Depuis plus de 6 mois, Bizi traverse une situation difficile. Si par respect pour les personnes concernées, nous ne pouvons pas communiquer les détails de cette situation, nous pensons qu’il est important d’expliquer à nos adhérent·es et sympathisant·es pourquoi Bizi a été moins active ces derniers mois dans nos combats pour la justice sociale et écologique (sans être complètement à l’arrêt), la façon dont nous nous sommes organisés collectivement et les leçons que nous en tirons.
De graves difficultés sont apparues dans l’équipe salariée de Bizi, l’une des salariées exposant des dysfonctionnements particulièrement problématiques de la part de son binôme masculin (mode de communication agressif et dévalorisant, manque de confiance envers autrui, difficulté à accueillir le désaccord, etc), envers elle et d’autres militantes. Elle a saisi en novembre la “Commission de prévention et de gestion des comportements problématiques”, organe interne commun à Bizi et la Fondation Manu Robles Arangiz.
Objectivation des faits
Pendant plus de 6 mois, cette commission, enrichie de membres de l’équipe de direction de Bizi (Koordinaketa), a travaillé pour entendre les personnes concernées, objectiver la situation, et proposer un diagnostic. Elle a ainsi reconnu et objectivé la responsabilité du salarié concerné et le caractère inacceptable d’un certain nombre de ses comportements ayant provoqué de la souffrance et de la perte de confiance chez plusieurs militant·es. Mais elle a également mis le doigt sur un certain nombre de dysfonctionnements internes révélant une responsabilité collective : l’absence d’un cadre RH approprié permettant d’encadrer les salarié·es soumis à une forte pression par rapport au niveau d’ambition que se donne Bizi face à la crise climatique, l’absence de cadre permettant de détecter et de traiter les dysfonctionnements dès leurs débuts afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent, la reproduction de mécanismes genrés au sein de certains groupes de travail et l’absence de mesures volontaristes permettant d’éviter la reproduction des inégalités de genre au sein de la structure, etc. Sans occulter la responsabilité individuelle du salarié concerné, reconnaître notre responsabilité collective est primordial. Car nous avons une responsabilité collective, dans nos structures, à garantir que le cadre soit sain : que des comportements blessants et inappropriés soient détectés immédiatement, recadrés, et qu’un accompagnement existe pour permettre aux gens de s’améliorer.
Nous regrettons que les alertes aient été identifiées trop tard, et considérons comme un échec collectif que notre salariée ait demandé une rupture conventionnelle en février. Le salarié concerné a, quant à lui, reconnu les faits et s’est engagé dans une dynamique de réparation et de formation.
Mesures proposées
Nous reconnaissons donc cette défaillance et notre processus a permis d’aboutir à une série de mesures visant à sanctionner, réparer et reconstruire, tout en garantissant le droit du travail :
- Des mesures de mise à l’essai du salarié concerné, ainsi qu’une évolution de ses missions et des mesures pour prévenir et enrayer de nouvelles difficultés. Son attitude depuis cette prise de conscience nous donne confiance dans sa capacité réelle à changer.
- Des mesures pour soutenir la salariée concernée qui a fait le choix de quitter son poste et lui offrir la possibilité de continuer à militer dans Bizi, comme elle l’avait exprimé.
- Des mesures pour faire évoluer notre fonctionnement collectif afin que salarié·es et militant·es puissent s’investir dans un cadre approprié.
Avancer ensemble
Cela fait près de 15 ans que Bizi se mobilise pour construire le Pays Basque de demain autour d’un projet de justice sociale et écologique, et construit sur des valeurs qui nous sont chères. La lutte contre les discriminations faites aux femmes, ainsi que la lutte contre toutes les discriminations et injustices est l’une de ces valeurs cardinales. Dans la lignée de la pensée éco-féminisme, nous savons que pour sauver le vivant, il faut démanteler les mécanismes de domination, qu’ils s’exercent sur la Terre ou sur les êtres humains. Nous croyons que c’est aussi en reconnaissant nos erreurs, individuellement et collectivement, que nous pouvons avancer. Reconnaître ses torts, s’engager dans la voie de la réparation, se former, permettent à tous ceux qui commettent des erreurs de changer.
Nous savons que la crise n’est pas finie car le plus long chemin est devant nous : réparer, nous réorganiser, accompagner les changements. Et, plus que jamais, se rappeler de notre objectif commun : lutter contre les forces réactionnaires qui tirent profit des crises économiques et écologiques pour nous opposer les uns aux autres et piétiner les droits des plus faibles, se mobiliser de toutes nos forces pour enrayer le dérèglement climatique qui devient chaque jour plus palpable et plonge les plus vulnérables dans la misère, et construire, ensemble, la métamorphose écologique et sociale de notre territoire.













