Articles du Vendredi : Sélection du 6 mars 2026

Klima larrialdiari nondik heldu?
Xabier Letona Biteri
www.argia.eus/albistea/klima-larrialdiari-nondik-heldu

Energia trantsizioaren bueltan bada nahasgarria den fenomenoa. Batetik, gero eta energia berriztagarri gehiago sortzen da; Nafarroan, adibidez, kontsumitutako energia guztiaren %28ra iritsi zen 2024an (2024ko Nafarroako balantze energetikoa). Bestetik, hainbat arrazoi dela eta, elektrizitatearen kontsumoa ez atzera ez aurrera dago Nafarroan 2010etik gaurdaino, ekonomia asko hazi bada ere. Eta antzera EAEn eta Espainiako Estatuan.

Oraindik ere berriztagarrien produkzioa energia guztiaren zati txikia da mundu mailan. Hala ere, azken 25 urteetan ekoiztu den energia berriztagarria bider sei handitu da. Bilakaera itzela da, eta ez da gaitza irudikatzea 2050erako kontsumituko dugun argindar guztia berriztagarria izango dela –Nafarroan eta herrialde askotan ia bada, baina horrek ez ditu CO2 igorpenak jaitsi– eta energia kontsumo osoan zati handia izango duela elektrizitateak. Zenbat? Batek daki!

Begi-bistakoa da berriztagarrien igoera erraldoi hori, kontua da orain arte bederen horrek ez duela ekarri energia fosilen beherakadarik, eta horiek dira munduan kontsumitutako energia guztiaren %80 2024an, IEA Energia Agentziaren arabera (%82 2013an). Edozein modutan, ez dago zalantza handirik elektrifikazioan aurrera egin ahala asko murriztuko direla. Zenbateko murrizketa eta zenbat denboran? Hori ere zalantza handia da, batez ere ez  duelako zerikusirik soilik zuzenean erretzen den energia motarekin, zerikusi duelako ere gure gizarte garatuetan nagusi diren materialen ekoizpenarekin, hala nola zementua, altzairua, plastikoak edota fertilizanteak, eta horiek, gaur gaurkoz, oso lotuta daudelako energia fosilei. Azken finean, energia eta materialak oso garrantzitsuak badira ere, inportanteena horiek hauspotzen dituen hazkunde ekonomikoan oinarritutako garapen eredua delako.

Orduan, zer da garrantzitsuena klima larrialdiari aurre egiteko? Bat, energia fosilak murriztea; bi, bide horretan goi eta behe mailako teknologiak ahalik eta gehien erabiltzea; eta hiru, desazkunde adostua bideratzea (kontsumo jaitsiera handia, gizarte aldaketa… deitu gura den moduan). Hirurak dira ezinbestekoak lurraren berotzeari aurre egiteko, eta bai, gure inguruetan askoz zentral eoliko eta fotovoltaiko gehiago ikustera ohitu beharko dugu, eta hori badator. Baina aipatu hiru aldagai nagusi horiekiko, berehalako beste bi arazo handi ere badira: bata, berriztagarrien zabalkundea herritarren gehiengoa eta ingurumena diruzale predatzaileetatik defendituz egin behar dela; eta bestea, energiaz eta teknologiaz asko hitz egin eta egiten den bitartean, hirugarren aldagaiak, desazkundearenak, ahanzturaren putzuan erorita jarraitzen duela, eta bertako zein munduko agintarientzat anatema dela.

Derrière les crues, le terrible déficit d’adaptation de la France
Mickaël Correia et Amélie Poinssot
www.mediapart.fr/journal/ecologie/240226/derriere-les-crues-le-terrible-deficit-d-adaptation-de-la-france

Après un record de 40 jours de pluie consécutifs, la décrue se poursuivait mardi 24 février dans l’ouest de la France. Les dégâts sont énormes, mais certains auraient pu être évités si le pays était mieux préparé aux événements climatiques extrêmes.

iLundi 23 février au matin, Carole Tocah a enfin pu reprendre sa voiture. Pendant la crue, sa maison située en bordure de Garonne, à Baurech (Gironde), s’est retrouvée cernée par les eaux. « Ce sont les voisins et les pompiers qui nous ont ravitaillés, en bateau. » Elle s’estime chanceuse, pourtant.

La construction qui date du XIXe siècle, bâtie légèrement en hauteur précisément pour éviter les crues, n’a pas été inondée – au contraire du reste de la commune, où l’eau est montée jusqu’à 1,20 mètre.

« À un kilomètre d’ici, la digue censée protéger notre commune des crues du fleuve est plus basse : c’est par là que l’eau a débordé », précise cette résidente de Baurech. Cette digue, qui longe la Garonne côté nord, avait été diagnostiquée en « mauvais état généralisé » dans une étude de dangers réalisée en 2018 et commanditée par l’association syndicale autorisée (ASA) locale, dont l’une des missions consiste précisément à aménager et entretenir les cours d’eau.

« L’étude montrait qu’à l’échelle de dix ans, nous allions connaître un épisode de crue comme celui que nous venons de traverser, raconte Carole Tocah, qui faisait partie de l’ASA. Elle concluait au nécessaire renforcement des digues du coin. Or, aucun des travaux préconisés n’a été réalisé. »

Dépitée, cette artiste musicienne de 60 ans a depuis quitté l’association, qui rassemble différents propriétaires sur trois communes voisines. Et s’est mise à alerter, l’an dernier, département, région et préfecture sur le risque d’inondation du secteur. « Je n’ai reçu aucune réponse à mes courriers. Ce qui se passe là ne relève pas seulement du changement climatique. Il y a un problème qui n’est pas pris en charge. »

Ce problème, c’est l’adaptation au nouveau régime climatique. Trop d’eau en hiver, pas assez en été : l’ampleur des inondations qui ont touché l’ouest de la France depuis le début de l’année a révélé de nouveau l’urgence de développer des mesures pour prévenir ou tout du moins limiter les dégâts humains comme matériels.

Retards accumulés

« Ces crues sont une piqûre de rappel sur la nécessité d’adaptation au changement climatique. La mise à jour des plans de prévention est le strict minimum pour que le Plan national d’adaptation au changement climatique, lancé l’an dernier, ait un effet sur la réalité », souligne Gonéri Le Cozannet, spécialiste de l’adaptation au changement climatique au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Mais les retards s’accumulent à tous les niveaux. « Les études cartographiques qu’on aurait déjà dû faire pour commencer à s’adapter se font rattraper par la réalité du changement climatique », ajoute ce membre du Haut Conseil pour le climat. Quant à l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN), il a été sérieusement raboté, et après de nombreux reports à l’Assemblée, il n’a toujours pas été voté. « Le ZAN aurait permis d’éviter d’aller vers le pire. Mais cet évitement n’est même plus à l’ordre du jour, regrette Agnès Ducharme, chercheuse spécialiste des milieux hydrauliques au CNRS. Or il ne faut pas seulement arrêter de construire, il faut aussi défaire, désimperméabiliser, enlever le bitume… »

Par endroits, pourtant, les choses avancent pour adapter les territoires au risque d’inondation, assure Régis Banquet, vice-président des Intercommunalités de France, responsable de l’eau. « Les élus locaux ont pris conscience il y a longtemps de cette nécessité. Mais on a besoin de simplification : actuellement, cela prend six à sept ans pour construire un plan pour un territoire, sans compter les travaux derrière. Il faudrait qu’on arrive à faire cela en deux ans. C’est une course contre la montre… et le climat est devant nous. »

Autre problème : les moyens ne sont pas au rendez-vous. « Le 1er janvier 2024, l’État a subitement transféré la compétence de la gestion des digues aux intercommunalités, sans aucune compensation financière. Ce n’est pas responsable », dénonce Régis Banquet, également président de la communauté de communes de Carcassonne, dans l’Aude.

Si, d’après l’élu socialiste, l’échelon des collectivités locales est pertinent pour la prise de décision, l’enveloppe financière, elle, ne l’est pas du tout.

Actuellement financé par la taxe Gemapi (une taxe non obligatoire prélevée sur les impôts locaux, mise en place par à peine 10 % des intercommunalités), le budget de gestion des digues n’atteint que quelque 542 millions d’euros au niveau national. « Nous aurions besoin de 15 milliards », souligne Régis Banquet. De son côté, l’association des maires de France a estimé dans un récent communiqué que le coût de la rénovation du parc des digues atteindrait 14 milliards d’euros d’ici à 2035.

Ces digues, de fait, ont perdu de leur efficacité. « À partir des années 1990, les digues ont commencé à devenir des ouvrages de moins en moins adaptés et entretenus, notamment à cause de la déprise agricole et de leur invisibilisation dans le paysage au fil du temps », souligne la géographe Magali Reghezza-Zitt, qui a travaillé une vingtaine d’années sur ce sujet.

Faut-il persévérer dans ce type d’infrastructures ? « Depuis que des digues ont cédé dans le delta du Rhône en 1993 et la terrible tempête Xynthia en 2010, on observe deux tendances sur les territoires, poursuit la chercheuse. L’une dit qu’il faut des digues pour protéger du foncier constructible. L’autre assume qu’il faut désurbaniser, dédensifier les territoires menacés de submersion. »

Désurbaniser

Plusieurs collectivités vont dans cette direction désormais. Au début des années 2000, Blois (Loir-et-Cher) a par exemple lancé une vaste opération de désurbanisation sur le secteur de La Bouillie pour retrouver un déversoir historique de la Loire ; 128 bâtiments ont alors été démolis.

À Trèbes (Aude), où six personnes sont mortes dans l’inondation historique de 2018, c’est aussi cette philosophie qui l’a emporté : non pas bloquer l’eau avec des digues, mais lui donner de l’espace quand elle monte. Il a ainsi été décidé d’élargir le lit du fleuve, et cinquante habitations, une école, une piscine et un camping ont été rasés.

« Ces travaux, réalisés l’été dernier, ont porté leurs fruits, assure aujourd’hui le maire de la commune, Éric Ménassi. Avec les trois tempêtes qui se sont succédé cet hiver, le fleuve Aude est monté à 2 mètres au-dessus de la normale… Et l’eau s’est étalée sans que cela fasse de dégâts. »

Sur la commune de 6 000 habitant·es, le fonds assurantiel « Barnier » a permis d’indemniser celles et ceux qui ont dû se reloger. L’épreuve n’a toutefois rien d’évident pour les personnes concernées… « Ce n’était pas facile de faire accepter cette décision, raconte Éric Ménassi, élu depuis 2014 sur une liste divers gauche. Mais l’inondation avait été un tel traumatisme que tout le monde a rapidement compris qu’on ne pouvait plus protéger les habitations en bordure du fleuve. »

Du côté des élu·es, cette prise de conscience s’est accompagnée d’un changement complet de politique. « Avant 2018, nous avions pour objectif principal de faire croître la population sur notre territoire, poursuit le maire. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. L’axe majeur de nos politiques publiques, c’est l’aménagement du territoire. L’urbanisation menée dans les années 1960 et 1970 a rendu nos territoires vulnérables, elle a corseté les cours d’eau et bétonné autour, ce qui a pour effet d’accélérer le courant. Si l’on veut être plus résilients à présent, il faut faire l’inverse : permettre aux cours d’eau de ralentir. »

Désurbaniser et renaturer les berges, donc, mais aussi replanter des arbres dans les parcelles agricoles et réaménager des méandres là où les cours d’eau ont été transformés en lignes droites : pour que l’eau puisse être absorbée dans les sols et éviter qu’elle ruisselle et inonde, différentes perspectives existent.

C’est ce que prône l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges, pour qui les digues sont loin d’être l’alpha et l’omega de la gestion des crues. « Certaines ont encore leur raison d’être, elles doivent continuer à être surveillées et entretenues, dit-elle.

D’autres doivent au contraire être délaissées pour laisser un espace de liberté aux rivières, afin de leur donner la possibilité de déborder en aval. » Pour Magali Reghezza-Zitt, ce type de choix est politique plus que scientifique : « Cela demande un arbitrage très fin sur les espaces que l’on veut sauvegarder en priorité : des centres-villes, des zones industrielles, des installations énergétiques ? »

Dans un livre qui vient de sortir aux éditions Actes Sud, Eaux vives. Pour une hydrologie régénérative, Charlène Descollonges avance l’idée qu’il faut ralentir l’eau afin qu’elle s’infiltre dans les sols et ne vienne pas inonder les espaces habités. Pour cela, il est nécessaire d’enrayer la bétonisation à tout crin en ville et l’appauvrissement des terres agricoles, notamment en arrêtant le labour.

« Les chambres d’agriculture de l’Aube et de la Haute-Marne ont révélé que sur des parcelles où était pratiquée une agriculture de conservation des sols [agriculture sans labour – ndlr], les champs qui contenaient 1 à 2 tonnes de vers de terre par hectare pouvaient absorber 160 à 360 millimètres de pluie par heure, explique l’autrice à Mediapart. Là, il est tombé en France sur plus d’une trentaine de jours jusqu’à 400 millimètres d’eau… Avec des méthodes agricoles moins intensives, on aurait pu atténuer le ruissellement des eaux. »

Autre exemple, à Rumilly-lès-Vaudes, dans l’Aube : « Un travail de concertation avec des agriculteurs a été réalisé pour que leurs parcelles puissent, contre dédommagement, être inondées par un petit affluent de la Seine afin de protéger le village en aval. »

Bref, les stratégies d’adaptation sont connues, et certaines sont déjà sur les rails. Mais les exemples vertueux sont encore trop peu nombreux, et l’impulsion politique manque au niveau national pour les multiplier sur l’ensemble du territoire. Le statu quo, pourtant, serait incomparablement plus ruineux. En 2021, déjà, la fédération des compagnies d’assurance France Assureurs tablait sur une hausse des coûts liés aux inondations de 87 % d’ici à 2050. Cela représenterait une somme de 50 milliards d’euros.

« Les dérèglements climatiques ne doivent pas devenir une nouvelle machine à fabriquer des inégalités »
Cécile Duflot (Directrice générale d’Oxfam France) et Didier Duriez (Président national du Secours catholique – Caritas France)
www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/23/les-dereglements-climatiques-ne-doivent-pas-devenir-une-nouvelle-machine-a-fabriquer-des-inegalites_6667951_3232.html

Alors que plusieurs départements sont en vigilance rouge crues, Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, et Didier Duriez, président national du Secours catholique, appellent, dans une tribune au « Monde », les candidats aux élections municipales à faire de la protection des risques climatiques une priorité.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 80 rivières sont placées en vigilance jaune ou orange pour risque de crues. Les inondations constituent le premier risque dit « naturel » en France, par l’ampleur des dommages provoqués et l’étendue des zones concernées : plus de la moitié des communes y est exposée.

Ces chiffres ne disent pas tout. Derrière eux, ce sont des vies qui sont balayées : maisons inondées, logements fragilisés, activités interrompues, ressources perdues. Les changements climatiques multiplient les catastrophes dont les impacts sont à la fois immédiats et durables. Ils n’affectent pas seulement infrastructures et paysages, mais balaient littéralement des vies. Et loin de frapper tout le monde de la même manière, ils aggravent encore les inégalités sociales existantes. Les personnes à revenus modestes, déjà fragilisées, disposent de moins de marges de manœuvre pour faire face, se protéger ou se reconstruire.

Sans surprise : ce sont les plus fragiles qui paient le tribut le plus lourd, dans les pays du Sud comme en France. Quand on vit déjà sur le fil, le moindre choc peut faire basculer durablement dans la pauvreté. Le dérèglement climatique vient aussi creuser les inégalités, en créant de nouvelles précarités et faisant basculer des ménages stables dans des situations de vulnérabilités : difficulté à poursuivre son activité professionnelle, à faire valoir ses droits, à rester vivre dans son territoire, à se soigner correctement… Il enferme les personnes touchées dans une succession de chocs dont il est difficile de se relever. Ces inégalités se creusent aussi entre les pays : les pays les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les plus impactés et les moins armés face aux sécheresses, aux inondations, aux cyclones et autres catastrophes climatiques.

Des initiatives locales sont indispensables

De nombreuses solutions et pratiques d’adaptation existent, mais veillons à ce qu’elles aient toujours pour fondation la voix des principaux concernés. Les solutions à la crise climatique ne peuvent être justes et adéquates que si elles sont le fruit de concertations avec les habitants et habitantes. Par exemple, des comités citoyens d’adaptation, dotés de collèges de personnes vulnérables notamment, permettraient de construire les politiques d’adaptation avec et sur la base du savoir de tous les acteurs et actrices du territoire.

A l’approche des élections municipales, une évidence s’impose : l’adaptation au changement climatique se joue d’abord dans nos territoires. Les communes sont en première ligne pour prévenir, protéger, accompagner. Dès lors, un choix collectif s’impose : continuer à gérer les crises au coup par coup ou investir durablement dans la protection, notamment des plus fragiles ? Nous appelons les candidates et candidats aux élections municipales partout en France à faire de la protection des risques climatiques une priorité. Les initiatives locales sont indispensables pour prévenir les risques climatiques et protéger l’ensemble de la population, avec une attention aux plus vulnérables.

Il revient aux collectivités de se fonder sur une connaissance fine des besoins sociaux et des vulnérabilités environnementales des habitants, mais aussi de les impliquer dans leurs plans de gestion des risques, afin qu’ils puissent être acteurs et actrices des politiques d’adaptation, qu’ils valorisent leur connaissance des territoires, mais aussi qu’ils aient un accès garanti à l’information climatique et un accès simplifié à leurs droits. Pour permettre aux collectivités locales, en première ligne, d’agir plus vite, un soutien accru et durable de l’Etat est indispensable.

Les dérèglements climatiques ne doivent pas devenir une nouvelle machine à fabriquer des inégalités. Rien n’est écrit d’avance. Mais nous devons reconnaître que la réponse passe par une protection durable des plus vulnérables. L’adaptation ne peut pas être un privilège réservé à quelques-uns. Elle doit devenir un projet collectif, porté avec et pour les personnes concernées, construit au plus près des territoires. Sans justice sociale, l’adaptation aux changements climatiques ne pourra pas être efficiente.

Les nouvelles ambitions climatiques très prudentes de la Chine l’éloignent de ses engagements internationaux
Harold Thibault
www.lemonde.fr/planete/article/2026/03/06/les-nouvelles-ambitions-climatiques-tres-prudentes-de-la-chine-l-eloignent-de-ses-engagements-internationaux_6669796_3244.html

Malgré le déploiement massif d’énergies renouvelables, le nouveau plan quinquennal chinois fixe un objectif de baisse de 17 % de l’intensité carbone, insuffisant pour respecter les engagements pris par le pays dans l’accord de Paris.

 

La feuille de route que se fixe la Chine pour les cinq prochaines années est truffée de références à sa transition énergétique, mais elle suscite aussi des doutes sur le niveau réel de l’engagement du premier émetteur de gaz à effet de serre. Son premier ministre, Li Qiang, a présenté jeudi 5 mars à 2 765 délégués rassemblés au Palais du peuple, sur la place Tiananmen, à Pékin, le quinzième plan quinquennal qui guidera le pays jusqu’en 2030. Il doit être approuvé dans les tout prochains jours.

Le plan sera déterminant pour la trajectoire climatique de la planète. Il contient de multiples pistes et mesures qui doivent contribuer à freiner les émissions du pays. La Chine entend développer des batteries automobiles de haute performance, continuer d’étendre l’installation de panneaux solaires, construire des parcs industriels zéro émission. Pour réduire le recours au charbon, le document prévoit de pousser au remplacement d’unités industrielles fonctionnant avec cette énergie, mais aussi de moderniser les centrales thermiques et de supprimer les poêles chez les particuliers.

Toutefois, les objectifs chiffrés que se pose Pékin confirment que certains des engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat ne seront pas tenus. Dans une période de ralentissement de la croissance de la deuxième économie mondiale, le gouvernement chinois assume vouloir concilier efforts sur le climat et maintien d’un rythme de transition qui ne heurte pas certaines de ses industries déjà à la peine. « Nous travaillerons activement mais prudemment à atteindre un pic de nos émissions de dioxyde de carbone et [à viser] la neutralité carbone », a affirmé Li Qiang.

Secteurs très polluants

Il ne fait pas de doute que le pays aura confirmé avec certitude un pic ou un plateau de ses émissions à l’horizon 2030 comme il s’y est engagé. Selon une analyse du Centre de recherche sur l’énergie et l’air propre (CREA) publiée en février, les émissions de dioxyde de carbone de la Chine sont en fait déjà stables, voire en légère baisse, depuis vingt et un mois.

En revanche, son objectif plus éloigné d’une neutralité carbone en 2060, pourtant déterminant pour limiter le réchauffement planétaire, pourrait être plus difficile à atteindre. En cause : une moindre ambition en matière d’intensité carbone, le volume d’émissions par point de PIB. Le pays entend baisser celle-ci de 17 % d’ici à la fin de la décennie par rapport à 2025. La Chine a déjà manqué l’objectif d’une baisse de 18 % de cet indicateur entre 2021 et 2025. Le gouvernement avançait jeudi être parvenu à une baisse de 17,7 % sur cette période mais le CREA, basé à Helsinki, estime de son côté cette baisse à 12 % sur ces cinq ans.

« L’objectif de 17 % annoncé revient à admettre que la Chine ne sera pas capable de tenir une réduction de son intensité carbone de 65 % en 2030 par rapport à 2005, qui faisait pourtant partie de ses engagements pris dans l’accord de Paris », dit Li Shuo, directeur du programme sur la Chine et le climat à l’Asia Society Policy Institute.

La perte de vitesse de l’économie depuis les années de pandémie a certes aussi contribué à une moindre hausse des émissions, mais elle pousse Pékin à se montrer très prudent quant aux sacrifices à imposer à des secteurs polluants tels que les industries lourdes pourvoyeuses d’emplois. La capacité de ces entreprises historiques et des gouvernements locaux à financer cette transition est également remise en cause avec le ralentissement. « Comme l’économie a décéléré de manière inattendue depuis le Covid, la Chine accumule un important retard sur la baisse d’intensité carbone qui aurait dû être la sienne durant la première moitié de la décennie », poursuit Li Shuo.

Poids de la guerre en Iran

Le pays est déjà devenu au cours des cinq dernières années le champion incontesté des énergies renouvelables, de l’installation de panneaux solaires et d’éoliennes à la vente de voitures électriques. Elles contribuent à l’activité de nouvelles usines, devenues de nouveaux piliers de son économie. En revanche, une baisse plus profonde de l’intensité carbone, et des émissions absolues, implique une révolution dans des secteurs difficiles à transformer, le recours à de nouvelles sources d’énergie pour la chimie et la métallurgie ou encore la fermeture de centrales thermiques au charbon. « La Chine fait bien des annonces sur le déploiement des énergies renouvelables, et elles sont assez massives. Mais ce que le plan nous confirme, c’est que la politique climatique chinoise est bien une politique industrielle, constate Joseph Dellatte, qui dirige les questions énergétiques et climatiques de l’Institut Montaigne. Lorsque celle-ci affecte durablement la croissance, elle est atténuée et très prudente. »

Le renoncement des Etats-Unis de Donald Trump à tout engagement pour le climat pousse par ailleurs la Chine à éviter de trop se lier les mains.

La guerre que le président américain a déclenchée le 28 février au Moyen-Orient et le blocage de facto en retour par l’Iran du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, dont dépend la Chine pour son approvisionnement énergétique, renforcent cette prudence. Cette situation conforte certes la Chine dans son choix des panneaux solaires, éoliennes, centrales nucléaires et barrages hydroélectriques, facteurs d’autonomie énergétique, mais elle lui rappelle aussi que le très polluant charbon est toujours là lorsque l’approvisionnement en hydrocarbures devient incertain. Le premier ministre, Li Qiang, a peut-être voulu se référer à cette réalité lorsqu’il a fait savoir jeudi que la Chine cherchera l’équilibre « entre le développement économique et social, la transition verte bas carbone et la sécurité énergétique nationale ».


Réussir la transition à l’échelle locale, c’est aussi choisir ce que l’on ne financera plus

Axel ERBA-ROUX
www.i4ce.org/reussir-transition-echelle-locale-aussi-choisir-financera-plus-climat/

Alors que la loi de finances pour 2026, après celle de 2025, souffle le froid sur les finances locales, de nombreuses collectivités abordent le prochain mandat dans un contexte budgétaire particulièrement contraint et incertain. Elles demeurent pourtant en première ligne de la transition bas-carbone et devront continuer à investir massivement pour transformer les mobilités ou rénover les bâtiments publics. Dans ce cadre, la réduction de leurs investissements «bruns» apparaît comme un levier central pour dégager des économies et financer leurs investissements climat. 

L’impératif est autant climatique que budgétaire. En 2024, les investissements « bruns » des collectivités, liés notamment à la construction de routes, de bâtiments artificialisants ou à l’acquisition d’équipements fossiles, ont atteint 5,6 milliards d’euros. Ce montant a diminué de 25 % depuis 2014. Pour respecter les objectifs de réduction des émissions, il devra toutefois être encore divisé par quatre d’ici 2035. Un rythme nettement supérieur à celui observé jusqu’ici. La réduction de ces investissements permettrait de dégager en théorie près de 3,6 milliards d’euros d’économies directes par an d’ici 2035… qui pourront être redirigées vers des investissements favorables à la transition. Si ce potentiel reste en deçà des besoins d’investissement pour le climat, il demeure essentiel de le mobiliser pour contribuer à leur financement.

La redirection est cependant un levier difficile à activer : des entretiens menés avec des collectivités de différentes tailles ont fait ressortir de nombreux freins budgétaires, techniques et politiques rencontrés dans la pratique. Collectivités, État et acteurs financiers doivent agir conjointement pour lever ces freins. Les collectivités doivent notamment renforcer l’intégration des objectifs climat dans leurs processus décisionnels et budgétaires.

Elles disposent pour cela d’outils et de méthodes, comme le PPI aligné climat, développé par I4CE en collaboration avec plusieurs collectivités. Grâce à l’instauration d’incitations financières et réglementaires stables, cohérentes et prévisibles, l’État et les acteurs financiers jouent également un rôle déterminant pour accompagner la redirection des dépenses locales.

L’année qui s’ouvre sera décisive : avec l’installation des nouveaux exécutifs municipaux, intercommunaux et métropolitains se définiront les projets structurants du prochain mandat. La transition ne se jouera pas seulement dans les investissements à réaliser, mais aussi dans ce que nous choisirons, collectivement, de ne plus financer.