Articles du Vendredi : Sélection du 01 mai 2026

Maiatzaren Lehena: Alda eta Bizik antolakuntza kolektiboa kontuan hartzen dute
Bizi ! & Alda
https://bizimugi.eu/eu/1er-mai-alda-et-bizi-placent-leur-espoir-dans-lorganisation-collective/

Alda eta Bizi! elkarteek elkarrekin manifestatu dute ostiral honetan, maiatzaren 1ean, Baionan, mundu jasangarri eta solidario bat eraikitzeko antolakuntza kolektiboaren garrantzia gogorarazteko. Kontzertu, animazio berezi eta koloretsuaren bidez, bi elkarteek esperantzaz eta borrokatzeko nahikeriaz beteriko  mezua zabaldu dute gaur egungo krisi anitzei buru egiteko.

Dena antolakuntza afera da”, “Elkarrekin irabazten dugu”: lelo horiekin abiatu da Bizi eta Aldak antolaturiko besta giroko jende lerroa, umoretsua eta deliberatua, Baionako tren geltokitik, 2026ko maiatzaren 1 honetan. Deialdian kolore biziak eramatera gomitatu dute, “inposatu nahi diguten mundu ilunari buru egiteko”.

Banderolak, pankartak eta banderak eskuetan, manifestazioa hiriko karriketan barna ibili da, elkarteen soinudun kamioiaren gainean kokatua zen III – Hirukote taldearen doinuak lagun. Ibilbide osoan zehar, eskuin muturreko sinboloz eta multinazionalen logoez (Airbnb, Bayer edo Total) apainduriko jaka handidun irudiak erakutsi dira, eta ibilbidearen bukaeran, Gaskoien plazatik hurbil, pintura koloredunez kukutu dituzte manifestariek.

Esperantzaz eta borrokatzeko nahikeriaz beteriko  mezua zabaldu nahi dugu. Berriek etsigarriak eta askorentzat ezin aldatuak iduri dute, eta miliardunek ezintasun sentimendu hori eta indibidualismoa elikatzen dituzte beren interesak babesteko”, azaldu du Eneko Bellan-ek, Biziko bozeramaileak.

Banatu duten esku-orrian, elkarteek honakoa azpimarratzen dute: “Trumpek eta haren aliatuek nazioarteko zuzenbidea zangopilatzen dute. Eskuin muturrak bere eragina mundu osoan zabaltzen du.Aberastasunen arloan  desberdintasunak sekulan baino handiagoak dira. Miliardunek komunikabideak erosten dituzte eta beren ideologia zabaltzen dute. Biziaren, etxebizitzaren, energiaren  kostuak bizia ezinezkoa bilakatzen die klase herrikoiei. Mundu mailako klima-aldaketaren mehatxua  ez da kontuan hartua.”

Euskal Herri edo nazioarte mailako atzoko eta gaurko mobilizazio arrakastatsuen adibide frango aipatuz, bi elkarteek sindikatuetan, kooperatibetan, elkarteetan, auzo kolektiboetan eta abarretan inplikatzera deitu dute.“Edozoin izanikan ere gure ibilbideak, gaitasunak edo denbora libre maila, balio bilakatzen ahal gira elkarrekin jardunez gure egunerokoan bizi ditugun bidegabekeriei edo haserretzen gaituzten berriei buru egiteko. Dinamika hori gabe, gaur den Euskal Herria arras desberdina litaike, eta etorkizuneko norabidea marrazteko parada badugu. Norberaren baitan hesteko ordez, landu dezagun ekintza kolektiboa gaurko eta biharko erronkei buru egiteko!” ondorioztatu du Ainize Butron-ek, Aldaren bozeramaileak.

Climat : la France va présenter sa stratégie de sortie des énergies fossiles en Colombie
Rédaction ID avec l’ AFP
www.linfodurable.fr/climat/climat-la-france-va-presenter-sa-strategie-de-sortie-des-fossiles-en-colombie-56022

La France va présenter sa feuille de route de sortie des énergies fossiles à l’occasion d’une réunion internationale inédite sur ce thème en Colombie, fruit d’engagements déjà annoncés, a affirmé lundi le ministère de la Transition écologique.

« La France présentera à l’occasion de Santa Marta sa propre feuille de route de sortie des énergies fossiles, puisque c’est un combat que la France mène depuis plus de 10 ans », a indiqué le ministère lundi au cours d’un échange avec des journalistes.

Cette feuille de route « fait surtout une synthèse de l’ensemble des engagements qui ont été pris et des orientations politiques » françaises, a ajouté le ministère à la veille de discussions de haut niveau entre ministres et émissaires pour le climat, prévues les 28 et 29 avril dans le port de Santa Marta, sur la mer des Caraïbes.

Dans un document de 14 pages consulté par l’AFP, cette feuille de route reprend notamment les détails de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), la feuille de route actualisée de la France pour devenir « neutre en carbone » en 2050, publiée en décembre dernier toujours en attente de publication officielle. Cette nouvelle stratégie climatique ambitionne une baisse des émissions de l’ordre de 5 % par an pour la période 2024-2028, en vue d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

Une réunion inédite en Colombie

La baisse des émissions a toutefois marqué le pas en France l’an dernier, avec un recul estimé à seulement 1,6 %, soit près de trois fois moins que le rythme nécessaire pour tendre vers la neutralité carbone (un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre produites par les activités humaines et leur absorption par des puits de carbone). Le document fait aussi référence à la récente Programmation pluriannelle de l’énergie (PPE) qui vise à relancer le nucléaire et consommer davantage d’électricité décarbonée. Plus de 50 nations participent en Colombie à une réunion inédite sur la sortie progressive des énergies fossiles, alors que la guerre en Iran a remis en lumière la dépendance de nombreux pays vis-à-vis du charbon, du pétrole et du gaz, contributeurs majeurs au réchauffement climatique.

Elle réunira des pays producteurs d’énergies fossiles -Australie, Canada, Norvège-, des géants pétroliers émergents -Angola, Mexique, Brésil- ainsi que certaines grandes économies émergentes dépendantes du charbon, comme la Turquie et le Vietnam. Seront aussi présents de petits États en développement vulnérables au changement climatique, comme les Palaos. Ses recommandations alimenteront une feuille de route pour la sortie des fossiles, pilotée par le Brésil, pays hôte de la COP30 l’an dernier.

Regards croisés sur la transition écologique par les collectivités
ADEME
https://infos.ademe.fr/magazine-avril-2026/regards-croises-sur-la-transition-ecologique-par-les-collectivites

Quels sont les freins identifiés par les collectivités dans leur transition écologique, et comment les lever ? Explications avec Agnès Jacques, directrice régionale déléguée de l’ADEME dans les Hauts-de-France, et Hugues Renaut, directeur général des services techniques de Valenciennes Métropole.

Agnès Jacques, Directrice régionale déléguée de l’ADEME dans les Hauts-de-France

Entrée à l’ADEME en 1993, elle y a d’abord été ingénieure gestion des déchets, puis coordinatrice des démarches territoriales énergie-climat dans le Nord-Pas-de-Calais, avant de devenir directrice régionale déléguée dans les Hauts-de-France en 2016.

Hugues Renaut, Directeur général des services techniques (DGST) de la Communauté d’agglomération Valenciennes Métropole (59)

À ce poste depuis 2020, son portefeuille de compétences couvre tous les sujets de la transition écologique : patrimoine, énergie, cycle de l’eau, mobilité, etc.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les collectivités dans la mise en oeuvre de la transition écologique ?

Agnès Jacques

Les freins sont d’abord humains et financiers. Au moment de la planification, tout le monde comprend les enjeux, il est assez facile de trouver un consensus. C’est le passage à l’action qui peut être plus difficile.

Contrairement aux compétences socles, comme la mobilité ou le logement, la transition écologique n’a pas forcément d’équipes et de moyens dédiés. Pour être considérée comme un projet de territoire à part entière, porté par l’ensemble des services, et non comme une couche supplémentaire à ajouter aux projets, elle a besoin d’un portage politique fort et d’un pilote bien identifié.

Hugues Renaut

À Valenciennes Métropole, pour élaborer notre Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) 2020-2026, nous avions demandé à tous les services de nous faire des propositions d’actions. Il y en a eu 130, nous les avons toutes retenues. Cela a participé à une prise de conscience collective de la transversalité de la transition écologique. Dans le plan suivant, en cours de rédaction, nous allons intégrer l’évaluation des cobénéfices de chaque mesure (sur la qualité de vie, la santé, le pouvoir d’achat, etc.) en même temps que celle des émissions de CO₂ évitées. Cette lisibilité accrue devrait contribuer à entretenir la mobilisation collective.

Un autre frein souvent évoqué est le manque d’expertise interne sur certains sujets techniques…

H.R.

C’est vrai. Cela aurait pu être bloquant. Mais, chaque fois que nous en avons eu besoin, nous avons pu être accompagnés par des ingénieurs de l’ADEME. Cela a été le cas, par exemple, pour l’installation des infrastructures de recharge pour véhicule électrique (Irve). La direction régionale de l’Agence nous a aidés à y voir plus clair sur les différentes technologies et leurs évolutions, et elle a cofinancé les études préalables. Grâce à cela, nous avons pu rédiger un marché public solide pour l’aménagement et la gestion des concessions.

A.J.

Nous sommes souvent le premier contact des collectivités, notamment des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), quand elles veulent réaliser un projet mais ne disposent pas des expertises nécessaires en interne. Nous favorisons aussi la montée en compétences : l’ADEME a développé toute une offre de formations à l’intention des élus et agents territoriaux.

H.R.

Les ingénieurs de l’ADEME sont aussi très proactifs. Ils ne se contentent pas de répondre à nos demandes. Ainsi, quand un sidérurgiste local a souhaité valoriser sa chaleur fatale en créant avec nous un réseau de chaleur urbaine, l’Agence a suggéré que nous associons à notre initiative d’autres industriels, notamment une usine d’incinération des déchets et un exploitant de gaz de mine, qui avaient, eux aussi, des calories à récupérer. Elle a donné l’impulsion. Puis elle a cofinancé les études et l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Un soutien précieux : le fait que les experts de l’ADEME croient en ce projet aide à convaincre les élus d’y donner suite.

La présence de l’ADEME à nos côtés, sur un temps long, a aussi été très importante. Au début, tout le monde avait en tête les enjeux de souveraineté liés aux énergies fossiles importées : avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prix du fioul et du gaz venaient de s’envoler. Mais quand les tarifs sont retombés, en 2025, il était tentant de faire marche arrière. La constance de l’ADEME nous a aidés à maintenir le cap. Le marché sera attribué en juin 2026.

Qu’apportent des dispositifs comme le réseau Élus pour agir ou le programme Territoire Engagé Transition Écologique (T.E.T.E) ?

A.J.

Le réseau Élus pour agir permet aux élus de communes ou d’intercommunalités de trouver des conseils et décryptages techniques, des formations, des exemples inspirants, mais surtout de rencontrer des pairs, de partager avec eux expériences, difficultés, solutions et bonnes pratiques. Le programme T.E.T.E propose une méthode qui aide les collectivités à structurer leur stratégie de transition écologique et à progresser, avec ou sans l’aide d’un conseiller externe, sur deux référentiels d’action : les enjeux climat-air-énergie et l’économie circulaire. Ces référentiels permettent également de valoriser leur engagement avec un label, comptant une à cinq étoiles.

H.R.

Chaque étoile correspond à un niveau de progression, avec des objectifs à atteindre. Cela crée de l’émulation et donne à tous ceux qui ont participé aux premières étapes l’envie de poursuivre leurs efforts, pour atteindre le palier suivant. Et comme, plus on avance dans la démarche, plus on en voit les cobénéfices, la mobilisation ne fait que se renforcer.

« Malgré la répétition des crises, notre nourriture est toujours aussi dépendante des énergies fossiles »
Jean-Baptiste Fressoz historien, chercheur au CNRS
www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/29/malgre-la-repetition-des-crises-notre-nourriture-est-toujours-aussi-dependante-des-energies-fossiles_6684306_3232.html

En prenant l’exemple de la crise californienne de 1920, où les compagnies pétrolières avaient aidé les agriculteurs privés d’eau, Jean-Baptiste Fressoz montre, dans sa chronique au « Monde », qu’il serait possible d’empêcher une crise alimentaire mondiale liée au blocage du détroit d’Ormuz, mais que la volonté politique fait défaut.

L’effet le plus redoutable des crises énergétiques est leur capacité à se transformer en crises alimentaires. En 2007 et en 2008, les cours élevés du pétrole, l’essor des biocarburants et la hausse de la consommation de viande en Asie, combinés aux dynamiques spéculatives, ont provoqué une augmentation brutale des prix agricoles. Entre 2007 et 2008, le baril passait de 70 à 140 dollars. Dans le même temps, l’indice des prix alimentaires de l’Agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) bondissait de 70 %.

Comme les agricultures vivrières avaient été laminées par la concurrence internationale, cette envolée des prix provoqua d’immenses souffrances. Pendant que la chute de Lehman Brothers faisait trembler New York, près de 1 milliard de personnes souffraient de la faim. Des émeutes éclatèrent en Haïti, en Egypte, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Cameroun, en Indonésie… Le plus terrible est que cet enchaînement entre crise énergétique et crise alimentaire n’avait rien d’inévitable : c’est ce que nous apprend le premier choc pétrolier de l’histoire.

Durant l’été 1920, la Côte ouest des Etats-Unis s’enfonce dans une pénurie d’essence. Trois raisons à cette crise : une demande qui s’emballe avec l’essor de l’automobile ; la diffusion encore plus rapide du tracteur et une sécheresse qui frappe la région de 1919 à 1920. Privés d’eau et d’électricité hydraulique, de nombreux agriculteurs californiens sont contraints de recourir à des pompes fonctionnant à l’essence pour irriguer leurs terres. Et, au moment même où la consommation s’envole, l’offre se révèle rigide. L’isolement relatif de la Côte ouest limite les possibilités d’importation massive.

Très vite, une évidence s’impose : toutes les consommations ne se valent pas. Si l’automobile individuelle incarne la modernité, c’est bien l’agriculture qui apparaît comme le secteur vital à préserver. Sans carburant, pas d’irrigation, pas de tracteur, pas de moisson, pas de transport des produits périssables. De manière tout à fait remarquable, les compagnies pétrolières, plutôt que de laisser les prix s’ajuster, choisirent de hiérarchiser les usages grâce à un rationnement très strict. [L’industriel américain] John Davison Rockefeller aurait même été contraint d’écourter un périple en Californie… La pénurie d’essence de 1920 révélait une dépendance nouvelle de l’agriculture mais aussi la nécessité, en temps de crise, de distinguer l’essentiel du superflu.

Assez de gaz et de pétrole pour tous

Deux enseignements sont à tirer de cette histoire. Premièrement, cent ans plus tard, et malgré la répétition des crises, notre nourriture est toujours aussi dépendante des fossiles. Le gaz naturel est à la base des engrais azotés, les machines agricoles consomment du diesel, les denrées alimentaires sont acheminées par des engins fonctionnant au diesel. La perspective rassurante d’une « transition énergétique », peut-être pertinente pour l’électricité, ne fonctionne pas dans le domaine alimentaire et n’a pas grand sens dans le court terme de la crise. Connaître ses dépendances est indispensable pour savoir les gérer.

Et c’est bien le second enseignement de la crise californienne de 1920 : on peut agir. Les engrais azotés, par exemple, ne représentent que 6 % de la production de gaz naturel. Les machines agricoles consomment probablement entre 5 % et 10 % du diesel mondial – c’est 5 % pour la France. Il y a largement assez de gaz et de pétrole dans le monde pour que personne ne souffre de la faim. On peut imaginer que les pays riches organisent collectivement l’approvisionnement énergétique des agricultures des pays pauvres à des prix raisonnables.

Hélas, l’état de la coopération internationale rend une telle perspective peu probable ! Restent alors les compagnies pétrolières. Leurs homologues californiens, il y a un siècle, avaient su extraire le pétrole du marché, hiérarchiser les usages et rationner. Rien n’interdit de le faire aujourd’hui. A défaut, les dividendes exceptionnels qu’elles s’apprêtent à verser apparaîtront comme le signe d’un coupable renoncement : celui de ne pas avoir empêché une crise alimentaire qui n’avait rien d’inexorable

Patxa’ma : bâtir l’avenir avec les matériaux du passé
GOGOETA
www.enbata.info/articles/patxama-batir-lavenir-avec-les-materiaux-du-passe

Avec Patxa’ma, Olivier Hirigoyen raconte la naissance et l’essor d’une initiative pionnière du réemploi dans le bâtiment, au Pays Basque. Entre expérimentations de terrain, structuration coopérative et ambition territoriale, l’acteur défend une filière locale au croisement de l’écologie, de l’économie et du patrimoine.

Enbata : Comment est né le projet Patxa’ma ?

Olivier Hirigoyen : En 2019, il existait à Bayonne un collectif de porteurs de projets autour de l’économie circulaire. Des initiatives plus ou moins avancées s’y retrouvaient régulièrement pour partager leurs expériences et mutualiser les informations. On y croisait notamment des projets comme Les Retournées, Konpo Txoko ou Resak, qui ont depuis poursuivi leur structuration et trouvé leur place dans l’écosystème local. C’est dans ce cadre qu’est née l’idée du réemploi des matériaux du bâtiment. Une rencontre fortuite, une bière… et c’était parti !

L’idée initiale consistait à créer une plateforme basée uniquement sur la collecte et la revente de matériaux. Mais une formation dispensée par IDRE à Pau, acteur de la mise en réseau sur le réemploi, consacrée à la déconstruction et au démontage de matériaux sur un loft en bois, a constitué un véritable déclic. Elle nous a permis de comprendre qu’il était possible d’agir en amont, directement à la source, au moment où les matériaux sont déposés, plutôt que d’être simplement récepteurs.

Avec Julien Simon, cofondateur de Patxa’ma, cela nous a ouvert un champ des possibles très concret : portes, fenêtres, planchers, escaliers, cuisines, salles de bains, terrasses, toitures… tout était là, disponible.

Ayant une formation plutôt orientée bureau d’études, nous avons décidé de nous former directement sur le terrain via des missions d’intérim, en l’occurrence en charpente et en électricité. Cette immersion nous a permis de prendre confiance, de nous faire la main et de comprendre concrètement les rouages du secteur du bâtiment.

Parallèlement, nous étions incubés au Tube à ESSai à Tarnos. Nous menions donc une double activité : missions d’intérim en journée sur les chantiers, et travail sur le projet le soir, les week-ends et entre les missions. Ce travail incluait l’élaboration du modèle économique, une étude de marché et un repérage des initiatives existantes ailleurs, en France et en Europe.

Quels ont été, à vos débuts, les principaux avantages et difficultés rencontrés ?

Avec quelques outils achetés d’occasion, des annonces postées sur Leboncoin, un Kangoo équipé de barres de toit pour transporter les matériaux volumineux, et de la vente directement sur chantier, nous avons pu lancer l’activité rapidement et sans investir outre mesure.

Financièrement, nous nous sommes appuyés sur une subvention de la Région, qui nous rémunérait un mi-temps pour un travail à temps plein. Les recettes des activités chantiers et ventes étaient directement injectées dans la trésorerie, ce qui nous a permis de créer un matelas pour la suite. Au bout d’un an, nous avons pu créer deux emplois à temps plein.

Finalement, le plus gros du travail a été de convaincre les maîtrises d’ouvrage, réceptives sur le bien-fondé de notre démarche, mais plus frileuses au moment de passer aux actes. Heureusement, certaines personnes ont été convaincues et nous ont fait confiance.

Quelles raisons vous ont conduits à choisir le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) ?

Dès l’incubation, la question de la gouvernance collective s’est imposée comme une évidence. Le choix de se structurer en SCIC, il y a deux ans, ne relevait pas d’un simple changement administratif, mais d’un repositionnement stratégique fort. D’abord, sortir de l’image marginale du « bénévolat et récup » pour professionnaliser la démarche et se rendre crédibles aux yeux des acteurs du bâtiment et des institutions.
Ensuite, incarner une vision territoriale : faire de Patxa’ma un outil du territoire en intégrant les acteurs professionnels dans la gouvernance, via des collèges dédiés.

Aujourd’hui, Patxa’ma compte 75 sociétaires. Environ 80% sont des professionnels du bâtiment (entreprises, architectes, bureaux d’études, acteurs de la transition) auxquels s’ajoutent des collectivités publiques et des partenaires financiers. Cette gouvernance multi-acteurs permet de créer un véritable maillage territorial, de faciliter les coopérations et de co-construire les solutions avec celles et ceux qui auront à les mettre en œuvre.

Quelles étapes ont été décisives dans cette phase de développement et de croissance ?

Il y a un an, un Dispositif Local d’Accompagnement (DLA), mené avec Filipe Arretz, nous a permis de prendre du recul, de sortir de l’opérationnel et de gagner en hauteur de vue. Ce travail approfondi a permis de faire un état des lieux de l’activité depuis sa création, d’analyser la situation actuelle et de clarifier les perspectives.

Deux phases distinctes ont été identifiées. La première, de 2019 à 2024, correspond à une phase d’expérimentation où l’on « fait », où l’on teste l’ensemble des dimensions du projet : chantiers, revente, modèle économique. La seconde, engagée depuis 2025, correspond à une phase de structuration et de diffusion, où l’on « accompagne à faire », en transmettant, en formant et en embarquant les acteurs pour massifier la démarche.

La stratégie des prochaines années repose sur plusieurs axes complémentaires. Le premier consiste à développer l’activité chantier et revente afin d’augmenter les volumes traités. Le second vise à se positionner en amont des projets. Le réemploi ne peut pas être une simple variable d’ajustement en phase travaux : il doit être intégré dès la conception et la programmation. Sans anticipation, les matériaux ne sont pas identifiés à temps, les marchés ne sont pas adaptés et les opportunités sont perdues.

Un autre axe majeur concerne le développement de la formation. L’enjeu est double : proposer des formations techniques à destination des professionnels, mais aussi sensibiliser les acteurs publics et les donneurs d’ordre. L’objectif est que l’ensemble de la chaîne d’acteurs monte en compétence et s’approprie les enjeux du réemploi.

Dans cette dynamique, nous avons lancé une étude pour la création d’une plateforme territoriale à grande échelle couvrant le Pays Basque, les Landes et le Béarn, avec un volet transfrontalier incluant les provinces du Pays Basque sud. Cette plateforme sera co-construite avec les acteurs locaux (bailleurs sociaux, entreprises, collectivités) afin d’identifier précisément les besoins et les contraintes des futurs utilisateurs.

Patxa’ma se positionne comme chef de file de cette dynamique, tout en envisageant, à terme, une gouvernance partagée entre les acteurs du territoire. Si tout le monde est aligné, l’horizon 2028-2029 devrait voir la création de cet outil territorial et de coopération, implanté en Euskal Herri.

Quels bénéfices concrets cette initiative apporte-t-elle au territoire et à l’économie locale ?

Notre action répond à la transition écologique du secteur du bâtiment, et elle participe à la robustesse de cette économie qui repose sur un tissu important de petites entreprises locales. Elle contribue à faire monter en compétences les entreprises et à renforcer l’emploi local.

D’une part, la structure a permis la création de six emplois à temps plein. D’autre part, elle génère de l’activité pour un écosystème d’acteurs locaux, en mobilisant régulièrement des auto-entrepreneurs et des artisans partenaires sur ses chantiers.

C’est pourquoi la Région Nouvelle-Aquitaine nous soutient depuis le début et a su nous accompagner dans toutes les phases de notre développement, tandis que nous nous auto-finançons à plus de 80% par nos prestations et nos ventes.

Le syndicat Bil ta Garbi et la Communauté d’Agglomération Pays Basque ont également soutenu notre démarche. En 2021, la CAPB a mis à notre disposition un local dans le quartier Saint-Bernard, avec un loyer modéré, qui a été aménagé en bureau et plateforme de stockage. Cette étape a marqué le lancement à plus grande échelle de notre activité.

Patxa’ma ne se contente pas de démonter et revendre : chaque chantier est traité comme un terrain d’expérimentation. L’équipe a développé des techniques de dépose soignée, de reconditionnement, de manutention, et a créé un outil de gestion sur mesure reliant chantiers, stocks et boutique en ligne qui pourra à terme être mis à disposition auprès d’autres structures à l’échelle nationale. Nous avons aussi travaillé pour développer des procédures de contrôle et validation des matériaux. Résultat : notre assurance est devenue la première en France à couvrir les matériaux de réemploi à la revente. Cette petite victoire est en réalité un levier systémique pour débloquer l’adoption par les professionnels.
Cette philosophie d’amélioration continue vise à produire des méthodologies transmissibles. L’objectif n’est pas de garder le savoir-faire pour nous, mais de le diffuser pour que d’autres structures puissent émerger et que le réemploi devienne un standard.

Au-delà de la réduction des déchets, le réemploi est pensé comme une stratégie de résilience locale. Face aux aléas géopolitiques sur les matières premières et hydrocarbures, disposer de matériaux locaux en bon état, souvent fabriqués pour durer, permet de se rendre autonome. Cette vision relie écologie, économie et souveraineté territoriale : les matériaux ont une histoire, une qualité patrimoniale, et leur circulation locale crée du lien social.

Sur ce point, le réemploi ne se réduit pas à une équation environnementale ou économique. Il y a une dimension sociale forte : les gens qui viennent sur les chantiers ou sur notre plateforme sont enthousiastes, perçoivent la vie antérieure des matériaux et la projettent dans leurs propres projets. Sauver des poutres en chêne, des pierres taillées, des parquets massifs, c’est conserver le patrimoine, garder du vécu, une histoire. Cette dimension affective et culturelle distingue radicalement le réemploi de l’achat en grande surface.

Quelles peuvent être les différentes façons de vous accompagner dans cette dynamique ?

Les particuliers peuvent privilégier l’achat de matériaux de réemploi, relayer les initiatives locales et intégrer ces pratiques dans leurs projets. Les professionnels peuvent le prescrire dès la conception, adapter leurs pratiques et collaborer avec des acteurs spécialisés.

Plus largement, il s’agit de changer de regard sur les matériaux de seconde vie et de faire évoluer les standards du secteur vers des pratiques plus sobres, circulaires et ancrées dans les territoires.