Articles du Vendredi : Sélection du 20 février 2026

Garraio publikoa bai, eskerrik asko
Jauzi Ekosoziala
www.argia.eus/albistea/garraio-publikoa-bai-eskerrik-asko

Urte hasiera balantzeak egiteko une egokia da. Trantsizio ekologikoa eta klima aldaketa aztertzen duten azken balantzeek ondorio argia dute: garraioa da energia kontsumo altuena duen eta karbono isuri handienak isurtzen dituen sektorea. Aurreko urteari dagozkion datuak oraindik ez baditugu ere, Energiaren Euskal Erakundearen 2024. urteko datuen arabera, energiaren azken kontsumoaren %48 izan zen garraio sektorearena Euskal Autonomia Erkidegoan.

Sektore horrek energiaren kontsumoan izan duen pisua gero eta handiagoa izan da azken hamarkadan, eta ez soilik gainerako sektoreek behera egitearen ondorioz. Hala adierazten dute berotegi efektuko gasen (BEG) datuek, izan ere, gainerako sektoreetan beherakada egon bada ere, garraioarenek gora egin dute urtero. IHOBE Ingurumen Jarduketarako Sozietate Publikoaren datuetan ikus daitekeen moduan, 2005. eta 2024. urteen arteko industriaren eta garraioaren BEG isurpenen datuak argigarriak dira; lehenengoek %50 behera egin duten arren, bigarrenak %15 igo dira.

Bilakaera ikusita, beraz, ia ziurra da 2025. urtean norabidea antzekoa izango dela. Garraioaren sektorea askotarikoa den arren, jakina da errepide gaineko garraioa dela, alde handiz, eragin handiena duena. Mugikortasun jasangarriko planen helburuak helburu, auto pribatuaren erabilerak gora egin du azken hamarkadan eta gizarte are motorizatuago batean bizi gara. Erabilera hori, batez ere, udalerri eta eskualde barruan egiten da, gainera.

Ez dago zalantzarik, beraz, larrialdi klimatiko eta ekologikoaren garaian kutsakorrena den sektorearen bilakaera kezkagarria dela oso eta, beraz, sektoreak sakoneko aldaketa behar duela. Auto pribatuaren erabilera nabarmen murriztu egin behar da beste alternatiba batzuk bultzatuta, bereziki garraio publikoa, eta horretarako garraio politiken aldaketa erradikala behar dugu. Orain arte garraio politikaren erdigunean kotxea kokatu izan da, bada, horri buelta eman eta garraio publikoa bihurtu behar dugu protagonista. Horretarako ezinbestekoa da garraio publikoan inbertsio masiboak martxan jartzea, horretarako dirua mahai-gainean dauden autobide berrien proiektuetatik bideratuta, adibidez.

Garraio publikoa zentroan kokatzeak ingurumenarentzat onura dezente ekartzeaz gain, gizartearen sektore zabal batentzat ongizate hobekuntza nabarmena ekarriko luke. Ez dugu ahaztu behar populazioaren sektore garrantzitsu batek ez duela kotxerik, eta beraz, gaur egungo garraio ereduak baztertu egiten duela. Ikerketa guztiek adierazten dute pertsona txiroek aberatsek baino gehiago erabiltzen dutela garraio publikoa, eta emakumeek gizonek baino gehiago. Beraz, garraio publikoa indartzeak klase eta genero arrakalak murrizten lagunduko luke.

Utzi diezaiogun autobide berriak eraikitzeari eta egin dezagun garraio publikoaren aldeko apustua. Garraio publikoa bai, eskerrik asko.

Crues : «Peut-on continuer à habiter certains territoires si les inondations y deviennent de plus en plus intenses ?»
Julie Renson Miquel
www.liberation.fr/environnement/climat/crues-peut-on-continuer-a-habiter-certains-territoires-si-les-inondations-y-deviennent-de-plus-en-plus-intenses

 

Tandis que les catastrophes naturelles se multiplient dans le pays, la géographe Magali Reghezza-Zitt pointe du doigt des choix d’aménagement passés qui s’avèrent aujourd’hui incompatibles avec les conséquences du changement climatique.

L’ouest de la France déborde. La succession de perturbations ayant traversé l’Hexagone ces dernières semaines, dont la violente tempête Nils, a mis à genoux plusieurs départements. Après la Gironde et le Lot-et-Garonne, le Maine-et-Loire est également passé en vigilance rouge aux crues ce lundi 16 février après-midi, soit le niveau d’alerte maximal, sur fond de «crue généralisée» dans le pays, expose Vigicrues. Pour la géographe Magali Reghezza-Zitt, le changement climatique, qui vient chambouler le cycle de l’eau, révèle l’urgence à adapter des territoires où les risques ont été trop souvent oubliés.

Les conséquences des pluies sont particulièrement importantes dans le secteur de la Garonne en ce moment. Est-ce un fleuve plus à risque que d’autres ?

Non, les quatre grands fleuves français sont tous à l’origine de risques majeurs d’inondation. Ils parcourent des territoires très densément peuplés. La différence est que la Seine connaît des crues «lentes» avec de l’eau qui stagne longtemps, alors que celles du Rhône et de la Garonne peuvent être beaucoup plus rapides.

On l’oublie, mais il y a eu des crues extrêmement meurtrières en 1856 sur la Loire. Voilà pourquoi ces fleuves sont généralement très endigués, donnant un sentiment de sécurité trompeur.

En parallèle, il y a un arbitrage permanent entre les enjeux de développement économique, le besoin de logements et l’existence du risque. C’est pour cela que l’enjeu de la «zéro artificialisation nette» va bien au-delà de la question du climat. Il s’agit aussi de restaurer la perméabilité des sols et de préserver des zones naturelles d’extension de crue.

A Blendecques (Pas-de-Calais), un lotissement en bord de rivière a été abandonné à cause des crues à répétition. Cela pourrait-il se produire à La Réole (Gironde), ou à Marmande (Lot-et-Garonne) ?

Sur le papier, la doctrine est simple : quand on ne peut plus avoir un degré de sécurité suffisant, on déplace. Mais c’est extrêmement douloureux pour les personnes touchées, et très coûteux. Cela concerne notamment des bâtiments ou des équipements construits dans des lits mineurs ou régulièrement inondés. La plupart du temps, on tente d’adapter le bâti (on crée un étage refuge, on change les revêtements, on pose des protections amovibles…), de désimperméabiliser ou d’agrandir les réseaux d’évacuation d’eau de pluie. L’exemple de Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher) est emblématique : en une quinzaine d’années, un quartier a été construit sur une friche industrielle en zone inondable, pensé pour maintenir sur place les habitants pendant les crues. La question qui pourrait se poser à horizon 2050 est : peut-on continuer à habiter certains territoires si les inondations y deviennent de plus en plus intenses ? Le changement climatique met en lumière les choix d’aménagement passés que les élus d’aujourd’hui doivent gérer.

Des villages ont été complètement isolés par les eaux le long de la Garonne, on déplore deux décès, les dégâts matériels des tempêtes sont conséquents et Vigicrues parle d’une «situation exceptionnelle». Comment la qualifiez-vous ?

Pour les gens qui les subissent, c’est exceptionnel. Pour certains, cela balaye leur vie en quelques heures.

Mais bien que l’étendue du phénomène soit frappante, et même si les crues montrent un écart important avec la moyenne statistique, les dégâts relèvent de l’ordinaire par rapport à une inondation.

La très bonne qualité des prévisions saute également aux yeux, tout comme les progrès de l’alerte avec les vigilances rouge et orange, la mise en sécurité et la mobilisation des services de secours. En trente ans, à ce niveau-là, les progrès ont été phénoménaux.

Alors, pourquoi les dégâts matériels de ces évènements extrêmes restent-ils importants ?

L’intensité du phénomène physique s’accentue à cause des effets du réchauffement.

De plus, dans les zones à risques, l’exposition des biens s’est accrue ces cinquante dernières années, notamment du fait de l’urbanisation. Or, la conception des bâtiments et les matériaux utilisés les rendent inadaptés et vulnérables aux risques. Résultat, le montant des dommages s’accroît à chaque catastrophe.

On délimite pourtant mieux les zones à risques que par le passé.

Bien qu’il existe des plans de prévention des risques depuis 1995, ils ont longtemps été contournés légalement, au moins jusqu’à la tempête Xynthia en 2010, notamment pour favoriser l’économie résidentielle et attirer de nouveaux habitants. Il y a eu un oubli du risque, associé à la volonté de redynamiser certains territoires et la spéculation foncière. Cela a conduit à l’imperméabilisation des sols, perturbant l’écoulement de l’eau et augmentant le ruissellement.

Face à l’ampleur du réchauffement, l’adaptation seule ne pourra pas faire de miracle…

Actuellement, les limites de l’adaptation sont sociales et financières. Socialement, certaines mesures sont refusées. Financièrement, cela demande des investissements colossaux. A l’avenir, en fonction de la trajectoire du réchauffement, le coût des inondations pourrait devenir insupportable et certains biens pourraient perdre toute leur valeur. Il y aura un «effet ciseau» : l’augmentation des dommages va réduire les ressources des collectivités, de l’Etat et des ménages pour s’adapter. La meilleure adaptation reste donc l’atténuation (réduire les émissions), car cela permet de stabiliser le réchauffement pour que les mesures préventives ne deviennent pas obsolètes.

TotalEnergies à la barre pour sa responsabilité dans le chaos climatique
Mickaël Correia
www.mediapart.fr/journal/ecologie/210226/totalenergies-la-barre-pour-sa-responsabilite-dans-le-chaos-climatique

Dans un procès inédit, la multinationale était jugée les 19 et 20 février par le tribunal judiciaire de Paris pour manquement à son devoir de vigilance en matière de risques climatiques. Le délibéré a été fixé au 25 juin prochain.

Une audience historique. Jeudi et vendredi 19 et 20 février, TotalEnergies était jugée par la 34e chambre du tribunal judiciaire de Paris pour sa contribution à l’aggravation de la surchauffe planétaire – une première en France. Une coalition de quatre associations (Notre affaire à tous, Sherpa, France Nature Environnement et ZEA) et la ville de Paris sont à l’initiative de ce contentieux. Elles ont assigné la firme pétrolière pour la contraindre à « prendre les mesures nécessaires » de manière à s’aligner sur l’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement du climat à 1,5 °C.

Leur action en justice, fruit d’une bataille judiciaire de six ans, se fonde sur le devoir de vigilance, une loi française de 2017 qui oblige les multinationales dont le siège social est en France à mettre en œuvre un plan qui prévienne, entre autres, les risques environnementaux de leurs activités. « TotalEnergies se présente comme un acteur majeur de la transition énergétique mais sa stratégie reste tournée vers le développement des énergies fossiles », explique Théa Bounfour, juriste à Sherpa, une des associations demanderesses. Le groupe énergétique assume, à rebours de l’urgence climatique, une croissance de sa production pétro-gazière d’environ 3 % par an jusqu’à 2030.

Afin que TotalEnergies se conforme à son devoir de vigilance, les plaignantes demandent à la firme tricolore la cessation de tout nouveau projet d’hydrocarbures ainsi qu’une réduction d’ici à 2030 de sa production fossile de 20 à 30 % environ, en phase avec les trajectoires de décarbonation définies par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ou l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

La multinationale déplore pour sa part que ce procès « vise en réalité à faire supporter à une seule entreprise productrice de pétrole et de gaz […] la responsabilité du fonctionnement actuel du système énergétique européen et mondial ».

L’enjeu est de taille : une décision condamnant TotalEnergies signifierait que la justice peut contraindre les multinationales à répondre de leur impact néfaste sur le climat.

Dilution de responsabilité 

La première journée d’audience, le 19 février, a tourné autour d’un long débat, dirigé par Peimane Ghaleh-Marzban, le président du tribunal judiciaire de Paris, pour savoir si le devoir de vigilance s’applique ou non au changement climatique. TotalEnergies et le ministère public ont en effet argué que la loi vise à prévenir les risques environnementaux, et non pas climatiques. Selon eux, la surchauffe planétaire est un phénomène global dont est responsable « l’ensemble du système énergétique » érigé par les États « depuis plus de 100 ans ».

Le lendemain matin, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, ancienne coprésidente d’un groupe de travail du Giec, a été convoquée comme témoin. Après avoir déposé deux épais volumes de rapports du Giec, la chercheuse a rappelé que la combustion du pétrole, du gaz et du charbon sont « responsables à 90 % des émissions globales de CO».

Elle a notamment insisté sur le fait que la consommation de ces énergies fossiles conduise à un changement climatique qui est une « menace » pour les écosystèmes mais aussi « les droits humains fondamentaux, dont les droits de l’enfance ». Plus TotalEnergies exploitera de nouvelles ressources en hydrocarbures, plus le climat se réchauffera, a déplié la scientifique.

Appelée également à la barre, Céline Guivarch, économiste et membre du Haut Conseil pour le climat, a martelé que limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C « implique de diviser par deux nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 », et donc de réduire « massivement » la production d’énergies fossiles.

Côté TotalEnergies, a ensuite été auditionné comme témoin Fabien Roques, vice-président exécutif du cabinet Compass Lexecon, filiale de FTI Consulting – une firme de conseil économique déjà épinglée pour son lobbying pro-pétrole. Ce dernier a développé l’argument massue sans cesse rabâché par la compagnie dans sa communication : « La production d’énergies fossiles n’est là que pour répondre à la demande », qui est « en constante hausse depuis deux siècles ».

Quant à l’économiste Christian Gollier, convoqué aussi par le pétrolier, il a tancé : « L’inaction climatique vient essentiellement du fait que le citoyen ne se sente pas responsable de ses émissions. Les consommateurs doivent être incités à choisir leur vélo plutôt que TotalEnergies. »

Faire sa part

Pour les parties civiles, Paul Mougeolle a d’abord pris la parole pour Notre affaire à tous, s’adressant aux juges : « Nous ne vous demandons pas de sauver le climat, mais de faire votre part, en tant que pouvoir judiciaire, en tant que branche de l’État français. » 

Dans la foulée, le tribunal a interrogé le représentant de TotalEnergies, Aurélien Hamelle, sur pourquoi, dans le plan de vigilance du groupe, étaient omises les émissions de gaz à effet de serre induites par le pétrole et le gaz consommés par leurs clients. « On met dans ce plan ce sur quoi on a une maîtrise, comme par exemple un contenant de gaz dans une raffinerie, mais on n’a pas ce niveau de contrôle sur le système énergétique », a lancé le directeur général stratégie et développement durable.

L’après-midi du 20 février a été entièrement consacré aux plaidoiries. Sébastien Mabile, avocat des associations demanderesses, s’est appuyé sur une autre base de droit mobilisée par les ONG dans cette affaire : l’article 1252 du Code civil qui permet, « à toute personne ayant un intérêt à agir, de saisir la justice afin de prévenir un dommage environnemental ou y mettre fin ».

Or, avec sa stratégie d’expansion fossile, TotalEnergies attise le chaos climatique « induisant un préjudice écologique » qu’il faut stopper. Et l’avocat de glisser : « On parle tout de même ici du sixième producteur mondial de pétrole et de gaz mais aussi de la première entreprise émettrice de gaz à effet de serre en France. »

« Le changement climatique n’est pas lié, en premier chef, à TotalEnergies », a rétorqué Me Denis Chemla, défendant le pétrolier. Puis de jouer sur la peur en alertant les juges : « Si vous imposez à TotalEnergies de restreindre ses activités, c’est toute l’industrie française qui fera l’objet d’actions climatiques devant le tribunal ! »

Pour terminer, dans le cadre des observations finales de la coalition d’associations, Me François de Cambiaire a souligné que ce procès était inscrit dans un contexte mondial de montée en puissance du contentieux lié au climat à l’encontre des entreprises.

À titre d’illustration, en juillet 2025, la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif historique qui reconnaît la responsabilité historique des États et par extension des firmes fossiles, dans le changement climatique. Par ailleurs, le groupe a été condamné en octobre dernier pour greenwashing, en raison de communications mensongères sur son ambition climatique.

Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 25 juin prochain.

Un nouvel outil militant à Beskoitze
Malika Peyraut
www.enbata.info/articles/un-nouvel-outil-militant-a-beskoitze/

La famille Robles Arangiz a légué sa maison familiale Leku Eder de Beskoitze au fonds de dotation Eraiki. Depuis, la bâtisse ouvre une nouvelle page de son histoire en se transformant en centre de formation et de réunion permanent.

Elle a accueilli la famille de Manu Robles Arangiz en exil pour fuir Franco et poursuivre les activités du syndicat ELA, vu grandir plusieurs figures du milieu artistique et culturel basque, protégé des résistants et combattants alliés pendant la Seconde guerre mondiale, ou encore attiré des stars comme le couple Deneuve et Mastroianni dans sa célèbre auberge Amalur : la maison Leku Eder à Beskoitze s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire en se transformant en centre de formations et de réunions permanent.
Un legs pour le bien commun

Désireuse que la maison familiale historique ne se retrouve pas un jour la proie des spéculateurs, la famille Robles Arangiz a décidé de la léguer au fonds de dotation Eraiki, créé en 2023. Un fonds de dotation est une forme juridique bien spécifique qui permet de recevoir des dons et des legs (propriétés, biens de valeur, somme financière) en étant exonéré des frais de succession. Eraiki, qui s’est donné pour objectif de contribuer à la construction d’un Pays Basque “maître de son présent et de son avenir, plus libre, soutenable et solidaire; riche d’une langue, culture et identité épanouies” vise ainsi non seulement à redistribuer des fonds au service d’un écosystème d’organisations travaillant dans ce sens, mais également à garantir que les biens transmis restent pour toujours au service de l’intérêt général, sans visée lucrative.

 

Centre de formation et de réunion permanent

Située à quinze minutes en voiture de Baiona et accessible en bus, la maison Leku Eder sera transformée en centre de formation et de réunion permanent. Elle est appelée à devenir un lieu stratégique de formation et transmission militant et associatif, de réflexion et de recherche. Elle disposera d’une grande salle de réunions, d’une cuisine collective, d’espaces de stockage et de logistique, et d’une capacité d’hébergement. Pourront ainsi s’y tenir des séminaires de travail, des cycles de formation en groupe, des “camps climat” ou de grands rassemblements de formation collective pendant l’été.

Mobilisation collective

Posséder nos outils de lutte (et s’assurer que leur usage ne soit jamais détourné) est un objectif capital pour assurer la pérennité de nos mouvements. Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte général marqué par une diminution des soutiens au secteur associatif et le risque de l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir, dont on imagine bien qu’il cherchera à entraver autant qu’il le pourra notre capacité à nous organiser, à résister et à peser. Ne pas dépendre de locaux qui pourraient nous être confisqués, disposer de lieux et de moyens pour former une nouvelle génération de militants, pour fabriquer du matériel, pour nous réunir : autant d’acquis qui permettent de tenir plus solidement les digues face aux vagues réactionnaires. Objectif capital, donc, mais laborieux dans un contexte de diminution déjà palpable des subventions publiques et privées.

Posséder nos outils de lutte (et s’assurer que leur usage ne soit jamais détourné) est un objectif capital pour assurer la pérennité de nos mouvements.

Mais la rénovation de la maison Leku Eder fait partie de ces dynamiques qui suscitent de l’espoir quant à notre capacité collective à tenir bon : afin de diminuer drastiquement les coûts, des artisans militants donnent de leur temps pour épauler le projet et chaque mois des chantiers de bénévoles sont organisés pour démolir, piquer, poncer, enduire, construire ou peindre. Depuis le lancement du projet, ce sont déjà plus de 70 personnes, de tous âges et tous niveaux de compétence technique, qui sont venues donner un coup de main ! De quoi présager un bel avenir à Leku Eder.

Pour donner un coup de main au projet, écrire à info@eraiki-funtsa.eus.


Les associations de plus en plus soumises à une injonction de « neutralité » politique
Christophe Ayad
www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/12/les-associations-de-plus-en-plus-soumises-a-une-injonction-de-neutralite-politique_6666542_3224.html

Un rapport de l’Observatoire des libertés associatives dénonce les pressions et menaces visant des structures ayant pris des positions politiques, bien que le droit ne le leur interdise pas.

Alors que la campagne électorale pour les élections municipales bat son plein, le monde associatif est à nouveau sous pression. Les éventuelles prises de position politiques par des acteurs associatifs sont en effet de moins en moins tolérées par les élus, comme le met en exergue le dernier rapport de l’Observatoire des libertés associatives, publié jeudi 12 février et intitulé « Neutraliser le monde associatif. Enquête sur une injonction à la dépolitisation ».

Dernier exemple en date, le week-end des 7 et 8 février, la passe d’armes qui a opposé Jean-Michel Aulas, candidat à la mairie de Lyon, et deux associations locales, Action Justice Climat Lyon (ex-Alternatiba Rhône) et Locataires ensemble.

L’équipe de campagne de M. Aulas a accusé ces deux structures d’avoir perçu des « dizaines de milliers d’euros » qui seraient aujourd’hui détournés pour une utilisation illégale à des fins électorales, allant jusqu’à les qualifier de « caisse noire politique aux exécutifs écologistes sortants » à la mairie et à la métropole.

Des accusations qualifiées de « graves », « infondées » et « diffamatoires », lundi 9 février, dans un communiqué des deux associations mises en cause. Action Justice Climat Lyon détaille les subventions municipales reçues ces trois dernières années, d’un montant de 9 000 euros – sur un budget annuel de 100 000 euros – et Locataires ensemble assure n’avoir reçu aucune subvention publique. « Face à la gravité de ces accusations, nous étudions nos possibilités de riposte juridique, menacent-elles. En attendant, nous mettons solennellement au défi Cœur lyonnais [le nom de la liste de M. Aulas] d’aller au bout de ses menaces et de saisir la justice. »

Des subventions conditionnées au silence ?

Cet épisode de campagne est symptomatique d’un climat que documente et dénonce l’Observatoire des libertés associatives dans son rapport. Pour l’Observatoire, une structure fondée par des chercheurs à la tête de laquelle se trouve le sociologue connu pour ses travaux sur les quartiers populaires Julien Talpin, ce phénomène a véritablement pris de l’ampleur au moment des élections législatives de 2024. « A cette occasion, de nombreuses associations ont pris position vis-à-vis de l’arrivée potentielle de l’extrême droite au pouvoir. Ce faisant, elles ont fait irruption dans le champ de la politique électorale, ce qui a déplu à certains responsables politiques pour qui le monde associatif doit se tenir à l’écart des enjeux proprement politiques », note le rapport.

Ces mises en demeure de s’en tenir à une stricte neutralité politique n’émanent pas que d’élus de droite ou d’extrême droite, bien qu’ils soient les plus actifs en la matière. Ainsi, la Caisse d’allocations familiales du Calvados a envoyé, en octobre 2024, des courriers à 11 associations, leur reprochant de ne pas avoir « respecté le principe de neutralité » et les prévenant qu’« en cas de renouvellement d’un [tel] positionnement » elle se réservait « le droit de ne pas étudier [leurs] nouvelles demandes de subvention ». Ces associations avaient signé la tribune du Mouvement associatif (une plateforme d’associations), intitulée « L’extrême droite, une menace pour l’action associative et citoyenne », publiée entre les deux tours des législatives de juin-juillet.

L’Observatoire des libertés associatives, qui présente une vingtaine de cas d’entraves, injonctions, menaces, etc., montre que ces attaques viennent tout particulièrement de collectivités locales. Elles ne sont pas toujours suivies d’effets tant les notions de « neutralité » et de « devoir de réserve » invoqués n’ont pas de fondement juridique dans la loi de 1901 régissant le statut des associations.

Mais l’Observatoire souligne cependant que cette injonction à la neutralité figurait déjà en filigrane dans la loi contre le séparatisme d’août 2021, qui impose la signature d’un contrat d’engagement républicain – obligeant à respecter la laïcité, l’égalité des sexes et l’accueil pour tous – à toutes les associations désireuses de toucher des subventions publiques. En outre, cette loi statue que les salariés associatifs qui exécutent une mission de service public ont les mêmes obligations que les agents de l’Etat, à savoir la laïcité, la neutralité et le devoir de réserve.

Des associations aux magistrats

« Derrière ces injonctions et rappels à l’ordre se joue un débat démocratique fondamental : les associations peuvent-elles intervenir dans le débat public, ou devraient-elles être cantonnées à l’exécution de certaines missions d’intérêt général, voire occuper une place de service public délégué et ainsi respecter les obligations de neutralité en vigueur au sein des services de l’Etat ? », interrogent les rédacteurs du rapport.

Cette injonction à la neutralité ne vise pas seulement le monde associatif. Elle a été agitée contre les magistrats après les condamnations pénales visant Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy. Elle est au cœur des attaques contre l’audiovisuel public, qui fait l’objet d’une commission d’enquête parlementaire particulièrement virulente. Elle est invoquée par les groupes qui dénoncent l’existence de cours d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité dispensés par l’éducation nationale. Elle vise également les sujets de recherche et de colloques de l’enseignement supérieur, notamment lorsqu’ils touchent au conflit israélo-palestinien. Ou enfin les associations intervenant dans les centres de rétention.