Articles du Vendredi : Sélection du 10 juin 2022

Jusqu’à quand pourrons-nous dépasser les limites planétaires ? Aurélien Boutaud Chercheur associé à l’UMR 5600 EVS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Natacha Gondran Professeur en évaluation environnementale, UMR 5600 Environnement Ville Société, Mines Saint-Etienne – Institut Mines-Télécom https://theconversation.com/jusqua-quand-pourrons-nous-depasser-les-limites-planetaires-183781

Au cours des derniers mois, plusieurs articles scientifiques ont attiré l’attention sur le fait que de nouvelles limites planétaires avaient été franchies (ici, ou encore ). De nombreux médias se sont fait l’écho de ces informations préoccupantes.

Mais que signifient ces fameuses limites planétaires ? Comment interpréter ces dépassements ? Et finalement, faut-il réellement s’en inquiéter ?

Le système Terre fonctionne depuis 11 000 ans sous le régime de l’Holocène

Pour répondre à ces questions, rappelons que les chercheurs qui étudient les limites planétaires sont issus d’un champ disciplinaire que l’on nomme les sciences du système Terre.

Ces dernières appréhendent la planète comme une entité qui met en jeu des interactions complexes entre l’atmosphère, la lithosphère, l’hydrosphère et la biosphère (le vivant). Et comme tout système, la Terre est dotée de capacités d’adaptation qui permettent de maintenir un état d’équilibre dynamique entre ces éléments – on parle de « régime » pour désigner cet état de relative stabilité.

Mais il arrive que cet équilibre soit rompu, au point que le système Terre se mette à fonctionner très différemment.

Par exemple, l’ère quaternaire (qui a débuté il y a environ 2,6 millions d’années) est marquée par des changements réguliers de régime climatique. À cause des variations du positionnement de la Terre par rapport au Soleil, le climat de notre planète passe régulièrement d’un régime glaciaire (qui peut durer jusqu’à 100 000 ans) à un régime interglaciaire (généralement plus court).

Nous vivons ainsi depuis plus de 10 000 ans dans un régime du système Terre que les géologues appellent l’Holocène.

Le régime de l’Holocène s’est avéré particulièrement favorable à l’épanouissement de l’espèce humaine. La bonne nouvelle, c’est que ce régime est censé durer encore plus de 10 000 ans. La mauvaise, c’est que nous sommes en train de menacer l’équilibre de ce régime. Autrement dit, nous sommes sur le point de franchir un point de bascule.

Dépasser une limite planétaire, c’est franchir un point de bascule qui nous fait sortir de l’Holocène

La littérature scientifique sur les limites planétaires est en grande partie fondée sur ce concept de point de bascule (« tipping point »). De quoi s’agit-il ?

Dans un régime comme celui de l’Holocène, l’écosystème terrestre est doté de capacités de régulation qui lui permettent d’encaisser des perturbations – ce qu’on appelle des « rétroactions négatives ». Par exemple, si les émissions de CO2 augmentent anormalement, les océans vont séquestrer une partie de ce CO2 et ainsi limiter les perturbations climatiques.

Malheureusement, il arrive que ces amortisseurs finissent par céder, à l’image d’un élastique sur lequel on aurait trop tiré. Ce sont alors des « rétroactions positives » qui vont se mettre en action.

Par exemple, en se réchauffant, le permafrost va relarguer dans l’atmosphère des quantités importantes de méthane qui vont accroître l’effet de serre et donc le réchauffement.

Une fois qu’ils sont enclenchés, ces phénomènes vont amplifier et accélérer le bouleversement, au point de rendre tout retour à la normale impossible. Le changement de régime devient alors inévitable : le climat va trouver un nouveau point d’équilibre, caractérisé par un effet de serre et une température beaucoup plus importants que ceux de l’Holocène.

Certains scientifiques évoquent le scénario d’un régime climatique de « serre chaude », qui aurait des effets cataclysmiques sur l’ensemble des variables du système Terre.

Mais attention : dépasser une frontière planétaire n’équivaut pas à dépasser une limite !

Les scientifiques sont toutefois confrontés à un problème d’envergure : il est extrêmement difficile de déterminer avec précision le moment où s’opère un point de bascule.

Conscients des dangers que représente le dépassement d’une telle limite, les scientifiques invitent les décideurs à éviter de franchir la limite basse de l’incertitude. C’est cette limite basse qu’ils proposent d’appeler « frontière planétaire » (planetary boundary).

Pour mieux comprendre la différence entre limite et frontière, imaginons le cas d’un lac gelé dont l’épaisseur de glace irait en s’amincissant au fur et à mesure que l’on s’éloigne de sa berge. Même en connaissant l’épaisseur de la glace en plusieurs points, il est très difficile de déterminer à quelle distance la glace cassera sous le poids d’une personne. Tout au plus, on peut affirmer qu’au-delà de cinq mètres, par exemple, le risque apparaît. C’est cette valeur qui équivaut à une « frontière ».

En matière de climat, les modélisations montrent qu’en deçà d’une concentration de 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère, le régime de l’Holocène n’est pas menacé. Au-delà de 500 ppm, en revanche, la bascule climatique est quasi certaine. La limite planétaire se situe quelque part entre ces deux pôles.

Or, nous avons aujourd’hui franchi la barre des 420 ppm : nous avons donc dépassé la frontière planétaire du climat.

Mais avons-nous franchi le point de bascule ? Cela reste un mystère. La seule chose dont nous sommes certains, c’est que nous jouons avec le feu. Un peu comme une personne qui aurait décidé d’avancer sur un lac gelé au-delà de la zone de sûreté évoquée précédemment…

Au-delà du climat, plusieurs frontières planétaires sont d’ores et déjà dépassées

Le constat est d’autant plus préoccupant que le climat n’est pas le seul élément du système Terre subissant des atteintes graves.

La biodiversité est dangereusement menacée, alors qu’elle conditionne la résilience de la biosphère. Les cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore ont été profondément perturbés par l’agriculture intensive, au point de faire apparaître de vastes zones mortes au sein des océans. La déforestation a généré des déséquilibres des cycles de l’eau et du climat qui prennent aujourd’hui une dimension globale.

Plus récemment, c’est l’impact des polluants chimiques qui a été pointé du doigt, ou encore la baisse inquiétante de la teneur en eau dans les sols.

Sur neuf variables planétaires aujourd’hui suivies, cinq font l’objet d’un dépassement de frontière documenté – et même six, si on prend en compte la plus récente étude publiée.

Cela ne signifie pas que le pire est certain. Mais la multiplication de ces alarmes doit clairement nous interpeller : nous sommes sur le point de provoquer une sortie de l’Holocène dont les conséquences seraient cataclysmiques.

La transition ne doit pas être seulement climatique, mais écosystémique

Quelles leçons en tirer pour les sociétés humaines ?

Premièrement, il faut comprendre que le climat est central dans le maintien des équilibres planétaires et qu’il est urgent de cesser les émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

Ensuite, il faut intégrer la dimension plurielle du problème. Car malgré son importance, la résolution du dérèglement climatique ne doit pas s’opérer au détriment des autres variables planétaires. Par exemple, massifier le recours à la biomasse ou opacifier l’atmosphère pour limiter le rayonnement solaire pourrait avoir des effets catastrophiques sur d’autres variables fondamentales du système Terre.

Enfin, il faut sans doute privilégier les solutions qui s’attaquent à la racine du problème, en cessant d’imaginer que nous pourrons dépasser les limites planétaires grâce à la seule technologie.

Respecter ces limites suppose tout autant d’innovations économiques, sociales, culturelles, politiques ou encore géopolitiques. Autrement dit, il s’agit sans doute de dépasser une autre limite : celle de notre imaginaire.

Dominique Méda : « Le refus de promouvoir la sobriété continue de s’enraciner dans l’idée que celle-ci serait liberticide et punitive » Dominique Méda, professeure de sociologie et directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (université Paris Dauphine-PSL) www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/04/dominique-meda-le-refus-de-promouvoir-la-sobriete-continue-de-s-enraciner-dans-l-idee-que-celle-ci-serait-liberticide-et-punitive_6128901_3232.html

La sociologue dresse, dans sa chronique, la liste des politiques (mix énergétique, emploi…) que le futur gouvernement devra entamer pour s’engager dans la voie de la transition écologique.

Trois choix pour la transition écologique

Quelle que soit sa couleur, le gouvernement qui déterminera et conduira la politique de la nation après les élections législatives, les 12 et 19 juin, devra être capable de proposer, de mettre en discussion, puis de faire adopter, par le plus grand nombre de citoyens possible, des choix clairs – parce que structurants pour les décennies à venir – en matière de transition écologique. Il s’agit en premier lieu du choix du mix énergétique. C’est peut-être le moins délicat de tous, dans la mesure où, malgré des positions qui peuvent sembler radicalement opposées chez les responsables politiques et dans la population française, la voie raisonnable consiste à développer de façon massive les énergies renouvelables, tout en s’appuyant sur le nucléaire pour assurer la transition et en continuant à travailler sur d’éventuelles autres solutions.

Le choix des places respectives à accorder aux innovations technologiques et aux changements de comportements semble, en revanche, beaucoup plus délicat. Il s’agit concrètement d’indiquer dans quelle mesure nous sommes collectivement prêts à changer nos modes de vie et à accorder plus de place à la sobriété. Alors que ce dernier terme est encore très peu utilisé dans les discours politiques français, son équivalent anglais (sufficiency) est mis à l’honneur dans le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

« Consommation ostentatoire »

Les crispations autour de cette question sont majeures, comme en témoignaient déjà les réactions indignées des politiques, notamment français, à la fameuse lettre écrite par le travailliste néerlandais Sicco Mansholt, en février 1972, un mois avant qu’il ne devienne un éphémère président de la Commission européenne (jusqu’en janvier 1973). A la suite de sa lecture du rapport du Club de Rome « Limits to Growth », paru la même année, il y plaidait en faveur d’une forte diminution de la production et de la consommation de biens matériels, organisée grâce à une planification capable d’assurer à chacun un minimum vital. Vingt ans après, en 1992, le président George H. W. Bush déclarait : « Le niveau de vie américain est non négociable. » Aujourd’hui, le refus de nombre de responsables politiques de promouvoir la sobriété continue de s’enraciner dans l’idée que celle-ci serait liberticide et punitive.

Mais pour qui le serait-elle ? Rappelons, notamment à l’égard des plus modestes, pour lesquels ces perspectives sont les plus inquiétantes, que la sobriété devrait principalement être le fait des pays les plus développés et des ménages les plus aisés. Il n’est pas anodin que le rapport du GIEC utilise, pour dénoncer la responsabilité de ces derniers, des termes forgés, en 1899, par le sociologue américain Thorstein Veblen : « La consommation ostentatoire des riches est à l’origine d’une grande partie des émissions dans tous les pays, liée aux dépenses consacrées à des choses telles que les voyages en avion, le tourisme, les gros véhicules privés et les grandes maisons. »

Dans le rapport « Soutenabilités ! Orchestrer et planifier l’action publique », publié par France Stratégie, une note de bas de page explique pourquoi, en France, les 50 % les plus modestes devraient réduire leur empreinte carbone de 4 % contre 81 % pour les 10 % les plus riches.

Mais un troisième choix devrait se révéler encore plus complexe. C’est celui qui concerne la façon dont seront gérées les conséquences des nécessaires restructurations de notre système productif sur l’emploi. On dispose aujourd’hui de plusieurs projections d’emploi, sur des durées et selon des hypothèses radicalement différentes. La plus récente, celle de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et de France Stratégie, « Quels métiers en 2030 ? », estime que la variante « bas carbone » devrait créer un surcroît de 200 000 emplois en 2030 par rapport au scénario tendanciel, en particulier dans la construction. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l’Agence de la transition écologique (Ademe) proposent des chiffres différents, mais moins éloignés que ceux du Shift Project, dont le plan prévoit, à l’horizon 2050, la création de 500 000 emplois dans l’agriculture et de fortes suppressions dans la construction de logements neufs et dans l’industrie automobile.

Il importera donc que des choix clairs soient faits non seulement en matière de relocalisation des activités et d’aménagement du territoire, mais aussi en ce qui concerne les changements à engager dans notre agriculture, dans notre alimentation, dans nos déplacements. Très peu de travaux s’intéressent à la manière dont les reconversions devraient être anticipées et accompagnées dans les secteurs appelés à connaître de très fortes transformations (aviation, automobile, pétrole…). Il s’agit d’un point essentiel si nous voulons éviter qu’au refus des lobbys et des résistants au changement s’ajoute celui de salariés anxieux de perdre leur emploi. Enfin, le type de planification à mettre en oeuvre sera déterminant. Dans sa fameuse lettre de 1972, Sicco Mansholt proposait de rechercher des formes de production très différenciées, « impliquant une planification fortement centralisée et une production largement décentralisée ». Il faudra aussi, écrivait-il, développer des mesures fiscales canalisant la consommation dans le sens de l’utilité et de la durabilité. Enfin, nous ne devrons plus, suggérait-il, orienter notre système économique vers la recherche d’une croissance maximale, mais vers l’« utilité nationale brute ». Saurons-nous, cinquante ans après, entendre enfin cette voix ?

Zergatik mobilizatu behar da eoliko eta fotoboltaikoen makropoligonoen aurka? Sustrai Erakuntza Fundazioa http://eguzki.org/2022/05/25/zergatik-mobilizatu-behar-da-eoliko-eta-fotoboltaikoen-makropoligonoen-aurka

NEE/TEN (Nafarroako Energia Eraldatzen/Transformando la Energía Navarra) plataformak, fotovoltaikoen eta eolikoen makropoligonoek kaltetutako Nafarroako herri eta ibarretako plataformek eratua, manifestazioa antolatu du datorren larunbatean, 2022ko maiatzaren 28an, 18:00etan Iruñeko Gaztelu plazatik abiatuta, “Sistema alda dezagun, ez klima” lelopean.

Sustrai Erakuntza Fundazioak bere babesa adierazi nahi dio ekimen honi. Beharrezkoa da eredua aldatzeko urratsak eskatzea, klimaren aldaketa eragozteko edo murrizteko. Munduko gure alde aberatsean, errotik justu izan behar den desazkundearen bidetik, nahitaez murriztu behar da beharrezko ez den produktu eta zerbitzuen kontsumoa, ekoizpen-eredua eta jabetza aldatzeaz gain. Ildo horretatik, dokumentu hau prestatu dugu gure jarrera justifikatzeko:

Kontraintuitiboa dirudi: klima aldaketari aurre egiteko energia fotovoltaiko eta eoliko kantitate handiak instalatzeko premiatzen zaigu. Hala ere, arazoa sakon aztertuz gero, ikusiko dugu hedapen berriztagarri horrek ez duela laguntzen Lur planeta suntsitzen ari den ekoizpen, kontsumo eta jabetza egungo eredua elikatzen duten erregai fosilen arazoak arintzen. Horregatik, planetako giza bizitza arriskuan jarriko ez duen eredu sozioekonomiko eta sozioingurumenekoaren alde borrokatzeko arrazoiak planteatu nahi ditugu dokumentu honetan, galdera eta erantzun gisa.

Lur planetak eutsi al diezaioke egungo kontsumo-mailari? Joan den maiatzaren 12an, Espainiako Estatuak urte osoan erabiltzeko zituen baliabide natural guztiak kontsumitu zituela iragarri zen. Data horretatik aurrera, kontsumitzekoak dituen baliabideak beste lurralde batzuetatik atera beharko ditu, eta, beraz, maileguan bizi gara urtea amaitu arte. Espainiako Estatuan kontsumitzen diren era guztietako baliabide naturalen premiek eskura dagoena baino 2,8 aldiz azalera handiagoa behar dute.

Nola izan daiteke posible hori? Munduko kontsumoa herrialde eta klase sozialen artean desberdin banatuta dagoela jakinda, giza espezieak baliabide naturalak eta zerbitzu ekologikoak erabiltzen ditu, gure planetak modu jasangarrian eman diezazkigukeenak baino gehiago. Hori Lurraren gaingaitasunaren egunean kalkulatzen da, hau da, gizateriak urte osoan behar dituen baliabide eta zerbitzu ekologikoen eskaerak urte berean Lurrak birsor dezakeena gainditzen duen egunean. Eta Lur planetaren maila globalean, gizateriak 1,7 planeta behar dituela kalkulatzen da, kopuru hori etengabe hazten doa indizea kalkulatzen hasi zenetik.

Non dago muga? Lehengaien eta energiaren kontsumoak erritmo esponentzialean hazten jarraitzen du. Eta esplotazioaren eta onura pribatuaren ekonomia kapitalistak bultzatuta egiten du, muga fisiko jakin batzuk dituen planeta batean dagoela kontuan hartu gabe. Horrela, nazioarteko zientzialariek gainditzeko zorian dauden elementu horietako batzuk identifikatu dituzte, dagoeneko gainditu ez direnean. Sustrai Erakuntza Fundazioak ere ohartarazi du desoreka horietako batzuk Nafarroan. Honako hauek dira: erregai fosilen kontsumo handia eta CO2 isurketa, klima-aldaketari eragiten diona; ongarrien zikloetako asaldurak, hala nola, nitrogenoa eta fosforoa makrogranjetan; uraren erabilera irrazionala eta harekin batera doazen azpiegitura jasanezinak; lurzoruaren erabileran izandako aldaketak; eta makroproiektu berriztagarrien instalaziotik eratorritako biodibertsitatearen galera geldiezina.

Berotegi-efektuko gasak isurtzen jarrai dezakegu? Datu zientifikoen arabera, gaur egun atmosferan milioi bat CO2-ko 420 zati daude, urtean 2,8 ppm-ko igoera ia etengabearekin. Horrela, urte gutxiren buruan 450 ppm-ko mugara iristeko bidean gaude, klimak batez besteko globalaren 2 ºC-tik gorako beroketa lortuko zukeela adieraziko lukeena. Atalase hori arriskutsutzat jotzen da, eta daramagun erritmoan aurki gainditu daitekeela dirudi.

 

Nola iritsi gara egoera honetara? Berotegi-efektuko gasen isurketaren iturri nagusia erregai fosilen kontsumoa da, hala nola ikatza, petrolioa eta gas naturala. Gure zibilizazioak mota guztietako prozesu industrial eta sozialetarako erabiltzen ditu erregai horiek: ekoizpen elektrikoa, meatzaritza, garraioa, erabiltzen ditugun produktuen fabrikazioa, eraikuntza, turismoa,… Gas horien beste iturri nagusia lurzoruaren erabileraren aldaketak dira: basogabetzea, nekazaritza-praktika intentsiboak eta ureztatzea, edo eraikuntzen eta azpiegituren ondorioz lurzorua galtzea.

Gizateriaren elikadura arriskuan al dago? Nekazaritza, abeltzaintza, arrantza eta basogintza dira planetaren muga naturaletara iristearen ondorioz aurre egin beharreko arazoen muina. Jarduera horietarako ekosistemak intentsiboki erabiltzen ditugu, eta horrek Gizateria kinka larrian jartzen du.

Ongarri nitrogenatuen neurrigabeko erabilerak eta nekazaritza-praktika industrialek lur-eremu handiak erabiltzen dituzte, lurzoruaren erabilerak aldatzen ari direnak. Baina, gainera, jarduera horiek guztiek erregai fosil asko kontsumitzea eskatzen dute. Hala, ongarri nitrogenatuen ekoizpenak gas naturalaren kontsumo nabarmena eskatzen du, eta, beraz, gas hori erabili gabe, oso zaila da elikagaien egungo ekoizpena mantendu ahal izatea. Era berean, nekazaritza- eta abeltzaintza-jarduera industrializatuak fosil jatorriko erregaien kontsumitzaile handiak dira, bai horiek mantentzeko, bai inputak inportatzeko (soja, ongarriak…), bai outputak esportatzeko ere (distantzia handietan merkaturatzea).

Gaur egun erregai fosilak jaten ditugula esan daiteke. Iraganean, nekazaritza eta abeltzaintza energia-iturriak ziren gizateriarentzat: eguzkiaren argitik harrapatutako energia-soberakina ateratzen zen haiekin. Hala ere, lehen sektorean erregai fosilak gehiegi erabiltzeak esan nahi du jada ez dugula energia garbirik lortzen sektore horretatik; aitzitik, energia galtzen dugun hustubide bat bihurtu da, laboreen errendimendu handiagoa lortzeko gure ahalegin arduragabea.

Zenbat erregai fosil kontsumitzen dugu Nafarroan? Erregai fosilekiko mendekotasuna duen zibilizazioa gara, energia mota honek erabat harrapatuta. Eta mendekotasun hori murriztea lan zaila eta konplexua da, eta ezin da gauzatu oinarrizko eskema guztiak errotik aldatu gabe.

Sustrai Erakuntza Fundaziotik behin baino gehiagotan adierazi dugunez, Nafarroako gizarteak energia fosil kopuru izugarria kontsumitzen du, hau da, gure erkidegoko 2020ko energia-kontsumo osoaren % 78,18. % 80 inguruko kopuru hori egonkor mantendu da azken hamarkadetan, nahiz eta hori murrizteko ustezko ahaleginak egin diren. Baina, gainera, kopuru horri gehitu beharko litzaioke inportatzen ditugun gaien kanpo-ekoizpenean ezkutuko kontsumo fosila % 33 handiagoa izatea.

Erregai fosilen kontsumo hori energia berriztagarriekin ordezka daiteke? Diskurtso ofizialak sinetsarazi nahi digu egungo ekoizpen- eta kontsumo-eredua eta klima-aldaketaren aurkako borroka mantendu daitezkeela erregai fosilak energia berriztagarriarekin ordezkatuz. Asmo horiek, ordea, errealitatearen aurka egiten dute. Kontuan izan behar da, alde batetik, energia berriztagarri gehienak elektrizitate moduan ekoizten direla, eta elektrizitate hori gure lurraldeko energia-kontsumoaren % 21,50 baino ez dela. Baina, gainera, elektrizitatearen kontsumoa urtetik urtera murrizten ari da. Nafarroako Gobernuaren azken Balantze Energetikoak, 2020koak, honela dio hitzez hitz: «Elektrizitateak % 4,40ko murrizketa izan du azken hamarkadan, eta azken urtean, % 7,47 murriztu da». Azkenik, erregai fosilen kontsumoa Nafarroako guztizko energia-gastuaren % 80 inguruan mantendu da azken hamarkadetan. Baldintza horietan, oso zaila da joera-aldaketa bat gertatzea, aldi berean beste aldaketa askorik gertatu gabe.

Energia berriztagarriak industria-mailan hedatzea nahikoa al litzateke gizadiaren egungo energia-kontsumoari eusteko? Ikusten dugu oso zaila dela energia berriztagarriekin Lur planetan gaur egun kontsumitzen den energia kantitatea ekoiztea. Gai horiek aztertzen dituen mundu zientifikotik ohartarazten digute energia berriztagarriekin egungo behar energetikoen % 30-40 soilik bete litezkeela, gure txostenean adierazi genuenez: «Nafarroako energia berriztagarrien boom berria. Egoera, inpaktuak eta proposamen alternatiboak».

Kontuan izan behar da berriztagarriak elektrizitate moduan ekoizten direla gehienbat, eta energia hori ezin dela erraz biltegiratu. Eta berriztagarrien kasuan, oso zaila da, ezinezkoa ez esatearren, ekoizpena arautzea, baldintza meteorologikoen mende baitago: haizea eta eguzki-argia egotea, batez ere.

Garrantzitsua da, beraz, berriztagarriek sortzen duten elektrizitatearen zati bat biltegiratzen saiatzea.

 

 

Eta, horretarako, aukera guztiak aztertu dira, bateriak eta hidrogeno-ekoizpena hobekien kokatuta daudenak izanik. Baina bi metodoek arazo larriak dituzte, eta badirudi haien eragina mugatua izanen dela: bi kasuetan, biltegiratze-prozesuan energia asko galtzen da, eta hidrogenoaren kasuan sortutako energiaren % 70 galtzen da. Horri gehitu behar zaio elementu kimikoen erauzketa masiboa eta horri lotutako beste arazo batzuk. Horrek guztiak energia berriztagarrien instalazioen kopurua handitzea ekarriko luke, galera horiek gainditzeko, eta, beraz, ondoren ikusiko ditugun ingurumen-inpaktuak areagotuko dira.

Energia berriztagarriak jasangarriak al dira? Eta orain arte berriztagarrien hedapena baldintzatu duten aipatu berri ditugun arazo larri horiei, gero eta garrantzitsuagoak izango diren beste batzuk gehitu beharko zaizkie. Makropoligonoen ezarpenak ingurumenean dituen inpaktu ukaezinei buruz ari gara, bai eta horiek eraikitzeko behar diren baliabide mineralen beharrei buruz ere.

Poligono eolikoak eta fotovoltaikoak jartzeak eragin larriak izan ditu jada Nafarroan, eta horri azken urtean jendaurrean jarri diren 100 proiektu berri baino gehiagok eragingo lituzketenak gehituko litzaizkioke. Horiek ezartzeak Nafarroako mendietan eta zelaietan biodibertsitatearen galera larria dakar, eta horrek larriagotu egiten ditu ezartzen dizkiguten gainerako azpiegitura handiek sortzen dituzten inpaktu garrantzitsuak.

Horrelako azpiegiturak instalatzen diren lekuetan gertatzen den biodibertsitate-galeraz gain, energia mota horiek eraikitzeko behar diren mineralen erauzketa gehitu behar zaio. Izan ere, kontuan izan behar da energia alternatibo horiek hedatzeko beharrezkoa dela mineralak erauztea, iturri fosilekin energia sortzeko behar dena baino 8-25 aldiz handiagoa, aipatutako txostenean azaldu genuenez. Horrela, arazo globalei aurre egiteko ustezko irtenbide berriztagarria arazo horietan gehiago sakontzea litzateke, eta biodibertsitatearen galera planetaren mugara iristea.

Ildo horretan, duela gutxi Nafarroako Parlamentuak onartutako herritarren parte-hartzea eta berriztagarrien makroproiektuen ingurumen-inpaktuaren tramitazio- eta azterketa-epeak murrizteko neurriak erabat arbuiagarria da.

Zer egin dezakegu? Argi dago, beraz, kontua ez dela energia-iturriak ordezkatzea bakarrik. Datozen urteetan, erregai fosilak berriztagarriekin ordezkatu beharko dira. Baina kontuan hartuta berriztagarriek ezin izango dutela gaur egun kontsumitzen ari garen adina energia ekoitzi, eta material asko agortzen ari direla, lehentasunak benetako beharrak asetzea izango litzateke, alferrikako bizimoduak eta kontsumoak alde batera utziz. Beraz, trantsizio energetikoak eraldaketa sozial sakona eskatzen du.

Azken urteotan, Sustrai Erakuntza Fundazioak alternatiba batzuk aipatu ditugu, bizi dugun egoera konplexuari erantzuteko eta petrolioa berriztagarrien truke aldatzeko eskema sinplista gainditzeko. Eredu energetiko berri bat behar dugu, ez espekulatiboa eta plangintza demokratikoan oinarritua:

Alferrikako energia-eskaria murrizteko eta topatzeko neurriak: energia-beharrak zehaztea; garraio pribatua ordezkatzea; nekazaritza eta abeltzaintza ekologikoa; industria-ekoizpena; gaikako bilketan oinarritutako hondakinen kudeaketa, konpostajea eta herritarren parte-hartzea; makroproiektu energiboroak eta ekosuntsitzaileak geldiaraztea (AHT, Nafarroako Kanala, megamineria, zentral termikoak, eguzki-poligonoak eta eolikoak,…).

Energiaren ekoizpena eta kontsumoa deskontzentratzea eta deszentralizatzea.

Energia-ekoizpenaren jabetza eta kontrol soziala, energia bezalako oinarrizko ondasuna eta aprobetxamendua unibertsalki bermatzeko.

Hiriguneak eta industrialdeak energia ekoizten eta aurrezten inplikatzea.

Energia-ekoizpena lur emankorraren, biodibertsitatearen eta kultura-ondarearen kontserbazioarekin bateragarri egitea.