Hau ez da soilik klima aldaketa
Gorka Peñagarikano Goikoetxea
https://buletinak.argia.eus/email/preview/513
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Pobreenek jasaten dute gehien beroaldia. Eta zaurgarrienak beti dira pobreenak.
Bordele kanpoaldean, mahastietan sasoiko lana egiten dute atzerritik heldutako 700 langilek. Txaboletan bizi dira. Eguzkipean ez denean, txapazko estalkien azpian egiten dute lan, 43 graduko tenperaturan. Eta iturri bakarra dute inguruan. Horrela ezin da lanik egin. Konkretuki behargin horien egoera salatu du Akitaniako mediku batek, eta hitzez hitz esan du: “Beldur gara, hildakoak egongo direlako”. Bulego batean, sarri etxean, baina beti ordenagailu baten atzean eta eserita egiten dugu lan geuk. Zortekoak garela ere ez genuke esan beharko, baina ezinbestean akordatu beharko genuke bero zapa hau lantegietako makina artean jasaten ari direnekin, etxez etxeko banatzaileekin, kalean eta egoera penagarrian lan egiten dutenekin, aire girotua pagatu ezin dezaketenekin, kalean bizi direnekin… Zentro publiko eta zaurgarri askotan ere larritasuna bizi dute, hala nola osasun etxeetan (geletako tenperatura 35 gradutik jaitsi ezinda dago zenbait lekutan), eta ikastetxe askotan ere berdin. Detaile batera jota: gure auzoan eta inguruan, normalean baino janari banatzaile gehiago ikusi ditut astelehen, astearte eta asteazken honetan. Beharbada izango da opor sasoia hasi delako askorentzat. Baina gizatasunaren kontrako atentatu modukoa iruditzen zait zuk, zure etxeko sofatik, ilunetan eta aire girotua jarrita, zartagina sutan jartzeko betarik ez daukazulako, banatzaile bati esatea zure etxera bizikletan joateko, euro baten truke, sentsazio termikoa 40 graduren inguruan dabilenean. Urkoren artikulura itzulita. Esaten du beroaldi hau ez dela klima aldaketa soilik. Ez dela “fatalismoa” bakarrik. Baizik eta modu boluntarioan eragindako biolentzia ere badela. Zeren, Reporterre hedabideak oroitzen duen moduan, TotalEnergies, ExxonMobil, Shell eta gainerako petrolio konpainiek duela 50 urte ere bazekiten euren jarduerak berotze globala eragingo zuela, eta ondorio katastrofikoak ekarriko zituela. Hori zioen txosten bat zeukaten, eta informazioa ezkutatu egin zuten. Hori enpresen aldetik, baina erakundeen aldetik ere gauzak ez doaz ondo. Donald Trumpen eta Javier Mileiren adibideak dira muturrekoenak, karbonoaren faxistak direlako, ahalik eta gehien esplotatzeko helburua dutelako. Baina ustezko berdeak ere ez dira berdeak. Aspaldi gainditu genuen denok Parisko Akordioak ezarritako gehienezko 1,5 graduko igoeraren langa. Eta Europar Batasuna, azken hilabeteetan, isil-isilean atzera egiten ari da hainbat legetan. Adibidez, 2035ean konbustio fosileko ibilgailurik ez zela ekoiztuko zioen lege bat onartu zuen, baina indargabetuta dago. Eta irrati eta telebistetan bezalaxe, hona eguraldi partea. Itxuraz gaur jaitsiko dira tenperaturak, pixka bat behintzat. Maximoak ez, baina minimoak bai. Litekeena da iluntzean trumoiak lehertzea, zaparradak botatzea, eta tenperatura jaistea. Eta gaur baino probabilitate gehiagoz bihar. Ea, ba. Sutea ere badago Zalduondoko Galarreta mendian, Aizkorriko puntatik gertu. Sei kilometro karratu-edo erre direla kalkulatu dute. Aurreko ostiralean piztu zen, itzaltzea lortu zutela uste zen, baina egunotako bero honekin garrak zabaldu dira. Gaur eta bihar artean itzaltzea espero dutela irakurri dut.
En pleine canicule, les climatologues atterrés par le « déni de responsabilité » des politiques face au changement climatique
Audrey Garric et Raphaëlle Besse Desmoulières
www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/23/en-pleine-canicule-les-climatologues-atterres-par-le-deni-de-responsabilite-des-politiques-face-au-changement-climatique_6709864_3244.html
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Valérie Masson-Delmotte, Jean Jouzel ou Christophe Cassou regrettent que les alertes formulées depuis des années par la communauté scientifique sur les conséquences du réchauffement climatique n’aient pas davantage été prises au sérieux.
Depuis plusieurs jours, comme lors des dernières vagues de chaleur, la climatologue Valérie Masson-Delmotte ressent une grande lassitude. De la colère aussi, à force de répéter les mêmes faits scientifiques depuis des années ; de marteler l’urgence à se préparer au climat d’aujourd’hui et à celui de demain ; et d’observer, canicule après canicule, une « impréparation », une « improvisation », un « bricolage » pour limiter la surchauffe, causant des souffrances aux personnes vulnérables et des perturbations dans les écoles ou les transports.
Son collègue Jean Jouzel va dans le même sens, lui qui se dit « énervé » et « déçu ». « Il faut prendre ça au sérieux », plaide l’ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et, à ce titre, Prix Nobel de la paix en 2007.
Tout aussi exceptionnelle soit-elle, la vague de chaleur qui frappe actuellement la France entre dans les scénarios envisagés par les projections climatiques. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs le rabâchent : le changement climatique d’origine anthropique – principalement causé par l’utilisation d’énergies fossiles – augmente la fréquence, l’intensité et la durée de ces événements extrêmes. Pourtant, Valérie Masson-Delmotte n’a pas entendu de responsable gouvernemental « capable de lier » cette vague au réchauffement dû aux émissions de gaz à effet de serre.
« On rogne sur les moyens »
A chaque surchauffe, le même mécanisme se met en place : de la sidération, puis de l’oubli. « Quand la crise est passée, on passe à autre chose sans mettre en place les changements structurels nécessaires. Pire, on rogne sur les moyens », regrette l’ex-coprésidente du groupe 1 du GIEC, également membre du Haut Conseil pour le climat.
Juste après la canicule de mai, le gouvernement a par exemple gelé une partie du fonds vert, déjà fortement raboté depuis deux ans alors qu’il permet aux communes de s’adapter au réchauffement. Aux yeux de Valérie Masson-Delmotte, la gestion de crise est devenue le modus operandi, plutôt que la mise en place d’actions concrètes préventives avec des budgets. « Il y a un manque criant de courage et de sens des responsabilités », juge-t-elle.
Une carence que dénonce également avec force Christophe Cassou. Le directeur de recherche (CNRS) à l’Ecole normale supérieure explique avoir été « sidéré » par l’absence de réponse du gouvernement lors de la canicule de mai, et le « semblant de mesures » prises la semaine du 15 juin, avec des actions pour les logements « déjà prévues ». « Il va faire 26 ou 27 degrés au plus bas la nuit à Paris, 40 degrés en journée un peu partout en France, et pourtant cela n’occasionne pas de sursaut des politiques. Il y a un déni de responsabilité très puissant », lance-t-il, soulignant plus largement la faiblesse des discours et des propositions de tous les partis politiques.
« Trop peu d’élus sont réellement conscients de ce qu’il y a dans les rapports du GIEC ou du Haut Conseil pour le climat », déplore également Jean-Pascal van Ypersele, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, en Belgique.
Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Jean Jouzel appelle à replacer « l’inaction sur les trente dernières années ». Et de citer les renoncements qui ont succédé aux sursauts, que ce soit sous Nicolas Sarkozy après le Grenelle de l’environnement en 2007, sous François Hollande après l’accord de Paris en 2015, ou sous Emmanuel Macron, après la convention citoyenne pour le climat de 2019. Le « qui aurait pu prédire » la crise climatique ?, lâché par le président de la République le 31 décembre 2022, lui est cependant resté en travers de la gorge.
Attaques climatosceptiques
Christophe Cassou appelle à « politiser les canicules », dénonçant la « banalisation » des morts de la chaleur, l’« impensé total » de la sobriété, et surtout, l’« illusion » que l’on peut s’adapter à des niveaux de réchauffement élevés « sans casse ». L’adaptation sera un échec sans réduction des émissions, qui implique une transformation profonde de la société, rappelle-t-il. « Nous, les climatologues, on a fait attention à ne pas être trop catastrophistes pour encourager l’action, mais le compte à rebours est en train de se rapprocher de zéro, met également en garde Davide Faranda, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Ce que l’on connaît du paysage français n’est pas adapté à la survenue des températures à 43 ou 44 degrés pendant un mois d’été tous les jours. »
Les attaques climatosceptiques et les insultes qui vont avec, aussi, fatiguent Valérie Masson-Delmotte. Nombre de ses posts sur les réseaux sociaux engrangent leur lot de déni. En ce moment, c’est la canicule de 1976 qui est régulièrement avancée pour minimiser la gravité de celle actuelle. « Cette année-là, les villes du Nord avaient franchi les 35 degrés, désormais, c’est 40 degrés. Ce seuil, aujourd’hui dans notre quotidien, était rarissime avant 1980 », rappelle-t-elle.
Pour autant, Jean Jouzel ne veut pas baisser les bras. Pour lui, il faut continuer de témoigner et d’informer, malgré les difficultés. « + 1,5 °C c’est terminé, + 2 °C, ça va être difficile, mais ça reste possible, souligne le climatologue de 79 ans, en référence aux deux objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Si on ne se bat pas, on n’y arrivera pas. » Jean-Pascal van Ypersele veut aussi rester « combatif ». Face au backlash environnemental, l’ancien vice-président du GIEC appelle à la « résistance » car, selon lui, cette « lame de fond n’est pas universelle ». Il en est persuadé : « Le meilleur cadeau que l’on pourrait faire au lobby des énergies fossiles, ce serait d’être découragés. »
Dans les Yvelines, une panne d’électricité géante en pleine canicule met les habitants à l’épreuve
Ludmilla Crémoux et Adrien Pécout
www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/27/dans-les-yvelines-une-panne-d-electricite-geante-en-pleine-canicule-met-les-habitants-a-l-epreuve_6715921_3224.html
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Une quinzaine de communes sont privées de courant depuis mercredi 24 juin, pour des raisons encore inexpliquées par Enedis. Vendredi en fin de journée, 6 700 foyers étaient encore concernés.
Il est 13 heures, dans la commune de Villennes-sur-Seine, dans les Yvelines, vendredi 26 juin, et pourtant les rideaux métalliques des commerces sont abaissés, les quatre écoles sont fermées et les rues sont désertes, toujours plongées dans une chaleur étouffante, malgré l’orage qui gronde au loin.
Alors que le département des Yvelines est toujours placé en vigilance rouge canicule, vendredi, une quinzaine de communes du nord-est du département, dont Villennes-sur-Seine, sont touchées par une panne géante d’électricité depuis mercredi 24 juin. Une expertise est en cours pour comprendre l’origine de l’incident, selon Enedis, le gestionnaire du réseau public de distribution d’électricité.
D’après le point d’étape livré vendredi à 17 heures, 6 700 foyers étaient encore privés d’électricité dans le département, contre 27 000, jeudi, au pic de l’incident. Contactée par Le Monde, cette filiale d’EDF explique avoir déjà déployé près de 100 groupes électrogènes. Plus de 200 salariés et prestataires ont été mobilisés jusque-là.
Cinq générateurs ont été installés à Villennes-sur-Seine, à 13 heures, vendredi, permettant à environ 2 800 foyers, selon la mairie, de retrouver de l’électricité. La mairie elle-même, qui bénéficie de deux petits générateurs, a installé dans son hall des multiprises, des rallonges et un ventilateur, puis a ouvert une salle climatisée aux habitants.
Patricia Lecoutre, 66 ans, est venue charger son téléphone, vendredi, après avoir, la veille, « fait des tours de voiture » pour le brancher dans son véhicule. Jeudi à 6 heures du matin, quand l’électricité a de nouveau cessé de fonctionner, après avoir été rétablie la veille dans la soirée, elle s’est retrouvée piégée chez elle : « J’ai dû passer par la fenêtre, le volet électrique était fermé sur ma porte d’entrée principale. »
Assise en face du ventilateur, Yasmine El, 29 ans, est supposée télétravailler, mais l’auxiliaire de vie ne peut plus utiliser son ordinateur. Pour lutter contre la chaleur, elle s’est installée dans sa cave. « C’est invivable, s’écrit-elle, je ne peux même pas cuisiner, je ne me nourris que de fromage et de pain de mie. »
En plus de recharger son téléphone, Ruth Sebban, 81 ans, est venue chercher des informations. Les élus de la mairie communiquent par le biais des réseaux sociaux (Facebook et Instagram) et font du porte-à-porte chez les personnes vulnérables. N’ayant pas accès à ces modes de communication, ni reçu de visite chez elle, la retraitée s’indigne : « On n’est au courant de rien ! On n’a pas de télévision, pas de radio, pas de téléphone, plus rien ne fonctionne. » Dans sa maison, « le congélateur ne marche plus, le beurre a fondu », raconte-t-elle, dépitée.
Benne à ordures
Chez Véronique et Luigi Paraboschi, qui habitent dans une maison pavillonnaire sur les hauteurs de la commune, l’électricité a été rétablie jeudi, après vingt-quatre heures de coupure. Mais la panne générale et le manque d’informations sur les causes et la durée de l’incident ont rendu furieuse Véronique, 64 ans. « Mon mari est tétraplégique, il ne peut pas dormir en position allongée, raconte-t-elle en installant le tuyau de sa climatisation mobile à l’extérieur de sa fenêtre. Il a dû passer la nuit dans son fauteuil car son lit médicalisé ne fonctionnait plus, en plus l’infirmière a dû lui faire sa toilette dans le noir. »
Cet incident a fait réaliser à la retraitée sa dépendance au courant électrique. « Tout est relié à l’électricité, même dans les magasins avec des groupes électrogènes, je n’ai pas pu payer par carte car il n’y avait pas de réseau ! », fustige-t-elle. La veille, la température est montée jusqu’à 35 degrés à l’intérieur de sa maison. Après vingt-quatre heures de panne, elle doit jeter l’intégralité des aliments de son congélateur, et s’est résignée à déclarer le sinistre aux assurances.
Face au risque de voir les poubelles déborder, une benne à ordures a été installée devant la mairie. « On ne peut pas laisser les poubelles pleines. Avec la chaleur, ça pue, ça attire les rats, c’est un vrai problème de salubrité », explique Virginie Oks, adjointe à la mairie de Villennes-sur-Seine. Dans la foulée, Enedis a installé un sixième générateur dans une ruelle en face de l’école, sans savoir à combien de foyers il pourra profiter.
A Verneuil-sur-Seine, une commune voisine également touchée par la panne, l’électricité a été rétablie dans 70 % des foyers à 16 heures, selon le maire, Fabien Aufrechter. Une tente de la Croix-Rouge a été montée sur le parvis de la mairie, servant de point d’informations pour les habitants.
« Dans une fournaise dans le noir »
Certains commerces du centre-ville ont pu rouvrir. Mais sur la devanture de la boucherie, un panneau annonce sa fermeture jusqu’à la semaine prochaine : « Suite au nombre de coupures d’électricité, nous avons perdu toute notre marchandise. »
Toute la journée, des membres de l’équipe municipale font une ronde préventive dans les rues du centre-ville. « Je vous ouvrirais bien mais je ne peux pas ! », lance Richard Pybasset, 79 ans, depuis la fenêtre du premier étage de sa maison. Il a fini par « démonter le bras de sa porte électrique », endommageant sa porte.
Entre canicule et panne d’électricité, Hinda Blot et sa famille, habitants de Médan, commune voisine également touchée par la panne, ont trouvé refuge chez un parent, dans le nord de la France. « On ne pouvait plus ouvrir les stores, explique la mère de famille. On vivait dans une fournaise dans le noir, c’était très anxiogène. » Ses deux enfants, âgés de 5 et 7 ans, contraints de rester à domicile après la fermeture de leur école, souffraient trop de la chaleur.
Depuis le début de la semaine, la canicule qui frappe le pays a déjà mis à rude épreuve les réseaux électriques. Vendredi à 17 heures, outre les 6 700 foyers dans les Yvelines, 17 300 autres foyers étaient privés de courant, dont 8 800 en Gironde et 3 800 dans les Hauts-de-Seine. « La plupart des incidents sur le réseau peuvent être repris rapidement, en moins de quelques heures, notamment grâce à des manœuvres à distance », souligne Enedis. Mardi 23 juin, dans le Finistère, 119 000 foyers avaient été touchés à la suite d’un problème dans un poste électrique haute tension du Réseau de transport d’électricité.
La canicule fait des ravages dans les élevages bretons
Estelle Levresse
www.mediapart.fr/journal/ecologie/270626/la-canicule-fait-des-ravages-dans-les-elevages-bretons
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Des dizaines de milliers de volailles et de porcs ont déjà succombé aux températures extrêmes. Face aux centres d’équarrissage saturés, les enfouissements d’urgence sont autorisés, ce qui suscite des inquiétudes sur des risques de pollution de l’eau.
Le Grand Ouest a connu ces derniers jours des températures exceptionnellement élevées, avec plus de 40 °C relevés à Rennes, Vannes ou Nantes. Si cette canicule met les organismes humains à rude épreuve, elle fait aussi des ravages dans les élevages. En Bretagne et dans les Pays de la Loire, principales régions françaises de production porcine et avicole, les fortes chaleurs provoquent une surmortalité exceptionnelle des volailles et des porcs.
Le ministère de l’agriculture évoque une situation « très évolutive » et se dit incapable, à ce stade, de fournir un chiffre sur le nombre d’animaux morts. Mais plusieurs sources font état de plusieurs dizaines de milliers de volailles décimées. Les porcs sont également touchés. La Bretagne concentre une très forte densité d’exploitations. À elle seule, elle produit 55 % des porcs, 35 % des poules pondeuses et 28 % des poulets de chair, sur seulement 5 % de la surface agricole du pays.
Malgré des systèmes automatisés d’aération, dans les bâtiments d’élevage hors sol, où les animaux sont regroupés par milliers, ceux-ci sont particulièrement vulnérables. « Les exploitations avec des parcours arborés et ombragés permettent une meilleure résistance des animaux à la chaleur », constate Stéphane Galais, porte-parole national de la Confédération paysanne.
La catastrophe a rapidement débordé les capacités des entreprises chargées de collecter et de traiter les carcasses. À Plouvara (Côtes-d’Armor), Secanim est la plus grande usine d’équarrissage de France, qui traite les animaux morts de Bretagne et des Pays de la Loire avant leur transformation en graisses et farines animales. « C’est un tsunami », résume à Mediapart Hervé Fumery, directeur chargé des relations avec les éleveurs.
« Tous les jours, dans les élevages français, une faible proportion d’animaux meurent naturellement : c’est notre activité quotidienne, précise-t-il. Aujourd’hui, cette mortalité a doublé. À cela s’ajoutent les morts par étouffement de porcs et de volailles en raison des fortes chaleurs, qui représentent déjà plus de 5 000 tonnes. ». Pour faire face, l’entreprise a sollicité ses deux autres sites, en Vendée et dans l’Allier. Malgré cela, les capacités sont atteintes. « On est à saturation », reconnaît Hervé Fumery.
Une suractivité non sans impact pour les habitant·es des communes voisines de l’usine. « L’odeur est pestilentielle », constate Guy Le Gal. « C’est encore pire que d’habitude, car la matière est dégradée quand elle arrive », détaille ce retraité, qui a été maire de Saint-Donan et vit à 500 mètres du centre d’équarrissage. Il se bat depuis des décennies contre les nuisances de cette usine. « Si on dort la fenêtre ouverte, on est réveillé la nuit par les odeurs. C’est une vraie galère. C’est la canicule et on ne peut même pas ouvrir les fenêtres », rage-t-il.
Des enfouissements d’urgence
Face à l’engorgement des équarrisseurs, les préfectures ont activé, dès le début de la semaine, des procédures exceptionnelles. En Bretagne, la direction régionale du ministère de l’agriculture (Draaf) a autorisé, à titre dérogatoire, l’enfouissement des carcasses directement sur les exploitations, sous réserve d’un accord de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) et, en principe, d’une expertise hydrogéologique garantissant l’absence de risque pour les nappes.
L’objectif est d’éviter que les carcasses restent plusieurs jours à l’air libre, car avec la chaleur, leur décomposition est extrêmement rapide. Selon les services du ministère de l’agriculture, des bactéries comme les salmonelles, Escherichia coli ou encore les campylobactéries peuvent rapidement proliférer et contaminer l’environnement, notamment les eaux. L’enfouissement apparaît donc comme la « moins pire » des solutions.
Des dizaines d’exploitations étaient encore en attente d’une solution au milieu de la semaine.
Mais face à l’afflux des demandes, les règles ont été assouplies. Depuis jeudi 25 juin, une procédure simplifiée permet d’autoriser l’enfouissement de moins de 3 tonnes de carcasses sans expertise hydrogéologique préalable, ce qui suscite des inquiétudes.
Chargée de mission eau et agriculture à Eau & rivières de Bretagne, une association de protection de l’environnement spécialisée dans les milieux aquatiques, Estelle Le Guern comprend la nécessité d’agir rapidement, mais elle insiste sur les précautions indispensables : « Il faut absolument éviter les zones de captage d’eau potable. C’est pour cela qu’une expertise hydrogéologique est normalement demandée. Il peut exister des failles qui mettent en communication différentes nappes et conduire à la pollution de réseaux entiers. » Pour l’association, l’urgence ne doit pas conduire à abandonner tout contrôle. « Il faut un véritable suivi des sites pendant toute la dégradation des cadavres », dit-elle.
Même inquiétude du côté de la Confédération paysanne. Julien Hamon, porte-parole du Morbihan, redoute que certains éleveurs et éleveuses finissent par agir seul·es en raison des délais des services de l’État. Selon les informations obtenues par Mediapart, des dizaines d’exploitations étaient encore en attente d’une solution au milieu de la semaine. Pour les agriculteurs et agricultrices qui n’ont pas la possibilité d’enfouir sur leur parcelle, des centres de stockage de déchets non dangereux ont été sollicités par les autorités pour gérer les cadavres, a fait savoir le ministère de l’agriculture.
Limites d’un modèle orienté vers la productivité
Jacky Bonnemains, directeur de l’association écologiste Robin des Bois, estime que cette solution n’est pas sans conséquences : « Les jus de putréfaction issus des cadavres vont perturber le fonctionnement des stations d’épuration des centres de stockage. Ils risquent ensuite de rejeter dans les rivières ou les eaux souterraines des polluants chimiques, des résidus médicamenteux et vaccinaux ainsi qu’une importante charge bactériologique. » Estelle Le Guern s’inquiète également : « On est déjà sur un territoire fragile avec des effets en cascade. Les fortes chaleurs provoquent aussi des coupures d’électricité qui peuvent perturber le fonctionnement des stations d’épuration et polluer les cours d’eau jusqu’à la mer », alerte l’ingénieure agronome. Le 23 juin, une panne géante d’électricité survenue dans le Finistère a justement entraîné le débordement des eaux usées de stations d’épuration, provoquant des risques sanitaires et l’interdiction de baignade sur plusieurs plages. Le projet de loi d’urgence agricole prévoit de relever certains seuils réglementaires afin de simplifier l’extension des élevages. Au-delà de l’urgence, cette crise ravive les débats sur l’adaptation de l’élevage au dérèglement climatique. Pour Stéphane Galais, éleveur laitier en agroécologie en Ille-et-Vilaine, la crise révèle les limites d’un modèle orienté vers la productivité. « La sélection génétique s’est tournée uniquement vers la surproduction et pas du tout vers d’autres critères, comme la résistance ou la rusticité », dit-il. Pour lui, la réponse ne peut pas se limiter à améliorer des bâtiments. « Les systèmes agroécologiques restent l’avenir pour amortir l’adaptation au changement climatique, mais aussi pour l’atténuation. »
Or, le projet de loi d’urgence agricole prévoit de relever certains seuils réglementaires afin de simplifier l’extension des élevages. Pour Jacky Bonnemains, le risque est clair : « Si cela se fait dans les mêmes conditions d’élevage, nous allons au-devant de catastrophes encore plus graves lors des prochains étés. »
Terminer de travailler à 15 h : l’idée des Espagnols qui pourrait inspirer la France
Romain Chauvet
https://reporterre.net/Terminer-de-travailler-a-15-h-l-idee-des-Espagnols-qui-pourrait-inspirer-la-France
Article
Horaires de travail adaptés, congé climatique, terrasses fermées… Face à des épisodes de chaleur de plus en plus précoces et intenses, l’Espagne multiplie depuis longtemps les mesures pour protéger les travailleurs.
Alors qu’une canicule historique touche la France et que le débat sur les conditions de travail a été relancé après la mort d’un jeune ouvrier en pleine vague de chaleur le mois dernier, en Espagne des mesures existent déjà depuis des années pour protéger les travailleurs et travailleuses de la chaleur. À tel point que pour affronter la fournaise, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a récemment évoqué le modèle d’adaptation espagnol, estimant qu’il faudra « peut-être, à terme, faire comme les Andalous ».
La journée de travail intensive, « jornada intensiva » en espagnol, permet par exemple aux travailleurs de pouvoir débuter et terminer plus tôt leur journée de travail en ne prenant pas de pause prolongée. La journée commence généralement vers 7 ou 8 heures le matin pour se terminer vers 14 ou 15 heures.
« Ça devenait de plus en plus intenable, on avait souvent des vertiges et un employé s’est même un jour évanoui », se rappelle Jonathan Urbina González, un jardinier qui entretient les espaces verts dans la ville de Madrid. Cela fait maintenant plus d’une dizaine d’années que ses horaires de travail sont adaptés de début mai à la mi-septembre.
Cette mesure, qui permet d’éviter de travailler aux heures les plus chaudes de la journée, n’est pas encadrée par une loi, mais repose plutôt sur des accords individuels au sein de chaque entreprise. « Ça a été très facile de conclure cet accord avec l’entreprise, elle a tout de suite compris les risques. Au final, cela n’a pas beaucoup d’impacts [sur le travail], on décale seulement de quelques heures les horaires pour se protéger », explique l’homme de 38 ans, ajoutant que les espaces sans ombre sont aussi traités en priorité le matin.
Travail adapté, auvents et eau
Le cas de Jonathan Urbina González illustre une pratique plus large dans le pays, alors que l’été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré en Espagne avec près de 4 000 morts liés à la chaleur.
« La journée de travail intensive est de plus en plus populaire et étendue bien au-delà des mois de juillet et d’août, explique Eva María Blázquez Agudo, professeure en droit du travail à l’université Carlos III de Madrid. Cela permet de protéger les travailleurs, mais offre aussi une meilleure conciliation travail-famille et augmente la productivité. Les entreprises ont donc tout à gagner. » Les études montrent en effet que l’efficacité d’un travailleur ayant une meilleure conciliation travail-famille tend à augmenter. Pour faire garder leurs enfants le matin, les Espagnols peuvent compter sur les garderies périscolaires ou l’aide des grands-parents.
Selon des données de l’Institut national de la statistique, plus de la moitié des entreprises espagnoles proposent à leurs employés cette mesure, particulièrement dans les grandes entreprises et la fonction publique — le nombre d’entre elles la mettant concrètement en œuvre reste inconnu. « Avec les vagues de chaleur de plus en plus intenses que connaît l’Espagne, accentuées par le changement climatique, adapter l’organisation du travail pour protéger les travailleurs est peu à peu devenu une nécessité dans le pays », résume la spécialiste.
Depuis 2023, les employeurs espagnols sont tenus d’adapter les conditions de travail lors d’alertes météorologiques, ce qui peut parfois conduire jusqu’à la suspension de certaines tâches — comme des cueillettes dans les champs aux heures les plus chaudes de la journée. Des entreprises du secteur de la construction, en première ligne face aux canicules, ont ainsi mis en place une série de mesures pour protéger leurs travailleurs.
« Avant chaque début de vague de chaleur, nous effectuons un contrôle sur tous les chantiers afin d’évaluer la situation et garantir la mise en place de mesures préventives minimales comme l’accès à de l’eau, des ventilateurs et de la crème solaire, explique Victor Carnero, responsable de la prévention des risques professionnels à Kalam, une entreprise spécialisée dans la restauration et la réhabilitation de bâtiments. Des tentes, auvents et filets d’ombrage sur des échafaudages sont installés pour faire de l’ombre et nous adaptons aussi les horaires, en réduisant parfois la journée de travail de 3 ou 4 heures. »
Congé climatique et terrasses fermées
La réglementation espagnole encadre aussi la température dans les lieux de travail fermés où elle doit être maintenue entre 17 et 27 °C. Cette exigence favorise toutefois le recours à la climatisation, qui reste néfaste pour le climat en raison de ses rejets de gaz à effet de serre.
Le pays a aussi instauré ces dernières années un congé climatique de quatre jours lors des phénomènes extrêmes (en cas d’alerte orange ou rouge pour canicule, inondations, tempêtes, etc.). Mais face à des vagues de chaleur de plus en plus intenses, l’Espagne vient d’adopter une mesure supplémentaire pour protéger les travailleurs : la fermeture des terrasses extérieures en cas d’alerte rouge émise par l’agence météorologique espagnole (Aemet).
« Travailler ne peut pas coûter la santé ou la vie. Au XXIe siècle, personne ne doit tomber malade ou mourir sur son lieu de travail », a déclaré la ministre du Travail espagnole Yolanda Díaz. L’inspection du travail vient d’ailleurs d’envoyer plus de 100 000 avis à travers le pays pour informer et rappeler aux entreprises leurs obligations.
Au-delà du monde du travail, c’est toute la société espagnole qui s’est adaptée, particulièrement dans le sud du pays, en Andalousie, où la chaleur est plus virulente. Certains commerces ferment naturellement aux heures les plus chaudes de la journée alors que les horaires de vie sociale et de sorties extérieures sont pensés en conséquence. Pour rendre les villes plus fraîches, les façades sont aussi souvent blanchies à la chaux pour réfléchir les rayons du soleil. Autant d’idées qui pourraient inspirer la France !
TotalEnergies sommée de repenser son impact climatique
Karl Laske
www.mediapart.fr/journal/ecologie/250626/totalenergies-sommee-de-repenser-son-impact-climatique
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Le tribunal judiciaire de Paris a fait injonction au groupe pétrolier de compléter son « plan de vigilance » en y intégrant les risques consécutifs aux émissions de gaz à effet de serre de ses clients.
« Et si la justice pouvait contraindre TotalEnergies à agir pour le climat ? », s’interrogeaient en février les associations Sherpa, Notre affaire à tous et France Nature Environnement, à l’ouverture du procès engagé devant le tribunal judiciaire de Paris, afin d’enjoindre au groupe pétrolier d’inclure dans son plan de vigilance les risques liés au changement climatique provoqués par son activité.
Ce véritable défi judiciaire, lancé par une première assignation du groupe pétrolier en 2020, a été gagné jeudi 25 juin, par les ONG et la ville de Paris.
Le tribunal judiciaire a jugé « incomplet » le plan de vigilance de la société TotalEnergies, car il n’inclut pas les gaz à effet de serre dits « de scope 3 », c’est-à-dire les émissions de ses clients, conséquences indirectes de l’activité de l’entreprise. TotalEnergies incluait déjà dans ce plan les émissions de gaz à effet de serre résultant de sa propre activité opérationnelle : les émissions dites « de scope 1 et 2 ».
Le tribunal demande au groupe pétrolier de compléter son plan de vigilance dans un délai de six mois avec exécution provisoire, « en incluant dans sa cartographie des risques les émissions de scope 3 et les mesures s’y rapportant ».
Bombes carbones
C’est une défaite pour TotalEnergies, mais pas seulement. « Cette décision est majeure, car elle vaut pour le reste de l’industrie », a pointé Sébastien Mabile, l’un des avocats des ONG. Toutes les firmes qui ignorent les effets de leur activité sur le climat sont susceptibles d’être interpellées à leur tour.
TotalEnergies est « associée à non moins de trente “bombes carbones”, des projets qui représentent à eux seuls 70 milliards de tonnes équivalent CO₂, soit une fois et demie les émissions annuelles mondiales de gaz à effet de serre et plus de la moitié du budget carbone mondial restant pour limiter le réchauffement à 1,5 °C », avaient relevé les ONG lors du procès.
En octobre 2018 déjà, un an après l’adoption de la loi instituant le devoir de vigilance des sociétés mères, les ONG et plusieurs collectivités locales avaient interpellé TotalEnergies sur le premier plan de vigilance publié dans son document de référence, en lui reprochant de ne pas prendre en considération les risques liés au changement climatique. Initiée à Nanterre (Haut-de-Seine) en 2020, la procédure avait été relocalisée à Paris.
Le tribunal a rappelé que la loi sur le devoir de vigilance demande aux entreprises « d’agir sur les incidences négatives résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu’elle contrôle ».
Le tribunal judiciaire a examiné des données publiées par le groupe. « Il est établi et non contesté qu’au sein de la partie “Climat” de son plan de vigilance 2024 soumis à l’examen du tribunal, TotalEnergies identifie les émissions de scope 1 et 2 résultant des activités opérées par le groupe et précise qu’elles se sont élevées, en 2024, à 34 MtCO2 [millions de tonnes en équivalent CO2 – ndlr] », relève-t-il.
Mais le groupe évalue aussi ses émissions indirectes (de scope 3) à hauteur de 342 MtCO2, prévoyant même une augmentation autour de 400 MtCO2 d’ici 2030. Hélas, son objectif de neutralité carbone tel qu’il figure dans son plan de vigilance – d’ici 2050 – n’est fondé que sur la comptabilisation des émissions directes.
« La prise en compte des émissions de scope 3 d’une multinationale peut lui permettre de mieux visualiser l’impact climatique de son activité, d’identifier les risques et atteintes climatiques que son activité fait courir, et ce faisant, de déterminer ses objectifs en matière de durabilité, quand bien même ces émissions portent sur des émissions comptabilisées du scope 1 d’autres acteurs économiques », souligne le tribunal.
La firme, elle, a soutenu à l’audience « que les émissions de gaz à effet de serre de scope 3 » relevaient « de l’activité opérée par les clients de ses filiales, qui sont en dehors de son contrôle et exclus du champ d’application de la loi sur le devoir de vigilance ».
Ce n’est pas l’avis du tribunal, qui a rappelé que la loi sur le devoir de vigilance demande aux entreprises « d’agir sur les incidences négatives résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu’elle contrôle directement ou indirectement », ainsi « que des activités des sous-traitants ou fournisseurs ». La loi tend par ailleurs à « la prévention des atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement ».
Le plafond de 1,5 °C
TotalEnergies ne peut ignorer le sujet. D’autant qu’elle peut « facilement chiffrer ses émissions de scope 3 », que leur réduction « fait partie de sa stratégie, en matière de développement durable » et qu’elle « reconnaît disposer des leviers pour influer sur les émissions de ses clients finaux et pouvoir agir sur les émissions de scope 3, en décidant notamment de ses investissements et de la composition de son portefeuille énergétique » – éléments relayés dans sa communication.
« Il résulte de ce qui précède que les émissions de gaz à effet de serre de scope 3, dont le lien de cause à effet avec la production d’énergies est établi et sur lequel TotalEnergies est en mesure d’exercer une influence, font partie des incidences négatives résultant de la propre activité du groupe », tranche le tribunal.
Dans leur assignation, les ONG demandaient à la justice « des mesures visant à permettre à TotalEnergies de contribuer à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ». Très concrètement, la réduction de sa production de gaz et de pétrole ou des émissions directes et indirectes résultant de ses activités, autour de − 22 % en 2030 et − 90 % en 2050 pour le gaz et de − 21 % en 2030 et − 78 % en 2050 pour le pétrole (par rapport à 2022). Et surtout « la cessation des projets d’exploration et d’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures n’ayant pas fait l’objet d’une décision finale d’investissement dans un délai de six mois à compter de la signification de la décision à intervenir ».
Lors de l’audience, ces suggestions avaient suscité une vive réaction de la défense du groupe pétrolier : « Si vous imposez à TotalEnergies de restreindre ses activités, c’est toute l’industrie française qui fera l’objet d’actions climatiques devant le tribunal ! », avait prévenu l’un de ses avocats.
Sur ces points, le tribunal a estimé que la loi n’avait pas donné aux juges le pouvoir d’enjoindre à l’entreprise de prendre des mesures adéquates spécifiques. Mais seulement celui de lui demander « d’élaborer des mesures de sauvegarde ».
« La loi instaure un contrôle judiciaire sur l’intégration au plan de mesures de vigilance raisonnables, concrètes, cohérentes et adaptées à la cartographie des risques, et sur leur mise en œuvre effective », ont rappelé les juges.
« Il n’appartient pas au tribunal de fixer à TotalEnergies la cible à atteindre pour prévenir ou atténuer les incidences négatives climatiques résultant de son activité », ont-ils aussi indiqué, tout en rappelant que « le plafond de température de 1,5 °C à ne pas dépasser […] est l’objectif prévu par les parties à l’accord de Paris en vue de limiter la hausse de la température moyenne mondiale ».
Dans l’attente « des mesures » de TotalEnergies « en exécution de son obligation de vigilance climatique », le tribunal a toutefois décidé « d’un sursis à statuer » sur ce point, et a renvoyé l’affaire au 21 janvier 2027.













