu : comment renforcer les contributions nationales [c’est-à-dire les feuilles de route dans lesquelles les États indiquent leur objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre et les politiques menées pour l’atteindre] car celles qui ont été soumises en 2015 ne sont pas suffisantes pour contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C ? Et enfin : quel soutien financier apporter aux pays en développement ? »

Tout d’abord, le mode d’emploi de l’accord de Paris, appelé le « roadbook » dans le jargon onusien. « Il s’agissait de définir les règles qui vont permettre aux États de construire des engagements ambitieux, de revoir leurs engagements tous les cinq ans à l’occasion d’un bilan mondial et de créer un mécanisme de reporting pour qu’ils rendent compte de ces engagements. », détaille Lucile Dufour. La pression pour avancer sur ce texte était forte, car l’accord de Paris prévoit qu’il soit adopté lors de la COP24, en décembre 2018 en Pologne. « Bonne nouvelle, les négociateurs sont venus pour travailler, dans un état d’esprit constructif, apprécie la spécialiste des négociations climatiques au Rac. Du travail a été fait et on a avancé sur certains points, par exemple sur les modalités du bilan mondial tous les cinq ans ou sur la mise en place d’un mécanisme de transparence. »

Las, ces progrès n’ont pas été suffisants. Patricia Espinosa, la responsable climat de l’ONU, a annoncé qu’aucun texte de négociation ne serait adopté lors de la plénière de clôture, jeudi 10 mai. « Il s’agit plutôt de notes informelles thématiques sur la comptabilisation des financements climat, les modalités du bilan mondial… plus ou moins longues en fonction de l’avancement des travaux », explique Armelle Le Comte, d’Oxfam. Pour éviter la surchauffe lors de la COP24, une nouvelle semaine de négociations intermédiaires a été prévue en septembre à Bangkok (Thaïlande). « Les négociations sont rendues complexes par plusieurs facteurs. Tout d’abord, il y a de nombreuses règles à fixer sur de nombreux thèmes – reporting, adaptation… – qui ont des ramifications entre eux. Ce qui fait que beaucoup de négociateurs se regardent en chiens de faïence, et attendent pour lâcher sur un thème de voir sur quels thèmes les autres lâcheront, analyse Lola Vallejo, directrice climat à l’Iddri. Par ailleurs, les négociations sont ralenties par l’idée que les différents thèmes doivent avancer de manière équilibrée : les règles de reporting et de revue des engagements ne peuvent pas être fixées sans les règles sur la transparence des financements climat, etc. » Pour autant, ces pesanteurs ne devraient pas bouleverser le calendrier. « Pour l’instant, on n’a pas entendu de voix discordante qui mette en doute l’adoption du roadbook lors de la COP24 », assure Armelle Le Comte.

En parallèle de ces négociations formelles s’est ouvert le « dialogue Talanoa », lancé par la présidence fidjienne de la COP.

L’idée était d’encourager les États à relever leurs ambitions en matière de lutte contre le changement climatique, sachant que les engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pris jusqu’à présent conduiraient à un monde à +3°C . Et que les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, avec des émissions de CO2 reparties à la hausse en 2017.

« La discussion a eu lieu dimanche au cours de plusieurs tables rondes entre représentants des États et acteurs non-étatiques. Chaque table ronde devait répondre aux trois questions posées par le dialogue de Talanoa : Où en est-on ? Où veut-on aller ? Comment y parvenir ? L’idée était que les participants partagent des histoires et des expériences, de manière plus libre, et de créer une atmosphère de confiance et de bienveillance », explique Lucile Dufour. Lola Vallejo, qui a participé à ce dialogue, le trouve « intéressant. Les îles Fidji ont fait évoluer leur mandat d’un processus technique à quelque chose d’autre, davantage basé sur une atmosphère, presque un sentiment. Talanoa est une manière de résoudre les conflits. Aborder la question du climat par le biais d’histoires a permis de créer de l’empathie et de l’émotion. » Reste à savoir si ce dialogue va déboucher sur des décisions concrètes. « Le fait que les engagements des États soient insuffisants pour respecter les objectifs de l’accord de Paris était déjà connu. Et il est difficile de voir comment ce dialogue va être transformé en un relèvement concret des ambitions, poursuit la directrice climat de l’Iddri. Aucune déclaration claire n’a été faite à ce sujet. On attend de voir comment ce dialogue va se poursuivre pendant la phase politique de la COP24. »

Pour Sandrine Maljean-Dubois, chercheuse au CNRS, spécialiste des négociations climat, l’épreuve de vérité sera la publication à l’automne du rapport spécial du Giec consacré à l’objectif de 1,5 °C. Des éléments de ce rapport ont déjà fuité. Ainsi, d’après le Giec, dans les conditions actuelles, le monde atteindrait +1,5°C d’ici les années 2040. Et le groupe intergouvernemental d’étude du climat estime « extrêmement improbable » de ne pas dépasser 1,5°C sans transformations drastiques et immédiates. « Il faut ajouter à cela que le Giec a toujours un temps de retard, puisqu’il ne produit pas de savoirs mais synthétise des études, alerte Sandrine Maljean-Dubois. C’est ainsi que le dernier rapport du Giec présente une hausse de 2 °C comme un seuil de sécurité, mais que les études les plus récentes montrent qu’il existe une énorme différence, en termes d’impact, entre un réchauffement de 1,5 °C et de 1,8 °C. »

Enfin, l’épineuse question des financements a une nouvelle fois été mise sur la table. « Pour l’instant, on reste sur la position habituelle des pays en développement qui veulent des signaux concernant la promesse faite par les pays développés à Copenhague, de leur apporter 100 milliards de dollars par an de financements climat à partir de 2020 », rapporte Armelle Le Comte. Le roadbook doit contenir des règles sur la comptabilisation des financements climat, mais « toutes les options sont encore sur la table », indique la spécialiste financements climat d’Oxfam. Deux éléments de contexte devraient toutefois alimenter les discussions : la recapitalisation prochaine du Fonds vert et un récent rapport d’Oxfam, qui montre que les pays développés sont encore loin du compte : selon ses estimations, le montant total des financements climat publics déclarés par les bailleurs s’élève à 48 milliards de dollars par an, dont seuls 16 à 21 milliards de dollars aideraient réellement les pays du Sud.

Philippe Bihouix : contre l’ouverture de mines de terres rares en France

Tribune
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Philippe Bihouix est ingénieur centralien, spécialiste des ressources non renouvelables et auteur de l’ouvrage très remarqué “L’Âge des low tech” (Le Seuil, 2014), une passionnante analyse des impasses de la high tech. Socialter lui ouvre ses colonnes pour un plaidoyer en faveur d’une transition énergétique frugale.

Nous pensions entrer dans une ère heureuse de dématérialisation, une économie post-industrielle de services plus respectueux de la planète, voire “neutres en carbone”. Il n’en est rien : bilan fait des flux planétaires toujours plus complexes, de productions intermédiaires et de produits finis, nos sociétés n’ont jamais été aussi matérielles – elles sont même devenues “hyper-industrielles”. Nous découvrons avec un certain effarement que l’industrie numérique consomme des quantités de métaux rares et polluants à extraire, que les énergies renouvelables et la croissance verte ajoutent à l’”extractivisme” des énergies fossiles un “extractivisme” métallique qui n’a rien à lui envier.

Pour alimenter la chaudière de la croissance, il nous faut donc creuser. Toujours plus profond pour toujours plus de tonnes, avec des moyens toujours plus puissants, dans des lieux toujours plus reculés… Certes, cela fait longtemps que nous creusons, mais le changement d’échelle des dernières décennies laisse rêveur. En vingt-cinq ans, nous avons triplé ou presque le tonnage extrait de fer, d’aluminium et de nickel, plus que doublé celui de cuivre, de zinc et de plomb… Les métaux des nouvelles technologies ont connu des croissances encore plus rapides. Même de loin, les dégâts environnementaux ou sociaux finissent par se voir : terres rares en Chine, cobalt et tantale en République démocratique du Congo, lithium du triangle Chili – Bolivie – Argentine, étain en Malaisie et Indonésie… Sans compter que nous faisons un gâchis immense des ressources une fois extraites. Incorporés dans des produits à très faible durée de vie, de nombreux métaux des nouvelles technologies (terres rares, gallium, germanium, indium, tantale…) sont recyclés à moins de 1 % !

Des mines « made in France » ?

Face à cette accélération, faut-il favoriser la relance minière en France ? Les arguments ne manquent pas : économiques bien sûr, mais aussi géopolitiques – pour réduire notre dépendance à une Chine devenue fournisseuse presque exclusive de nombreux métaux – et environnementaux. Des exploitations minières “made in France” seraient plus propres qu’en Chine, mais surtout nous les aurions sous les yeux et nous serions bien obligés d’assumer les conséquences environnementales de notre prétendue croissance verte, ce qui nous amènerait à réfléchir et à agir pour réduire notre gabegie métallique.

Je ne partage pas ce point de vue. Il me semble d’abord que l’argument géopolitique doit être manié avec précaution pour trois raisons. Premièrement, c’est qu’il peut être repris à bon compte pour soutenir des projets miniers qui ne font aucun sens, comme le projet “Montagne d’or” dans la forêt guyanaise. Il suffit de savoir qu’à peine 10 % de l’or extrait mondialement est utilisé dans l’industrie (électronique essentiellement) et qu’il y a plus d’or en stock dans les banques centrales et chez les particuliers que de réserves dans le sous-sol de la planète pour comprendre que ce type de projet ne sert qu’à faire tourner une “cage à hamster économique” aussi destructrice qu’inutile.

Deuxièmement, le sous-sol français est loin de contenir tous les métaux rares que requièrent nos si précieux smartphones. Le platine et le palladium, par exemple, continueront à venir d’Afrique du Sud et de Russie pour longtemps. Troisièmement, si la Chine est pourvoyeuse en chef de métaux rares, elle est aussi l’usine du monde. En quoi le fait de diversifier les sources d’approvisionnement minier réduirait-il notre dépendance si les composants électroniques et les produits finis sont toujours fabriqués là-bas ? C’est toute l’industrie chimique, métallurgique, optique ou encore électronique qu’il faudrait rapatrier ! Une autre paire de manches…

Reste l’argument environnemental, a priori tout à fait acceptable. Certes, malgré la novlangue, une mine n’est jamais “durable” et son impact, jamais neutre. Mais il est vrai qu’on peut réduire partiellement les conséquences environnementales, choisir une extraction moins perturbante pour les milieux naturels (souterraine plutôt qu’à ciel ouvert, par exemple), gérer au mieux les stériles, minimiser la pollution des eaux, éviter l’emploi de tel ou tel produit chimique… Est-ce que massacrer de nouveaux sites, plus près des consommateurs que nous sommes, permettrait une prise de conscience ? C’est plus discutable.

Payer au juste prix

Cette relance minière serait-elle la manière la plus efficace d’induire un changement dans nos comportements, de réduire notre consommation, de favoriser le recyclage et une économie plus circulaire ? Probablement pas. Il y a de nombreux facteurs limitant le recyclage. Ils peuvent être techniques, sociaux, logistiques, mais ils sont aussi économiques. Plus le prix des métaux est élevé, plus des méthodes de collecte et de traitement peuvent se mettre en place, et plus de la main-d’œuvre peut être “injectée” dans le démontage et le tri en amont, permettant des processus de métallurgie plus efficaces. Pour améliorer le taux de recyclage, il faut renchérir le prix des ressources primaires.

Or les métaux sont soumis à la loi de l’offre et de la demande, même s’il y a, bien sûr, une couche financière et spéculative – voire politique dans le cas de la Chine – dans la formation des prix. Toute ouverture de mine, ici ou ailleurs, “propre” ou non, augmentera l’offre, pèsera sur les prix à la baisse, et nous éloignera donc des possibilités de recycler plus et mieux. Pour recycler, il faut se contraindre, fermer des mines, éviter d’en ouvrir de nouvelles.

Sommes-nous prêts à payer plus pour les ressources rares et mal recyclées de nos téléphones et ordinateurs ? Sans doute, car un smartphone contient moins de 2 euros de métaux rares. On pourrait payer nos ressources dix fois plus cher sans trop de difficultés ! Évidemment, l’impact serait plus fort pour des produits plus lourds. Mais des objets plus chers favoriseraient aussi la durabilité, la “réparabilité”, la modularité, l’économie de la fonctionnalité, voire le passage de la voiture au vélo !

Vers une frugalité métallique

Au-delà des contraintes géopolitiques et industrielles, le choix est affreusement binaire. Nous pouvons continuer à piocher, à un rythme proprement effarant, mais ce ne sera qu’une course contre la montre et nous finirons par être rattrapés par l’épuisement des ressources, la dégradation de la teneur métallique des minerais ou le besoin énergétique engendré par leur exploitation. Ou nous pouvons nous orienter au plus vite vers une frugalité métallique, une réduction drastique de la quantité extraite chaque année.

Une baisse de 50 à 65 % ne nous ramènerait qu’au rythme d’extraction des années 1990, pas franchement “écologiques”. Cela donne une idée de l’ampleur de la tâche qui nous attend, alors que la population a augmenté entre temps. Sans compter qu’exploiter “modérément” n’a techniquement rien d’évident : avec la profondeur croissante, la moindre accessibilité ou la baisse de la richesse des minerais, les mines du futur exigent des capitaux et engendrent des coûts opérationnels toujours plus grands… réclamant une exploitation massive et rapide.

Comment faire tendre le niveau d’extraction vers zéro ? En commençant, d’une part, par éviter la gigantesque accélération en cours : celle d’un numérique exacerbé et omniprésent, associant objets connectés, robots, véhicules autonomes de toutes sortes, drones, centres de données pour les logiciels d’intelligence artificielle et le stockage du big data ; et celle d’une croissance irrationnelle d’énergies renouvelables ou de voitures électriques, pensée sans la sobriété indispensable qui devrait y être d’abord associée.

En repensant profondément l’innovation, d’autre part, en l’orientant vers l’économie de ressources et le recyclage, en questionnant nos besoins chaque fois que possible, en poussant la logique de l’éco-conception bien plus loin qu’aujourd’hui. Les pistes d’une innovation durable, à base de technologies sobres, agiles et résilientes, mais aussi d’évolutions organisationnelles, sociétales, commerciales, culturelles, systémiques sont nombreuses : modèles agricoles alternatifs, “éco-industries locales”, conception d’objets “low tech”, recycleries et ressourceries, ateliers de réparation collaboratifs, initiatives zéro déchet, circuits courts….

Ernst Friedrich Schumacher écrivait dans Small is beautiful (Le Seuil, 1979 pour la version française) que “rien ne peut avoir de signification économique, à moins que sa poursuite à longue échéance ne puisse se concevoir sans sombrer dans l’absurde”. De ce point de vue, viser la frugalité métallique me semble une orientation plus sage que redoubler de coups de pioche pour alimenter notre croissance “verte”, avant d’aspirer le fond des océans ou de lorgner sur de trop lointains astéroïdes.

5 raisons et mesures pour défendre le train

Amis de la Terr
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Méthodologie imparfaite du rapport Spinetta, bafouement des principes de la démocratie par le recours aux ordonnances, mépris des salarié.e.s du secteur et de l’intérêt général : la proposition de réforme de la SNCF n’est pas menée selon une démarche respectueuse des citoyens, des usagers et des salariés. Force est de constater qu’elle ne répond pas aux enjeux environnementaux et sociaux d’aujourd’hui. Les Amis de la Terre proposent 5 mesures nécessaires pour un service ferroviaire au service de tou.te.s et du climat.

 

1- Le train, un atout dans la lutte contre les changements climatiques

En comparaison de la voiture, de l’avion, et même du bus (si le taux de remplissage est suffisant), le train est le mode de transport permettant le déplacement du plus grand nombre de personnes en dépensant le moins d’énergie. Son intérêt pour la société ne peut pas se réduire à un « domaine de pertinence socio-économique » comme le propose le rapport Spinetta mais doit également intégrer l’enjeu climatique et de santé publique : proposer de supprimer des trains pour les remplacer par des voitures est en contradiction totale avec les engagements de la France à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

2- « Petites lignes » : il ne faut pas les fermer, il faut les développer

Il est temps de sortir d’une logique d’aménagement du territoire basée sur la concurrence de grandes métropoles, reliées par des lignes à grande vitesse, pour renforcer les solidarités entre les villes et les territoires ruraux.

Si le taux de remplissage des TER plafonne à 25%, encore faut-il chercher à en comprendre les raisons pour y remédier : horaires inadaptés, difficultés pour rejoindre les gares faute de transports publics suffisants,… La priorité n’est pas de fermer des lignes mais, au contraire d’investir davantage, aux côtés des régions pour permettre aux transports publics régionaux de franchir un seuil d’attractivité permettant de réduire l’usage de la voiture.

3 – Le train, un moyen de transport plus juste socialement

Dans de nombreuses régions, l’accès aux bassins d’emplois, aux établissements d’études supérieures, aux services administratifs ou encore aux services de santé (hôpitaux…), concentrés dans les grandes villes n’est possible que si un réseau de transport public efficace et économique existe. Avec un prix des carburants et de l’utilisation des voitures qui augmentera désormais chaque année, il existe un risque réel de creuser la fracture entre les citoyens qui pourront prendre la voiture pour accéder à ses services de base et ceux qui y renonceront. Défendre les TER (en complément des bus pour les liaisons courtes), c’est donc défendre le droit à chacun à vivre dignement. Pour les transports inter-régionaux, nous refusons également que train ne soit réservé qu’à une « élite circulatoire » et sur le modèle du business first, prête à payer le prix fort avec un TGV, alors que les plus pauvres sont condamnés à faire des heures de bus pour un trajet identique. Plutôt que de démanteler les lignes Intercités et les trains de nuit, il nous paraît au contraire indispensable de les développer en qualité et en quantité.

4- Le transport de marchandise par fret ferroviaire, une alternative aux camions

C’était une promesse du Grenelle de l’Environnement et c’est un échec : le développement du transport de marchandise par le rail reste un angle mort des politiques publiques. Il s’agirait pourtant d’un moyen efficace pour réduire le nombre de camions sur les routes et la pollution que cela engendre tout en améliorant l’équilibre économique de la SNCF. Tant que le transport routier ne sera pas taxé à son juste coût, le fret ne sera pas compétitif économiquement.

5- Pour un service public du transport ferroviaire

Pointer du doigt les cheminots dans la responsabilité du déficit de la SNCF est une stratégie de diversion pour mieux faire oublier les responsabilités de l’État et de nombreux élus qui l’ont poussé à violer la règle de d’interdiction de lancer des projets non-financés et à multiplier les lignes LGV à la rentabilité douteuse. Le rapport Spinetta ne dit pas un mot sur les dérives des partenariats publics-privés déjà expérimentés et continue de considérer comme acquises les constructions des corridors européens malgré les liquidations judiciaires (notamment de la section Perpignan-Figueras présentée comme un modèle) et les prévisions reconnues comme fausses par les États eux-mêmes.

L’Etat doit enfin faire preuve de cohérence en arrêtant de pousser ces projets pharaoniques et orienter de façon réellement prioritaire l’investissement public vers l’entretien et l’amélioration du réseau existant. Le train doit redevenir un vrai service public accessible à tous citoyen, où qu’il soit sur le territoire, ce qui implique plus d’investissement dans les TER à travers les contrats Etats-région, vers des moyens de rabattement efficaces, mais aussi d’arrêter de pousser à plus de libéralisation du secteur car comme le reconnaît le rapport Spinetta « En situation d’ouverture à la concurrence, les nouveaux entrants ne s’intéresseront qu’aux marchés les plus rentables. La concurrence conduira nécessairement à une réduction des marges de l’opérateur historique sur ces lignes, et donc remettra en cause les péréquations finançant les lignes les moins rentables, conduisant à leur attrition. »

Nos 5 recommandations :

  1. Un arrêt des projets de nouvelles lignes LGV et réorientation des investissements dans le renforcement du réseau existant.
  2. Une stratégie d’accompagnement des régions pour rendre plus attractif les TER et augmenter leur taux de remplissage.
  3. La mise en place d’une taxe sur les poids lourds permettant de financer des investissements dans le fret ferroviaire et de le rendre plus compétitif.
  4. Aucune fermeture de ligne existante sans mise en place d’une vraie consultation publique permettant d’en évaluer les impacts sociaux et environnementaux.
  5. Une reconnaissance des métiers de « cheminots » comme « emploi verts » afin de valoriser leur importance dans la transition écologique, un maintien du statut actuel de la SNCF comme EPIC et l’élaboration d’une stratégie pour renforcer le service public du train.

Exit Tax : trop c’est trop…

Guillaume Duval, Editorialiste
www.alternatives-economiques.fr/guillaume-duval/exit-tax-cest/00084537

Dans le cadre du budget 2018, Emmanuel Macron avait décidé de supprimer l’essentiel de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et d’abaisser fortement l’imposition des revenus du capital en instaurant un Prélèvement forfaitaire unique (PFU). Tout en accroissant parallèlement les impôts non progressifs comme la Contribution sociale généralisée (CSG) ou les taxes touchant l’énergie ou le tabac. L’ensemble de ces mesures sociales et fiscales a profité quasi exclusivement – mais fortement – aux 5 % des Français les plus riches en termes de revenu selon les estimations de l’OFCE.

Il s’agissait de combattre plus efficacement l’évasion fiscale que pratiquent surtout les très riches

Dans ce contexte, le président de la République n’a pourtant pas hésité à annoncer le 1er mai dernier au magazine américain Forbes, spécialisé dans les grandes fortunes, sa volonté d’aller plus loin encore en supprimant en 2019, l’« exit tax » qui avait été mise en place en 2012 par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, alors président de la République. A un moment où la dette publique s’envolait du fait de la crise financière de 2008 et de ses suites, il s’agissait en effet de combattre plus efficacement l’évasion fiscale que pratiquent surtout les très riches. Les personnes qui possèdent plus de 800 000 euros de valeurs mobilières et veulent quitter la France pour se domicilier fiscalement dans un autre pays doivent déclarer les plus values latentes accumulées sur les titres composant leur patrimoine. Ces plus values seront ensuite imposées en France lorsque ces titres seront effectivement vendus.

Une taxe dissuasive

Cette taxe ne concerne évidemment que très peu de personnes compte tenu du niveau élevé du seuil de patrimoine retenu. Les enjeux en sont néanmoins importants, de l’ordre de 800 millions d’euros par an pour le budget de l’Etat selon le Conseil des prélèvements obligatoires. Le fait que les rentrées effectives n’aient été que de 70 millions d’euros en 2017 – argument souvent avancé pour justifier l’abandon de cette taxe – signifie tout d’abord que la mesure a probablement été dissuasive. De plus, la plus grande partie des sommes concernées reste due à l’avenir lorsque les plus values seront réalisées.

Ce serait une grande honte pour la France de figurer parmi les pays qui contribuent le plus à saper la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale en relançant le dumping fiscal

Mais surtout, il est parfaitement justifié pour un Etat de chercher à récupérer les impôts qui lui sont dus sur un tel accroissement de richesses. Celui-ci n’a pu se produire en effet pour une bonne part que grâce aux infrastructures matérielles et immatérielles fournies par la collectivité aux individus qui veulent la quitter via notre système éducatif, notre système de santé, nos infrastructures de transports, les aides apportées aux entreprises avec le Crédit impôt recherche (CIR) ou le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE)… C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, la plupart des pays développés possèdent eux aussi ce type de taxe, parfaitement conforme également aux règles européennes.

C’est pourquoi il faudrait réussir à empêcher l’iniquité fiscale supplémentaire que constituerait la suppression de l’« exit tax ». Alors qu’il conviendrait plutôt de renforcer le caractère progressif du système fiscal français, déjà affaibli par les mesures prises dans le cadre du budget 2018. Dans un contexte international marqué par des progrès sensibles en matière de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale ces dernières années, ce serait en effet une grande honte pour la France de figurer parmi les pays qui contribuent le plus à saper cette action en relançant le dumping fiscal.

 

Turismoak beroketa globala bultzatzen duela azpimarratu du ikerketa batek

Amaia Lekunberri
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Berotegi efektua eragiten duen gas-igorpen globalaren %8 turismoari dagokiola azpimarratu du garraioa, janaria, ostatua eta bidaiarien erosketak kontutan hartu dituen ikerketa batek, Le Monde Diplomatique-k jaso duenaren arabera.

Australia, Txina eta Indonesiako zenbait ikerlarik astelehenean Nature Climate Change aldizkarian argitaratutako ikerketa batek jakinarazi duenez, turismo globalak eragiten duen “karbono arrastoa” kontuan hartzekoa da. Ikerlariok aztertutakoari jarraiki, turismoa da berotegi efektua eragiten duen gas-igorpen totalaren %8 ingururen arduraduna, aurreko kalkuluak baino hiru aldiz handiagoa den ehunekoa izanik.

Jasotako emaitzak lortzeko ikerketa honek izan duen originaltasuna, ikuspuntuari dagokionez, hurrengoa izan da: garraioarekin zuzenki lotutako igorpenak (hegazkinek darabilten kerosenoa edota autoen gasolina edo diesela) bakarrik ez, bidaiariek kontsumitutako ondasun eta zerbitzuekin lotura dutenak (catering-ak, hotelak edo erosketa askotarikoak kasu) ere aztertu dituzte. Ikuspegi hau kontuan hartuta ehun eta hirurogei herrialderen artean 2009-2013 epe-tartean emandako fluxu turistikoaren gaineko datuak bildu dituzte ikerketa honetan Menfred Lenzen (Sidney-ko Unibertsitatea, Australia) eta ikerketan berarekin aritu diren lagunek. Hauen arabera, sektore turistikoari dagozkion gas-igorpenak igo egin dira, 2009ko CO2aren baliokide ziren 3.900 milioi tonatik 2013ko 4.500 milioi tonara.

Nazioarteko bidaiak baino karbono igorpen iturri handiagoak dira herrialdeen baitan egiten diren bidaia eta egonaldiak, ikerketaren arabera. AEB dago gas-igorpenen zerrendan lehenengo postuan, “turismo igorpen” izendaturikoen laurdenaren arduraduna baita. Hauen atzetik doaz lehenengo 10 herrialdeen zerrendan Txina, Alemania, India, Mexiko, Brasil, Kanada, Japonia, Errusia eta Erresuma Batua. Ikerketaren autoreek uhartetar estatuen egoeraren gainean arreta jartzera dei egiten dute, Maldivak, Seychelleak, Maurizio eta Zipre helmuga exotiko ezagunak izanik CO2 igorpen nazionalen %30etik %80ra artean sortzen baitu masa-turismoak.

Ikertzaileen arabera, turismoaren sektorean karbono arrastoa murrizteko xedez orain arte egindako ahaleginak ez dira nahikoak izan kurba leheneratzeko. Epe ertainera gainera, garapen bidean dauden herrialdeen bizi-maila hobetzeak eragiten duen mundu mailako turismoaren etengabeko hazkundea dela medio, badirudi ingurumen-inpaktua larriagotu egingo dela. Egoera hau izanik, irtenbide bakarra karbonoari bidaiaren kostua handiagotzen duen zerga inplementatzea litzatekeela diote ikerlariek.