Mundu mailan inoiz erregistratu den abuzturik beroena izan da aurtengoa
Eneko Imaz Galparsoro
www.argia.eus/albistea/historiako-hilabeterik-beroena-izan-da-abuztua
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Lurraren gainazaleko batezbesteko tenperatura 16,96 gradukoa izan da, 2023ko uztailean baino 0,01 gradu gehiago. Euskal Herrian inoiz izandako udarik beroena izan da aurtengoa. 1850 eta 1990 artean izandako batezbestekoen aldean, abuztua 1,65 gradu beroagoa izan da.
Aurreikuspenak baieztatu ditu Copernicusek, Europako Batasunak klima aldaketa ikertzeko sorturiko programak. Haren arabera, muturreko tenperatura horiek bi arrazoi nagusiren ondorioz erregistratu dira: erregai fosilak eragindako klima aldaketa, eta, El Niño klima fenomenoa. Azken horren eraginez, besteak beste, itsasoaren eta airearen tenperaturak nabarmen berotzen dira.
Horren guztiaren erakusle, abuztuan airearen tenperaturak goia jo du, baita itsasoko urenak ere: Ipar eta Hego poloetako itsasoen tenperatura kontuan hartu gabe, itsasoaren tenperatura batezbeste 21,07 gradukoa izan da abuztuan.
Gainera, erregistroak daudenetik, Euskal Herrian inoizko uda meteorologikorik beroena izan da aurtengoa, baita Europa mendebaldean ere. Izan ere, 1991 eta 2020 artean izandako batezbestekoekin alderatuta, 2026ko udan Europa mendebaldean tenperatura 2,54 gradu beroagoa izan da.
2015eko Parisko Akordioetan 2100. urterako lurrazaleko tenperatura orokorra 2 gradu ez igotzea helburu gisa ezarri zuten, 1850 eta 1900 bitartean izandako batezbestekoarekin alderatuta, eta, ahal dela, 1,5 gradura ez iristea. 1,5 graduko kalkulu hori hogei urteko batezbestekoekin kalkulatzen da. Halere, langa hori hurrengo urteetan gaindituko dela iragarri zuen aurreko astean NBE Nazio Batuen Erakundearen txosten batek.
Le réchauffement climatique à venir pourrait avoir été sous-estimé
Vincent Lucchese
https://reporterre.net/Le-rechauffement-climatique-a-venir-pourrait-avoir-ete-sous-estime-de-0-4-oC
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Pergélisol, feux de forêt… Des sources d’émission de carbone peu prises en compte dans les modèles actuels pourraient alourdir de 0,4 °C les projections du réchauffement climatique d’ici la fin du siècle.
Alors que les politiques climatiques nous placent actuellement sur une trajectoire de réchauffement catastrophique de 2,7 °C environ d’ici la fin du siècle, cette projection pourrait être sous-estimée de près de 0,4 °C, d’après une étude parue le 10 septembre dans la revue Environmental Research Letters. En cause, des sources d’émission de carbone qui ne sont pas ou peu prises en compte dans les modèles climatiques : celles du pergélisol, des feux de forêt, des zones humides et des milieux d’eau douce.
Ces milieux sont responsables de ce que l’on appelle des boucles de rétroaction positive. Lorsque le climat se réchauffe, cela augmente les émissions de carbone issues de sources « naturelles », qui à leur tour intensifient le réchauffement, dans un cercle vicieux qui s’auto-alimente.
Par exemple, lorsque les terres gelées en permanence des régions arctiques, qu’on appelle le pergélisol, se mettent à dégeler, cela réactive les micro-organismes qui s’y trouvent et libère du carbone. Le changement climatique intensifie de même fortement les feux de forêt, libérant le carbone stocké dans les arbres, tandis que la chaleur stimule la vie microbienne des eaux et zones humides qui émettent alors davantage de méthane.
0,2 °C à 0,4 °C de plus
Problème : ces phénomènes sont complexes, impliquent de très nombreux écosystèmes répandus un peu partout sur la planète et sont donc mal représentés dans les modèles climatiques. Certains modèles prennent en compte les feux de forêt ou le dégel du pergélisol, mais aucun des onze modèles du système Terre, utilisés dans le chapitre du dernier rapport du Giec consacré aux boucles de rétroaction biogéochimiques, ne prend en compte les quatre phénomènes susmentionnés, soulignent les auteurs de cette nouvelle étude.
Ils ont donc entrepris d’évaluer les émissions cumulées de ces quatre processus, en les intégrant à un modèle climatique simplifié. D’après leurs estimations, dans le scénario médian — celui qui correspond aux politiques climatiques actuelles — la hausse supplémentaire de température à attendre serait de 0,4 °C.
Une hausse loin d’être anodine. À titre de comparaison, entre un monde à 1,5 °C et un monde à 2 °C, le Giec estime que les 0,5 °C de différence exposent 10 millions de personnes en plus aux risques liés à la montée des eaux et font passer la mort des coraux d’environ trois-quarts à… 99 % d’entre eux. En outre, chaque dixième de degré de plus aggrave les risques de passer des points de bascule climatique aux effets cataclysmiques.
Dans un scénario d’actions climatiques très ambitieuses limitant le réchauffement planétaire en dessous de 2 °C, le surplus à prendre en compte serait d’environ 0,2 °C. Dans les deux cas, le pergélisol compte à lui seul pour près de la moitié de la hausse.
Les auteurs de l’étude se sont eux-mêmes dit surpris par l’ampleur de l’influence de ces boucles de rétroaction. « Cela signifie que la réduction rapide des émissions liées aux énergies fossiles est encore plus urgente que ce que suggèrent les projections climatiques actuelles », souligne Brian Buma, climatologue pour l’Environmental Defense Fund, et co-auteur de l’étude. « La bonne nouvelle est que cela dépend de nous : baisser dès maintenant nos émissions limiterait la sévérité de ces boucles de rétroaction. »
D’inquiétantes incertitudes à lever
« Cette étude paraît scientifiquement sérieuse, et le problème qu’elle soulève est réel », commente Philippe Ciais, spécialiste du cycle du carbone au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, qui n’a pas participé à ces travaux.
Si les modèles ont du mal à représenter les réponses des systèmes naturels à un niveau de réchauffement donné, le physicien rappelle que ces incertitudes sont tout de même en partie prises en compte dans les derniers rapports sur le climat.
« Ces rétroactions sont effectivement absentes ou incomplètement représentées dans beaucoup de modèles du dernier rapport du Giec. Mais le Giec en tient déjà compte de manière séparée, dans son évaluation des rétroactions du cycle du carbone et du budget carbone restant, en particulier pour le pergélisol », dit-il.
Reste que les effets combinés de ces phénomènes pourraient être plus importants que prévus. L’incertitude autour de l’intensité de cette menace ne la rend pas moins inquiétante. Les auteurs de l’étude reconnaissent également que leur évaluation comporte plusieurs limites et carences.
L’urgence d’agir
Certaines vont dans le sens d’une aggravation du problème : d’autres sources de rétroactions d’émissions n’ont, par exemple, pas été prises en compte, comme la hausse des émissions de méthane issues de la culture du riz, ou le CO2 émis par le dépérissement des forêts, hors feux.
À l’inverse, d’autres phénomènes non pris en compte pourraient générer des boucles de rétroaction négatives, c’est-à-dire étant de nature à limiter le réchauffement. C’est le cas, par exemple, de la pousse de végétation là où fond le pergélisol et qui pourrait stocker une quantité non négligeable de carbone.
En résumé : le pire n’est pas encore certain mais les raisons de s’inquiéter ne font que se multiplier. Tant que l’on n’aura pas mieux intégré ces phénomènes dans les modèles climatiques — ce à quoi s’emploient activement les modélisateurs — il est probable que l’on sous-estime la gravité du réchauffement à venir, et que l’on surestime notre budget carbone restant.
La conclusion reste invariablement la même : il est urgent, dès maintenant, d’engager la sortie fulgurante des énergies fossiles et du système agro-alimentaire industriel, qui hypothèquent l’avenir de la vie humaine sur cette planète.
Écoles, logements : la rénovation énergétique, éternelle variable d’ajustement budgétaire
Lucie Delaporte
www.mediapart.fr/journal/ecologie/090926/ecoles-logements-la-renovation-energetique-eternelle-variable-d-ajustement-budgetaire
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Des logements bouilloires devenus invivables, des écoles contraintes de fermer… Malgré les températures exceptionnelles de ces derniers mois, le gouvernement a choisi de saborder la rénovation thermique des bâtiments.
Les lambeaux de film or et argent autour des fenêtres des écoles qui subsistent en cette rentrée scolaire sont là pour nous le rappeler. Avec les températures record enregistrées depuis le printemps, l’impréparation de l’État devant l’intensification du dérèglement climatique s’est révélée avec brutalité.
Face à des salles de classe soumises à des chaleurs insupportables pour les organismes – des adultes, et encore plus des enfants –, le personnel éducatif n’a eu d’autre solution que de scotcher dans l’urgence ces couvertures de survie aux fenêtres.
Un rempart bien fragile face aux températures qui s’affolent et qui n’a pu éviter la fermeture temporaire de près de 4 000 écoles, beaucoup d’établissements choisissant d’adapter leurs horaires pour parer au plus urgent.
Devant l’activation de ce mode « survie », donc, dans les écoles de la septième puissance économique mondiale, le gouvernement a annoncé fin juin un « plan d’urgence » doté de 50 millions d’euros pour adapter les établissements scolaires aux pics de chaleur. Des déclarations devant les caméras, suivies d’un recul quasi immédiat.
Une question de santé publique
Comme l’a révélé Politico, Matignon a en effet choisi, mi-juillet, d’amputer cette enveloppe de 40 millions d’euros pour la ramener à 10 millions d’euros.
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Les sommes promises par le gouvernement, qui paraissaient déjà extrêmement faibles, ne devaient pas servir à rénover thermiquement les écoles mais à réaliser des « diagnostics » et des « audits ». Après des années d’annonces politiques sur le sujet – on n’en est hélas pas au premier été caniculaire –, le macronisme finissant commande encore des rapports d’expertise pour savoir où il faut agir… Désespérant.
Il y a six ans, le rapport Demarcq consacré au sujet chiffrait le coût global de la rénovation énergétique des bâtiments scolaires à 40 milliards d’euros sur dix ans. Un investissement de 4 milliards d’euros par an est donc en réalité nécessaire. Depuis ? Rien ou presque.
Plus personne ne comprend rien à MaPrimeRénov’ et les demandes de subvention par ce dispositif se sont effondrées.
Avec un bilan provisoire de 7 000 décès liés aux chaleurs extrêmes de cet été, on aurait pu également attendre du gouvernement qu’il passe à la vitesse supérieure sur la rénovation énergétique des logements. Une question de santé publique qui se pose, et va se poser, année après année, de manière plus cruelle. Avec un très fort renforcement des inégalités sociales.
Et là encore, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le projet de loi de « relance du logement » du ministre Vincent Jeanbrun, adopté au Sénat le 8 juillet et qui va revenir à l’Assemblée nationale cet automne, prévoit d’offrir cinq ans supplémentaires aux propriétaires qui louent des passoires thermiques pour réaliser des travaux. Un cadeau fait aux propriétaires au nom de la crise du logement mais qui passe par pertes et profits les difficultés à vivre dans leur logement – gelé ou bouillant, selon la saison – des locataires.
Pour masquer son impéritie, le gouvernement a donc publié un arrêté le 26 août pour modifier le calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) des logements chauffés à l’électricité. Un bidouillage ultra-technique, largement passé sous les radars médiatiques, mais qui permet de faire disparaître d’un coup de baguette magique – sans aucuns travaux dans les logements – plus de 300 000 passoires thermiques interdites à la location.
Enfin, pour compléter le tableau de ce désengagement général, le gouvernement a procédé en cette rentrée à une nouvelle réforme des aides à la rénovation via MaPrimeRénov’. Des aides drastiquement réduites pour résumer. Et le vingtième changement des règles d’attribution en seulement trois ans, dénonce le secteur du bâtiment.
Plus personne n’y comprend rien et les demandes de subvention par ce dispositif se sont effondrées. Le nombre de dossiers déposés à l’Agence nationale de l’habitat (Anha) a été divisé par quatre entre le premier semestre 2025 et les six premiers mois de 2026.
La prise en compte de la chaleur extrême dans les logements n’est, par ailleurs, toujours pas d’actualité pour accéder à ces enveloppes.
Bercy, qui a toujours considéré la rénovation énergétique des bâtiments comme une pure variable d’ajustement budgétaire, peut se frotter les mains.
Une cécité politique qui aura traversé les deux mandats d’Emmanuel Macron et que l’histoire jugera.
Dominique Méda, sociologue : « Pour réussir la transition écologique, nous devons conditionner les aides publiques à la réduction des coûts sociaux »
Dominique Méda est professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen.
www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/05/dominique-meda-sociologue-pour-reussir-la-transition-ecologique-nous-devons-conditionner-les-aides-publiques-a-la-reduction-des-couts-sociaux_6766320_3232.html
Article
Face au dérèglement climatique et à ses conséquences, les dirigeants politiques ne peuvent plus tergiverser et doivent adopter les voies et moyens pour changer de modèle économique. Cela tombe bien, car des solutions existent, estime, dans sa chronique, la chercheuse.
Malgré les souffrances et les dégâts qu’ils ont provoqués, les événements météorologiques de l’été [canicules à répétition, sécheresse et incendies] ont eu un effet essentiel : enfin, les médias commencent à s’intéresser à la question du dérèglement climatique ; enfin, la réalité des conséquences de celui-ci se fait sentir dans notre chair ; enfin, l’immigration et la dette ne sont plus les seuls sujets brûlants du débat public.
Aucun candidat qui brigue la présidence de la République [en 2027] ne pourra désormais se soustraire à l’obligation d’expliquer la place que la lutte contre le changement climatique occupe dans son programme, et les moyens qu’il compte utiliser pour protéger la population et faire diminuer notre empreinte carbone.
Nous – citoyens, associations, institutions publiques, médias… – devrons tout mettre en œuvre pour que les débats soient bien informés, car l’heure est grave. Nous avons besoin d’un programme sérieux faisant de la transition écologique la priorité absolue et organisant autour de celle-ci les politiques sectorielles sur vingt ans.
Un changement radical doit être planifié, à savoir une reconversion de notre économie, mais aussi de nos manières de vivre, de produire et de consommer. Diminuer résolument nos émissions de gaz à effet de serre exige de reconstruire nos villes, notre industrie, notre agriculture, nos modes de déplacement. Les financements à mobiliser sont élevés. L’Institut de l’économie pour le climat a calculé qu’un investissement supplémentaire de 87 milliards d’euros était nécessaire à l’horizon 2030 [par rapport au niveau de 2024] pour réduire fortement nos émissions, les principaux postes concernant le bâtiment et les transports. L’alimentation, l’agriculture et l’adaptation n’étant pas comprises dans cette estimation, il faut sans doute y ajouter entre 5 milliards et 10 milliards d’euros.
Cartographier les coûts sociaux
Ces montants sont énormes, mais le coût de l’inaction serait nettement supérieur. Par ailleurs, ces dépenses ne seront pas exclusivement supportées par la puissance publique. Surtout, une partie d’entre elles existe déjà et sera réorientée. Nous économiserons l’essentiel de la facture pétrolière et gazière de 60 milliards d’euros par an dont nous nous acquittons auprès de pays qui peuvent à tout moment cesser leurs approvisionnements. En outre, les 67 milliards d’euros qui servent actuellement à porter à bout de bras le système agroalimentaire et à réparer ses impacts négatifs pourront soutenir le déploiement d’une agriculture écologique régénérant les sols et permettant à toute la population d’accéder à une alimentation de qualité produite localement.
Par conséquent, il faut cartographier et rendre visibles les coûts sociaux de notre développement actuel afin d’organiser le fléchage des financements vers les investissements prioritaires et d’adopter une nouvelle comptabilité publique. Ce devrait être une première étape vers un changement de modèle économique et la rupture avec la conception tronquée du bien-être social que nous a léguée l’économie dominante il y a plusieurs décennies. Nous aurions tout intérêt, pour y parvenir, à nous inspirer des travaux pionniers de l’économiste institutionnaliste Karl William Kapp (1910-1976) dans son ouvrage Les Coûts sociaux de l’entreprise privée (1950, actualisé en 1963, traduit en 2015 par Les Petits Matins).
Il s’agit d’un ouvrage majeur, dont l’importance a été occultée en raison de la diffusion de l’économie néoclassique dans les universités après les années 1950, mais dont l’actualité est saisissante. Kapp démontre que les coûts sociaux ne sont pas des « accidents » que l’on peut corriger à la marge. Ils résultent du fonctionnement normal d’un système qui cherche à maximiser le profit privé : les entreprises transfèrent une partie de leurs coûts (pollution, maladies, accidents, destruction des ressources) à la collectivité.
Kapp définit ces coûts sociaux comme « toutes les pertes directes et indirectes subies par des tiers ou par la société entière à la suite d’activités non réfrénées. Ces pertes sociales peuvent prendre la forme d’atteintes à la santé humaine ; elles peuvent se manifester par la destruction ou la détérioration des biens ou par l’épuisement prématuré des ressources naturelles ».
Définir des objectifs concrets
L’ouvrage passe en revue et estime les coûts sociaux de la pollution de l’air et de l’eau, de la surexploitation des ressources renouvelables et non renouvelables, des accidents du travail, des changements technologiques et de l’obsolescence programmée. Il rappelle que de nombreux coûts sont impossibles à évaluer et dénonce les analyses coûts-bénéfices. Sa démonstration est implacable : les externalités ne sont pas des « imperfections du marché » ; elles sont structurelles. Il ne suffit donc pas, comme le suggérait l’économiste britannique Arthur Pigou (1877-1959), de les corriger par une taxe. Il s’agit plutôt de définir, avec les citoyens et les scientifiques, des objectifs concrets, des limites physiques, des seuils et des taux d’exploitation qui dessinent le périmètre du possible et du désirable.
Si nous adoptions cette philosophie, nous pourrions progressivement déplacer le centre de gravité de l’économie de la seule rentabilité privée vers la satisfaction des besoins sociaux, dans le respect des limites écologiques de la planète. Il nous faudrait pour cela : créer une comptabilité publique des coûts sociaux de chaque entité ; conditionner les aides publiques à la réduction de ceux-ci ; et financer les investissements permettant de supprimer les coûts sociaux et/ou la reconversion des entités non durables.
Une telle transformation, d’une ampleur comparable à celles qui ont suivi les deux guerres mondiales, ne pourrait être pleinement efficace que si elle était financièrement soutenue et mise en œuvre à l’échelle européenne. Elle permettrait de rendre le continent plus compétitif – dans un sens certes différent de celui que souhaitent Mario Draghi [l’ancien président de la Banque centrale européenne, de 2011 à 2019] et le [laboratoire d’idées] Rhine Group, qu’il vient de créer –, mais sans doute plus riche.
Construire Euskal Herria par le bas
Nikolas Blain
www.enbata.info/articles/construire-euskal-herria-par-le-bas/
Article
Après le développement de l’Eusko, la tentation est grande d’un zazpiak bat monétaire, intégrant les futures monnaies d’Hegoalde. Un fédéralisme monétaire, renforçant l’ancrage local, ne serait-il pas préférable ?
Il y a des mots qui réveillent immédiatement quelque chose en nous. Euskal Herria en fait partie. Il suffit parfois de dire « sept provinces », de tracer le vieux 4+3, de parler d’une monnaie commune, d’une institution nationale ou d’un espace économique basque, pour que beaucoup sentent remonter une évidence profonde : notre pays existe, même lorsqu’aucun État ne le reconnaît comme tel.
Mais précisément parce que cette évidence est forte, il faut se méfier des raccourcis. Euskal Herria ne naîtra pas d’un logo, d’un slogan ou d’une décision prise d’en haut. Depuis des décennies, c’est ainsi que nous avançons. Par les ikastola, par les médias en euskara, par l’agriculture paysanne, par les coopératives, par les associations culturelles, par les outils économiques, par les expériences locales qui deviennent peu à peu des références. Tout a été construit, souvent lentement, souvent difficilement, par le bas.
C’est dans cette histoire que s’inscrit l’Eusko. Une monnaie locale, citoyenne, écologique, euskaldun, née en Iparralde en 2013. Elle s’est développée parce que des milliers de particuliers, de professionnels, d’associations, de collectivités, de bénévoles et de salariés ont accepté de lui donner du temps, de la confiance et de la crédibilité.
« Euskal Herria ne naîtra pas d’un logo, d’un slogan ou d’une décision prise d’en haut. Depuis des décennies, tout a été construit, souvent lentement, souvent difficilement, par le bas. »
Lors de l’AG extraordinaire du 12 septembre prochain, les adhérents de l’Eusko devront décider si la monnaie locale d’Hegoalde pourra s’appeler Eusko dès cette année ou si, tant qu’elle sera techniquement différente de l’Eusko (les eusko d’Iparralde ne seront pas utilisables en Hegoalde et vice-versa) et qu’un certain nombre de questions liées à la gouvernance et aux processus de décisions ne sont pas tranchées, elle devrait choisir un autre nom qui éviterait toute confusion dans cette phase préparatoire.
Ces dernières années, les motivations d’adhésion sont systématiquement demandées à l’ouverture de compte. Et on se rend compte que la première raison nettement en tête est le soutien à l’économie locale et au commerce de proximité.
Monnaie locale, monnaie nationale
Une monnaie locale n’est pas seulement un nom imprimé sur un billet ou affiché sur une application. C’est un circuit économique. C’est un réseau de confiance. C’est une manière de sélectionner les professionnels qui peuvent entrer dans le réseau. C’est aussi un outil de passage à l’action pour redonner le pouvoir monétaire aux habitants. Pour susciter l’adhésion, la condition la plus importante est celle de la facilité à adhérer et l’utiliser. Les habitants doivent comprendre immédiatement comment ça fonctionne et pouvoir prendre en main facilement l’outil.
Les réalités économiques, agricoles et industrielles ne sont pas les mêmes dans toutes les provinces. Les filières de qualité, les cadres juridiques, les habitudes d’engagement, les rapports aux institutions, les rythmes diffèrent fortement d’un territoire à l’autre. On ne peut pas faire comme si le seul partage d’un imaginaire national suffisait à garantir une application commune des mêmes exigences.
Prenons l’exemple des valeurs. Dire que l’on partage une charte est une chose. La faire vivre en est une autre. En Iparralde, l’Eusko s’appuie notamment sur des repères existants pour l’agriculture, comme certaines filières de qualité ou l’agriculture biologique. Un exemple venu d’un tout autre domaine permet de comprendre cette tension. La Korrika marque sans doute mieux que beaucoup d’autres initiatives la territorialité d’Euskal Herria dans son ensemble. Elle traverse les provinces, relie les villages, donne à voir un peuple en mouvement autour de l’euskara. Mais lorsqu’un départ de Korrika se tient dans une commune, la question se pose aussi de savoir quelle place est laissée aux dynamiques locales. Si les militant·es de la gau eskola locale souhaitent travailler avec des producteurs, restaurateurs, techniciens et prestataires locaux, cela devrait pouvoir être possible. Or, lors d’une édition passée, une partie de l’organisation est arrivée avec ses propres cadres et ses propres prestataires, extérieurs aux communes impliquées dans l’organisation. Le symbole national était bien là. Mais la capacité du territoire d’accueil à faire vivre ses propres réseaux économiques et militants s’en est trouvée limitée.
Cet exemple ne retire rien à la force de la Korrika et le respect dû à ses bénévoles et salariés. Il questionne simplement la manière dont un projet national sert aussi des enjeux locaux. Nous n’avons pas grand intérêt à reproduire partout le même modèle, que l’on soit à Gatika, Baigorri ou Elizondo.
Assemblée générale 2026 d’Euskal Moneta le samedi 20 juin 2026 à Sara qui a ouvert une phase d’information et de consultation autour du projet de monnaie locale en Hegoalde, Gure Moneta.
Dans le cas de l’Eusko, l’enjeu de l’Assemblée générale extraordinaire du 12 septembre n’est donc pas de savoir si nous sommes pour ou contre Euskal Herria. La toute première question, par honnêteté intellectuelle avec les personnes qui font vivre l’Eusko au jour le jour sur le territoire, c’est de savoir s’il doit devenir un outil de construction nationale. Si la possibilité d’une circulation à l’échelle des 7 provinces est évoquée dans les règles de fonctionnement, il convient de rappeler que l’Eusko n’est pas un outil abertzale. De ce fait, la question est de savoir si les centaines de personnes qui ont un rôle actif dans l’association souscrivent à ce projet et dans quelles conditions.
On peut vouloir une monnaie basque commune à terme et considérer qu’il faut commencer par une expérimentation sous un autre nom. On peut vouloir coopérer étroitement avec Gure Moneta et refuser que la marque Eusko soit utilisée avant que les garanties soient suffisamment solides. On peut être profondément attaché à la construction nationale et penser qu’elle sera plus forte si elle respecte les outils déjà construits.
Privilégier le fédéralisme et la coopération
En Iparralde en particulier, on connaît le centralisme jacobin qui dicte l’organisation hexagonale et dont nous affrontons les conséquences depuis des décennies au détriment de nos initiatives territoriales. Alors, il est pertinent de se demander quel Euskal Herria nous voulons demain.
Les monnaies locales comme l’Eusko servent un territoire, elles créent des relations sociales entre professionnels, commerçants, habitants, associations…
Il faut reconnaître que même à l’échelle d’Iparralde, territoire de 158 communes et environ 330 000 habitants, ce soutien au lien social reste encore un axe à renforcer. Alors, à terme, si une monnaie circule sur un territoire de 3,3 millions d’habitants et près de 700 communes, est-on toujours en train de parler de monnaie locale ? À cette échelle, on change de nature. On peut rêver d’une monnaie que l’on appellerait nationale mais on n’est plus sur les fondamentaux de l’Eusko pensés et développés depuis 2013.
« Une vraie dynamique transfrontalière ne se décrète pas. Elle se construit en prenant le temps de comprendre les différences entre territoires. »
Une autre voie mérite au moins d’être étudiée : celle d’un fédéralisme monétaire euskaldun. Plutôt que de décréter une monnaie unique sur l’ensemble d’Euskal Herria, il s’agirait de permettre à chaque territoire de construire sa propre monnaie locale, avec ses réseaux, ses critères, ses réalités économiques et sociales, puis de travailler progressivement à leur interopérabilité. Autrement dit, ne pas remplacer les dynamiques locales par une marque nationale unique, mais organiser leur coopération.
Une telle approche aurait le mérite de respecter ce qui fait la force d’une monnaie locale : son ancrage. Elle permettrait aussi de construire une perspective commune sans nier les différences entre Iparralde, Navarre, Euskadi où les conditions sociales, agricoles, économiques et institutionnelles ne sont pas les mêmes. Ce serait une manière de faire nation sans reproduire un modèle centralisé.
Ni fermer la porte, ni brûler les étapes
Une vraie dynamique transfrontalière ne se décrète pas. Elle se construit en prenant le temps de comprendre les différences entre territoires, d’aligner les valeurs non seulement dans les textes mais dans les pratiques, de vérifier les usages, de former les professionnels, de bâtir une base sociale réelle, de créer de la confiance entre équipes et entre instances. Ce temps n’est pas un obstacle. Il est la condition même d’une coopération durable.
Construire Euskal Herria par le bas, ce n’est pas refuser l’unité. C’est refuser qu’elle soit seulement proclamée. C’est préférer les fondations aux effets d’annonce. C’est accepter qu’un nom commun n’ait de sens que s’il repose sur des pratiques communes suffisamment solides. C’est comprendre qu’un outil qui a mis plus de dix ans à gagner la confiance de son territoire ne peut pas engager cette confiance sans garanties. Le Pays Basque dont nous avons besoin ne viendra pas d’en haut. Il ne viendra pas non plus d’un geste symbolique isolé. Il viendra de la rencontre entre des outils solides, des bases sociales réelles et des coopérations respectueuses. Le plus long chemin est parfois le seul qui mène quelque part.
Et si le vivant nous apprenait à privilégier la robustesse plutôt que la seule performance ?
Une conférence d’Olivier Hamant
www.univ-lemans.fr/fr/actualites/en-2026/conference-olivier-hamant.html
Article
Vendredi 13 mars 2026, Le Mans Université accueillait Olivier Hamant, biologiste et chercheur à l’INRAE, pour la première conférence du cycle « grand témoin de la transition ». Lycéens, étudiants et personnels de l’université ont pu découvrir comment s’inspirer du vivant pour repenser notre rapport à la performance, à l’adaptation et à la durabilité.
Pourquoi la robustesse est un enjeu aujourd’hui ?
Crises climatiques, tensions géopolitiques, instabilité économique… nos sociétés font face à des transformations rapides et durables. Dans ce contexte, la recherche de performance – aller toujours plus vite, plus loin, plus efficacement – montre ses limites.
Comment construire des modèles capables de durer dans un monde incertain ? Comment s’adapter aux imprévus sans s’effondrer ?
Ces questions sont aujourd’hui au cœur des réflexions scientifiques, économiques et sociétales abordées par Olivier Hamant lors de sa conférence.
Mini bio d’Olivier Hamant
Olivier Hamant est biologiste, chercheur à l’INRAE et directeur de l’Institut Michel Serres.
Auteur d’une centaine d’articles scientifiques et de plusieurs ouvrages, il relie ses recherches sur le vivant à des projets mêlant science, art et éducation, en lien avec les enjeux de l’Anthropocène.
Ses travaux questionnent nos modes d’action pour construire un futur plus robuste et durable.
Un autre regard sur le vivant
Le concept de robustesse, issu des sciences du vivant, propose une autre approche. Contrairement aux idées reçues, la nature ne cherche pas la performance maximale. Elle privilégie la capacité à : encaisser les chocs, s’adapter aux perturbations, durer dans le temps.
Dans ce cadre, des caractéristiques souvent perçues comme des faiblesses – diversité, lenteur, redondance, imperfections – deviennent des leviers essentiels de stabilité. Appliquée aux sociétés humaines, cette notion invite à repenser nos façons de produire, d’apprendre, de coopérer et d’innover.
Ce que la conférence apporte à la réflexion
Invité par Le Mans Université, Olivier Hamant a proposé, lors de sa conférence du 13 mars, une lecture accessible et stimulante de ces enjeux.
Parmi les idées clés abordées :
- les limites des modèles fondés sur la performance et l’optimisation permanente,
- l’intérêt de s’inspirer du vivant pour construire des systèmes plus adaptatifs,
- l’existence d’initiatives concrètes (low-tech, agroécologie, économie sociale et solidaire…) qui expérimentent déjà des modèles plus robustes.
Un message fort se dégage : les transformations sont déjà à l’œuvre et ouvrent des perspectives nouvelles pour penser l’avenir.
« Cette intervention ouvre de nouveaux chemins de pensée et partage des objectifs communs pour repenser notre université. »
Delphine Letort, présidente de Le Mans Université.
« Cette conférence montre notre engagement collectif dans des réflexions et actions en faveur des transitions. »
Amélie Notais, vice-présidente déléguée à la transition sociétale et environnementale.
Un enjeu qui résonne avec les engagements de l’université
À travers ces engagements, Le Mans Université affirme sa volonté de contribuer à la compréhension des grands enjeux contemporains et à l’accompagnement des transformations à venir. La politique DDRS (Développement durable et responsabilité sociétale) de l’université invite chacun au sein de la communauté universitaire (enseignants, étudiants, personnels administratif et chercheurs) à se mobiliser et à agir concrètement pour devenir acteur clé des transitions écologiques et sociétales. Elle vise à intégrer le développement durable dans toutes les activités (formation, recherche, vie de campus).
La robustesse s’applique quelle que soit la discipline dans la formation des étudiants. Elle résonne avec les enjeux de la « Transition Ecologique pour un Développement Soutenable » (TEDS) et invite chacun à s’approprier cette notion, non comme un concept théorique, mais comme une compétence transversale essentielle dans un monde instable. À Le Mans Université, former les étudiants, c’est aussi les préparer à évoluer dans des environnements incertains, en développant leur capacité d’adaptation, leur esprit critique et leur aptitude à coopérer.
Ces dernières années, les enjeux de transitions se sont imposés comme des sujets clés dans de nombreuses recherches. Génératrice d’innovations technologiques, sociales et durables, Le Mans Université joue un rôle à la fois sur son territoire local, national et international en tant que lieu d’expérimentation et d’incubation de solutions robustes.
Notre politique DDRS vise à embarquer et outiller les professionnels et les étudiants pour co-construire des trajectoires durables dans un monde en constante évolution.
Un cycle deconférences pour nourrir la réflexion collective
Cette conférence s’inscrit dans le cycle « grand témoin de la transition ». L’objectif est de créer un espace de dialogue entre la recherche, les étudiants, les lycéens et les personnels, afin de mieux comprendre les défis de notre temps et d’explorer les pistes qui pourraient nous permettre d’y répondre ensemble, dans nos métiers, comme dans nos actions quotidiennes, de manière éclairée.
Ce cycle de conférences souhaite initier une dynamique collective au sein de campus, nourrie par l’invitation régulière de chercheurs, penseurs et acteurs majeurs des transformations contemporaines. L’ambition est de proposer, à chaque rencontre, un regard scientifique, éclairant et accessible, capable de nourrir la réflexion collective sur les grandes transitions que traversent nos sociétés : transitions écologiques, technologiques et sociales et sociétales.
Ouvrir des perspectives
Et si la robustesse devenait une nouvelle boussole pour penser nos modèles ?
Comment intégrer ces principes dans nos formations, nos organisations et nos projets ?
Autant de questions soulevées par cette conférence, qui invitent chacun à prolonger la réflexio













