A la mi-décembre, la commune de Bayonne a installé des panneaux qui interdisent l’accès aux cyclistes sur l’ensemble de l’aire piétonne du Petit et Grand Bayonne, de 10h30 à 19h15 et de 22h à 6h. Suite aux contestations de Txirrind’Ola et Bizi, la municipalité a modifié les horaires de proscription, retirant la fantaisiste tranche d’interdiction de 22h à 6h, mais a étendu l’interdiction en continu de 10h à 22h. Le maire Jean-René Etchegaray a justifié cet arrêté par des allégations que Bizi met en cause en rétablissant quelques faits.
Dans un article de France 3 Nouvelle-Aquitaine, Jean-René Etchegaray prétend que cet arrêté ne concerne « que quelques centaines de mètres à l’intérieur de l’hyper centre ».
→ Il s’agit d’une contre-vérité : l’arrêté couvre une cinquantaine de voies du Petit et Grand Bayonne, pour une longueur totale avoisinant les 6 km.

En rouge, la cinquantaine de voies (près de 6 km) de l’aire piétonne concernées par l’interdiction aux vélos.
Une mesure « indispensable », selon le maire de la ville qui a constaté « un danger pour les personnes à mobilité réduite mais aussi pour les personnes vulnérables qui n’avaient pas la possibilité de se mouvoir notamment aux heures de grande affluence« .
→ “aux heures de grande affluence » ? L’arrêté ne se limite nullement aux heures de grande affluence : il s’applique tous les jours, y compris les dimanches et lundis où le centre-ville est peu fréquenté, sur une plage horaire extensive de 10h à 22h. Tant par son périmètre étendu que par sa période d’application – la quasi-totalité de la journée – la mesure apparaît comme totalement disproportionnée.
→ Une mesure « indispensable » ?
De grandes métropoles, pourtant bien plus fréquentées tant par les piétons que les cyclistes, n’ont pas d’arrêté d’interdiction. A Paris, les agents peuvent exiger aux cyclistes de mettre pied à terre en cas de fréquentation piétonne intense. A Bordeaux, des banderoles invitent cyclistes et trottinettes à mettre pied à terre pour les seules rues Sainte-Catherine et de la Porte Dijeaux “aux heures d’affluence”.
Très peu de villes imposent un pied à terre obligatoire sur des plages horaires aussi larges et sur un périmètre aussi vaste. De même, très peu de communes ont fixé une sanction aussi élevée : l’amende de 150 € prévue par l’arrêté correspond au maximum possible pour une contravention de 2ème classe.
Jean-René Etchegaray, assure avoir reçu « beaucoup de plaintes et de doléances concernant des personnes qui roulaient trop vite ».
→ Une mauvaise réponse à un vrai problème
Les cyclistes et trottinettes qui roulent trop vite et créent un sentiment d’insécurité chez les piétons sont un vrai problème. Mais qu’a mis en place la commune jusqu’à présent, en termes d’information et de sanction, pour faire respecter l’obligation de rouler au pas dans l’aire piétonne ? Pour rappel, si l’aire piétonne est une zone où les piétons sont prioritaires, les cyclistes y sont généralement admis mais doivent y circuler au pas et sans gêner les piétons. Cette interdiction totale pénalise l’ensemble des cyclistes et décourage de prendre le vélo.
En effet, la plupart des voies aux alentours de la zone d’interdiction – rues de Ravignan, des Lisses, pont du Génie, Quai Amiral Jauréguiberry, Quai de l’Amiral Dubourdieu, rue Bernède, avenue de Pampelune, rue des gouverneurs – ne comportent toujours pas d’aménagement sécurisé pour les vélos. Bizi rappelle que lors de la rénovation de la rue des Lisses et de la Place Paul Bert en 2025, Bayonne a même violé l’article L228-2 du Code de l’environnement en n’aménageant aucun itinéraire cyclable.
La création d’itinéraires cyclables efficaces et sécurisés de contournement de l’aire piétonne pour les cyclistes est pourtant l’une des premières mesures recommandées par l’Académie des mobilités actives (ADMA), le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) et le Réseau vélo et marche dans leur livret « Prévenir et résoudre les tensions entre piétons et cyclistes« , réalisé à partir d’ateliers et visites de terrain dans plusieurs villes françaises.
Le tout voiture est encore largement prédominant et les transports le seul secteur dont les émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas. Bizi appelle les listes candidates aux élections municipales à Bayonne à revenir sur cet arrêté hostile à la pratique du vélo et à engager des politiques de mobilités qui tiennent la route face à l’urgence écologique, comme les y invite le Pacte pour le climat et les habitants du Pays Basque.

















