Articles du Vendredi : Sélection du 15 avril 2016

La pollution de l’air et le climat, premières préoccupations des Français

Marine Jobert
www.journaldelenvironnement.net/article/la-pollution-de-l-air-et-le-climat-premieres-preoccupations-des-francais,69030?xtor=EPR-9

Agir contre le mal-travail : « Il en va de l’avenir de notre santé, de la planète et de la démocratie »

Thomas Coutrot
www.bastamag.net/8-theses-sur-le-travail-et-sa-qualite

Fairphone, vers un téléphone équitable, modulable, recyclable et… grand public ?

Clea Chakraverty
www.bastamag.net/Fairphone-vers-un-telephone-equitable-modulable-recyclable-et-grand-public

Burujabetza energetikoa helburu, lehen proiektua abiatu du I-Ener elkarteak

Ane Urkola Agirrezabala
www.argia.eus/albistea/burujabetza-energetikoa-helburu-lehen-proiektua-abiatu-du-i-ener-elkarteak

La pollution de l’air et le climat, premières préoccupations des Français

Marine Jobert
www.journaldelenvironnement.net/article/la-pollution-de-l-air-et-le-climat-premieres-preoccupations-des-francais,69030?xtor=EPR-9

Le Commissariat général au développement durable publie son baromètre annuel des préoccupations environnementales des Français. La dégradation de la qualité de l’air inquiète davantage qu’auparavant. Les habitudes de consommation se modifient, mais lentement.

La qualité de l’air. Interrogés sur les enjeux environnementaux en 2015, les Français ont cité, plus que jamais auparavant, la dégradation de la qualité de l’air comme une préoccupation majeure. Une tendance nouvelle pointée par le Commissariat général au développement durable (CGDD), qui publie son étude annuelle sur les opinions et pratiques environnementales des Français. L’explication la plus plausible réside en partie dans la mise en œuvre de la circulation alternée à Paris (le 17 mars 2014, puis le 23 mars 2015), à la suite de pics de pollution atmosphérique. Le changement climatique occupe toujours la première place, renforcée par la tenue de la Conférence mondiale sur le climat en France fin novembre.

Le bruit, l’oublié

Les catastrophes naturelles inquiètent également (18% des sondés) –suite aux conséquences des inondations sur la Côte d’Azur en octobre dernier-, devant la pollution de l’eau, des rivières et des lacs (10%). L’augmentation des déchets des ménages, l’érosion de la biodiversité ou la dégradation des milieux aquatiques sont sensiblement sorties des radars. Quant au bruit, il arrive bon dernier dans les problèmes environnementaux cités.

Responsabilité des entreprises

Tout en étant capables de citer plusieurs «problèmes environnementaux», 30% des sondés déclarent ne pas y être directement confrontés et, de ce fait, concernés. Ce sont les problématiques de leur environnement immédiat qui les font réagir, comme le manque de transports en commun ou les nuisances sonores. Y peuvent-ils eux-mêmes quelque chose? «Près de la moitié des Français continuent à penser que c’est d’abord aux pouvoirs publics d’agir pour protéger l’environnement», observe le CGDD, qui constate que les entreprises sont de plus en plus citées comme «ayant un rôle prioritaire à jouer pour l’environnement».  En 2012, ménages et entreprises étaient encore à égalité dans l’opinion publique; en 2015, 9 points les séparent. Aujourd’hui, ils sont seulement 20% à estimer qu’il revient aux ménages d’agir «en priorité» pour l’environnement.

Veille allumée

Au rayon «modes de vie», les trois quarts des Français baissent le thermostat ou la climatisation pour réduire leur facture énergétique, mais ils sont de moins en moins nombreux à éteindre les appareils en veille (53% en 2009, contre 32% en 2015). 61% des sondés vont au travail ou font leurs courses en voiture ou deux-roues. Les deux tiers ne voient pas bien comment s’en passer et la part de ceux qui pensent pouvoir s’en passer à l’avenir augmente très peu depuis 5 ans. Le signal prix ne semble pas de nature à dissuader la majorité d’allumer leur moteur: davantage de transports en commun, moins onéreux ou de pistes cyclables semblent un levier bien plus opérant. L’usage exclusif des transports en commun (12% des sondés) décroît de 3 points. Même si on marche un tout petit plus pour aller travailler ou étudier (+9%), «les modes de transport dont l’impact environnemental est moindre (marche, vélo, transports en commun) sont moins cités que les années précédentes». Le vélo continue d’être «marginal» (1%), que ce soit pour effectuer le trajet domicile-travail ou pour aller faire ses courses.

 

Le panier idéal? Du local «pour limiter les transports de marchandise et favoriser l’emploi local», rempli du strict nécessaire «pour éviter le gaspillage» et de produits «plus robustes et plus économiques sur le long terme». A condition de ne pas être plus chers, d’être mieux étiquetés et d’offrir une gamme de choix plus large qu’auparavant. 35% des sondés ne consultent jamais la provenance des produits non alimentaires.

Agir contre le mal-travail : « Il en va de l’avenir de notre santé, de la planète et de la démocratie »

Thomas Coutrot
www.bastamag.net/8-theses-sur-le-travail-et-sa-qualite

Le vent de révolte qui souffle contre la loi El Khomri trouve largement son origine dans la souffrance au travail que ressentent de nombreux salariés, femmes et hommes, à statut d’emploi précaire ou non. Les centaines de témoignages recueillis dans le cadre de l’initiative #OnVautMieuxQueCa en témoignent : pour tous, l’arbitraire, la pression, le sale boulot, la qualité empêchée sont le lot quotidien. Thomas Coutrot, porte-parole de l’association Attac, propose « huit thèses sur le travail et sa qualité » pour comprendre et agir contre le mal-travail. « C’est très largement par et dans le travail que la possibilité même d’une vie humaine décente sera préservée ou finira par être détruite. »

 

L’hypothèse que je voudrais soumettre à la discussion aujourd’hui est la suivante [1] : les défaites subies par le salariat depuis trente ans et l’ampleur inédite de la dégradation de la santé au travail nous obligent sans doute à réfléchir à de nouvelles stratégies fondées non sur la préservation ou l’approfondissement des institutions du salariat mais sur un dépassement du rapport salarial en tant que rapport de subordination.

Les conquêtes sociales du fordisme reposaient sur l’acceptation par les salariés d’un contrat de travail où ils échangeaient leur force de travail et leur libre-arbitre dans l’entreprise contre un salaire et une protection sociale. Ce face-à-face conflictuel entre patrons et salariés dans l’espace privé de l’entreprise, qu’on pourrait appeler la « citadelle du travail », a donné des résultats précieux que nous défendons aujourd’hui pied à pied. Mais le patronat s’est échappé de la citadelle en mondialisant le capital : le libre-échange, la libre-circulation des capitaux et la financiarisation de l’entreprise nous confrontent directement au marché mondial qui nous écrase.

Restés enfermés dans notre citadelle, nous la voyons démontée pierre par pierre par les réformes néolibérales du travail et de son organisation, qui décuplent les inégalités, précarisent nos vies, détruisent notre santé, celle de nos concitoyen.ne.s et de la planète. Tout en continuant à défendre nos droits acquis, ne devrions-nous pas passer à l’offensive ? Ne pourrions-nous pas rénover notre citadelle décrépite en la transformant en une « cité du travail » ? Refuser le monopole patronal de décision sur « que produire et comment produire », rechercher très systématiquement, du local au global, des alliances avec les consommateurs, les usagers, les riverains, les associations environnementales, les collectivités publiques, pour délibérer ensemble sur la finalité et la qualité de notre travail ? Il en va de l’avenir de notre santé, ainsi que de celles de la planète et de la démocratie. C’est ce que je vais essayer d’illustrer à travers ces « 8 thèses sur le travail et sa qualité ».

 

1ère thèse : La « gouvernance actionnariale » du travail est une doctrine fallacieuse

Cette doctrine néolibérale affirme que l’entreprise doit se financer sur le marché mondialisé des capitaux et que seuls ses actionnaires sont légitimes pour la diriger. D’une part que les Bourses permettraient de diriger de façon optimale les capitaux vers les projets d’investissement les plus utiles. D’autre part parce seuls les actionnaires prendraient le risque économique en avançant leurs capitaux.

Ces justifications sont fallacieuses : la précarité et l’insécurité de l’emploi (même en CDI) ont fortement augmenté. Les marchés financiers ne financent guère l’économie réelle, mais enchaînent bulles spéculatives et krachs à répétition. La doctrine a essentiellement servi à justifier la financiarisation des entreprises, dont la rationalité n’est pas économique mais politique : mettre les acteurs financiers en position de force. S’ils n’obtiennent pas les rendements attendus (la fameuse norme des 15% par an), les acteurs de la finance vendent leurs actions et font chuter la valeur boursière de l’entreprise. Les directions n’ont désormais qu’un seul objectif légitime, atteindre la norme de profit pour conserver leurs actionnaires.

 

2ème thèse : La gouvernance actionnariale est un despotisme de marché

Pour attirer les actionnaires, les directions et les gouvernements ont opéré le transfert des risques économiques vers les salariés. La menace de la délocalisation, de la filialisation, de l’externalisation pèse en permanence sur les capacités de résistance des salariés. La mobilité des capitaux – qui menacent de s’enfuir à la moindre contrariété – affaiblit drastiquement les syndicats.

La négociation entre « partenaires sociaux » se développe mais sans grain à moudre : ni les accords interprofessionnels ou de branche, et encore moins les accords d’entreprise, ne constituent de réels compromis, comme on l’a vu sur les retraites, sur l’emploi ou sur l’organisation du travail. Sous gouvernance actionnariale, la démocratie sociale est largement vidée de contenu. Le contrepoids du juge (prudhommal ou judiciaire) fait l’objet de remises en cause croissantes. Le déséquilibre des pouvoirs favorise l’envolé des inégalités.

3ème thèse : Le régime financiarisé est efficace à court terme mais terriblement instable

La réforme du travail a donc été mise en œuvre depuis les années 1990 par les managers sous hégémonie des directions financières. On a créé (et on remodèle en permanence) des chaînes mondiales de valeur au sein de l’entreprise néolibérale en réseau. Un réseau très hiérarchisé, où tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne : il faut distinguer l’entreprise apprenante au sommet du réseau, jusqu’aux divers niveaux de sous-traitance. Mais partout il s’est agi de précariser et individualiser les contrats, insécuriser les salariés, intensifier et normaliser le travail, réduire son coût, fragmenter les collectifs, … Ce pouvoir politique exercé sur un salariat balkanisé a permis de réduire drastiquement ses capacités de résistance. Et de rétablir une rentabilité économique assez stable ainsi qu’une rentabilité financière en moyenne historiquement élevée.

Cependant la clé de voûte de ce pouvoir du capital financier réside dans sa parfaite liquidité : une régulation efficace supposerait de réduire cette liquidité en instaurant des règles contraignantes, ce qui n’a pas été envisagé même après l’effondrement de 2008. D’où des inégalités sans cesse augmentées et une instabilité globale maintenue voire aggravée, avec un risque de bulles et de krachs de plus en plus catastrophiques.

4ème thèse : Le régime néolibéral met en danger la santé au travail…

D’une part les promesses de l’automatisation n’ont pas été tenues : les pénibilités physiques n’ont quasiment pas reculé depuis trente ans, et concernent encore plus du tiers des salariés en France. Les charges sont parfois moins lourdes, mais la fréquence et la répétitivité des gestes a augmenté.

D’autre part l’organisation néolibérale du travail, fille de la gouvernance actionnariale, a provoqué la montée générale des risques psychosociaux et de la souffrance au travail. Partout les objectifs chiffrés instaurent une pression permanente et délétère. Partout le travail est devenu plus intense (juste-à-temps, Lean, reengeneering…) et plus répétitif (reporting, standardisation, normes qualité, etc). Les managers en appellent à la responsabilisation des salariés, mais en pratique cette promesse n’est pas tenue. Leurs marges de manœuvre se réduisent, notamment pour les plus qualifiés, et ils perdent la main sur ce qui faisait souvent le sens même de leur travail.

Satisfaire le client dans ses besoins réels, fabriquer un produit durable et de qualité, déployer son intelligence en contribuant au bien commun… ces contreparties, sources de reconnaissance sociale, aidaient à rendre acceptable la sujétion salariale. Elles tendent désormais à disparaître. Les salariés vivent de plus en plus des conflits éthiques douloureux : devoir mentir aux clients, sacrifier la qualité pour tenir les coûts ou les délais… Ils souffrent aussi gravement de l’insécurité des situations de travail, même pour ceux qui sont en CDI mais voient les plans sociaux se succéder.

Face à ces risques croissants les salariés tentent de serrer les rangs : les enquêtes montrent le développement de l’entraide et de la coopération entre collègues. Certaines entreprises instaurent des espaces de débat sur le travail, dont les effets compensatoires peuvent être réels. Des entretiens professionnels reposant sur les règles de métier peuvent fournir des ressources pour tenir. En même temps les collectifs désignent ou laissent survenir des boucs émissaires, victimes de harcèlement. Et globalement, les situations de travail sont de plus en plus pathogènes.

5ème thèse : … mais aussi la santé de la planète

La poursuite de la croissance à tout prix incite les entreprises et les États à creuser toujours plus profond pour extraire les ressources, à financer des projets d’infrastructures qui artificialisent encore davantage les sols et mettent en danger les cycles naturels (eau, carbone, azote…). La gestion financiarisée du travail pousse les entreprises à rejeter sur leur environnement les nuisances sanitaires : accidents du travail parfois non déclarés, maladies professionnelles le plus souvent non reconnues, etc… Mais aussi les nuisances écologiques : accidents industriels, pollutions, marées noires, effet de serre, etc… Et bien sûr les nuisances sociétales : chômage, discriminations, et leurs conséquences sur le lien social, la xénophobie…

Le libre-échange, lui, favorise la croissance du commerce mondial mais aussi des émissions de CO2. La prédominance des normes de la concurrence freine l’extension et l’effectivité des normes sanitaires et sociales. La course à la compétitivité et à la rentabilité dans un contexte de pression des critères financiers et de guerre économique met donc en danger le travail et la nature.

6ème thèse : Ces atteintes à la santé ont rendu plus visible que jamais la question du travail

On sait que les maladies industrielles, qui touchaient surtout les ouvriers, ont longtemps fait l’objet d’un déni organisé (silicose, amiante…). Le scandale de l’amiante a fait sauter le mur du silence, surtout quand les associations de victimes se sont extraites du face-à-face entre employeurs et syndicats (toujours en butte au chantage à l’emploi) pour faire de l’amiante une question de santé publique. Aujourd’hui les pathologies associées à l’organisation néolibérale du travail ont massivement atteint les couches intermédiaires et supérieures du salariat, même si les ouvriers et les employés restent les plus touchés.

L’extension inédite des pathologies du travail a déclenché un débat social intense, d’un niveau sans précédent depuis la révolte des ouvriers spécialisés contre le travail à la chaîne dans les années 1968-70. Harcèlement moral, souffrance et suicide au travail, risques psychosociaux, travail empêché sont devenus des thèmes largement présents dans le débat social et politique. Les TMS (troubles musculo-squelettiques) ont été reconnus en grand nombre, même s’ils restent sous-évalués. L’affaire des suicides à France Télécom a provoqué un scandale politique et la révocation d’un PDG. Des lois ont été votées, des jurisprudences audacieuses ont vu le jour, comme celle sur le harcèlement moral managérial. Des travaux d’enquêtes et de recherche se multiplient sur la santé au travail. La question du travail a fait l’objet de divers rapports parlementaires ou de think tanks. Elle n’a sans doute jamais été autant présente dans le débat politique.

7ème thèse : Et pourtant la réparation et la prévention des maladies professionnelles ne progressent guère

Je serai encore plus bref sur ce point : malgré l’épidémie des TMS et des RPS (risques psychosociaux), on n’a vu progresser ces dernières années ni la reconnaissance des maladies psychiques liées au travail, ni le renforcement des moyens des CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ou de la médecine du travail, ni l’intégration de la santé au travail dans les décisions des managers. Et les avancées jurisprudentielles apparaissent fragiles et réversibles en l’absence d’avancées législatives.

Parmi les causes de cet échec, le pouvoir renforcé des lobbies et du patronat, la division du mouvement syndical mais aussi l’inquiétude des syndicats et des salariés pour leur emploi, qui permet comme toujours au patronat de jouer l’emploi contre la santé et l’environnement. D’où la nécessité absolue de reconstruire un point de vue des travailleurs sur leur travail, au sein de l’entreprise et des branches mais aussi en lien étroit avec des alliés extérieurs à l’entreprise.

8ème thèse : La qualité du travail est un enjeu fédérateur, source de pouvoir d’agir

Face à l’instabilité financière du capitalisme mondialisé et à son caractère insoutenable pour la santé des travailleurs et de l’environnement, la qualité du travail devient un enjeu central du débat public et un levier essentiel de transformation sociale. Les travailleurs ne se reconnaissent plus dans un travail sans qualité et sans sécurité, dont ils souffrent cruellement. Les managers eux-mêmes, pour beaucoup, prennent conscience de l’insoutenabilité du système. Quant aux riverains, aux consommateurs, aux citoyens, ils s’inquiètent des risques de pollution, des produits toxiques ou frelatés, du pouvoir excessif des lobbies et des transnationales.

Il est décisif que se créent, dans les entreprises et les localités, des lieux de débat et de mobilisation où puissent se confronter positivement les logiques de différents acteurs intéressés à la qualité du travail – salariés, riverains, associations environnementales et de consommateurs, élus locaux…

C’est en développant le débat public et les luttes communes autour de la qualité du travail qu’on pourra non seulement mettre en visibilité les dégâts du productivisme sur la santé des travailleurs et des habitants, mais travailler à des alternatives sociales et écologiques, particulièrement en matière d’emploi, et contester les rapports de pouvoir qui bloquent ces alternatives. La transition écologique n’est en rien une menace mais bien plutôt une formidable opportunité pour l’emploi à condition de redistribuer les richesses pour financer les reconversions professionnelles. Ces débats doivent partir du niveau local mais s’étendre jusqu’au global car la nature des défis l’exige.

Faire prévaloir un point de vue commun

La construction de ces alliances entre salariées et salariés, usagers et défenseurs des écosystèmes est l’une des tâches les plus importantes pour les mouvements sociaux. Elle sera plus aisée si les travailleuses et travailleurs parviennent ensemble à faire prévaloir un point de vue commun sur le travail de qualité, à distance des exigences actionnariales, et à imposer à partir de là d’autres critères de gestion des entreprises que celui d’une rentabilité financière élevée et de court-terme.

En même temps, cette reprise en main du travail par les travailleuses et les travailleurs sera plus facile si elle s’appuie sur les attentes des parties prenantes extérieures à l’entreprise, sur les aspirations des citoyennes et des citoyens à une production de qualité, seule garante de la préservation des équilibres écologiques et de la démocratie. Comme le dit Yves Clot, « c’est le fond de la question écologique : on ne peut pas vouloir sauvegarder la planète en piétinant le travail » [2]. Car c’est très largement par et dans le travail que la possibilité même d’une vie humaine décente sera préservée ou finira par être détruite.
Compléments d’information sur : www.bastamag.net/Loi-travail-les-plus-gros-bobards-du-gouvernement

Fairphone, vers un téléphone équitable, modulable, recyclable et… grand public ?

Clea Chakraverty
www.bastamag.net/Fairphone-vers-un-telephone-equitable-modulable-recyclable-et-grand-public

Un smartphone fabriqué dans des conditions acceptables est-il possible ? Plusieurs scandales ont entaché les grandes marques de l’industrie électronique : métaux extraits dans des zones de conflits en Afrique, conditions de travail indignes sous-traitantes en Asie, pollutions environnementales, obsolescence des produits… Face à cette situation, une entreprise néerlandaise a lancé le Fairphone, un smartphone qui se veut « responsable » et « durable ». Une avancée louable malgré les limites de l’initiative. Enquête.

Astrid Barthélémy, rencontrée sur Twitter, a du mal à consulter ses messages. « J’ai cassé l’écran de mon smartphone, un Samsung quasi neuf, et j’ai dû emprunter un téléphone un peu bas de gamme en attendant », explique la jeune femme. Connectée en permanence aux réseaux sociaux ou à Internet, comme beaucoup d’autres jeunes de sa génération, Astrid se trouve un peu diminuée sans son appareil de prédilection. Constatant que la réparation de son écran était trop coûteuse et compliquée, elle ne s’est pourtant pas ruée sur un nouveau smartphone standard, l’attitude type de milliers d’autres consommateurs. « J’ai remis en question la façon dont on nous propose systématiquement des appareils à usage unique. Le reconditionnement ne m’attirait pas non plus. J’avais entendu parler du bloc-phone il y a quelques temps, un téléphone dont les éléments étaient facilement remplaçables. C’était malheureusement resté à l’état de projet. En cherchant davantage, j’ai découvert le FairPhone 2 ».

Astrid a ainsi précommandé son FairPhone 2 (fair signifie « juste » en anglais), à coque bleue translucide, qui doit lui être livré fin février. L’appareil est entièrement modulable, fabriqué par la start-up éponyme basée au Pays-Bas, qui ambitionne de proposer des téléphones les plus « éthiques » possible. « Je me suis intéressée au juste prix du téléphone, comprendre ce que je payais, les conditions de sa fabrication. La démarche de cette entreprise m’a séduite. » Elle a désormais rejoint la communauté des quelque 90 000 ;« #WeAreFairphone ».

Des filières de production plus transparentes

Fondée en 2013, la société a été lancée suite à une campagne de sensibilisation en 2010 qui s’interrogeait sur la possibilité de fabriquer un produit technologique haut de gamme en s’appuyant sur une fabrication moins nocive pour l’environnement et les conditions de travail. « En 2011, nous avons d’abord étudié les modes de production, particulièrement en Chine et au Congo, en nous appuyant sur des ONG locales pour aller à la rencontre des différents acteurs du système », se souvient Bibi Bleekemolen, responsable du développement durable chez FairPhone.

Courant 2013, après avoir identifié et choisi sur le marché des fournisseurs dont les pratiques semblent les plus respectables – d’un point de vue social –, l’entreprise lance son FairPhone 1. « L’idée n’était pas de dire : “on fabrique un téléphone aux Pays-Bas” », décrétait récemment dans un reportage diffusé sur Arte le fondateur et directeur Bas Van Abel, « mais nous essayons de concevoir un produit dans les meilleures conditions possible pour une utilisation intelligente ». La start-up, conforme aux convictions de ses créateurs, se veut entièrement transparente sur la fabrication de ses téléphones ainsi que sur son fonctionnement interne, ses dépenses, ses investissements ou ses marges. Le détail du coût du téléphone est accessible en ligne de même que les noms des partenaires et distributeurs.

La question de l’extraction d’or

Par ses matériaux, la fabrication du « Fairphone » ne diffère pas des autres smartphones : elle nécessite les mêmes terres rares et minerais indispensables, la même main-d’œuvre. Mais la marque refuse de s’approvisionner dans les mines africaines qui alimentent les conflits armés, et cherchent celles qui, si possible, n’exploitent pas les populations dans les conditions les plus terribles – comme l’a rappelé encore récemment un rapport [1] d’Amnesty International sur l’extraction de cobalt (lire aussi notre article « Le cobalt des smartphones et voitures électriques extrait par des enfants »). Elle tente aussi de travailler avec des entreprises chinoises dont les pratiques sociales sont plébiscitées par les employés.

Début 2016, FairPhone a d’ailleurs rejoint « une chaîne d’approvisionnement pilote » pour l’extraction de l’or dans des conditions sociales et environnementales acceptables, avec le soutien du label de commerce équitable Max Havelaar. L’or « certifié » Fairtrade provient d’une mine péruvienne. « Minera Sotrami est une petite entreprise minière, qui compte 164 actionnaires et emploie 260 mineurs ainsi que 5 ingénieurs qui gèrent la mine et toutes les étapes de transformation du minerai. L’or extrait sur ce site répond à la norme Fairtrade pour l’or et les métaux précieux », communique l’entreprise.

Des métaux « ne provenant pas de zones de conflits »

La marque développe également des programmes éducatifs au Ghana avec son partenaire néerlandais, l’organisation non gouvernementale Closing the Loop, afin de sensibiliser les populations aux dangers liés à l’extraction ainsi qu’au recyclage de matériaux électroniques. Elle essaie de mettre en œuvre des campagnes similaires en Ouganda et au Cameroun. « L’industrie du recyclage est loin d’être propre. Nos téléphones ne sont pas issus du recyclage, mais nous voulons nous impliquer dans cette filière pour l’améliorer, la rendre plus transparente et plus profitable, cela fait partie de nos valeurs clés », souligne Bibi Bleekemolen.

Ces initiatives ont valu à la start-up la remise du prix « Momentum for Change des Nations Unies » à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, à Paris (COP21). « Contrairement à d’autres, nous voulons avoir la main sur toute la chaîne de production, et pas uniquement sur les principaux fournisseurs. Nos partenaires, des ONG locales comme le réseau TAOS en Chine, qui effectue des audits réguliers et une veille permanente sur les conditions de travail dans les entreprises chinoises, nous assurent que les démarches sont respectées à tous les niveaux. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir », reconnaît Bibi Bleekemolen. Pour l’instant seuls quelques minerais sont issus d’un commerce réellement traçable, tant les intermédiaires sont nombreux dans ces filières. L’entreprise a ainsi « adhéré au Conflict-Free Tin Initiative, qui trace la provenance de l’étain, au programme Solutions for Hope pour le tantale, et cherche actuellement des partenaires au Rwanda pour une extraction de tungstène [2] ne provenant pas de zones de conflits »,  peut-on lire sur le site de Fairephone.

« Tout ce qui relève de l’extraction minière n’est pas durable »

Quant à des ressources minières « durables », Judith Pigneur, Christophe Alliot et Sylvain Ly, n’y croient pas vraiment. Ces trois analystes du bureau d’étude et d’information Le Basic, spécialisé sur les impacts sociaux et environnementaux des différentes filières de consommation courante, demeurent sceptiques. « Il faut faire attention aux mots que l’on emploie quand on parle de commerce équitable et de filières durables. Nous ne sommes pas certains que le FairPhone puisse répondre à toutes les conditions nécessaires pour entrer dans la catégorie commerce équitable et durable, comme peut l’être aujourd’hui le café », nuance Sylvain Ly. « Annoncer de l’extraction d’or équitable contribuant au développement durable n’est pas très réaliste, par définition, tout ce qui relève de l’extraction minière n’est pas durable, car la Terre a des ressources, certes, mais limitées », assène Judith Prieur.

« La fabrication de téléphones décomposables en blocs permet de produire moins de déchets, car on n’est pas obligé de tout jeter à la fin de vie de chaque élément. Mais si l’on voulait un smartphone réellement propre, idéalement, il faudrait pouvoir recycler ces blocs et leurs composants », poursuit cette doctorante de l’école Centrale-Supélec. Ce qui est loin d’être le cas. Si les métaux sont, en théorie, facilement réutilisables, leur éparpillement à des doses microscopiques dans chaque smartphone rend leur recyclage fastidieux (lire aussi notre enquête : « Quand le monde manquera de métaux). « Moins de 1% des terres rares est recyclé, fait valoir Judith Prieur. Il existe actuellement un frein industriel – la filière de recyclage n’existe pas, et est coûteuse à mettre en place – et économique, le prix des matières premières minérales étant actuellement bas. C’est un secteur avec très peu d’alternatives [3] ».

Comment mobiliser le consommateur ?

Acquérir un Fairphone serait donc vain ? « La démarche est louable et nécessaire, car elle cherche à sensibiliser le consommateur à ces phénomènes. Elle s’inscrit à contre-courant des tendances actuelles, en assumant les enjeux sociétaux liés aux filières d’approvisionnement. Et tente d’y répondre en proposant un produit réparable alors que nous sommes dans le « tout-jetable » depuis des décennies, » souligne Sylvain Ly. « La question est de savoir si l’objet smartphone lui-même est compatible avec les impacts sociaux et environnementaux qu’il génère. Et surtout si le consommateur sera suffisamment sensible pour adhérer aux alternatives dont le FairPhone est le fer de lance. Tant que les prouesses techniques et le confort du consommateur priment, je ne pense pas que nous verrons une réelle mobilisation des acheteurs », déplore-t-il.

Ce qui s’est produit dans le secteur textile depuis trois décennies incite à ne pas se réjouir trop vite. Les beaux discours et engagements des industriels sur leurs responsabilités sociales n’a pas empêché la catastrophe du Rana Plaza, qui a tué plus d’un millier d’ouvriers il y a trois ans au Bangladesh : « Les industries disent avoir amélioré leurs modèles en travaillant leur responsabilité sociale en entreprise (RSE), mais concrètement peu de choses ont changé », estime Sylvain. L’industrie textile a une nouvelle fois frôlé la catastrophe au Bangladesh, mi-février 2016. Une illustration supplémentaire des limites de la « responsabilité sociale » façon H&M. « Le consommateur reste pris dans un modèle économique qui engendre les achats impulsifs », rappelle Sylvain, « il s’agit dans les deux cas, qu’il s’agisse du textile ou des smartphones, de marqueurs sociaux. C’est cela qu’il faudrait arriver à casser ».

Vers une consommation et une utilisation responsables

En termes de consommation, la démarche du FairPhone se rapproche justement d’une logique de « décroissance » économique plutôt que de renouvellement d’un produit à tout prix, avec autant d’équipements qui deviennent obsolètes en quelques mois. On ne peut ainsi acheter l’appareil qu’en pré-vente. En France, un seul endroit le propose : l’ultrabranché Centre Commercial, magasin situé non loin de la place de la République, à Paris, qui vend principalement des produits de mode issus de circuits courts, bio et équitables à l’instar des célèbres chaussures équitables de la marque française Veja.

Si une dizaine de clients ont déjà commandé leurs Fairphone en boutique, ce téléphone demeure encore un produit confidentiel qui attire un consommateur averti. Astrid Barthélémy a connu ce téléphone grâce à son engagement au sein du Réseau français des étudiants pour le développement durable. Elle est donc particulièrement sensible à ces problématiques. Romain Porcheron, un Bordelais de 28 ans, est lui adhérent des Amis de la Terre et milite au sein d’Alternatiba. « Cela m’irrite vraiment d’acheter un produit dont les composantes risquent de ne plus fonctionner peu de temps après ! Dans la high-tech, tout est pensé pour nous inciter à consommer ! Ici, la démarche est différente », déclare celui qui a succombé au FairPhone 1 en 2014, « toujours fonctionnel et pratique ». « Le fait que le téléphone soit fabriqué sur demande nous oblige à réfléchir sur l’objet que nous achetons, en plus du prix qui est élevé et de l’attente qui s’ensuit. On se sent réellement impliqué dans le produit et son évolution », explique de son côté Stéphane Rochard, militant associatif francilien, heureux possesseur d’un FairPhone 2 depuis début février. À terme, le FairPhone pourra-t-il également séduire un plus large public ?

Les opérateurs français de téléphonie à la traîne

Côté technologie, les utilisateurs contactés soutiennent que le FairPhone 2 n’a rien à envier à ses concurrents. Il serait même plus accessible, car la réparation est conçue pour tous via des tutoriels très simples et gratuits, en ligne sur le site du fabricant. Muni d’un écran LCD Full HD Gorilla Glass de 5 pouces, sous Android 5.1 (Lollipop) disposant de 32 gigaoctets de mémoire interne, le FairPhone 2 est même plutôt bien noté par rapport à son prédécesseur. Les Numériques, site français de référence, concède ainsi 3 étoiles sur 5 à l’appareil et annonce qu’il « associe une plateforme matérielle haut de gamme de 2014 (ou milieu de gamme de 2015), un versant équitable plus solide et surtout un aspect potentiellement modulaire bardé de promesses pour l’avenir ».

Le site spécialisé s’interroge cependant sur la capacité du producteur à fournir les petites pièces détachables, tout comme Stéphane Rochard, qui espère convertir son entourage au FairPhone pour que la production se développe. « On ne trouve pas toujours toutes les pièces manquantes quand on en a besoin et l’attente en général est un peu longue », remarque-t-il. Le prix du téléphone, actuellement de 525 euros, refroidit aussi les acheteurs potentiels : il ne comprend pas les accessoires comme le chargeur ou les écouteurs – la marque estime que tout le monde dispose d’un câble usb de base. Autre inconvénient : il est actuellement impossible de bénéficier de paiement différés ou d’obtenir le FairPhone sur abonnement avec un opérateur français, comme c’est déjà le cas avec l’opérateur Phone Co-Op au Royaume-Uni, qui le propose pour 28 euros par mois, ou le néerlandais KPN. « Nous sommes actuellement en pourparlers avec plusieurs fournisseurs français. Mais ce n’est pas évident de les associer au projet car leur vision des produits est parfois conflictuelle avec la nôtre », remarque la directrice du développement durable chez FairPhone.

Quant à un système d’exploitation (operating system, OS) en propre, plus éthique et moins intrusif que Google – à qui appartient l’OS Android depuis 2005 – le fabricant s’est engagé à développer prochainement des logiciels équitables. Il a ainsi entamé une première collaboration avec Sailfish, un OS alternatif développé par la société finlandaise Jolla. Selon un responsable du développement logiciel de FairPhone, les deux sociétés présentes au Mobile World Congress ont fait des démonstrations des maquettes et des progrès réalisés. En attendant un véritable logiciel interne, Fairphone a ouvert un site en septembre 2015, afin que les utilisateurs puissent expérimenter leurs propres OS en open source. FairPhone, s’il demeure pionnier en matière d’initiative électronique éthique ne se diversifiera pas de sitôt vers les tablettes ou les ordinateurs. « Nous voulons nous concentrer sur un seul produit. L’idée est de créer un impact positif en lançant une réflexion globale sur la consommation des biens électroniques », rappelle Bibi Bleekemolen. Vivement que d’autres s’en inspirent.

Burujabetza energetikoa helburu, lehen proiektua abiatu du I-Ener elkarteak

Ane Urkola Agirrezabala
www.argia.eus/albistea/burujabetza-energetikoa-helburu-lehen-proiektua-abiatu-du-i-ener-elkarteak

Bederatzi kilowatt (kW) ekoizten dituzten eguzki panelak instalatu dituzte Uztaritzeko Arruntza eskola publikoan eta Kiroleta frontoian.

 

Energia berriztagarrien inguruko proiektuak gauzatzeko beharrezko kapitala biltzen du Ipar Euskal Herriko elkarteak. Kapital horrekin, eguzki panel fotoboltaikoak instalatzen dituzte, eta energia elektrikoa ekoiztu eta saltzen dute.

Sozietate herritarra da, eta Ipar Euskal Herriko burujabetza energetikoa du helburu:  “Ipar Euskal Herritarrek kontsumitzen dugun energiaren %99 inportatu egiten dugu: ezinbestekoa da energia Euskal Herrian bertan ekoiztea, energia berriztagarrien bidez“.

Lehena, baina ez azkena

Uztaritzeko proiektuez gain, hainbat proiektu dituzte buruan. Makeako frontoian eta Hendaiako zentro teknikoan, esaterako, 100 kilowatt-eko eguzki panelak instalatuko dituzte.

Energia berriztagarrien inguruko proiektuak garatu nahi dituzten pertsona zein gune gehiago aztertzen ari da Bixente Ugalde elkarteko langilea: “Espazio berriak aztertuko ditut; proiektuak ahalik eta ondoen eraikitzeko, ekonomikoki eta teknikoki”.

2014ko urrian sortu zen elkartea, eta laguntzaileen lanari esker garatu da. Hain zuzen, lehen lanpostua srotu zuen elkarteak pasa den astean. Herriak eta herri elkargoak proiektura batzea da elkarteko kideen helburua.