Articles du Vendredi : Sélection du 13 mars 2026

“Dirua jarrai dezagun”: proiektu berriztagarrien atzean dauden interes ekonomikoak aztertzen dituen bideoa
Sustrai Erakuntza Fundazioa – Nafarroako proiektu jasangaitzei erantzun juridiko-teknikoa
https://sustraierakuntza.org/dirua-jarrai-diezaiogun-sigamos-el-dinero-proiektu-berriztagarrien-atzean-dauden-interes-ekonomikoak-aztertzen-dituen-bideoa/#more-7303

“Jarrai dezagun diruaren arrastoa” bideoa aurkezten dugu, Xabier Zubialderen laguntzarekin. Gurea bezalako gizarte kapitalistetako proiektu energetiko guztien atzean interes ekonomiko garrantzitsuak daude, interes sozialei gailentzen zaizkienak. Datu hori inperio fosilarekin agerikoa bada ere, makroproiektu berriztagarrien agerpenarekin ez da hain nabarmena. Xabier Zubialderen esku-hartzeak aukera emango digu proiektu horien atzean dauden eragileak mugitzen diren interes ekonomikoen katea xehatzeko, gehienetan isilarazi eta ezkutuan mantentzen baitira. Jendarte eredu honek sortutako ingurumen, humanitario, gizarte eta klima krisiaz mintzo da bideoa. Espekulazio ekonomikoan oinarritutako proiektuak, “berriztagarri ala ez berrizgarri”, lehendik genituen arazoei arazo gehiago ekartzen dietenak. Etxauriko Cabezonen egin nahi duten eguzki-poligono fotovoltaikoaren esperientzia aztertuz lortutako ezagutzan oinarrituta dago bideoa. Formazio ekimen berri baten lehenengo atala izango da, gainera. Sustrai Erakuntza Fundazioak eta Errotik elkarteak formakuntza ekimen berri bat jarri dugu martxan: Etorbidea. Gure asmoa da Youtuben bideoak eskegitzea, ingurumen-gatazkak eta -aldaketak bizi garen lurraldeko faktore politiko, ekonomiko, sozial eta kulturalekin erlazionatzeko moduan sakontzeko. Prestakuntza eta hausnarketa ezinbestekoak dira gure portaera, aukera eta irrika eraldatzaileak elikatzeko. Interesgarria izatea espero dugu…

Municipales 2026 : bonne idée ou greenwashing ? Un guide pour comprendre les programmes des candidats sur l’écologie
Théo Mouraby
https://vert.eco/articles/municipales-2026-bonne-idee-ou-greenwashing-un-guide-pour-comprendre-les-programmes-des-candidats-sur-lecologie

Promettre à l’envers. Alors que la plupart des candidat·es aux élections municipales ont mis du vert dans leur programme, le Réseau action climat (RAC) propose une boîte à outils pour démêler les fausses promesses des vrais engagements écolos. On vous explique.

À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, de nombreux sondages démontrent l’intérêt des électeur·ices pour les thématiques environnementales (notre article). En réponse, la plupart des candidat·es ont étoffé leur programme de propositions qu’elles et ils jugent «vertes». Mais comment être sûr que cela n’est pas du greenwashing ? Autrement dit, des mesures en carton, qui manquent d’ambition. «Cela ne suffit pas de planter quelques arbres», illustre Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau action climat (RAC).

Sur son site, le RAC propose un crash test pour permettre aux citoyen·nes de passer au crible les propositions des candidat·es dans leur commune. Programme en main, les internautes peuvent répondre à 23 questions thématiques permettant d’évaluer les engagements selon un code couleur. Rouge si le sujet est absent du programme ; orange s’il est évoqué, mais flou ; et vert s’il y a des propositions claires. Plus globalement, il faut se poser quatre grandes questions pour évaluer «l’ambition climatique des programmes».

Le programme contient-il des propositions concrètes ?

La première chose à faire est de regarder s’il y a des propositions concrètes pour protéger l’environnement. «On ne peut pas s’appuyer uniquement sur les occurrences des termes “écologie”, “environnement” ou “climat” dans un programme, explique Clara Sannicolo, responsable climat et territoire au RAC. Il faut chercher des objectifs chiffrés avec des mesures pour les atteindre.»

Attention aux mesures cosmétiques et «aux termes flous». À Paris, la candidate d’extrême droite Sarah Knafo veut «sublimer les parcs et jardins». Une proposition trop imprécise pour être engageante.

Le programme est-il cohérent dans son ensemble ?

Deuxième piège : les candidat·es qui développent des mesures en faveur de l’environnement… mais qui en défendent d’autres à rebours de la transition écologique. Il peut s’agir du développement de centres commerciaux ou d’un projet de contournement routier. C’est ce que propose la candidate du Rassemblement national à Bordeaux (Gironde), Julie Rechagneux.

«Le chapitre dédié à la transition écologique ne suffit pas, il faut une cohérence avec le reste du programme, ou avec le bilan pour les maires sortants», précise Clara Sannicolo. À Toulouse (Haute-Garonne), le maire Jean-Luc Moudenc (sans étiquette, ex-Les Républicains) évoque dans son programme des sujets liés à l’écologie, mais il prône aussi des dérogations à l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) des sols d’ici à 2050, posé par la loi Climat et résilience de 2021. En plus, sa liste se revendique comme «la seule pro-aéronautique, pro-entreprise et pro-industrialisation».

Le programme prend-il en compte la vulnérabilité des habitants au changement climatique ?

Clara Sannicolo le rappelle : «Nous ne sommes pas tous égaux face au changement climatique.» Les futur·es maires doivent donc accompagner les plus précaires. À Lyon (Rhône), aucun des programmes ne considère les impacts de la pollution et du changement climatique sur les populations les plus vulnérables, selon le RAC. Pourtant le sud de la ville a été massivement contaminé par les polluants éternels (PFAS) relâchés par les industriels, des substances nocives pour l’environnement et la santé humaine.

Le Réseau action climat classe positivement les programmes qui mettent l’accent sur l’articulation entre transition écologique et création d’emplois. À Toulouse toujours, le candidat de La France insoumise, François Piquemal, promet d’utiliser «la commande publique comme levier de l’emploi local». Il souhaite créer des emplois grâce à «un grand plan de rénovation énergétique des bâtiments publics» ou à «l’alimentation bio et locale pour les cantines».

Le programme prévoit-il des retours en arrière sur des mesures écologiques déjà existantes ?

C’est l’un des jeux de l’alternance politique. Quand l’opposition renverse un ou une maire sortant·e, la nouvelle majorité détricote souvent une partie des décisions prises lors de la dernière mandature. C’est sur ce dernier critère que le RAC invite à être vigilant·es : «On ne peut pas faire du “stop and go” sur l’écologie et détricoter des mesures qui sont déjà engagées.»

À Lyon encore, comme dans la plupart des villes dans lesquelles il présente des listes, le Rassemblement national n’a toujours pas communiqué de programme. Toutefois, parmi le peu de propositions avancées sur son site, le candidat d’extrême droite Alexandre Dupalais indique vouloir mettre fin à la zone de trafic limité (ZTL) instaurée par Les Écologistes sur la presqu’île lyonnaise en juin 2025. Pour résumer : quand on commence par vouloir reculer sur l’environnement, difficile d’espérer des avancées par la suite.

 

La démocratie en circuit court
Elise Dilet
www.enbata.info/articles/la-democratie-en-circuit-court

À l’occasion des élections municipales, Bizi! propose son Pacte pour le climat et les habitant.e.s du Pays Basque et presse les listes de s’engager face à l’urgence climatique, avec 19 mesures qui se déclinent en actions concrètes à mettre en œuvre.

Dernière ligne droite de la campagne pour les élections municipales : en Iparralde, l’implication citoyenne est forte cette année. De nombreuses personnes ont décidé d’intégrer une liste pour la première fois et les interpellations aux listes candidates afin qu’elles s’engagent à mettre en place des mesures structurantes lors de leur mandat se sont multipliées. C’est la société civile qui joue son rôle à plein, qui s’implique au plus près pour peser sur les décisions. C’est peut-être une réaction saine à l’écœurement vis-à-vis de la gouvernance globale dont l’expression paroxysmique (mais on croit toujours être au pire, et on n’y arrive jamais…) est le système Epstein, l’entre-soi de dirigeants de toute la planète qui poussent la logique du capitalisme à leur seul profit, et s’affranchissent de toutes valeur de bien commun, considérant qu’ils sont une caste de sur-hommes habilités à exploiter jusqu’à la mort le reste de l’humanité.

A l’inverse, la démocratie locale continue d’être porteuse d’espoir.

Pactes citoyens

En Pays Basque nord, les listes candidates ont donc été sollicitées sur de nombreux sujets concernant les politiques municipales et communautaires : place de l’euskara, du vélo, logement, lutte contre les discriminations… et mobilisation contre le changement climatique. C’est la troisième fois que Bizi! sollicite les listes pour leur faire signer un pacte de transition écologique. En 2014, l’association avait demandé aux listes de s’engager à mettre en place des mesures au choix issues d’une boîte à outils municipale climat-énergie. En 2020, Bizi! les invitait à intégrer à leur programme sept mesures-phare, et a mené ensuite un travail de suivi avec trois rapports d’état d’avancement de la transition écologique des communes.

Cela a parfois été mal perçu, avec un sentiment d’injustice, notamment de la part d’élu.e.s ayant l’impression de particulièrement s’impliquer dans le domaine écologique et qui s’attendaient à plus de louanges… Mais si Bizi! a toujours souhaité être dans une démarche constructive avec une proposition d’accompagnement des élu.e.s, des formations, des boîtes à outils, de la communication sur les initiatives intéressantes…, son rôle est aussi de rappeler l’urgence climatique, une menace que la communauté scientifique internationale documente depuis des décennies et qui, quel que soit notre bord politique, s’impose à nous. Dans ce cadre, les dirigeant.e.s ont autant une obligation de résultats que de moyens. Nos objectifs ont été qualifiés d’irréalistes, voire d’extrémistes, mais est-ce irréaliste ou extrémiste de mettre tout en œuvre pour que nos enfants puissent espérer grandir dans un monde vivable ? Lorsque les citoyen.ne.s jouent les aiguillons, ils et elles sont dans leur rôle.

Cette mobilisation n’est pas du goût de tout le monde et on voit bien la réactions des forces de l’ancien monde (Lasserre, préfet…) qui veulent museler les revendications. Ils feignent d’oublier qu’en démocratie représentative, c’est le peuple qui est souverain.

Un pacte pour le climat et les habitant.e.s du Pays Basque

Pour le mandat qui vient, Bizi! a listé 19 mesures dans les domaines prioritaires à investir afin de répondre aux enjeux climatiques tout en maintenant une exigence de justice sociale. Il s’agit par exemple de créer des logements accessibles sans consommer de nouveaux espaces, de développer les transports en commun, de produire une énergie renouvelable locale, de garantir une alimentation saine et accessible dans les cantines, de généraliser l’utilisation de l’eusko ou encore de se donner les moyens (notamment humains et financiers) d’une action efficace. Chaque mesure est déclinée dans une fiche détaillée avec les actions à mettre en œuvre selon la taille de la commune, accompagnées de ressources et d’exemples.

Bizi! publiera un baromètre de suivi de l’engagement des listes, indiquant quelles sont celles dont les programmes sont à la hauteur de l’urgence écologique. Le bilan des listes sortantes y figurera également pour jauger de la crédibilité des promesses au regard des réalisations du passé. Signer le pacte est un signe que la liste prend la mesure de l’enjeu climatique. Ne pas le faire est un très mauvais signal envoyé aux habitant.e.s, mais ne fera pas sortir la commune des radars de l’évaluation des politiques menées.

Parce que chaque dixième de degré compte, parce que les élu.e.s locaux disposent d’un grand nombre de leviers d’action pour éviter le pire, nous appelons les listes à proposer des programmes volontaristes et les habitant.e.s à se mobiliser avant les élections puis à voter en conscience pour des élu.e.s à la hauteur des enjeux écologiques ! Toutes les informations sont à retrouver sur le site https://pacte2026.bizimugi.eu/

Municipales et Airbnb : manuel d’auto-défense
Malika Peyraut
www.enbata.info/articles/municipales-et-airbnb-manuel-dauto-defense

A l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars prochains, et alors que quelques maires plaident pour un assouplissement du règlement de compensation anti-Airbnb, il est nécessaire d’exposer clairement les termes du débat et de rappeler que les véritables enjeux sont la lutte contre la fraude et le renforcement de la compensation.

N’ oublions jamais qu’une victoire met des mois voire des années d’efforts patients et acharnés à s’obtenir, mais peut être balayée en un clin d’œil. Alors que les élections municipales se profilent, le règlement de compensation mettant un coup d’arrêt à la transformation des logements en meublés de tourisme permanents type Airbnb est, sans surprise, un argument de campagne, à grands coups de rhétorique trompeuse, de chiffres tronqués et de mauvaise foi. Dans cette dernière ligne droite avant les élections, tour d’horizon des arguments à destination des listes et candidats déterminés à défendre le logement à l’année.

Ne pas baisser la garde

Alors que le règlement de compensation qui s’applique sur les 24 communes de la zone tendue historique du Pays Basque est l’un des mécanismes les plus ambitieux à l’échelle hexagonale – et régulièrement cité en exemple – un retour en arrière serait dévastateur pour le territoire et la lutte globale contre la marchandisation des logements. Les élections municipales et le rééquilibrage possible des forces politiques lors de la nomination des futurs élus de la CAPB sont, pour les lobbies de tout poil, une brèche dans laquelle ils ne manquent pas de tenter de s’engouffrer afin de détricoter ce qui a été patiemment construit et voté en 2022 à une très large majorité (le règlement de compensation a été voté à 169 voix pour, 8 contre et 33 abstentions le 5 mars 2022) et après un très fort plébiscite populaire (8 000 personnes dans les rues de Bayonne le 20 novembre 2021). Constants, les maires d’Hendaye Kotte Ecenarro et de Saint- Jean-de-Luz Jean-François Irigoyen ont ces dernières semaines réaffirmé dans la presse leur volonté « d’assouplir le règlement ». Plus récemment, la maire de Biarritz Maider Arosteguy leur a aussi emboîté le pas, affirmant « qu’aujourd’hui, le phénomène a été enrayé » ?

Assouplir c’est affaiblir

Le diable se cache toujours dans les détails : si personne n’ose remettre en cause ouvertement le règlement de compensation, la proposition de « l’assouplir » reprise par ces élus est loin d’être la voix du compromis innocent, ni une nouvelle idée. Qu’entend-t-on par assouplir ? En juin 2024, le lobby du secteur des meublés de tourisme en Pays Basque, Entzun, publiait une note proposant « une règle simple : une personne physique = un logement loué en courte durée = un changement d’usage avec compensation à partir du deuxième bien ». Un « assouplissement » de ce type serait en réalité un énorme recul car il réduirait la mesure à un pourcentage très minoritaire du problème : en effet, la compensation ne s’appliquerait alors qu’aux personnes physiques détentrices d’au moins 3 logements (leur résidence principale + un meublé de tourisme permanent sans compensation + un autre meublé à compenser), ainsi qu’aux SCI.

Le premier objectif recherché par la compensation (stopper l’hémorragie) ne sera plus rempli, puisqu’il sera possible de continuer de transformer des logements à l’année en meublés de tourisme permanents.

Et à Maider Arosteguy, se contentant de « quelques dizaines de logements revenus sur la location à l’année » (contre 11 000 transformés en meublés de tourisme permanents), qui propose que les propriétaires de résidences secondaires puissent louer leurs biens 30 à 40 jours par an, rappelons l’extrême vigilance à avoir : c’est parce que le système Airbnb existait que des propriétaires ont transformé des logements en résidences secondaires, bénéficiant même de facilités bancaires. Permettre de nouveau la mise en location de résidences secondaires en Airbnb, c’est faire repartir à la hausse la transformation de logements à l’année en résidences secondaires…

Compensation et tourisme

« Le règlement de compensation ne devrait pas être appliqué uniformément sur la zone tendue car il dessert fortement certaines villes côtières fortement touristiques » nous dit-on. Déjà, le phénomène mérite d’être objectivé avec des données vérifiables. Ensuite, imputer la modification des pratiques touristiques sur la côte à un facteur unique, la diminution de meublés de tourisme (qui, pour la plupart, étaient des logements il y a moins de dix ans) semble plutôt audacieux, et occulte d’autres paramètres documentés ces derniers mois dans la presse : la diminution du pouvoir d’achat général qui implique une diminution de la consommation des touristes, une stabilité de la fréquentation des structures hôtelières classiques, une modification des périodes touristiques et un report vers les campagnes et la montagne. « Justement, il s’agit d’un effet de bord négatif de la compensation ! » nous rétorquera-t-on, « à cause de la compensation, les touristes vont hors de la zone tendue ! ». A cause de ça, ou du surtourisme ? Comme l’analyse La Semaine du Pays Basque : « les campagnes et la montagne attirent davantage hors été, offrant une respiration aux zones littorales saturées. Cette stratégie qui a été mise en place depuis plusieurs années par les acteurs locaux [du tourisme] semble donc porter ses fruits ». Bref, il faut savoir.

Compensation et emploi

Autre argument récurrent : la disparition des emplois liés à la diminution des meublés de tourisme (conciergeries et autres services liés). Là encore, il faut des données objectives sur le nombre d’équivalents temps plein concernés et rappeler que les emplois liés à l’industrie Airbnb n’existaient pas il y a moins de dix ans, et sont des emplois particulièrement précaires, à temps partiel voire parfois à la semaine pour des travaux de ménage, et payés au lance-pierre. Selon les Chiffres clés du tourisme Béarn et Pays Basque 2023 (ADT64), au Pays Basque il y a 5 690 offres d’emploi pour 3 425 demandeurs.

Conclusion : le problème ce n’est pas la main-d’œuvre… mais bien souvent les logements pour l’héberger, une grande partie d’entre eux ayant été transformés en meublés de tourisme !

Compensation et logements à l’année

« Où sont les logements à l’année ? » font mine de s’interroger les détracteurs. Il n’y a effectivement pas de chiffres objectifs permettant de montrer le retour des logements à l’année mais il ne faut pas oublier un élément clé : jusqu’au 1er mars 2026, des meublés de tourisme permanents pouvaient encore être mis en location sans compenser puisque les autorisations de changement d’usage délivrées avant l’entrée de vigueur du règlement de compensation avaient une durée de trois ans. Depuis l’entrée en vigueur du règlement le 1er mars 2023, celles- ci expirent peu à peu : il y a ensuite une latence incompressible dans la décision de leurs propriétaires à mettre leur bien en location à l’année, ou bien le vendre (ce qui peut permettre à une famille résidant à l’année de trouver à se loger).

Conclusion : renforcer plutôt qu’assouplir

Si le règlement de compensation a stoppé net le tsunami qu’était la transformation des logements à l’année en meublés de tourisme et permis les premiers retours des logements à l’année, la gravité de la crise du logement est telle qu’une seule mesure ne suffit pas : dans cette période électorale, parlons plutôt de comment il faut renforcer et compléter le règlement de compensation. La lutte contre la fraude, qui empêche le retour de logements à l’année, est un des premiers enjeux. Les mairies ont un outil clé entre leurs mains : diminuer le nombre de nuitées auxquelles il est possible de louer sa résidence principale à 90 jours (contre 120 actuellement) comme le permet la loi Echaniz-Le Meur. L’avantage ? Diminuer les fausses déclarations de résidences secondaires en résidences principales pour continuer à louer sans compenser.

Autre enjeu pour éviter les effets de bord : étendre le règlement de compensation aux 11 communes qui y seraient éligibles (à savoir : Ainhoa, Bidarray, Cambo-les-Bains, Espelette, Halsou, Itxassou, Saint-Jean-Pied- de-Port, Saint-Pée-sur-Nivelle, Sare, Souraïde et Uhart-Cize), afin que l’hémorragie ne s’étende pas aux autres parties du territoire.

Enfin, il faut continuer de compléter l’arsenal de mesures permettant de répondre aux différents aspects de la crise : en sauvant l’encadrement des loyers menacé de disparition en novembre 2026, en trouvant des solutions innovantes face aux résidences secondaires ou pour encadrer les prix de vente, en luttant contre la spéculation, etc…

Un guide non exhaustif et bien détaillé de mesures ambitieuses et volontaristes est d’ailleurs proposé par la plateforme Herrian Bizi – Se loger au Pays à toutes les listes candidates sur : www.herrianbizi.com

Le Haut Conseil pour le climat appelle à accélérer la sortie des énergies fossiles pour tenir les objectifs climatiques de la France
Audrey Garric
www.lemonde.fr/planete/article/2026/03/12/le-haut-conseil-pour-le-climat-appelle-a-accelerer-la-sortie-des-energies-fossiles-pour-tenir-les-objectifs-climatiques-de-la-france_6670693_3244.html

L’instance indépendante salue l’ambition de la troisième stratégie nationale bas-carbone, mais elle doute de sa crédibilité, alors que la baisse des émissions marque le pas et que les politiques environnementales régressent.

La France est en train de se doter d’objectifs climatiques à la fois ambitieux et fragiles. Dans un avis publié jeudi 12 mars, le Haut Conseil pour le climat (HCC) estime que le projet de la troisième stratégie nationale bas-carbone, qui doit guider l’action climatique du pays jusqu’en 2050, comporte des avancées, mais souffre encore d’importantes incertitudes quant à sa mise en œuvre.

Attendue de longue date, cette feuille de route touchant tous les domaines de la vie quotidienne des Français – des transports au logement en passant par l’alimentation – devrait être publiée par décret à la fin du printemps après une nouvelle consultation publique. Le HCC, saisi pour avis par le gouvernement après la présentation du texte en décembre 2025, appelle à le renforcer et à l’adopter rapidement.

Ce document stratégique est crucial non seulement pour guider les politiques climatiques nationales, avance l’organisme indépendant, mais également pour renforcer la souveraineté énergétique et la sécurité de la France dans un contexte où les conflits géopolitiques entraînent une flambée des prix du pétrole et du gaz. Alors que des voix s’élèvent pour amoindrir les politiques environnementales, l’ingénieur agronome Jean-François Soussana, président du Haut Conseil, plaide au contraire pour « renforcer la transition écologique » et pour adopter une feuille de route détaillée de sortie des énergies fossiles. De quoi baisser la facture énergétique des ménages et les protéger face aux fluctuations des marchés internationaux.

Neutralité carbone incertaine

« La sortie des énergies fossiles est un impératif stratégique », appuie Monique Barbut, la ministre de la transition écologique. Le plan d’électrification des usages, que le gouvernement doit présenter en mai, « s’inscrit dans cette logique pour faire de la transition écologique un moteur durable de prospérité, d’innovation et de souveraineté », ajoute-t-elle.

Sur le plan des objectifs, le HCC juge la trajectoire proposée par cette troisième stratégie ambitieuse et globalement cohérente avec les engagements européens pour 2030 et 2040. Les Vingt-Sept visent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de respectivement 55 % et 90 % à ces horizons par rapport à 1990. Pour y parvenir, le projet décline une centaine d’actions secteur par secteur : il s’agit, par exemple, d’atteindre en 2030 deux tiers de ventes de voitures électriques, 21 % de grandes cultures en bio ou 250 000 rénovations d’« ampleur » de logements par an. Le HCC salue également l’adoption d’objectifs de réduction de l’empreinte carbone française (qui inclut les importations de biens et services produits à l’étranger) et des émissions du numérique.

En revanche, la France ne parviendra pas à tenir l’objectif réglementaire que lui assigne l’Union européenne pour ses puits de carbone naturels, en fort déclin. Les forêts, qui pâtissent des sécheresses, d’incendies, de maladies ou de coupes trop importantes, absorbent moins de CO2 que prévu.

Surtout, l’horizon de la neutralité carbone en 2050 demeure incertain. Le Haut Conseil pour le climat s’interroge sur la capacité de la France à parvenir à ne pas rejeter plus de gaz à effet de serre que les puits de carbone ne peuvent en absorber. Pour les experts, la stratégie présentée en décembre 2025 prévoit encore trop d’émissions « résiduelles » au milieu du siècle dans les secteurs de l’agriculture et des déchets, qui ont pris du retard et dont la trajectoire est la moins ambitieuse. La feuille de route prévoit également un doublement des technologies de captage et de stockage du CO2 entre 2040 et 2050, dont la mise en œuvre rapide et la viabilité financière « restent à démontrer », prévient Paul Leadley, professeur d’écologie et membre du HCC.

Pour autant ces trajectoires sont-elles réalistes ? « La crédibilité de l’accélération de la réduction des émissions se pose », prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte, une autre membre du Haut Conseil. La baisse des rejets carbonés a marqué le pas ces deux dernières années (avec − 1,8 % en 2024 et en 2025), alors qu’il faudrait désormais atteindre − 4,5 % par an.

La sobriété, un levier essentiel

Le principal défi reste celui de la mise en œuvre des objectifs. Le HCC rappelle qu’une forte hausse des investissements bas-carbone sur le long terme est plus que jamais nécessaire, pour donner de la visibilité aux acteurs économiques. Or le dernier budget a encore raboté certaines des enveloppes de l’écologie.

Les réductions d’émissions dans les différents secteurs se heurtent également à des freins que le gouvernement ne parvient pas à lever : sous-investissement dans les réseaux ferroviaires ou cyclables, instabilité des dispositifs d’aides à la rénovation énergétique, reculs environnementaux sur les politiques agricoles, etc.

Le rapport souligne aussi les « tensions » sur la biomasse, alors que les quantités de ressources issues de la forêt ou de l’agriculture risquent de ne pas être suffisantes pour répondre aux besoins alimentaires, en énergie ou en matériaux, tout en préservant les écosystèmes.

Pour renforcer la crédibilité de la stratégie climatique française, le HCC formule plusieurs recommandations. La première concerne l’accélération de la sortie des énergies fossiles. L’institution appelle à définir un calendrier d’arrêt de leur usage plus clair que celui indiqué dans le projet – qui prévoit la fin du charbon en 2030, du pétrole en 2040-2045 et du gaz à l’horizon 2050 –, avec des modalités pour chaque secteur. « Il faut aussi supprimer progressivement les subventions aux énergies fossiles », qui s’élèvent à 13 milliards d’euros par an, affirme le président du HCC, Jean-François Soussana. Contrairement à 2022, le gouvernement n’envisage pas à ce stade des aides pour alléger la facture énergétique des Français qui augmente avec le conflit au Moyen-Orient.

La sobriété constitue également un levier essentiel, encore insuffisamment mobilisé selon le rapport. Du fait de l’ampleur des besoins en biomasse pour produire des carburants d’aviation verts, le HCC appelle à « stabiliser » le transport aérien, plutôt que d’envisager sa croissance, avec notamment le projet d’extension de l’aéroport de Paris – Charles-de-Gaulle. Il s’agit aussi de réduire la consommation de produits animaux, dont la viande. L’institution appelle à renforcer les politiques de préservation et de restauration des puits de carbone naturels.

Enfin, le Haut Conseil insiste sur l’importance de maintenir des politiques européennes ambitieuses, notamment le système d’échange de quotas d’émissions. Ce marché carbone, que certains Etats membres appellent à suspendre temporairement pour faire face aux multiples crises, constitue l’un des principaux outils de réduction des émissions dans l’industrie et dans la production d’électricité à l’échelle du continent. « Si des flexibilités sont mises en place, elles doivent être limitées », avertit Jean-François Soussana.

Léa Sébastien, géographe : « L’attachement aux lieux peut avoir raison de l’anti-écologisme »
Mathieu Dejean
www.mediapart.fr/journal/politique/110326/lea-sebastien-geographe-l-attachement-aux-lieux-peut-avoir-raison-de-l-anti-ecologisme

Les luttes contre des grands projets inutiles et imposés sont-elles vectrices d’engagement aux élections municipales ? La géographe Léa Sébastien, qui a contribué au livre « Green-Backlash », analyse la politisation des habitants, souvent déçus par la démocratie locale, à travers ces « résistances éclairées ».

L’écologie politique s’est-elle invitée plus fortement aux élections municipales de 2026 dans les communes touchées par des luttes contre des grands projets d’aménagement du territoire ? Si certaines listes directement issues de collectifs citoyens opposés à ces projets d’infrastructure se présentent ici et là, parfois en bénéficiant d’une belle dynamique, leur nombre est loin d’être identique à celui des conflits existants, ni proportionnel à l’enthousiasme que ces luttes suscitent sur le terrain.

Léa Sébastien, maîtresse de conférences en géographie sociale à l’université Toulouse 2-Jean-Jaurès, coautrice de Résister aux grands projets inutiles et imposés (Textuel, 2018) et contributrice du livre collectif Green-Backlash. Qui veut la peau de l’écologie ? (Seuil, 2025), étudie la politisation des attachements aux lieux dans les conflits d’aménagement. Elle explique, d’une part, la défiance d’une partie de ces collectifs envers la démocratie locale, souvent vécue de manière violente, et, d’autre part, les effets d’éviction du jeu démocratique dus à l’anti-écologisme.

Mediapart : Des listes se sont constituées dans plusieurs villes ou villages pour les municipales en fédérant des opposant·es à des projets d’aménagement. Quels sont les points communs de ces collectifs ? 

Léa Sébastien : Les luttes territoriales se sont intensifiées et ont beaucoup évolué depuis les années 1980-1990. Ces collectifs n’étaient à cette époque pas forcément reliés entre eux et leur argumentaire était davantage axé sur la défense d’un cadre de vie, d’un paysage. Aujourd’hui, c’est autour de la notion d’intérêt général que se situe la fracture entre porteurs de projets d’aménagement et opposants.

Quelle que soit l’infrastructure – éoliennes en mer, centre commercial, décharge, ligne à grande vitesse –, et outre les spécificités liées au territoire, il y a donc des similitudes dans les arguments de l’ensemble des collectifs qui luttent contre des projets d’aménagement.

Même s’il n’y a pas de fédération nationale – bien que les Soulèvements de la terre jouent un peu ce rôle –, il y a une conscience partagée de la crise écologique mondiale, des enjeux autour des émissions de CO2, de l’artificialisation des sols, de la perte de la biodiversité et des différents types de pollution. Il y a aussi beaucoup d’arguments qui tournent autour des failles en matière démocratique et du « passage en force ».

L’inscription de ces collectifs sur des listes électorales est-elle pour autant une évidence ?

Non, tout d’abord parce qu’il y a une dimension temporelle très importante dans les conflits d’aménagement. Entre le moment où on apprend qu’il va y avoir une infrastructure à proximité de chez soi et la présentation de contre-propositions démocratiques, la lutte est une vraie tranche de vie qui peut prendre cinq, dix ou quinze ans.

Après avoir joué le jeu de la démocratie locale, certains collectifs s’en détournent et avancent avec d’autres méthodes. Ils n’y croient plus du tout.

Trois éléments contribuent à l’inscription de ces luttes dans un projet plus global pour le territoire. Dans un premier temps, des dynamiques sociales très fortes et très hétérogènes se mettent en place sur le terrain. Ensuite, les habitants se dotent d’un capital savant, avec une montée en compétence rapide dans les sphères juridiques, scientifiques, techniques et institutionnelles.

Enfin, il y a un capital affectif, patrimonial, d’attachement au lieu qui se renforce au fur et à mesure de la contestation. Tout cela mis ensemble génère un capital politique, dont la proposition de listes aux municipales peut découler.

Quel discours ces collectifs portent-ils sur la démocratie locale, à laquelle ils se sont souvent heurtés ? Pensent-ils pouvoir la réenchanter ?

Il y a deux discours chez eux, c’est la raison pour laquelle leur capital politique ne s’inscrit pas systématiquement dans les dispositifs institutionnels classiques. De nombreux collectifs d’habitant·es ont joué le jeu de la démocratie en allant aux enquêtes publiques. Ils ont pris énormément de leur temps, ont tenté de déjouer les bidouillages démocratiques conçus pour tenir les citoyens à l’écart de la décision – les réunions publiques tenues à l’été ou pendant les vacances de Noël, par exemple. Quand ils constatent que rien de leurs contre-propositions n’a été entendu, ils le vivent comme une violence très forte.

Dans 40 % des 372 conflits d’aménagement que j’ai recensés dans la région Occitanie entre 2000 et 2020, les failles en matière de gouvernance arrivent ainsi en deuxième dans les motivations des opposants, juste après les nuisances. C’est un facteur important de leur colère, qui crée une méfiance vis-à-vis de tous les dispositifs démocratiques. Après avoir joué le jeu de la démocratie locale, certains collectifs s’en détournent et avancent avec d’autres méthodes – la désobéissance civile ou des instances alternatives. Ils ne croient plus du tout à la démocratie locale.

Le discrédit jeté sur les opposants, qualifiés d’extrémistes ou d’« écoterroristes », est-il un facteur supplémentaire d’éviction de l’arène politique locale, ou de découragement quand des élections approchent ?

Complètement. La répression des mouvements écologistes conduit désormais à leur discrédit systématique. Pendant des années, ils ont été traités de « NIMBY » – pour « Not in my backyard » ou « surtout pas chez moi ». Autrement dit, on leur reprochait d’être centrés sur leur liberté individuelle et de n’avoir aucun intérêt pour le bien commun. Depuis les années 2000, on est passé sans transition du « nimbisme » à l’« écoterrorisme », et c’est finalement pour leur attachement exagéré au bien commun qu’on les attaque. On est passé d’un extrême à l’autre.

L’objectif est le même : délégitimer les opposants et générer de la peur et de la confusion dans le grand public. Les porteurs de projets dits « de transition » emploient ainsi à première vue le même langage que les militants écologistes, et présentent les infrastructures comme visant à limiter notre empreinte carbone. Un greenwashing [ou écoblanchiment – ndlr] qui nourrit en quelque sorte le green-backlash.

De plus en plus, on considère les mouvements écologistes comme des mouvements extrémistes. À Toulouse, le maire actuel, Jean-Luc Moudenc, a écrit explicitement sur son bulletin de campagne que la ville ne peut pas tomber aux mains des « écologistes radicaux ». Le fait d’identifier l’écologie à quelque chose d’extrême complique la possibilité de mettre le sujet sur la table, alors qu’il concerne l’habitabilité de la Terre… C’est complètement ubuesque et contradictoire.

Autour de Toulouse, justement, où le conflit contre l’A69 dure depuis des années, des listes aux municipales portent-elles la voix des opposant·es ?

Certains opposants ont eu le projet de lancer des listes sur tout le trajet entre Toulouse et Castres. C’était une manière de rassembler des habitants qui ne sont pas à l’aise dans le conflit et dans la simple opposition, et qui tiennent à soutenir des contre-propositions. Les gens ont envie de participer à l’aménagement du territoire, auquel ils sont attachés. Ils ont envie de comprendre les mobilités, l’agriculture, l’autonomie en matière énergétique, en bois, etc. L’opposition aux projets d’aménagement fait toujours émerger des réflexions de fond sur l’avenir du territoire.

C’est ce qui s’est passé sur l’A69. Certaines communes s’étaient approprié le contre-projet, et imaginaient par exemple mettre en place une véloroute, avec de l’agroécologie, etc. Mais le fait que l’A69 ait été imposée par l’État, que les travaux jour et nuit aient recommencé malgré l’annulation, a découragé nombre de militants.

Ces derniers sont épuisés d’avoir lutté en vain. Ils ont cru à l’annulation, et pourtant, malgré tous les arguments scientifiques, l’autoroute sera construite. Le nombre de listes constituées est donc sans rapport avec l’engouement et la motivation qu’il y avait autour du contre-projet. Pour des raisons de peur, de découragement, et d’épuisement sur le territoire.

Les récentes mobilisations agricoles ont donné à voir l’emprise de l’anti-écologisme. Pourtant, vous montrez une autre image, celle d’une société qui résiste par en bas à cette droitisation par en haut, y compris dans les territoires ruraux…

Oui, tout à fait. Les dynamiques territoriales autour des conflits d’aménagement sont d’abord apolitiques, mais mon hypothèse est que l’attachement aux lieux peut être vecteur d’engagement écologique, loin de la fermeture prônée par l’extrême droite quand elle parle des territoires. En luttant contre un projet, on développe des compétences et des attachements qui donnent naissance à une « résistance éclairée ».

Petit à petit, les acteurs font systématiquement le lien entre les enjeux locaux dans leur village ou leur quartier, et les enjeux globaux au niveau de l’air, du carbone et de la biodiversité. Le lien entre intérêt général et intérêt territorial apparaît, et c’est pourquoi, malgré la répression forte qui s’exerce sur ces résistances, les conflits d’aménagement sont porteurs d’espoir. L’attachement aux lieux peut, en quelque sorte, avoir raison de l’anti-écologisme.