Articles du Vendredi : Sélection du 07 janvier 2022


« Le gaz et le nucléaire ne sont pas des énergies vertes » Neil Makaroff suit les politiques européennes au sein du Réseau Action Climat (RAC) https://reporterre.net/Le-gaz-et-le-nucleaire-ne-sont-pas-des-energies-vertes

La Commission européenne entend classer dans sa taxonomie verte le gaz et le nucléaire comme « énergies de transition ». Une erreur, selon Neil Makaroff du Réseau Action Climat, qui pointe une « alliance toxique » entre pays, dont la France, en faveur de cette décision.

Reporterre — Qu’est-ce que la taxonomie verte, à quoi servira-t-elle ?

Neil Makaroff — Il s’agit de déterminer les activités économiques, et notamment les énergies, qui sont favorables pour le climat. Cette classification fera un peu office de label vert : une activité estampillée comme vertueuse par cette taxonomie pourra toucher des financements dédiés à la transition écologique. Plus d’un tiers du plan de relance européen — 37 % — doit être fléché vers la transition… donc vers des filières « labellisées » vertes. Cela concerne aussi les subventions des États membres, les prêts de la Banque européenne d’investissement, ou des investissements privés. La taxonomie est donc un outil important, avec des enjeux financiers très forts. C’est pourquoi certaines industries — le gaz et le nucléaire en premier lieu — ont très fortement poussé pour être intégrées à la taxonomie.

Au départ, elle a été élaborée à partir de critères scientifiques et objectifs — ni le nucléaire ni le gaz n’en faisaient partie. Sauf que le politique s’en est mêlé et chaque État a voulu pousser ses propres intérêts. Toute une première partie de la taxonomie a été adoptée en fin d’année dernière — classant comme « vertes » les énergies renouvelables, la rénovation des bâtiments, l’efficacité énergétique dans l’industrie, etc. Mais la question du nucléaire et du gaz a été laissée de côté, car trop polémique.

La Commission européenne a finalement décidé, le 31 décembre dernier, que le nucléaire et le gaz seraient considérés comme des « énergies de transition ». Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ?

L’industrie nucléaire et le gaz fossile n’ont pas été classés comme énergies « vertes », mais bien comme « énergies de transition ». Ce qui signifie que les critères seront revus tous les cinq ans, et que l’obtention du « label » est soumise à des conditions. Les projets gaziers avec des permis délivrés jusqu’en 2030 seraient également éligibles, à condition qu’ils émettent moins de 270g CO2e/kWh (g équivalent dioxyde de carbone par kilowattheure) — ce qui correspond à des centrales plutôt performantes. Les projets nucléaires construits d’ici 2045 pourraient être labellisés s’ils prévoient des plans de gestion des déchets radioactifs et de démantèlement.

Pourquoi le gaz et le nucléaire ne doivent-ils pas être intégrés à la taxonomie ?

Ce ne sont pas des énergies vertes. Le gaz est la première source d’émission de gaz à effet de serre du secteur électrique en Europe, devant le charbon. D’après la Commission européenne elle-même, pour respecter nos objectifs climatiques, il nous faut réduire notre consommation de gaz de 36 % d’ici 2030. Et là, nous ferons le contraire : investir dans cette ressource fossile ! C’est extrêmement dangereux, et ce d’autant plus que l’argent investi dans ces centrales ne pourra pas l’être dans des énergies réellement vertes. Cela nous maintient dans un schéma de dépendance : une centrale à gaz a un cycle de vie de trente à quarante ans, donc investir aujourd’hui dans du gaz nous contraint pour l’avenir.

Quant au nucléaire, c’est certes une énergie peu émettrice de gaz à effet de serre. Mais la taxonomie verte retient d’autres critères écologiques : la gestion des déchets et les risques pour l’environnement. Or le nucléaire ne répond pas du tout à ces objectifs. La question des déchets radioactifs est loin d’être traitée, et cette énergie fait peser des risques sur l’environnement — que ce soit de manière directe par son impact sur les cours d’eau ou de manière moins immédiate par le risque d’accident.

Quel rôle a joué le gouvernement français dans ce basculement ?

La France a mené une offensive très agressive en faveur du nucléaire, mais également en faveur du gaz. Elle s’est alliée avec des pays comme la Hongrie, la Pologne ou la République tchèque pour que soient intégrées ces deux énergies. Nous avons dénoncé cette alliance toxique, qui pourrait faire capoter la transition énergétique en Europe.

J’ai rarement vu un lobbying aussi fort de la part de la France. Le gouvernement a cherché par tous les moyens à orienter les discussions. Parce que l’avenir de la filière nucléaire française dépend énormément de cette labellisation européenne : sans elle, elle risque de rencontrer de grosses difficultés de financement, alors même qu’elle est en pleine crise économique.

Cette décision de la Commission européenne a provoqué l’ire de certains pays européens, dont l’Allemagne et l’Autriche. Que va-t-il se passer ?

L’Autriche a effectivement menacé de porter plainte si le nucléaire était intégré à la taxonomie verte. Et plusieurs dirigeants allemands sont montés au créneau ; c’est d’ailleurs rare de voir une telle fronde de la part de l’Allemagne, plutôt encline au consensus.

La décision de la Commission européenne, publiée le 31 décembre, est en consultation jusqu’au 12 janvier. C’est un temps très court, surtout pour un sujet aussi sensible. Les États membres peuvent rejeter ce texte — à condition de réunir une majorité qualifiée, soit 65 % des États représentant 65 % de la population. Le Parlement européen peut aussi le rejeter. Si c’est le cas, la Commission devra revoir sa copie. Autrement dit, rien n’est joué, et le débat est loin d’être terminé.

Les Allemands persistent et signent contre le nucléaire et pour le renouvelable Thomas Schnee www.mediapart.fr/journal/international/251221/les-allemands-persistent-et-signent-contre-le-nucleaire-et-pour-le-renouvelable

Outre-Rhin, le débat poussé par la France sur le nucléaire, présenté comme une énergie « verte », ne prend clairement pas. Le consensus se maintient autour du pari fait par le nouveau gouvernement que le passage direct au « tout renouvelable » est possible et sera à terme bien plus payant, même s’il implique des décisions douloureuses.

Berlin (Allemagne). Quoi qu’en disent ses voisins, sur la question du nucléaire, l’Allemagne ne reviendra pas sur ses pas. C’est à Gundremmingen en Bavière que le premier réacteur allemand a été branché au réseau électrique, il y a 55 ans. Et c’est là aussi que l’aventure du nucléaire civil allemand va s’achever. Ou presque. Comme le prévoit une loi de 2011. Le tout accompagné de quelques maigres rassemblements et pancartes de protestation, agitées par Nuklearia, l’une des rares associations pro-nucléaires du pays.

Selon Heiko Ringel, directeur technique de la centrale de Gundremmingen, l’extinction définitive du bloc C, le dernier réacteur à eau bouillante en activité outre-Rhin, commencera dans la journée du 31 décembre prochain. Elle prendra environ 12 heures. Tous les systèmes de pilotage et de contrôle du bloc seront arrêtés tour à tour. Les principaux câbles électriques et tuyaux qui relient les différentes unités du réacteur seront alors sectionnés, a-t-il solennellement expliqué lors d’une conférence de presse.

En 2021, l’Allemagne a encore fait tourner six réacteurs nucléaires qui ont couvert près de 14,2 % de sa production électrique (part de janvier à septembre). Début 2022, il ne seront plus que trois qui auront, eux aussi, cessé de fonctionner à la fin de l’année prochaine.

À Gundremmingen, le patient travail de démantèlement va bientôt commencer. M. Ringel évalue le volume total de matériaux à 90 000 tonnes, dont 11 500 tonnes de déchets irradiés à des niveaux variables et qu’il faudra neutraliser et stocker. En perspective, des décennies de travail et des siècles de vigilance pour un coût jamais chiffré.

Le nucléaire est définitivement sorti de la stratégie énergétique de l’Allemagne mais aussi de ses grands exploitants. « Le législateur a décidé, il y a des années, que le nucléaire n’avait pas d’avenir en Allemagne. La poursuite de l’exploitation de nos centrales nucléaires au-delà de la date limite légale de 2022 n’est pas à l’ordre du jour pour nous », a récemment confirmé Leonhard Birnbaum, le patron d’E.ON, l’un des principaux électriciens allemands.

Le charbon aussi

Ces derniers ont pu négocier des dédommagements de plusieurs milliards d’euros pour cause de fermeture précoce et forcée. Depuis, la page est tournée. Comme E.ON ou RWE, ils se sont restructurés et scindés de manière à obtenir un pôle d’activité tourné vers l’avenir et le renouvelable. Et un autre qui joue le rôle de « bad bank » de l’énergie, revendant ou exploitant les ressources fossiles détenues, tant que c’est encore possible.

« La question de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires ainsi que d’autres questions hypothétiques dans ce contexte ne se posent donc pas pour EnBW non plus », déclare-t-on chez ce gros électricien du sud-ouest du pays pour qui le nucléaire n’est plus qu’une question de stratégie de démantèlement à long terme.

Avec la sortie du charbon, fixée par une loi de 2020, la même politique s’applique désormais aux centrales à houille et à lignite avec un système d’enchères et de dédommagement qui conduit chaque année à une sélection de centrales à fermer. À Deuben, au sud-ouest de Leipzig (Saxe), RWE va ainsi bientôt fermer la plus vieille centrale au lignite du pays, ouverte il y a 85 ans, d’ici au jour de l’an.

C’est ainsi que depuis le lancement du pays dans la transition énergétique, et surtout depuis la loi de 2011 sur l’arrêt définitif du nucléaire, la part du charbon dans la production électrique allemande n’a cessé de reculer (24,1 % en 2020, contre 42 % en 2011) avec encore 118 unités. Depuis l’arrivée de la coalition tricolore (selon les couleurs des trois partis au pouvoir) d’Olaf Scholz, le mouvement doit s’accélérer avec un arrêt probable des centrales en 2030 au lieu de 2038.

« Il est exact, bien sûr, que nous sommes aujourd’hui face à la tâche très ambitieuse et difficile de mener à bien la transition énergétique tout en abandonnant progressivement le charbon et le nucléaire. Mais il est également exact que cela en vaudra la peine pour notre pays si nous le faisons correctement », défendait encore l’ex-chancelière Merkel, à l’agence Reuters fin novembre dernier.

« C’est vrai sur le plan scientifique et technique, il aurait peut-être été préférable d’arrêter le charbon avant le nucléaire. Mais politiquement, nous n’avons jamais eu cette discussion », reconnaît pour sa part Patrick Graichen, le nouveau « général » de la bataille pour la transition énergétique.

Ex-directeur d’Agora Energiewende, l’un des plus gros think-tanks allemands sur la question, ce dernier vient en effet d’être nommé secrétaire d’État à l’énergie au sein du super-ministère de l’énergie et de la protection climatique dirigé par l’écologiste et vice-chancelier Robert Habeck.

Réorganisation des réseaux

On le sait désormais depuis la lecture du contrat de la nouvelle coalition, le gouvernement fédéral doit et veut appuyer sur l’accélérateur pour réussir cette transition énergétique. « Nous avons besoin de tripler rapidement le nombre d’installations éoliennes et photovoltaïques et d’accélérer les procédures de planification et d’autorisation afin d’atteindre 80 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Pour cela, une loi révisée sur les énergies renouvelables doit être en vigueur au plus tard fin 2022. Attendre n’est plus une option », déclare Graichen.

Claudia Kemfert, experte de l’institut économique berlinois DIW pour les questions énergétiques, estime qu’environ 2 500 nouvelles éoliennes doivent être raccordées au réseau chaque année. Soit 23 000 mâts supplémentaires d’ici à 2030, en plus des 31 000 déjà installés à terre. Pour cela, 2 % des surfaces doivent être affectés à l’énergie éolienne dans chaque Land, prévoit l’accord de coalition.

Dans ce domino énergétique, un chantier en entraîne un autre. La transformation du modèle de production électrique et le passage d’un système centralisé, qui s’appuie sur quelques centaines de grosses centrales, à un système décentralisé, qui doit gérer un à deux millions de sources d’énergie, suppose un développement et une réorganisation des réseaux. Car il faut apporter le courant vert de là où il est produit, par exemple les côtes venteuses du nord, jusque-là où on le consomme, dans le sud, où se trouvent les usines.

Cet impératif n’est pas nouveau, mais il a toujours été mal accueilli par les riverains et les associations de protection de la faune et de la flore. Résultat, plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements sont bloqués. C’est notamment là que le nouveau gouvernement devra réaliser le tour de force de clarifier les lois de protection de la nature tout en simplifiant les appels d’offres et en accélérant les autorisations techniques et administratives, le tout, en garantissant la transparence des procédures. La pilule risque d’avoir du mal à passer.

Installations de chaleur thermique et photovoltaïques pour « booster » la production renouvelable, production d’hydrogène vert comme vecteur de stockage et d’approvisionnement stable, rénovation énergétique systématique des bâtiments ou développement massif du rail pour encaisser l’arrêt du nucléaire et du charbon, « tous les investissements doivent être concentrés sur le développement rapide des énergies renouvelables et sur les mesures qui conduisent à des économies d’énergies », affirme Claudia Kemfert en évoquant également une évolution nécessaire de la fiscalité et des aides.

Pendant que la coalition a fixé le prix minimum de la tonne de CO2 émise à 60 euros, un prix appelé à grimper pour barrer la voie des énergies fossiles aux investisseurs, la baisse des prix de l’électricité issue des énergies renouvelables est telle que les premiers projets sans subventions voient désormais le jour. C’est notamment le cas de plusieurs projets de parcs éoliens offshore qui viennent d’être attribués à RWE Renewables et à EDF en mer du Nord et en Baltique.

Pour des raisons économiques et de justice sociale, la taxe pour la construction des énergies renouvelables (EEG-Umlage) qui pèse sur les prix allemands sera supprimée dans un an. Et un « Klimageld » sera versé mensuellement aux ménages les moins aisés. « Le prix de l’électricité restera élevé, mais cette fois-ci à cause de facteur internationaux, comme l’embargo russe sur le gaz ou les difficultés d’approvisionnement de la Chine en charbon », affirme l’experte du DIW.

Reste le choix critiqué du nouveau gouvernement de faire appel à des centrales à gaz, faciles à démarrer en cas de besoin, mais productrices de pas mal d’émissions de CO2. « Il n’est pas certain que ces centrales seront longtemps nécessaires. Il faut donc surtout veiller à construire le moins possible ces infrastructures dites de transition », estime Niklas Höhne, directeur du NewClimate Institute de Cologne.

Quant aux risques géopolitiques de dépendance au gaz russe, les écologistes allemands n’y croient pas trop, tel l’eurodéputé vert Reinhard Bütikofer, pour qui la réalité de la politique énergétique est la voie vers l’indépendance grâce à « la perspective d’un développement accéléré des énergies renouvelables ». Pour sa part, l’écologiste Annalena Baerbock, nouvelle ministre allemande des affaires étrangères, continue à s’opposer à la mise en service du pipeline germano-russe Nord Stream 2.

 

Un nouveau contrat social pour éviter le chaos Pierre Larrouturou Le Monde

Pacte climat-emploi-pouvoir de vivre, séparation des banques, bouclier social, semaine de quatre jours… L’économiste, député européen Nouvelle Donne et candidat à l’élection présidentielle, détaille son projet dans une tribune au « Monde ».

« Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense, mais ils finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine. » En 2012, quand l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Kenneth Rogoff, tire la sonnette d’alarme, c’est d’un possible effondrement du système financier mondial qu’il s’inquiète. Mais nous savons tous que le risque est plus global : crise climatique, crise sociale, crise démocratique et crise de l’Europe… Dans tous ces domaines, on approche d’un point de non-retour, d’un point de basculement.

Selon une étude [financée par l’ONG Avaaz] s’appuyant sur un sondage réalisé entre mai et juin 2021 par l’institut Kantar auprès de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans dix pays dont la France, 74 % des jeunes trouvent le futur « effrayant ». En raison du dérèglement climatique, « 39 % hésitent à avoir des enfants ».

Nos enfants ont raison d’être inquiets mais nous sommes des millions à être convaincus qu’il existe des solutions : une société nouvelle, plus juste, plus équilibrée et plus durable est prête à naître des ruines de l’ancien monde. A condition d’unir nos forces pour la construire.

Changer la donne

Ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique. Ce n’est pas en améliorant la monarchie qu’on a inventé la République. Ce n’est pas en mettant quelques rustines à un système qui menace ruine qu’on évitera le chaos. L’élection d’avril 2022 doit permettre de changer la donne, profondément. En France comme en Europe.

Sur le climat, beaucoup de dirigeants n’ont visiblement pas compris l’urgence : le nombre d’événements climatiques extrêmes a déjà été multiplié par cinq en cinquante ans. Si rien ne change, la France pourrait subir, après 2050, des canicules à répétition, avec des records à 54 ou 55 degrés. Rien qu’en Europe ces canicules pourraient faire 150 000 morts par an.

Pour éviter le pire, il est temps de déclarer la guerre au dérèglement climatique. C’est la seule guerre qui ne fera aucun mort mais va éviter des millions de victimes. C’est la seule guerre qui peut rassembler les peuples au lieu de les diviser. Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Pour isoler des millions de maisons, développer des transports en commun sur tous nos territoires, investir massivement dans les énergies renouvelables et la recherche, pour aider nos agriculteurs à changer de pratiques, il faut trouver des sommes considérables. En novembre 2020, le Parlement européen avançait des solutions concrètes. L’une des plus importantes, et la plus rapide à mettre en œuvre, était la création d’une taxe sur la spéculation qui «malgré le Brexit, pourrait rapporter 57 milliards par an», selon le rapport 2020 du Parlement européen sur le plan d’investissement pour une Europe durable (article 37).

Fin 2020, la Commission européenne affirmait qu’elle souhaitait que «la négociation sur la taxe sur les transactions financières soit finie avant la fin 2022» et qu’il n’était pas nécessaire de réunir l’unanimité des Etats membres : une coopération renforcée à neuf pays suffit pour créer cette taxe. Hélas, la France bloque la négociation. On en trouvera la preuve sur le site Changerladonne2022.fr : la lettre du ministre autrichien des finances qui déplore que la France «exonère 99 % des transactions» et qui affirme que l’Autriche quittera la négociation si c’est «la vision française» qui l’emporte.

C’est le même Emmanuel Macron qui, à Bruxelles, bloque la création d’une taxe sur la spéculation et qui, à Paris, refuse l’essentiel des propositions de la convention citoyenne pour le climat en prétextant qu’elles coûtent trop cher. Il y a quelque chose d’obscène à dire qu’il n’y a pas d’argent pour le climat et pour les hôpitaux alors que les marchés financiers caracolent à des niveaux jamais vus: avant le krach de 2008, le Dow Jones culminait à 14000 points. Il dépasse aujourd’hui les 35000!

Heureusement, l’histoire n’est pas finie : c’est la France qui préside l’Union européenne du 1er janvier au 30 juin. Si Emmanuel Macron reste à l’Elysée, cette présidence ne permettra aucune avancée réelle. Certes, dans son discours de la Sorbonne, le 26 septembre 2017, il exposait un projet très intéressant pour l’Europe. Mais en défendant toujours les positions du lobby bancaire et en humiliant publiquement bon nombre de ses alliés («les Allemands doivent rompre avec leur fétichisme», affirmait­il devant tous les dirigeants allemands quand il recevait le prix Charlemagne, le 10 mai 2018, à Aix­la­ Chapelle), il s’est mis à dos bon nombre de décideurs…

Si l’élection d’avril prochain permet de confier la responsabilité du pouvoir à une équipe nouvelle, capable de dialoguer avec les autres capitales pour servir nos objectifs communs (au premier rang desquels le climat), il est possible d’organiser, dès le mois de mai, un sommet extraordinaire en invitant les 26 autres dirigeants européens dans la Maison Jean­Monnet, et de relancer toutes les négociations aujourd’hui bloquées par Emmanuel Macron.

Comme rapporteur général du budget 2021 de l’Union européenne, j’ai pu dialoguer avec un certain nombre de dirigeants à Bruxelles, Berlin, Francfort, Rome, Madrid, Varsovie et Lisbonne. Nombre d’entre eux seraient très heureux de voir se débloquer au plus vite quelques négociations cruciales pour notre avenir (taxe sur la spéculation, sortie rapide des énergies fossiles, lutte contre l’« ubérisation » des emplois…).

A commencer par nos amis sociaux­démocrates et écologistes allemands, qui cherchent des financements pour accélérer la sortie du charbon sans augmenter la dette. Si l’on sait que des financements massifs vont bientôt arriver, il sera possible, dès juillet, de voter une vraie loi sur le climat. Sur tous nos territoires, dans le bâtiment, les transports en commun et les énergies renouvelables, les entreprises pourront commencer à recruter et former toutes celles et ceux qui, durant vingt ans, vont transformer notre économie pour gagner la bataille du climat.

Ainsi financée par des aides européennes, une vraie loi sur le climat peut créer 900 000 emplois en France. Elle peut aussi améliorer très nettement le pouvoir d’achat, le pouvoir de « vivre », du plus grand nombre : « Ça fait trois ans qu’on a isolé mon HLM, m’a confié un père de famille. Ça change tout : on a moins chaud l’été, moins froid l’hiver, et je gagne 800 euros chaque année sur mes dépenses de chauffage.»

Eviter un tsunami financier

En avril 1951, l’Europe est née avec la signature du traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). En 2022, elle peut renaître avec un vrai «pacte climat­emploi­pouvoir de vivre». C’est aussi au niveau européen qu’il faut agir pour nous protéger de la prochaine crise financière. Kenneth Rogoff n’est pas le seul à s’inquiéter : en 2016, le Fonds monétaire international (FMI) affirmait craindre une nouvelle crise « qui pourrait faire dix fois plus de dégâts que celle de 2008».

On l’a dit : la spéculation atteint des niveaux jamais vus. Pour éviter qu’un tsunami financier ne déboule très violemment dans l’économie réelle, il est urgent de construire un mur le plus étanche possible en décidant enfin d’une vraie séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires. Ce fut l’une des premières réformes adoptées par le président américain Theodore Roosevelt après la crise de 1929. Elle a permis de connaître soixante années sans crise financière. Une directive européenne était prête en 2014 pour mettre en œuvre cette séparation des banques. Le lobby bancaire a tout fait pour la bloquer.

Il faut aujourd’hui l’adopter au plus vite. Il faut aussi construire un bouclier social qui permettra de limiter la hausse du chômage et de la pauvreté en cas de récession. En 2007, deux ans après le non français au référendum sur le projet de Constitution européenne, Angela Merkel avait proposé de compléter les traités européens par « un protocole social », mais Nicolas Sarkozy s’y était opposé. Il est urgent aujourd’hui de donner un contenu concret au projet d’Europe sociale, comme nous le proposions déjà avec Michel Rocard et Stéphane Hessel dans l’article « Cinq critères pour l’Europe sociale », publié dans Le Monde du 8 juin 2004.

Pour être pionnière d’un nouveau modèle social post­Covid, la France doit relancer la négociation sur la semaine de quatre jours. Comment passer à quatre jours sans baisser les salaires ni augmenter les coûts de production ? Si l’entreprise passe à quatre jours (de façon souple) et crée au moins 10 % d’emplois nouveaux en CDI, elle arrête de payer les cotisations chômage. On peut lire à ce propos sur le site Semainede4jours.fr la démonstration de Patrick Artus, directeur des études à la Caisse des dépôts, qui affirmait : « Caisses de l’Etat, caisses de chômage et caisses de retraites… Le système Larrouturou est équilibré pour tous les acteurs.»

Quelque 400 entreprises sont passées à quatre jours avec succès : Mamie Nova, Fleury Michon, Brioches Pasquier, les Ducs de Gascogne, mais aussi des entreprises moins connues, de toutes tailles et de tous secteurs. Partout, on s’est heurté à des difficultés d’organisation mais, partout (à une exception près), on a su régler ces difficultés et le bilan a été très positif, avec un recul de l’absentéisme et, souvent, un meilleur accès à la formation, un recul des inégalités entre femmes et hommes et des gains importants en qualité de vie. Le Covid­19 a fait évoluer notre rapport au travail : un sondage Ipsos publié le 10 février indique que 62 % des Français sont favorables à la semaine de quatre jours (12 % jugent que cette mesure va « vraiment dans le bon sens » et 50 % « plutôt dans le bon sens »). Un mouvement général vers la semaine de quatre jours pourrait créer 1,6 million d’emplois.

Bonne nouvelle ! On peut créer 900000 emplois avec le pacte européen pour le climat selon l’Ademe (Agence de la transition écologique), et 1,6 million d’emplois avec la semaine de quatre jours. On doit aussi créer des emplois dans la santé, la police et la justice… Et, si l’on crée plus de 2,5 millions d’emplois, ce seront 2,5 millions de nouveaux cotisants pour les retraites. Il n’y aura aucune raison de baisser le niveau de vie des retraités, comme Emmanuel Macron souhaite le faire s’il est réélu.

Pacte climat­emploi­pouvoir de vivre, séparation des banques, bouclier social et traité social européen, semaine de quatre jours… Voilà les poutres maîtresses d’un nouveau contrat social qui peut éviter le chaos et rassurer tous les jeunes qui craignent un avenir effrayant. Notre pays n’a jamais été aussi riche, humainement et économiquement. Nous avons tout pour vivre heureux. Au nom de quoi devrions­nous renoncer à notre droit au bonheur ?

Pierre Larrouturou est député européen Nouvelle Donne, rapporteur général du budget 2021 de l’Union européenne. Compagnon de route de Stéphane Hessel et Michel Rocard, avec qui il avait créé le collectif Roosevelt 2012, il est aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle dans le cadre de la Primaire populaire

Transition écologique dans l’aérien : « Il faudrait qu’en tant qu’ouvriers, on puisse y prendre notre place » Emmanuel Riondé https://basta.media/Airbus-pensons-l-aeronautique-de-demain-transition-ecologique-ingenieurs-ouvriers-emplois-plan-de-licenciements


Etorkizuneko errelatoez Mikel Gomez www.argia.eus/argia-astekaria/2760/etorkizuneko-errelatoez

Iraganeko errelatoaz hainbeste hitz egiten den herri batean, hori  bezain inportantea iruditzen zait etorkizuneko errelato posibleez hitz egitea, hau da, datozen urte eta hamarkadetan existitu daitezkeen gizarte posibleez gogoetatzea. Azken finean, etorkizuna ez ezik, errelatoek oraina ere moldatu egiten dutelako. Ildo horretatik, aldaketa sozialak dimentsio politikotik aztertu eta irudikatu ohi ditugu soilik;  baina, modu berean, eraldaketa sozial orok jendartearen emozio kolektiboetan eragin behar duelakoan nago. Zentzu horretan, krisi ekologikoaren gaia hedatzen doan heinean, nire inguru zabalean bederen, etorkizunarekiko iruditegi katastrofistak hartzen ari diren presentzia kezkagarria iruditzen zait, hain zuzen ere etsipen kolektiboa ez delako eraldaketa sozial askatzaileekin bateragarria.

“Oker gabiltza trantsizio ekologikoa berez emango den prozesua dela uste badugu: trantsizio ekologikoa justua izango da, edo ez da izango”

Gauzak horrela, euskal funtzionario batek “historikotzat” jo zuen arren, Glasgowko goi bilera  dezepzionantea izan dela onartu beharrean gaude (berez, barrez lehertzekoa litzatekeen komentarioa da, ez balitz Ingurumen, Jasangarritasun eta Ekonomia sailburuaren ahotik atera). Berriro ere, bagenekiena gertatu da; ezin dugula Salbazioaren karta eliteen ustezko ontasunaren esku utzi, alegia. Argindarraren prezioaren igoerarekin gertatzen ari dena ikustea besterik ez dago, nahiz eta gasaren prezioak ere zeresan handia duen horretan.

Hamarkadak daramatzagu ostrukarena egiten, orain guztion ahotan dagoen ebidentzia zientifikoari muzin egiten; aldiz, arazo (eta erronka) erraldoien aurrean gaudela ukaezina da: talka bizitzen ari gara, kapitalismo globalaren eta Lur planetaren muga fisiko –krisi energetikoa eta material eskasia– zein biologikoen –klima aldaketa eta biodibertsitate galera– artean. Datozen urte eta hamarkadetan agerikoagoa izango den talka. Prozesu konplexu, poliedriko eta korapilatsua, ezin dena goiburu pare batekin laburbildu.

Edonola ere, hein handi batean, oraindik ere egiten dugunaren edo egiten ez dugunaren araberakoa izango da etorkizuna. Ulertu behar dugu onerako eta txarrerako ez dagoela klima aldaketa posible bakarra. Zientzialariek ezarritako marra gorriak gaindituko bagenitu ere (eta pertsonalki, egoera ikusita, ez dakit zentzurik ote duen garai aurre-industrialetik 1,5 graduen igoeraren langa ez gainditzearekin jarraitzeak) ez dago amore ematerik, tenperatura globalak igotzen jarraituko luke.

Oker gabiltza trantsizio ekologikoa berez emango den prozesua dela uste badugu: trantsizio ekologikoa justua izango da, edo ez da izango. Horregatik, sektore ezberdinetako jendea begirada soziala duen euskal ekologismoa artikulatu eta eraberritzeko egiten ari den saiakera da izan dezakegun berririk itxaropentsuena.