Articles du Vendredi : Sélection du 09 octobre 2026

Beroa politizatu
Mikel Otero Gabirondo
www.argia.eus/hemeroteka/argia/2977/beroa-politizatu

Uda honetan, susmoa zena egia deseroso bihurtu da; klima larrialdiaren ondorioak ez dira izango datozen belaunaldientzat (soilik). Guztioi ari zaizkigu kalteak iristen eta biderkatzen. Han sutea, hemen lehortea, edonon beroa, zaurgarrienak hiltzerainoko beroaldi kateatuak. Beroa “gorpuztu” dugu, gorputzetik pasatu zaigu, egonezina eragin digu eta uda sasoian bero goxoa bilatzetik, bero jasangaitzetik ihes egitera pasatu gara. Beroa mintzagai igogailuan, kalean, tabernan, lorik gabeko gauen sufrikarioan. Baina beroa madarikazio biblikoa ez denez eta muturreko beroa gure jardueraren ondorioa ere badenez, ez genuke bero jasanezina ekidin ezineko patutzat hartu behar.

Bero izugarriari aurre egiteko estrategien atzean XXI. mendeko gatazka gordinenetako bat dator: bai beroa dakarten gas-isurketen murrizketari dagokionez, interes korporatibo indartsuekin eta bizimodu jasangaitzekin talka egiten baitu; bai beroaren ondorioei aurre egiteko moduagatik, beroa klase (eta genero, eta arraza…) arazo bihurtu baita. Nork eta nola elikatzen du beroa? Nork eta nola egin dezake ihes berotik? Hiru hitzetan: beroa politikoa da. Hori horrela, premiazkoa da beroak sortzen duen egonezina politizatzea, ezkerretik politizatzea eta elkarrizketa sozialaren erdigunera ekartzea.

Beroa klase (eta genero, eta arraza…) arazo bihurtu da. Nork eta nola elikatzen du beroa? Nork eta nola egin dezake ihes berotik? Hiru hitzetan: beroa politikoa da

Beroak sorturiko egonezina galdera-erantzun politikoetara itzuli behar da; nor(tzu)ena da erantzukizun nagusiena? Nortzuk pairatzen dituzte eraginik bortitzenak? Zeintzuk dira konponbideen ardatz nagusiak? Nortzuk ari dira irtenbideak oztopatzen? Nortzuk lehentasuna ezkutatzen? Nola bermatu ondorio bortitzenak leuntzea guztiontzat? Galderek erantzun zehatzak eskatzen dituzte; arduradun nagusiak aipatu, interes fosilak salatu, irtenbide berriztagarriei bultzada irmoa eman, mugikortasun elektrikoa denon eskura ipini, guztion ongizate termikoa bermatu, etxe-kaleak egokitu, azpiegitura politika berrikusi, diru publikoa eraldaketa eraginkorretara bideratu…

Ez badugu asmatzen, (ultra)eskuinak egonezin hau, hau ere, bereganatuko du. Orain arte arazoa ukatu eta, interes fosilekin lerrokatuz, trantsizioaren agenda zapuztean zentratu bada ere, ondorioen ebidentziak bere diskurtsoa aldatzen du, “hemen ez gara denok kabitzen” baterantz iraganda. Eta ondo dakigu nor dagoen sobera eskema horretan. Panorama honekin, ezinbestekoa da bereiztea eragile sozial eta politiko bakoitza zer elikatzen ari den. Gehiegi baitago jokoan.

Mouvement lycéen : la spirale de la violence choisie par l’État
Newsletter de Non-Violence XXI d’Octobre 2026
https://nonviolence21.org/non-violence-xxi/newsletters/

Depuis deux semaines, les lycéen·nes manifestent pour des conditions de travail dignes : plus de professeur·es, moins d’élèves par classe, plus d’infirmier·es, des bâtiments salubres. Elles et ils sont conscient·es du rôle de l’État dans la dégradation de l’Éducation nationale et des inégalités entre leurs établissements.

Leur sentiment d’abandon et d’injustice est légitime, et leurs revendications ne sont pas nouvelles et sont aussi celles des enseignant·es. Elles sont connues de l’État depuis longtemps. Elles ont été ignorées, bafouées, amplifiées par son inaction.

Face à cette colère, le pouvoir choisit la confrontation en envoyant des CRS. Plutôt que d’écouter des lycéen·nes et d’établir un vrai dialogue sur les moyens, l’État justifie des violences policières infligées à des enfants, ce qui ne fait qu’alimenter cette colère et la nécessité de trouver un moyen de se faire entendre.

Cela mène à des dégradations matérielles ou des confrontations qui donnent des images « spectaculaires », que les médias et le pouvoir relaient et instrumentalisent pour dénigrer le mouvement et stigmatiser des groupes sociaux entiers. Ce cercle vicieux est déplorable, mais bien connu des mouvements sociaux : il ne date ni de ce mouvement, ni de cette génération. Nous pouvons souhaiter que ces poubelles brûlées et ces confrontations n’existent pas. Elles sont toujours utilisées pour justifier l’État policier et renforcer son argumentaire sécuritaire.

Nous pouvons aussi refuser le discours médiatique et politique qui présente ce mouvement comme violent. Une grande majorité d’entre elles et eux refuse le jeu de violence que veulent imposer les policiers et fait preuve de créativité pour les pancartes, les slogans, les chants et les modes d’action non-violents. Nous avons assisté à des batailles d’aura, des sit-in, des chaînes humaines, etc. Ces actions parlent d’elles-mêmes car elles sont impossibles à déformer, elles mettent la violence du côté de ceux qui la pratiquent en premier lieu, l’Etat et la police.

Les lycéen·nes sont à l’origine d’un élan de solidarité entre différentes classes sociales, différents âges et différentes professions. Alors que ce mouvement est appelé à durer, nous espérons que la très grande majorité des lycéen·nes garderont la joie qui anime leur lutte et la non-violence comme boussole.

La spirale ne se brisera pas par plus de forces de l’ordre ni par une concertation cosmétique, mais en répondant enfin, concrètement, aux revendications que les lycéen·nes formulent.

Le coût de la canicule de l’été 2026 évalué à 16 milliards d’euros par une mission de l’Assemblée nationale
Denis Cosnard
www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/05/le-cout-de-la-canicule-evalue-a-16-milliards-d-euros-par-une-mission-de-l-assemblee-nationale_6788537_823448.html

A l’approche du débat budgétaire, le député (LFI) Eric Coquerel présente une évaluation très élevée des conséquences des fortes températures de l’été. Pour mieux justifier d’augmenter les crédits alloués à l’adaptation du pays au réchauffement climatique.

Combien les canicules à répétition et les incendies de l’été ont-ils coûté à la France : 3 milliards, 6 milliards, 15 milliards d’euros, davantage ? Le calcul n’est pas qu’une affaire de statisticiens. Il donne lieu depuis plusieurs semaines à une discrète bataille politique. Avec un enjeu limpide : plus l’évaluation sera élevée, plus elle justifiera de consacrer des sommes massives à l’adaptation du pays au réchauffement climatique. Et ce, dès le budget 2027, que l’Assemblée nationale commence à examiner la semaine du 5 octobre.

C’est tout le sens du chiffrage spectaculaire – « 16 milliards d’euros minimum » – présenté, lundi 5 octobre, par Eric Coquerel, député La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis et président de la commission des finances. Dès le mois de juillet, cette figure de l’opposition a proposé à sa commission de créer une « mission d’information flash » chargée d’analyser le coût de la canicule, et obtenu d’en être le rapporteur. Son rapport, publié juste à temps pour alimenter le débat budgétaire, débouche sur une évaluation très élevée sans être pour autant tout à fait irréaliste. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, avait elle-même évoqué, le 12 août, une facture entre « 10 à 15 milliards d’euros ».

Pour aboutir à son chiffre choc, Eric Coquerel agglomère une série de coûts, non sans un risque réel de double compte. Le premier, encore provisoire mais assez fiable, correspond à l’impact des fortes températures et de la sécheresse sur l’activité économique. Un effet estimé par l’Insee et le Trésor à environ 0,1 point de produit intérieur brut (PIB), soit quelque 3 milliards d’euros.

Impact limité sur la croissance

« L’effet sur la croissance serait limité à court terme », reconnaît le rapport d’Eric Coquerel. L’explication tient en particulier au fait que l’agriculture, le secteur le plus directement affecté par la sécheresse, ne pèse plus que 1,4 % dans l’économie française. Si bien que même avec des conséquences très sévères sur certaines cultures comme le maïs (− 42 %) et avec une baisse d’environ 8 % de la valeur ajoutée agricole totale d’une année sur l’autre, l’impact sur la croissance devrait demeurer contenu.

De même, la chaleur exceptionnelle a touché durement le secteur du bâtiment, la fédération professionnelle citant une multiplication par 11 du nombre d’heures de travail perdues et indemnisées dans le cadre du régime des arrêts intempéries. « Une partie importante de cette activité aurait néanmoins été différée plutôt que perdue », relève le rapport.

A ce retentissement sur la croissance s’ajoutent « au moins 2,5 milliards d’euros » de dépenses publiques supplémentaires, dont 1,3 milliard d’euros d’aides aux agriculteurs, environ 700 millions pour la santé et au moins 300 millions liés aux incendies. Le poste le plus lourd, cependant, correspond au coût à la charge des ménages et des entreprises, « qui excédera largement 11 milliards d’euros », assure le document. C’est le point le plus critique, et le plus fragile du rapport.

Ces 11 milliards recouvrent en effet 500 millions d’euros de dommages assurés liés aux incendies, jusqu’à 800 millions de hausse de factures d’électricité liée à l’usage de ventilateurs et de climatiseurs, mais surtout 10 milliards d’euros représentant les pertes totales du secteur agricole. Il s’agit d’estimations effectuées par des syndicats agricoles, sans que la méthode de calcul soit précisée.

A la suite de cette évaluation, Eric Coquerel incite logiquement l’Etat à accroître son effort financier en faveur de la transition écologique. « Les épisodes de l’été 2026 ont mis en évidence la nécessité d’une réponse publique plus structurée », plaide le député LFI. Ainsi, la mission d’information évalue-t-elle entre 10 milliards et 13,6 milliards d’euros les dépenses publiques nécessaires pour faire face à des fortes températures, sécheresses et incendies similaires « dès l’été 2027 ».

Le rapport propose même une projection sur la période 2027-2050. L’effort cumulé atteindrait entre 117 milliards et 158 milliards d’euros, dont 87 milliards à 128 milliards d’euros pour le budget de l’Etat. Des sommes difficiles à trouver alors que les caisses publiques sont vides et que la France est menacée par une possible crise de la dette.

Autant dire que la réponse au changement climatique, et son financement, ne peut que donner lieu à de sérieuses passes d’armes lors des discussions budgétaires. Le projet de loi de finances 2027, transmis le 1er octobre au Parlement, prévoit, certes, des crédits en hausse dans ce domaine. Pour apporter « une réponse rapide aux crises et accompagner les exploitations agricoles fragilisées », le gouvernement propose, par exemple, de renforcer de 100 millions d’euros le Fonds national de gestion des risques en agriculture, pour porter à 600 millions les moyens alloués à l’indemnisation des pertes de récoltes liées aux aléas climatiques exceptionnels. Un geste sans commune mesure avec les chiffres brandis par Eric Coquerel.

La Cour des comptes appelle à « fortement augmenter » les dépenses en faveur de la transition écologique
Raphaëlle Besse Desmoulières
www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/07/la-cour-des-comptes-appelle-a-fortement-augmenter-les-depenses-en-faveur-de-la-transition-ecologique_6789609_3244.html

  • Les magistrats financiers insistent, dans un rapport publié mercredi 7 octobre, sur la nécessité de maintenir les efforts en faveur de la décarbonation et de l’adaptation au changement climatique. Un objectif qui « n’est pas contraire aux intérêts économiques de la France ».

Un an après sa première enquête thématique consacrée à la transition écologique, la Cour des comptes revient à la charge. Dans un second rapport publié mercredi 7 octobre, les plus hauts magistrats financiers se rappellent au bon souvenir du gouvernement – et plus largement des candidats à la présidentielle de 2027. S’appuyant sur de nombreux travaux scientifiques et des enquêtes conduites par les chambres régionales et territoriales des comptes, ils soulignent que si des progrès ont été réalisés, beaucoup reste à faire.

« Le message-clé de ce rapport, c’est que dans un contexte budgétaire contraint, l’effort d’investissement public additionnel nécessaire pour atteindre nos objectifs n’est pas inatteignable du moment que nous sommes prêts à faire des choix », a martelé, mercredi, lors d’une conférence de presse, Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes, notant les « très fortes attentes » en la matière des Français après le catastrophique été 2026. « Notre enjeu désormais, c’est de transformer les objectifs en trajectoires crédibles, financées, pilotées et évaluées », a-t-elle ajouté.

En préambule, les auteurs redisent que « la transition écologique n’est pas contraire aux intérêts économiques » de la France, dont l’économie est plus exposée que celle d’autres pays européens aux effets du réchauffement climatique. Au contraire, jugent-ils, elle participe de la souveraineté du pays, en favorisant « à la fois la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité et la résilience de l’économie et, plus largement, de nos sociétés ».

C’est encore plus vrai quand une crise, comme celle du détroit d’Ormuz, fait exploser les prix à la pompe. « Renoncer à engager ces investissements, alors même qu’ils permettent de réduire des coûts en partie évitables, conduirait à aggraver durablement la situation des finances publiques françaises », mettent-ils en garde.

Résultats « insuffisants »

Renforcement des aides à la décarbonation de l’industrie, soutien à l’électrification du parc automobile, intensification des dispositifs de rénovation énergétique… Ces dernières années, l’Etat a déployé un ensemble de politiques publiques d’ampleur, mais les résultats obtenus « demeurent insuffisants », critique la Cour. Pour l’illustrer, elle a sélectionné un indicateur pour chacun des six volets de la transition écologique, avec un code couleur – du rouge au vert – qui permet de mesurer l’écart entre la trajectoire suivie et les objectifs que le pays s’est fixés.

L’urgence à agir saute aux yeux : la majeure partie des indicateurs ressort rouge ou orange foncé. La part du pétrole dans la consommation finale d’énergie apparaît ainsi incompatible avec les objectifs 2030 et 2050 de sortie des énergies fossiles. « Aucun progrès significatif » n’a non plus été constaté ces dernières années sur la part des masses d’eau de surface « en bon ou très bon état écologique ». Quant aux émissions brutes de gaz à effet de serre de la France, si elles ont baissé par rapport à 1990, leur rythme de diminution demeure insuffisant pour atteindre l’objectif fixé pour 2030.

Face à ce constat, la Cour fait valoir que les investissements en faveur de la transition écologique, qui ont peu progressé ces dernières années, doivent « fortement augmenter » pour atteindre les objectifs fixés. Elle cite les chiffres : concernant la seule atténuation au changement climatique, pour l’année 2030, les besoins de financement « doubleraient par rapport aux dépenses constatées de 79 milliards d’euros en 2024, en augmentant de 82 milliards d’euros en 2030 », dont la majeure partie à la charge du secteur privé.

Des sommes considérables, auxquelles il faut ajouter les besoins financiers des autres secteurs de la transition écologique, alors que les finances publiques sont à sec. Pour attirer ces investissements, visibilité et stabilité sont donc indispensables, note la Cour. Entreprises et ménages doivent pouvoir se projeter, en étant sûrs que les politiques mises en œuvre ne changeront pas du jour au lendemain, comme cela a pu être le cas ces dernières années pour la rénovation thermique des logements, par exemple. « On n’investit pas dans une chaudière qui doit durer vingt ans si on est dans un climat d’incertitude », a souligné Eric Allain, contre-rapporteur du texte, lors de la conférence de presse.

Au-delà de « l’affichage d’objectifs ambitieux », relèvent encore les magistrats, « l’Etat gagnerait à associer à son propre plan de transformation écologique une programmation financière pluriannuelle explicite, permettant d’apprécier la crédibilité des trajectoires annoncées et leur soutenabilité dans la durée ».

La Cour formule plusieurs recommandations dont certaines rejoignent celles faites en 2025. Si elle note que la démarche de planification écologique mise en place par l’Etat depuis 2022 est un « progrès réel », elle appelle de nouveau à « conforter » le rôle du Secrétariat général à la planification écologique, structure-clé rattachée à Matignon. Les magistrats estiment également qu’il faudrait renforcer la stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique, un document annexé au projet de loi de finances, en l’intégrant mieux aux débats budgétaires. Ils plaident aussi pour rendre obligatoire l’évaluation a posteriori des lois à fort impact écologique.

Morgane Piederrière, chargée de plaidoyer à France Nature Environnement, se félicite que la publication de ce rapport, dont elle ne pense que « du bien », intervienne à la veille des discussions budgétaires pour 2027 et invite les parlementaires à s’en saisir. « Quand vous lisez ça, c’est évident qu’il faut passer la seconde pour le projet de loi de finances », défend-elle.

CNews championne de la « mésinformation climatique »
Lucie Delaporte
www.mediapart.fr/journal/ecologie/051026/cnews-championne-de-la-mesinformation-climatique

Un rapport de l’association QuotaClimat et de la fondation Jean-Jaurès pointe l’invisibilisation des sujets liés à l’environnement sur les chaînes d’information continue. L’association a décidé de saisir l’Arcom sur ce sujet.

Comment les chaînes d’information en continu traitent-elles des sujets liés à la crise écologique ? À quelques mois d’échéances électorales décisives, la question de la bonne information du public sur une thématique aussi centrale mérite qu’on s’y attarde.

Le rapport que publient le lundi 5 octobre l’association QuotaClimat et la fondation Jean-Jaurès apporte un éclairage décisif sur la manière dont les sujets relatifs à l’écologie restent globalement sous-traités et mal traités.

Après avoir visionné sur un mois (juillet 2025) toutes les séquences de plus de quatre minutes consacrées aux questions environnementales sur les quatre chaînes d’information en continu, Franceinfo, LCI, BFMTV, CNews, les résultats sont globalement médiocres et particulièrement accablants pour CNews.

Premier constat : malgré l’aggravation de l’urgence climatique, « les sujets environnementaux sont une variable d’ajustement de l’espace médiatique ». Près de cinq ans après la création du baromètre mesurant la place des enjeux écologiques dans les médias – et qui avait pointé que ceux-ci culminaient à 3 % de temps d’antenne pendant la campagne présidentielle de 2022 –, les chaînes d’info y ont cette fois consacré 3,4 % de leur temps d’antenne. CNews, la chaîne d’info la plus regardée, ne s’y attarde que sur 2 % de son temps d’antenne, Franceinfo atteint 4,9 %.

Sur CNews, « débats » et « conflits »

Une invisibilisation manifeste des enjeux écologiques au regard de ce qui intéresse leur public que QuotaClimat et la fondation Jean-Jaurès ont tenté d’objectiver à l’aide de deux outils. Fin 2025, une enquête du Cevipof montrait ainsi que 7 % des Français·es interrogé·es citent spontanément l’environnement comme une préoccupation majeure. Une analyse des programmes des partis politiques de 2022 (la proportion sera sans aucun doute plus importante aujourd’hui) montre aussi que l’écologie y occupe 8 % des thèmes abordés.

Quand CNews, sur les 2 % de son temps d’antenne, parle d’écologie, c’est par ailleurs à 69 % pour l’appréhender sous l’angle « d’une question prêtant à controverse », selon la terminologie de l’Arcom. En clair, la chaîne de Vincent Bolloré met ces sujets en scène majoritairement à travers le prisme de « débats » ou de « conflits », plutôt que par des séquences pédagogiques, du reportage, etc. Des « débats » où la pluralité des points de vue n’est pas exactement au rendez-vous. Les discussions organisées sur CNews autour de la loi Duplomb ont ainsi laissé la place à 94 % d’opinions favorables à la loi… Sur les énergies renouvelables, un sujet qui intéresse un peu plus que les autres CNews, là encore, c’est pour donner très majoritairement la parole à leurs détracteurs, collant ainsi à l’agenda politique de la droite et de l’extrême droite.

Miner les alternatives à la destruction écologique avec des arguments fallacieux, c’est « décourager la volonté du public à agir ».

Au cœur du débat politique à l’été 2025, aucun·e intervenant·e sur CNews n’a défendu les zones à faibles émissions (ZFE).

CNews, déjà condamnée en 2024 par l’Arcom pour des propos climatosceptiques non contredits, reste – et de loin – la championne de la « mésinformation climatique » parmi les chaînes d’information en continu. Sur le seul mois de juillet 2025, le rapport de QuotaClimat et de la fondation Jean-Jaurès comptabilise soixante-trois cas de « mésinformation », soit des « propos faux ou trompeurs susceptibles d’induire le public en erreur au regard des connaissances scientifiques validées par le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – ndlr] ». Cette désinformation est sur CNews un produit maison puisque 67 % des fausses informations détectées par le rapport sont énoncées par des journalistes ou des chroniqueurs et chroniqueuses de la chaîne, plutôt que par des invité·es.

« La majorité des cas de mésinformation identifiés porte sur les narratifs relatifs aux solutions (minimisation de leur efficacité, remise en cause de leur faisabilité économique ou technico-scientifique) », note aussi le rapport, qui relève qu’il s’agit là d’une « forme particulièrement insidieuse de biais éditorial : non pas nier le changement climatique mais en décourager les réponses ». Miner les alternatives à la destruction écologique, avec des arguments fallacieux, c’est « décourager la volonté du public à agir ».

Face à l’invisibilisation des sujets écologiques, l’association QuotaClimat compte mettre à profit la récente redéfinition de la notion de « pluralisme » par le Conseil d’État pour saisir l’Arcom. À la suite d’un combat mené par Reporters sans frontières qui estimait la conception du pluralisme de l’Arcom bien trop restrictive, le Conseil d’État a effectivement acté que la notion devait recouvrir non seulement la variété des points de vue mais aussi la variété des thématiques traitées.

Ne pas, ou si peu, parler du climat, compte tenu de l’importance intrinsèque du sujet et du rôle que jouent les médias par ailleurs dans la compréhension des enjeux écologiques du public, est un manquement manifeste à l’obligation de pluralisme. QuotaClimat déposera donc lundi 1er octobre une saisine à l’Arcom sur ce motif juridiquement prometteur.