Articles du Vendredi : Sélection du 10 juillet 2020


La France n’est toujours pas « à la hauteur des enjeux » climatiques Audrey Garric www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/08/climat-la-france-n-est-toujours-pas-a-la-hauteur-des-enjeux_6045537_3244.html

Le Haut Conseil pour le climat estime que la réduction des émissions de gaz à effet de serre reste insuffisante. Il identifie plusieurs mesures qui permettraient de respecter la trajectoire de neutralité carbone d’ici à 2050

Il faut redresser le cap et accélérer. Voilà l’avertissement adressé au gouvernement par le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son deuxième rapport annuel, publié mercredi 8 juillet. Les treize experts de cette autorité indépendante, lancée fin 2018 par Emmanuel Macron, observent que la France n’est toujours pas sur la bonne trajectoire pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, jugeant que « les actions climatiques [du pays] ne sont pas à la hauteur des enjeux ni de [ses] objectifs ».

Ils exhortent le nouveau gouvernement à orienter le futur plan de relance de l’économie autour de la transition bas carbone, qu’il s’agisse de la rénovation énergétique des bâtiments, de la décarbonation des transports ou de l’évolution de l’agriculture et de l’alimentation. « Cette transition écologique est possible, utile et inéluctable », assurent-ils, mais aussi « compatible avec les préoccupations légitimes de l’emploi ou de la santé », dans un contexte bousculé par la crise sanitaire et économique liée auCovid-19.

« Sur les dernières années, la mobilisation des pouvoirs publics est visible et croissante, mais elle ne se traduit pas par des avancées structurelles quant au rythme de baisse des émissions », juge Corinne Le Quéré, climatologue à l’université britannique d’East Anglia, qui préside le HCC. Au titre des« progrès », elle note la loi énergie-climat, adoptée en novembre 2019, qui grave dans le marbre l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050, notamment.

Depuis le premier rapport du HCC publié en juin 2019, le gouvernement s’est également engagé à réaliser un « budget vert », une évaluation de l’ensemble des recettes et dépenses budgétaires et fiscales au regard de leur impact sur l’environnement, qui devrait intervenir à partir de 2021. Chaque ministère doit en outre publier sa feuille de route climat − un engagement encore attendu.

« L’écologie n’est pas une option »

Un « agenda écologique » qu’Emmanuel Macron a défendu devant les membres de la convention citoyenne pour le climat qui venaient de lui rendre leurs propositions, le 29 juin. « L’écologie n’est pas une option (…). Accélérer, c’est au cœur des priorités que le président m’a chargé de mettre en œuvre », a confirmé le nouveau premier ministre, Jean Castex, dès le soir de sa nomination, vendredi 3 juillet, sur TF1.

Malgré tout, « le gouvernement ne fait pas suffisamment de suivi des politiques climatiques qu’il annonce »et son « pilotage manque de fermeté », relève Corinne Le Quéré. Les grandes lois d’orientation (EGalim, ELAN, LOM) n’ont pas été évaluées au regard de leur impact sur les émissions, contrairement aux promesses de l’Etat.

Surtout, la stratégie nationale bas carbone (SNBC), l’outil de pilotage de la politique climatique du pays, dont une version révisée a été publiée en avril, n’est toujours pas « le cadre de référence de l’action collective », juge le HCC. Elle « entérine les insuffisances passées et amoindrit les efforts futurs, éloignant la France de son objectif de neutralité carbone », note sévèrement l’instance indépendante. Le gouvernement, faute d’être parvenu à respecter ses objectifs pour la période 2015-2018, a en effet relevé les budgets carbone − les plafonds d’émissions − pour la période 2019-2023.

En dépit de ce tour de passe-passe, la réduction des émissions de gaz à effet de serre reste insuffisante pour respecter les objectifs. Certes, les rejets carbonés nationaux ont baissé de 20 % entre 1990 et 2019, et de 0,9 % entre 2018 et 2019− soit dans la moyenne des cinq dernières années. Mais ce rythme est inférieur à ce que prévoit la SNBC révisée : il faudrait atteindre une diminution annuelle de 1,5 %,et de 3,2 % à partir de 2025.

Dit autrement, la France, au lieu de rattraper les retards du passé, en accumule de nouveaux. Des quatre principaux secteurs émetteurs − le transport, l’agriculture, le bâtiment et l’industrie −« aucun ne marque de baisse substantielle qui illustrerait une rupture structurelle », prévient le rapport.

Une baisse des émissions « marginale » due au confinement

Une lueur d’espoir existe toutefois : le confinement lié à la crise sanitaire a entraîné une baisse inédite des émissions en France, avec environ −13 % entre janvier et mai. Elle pourrait s’établir à −9 %sur l’ensemble de l’année 2020. « Mais cette baisse est marginale par rapport à l’ampleur de l’effort à fournir, et elle risque de ne pas durer car nous n’avons pas changé de façon de nous déplacer ou de consommer », estime Corinne Le Quéré.

D’où l’enjeu stratégique du plan de relance, attendu à la fin de l’été. Deux mois après la publication de son rapport spécial sur la sortie de crise, le HCC réitère son appel au gouvernement de bannir tout soutien aux secteurs carbonés, afin d’éviter un rebond des émissions comme ce fut le cas après la crise de 2008. Or, regrettent les experts, les premières mesures de sortie de crise ont été principalement tournées vers les « secteurs très émetteurs » de l’automobile et de l’aviation, « sans conditionnalité ferme » avec le respect des objectifs climatiques et sans mesures d’évaluation.

Si elle note l’annonce d’Emmanuel Macron de débloquer 15 milliards d’euros sur deux ans pour la transition écologique, Corinne Le Quéré souligne qu’il faut « un pilotage cohérent » : « On ne peut pas, d’un côté, mettre de l’argent pour la transition écologique et, de l’autre, faire des investissements défavorables au climat. »

Les solutions pour mener une véritable relance verte sont pourtant connues depuis plus de dix ans, rappelle le Haut Conseil pour le climat. Il s’agit d’investir dans les transports publics et les infrastructures de mobilité douce (marche, vélo), ainsi que dans le ferroviaire. Et de massifier la rénovation énergétique, en commençant par les secteurs qui sont prêts (logement social, entreprises, etc.), en développant des rénovations globales (et non plus par gestes, comme changer une fenêtre ou une chaudière).  Dans l’industrie manufacturière et de la construction, les mesures de soutien doivent permettre d’améliorer l’efficacité énergétique et l’électrification ou de développer le recyclage des déchets et des matériaux. Enfin, concernant l’agriculture, le HCC recommande de valoriser le stockage de carbone dans les sols, de développer une stratégie pour les protéines végétales, et des pratiques agroécologiques pour l’élevage. Toutes ces mesures doivent être adaptées différemment selon les régions, qui devraient jouer un rôle de « chef de file » sur le climat afin de coordonner l’action des collectivités.

Revoir la tarification effective du carbone

Enfin, le Haut Conseil pour le climat appelle à revoir la tarification effective du carbone, actuellement insuffisante pour atteindre les objectifs de la SNBC. Il propose soit de relancer la croissance de la taxe carbone – gelée après le mouvement des « gilets jaunes » – mais en corrigeant ses effets inégalitaires, soit de renforcer les mesures réglementaires (par exemple les normes d’émissions de CO2 pour l’automobile).  Ces recommandations sont proches de celles de la convention citoyenne pour le climat, que le HCC qualifie d’« initiative remarquable à valoriser ». « On attend que le gouvernement évalue l’impact sur les émissions des propositions de la convention et les intègre le plus possible dans sa stratégie », avance Corinne Le Quéré. Mais l’Etat ne peut pas se dédouaner et reste « le garant de la mise en oeuvre des politiques publiques climatiques et de leur équité », ajoute-t-elle.  Le troisième projet de loi de finances rectificative en cours de discussion à l’Assemblée nationale permettra de fixer la ligne du nouveau gouvernement sur le point crucial de la conditionnalité des aides accordées aux secteurs polluants, estime Greenpeace France.  « Plusieurs amendements seront débattus pour obliger les grandes entreprises récipiendaires de l’aide publique à baisser leurs émissions dès l’année prochaine. Une position défendue par [la députée] Barbara Pompili lors de l’examen en commission des finances, contre l’avis du gouvernement », rappelle Clément Sénéchal, porte-parole politiques climatiques de l’ONG. Reste à savoir si la position de la nouvelle ministre de la transition écologique et solidaire est inchangée.

Macron dit non à la convention citoyenne à propos du CETA: quelles leçons en tirer? Maxime Combes https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/020720/macron-dit-non-la-convention-citoyenne-propos-du-ceta-quelles-lecons-en-tirer

C’était l’une des mesures phares des 149 propositions issues de la Convention citoyenne pour le climat : ne pas ratifier le CETA et rouvrir les négociations sur le contenu de cet accord de libéralisation du commerce et de l’investissement entre l’UE et le Canada. C’était aussi l’une des mesures pouvant être prise de façon immédiate par Emmanuel Macron. C’était enfin l’une des rares mesures qui aurait pu incarner la volonté manifestement affichée par le chef de l’exécutif de verdir son mandat. Emmanuel Macron l’a purement et simplement écartée d’un revers de la main, aggravant la situation abracadabrantesque qui entoure le CETA.

Une situation abracadabrantesque

Voilà en effet un traité international qui s’applique très largement depuis le 21 septembre 2017 alors que le processus de ratification n’est pas arrivé à son terme – ni en France ni au sein de l’UE – et qu’Emmanuel Macron se semble pas pressé de terminer. Il a d’abord laissé passer les élections européennes de mai 2019 pour l’inscrire à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et ainsi éviter que le débat ait lieu au grand jour avant l’élection. Voté en juillet 2019 par une courte majorité, le texte avait été présenté en procédure accélérée. Oui, en « procédure accélérée » : un an plus tard, de report en silence, et de silence en report, il n’a toujours pas été présenté au Sénat.  Le CETA s’applique ainsi de façon « provisoire » depuis presque deux ans. Mais c’est comme si Emmanuel Macron avait décidé de geler le processus de ratification pour entériner cette « application provisoire ». Une congélation du processus sans date de péremption, puisqu’aucun délai légal de ratification ne s’impose à la France. Sans doute l’exécutif n’y voit-il que des avantages : 1) voilà donc un accord qui s’applique déjà, pour l’essentiel de son contenu ; 2) le Sénat, majoritairement opposé à cet accord, n’a pas l’opportunité de voter et se démarquer de la majorité présidentielle ; 3) l’exécutif ne prend pas le risque de voir sa majorité à l’Assemblée nationale, où le texte reviendra en dernier ressort, s’effriter encore un peu plus à ce sujet.

Un joker caché

En écartant donc sans ménagement la proposition des 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron confisque à la fois le processus de ratification légal du CETA et, en même temps, un débat public sur un accord éminemment controversé à propos duquel la société civile s’est largement mobilisée (lire notre rapport). A l’heure où la pandémie de COVID19 a mis en exergue les failles de la mondialisation néolibérale et productiviste, et alors que 90% des sondés appellent à une relocalisation des filières économiques, le président de la République, qui parle dès qu’il peut de « souveraineté économique », entérine l’approfondissement de cette mondialisation en maintenant l’application provisoire du CETA.  Devant la Convention citoyenne, Emmanuel Macron a dit aux 150 tirés au sort qu’il voulait que « toutes leurs propositions qui sont prêtes soient mises en œuvre au plus vite », à l’exception de « trois jokers » (taxe sur les dividendes, modification du préambule de la Constitution, 110 km/h) : manifestement, le refus de stopper la ratification et de renégocier le CETA est un joker non annoncé, mais a été joué sans réserve. On voit mal en effet Emmanuel Macron revenir dans quelques jours devant l’opinion pour annoncer qu’il va finalement suivre la proposition de la Convention citoyenne. C’est  donc bien une autre des propositions patiemment élaborées par les 150 membres de la Convention qui se trouve enterrée.

« Sans tabou » pour générer du flou

Reconnaissons qu’Emmanuel Macron a été habile pour générer encore un peu plus de flou à ce sujet. S’il s’est dit « sans tabou » à propos du CETA, il a surtout rejoué la même partition qu’à l’été 2017. Plutôt que décider, il a de nouveau proposé d’évaluer l’accord, en précisant que « si l’évaluation montre qu’il n’est pas conforme à la trajectoire de Paris », il acceptera de « l’abandonner ». Cet engagement a déjà été pris entre les deux tours de l’élection présidentielle. Une commission d’experts a déjà été nommée. Elle a déjà rendue son rapport. Celui-ci est clair : « le climat est le grand absent du CETA ».  Emmanuel Macron n’a donc aucun tabou pour rejouer, avec imprécision, une carte qu’il a déjà jouée en 2017. Il y a trois ans déjà, il n’avait pas tiré les conclusions qui s’imposaient : ne pas mettre en œuvre et ne pas ratifier le CETA. A chaque fois, le stratagème est double : 1) gagner du temps et ne pas trancher en espérant que le temps décide pour lui ; 2) essayer de ne pas perdre immédiatement le crédit qu’il tente de se donner en matière écologique. Résultat : le CETA va continuer à s’appliquer sans réelle perspective : pas de date limite pour la fin de la ratification et de l’application provisoire, pas de véritable processus d’évaluation. Voilà la situation abracadabrantesque dans laquelle se complait Emmanuel Macron et dans laquelle il nous enferme alors qu’il serait urgent de changer de politique en matière de commerce et d’investissement.

En tirer les leçons

Celles et ceux qui avaient lu dans la proposition de la Convention citoyenne le levier ultime pour sonner le glas du CETA en sont pour leurs frais. Il nous faut collectivement en tirer les leçons. Aussi bien sur le plan institutionnel que sur le fond du dossier. Sur le plan institutionnel, on le voit clairement sur cet exemple, une Convention citoyenne qui n’obtient pas des garanties inscrites dans le marbre sur le devenir de ses propositions reste soumise au pouvoir discrétionnaire d’un homme seul, le président de la République, qui s’arroge le droit de décider de tout, en fonction de ses seuls impératifs politiques, idéologiques et économiques. C’est profondément anti-démocratique et cela va à l’encontre de l’objectif même d’une convention citoyenne qui consiste à revitaliser le débat démocratique.  Sur le fond du dossier, le temps est venu d’arrêter de faire de l’Accord de Paris le juge de paix des accords de libéralisation du commerce. Ce n’est pas le bon critère permettant de discriminer entre ceux qui pourraient être acceptés et ceux qui devraient être rejetés : l’accord de Paris, aussi utile soit-il, n’est pas doté d’instruments permettant de réguler le commerce international du point de vue de l’urgence climatique. Cette approche permet en plus à Emmanuel Macron d’affirmer d’un côté qu’il ne veut pas de l’accord avec le Mercosur (mais sans rien faire pour l’empêcher) car Jair Bolsonaro ne serait pas dans les clous de l’Accord de Paris. Et de l’autre de faire comme si le CETA ne posait pas de problème alors que le Canada est le pire pays du G20 du point de vue de ses émissions de GES par habitant et que Justin Trudeau vient de débloquer des milliards de dollars pour sauver son secteur pétrolier.

Comme nous l’avons expliqué par ailleurs (Du mauvais usage de l’accord de Paris en matière de commerce, Politis), l’accord de Paris n’est donc pas le bon critère pour juger de la politique climatique d’un pays tiers, ni pour en renforcer l’ambition. Faire comme si, c’est éluder 99 % du problème et montrer une très mauvaise compréhension de l’impact des politiques de libéralisation du commerce sur le climat. On ne désarme pas les règles climaticides du commerce international en signant de nouveaux accords de commerce. Quelques clauses internes aux accords de libre-échange ne suffiront pas plus à dompter la libéralisation des échanges et des investissements : la protection des droits humains, du climat et de l’environnement ne saurait être confiée au droit du commerce.

Enfin, reconnaissons dans cet épisode un moment de clarification. Annoncer reprendre l’essentiel des 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat, mais pas l’abandon du CETA, illustre l’orientation politique et idéologique d’Emmanuel Macron : ripoliner en vert le productivisme néolibéral sans en changer les fondements. Les 30 dernières années ont montré, par l’exemple, que cette approche est profondément disqualifiée parce qu’inefficace sur le plan écologique, en plus d’être dramatique sur le plan social et démocratique. Nous avons besoin de toute autre chose pour faire face à la gravité de la situation à laquelle nous sommes confrontés (lire nos propositions dans le petit livre Ce qui dépend de nous – Manifeste pour la relocalisation écologique et solidaire, éditions Les Liens qui libèrent, juin 2020)

La tentation éco-fasciste : migrations et écologie (1/2) Pierre Madelin

Alors que la question du « monde d’après » est sur toutes les lèvres et que la crise du capitalisme s’accentue, il nous a semblé important de nous interroger sur ce que pourrait être une politique éco-fasciste. À quoi pourrait ressembler une alliance entre le « vert » et le « brun »?

En 2019, le nombre de migrants internationaux à l’échelle mondiale a atteint 272 millions selon l’ONU, soit une augmentation de 51 millions par rapport à 2010. Cette même année 2019, le jour du « dépassement écologique » mondial, soit la date à partir de laquelle l’humanité a consommé plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la Terre n’est capable d’en produire et d’en absorber au cours d’une année, a été atteint le 29 juillet. Quelques mois auparavant, le 25 avril, un rapport affirmait que 14 % des emplois des pays membres de l’OCDE allaient disparaître en raison de l’automatisation, et que 31,6 % des activités seraient quoiqu’il en soit transformées par celle-ci. Le 15 mars, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, un homme répondant au nom de Brenton Tarrant, équipé d’armes de guerre, tuait dans plusieurs mosquées 51 personnes et en blessait 49 autres. Enfin, le 3 août, à El Paso, ville frontalière du Texas, Patrick Crusius attaquait à l’arme automatique un supermarché fréquenté par des latinos, tuant 22 personnes et en blessant 26. Quatre phénomènes apparemment étrangers, mais néanmoins reliés les uns aux autres par la dynamique du capitalisme, qui tend à épuiser  « en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse: la terre et le travailleur » (Marx).

Que le capitalisme épuise la nature, ses sols, ses fleuves, ses forêts, ses océans, son atmosphère et ses habitants non-humains, nous n’en avons désormais que trop conscience, aussi est-il inutile de s’attarder sur ce point. Qu’il épuise le travailleur, non seulement au sens banal où il l’exploite mais plus encore parce qu’il tend à détruire le travail salarié dont il a pourtant fait la condition sine qua non de la survie matérielle, voilà qui est peut-être un peu moins clair. Sans trop entrer dans le détail de leurs théories, il vaut donc la peine de rappeler que de nombreux auteurs estiment que le capitalisme est entré depuis les années 1970 dans une période de crise structurelle1, dont la raréfaction du travail – voire même, selon certains, la fin du travail, en raison du remplacement tendanciel des activités salariées par des machines – est l’un des principaux symptômes.

Or cette raréfaction conjointe du travail et des ressources entraîne logiquement la multiplication d’êtres humains « inutiles »2 ou « non-rentables » du point de vue de l’accumulation du Capital ; « Ce n’est plus, écrit le groupe Krisis dans son Manifeste contre le travail, la malédiction biblique, ‘tu mangeras ton pain à la sueur de ton front’, qui pèse sur les exclus, mais un nouveau jugement de damnation encore plus impitoyable : ‘tu ne mangeras pas, parce que ta sueur est superflue et invendable’ »3. Ces humains « inutiles » sont qui plus est « encombrants », dans la mesure où, n’ayant pas renoncé au désir de vivre et de survivre, ils souhaitent malgré tout pouvoir obtenir leur part de ressource et de richesse. La crise du capitalisme provoque donc aussi un accroissement de la compétition pour l’accès au travail et aux ressources, tant chez les individus qui sont privés de cet accès que chez les personnes qui en bénéficient tout en le jugeant menacé.

Dans la tête d’un éco-fasciste

Autant de facteurs qui poussent un nombre croissant de personnes à quitter leur lieu de naissance ou de résidence dans l’espoir de retrouver ailleurs une place et une utilité. Si l’articulation de ces trois premiers phénomènes que sont la détérioration des conditions de vie sur Terre, l’automatisation et la migration semble donc relativement claire, comment les relier aux tueries de Christchurch et d’El Paso ? La réponse à cette question doit être recherchée dans les propos des tueurs eux-mêmes, consignés dans les manifestes qu’ils ont écrit avant de passer à l’acte. Voici par exemple ce qu’écrit Brenton Tarrant :

« Je me considère comme un écofasciste. » « [L’immigration et le réchauffement climatique] sont deux faces du même problème. L’environnement est détruit par la surpopulation, et nous, les Européens, sommes les seuls qui ne contribuent pas à la surpopulation. (…) Il faut tuer les envahisseurs, tuer la surpopulation, et ainsi sauver l’environnement. »4

Quant à Patrick Crusius, dont le manifeste est d’autant plus troublant qu’il n’a rien de délirant et qu’il est écrit dans un style cohérent et argumenté, il est encore plus éloquent :

« L’immigration ne peut qu’être néfaste à l’avenir de l’Amérique. La poursuite de l’immigration fera empirer les effets de l’automatisation, qui est l’une des plus grandes questions de notre temps. Certaines sources affirment que d’ici deux décennies, la moitié des emplois américains seront perdus à cause de l’automatisation. Certains pourront se reconvertir, la plupart ne le pourront pas. Dans ces conditions, il est parfaitement absurde de continuer à noyer les États-Unis de dizaines de millions d’immigrés légaux ou clandestins ; et tout autant de garder les dizaines de millions qui sont déjà là. (…) L’emploi de mes rêves sera probablement automatisé »

Et plus loin :

« Le mode de vie américain est en train de détruire l’environnement dans notre pays. (…) Vous êtes tous trop têtus pour changer votre façon de vivre.

Dans ces conditions, la prochaine étape est de réduire le nombre de gens qui consomment des ressources en Amérique. Si nous pouvons nous en débarrasser en quantité suffisante, alors notre mode de vie pourra devenir un peu plus viable sur le long terme. »5

Avant de plonger plus en détail dans l’interprétation de ces textes et des évolutions dont ils sont le symptôme, revenons brièvement sur la question de la crise structurelle du capitalisme. Pour y faire face, les élites économico-étatiques se sont efforcées, depuis le début des années 1980, de réduire voire même d’abolir les anciens systèmes de redistribution de la richesse, en démantelant l’État-providence et en promouvant des logiques toujours plus compétitives ; c’est ce que l’on nomme généralement le néo-libéralisme. Ce faisant, elles se heurtent de plus en plus à l’insatisfaction et à la résistance de populations dont les conditions de vie et de travail se détériorent d’année en année. Le capitalisme doit donc également affronter une crise de légitimité qui le pousse à répondre aux revendications de justice sociale en recourant de plus en plus à l’usage de la force et en s’affranchissant des contraintes qu’hier encore l’État de droit exerçait sur lui (au moins dans certaines parties du monde), dessinant les contours de ce que l’on pourrait appeler avec d’autres un « libéralisme autoritaire ». Mais aucun pouvoir, aucun « système » ne peut se maintenir par l’usage exclusif de la force, aussi le néo-libéralisme est-il à terme condamné à céder la place à une nouvelle manière d’organiser les rapports sociaux, qui le prolongera sous une forme radicalisée ou qui s’opposera au contraire à lui à tous les niveaux.

Laissons de côté ici la possibilité proprement révolutionnaire d’une sortie du capitalisme, et intéressons-nous plutôt aux options dont celui-ci dispose pour faire face à cette crise de légitimité. Elles sont, me semble-t-il, au nombre de trois : le capitalisme vert, le carbo-fascisme et l’éco-fascisme. Si le capitalisme vert pourrait s’inscrire dans un cadre néo-libéral, investissant massivement dans la transition écologique tout en poursuivant la destruction des services publics et en exacerbant les inégalités, il pourrait également prendre une forme sociale-démocrate, en essayant de relancer simultanément l’accumulation du Capital – via le développement des énergies renouvelables et la rénovation des infrastructures – et la mécanique grippée de la redistribution des richesses. Il s’agirait en quelque sorte de restaurer l’État-providence déchu en tenant compte des limites de la biosphère. Tel est en tout cas à bien des égards le pari des partisans du Green New Deal, défendu aujourd’hui par une frange du parti démocrate aux États-Unis, ou de la « Planification Écologique » qui était promue en France lors de la dernière élection présidentielle par la France Insoumise.

Parmi toutes les options capitalistes, celle-ci est évidemment la mieux intentionnée et la moins monstrueuse, même si rien ne permet d’assurer à ce jour qu’elle soit viable d’un point de vue économique comme d’un point de vue écologique (c’est une autre question que je n’aborderai pas ici). Mais plutôt que de chercher à restaurer sous une forme renouvelée et reverdie la sociale-démocratie moribonde, le capitalisme pourrait également s’acheminer – c’est la voie que nous suivons aujourd’hui dans de nombreux pays, comme la France, même si cette issue n’a encore rien d’inéluctable – vers une forme de néo-fascisme qui s’emploierait par tous les moyens à occulter la question sociale (ou tout au moins à la déplacer) en plaçant au centre du jeu politique la question nationale et identitaire. Ce qu’explique très bien le sociologue Ugo Palheta :

« Le nationalisme blanc, xénophobe et raciste, se développe dans le champ politique en raison inverse de la capacité des forces politiques dominantes et des gouvernements à apparaître légitimes. Ne pouvant obtenir sur le terrain économique et social le consentement à leur domination politique – et comment le pourraient-ils puisque leurs politiques néolibérales ne peuvent que dégrader les conditions de travail et d’existence d’une frange large et croissante de la population ? – les élites tentent de le conquérir en bâtissant le mythe d’une communauté nationale mutilée, menacée, submergée voire colonisée par des populations qui seraient étrangères à son identité profonde et traitées à ce titre – même quand elles sont françaises – comme de perpétuels invitées. Autrement dit, elles cherchent à dresser la majorité blanche contre des populations d’ores et déjà persécutées : musulmans, Roms, migrants, noirs, en s’efforçant de créer un bloc blanc sous domination bourgeoise, une alliance de classe contre l’étranger »6.

Dans un contexte d’intensification de la crise écologique, cette dérive autoritaire néo-fasciste, et l’alliance de classe contre l’étranger qu’elle entend promouvoir, pourrait elle-même se décliner en « carbo-fascisme »7 ou en « éco-fascisme ». Le « carbo-fascisme » implique une fuite en avant à tous les niveaux. Accro aux combustibles fossiles, totalement indifférent aux conditions écologiques de sa survie, il est disposé à emporter dans sa tombe le legs de plusieurs milliards d’années d’évolution. C’est d’ailleurs lui, à l’heure actuelle, qui a le vent en poupe, car l’on ne peut pas vraiment dire que les mouvements politiques d’extrême droite se signalent par leur engagement en faveur de l’écologie, pas même à des fins instrumentales.

Partout où ils constituent une force électorale importante et où ils ont accédé au pouvoir, par exemple dans le Brésil de Bolsonaro ou les États-Unis de Donald Trump, les partis et les dirigeants qui mettent en place des politiques autoritaires et usent d’une rhétorique nationaliste ou raciste, ont plutôt tendance à minimiser ou à mépriser les enjeux écologiques, à réprimer les militants qui s’engagent dans la protection de la nature et à promouvoir des politiques ouvertement écocides.

Tout indique que dans leur esprit, la vocation des êtres humains à dominer la nature est indissociable de la vocation de certains groupes humains à en dominer d’autres, et que les hiérarchies de classe, de race et de genre qui structurent leurs sociétés ne peuvent être perpétuées qu’à condition de préserver cette autre grande hiérarchie, anthropocentrée, qui place l’être humain au sommet du Cosmos et lui octroie le droit d’en faire usage comme bon lui semble. Si ce carbo-fascisme venait à s’imposer, les Brenton Tarrant et les Patrick Crusius ne resteraient dans la mémoire collective qu’au titre de sinistres curiosités historiques. Il se pourrait néanmoins aussi – telle est en tout cas l’hypothèse centrale, et, je l’espère, erronée, de ce texte de « politique-fiction » – qu’ils soient les premiers à poser les jalons d’une politique éco-fasciste.

D’un éco-fascisme à l’autre

Mais que faut-il exactement entendre par ce terme? Pour répondre à cette question avec précision, il peut être utile de revenir sur les trois principaux usages qui ont été faits jusqu’à présent du concept d’éco-fascisme :

  1. Au début des années 1990, ce concept a été utilisé à des fins diffamatoires par des idéologues « libéraux », notamment en France, pour suggérer que toute critique écologiste radicale de la modernité industrielle et capitaliste favoriserait l’avènement de régimes autoritaires. « Sous l’amour de la nature, la haine des hommes », écrivait par exemple Marcel Gauchet dans un célèbre article, peu avant que Luc Ferry ne publie son pamphlet Le nouvel ordre écologique, qui exerça une influence délétère sur la réception de la pensée écologiste anglo-saxonne dans les milieux intellectuels français.
  2. Dès les années 1970, divers penseurs de l’écologie politique soutinrent que la détérioration des milieux et la raréfaction des ressources provoquées par la croissance capitaliste entraîneraient à terme une gestion de plus en plus autoritaire (voire totalitaire) des territoires et des populations. « Les divers responsables de la ruine de la Terre, écrivait Bernard Charbonneau dans Le Feu Vert, organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et après l’abondance géreront la pénurie et la survie »8, tandis qu’André Gorz, dans un texte célèbre, s’inquiétait de l’émergence d’une ingénierie écologique chargée de « déterminer scientifiquement les techniques et les seuils de pollution écologiquement supportables, c’est-à-dire les conditions et les limites dans lesquelles le développement de la technosphère industrielle peut être poursuivi sans compromettre les capacités auto-régénératrices de l’écosphère »9.
  3. Enfin, à partir des années 1980, dans le monde anglo-saxon, divers auteurs s’inquiétèrent des conclusions politiques que certains pourraient être tentés de tirer des positions éthiques dites écocentrées. Ils craignaient notamment que ces éthiques, lorsqu’elles accordent davantage de valeur aux communautés et aux touts qu’aux individus et aux parties qui les composent, ne puissent être invoquées pour légitimer, fût-ce à leur corps défendant, le sacrifice de certaines personnes et de certains groupes humains au nom de la préservation des écosystèmes. C’est cela qu’ils nommèrent éco-fascisme : la tendance à considérer que des populations spécifiques, dont on estime qu’elles perturbent les équilibres de la biosphère par leurs pratiques ou par leur nombre, doivent être éliminées, et qu’il peut être nécessaire de s’en débarrasser au nom du « bien commun »10.

Les deux premières approches sont évidemment diamétralement opposées l’une à l’autre ; alors que la première attribue à toute critique radicale de la société industrielle et aux alternatives politiques qu’elle promeut une disposition à l’éco-fascisme, la seconde perçoit au contraire dans la dynamique de l’ordre stato-capitaliste lui-même un potentiel éco-fasciste. Quant à la troisième approche, elle se distingue de la première en ceci qu’elle ne perçoit pas de tendance inéluctable à l’éco-fascisme dans la critique de la modernité et de l’anthropocentrisme, qu’elle y voit plutôt une possibilité parmi d’autres de cette critique, qui pourrait être évitée à condition de trouver un équilibre moral et politique entre la valeur que l’on octroie aux individus et celle que l’on octroie aux entités sociales et écologiques auxquelles ils appartiennent et dont leur existence dépend.

Je souhaite pour ma part suggérer que l’éco-fascisme au sens 2 et l’éco-fascisme au sens 3 pourraient fusionner, en montrant que la gestion autoritaire de la pénurie et de la survie n’affecterait pas l’ensemble des êtres humains de manière indifférenciée, un point sur lequel Gorz ou Charbonneau ne se sont guère attardés. Elle pourrait à terme conduire, au nom de « l’intérêt général » et de la préservation des équilibres de la biosphère ou des écosystèmes nationaux, au sacrifice des groupes placés en bas de l’échelle sociale, restreignant dans un premier temps drastiquement  leur accès aux ressources et aux richesses, et remettant finalement en cause leur droit à l’existence. Par éco-fascisme, il faudrait alors entendre une politique désireuse de préserver les conditions de la vie sur Terre, mais au profit exclusif d’une minorité.

Cette hypothèse me semble d’autant plus crédible que les prémisses de cet éco-fascisme sont d’ores et déjà observables non seulement chez les tueurs d’El Paso et de Christchurch, ou au sein des partis d’extrême droite (nous allons y revenir), mais aussi, de façon plus « subtile », au sein même des institutions européennes. À l’automne dernier, Ursula von der Leyen, fraîchement nommée présidente de la Commission européenne, provoquait un tollé en intitulant le portefeuille de son commissaire chargé des questions de migration « Protection du mode de vie européen ». Intitulé d’autant plus abject et ambivalent que le mode de vie peut faire référence aussi bien à une « identité » culturelle supposée qu’au « train de vie », soit la somme d’énergie et de matière requise à l’heure actuelle par un Européen pour vivre, dont on sait très bien qu’elle est insoutenable d’un point de vue écologique.

Sans revenir ici sur la question de savoir s’il a existé quelque chose comme un écologisme nazi, largement débattue par les historiens, il est également évident que la relation entre appartenance ethnique/nationale et territoire a toujours occupé une place centrale dans l’imaginaire conservateur, pour lequel l’environnement – le « terroir », le sang et le sol dans le pire des cas – n’est jamais que le support où s’inscrit l’identité de communautés politiques et historiques closes, d’autant plus «authentiques» qu’elles ont su préserver leurs liens avec cet environnement. En France, depuis les années 1970, un intellectuel comme Alain de Benoist a œuvré au rapprochement entre l’écologie et l’extrême-droite, d’une façon d’autant plus dangereuse qu’elle est extrêmement subtile – nous y reviendrons. Mais il ne s’agissait jusqu’à présent que d’un travail idéologique souterrain, sans véritable écho dans la sphère politico-électorale. Et pour cause : non seulement la crise écologique n’avait pas atteint l’intensité critique qui est aujourd’hui la sienne, mais l’immigration n’était pas encore devenue la hantise du personnel politique et d’une frange significative de la population.

Or désormais, comme en attestent par exemple de nombreux sondages en France11, la protection de l’environnement et l’immigration font partie des principales inquiétudes des citoyens. Dans un tel contexte, nous pensons que l’extrême droite ne pourra parvenir au pouvoir ou à minima imposer son agenda idéologique qu’à condition d’articuler de façon cohérente le rejet de l’immigration (et la stigmatisation des groupes construits comme « étrangers ») qui la définit traditionnellement et le souci de l’environnement. Elle aurait par exemple tout à gagner à présenter « l’invasion » supposée des migrants et le saccage avéré de la nature comme deux expressions distinctes mais convergentes d’une même logique : celle d’une intensification symétrique des flux de marchandises et de capitaux d’un côté, et des flux d’êtres humains de l’autre. Faute de pouvoir articuler ainsi le « brun » et le « vert », elle ne saurait s’imposer durablement – au moins dans certains pays, comme le nôtre – auprès d’un électorat toujours plus inquiet face à la détérioration des conditions de vie sur Terre. Ou pour le dire autrement, elle ne parviendrait pas à mettre en place le « bloc blanc sous domination bourgeoise » et à créer « l’alliance de classe contre l’étranger » que nous évoquions plus haut.

Pour y parvenir, il lui faudrait renoncer à défendre l’imbrication de l’appropriation de la nature et des hiérarchies sociales caractéristiques de la configuration classique du capitalisme, en lui substituant une imbrication nouvelle, visant à perpétuer les hiérarchies sociales via la préservation du milieu naturel (ou ce qu’il en reste). L’éco-fascisme serait alors le nom d’une politique qui ménagerait le milieu de vie non pas en réduisant l’empreinte écologique des nations et des classes qui tirent profit des rapports sociaux capitalistes, mais en perpétuant au contraire les conditions socio-écologiques de leur accès privilégié à l’abondance matérielle et énergétique, notamment par la marginalisation ou l’élimination des groupes et des individus perçus comme surnuméraires. L’illimitation absolue propre au carbo-fascisme céderait alors la place à une politique des limites, mais ces limites n’auraient pas grand-chose à voir avec celles que prônent par exemple les partisans de la décroissance soucieux de justice sociale. À la différence d’une option que l’on pourrait dire éco-socialiste, qui se proposerait de limiter par un procédé démocratique l’appropriation de la nature qui est au fondement de l’accumulation du Capital, ainsi que sa captation par des groupes privilégiés, l’option éco-fasciste entendrait limiter la population par des méthodes autoritaires pour que ces mêmes groupes, définis suivant des critères ethno-raciaux toujours plus exclusifs, puissent continuer à s’approprier la nature comme bon leur semble, mais de façon à ce que l’abondance dont cette appropriation leur permet de jouir continue à être viable d’un point de vue écologique.

Dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, la réaffirmation ou le renforcement des hiérarchies sociales permettrait de déterminer quelles catégories de la population pourraient accéder aux plus belles parts d’un gâteau appelé à diminuer, et quelles catégories devraient au contraire se contenter de miettes, exacerbant ainsi des tendances déjà à l’œuvre à l’heure actuelle. Elle pourrait également conduire, le temps passant, à l’adoption de pratiques eugénistes visant à limiter la reproduction des groupes « subalternes ». En dernière instance, elle pourrait même promouvoir leur élimination ; la gestion des conséquences de l’effondrement écologique prendrait alors tout simplement la forme du crime de masse. À terme, cette épuration socio-écologique pourrait toucher des franges sans cesse croissantes de la population mondiale, mais si cette dynamique éco-fasciste venait à éclore, elle affecterait manifestement dans un premier temps les plus vulnérables d’entre nous : les migrants, qui sont d’ores et déjà dans les pays riches la cible privilégiée non seulement des partis et des leaders d’extrême-droite, mais aussi des politiques sécuritaires de la plupart des États. Pour bien comprendre dans quel cadre idéologique une telle politique pourrait être amenée à se déployer, une petite rétrospective historique s’impose.  (Suite et fin le vendredi 17/7)

Notes

1. Voir par exemple Anselm Jappe, Crédit à Mort. Lignes, 2015.
2. Sur le concept d’homme inutile, voir Pierre-Noël Giraud, L’homme inutile, Odile Jacob, 2018.
3. Groupe Krisis. Manifeste contre le travail. Editions Lignes, 2015.
4. Cité dans Le Monde : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/10/04/ecofascisme-comment-l-extreme-droite-en-ligne-s-est-reappropriee-les-questions-climatiques_6014255_4408996.html
5. Ça ne me fait pas plaisir de renvoyer à un site néo-nazi, mais c’est le seul où j’ai trouvé une version complète, traduite en français, du manifeste de Crusius : https://www.blancheurope.com/2019/08/19/publication-en-pdf-du-manifeste-de-patrick-crusius/
6. https://comptoir.org/2019/04/23/ugo-palheta-la-poussee-autoritaire-de-la-france-rend-possible-une-dictature-ouverte/
7. Expression que j’emprunte à Jean-Baptiste Fressoz : https://www.liberation.fr/planete/2018/10/10/bolsonaro-trump-duterte-la-montee-d-un-carbo-fascisme_1684428
8. Bernard Charbonneau, Le Feu Vert. Parangon, 2009.
9. André Gorz, « L’écologie politique entre expertocratie et autolimitation », Ecologica. Galilée, 2008.
10. Pour une bonne présentation des enjeux de ce débat, voir Michael Zimmeman, https://faculty.fgcu.edu/twimberley/EnviroPhilo/Ecofascism.pdf
11. https://www.lepoint.fr/societe/l-environnement-premiere-preoccupation-des-francais-selon-un-sondage-16-09-2019-2336031_23.php

Gaël Giraud : « Le monde financier sait que ses jours sont comptés » Steve Jourdin www.publicsenat.fr/article/politique/gael-giraud-le-monde-financier-sait-que-ses-jours-sont-comptes-183433

Artikoko herri batean, 38 graduko tenperatura neurtu dute. Mexikon, harea ekaitz batek %800 handitu du aireko partikulen kopurua.

Lurraren berotzeak muturreko gertakari klimatologikoak ugarituko dituela ohartarazi dute zientzialariek behin eta berriz azken hamarkadetan, eta, berotegi gasen isuriak markak hautsi ahala, agertzen ari diren ezohiko gertakari klimatologikoen arriskuak agerian gelditzen ari dira. Azken egunetan, ohiz kanpoko bi gertakari klimatologiko neurtu dituzte. Batetik, Errusiako Verkhoiansk herri artikoan 38 graduko tenperatura izan zen ekainaren 20an. Munduko tokirik hotzenetako bat izan ohi den inguru horretan inoiz erregistratu den tenperaturarik beroena izan zen. Bestetik, Mexikon, Saharan sortutako harea ekaitz batek Yucatan penintsula jo du. Urteroko fenomenoa izan ohi da, baina, oraingoan, askoz ere aire partikula gehiago garraiatu ditu Afrikako desertutik Amerikako kontinenteraino.

MME Munduko Meteorologia Elkarteak klima larrialdiarekin lotu du Verkhoiansk herri artikoko tenperatura marka. Elkarteko Klima kontalari berezi Randall Cervenyren esanetan, «ezohiko udaberri beroa» izan da Siberian, eta bero oldeak bat egin du «eskualdeko elurra gutxitzearekin eta berotze globalarekin».

Siberian muturreko tenperaturak izan ohi dira neguan eta udan. Garairik beroenetan 30 graduko tenperaturak gainditu ohi ditu, eta neguan zero azpitik 67 gradura iritsi daiteke.

Lurraren berotzea gehien eragiten ari den eskualdeetako bat da Artikoa, MMEren esanetan. Inguru horretako tenperaturen hazkundea munduko batezbestekoa halako bi, eta azken berrogei urteetan erdira murriztu da itsasoko izotzaren bolumena.

Iparraldean bakarrik ez, hegoaldean ere markak hautsi ditu beroak. MMEk gogorarazi duenez, joan den otsailaren 6an, 18,4 graduko tenperatura neurtu zuten Antartikako penintsularen iparraldean dagoen Esperanzan, Argentinaren basean.

Osasun arazoak

Sahara desertuan sortu zen harea ekaitz batek Ozeano Atlantikoa zeharkatu du berriki, eta Mexikora heldu zen herenegun, Yucatan penintsulara.

Adituek ohartarazi dutenez, ekaitzak kaskartu egin du airearen kalitatea. Mexikoko Unibertsitate Autonomoko ikerlari Luis Antonio Ladinok azaldu du Saharako hautsak Afrikaren mendebaldetik eramandako material biologiko eta kimikoak garraiatu dituela, eta horiek kaltegarriak izan daitezkeela osasunerako. Bereziki, aurretik arnas aparatuko gaixotasunen bat dutenentzako.

Saharan sortu eta Amerikara iristen diren harea ekaitzak urtero izan ohi dira, baina aurtengoa «ezohikoa» dela nabarmendu du Ladinok. 2017an ekaitzen hautseko gaiak neurtzen hasi zirenez geroztik, airean aurkitutako partikulak gehienez ere %300 handitu dira. Aurten, berriz, %800ekoa izan da igoera.

Gainera, ekaitzak bat egin du aurretik koronabirusak eragindako osasun krisiarekin. Ekaitzetik babesteko, COVID-19arengandik babesteko gomendatzen diren neurri berak hartzeko eskatu diete adituek herritarrei: etxean gelditzea, eta kalera irten behar izanez gero maskara jartzea.

Ekaitzak mineralak ere eraman ditu kontinente batetik bestera, eta mineral horiek lagungarri dira ozeanoaren eta lur sailen ongarritze naturalarentzako.