Lapurtutako lau gau
Gorka Peñagarikano
https://buletinak.argia.eus/email/preview/554/
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Euskal Herriko datuak ez dauzkagu, baina Paris, Lyon, Bartzelona, Madril eta Zaragoza ikusita, esan dezagun urtean lau gau oso lapurtzen dizkigula beroak.
Txostena egin du Climate Central ikertalde estatubatuarrak: 500.000 biztanle baino gehiago dituzten munduko hiriak hartu dituzte, eta beroak lotarako orduan eragiten duen kaltea aztertu dute. Hau da, gau sargoriek gutxi gorabehera zenbat lo ordu kentzen dizkiguten kalkulatu dute: Parisen urtean 25 ordu, Lyonen 27, Madrilen 30, Bartzelonan 39, Marseillan 40… Hurbiltasun geografikora jota, horiexek.
Bestelako batzuk esatekotan, okerren daudenak hauek dira: Indiako kostaldean 90 orduren bueltan galtzen dituzte urtean, Filipinetako hainbat lekutan ere horrelako zerbaitean daude, Ginean eta aldameneko herrialdeetan ere bai, eta Kuban, Habanan, 87 lo ordu galtzen dituzte urtean, Saudi Arabian eta inguruetan bezalaxe.
“Ondoen” daudenak, hala kalifika badaiteke behintzat, munduaren ahalik eta iparrenera jotako lekuetako herritarrak dira. Dena dela, urtean 15 eta 20 lo ordu inguru kentzen dizkie beroak.
Beste datu hau ere interesgarria da ikusteko nola gauden: urtean, bataz beste, 56 lo ordu galdu zituen munduko herritarrak.
Hasi kalkuluak egiten. Demagun gauero 7 ordu egiten ditugula lo. Hala, 56 lo ordu galtzeak esan nahi du urtean zortzi gau oso lapurtzen dizkigula beroak. Asko da. Izugarri da. Benetan inportantzia emateko zifrak direla diote Climate Central taldeko ikerlariek. Arazoak adar ugari direla adierazi dute, baina bat nabarmentzekotan, azken bost urtetan biderkatu den problemetako bat da: gauetan ez direla etxeak hozten, kaleak (asfaltoa!) bero daudelako, eta bero hori botatzen dutelako.
Aintzat hartzeko azken zertzelada bat ekarriko dizut, beraiek ere txostenean aitortzen dutena, eta poztu nauena: desfase handia dagoela hiri, auzo eta bizilagun batetik bestera. Desberdintasun sozialak eragin handia duela beroak lapurtzen dituen lo ordu horietan; aire girotua pagatu dezakeenak pagatzen du, eta ziur hobeto egiten duela lo.
Datuak zenbateraino diren ziurrak ez dakit, eta egia esan, oraintxe bertan, ez zait gehiegi axola 30 lo ordu diren, 20 edo 40. Gero eta jasangaitzagoak diren gau sargoriez hitz egiteko aitzakia izan zait gaur. Eta desberdintasun soziala ere mahai gainean jarri behar da larrialdi klimatikoaz hitz egiten dugunean, bai jakina.
« Nous sommes coincés dans une dystopie climatique, un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne »
Stéphane Foucart, Journaliste au service Planète
www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/12/nous-sommes-coinces-dans-une-dystopie-climatique-un-scenario-de-comedie-noire-ou-le-grotesque-le-dispute-a-la-farce-orwellienne_6722848_3232.html
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Alors que les canicules se succèdent, le débat public ne relève souvent que du simple affichage. Les décisions récentes de l’exécutif – fonds vert amputé, passoires thermiques remises sur le marché… – témoignent du déni qui règne dans une large partie du monde politique, estime Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, dans sa chronique.
Dans le sillage de la troisième vague de chaleur qui s’abat sur la France, le sentiment qui domine reste celui de l’incrédulité devant l’étendue du désastre. La brutalité de ses effets sur les corps, les écosystèmes, les infrastructures ou l’agriculture n’a pas vraiment dissipé le déni qui règne dans une large part du monde politique.
L’heure n’est certes plus à l’affirmation décomplexée du « scepticisme », mais l’accord avec le consensus scientifique, affirmé ici ou là depuis que le mercure s’emballe, n’est souvent qu’un simple affichage, une façade de carton-pâte.
Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne.
On le voit : avec le réchauffement, la qualité de l’habitat et l’aménagement urbain deviennent cruciaux. Du 22 au 28 juin, la canicule a doublé la mortalité à domicile. Quel signal adresser aux propriétaires bailleurs ? Le gouvernement Lecornu dépose, le 24 juin, un projet de loi qui doit remettre 700 000 passoires thermiques sur le marché locatif.
Tranquille désinvolture
Une semaine plus tard, Matignon dissout le groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains, chargé de piloter plus de 200 projets de recherche destinés à adapter le bâti et les territoires au climat de demain. Un millier de scientifiques, d’élus, d’architectes, de géographes et d’anciens ministres protestent, sans entamer la tranquille désinvolture de l’exécutif, qui biffe d’un trait de plume la structure interministérielle.
En région, ce sont les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, chargés d’aider les particuliers et les collectivités à relever les défis climatiques et environnementaux, qui sont menacés par une réforme de leur financement. Deux d’entre eux ont déjà été liquidés. Quant au fonds vert, destiné à financer l’adaptation des collectivités territoriales, il est amputé des deux tiers.
Les logements et les villes chauffent, les arbres, eux, brûlent. Réponse : planter plus d’arbres, bien sûr ! Mais le plan d’Emmanuel Macron pour le renouvellement forestier, lancé en 2022 (« Planter 1 milliard d’arbres en dix ans »), subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées, et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. Les experts – y compris ceux qui sont consultés par le gouvernement –, les ONG et la Cour des comptes ont tous alerté sur ces risques. En vain. Un peu partout en France, de l’argent public contribue à vulnérabiliser les territoires au risque d’incendie.
On le sait aussi, la complexité des paysages et le bocage sont des puits de carbone en même temps que des éléments de résilience climatique. Sur ce point, l’action de l’exécutif a été couronnée par un doublement du rythme de destruction des haies depuis 2017, avec plus de 20 000 kilomètres de linéaire qui disparaissent chaque année, comme le note le Haut Conseil pour le climat dans son dernier rapport, publié en juillet. La réponse à ce qui est unanimement considéré comme un échec est un décret entré en vigueur en juin : simplifier les autorisations de destruction du bocage.
Vulnérabilité aux chocs
Tout semble à l’avenant. Les élevages hors-sol enregistrent des surmortalités parfois considérables depuis le début de la canicule, au point que, dans le Grand Ouest, les équarrisseurs ne peuvent plus faire face. Les lois agricoles successives favorisent depuis deux ans l’ultraconcentration de la production animale, et renforcent non seulement ses émissions mais aussi sa vulnérabilité aux chocs – des exploitations plus petites et plus nombreuses demeurant un gage de résilience.
C’est sans doute sur la question agricole au sens large que les objectifs affichés divergent le plus radicalement des moyens mis en œuvre pour les atteindre.
Il existe ainsi un large consensus pour dire que l’agroécologie est l’un des leviers d’adaptation de l’agriculture au réchauffement. Or, non seulement l’agriculture biologique n’a pas augmenté ces dernières années, contrairement aux ambitions de la stratégie nationale bas carbone, mais la France est le seul grand pays agricole européen à avoir perdu des surfaces conduites en agriculture biologique. L’Hexagone était le premier pays de l’Union européenne pour ce qui est du nombre d’hectares
Le Haut Conseil pour le climat alerte sur l’urgence de « changer d’échelle » dans les politiques climatiques
Audrey Garric
www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/09/le-haut-conseil-pour-le-climat-alerte-sur-l-urgence-de-changer-d-echelle-dans-les-politiques-climatiques_6722027_3244.html
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Alors que la France subit une troisième canicule en moins de deux mois, l’instance dénonce le ralentissement de la décarbonation et les reculs de certaines politiques environnementales. Elle juge que le pays n’est pas préparé aux impacts croissants du réchauffement.
Pour la troisième fois de l’année, la France suffoque sous une canicule intense. Travail perturbé, hôpitaux débordés, incendies difficiles à maîtriser : ces événements extrêmes ne sont pas des accidents, mais des manifestations d’un climat qui a profondément changé. Alors que la chaleur a tué au moins 2 000 personnes en juin, le gouvernement prépare-t-il réellement le pays à faire face à des impacts climatiques de plus en plus dangereux ?
La réponse du Haut Conseil pour le climat (HCC) est sans appel. Dans son évaluation annuelle, publiée jeudi 9 juillet, l’instance indépendante estime que les politiques climatiques actuelles sont « insuffisantes » pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et « pour éviter une forte aggravation des risques climatiques ». Malgré l’adoption ces derniers mois de nouvelles feuilles de route, l’institution appelle le gouvernement à un « changement d’échelle » à la fois des mesures d’atténuation (réduction des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation au réchauffement.
Le HCC renouvelle son alerte de 2025 : la France n’est toujours pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. Des limites à l’adaptation commencent déjà à être atteintes, qu’il s’agisse de pertes de rendements agricoles, de rationnements en eau ou de moindres capacités de travail. « Il y a un décalage entre les efforts réels d’adaptation et la forte augmentation des besoins. On touche à l’habitabilité de certains territoires », souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte, l’une des membres du HCC. Adopté en 2025, le troisième plan national d’adaptation au changement climatique souffre, selon l’institution, d’un manque de moyens financiers, et son « impact tangible reste à démontrer ».
Parmi ses 82 recommandations, le HCC suggère plusieurs pistes pour mieux adapter la société et l’économie : développer les lieux publics frais et les points de baignade gratuits ou encore déterminer des seuils au-delà desquels le travail devrait être interrompu.
Quant à la climatisation, objet de moult débats et polémiques, « elle est nécessaire dans certains lieux, comme les hôpitaux ou les écoles, mais elle ne doit pas être généralisée partout sans réflexion », précise Paul Leadley, professeur à l’université Paris-Saclay, également membre du HCC. Le rapport rappelle la nécessité de verdir les villes, d’augmenter la pose de volets, d’ombrages, de réseaux de froid et de privilégier les dispositifs de climatisation fixes plutôt que mobiles, si possible les pompes à chaleur réversibles.
Problème de mise en œuvre
Mais, insiste le HCC, aucune politique d’adaptation ne pourra suffire si les émissions de gaz à effet de serre continuent de s’accumuler. La France, qui s’est déjà réchauffée de 2,2 ºC depuis le début du XXe siècle, se dirige vers + 4 ºC en 2100 avec la poursuite des politiques actuelles mondiales. Le nombre de jours de vague de chaleur serait alors multiplié par dix.
« La meilleure façon de limiter les risques, c’est de décarboner », rappelle l’ingénieur agronome Jean-François Soussana, président du HCC. Une nécessité qui dépasse le seul enjeu climatique. En restant dépendante du pétrole, du gaz et du charbon – principaux responsables du réchauffement –, la France demeure exposée aux crises géopolitiques et aux flambées des prix de l’énergie.
Or, dix ans après l’accord de Paris, le HCC juge que le principal problème français n’est plus l’absence de stratégies, mais leur mise en œuvre. Depuis 2015, le pays s’est doté d’un cadre juridique plus dense, avec une nouvelle stratégie nationale bas carbone, une programmation pluriannuelle de l’énergie et un plan d’adaptation. Mais « l’écart persiste entre l’ambition et les résultats », constate le rapport.
Les auteurs dénoncent un manque de moyens administratifs et financiers, des dérogations répétées ainsi qu’une tendance à assouplir les contraintes environnementales dès qu’elles deviennent politiquement sensibles. Le récent plan d’électrification est salué par le HCC, même si son impact est « limité par l’absence de financement supplémentaire ». Les possibles reculs sur la gestion de l’eau contenus dans la loi d’urgence agricole ou sur la limitation de l’artificialisation des sols constituent, selon le HCC, des « alertes ».
Inégalités accrues
La dynamique de réduction des émissions s’essouffle aussi. Les rejets territoriaux ont été réduits de 34 % depuis 1990 et de 22 % depuis 2015, mais leur baisse a été limitée à 3 % en 2024 et 2,1 % en 2025. La France respecte la trajectoire de sa nouvelle stratégie nationale bas carbone, mais seulement parce que celle-ci a été « revue pour intégrer le ralentissement, ce qui reporte l’essentiel des efforts » à plus tard, prévient Diane Strauss, directrice du bureau français de l’ONG Transport & Environment. Le rythme de baisse devra au moins doubler dans les trois prochaines années. Les estimations provisoires pour le premier trimestre 2026 (– 4,8 %) apparaissent encourageantes. Toutefois, une part importante de ce recul est due à une météo clémente.
En 2025, la moitié des réductions d’émissions a résulté d’une baisse d’activité subie dans l’industrie et l’élevage plutôt que de transformations durables. Les transports restent le principal point noir, tandis que les rejets de l’aviation internationale dépassent leur niveau d’avant la pandémie de Covid-19. Les émissions importées diminuent également trop lentement. Enfin, le HCC estime que le gouvernement n’a pas suffisamment misé sur la sobriété.
Autre sujet d’inquiétude : le puits de carbone français poursuit sa dégradation. Fragilisées par le changement climatique et les coupes, les forêts absorbent de moins en moins de dioxyde de carbone, alors que cette capacité est indispensable pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Le HCC appelle à mieux protéger les sols, les haies et les écosystèmes.
Pour inverser la tendance, les auteurs rappellent que la France devra investir davantage. Les investissements bas carbone publics et privés doivent doubler d’ici à 2030. A l’inverse, ceux carbonés doivent être divisés par deux. A l’argument de l’austérité budgétaire, les experts du HCC rétorquent que d’autres mécanismes existent, comme des mesures fiscales, la réglementation ou l’idée de mobiliser l’épargne privée des Français. Ils rappellent que le coût de l’inaction est beaucoup plus élevé que celui de la transition.
« La transition la plus injuste est celle qui ne se fait pas. » Alors que l’écologie punitive est régulièrement brandie contre les politiques environnementales, le HCC prévient que les retards pris accroissent les inégalités, la pauvreté et la précarité des plus vulnérables. Il recommande de massifier les dispositifs permettant aux ménages modestes d’accéder à des véhicules électriques ou à la rénovation des logements.
Nouveauté, le HCC formule 11 orientations destinées à nourrir le débat climatique de la prochaine décennie, à l’approche de l’élection présidentielle. En cas de victoire du Rassemblement national, la pérennité de la structure n’est pas garantie : en avril 2025, des députés d’extrême droite avaient proposé de supprimer cette vigie des politiques climatiques.
Devenir une « ville éponge » : la solution de Berlin face à la sécheresse
Thomas Schnee
https://reporterre.net/Devenir-une-ville-eponge-le-combat-de-Berlin-contre-la-secheresse
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Face aux extrêmes climatiques, Berlin accélère sa mutation en « ville éponge », mêlant végétalisation, rétention des eaux et mobilisation citoyenne. Une ambition politique inédite qui essaime.
Il est rare qu’une activiste environnementale se retrouve mandatée par ses « adversaires » pour mener la politique qu’elle défend. C’est pourtant ce qui est arrivé à la géographe Lisa Junghans dans le cadre du projet de transformation de la ville de Berlin en « ville éponge ».
Après avoir travaillé pour une ONG spécialisée sur les questions d’eau, elle a participé à l’initiative populaire BaumEntscheid, en corédigeant une proposition de loi d’adaptation de Berlin au changement climatique. « Nous comptions appeler les Berlinois à se prononcer via un référendum sur la question en septembre 2026. Mais, contre toute attente, le Sénat de Berlin a décidé de reprendre notre projet à 99 % et d’en faire une loi qui a été votée fin 2025 ! » raconte la jeune femme.
Elle a depuis été nommée à la direction de l’Agence pour l’eau de pluie du Land de Berlin (Regenwasseragentur), un organisme assez récent qui joue un rôle important en tant qu’agence-conseil sur la gestion des eaux de pluie pour les particuliers et les entreprises. « Ma nomination était pour le moins inhabituelle. Pour ma part, j’y vois une volonté politique de faire avancer les choses », explique-t-elle.
Sur le papier, le concept de ville éponge est simple. Il s’agit de transformer le piège à chaleur qu’est une ville classique, colonisée par la voiture, les routes et les nombreux espaces bétonnés, en un piège à fraîcheur et à eau. Et ceci avec des moyens vieux comme le monde : la végétalisation du tissu urbain et la rétention maximale de l’eau. « Berlin est une ville assez verte irriguée par une rivière. On pense que la capitale et sa région s’en sortent bien. Mais ce n’est pas le cas et la situation se détériore. D’où notre réaction », précise Lisa Junghans.
Comparé à Paris, et si l’on ne tient pas compte de leurs histoires très différentes dans cette mise en parallèle, Berlin pourrait faire figure de havre de verdure, avec 28 % de sa surface couverte par des espaces verts (12 %) et des bois (16 %) ! Pendant que seulement 5,6 % de la surface de Paris est recouverte d’espaces verts.
Récupérer l’eau
En réalité, la région Berlin-Brandebourg est en situation de stress hydrique important. Le réchauffement climatique, associé à une pluviométrie naturellement faible, renforce la succession dévastatrice d’épisodes de sécheresse et de pluies violentes. Par ailleurs, la consommation d’eau est poussée par de nouvelles implantations industrielles, telle la Gigafactory de Tesla et ses sous-traitants.
« L’arrêt de l’extraction du charbon des mines à ciel ouvert de lignite de la Lusace, au sud de la capitale, est aussi une raison majeure », ajoute Lisa Junghans.
Pour être parfaitement exploitées, les couches de lignite doivent en effet être sèches et libres des eaux souterraines. Pour cela, et depuis le XIXe siècle, des milliers de pompes ont évacué près de 58 milliards de m3 d’eau dans la Spree, explique un rapport de l’Agence fédérale pour l’environnement (UBA) qui a fait grand bruit lors de sa publication en 2023 : « Une bonne moitié de l’eau qui coule aujourd’hui dans la Spree près de Cottbus provient d’eaux souterraines pompées. Pendant les mois chauds d’été, cette proportion augmente jusqu’à 75 %. » Or, avec la « sortie » totale du charbon d’ici à 2038 et l’arrêt progressif des mines, le pompage sera bientôt complètement stoppé. Berlin tire pourtant de 50 à 75 % de son eau potable de la Spree !
La même année, Berlin a commencé à mettre en place un Masterplan Wasser (Schéma directeur de l’eau) qui prévoit la construction de nouvelles stations d’épuration, ainsi que le forage de nouvelles sources. Par ailleurs, tout nouveau projet immobilier doit « végétaliser » une partie de ses toits et conserver les eaux de pluie. Libre au promoteur de construire des bassins, d’irriguer des espaces verts ou d’opter pour l’infiltration dans le sol.
Plusieurs projets de taille ont enfin été lancés. La construction d’un vaste système de récupération d’eau par rigoles sous la prestigieuse place du Gendarmenmarkt au cœur de Berlin. Ou celle d’un bassin de 16 750 m3 pour éviter que le trop-plein d’eaux usées ne se déverse dans les rivières en cas d’orages violents. Mais tout ceci est insuffisant.
Désimperméabiliser Berlin
D’où la mise en œuvre du concept de ville éponge : « La nouvelle loi a pour objectif que 200 000 arbres soient plantés par la ville et ses habitants dans les prochaines années, détaille Lisa Junghans. Il est aussi prévu de créer des îlots verts tous les 150 mètres. Et surtout, 50 % des espaces publics doivent être déconnectés du réseau d’assainissement d’ici à 2040, avec une désimperméabilisation des sols en conséquence. C’est très ambitieux. »
L’administration municipale a dix-huit mois pour se préparer avec un lancement des grandes manœuvres à partir de 2027. Mais les quartiers de Berlin, cheville ouvrière du processus, sont déjà sur la brèche, comme dans celui de Charlottenburg-Wilmersdorf.
« Dans la Sömmeringstrasse, par exemple, nous avons renforcé les pistes cyclables puis désimperméabilisé et végétalisé une partie des trottoirs. Ce qui nous a conduits à supprimer pas mal de places de parkings. Et quand on supprime des places, c’est le conflit garanti », explique Jochen Flenker, responsable des espaces verts de ce quartier de l’ouest peuplé de 350 000 habitants. Charlottenburg est le seul quartier de Berlin qui possède encore une pépinière municipale qui alimente ses espaces verts et permet au quartier de fournir des plants gratuits aux habitants qui le demandent.
La mairie de quartier s’est fixé entre 1 000 et 5 000 m² de désimperméabilisation par an. Cela paraît peu. Mais c’est beaucoup : « Un égout végétalisé de quelques mètres carrés conduit 20 % de l’eau dans les canalisations, mais en infiltre 80 % dans la terre et peut drainer une surface de plus de 500 m2 », précisent les services de l’Agence pour l’eau de pluie.
Les voisins acteurs d’initiatives
Ingénieur agronome, Jochen Flenker croit dur en l’avenir de la capitale-éponge. Mais il sait que Berlin en est à ses débuts : « C’est un combat incessant qui doit conduire à un changement de perspective à tous les niveaux. Prenez la question de la maintenance des sols de l’espace public. Mon quartier reçoit de la ville 3 euros par an pour 1 m² d’asphalte ou de béton, mais seulement 0,72 euro pour 1 m² d’espace vert. Ce devrait être l’inverse. Heureusement qu’il y a de nombreuses associations locales qui nous facilitent la tâche et ouvrent parfois le chemin », explique-t-il.
Il évoque notamment l’initiative Fritschestrasse, lancée par deux voisins et copains hauts en couleur : Jörg Winners, producteur de films, et Hans Jürgen Zschäbitz, corniste retraité de l’orchestre du Deutsches Oper.
Coupée en deux par le grand boulevard de la Bismarckstrasse, le segment nord de la Fritschestrasse, où l’on retrouve quelques immeubles wilhelminiens, est un microcosme bien rafraîchissant. « Notre projet est parti de rien, pendant le Covid. Nous avons décidé de verdir les parterres d’arbres de la rue, de les entourer avec des pierres et d’installer des bancs ici et là. Mais aussi un “mini-parc” dégoulinant de verdure qui occupe deux places de parking », se rappelle Jörg Winners.
Puis le groupe de voisins a grandi et l’action s’est structurée : « Chaque arbre a un parrain ou une marraine qui veille au grain. C’est essentiel pour la pérennité du projet et de l’engagement. En 2023, nous avons installé plusieurs réservoirs le long des murs qui récupèrent une partie de l’eau de pluie. Chacun peut ainsi arroser à son gré », explique Hans Jürgen Zschäbitz en montrant un grand monolithe doté d’un robinet et devant lequel attendent des arrosoirs.
Mais les deux compères, qui travaillent depuis activement avec Jochen Flenker et ses services, ne se sont pas arrêtés là. « Nous avons conçu un parterre entouré de branchages, d’une haie sèche, bordée de deux grosses pierres faites pour les chiens et qui évitent que l’urine ne tombe sur les plantes. Cela marche tellement bien qu’il y en a maintenant une cinquantaine et le quartier a officiellement adopté le modèle pour tous les futurs parterres du quartier », ajoute Jörg Winners.
Il évoque ainsi le passage fréquent de journalistes, mais aussi de délégations d’autres villes, au point que l’initiative, déjà primée, est désormais reprise dans plusieurs autres villes, dont Hamburg, sous le nom du modèle berlinois. « Notre prochain objectif est d’augmenter les espaces verts en réduisant le nombre de voitures via la mise en place un système d’autopartage pour le voisinage », disent les deux amis avant de partir arroser leur rue.
Des légumes aux pieds des immeubles : une micro-ferme gérée par des habitants nourrit un quartier
Fabien Ginisty (L’Âge de faire)
https://basta.media/Des-legumes-aux-pieds-des-immeubles-micro-ferme-quartier-Vernes-Givors-geree-par-des-habitants-nourrit-un-quartier
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Une micro-ferme maraîchère est expérimentée dans le quartier des Vernes à Givors (Rhône). Des habitants la gèrent et vendent la production sur place avec trois tarifs différents. Un article du journal L’âge de faire qui rend visible les alternatives.
Les fraises et les épinards n’ont pas attendu le calendrier officiel : « On a dû commencer les ventes plus tôt que prévu. » Hélène Lucius et les autres ont monté leur stand dès mi-mai sur la place. « Quand on ouvre le parasol, c’est le signal, les gens commencent à arriver. » La place, c’est celle du secteur Duclos, dans le quartier des Vernes, 3 000 habitants, dont les tours surplombent la ville de Givors, dans la vallée du Gier, à mi-chemin entre Lyon et Saint-Étienne. Hélène, Ivan, Saïd et les autres sont les acteurs principaux d’une expérimentation unique en France : du maraîchage en pied d’immeuble, par les habitants. Jusque-là, rien d’exceptionnel.
Ce qui l’est, c’est que les fruits et légumes produits sont vendus sur place, donc en priorité aux habitants. « On pratique trois tarifs différents et ce sont les consommateurs qui choisissent.
Le moins cher inclut le coût des semences, le second inclut aussi les charges, en particulier l’eau (du réseau d’eau potable), le troisième est aligné sur les prix pratiqués en magasin bio », détaille Hélène.
C’est la deuxième saison que le jardin des Vernes est en production. Les parcelles destinées à la vente (environ 1 500 m²) et entretenues collectivement se mélangent aux parcelles « privatives », classiques des jardins ouvriers. Le tout s’étend en terrasses sur environ 3500 mètres carré, séparé de l’extérieur par des barrières en lattes de bois et des portillons sans cadenas. « On avait peur qu’il y ait des dégradations mais non, c’est très respecté », remarque Hélène. La mairie, qui prête cette ancienne friche, a mis des bancs autour. « C’est devenu un lieu de convivialité, assure-t-elle, même s’il manque de l’ombre. » Le collectif organise régulièrement des événements festifs autour de son activité.
« Pour pouvoir manger sain »
Le Jardin des Vernes n’est pas parti des habitants : il a été initié dans le cadre de la réhabilitation du quartier, et bénéficie notamment des financements de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine). L’association nationale La Sauge coordonne le projet et accompagne les habitants investis, avec l’idée qu’ils « montent en compétences » et qu’à terme, ils soient autonomes dans la gestion du jardin et qu’ils créent leur propre association.
Hamza Benmadi habite au rez-de-chaussée de l’immeuble de neuf étages qui fait face au jardin. « Je peux voir les parcelles depuis ma fenêtre », sourit le « micro-fermier », parmi les plus investis. C’est notamment lui qui est responsable de la production, « en binôme avec Agathe », salariée de La Sauge. Ils ont déterminé ensemble le plan de cultures et veillent à tenir le calendrier pour les différentes productions.
« Mon déclic, ça a été la lecture d’un livre qui parlait des additifs et des pesticides dans l’alimentation, raconte Hamza. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chercher une parcelle et à me renseigner sur le maraîchage, en regardant des vidéos sur Internet. Pour pouvoir manger sain et manger des légumes qui ont du goût. » En 2023, il se voit proposer un logement social dans le secteur Jacques Duclos. 2023, c’est aussi l’année des premières réunions d’information pour la mise en place du jardin… le hasard fait parfois bien les choses.
« Beaucoup de boulot »
Hélène, elle, est référente sur les finances. « On a fait un sondage pour savoir ce que les habitants aimeraient. » Cette saison, il y aura plus de coriandre, peut-être un peu moins de fenouil, et surtout des pommes de terre, absentes l’an dernier. « Certaines personnes nous découvrent encore parce qu’on n’est pas sur la place centrale des Vernes. Avec le bouche-à-oreille, je pense qu’on vendra plus cette année.
Avec l’argent gagné l’an dernier, le collectif a pu investir dans un goutte-à-goutte. La Sauge a également installé une serre et une pépinière. Et quand tous les investissements seront faits et que la tréso sera bénéficiaire, que deviendra l’argent ? Hamza sourit à l’idée : « On achètera d’autres parcelles ! »
La principale limite, pour l’heure, est ailleurs : « C’est beaucoup de boulot, le maraîchage ! » Lui est traducteur à Lyon, Hélène travaille dans la logistique … Les six micro-fermiers – bientôt neuf – ont tous une vie professionnelle bien remplie à côté, de sorte que le travail d’Agathe, sur le terrain mais aussi dans l’organisation des chantiers participatifs, ou encore à l’accueil des bénévoles, est indispensable. Or, les financements pour l’accompagnement de La Sauge ne sont pas destinés à être pérennes.
Boîte noire
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