Laborariek kudeatutako denda Ortzaizen
Garazi Zabaleta
www.argia.eus/albistea/laborariek-kudeatutako-denda-ortzaizen
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20 urteko ibilbidea du Ortzaizeko (Nafarroa Beherea) Kaiku Borda proiektuak; 2006an sortu zuten inguruko hiru gasnagilek. “Artisauen gunea zen eraikina lehenagotik, eta emeki-emeki, bertan laborariak biziarazteko eta beren ekoizpenak saltzeko tokia ere izan zezaketela pentsatu zuten”, azaldu du Antton Urrizagak, dendako egungo ekoizleetako batek. Saltokia bide departamentalaren ondoan dago, gune estrategikoan, tokiko jendearentzat nahiz kostaldera doazenentzat pasaeran. Duela hogei urte hiru gasnagileren artean abiatu zuten denda 18 etxaldeko taldeak kudeatzen du gaur egun.
Hasierako bultzatzaileek hiruren artean osatzen zituzten denda irekitzeko txandak eta egin beharrekoak, baina laster ikusi zuten nekeza zela lana gutxiren artean aurrera eramatea, eta laborari gehiagori aukera zabaltzea pentsatu zuten. “2009an beste laborari batzuk batu ginen proiektura, eta bestelako mozkinak gehitu ziren: txerrikia, arnoa… Dendaren funtzionamendu egokirako formazioak egin ditugu urteotan”, gehitu du. 2010 eta 2015 artean laborarien boluntario lanaz gain, lehenbizikoz langile bat kontratatu zuten udarako, eta pixkanaka barazki freskoak ekoizten zituztenak ere gehitzen joan ziren.
Gaur, erosketa saskia betetzeko adina produktu dituzte dendan; 250 bat mozkin eskaintzen dituzte: ardi, behi eta ahuntz gasnak, haragia, eztia, arnoa, sagarnoa, barazki freskoak, arrautzak, infusioak, tea… Asko jota autoz dendatik ordu erdira dauden etxaldeetan eginak dira produktuak. “Hastapenetik gogoeta egin zuen taldeak: kalitatezko mozkinak eskaini nahi ziren, ekologikoak edo Idoki markan ekoitzitakoak. Baldintza da mozkinak laborariak berak ekoitziak izatea”, azaldu du kideak. Bertan egiten ez diren zenbait produktu kanpotik ekartzen dituzte, adibidez, olioa edo arbendolak Nafarroa hegoaldetik dakartzate, baina dendako eskaintzaren zatirik txikiena dira.
Laborariak ere dendari
Astean sei egunez irekitzen dute Kaiku Borda denda, eta laborarien txandez gain, bi langile dituzte kontratatuta. “Laborari guztiak aritzen gara dendan salmentan, eta saiatzen gara txandak bakoitzaren tenoreetara egokitzen; elkarlan handia dugu taldean”. Ohiko denda batean bezala, edonork egin ditzake erosketak bertan, ez dago bazkide izan beharrik. “Tokiko bezeroekin zuzeneko harremana dugu, eta komunikatzen diegu haragi banaketa izanen dela, edo produktu bereziagoak ekartzen ditugunean… badugu antolakuntza eta banaketa sistema bat, baina edonor etor daiteke dendara”.
Duela 20 urte egitasmoa abiatu zutenetik, aldaketa nabarmena egon dela sumatzen dute. “Emeki-emeki ikusi dugu jendea izpiritu honetara batzen joan dela. Proiektua abiatu zenean, duela hogei urte, AMAPak –Hegoaldeko otarre sistemaren antzekoak– sortzen ari ziren Iparraldean, eta denda hau ere aitzindari izan zen. Uste dugu sasoiak errespetatu behar direla eta baratzezainek saldu behar dutela produktu guztia, baina ardura partekatua da kontsumitzaileekin: haiek ere aktore dira kontsumoan”, amaitu du.
L’Europe n’a jamais autant brûlé qu’en 2025, alertent les scientifiques
Vincent Lucchese
https://reporterre.net/L-Europe-n-a-jamais-autant-brule-qu-en-2025-alertent-les-scientifiques
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Fonte des glaces, canicules marines, feux géants… L’Europe a enregistré nombre de records en termes de phénomènes catastrophiques en 2025 dus au réchauffement climatique, selon un rapport publié le 29 avril.
En août 2025, un mégafeu d’une intensité inouïe avait ravagé le massif des Corbières, dans l’Aude. Cette catastrophe pourrait faire office d’allégorie pour l’année climatique écoulée en Europe. À l’échelle du continent, 2025 a battu d’effrayants records : fonte des glaces, canicules marines, feux géants… Les chiffres ont été publiés le 29 avril, dans le rapport « État du climat en Europe 2025 », élaboré par le service européen Copernicus sur le changement climatique, conjointement avec l’Organisation météorologique mondiale.
L’année passée fait partie des trois plus chaudes jamais enregistrées en Europe, au coude-à-coude avec 2024 et 2020. Au moins 95 % du continent ont connu des températures annuelles supérieures à la moyenne en 2025, note le rapport. Ce réchauffement provoque des phénomènes catastrophiques aux conséquences infernales : destruction de la biodiversité, mise en péril des sociétés et de la santé humaine, renforcement du changement climatique.
L’Europe brûle comme jamais
L’année 2025 a été l’une des trois plus sèches du continent en termes d’humidité des sols depuis 1992. En mai, plus de la moitié de l’Europe (53 %) était touchée par la sécheresse. Le continent a aussi connu sa deuxième vague de chaleur la plus sévère jamais enregistrée. Ce mélange de chaleur et de sécheresse contribue à l’émergence de feux dévastateurs.
Une superficie record a brûlé en Europe l’an dernier : environ 1 034 000 hectares sont partis en fumée. Soit une superficie plus grande que Chypre. L’Espagne a été particulièrement touchée, suivie de Chypre, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Allemagne, qui ont enregistré leurs émissions records de feux de forêt.
Autre sinistre record : les océans, dans la région européenne, ont connu leur température de surface la plus élevée jamais enregistrée. Les vagues de chaleur marine ont été très nombreuses et intenses en 2025, touchant 86 % de la région océanique de l’Europe, précise le rapport. La proportion de vagues de chaleur très intenses, définies comme « sévères » ou « extrêmes », a touché 36 % de la région, là aussi, il s’agit de la proportion la plus élevée jamais enregistrée.
La mer Méditerranée a été particulièrement touchée, ainsi que la mer de Norvège, qui s’étend de l’Europe du Nord à l’Arctique. Cela est cohérent avec la vulnérabilité très forte de cette région : l’Arctique se réchauffe à une vitesse fulgurante de 0,75 °C par décennie, contre 0,56 °C par décennie pour l’ensemble de l’Europe, et 0,27 °C par décennie à l’échelle mondiale.
Record de fonte des glaces
En 2025, la Fennoscandie subarctique (région regroupant la Scandinavie, la Finlande et la région russe limitrophe) a connu en juillet la plus longue vague de chaleur jamais enregistrée, qui a duré trois semaines. Les températures ont dépassé les 30 °C dans le cercle arctique, avec un pic à 34,9 °C à Frosta, en Norvège.
Conséquence logique de ces chaleurs : la glace et la neige disparaissent. En mars 2025, la surface enneigée en Europe était inférieure à la moyenne observée sur la période 1991-2020 d’environ 1,32 million de km², dit le rapport. Soit 31 % de moins que la moyenne, ou l’équivalent de la surface de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche, dépourvue de neige. C’est la troisième étendue de neige la plus faible sur le continent depuis le début des relevés en 1983.
La glace fond aussi à toute vitesse : l’Islande a connu sa deuxième perte de masse glaciaire la plus importante jamais enregistrée, et le Groenland a perdu 139 milliards de tonnes de glace, soit environ 1,5 fois le volume stocké dans tous les glaciers des Alpes européennes.
Humains et non-humains menacés
Sécheresses et canicules n’ont pas pour autant empêché la multiplication des tempêtes et inondations.
C’est tout le paradoxe du changement climatique : il accentue les extrêmes, plus de sécheresses d’un côté, plus de pluies extrêmes de l’autre. Rappelons que chaque degré de température supplémentaire permet à l’atmosphère de contenir environ 7 % d’humidité en plus. Autrement dit, il faut voir l’atmosphère comme une éponge qui ne cesse de grossir : elle absorbe l’eau et assèche d’un côté, et se déverse en pluies diluviennes de l’autre.
En 2025, les tempêtes, inondations et feux ont tué au moins 24 personnes, décompte le rapport, et affecté au moins 15 000 Européens. Un bilan dramatique alors même que l’année écoulée a été moins sévère que les précédentes en matière de pluies extrêmes et inondations.
Les autres espèces ont aussi été victimes de ces conditions. Sécheresses, incendies, vagues de chaleur, notamment marines, ont de fortes répercussions sur les écosystèmes, alerte le rapport. Le changement climatique est un facteur majeur de stress sur la biodiversité, notamment en réduisant et déplaçant les habitats et perturbant les rythmes saisonniers de nombreuses espèces.
Parmi les nombreux constats dramatiques de ce rapport, on trouve une note positive : les énergies renouvelables ont fourni près de la moitié (46,4 %) de l’électricité européenne en 2025. L’énergie solaire a en particulier atteint un nouveau record en y contribuant à hauteur de 12,5 %.
Les auteurs concluent en appelant les autorités politiques européennes à « accélérer » pour faire face à toutes ces menaces pour le climat et le vivant. La dynamique récente laisse peu d’espoir en la matière : au nom de la « simplification » et de la priorité donnée à la croissance économique, la Commission européenne est en train d’acter de nombreux retours en arrière sur les normes environnementales.
Présidentielle 2027 : « Dans cette drôle de précampagne, les propositions fusent, mais elles restent irréelles tant qu’elles ne sont pas portées par un candidat »
Françoise Fressoz
www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/05/presidentielle-2027-dans-cette-drole-de-precampagne-les-propositions-fusent-mais-elles-restent-irreelles-tant-qu-elles-ne-sont-pas-portees-par-un-candidat_6685526_3232.html
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S’il faut se réjouir de la profusion d’analyses et de projets en vue de l’élection présidentielle de 2027, il ne faut pas en survaloriser la portée. Le cas du Parti socialiste est, à cet égard, exemplaire, explique dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».
A un an de l’élection présidentielle, il serait malvenu de critiquer la profusion de projets et de propositions qui jaillissent à travers la publication de livres ou la réactualisation de doctrines partisanes. Le pays est confronté à de tels bouleversements géopolitiques et à de tels défis intérieurs, liés entre autres au vieillissement de la population et au poids de l’endettement, que le contraire serait inquiétant. De Gabriel Attal à Raphaël Glucksmann en passant par François Bayrou, Bruno Le Maire ou Elisabeth Borne, beaucoup se soumettent à cet exercice.
A cette aune, le travail mené par le Parti socialiste (PS) mérite quelques considérations. A défaut de parvenir à sélectionner son candidat et à le faire accepter par un nombre significatif d’alliés, le parti de Jean Jaurès et de Léon Blum a entrepris de revoir sa doctrine, après avoir essuyé une série de déconvenues électorales qui menaçaient de le mener tout droit à la relégation. Il faut se souvenir que, lors de la dernière élection présidentielle, en 2022, Anne Hidalgo n’avait recueilli que 1,75 % des suffrages exprimés, 20 points derrière le score de Jean-Luc Mélenchon.
Dénonciation d’un « capitalisme prédateur », ode à la liberté considérée comme un combat social tant les inégalités de destin restent fortes, remise en cause d’un mode de production et de consommation qui « encourage la prédation et le gaspillage », refus d’une société de plus en plus polarisée, réaffirmation de l’ancrage européen, le texte piloté par l’eurodéputée Chloé Ridel, proche du premier secrétaire, Olivier Faure, entend proposer un « nouveau socialisme du XXIe siècle » en proclamant obsolète le temps de la social-démocratie.
La gêne que procure le projet vient du trou noir qu’il ne parvient pas à combler : que dire des cinq années durant lesquelles François Hollande, entouré de tous les courants du PS, a exercé le pouvoir ? Le parti a été incapable de mener le droit d’inventaire au lendemain du délitement de 2017. Neuf ans plus tard, il s’en montre toujours incapable, au point que l’ancien président de la République se sent obligé de procéder lui-même à l’exercice dans une interview à Marianne, le 15 avril. « Pour la gauche, gouverner est une épreuve, mais gouverner doit être son but. Sinon, elle parle ou elle crie. Mais, rien ne bouge », professe celui qui affirme par ailleurs « se préparer » en vue de la prochaine échéance.
Du projet au programme
Quant à son ancien premier ministre Bernard Cazeneuve (2016-2017), lui aussi potentiel candidat au scrutin de 2027, il ne peut que constater le rétrécissement auquel le parti se condamne en considérant comme obsolète l’acquis social-démocrate.
Dans un entretien au Figaro paru le 28 avril, l’ancien maire de Cherbourg (Manche) s’en revendique, au contraire, pleinement en citant les quatre axes qui restent, selon lui, d’une brûlante actualité : « le respect de la République dans ses principes, ses fondements et ses valeurs », la réconciliation « de l’efficacité économique et de la justice sociale, la lutte contre le réchauffement climatique sans décroissance, le retour du multilatéralisme face à des régimes autoritaires ». En total désaccord avec la stratégie d’Olivier Faure qui a consisté à faire alliance avec Jean-Luc Mélenchon en 2022, puis pour les législatives de 2024, avant de prendre ses distances avec le leader de La France insoumise (LFI), Bernard Cazeneuve ne peut que constater que sa place est résolument ailleurs.
Le PS veut-il un jour revenir au pouvoir et, si oui, avec qui ? Impossible, à ce stade, de trancher la question tant les ambitions qu’il affiche apparaissent difficilement conciliables entre elles en ces temps de difficultés budgétaires : valoriser le travail, mais revenir à la retraite à 62 ans ; réindustrialiser le pays, mais taxer le patrimoine des ultrariches sans tirer les leçons de ce qu’avait coûté à François Hollande son projet de taxer à 75 % les très hauts revenus ; revaloriser les services publics en faisant fi du poids de la dette.
Tout dépendra en réalité de la capacité du parti à faire émerger un candidat et à passer du projet au programme, ce moment décisif où les propositions se resserrent et se chiffrent, dans une indispensable confrontation au réel. On n’y est pas du tout, si bien que l’unique vertu du projet apparaît à ce stade purement défensive : il s’agit de réaffirmer une identité socialiste au moment où le parti est doublement attaqué, sur sa gauche par LFI, et au centre par tous ceux qui se réclament de l’Europe, du progressisme et de l’universalisme.
Drôle de précampagne
On touche là aux limites de ce qu’il se produit dans cette drôle de précampagne électorale : les propositions fusent, mais elles restent en fin de compte irréelles tant qu’elles ne sont pas portées par un candidat qui aura réussi à créer autour de son nom un minimum de dynamique. Hormis LFI, qui, au prix d’une gestion clanique du mouvement, s’est déjà doté d’un candidat, Jean-Luc Mélenchon, d’un projet et d’une armée de seconds couteaux prêts à se déployer, tous les partis restent dans le flou, y compris le Rassemblement national (RN), qui, à ce stade, bénéfice pourtant de la plus forte dynamique électorale.
L’incertitude qui pèse sur le nom de son candidat en raison de la menace d’inéligibilité qui entrave Marine Le Pen conduit la formation d’extrême droite à des contorsions idéologiques dont elle est au demeurant coutumière.
Dans le discours qu’elle a prononcé à l’occasion du 1er-Mai, la cheffe de file du RN a fait deux pas significatifs. Elle a, d’une part, acté l’abandon d’un projet de mesure constitutionnelle visant à interdire l’accès des binationaux aux postes les plus stratégiques de l’Etat, une disposition qui avait coûté cher à son parti lors de la campagne des législatives de 2024. Elle s’est aussi mise à dénoncer pour la première fois l’« assistanat », elle qui, jusqu’à présent, n’avait cessé de se faire la défenseuse des plus faibles.
S’agissait-il de prendre acte du durcissement de son propre électorat sur le sujet ou de ménager les arrières de Jordan Bardella, le président du RN, adepte d’un rapprochement avec la droite, alors que ce thème est développé jusqu’à plus soif par des personnalités comme Laurent Wauquiez ou Bruno Retaillleau ? Ces ajustements posent en tout cas la question de la sincérité des convictions d’un parti, prêt à toutes les contorsions pour accéder au pouvoir.
Le congé climatique, une piste pour adapter le travail aux fortes chaleurs qui fait polémique
Nicolas Santolaria
www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/07/le-conge-climatique-une-piste-pour-adapter-le-travail-aux-fortes-chaleurs-qui-fait-polemique_6686574_4497916.html
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« Work in progress ». La cheffe de file des écologistes, Marine Tondelier, propose d’instaurer un congé de cinq jours par an pour protéger de la canicule les travailleurs particulièrement exposés. A l’inverse, pour Louis Sarkozy, sur RMC, il faut « travailler bien plus » face au climat qui change.
Qui n’a jamais vécu ce type de journée harassante où la température est tellement élevée qu’il devient quasiment impossible de bosser ? Ce n’est pas qu’on ne veut pas, mais juste que le corps ne suit pas, assommé par un dôme de chaleur qui transforme le cerveau en air fryer et fait suinter les bras comme des churros. Les périodes difficilement supportables, où le mercure monte au-delà du raisonnable, deviennent de plus en plus fréquentes, longues et intenses. Prenant en compte cette réalité du « dérèglement », la cheffe de file des écologistes, Marine Tondelier, suggérait, à l’occasion du 1er-Mai, la création d’un congé climatique de cinq jours par an. Cette proposition s’inspire du modèle espagnol, qui, en novembre 2024, a adopté le principe d’un congé payé de quatre jours pour éviter les déplacements en cas d’alerte météo.
Comme le précisait Marine Tondelier sur son blog, il s’agit de faire évoluer le droit, « en assumant que le climat est désormais une condition de travail à part entière ». Selon un rapport d’Oxfam France publié en 2024, 36 % des travailleurs sont déjà exposés, chez nous, à des épisodes de chaleur extrême. Ce n’est pas seulement le kébabiste à côté de sa broche, l’artisan verrier, le couvreur sur le toit qui souffrent. Les écoles, les crèches, les hôpitaux, lorsqu’ils sont mal ventilés, peuvent se transformer en fournaise. Lors de la canicule de 2019, la température aurait dépassé les 55 °C dans certains bus RATP. Durant l’été 2024, Santé Publique France enregistrait sept accidents du travail mortels possiblement en lien avec les fortes chaleurs, les chantiers s’avérant particulièrement létaux en pareilles circonstances.
Quand l’air devient brûlant, les corps peinent : de la céphalée aux crampes, de la déshydratation à la syncope, voire au coup de chaleur susceptible d’entraîner le décès par défaillance de la thermorégulation, les symptômes sont variables. Avec les mains moites, la manipulation d’outils devient dangereuse, le temps de réaction augmente.
Une autre voie (avec la clim)
« Il manquait que ça comme excuse pour pas bosser, tiens. Les crues et les canicules ! », s’est enflammé Louis Sarkozy, devenu chroniqueur sur RMC. Avant d’enchaîner, avec un mépris hyperthéâtral : « On est chez les dingues. (…) Et après ? Demain, un congé pour les éclipses, pour les marées d’équinoxe, pour la lune rousse qui terrifiait nos grand-mères ? ! » Comprendre : tout ça, c’est un truc de bonne femme fragile et superstitieuse. Lui, à qui on ne peut pas reprocher de n’avoir jamais travaillé, puisqu’il a notamment signé une collection de mocassins à picots en hommage à Sigmund Freud et à Marie Curie, propose une autre voie : face au climat qui change, il faut « travailler bien plus, et pas moins ».
Travailler plus pour suer moins ? A vrai dire, on a un peu du mal à suivre. Ou plutôt si. Les problématiques climatiques couplées aux problématiques sociales donnent progressivement forme à ce que Bruno Latour appelait une « classe géo-sociale », à qui est dénié le droit à un futur vivable. Les personnes modestes souffrent deux fois plus de la chaleur que les personnes aisées, soulignait une étude de l’Ademe de 2024 (baromètre Sobriétés et modes de vie). Alors que les limites de la planète exigeraient d’entrer dans une logique de post-croissance et que la hausse des températures impacte directement la productivité au travail, ceux qui ont bâti leur fortune ou leur entregent sur le monde tel qu’il va n’ont aucun intérêt à ce que ça change, d’autant plus s’ils ont la clim. « Forez, forez, forez ! », répétait Donald Trump en début de mandat. « Bossez, bossez, bossez », lui répond en écho le filleul du milliardaire Martin Bouygues.
« Que tout le monde hérite d’un bien commun » : un nouveau modèle de coopérative de logement pour acheter sans spéculer
Marion Perrier
https://basta.media/que-tout-le-monde-herite-bien-commun-nouveau-modele-de-cooperative-logement
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Ni locataires ni propriétaires, les membres d’une jeune coopérative lyonnaise veulent constituer un parc collectif de logements pour les sortir de la logique spéculative. Ils ne font pas construire mais achètent des appartements existants.
« C’est dingue de se dire qu’à 40 ans, en travaillant, on n’est plus en capacité de se loger dans des conditions normales. » Solenn Doassans, consultante en transition écologique, ne s’imaginait pas devoir un jour songer à retourner vivre chez ses parents ni galérer pour trouver un studio où se loger avec sa fille. D’autant qu’elle a une maison : un petit pavillon dans l’est lyonnais, acheté avec le père de son enfant, dont elle rembourse chaque mois le crédit. Mais ils ont divorcé. Pour pouvoir y rester, elle devrait racheter la part de son ex-époux. Il lui manque 70 000 euros, qu’elle n’a pas.
Pour Roberto Miranda et Marie-Claude Alexandre, le problème du logement a surgi au décès du propriétaire de l’appartement qu’ils louent depuis une trentaine d’années, dans le quartier lyonnais de la Part-Dieu. « Notre bail arrive à échéance et l’héritier veut vendre », explique la retraitée. Or, sur un marché très tendu, trouver une autre location relève de la mission impossible pour le couple. À plus de 65 ans, ils bénéficient, certes, du statut de locataire protégé. Sauf exception, un bailleur ne peut leur donner congé sans leur proposer une solution de relogement. « Cela se retourne contre nous : personne ne veut nous louer », dit Roberto, qui enseigne toujours à l’université voisine. Souscrire un prêt pour se porter acquéreur de leur appartement actuel n’est pas possible non plus. « À notre âge, les banques ne prêtent plus, ou sur des durées très courtes », résume Marie-Claude.
Une mutuelle de logements
Comme celle de Solenn, leur situation pourrait bientôt se débloquer grâce à Coopriétaires, une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) inaugurée en janvier, et qui pourrait acheter les logements à leur place. « On veut construire une sorte de mutuelle de logements », explique Yannick Lecompte, urbaniste et cofondateur de Coopriétaires. Le principe : constituer un parc de logements détenu collectivement par les sociétaires de la coopérative, qui le gèrent dans une optique non lucrative. Et c’est la société coopérative qui s’endettera pour acquérir ces biens, pas les habitants.
Voilà une réponse aux difficultés de celles et ceux qui n’ont pas accès au crédit, en raison de leur âge ou d’une situation jugée pas assez stable par les banques. Cela permettra aussi d’alléger le montant des mensualités de remboursement en les étalant dans le temps. Car la Scic peut accéder à des prêts sur 40 ans via les financements dédiés au logement social.
Ses statuts lui permettent d’accueillir des sociétaires de différentes catégories : les coopriétaires-habitants, mais aussi des soutiens bénévoles, des financeurs particuliers ou personnes morales, et des collectivités locales. Les habitants-sociétaires participeront aux décisions et auront un droit d’usage sur leur logement. Ils verseront une redevance mensuelle fixe, l’équivalent d’un loyer, dont le montant couvrira les échéances de remboursement du prêt souscrit par la coopérative pour son achat, les provisions pour les travaux et les différents risques, et une petite part qui a vocation à constituer une épargne pour le sociétaire-habitant tout en renforçant les fonds propres de la Scic.
Les fondateurs veulent ainsi fournir une alternative au grand nombre de ménages éligibles au logement social (soit, hors Île-de-France, justifiant de moins de 40 630 euros de ressources annuelles pour deux personnes). C’est le cas de 70 % des ménages en France continentale. En devenant sociétaires de la coopérative, ils pourront définir un budget calculé en fonction de ce qu’ils peuvent apporter en parts sociales et de manière à ce que leur redevance payée chaque mois n’excède pas 33 % de leurs revenus.
C’est la coopérative qui achète
Puis, ils iront chercher un bien leur convenant dont la coopérative se portera acquéreuse. C’est la particularité de ce projet. Souvent, les coopératives de logements font construire un immeuble détenu ensuite collectivement par les membres. Là, il s’agit d’acheter sur le marché des appartements existants, qui peuvent se trouver dans différents immeubles, mais qui sont détenus en commun par la Scic.
« C’est ainsi qu’il faut agir pour avoir un impact », défend Baptiste Mylondo, économiste, coprésident de la Scic et à l’origine du projet. « Les bonnes années, il y a seulement 4000 logements neufs construits à Lyon, contre environ 20 000 ventes dans l’ancien. C’est donc dans le parc ancien que se trouve le gisement de logements », complète Yannick Lecompte, l’actuel directeur de la coopérative.
Ce choix de l’achat de maisons ou d’appartements existants dans des immeubles épars évite aussi de passer par une longue phase de chantier. Par ailleurs, ce modèle peut mieux correspondre à des personnes pour qui la dimension communautaire de nombreux projets de construction coopérative, avec des espaces de vie partagés, est un frein. Avec Coopriétaires, chaque sociétaire-habitant disposera d’un chez-soi isolé.
Les fondateurs pensaient au départ être surtout sollicités par des personnes qui ne parviennent pas à trouver un logement qui correspond à leurs besoins, mais se sont finalement rendu compte que le public de la coopérative serait aussi composé de personnes qui ont déjà un logement « mais sont contraints de le quitter faute de pouvoir l’acquérir », constate Baptiste Mylondo. Des personnes comme Roberto Miranda et Marie-Claude Alexandre pourraient ainsi acheter avec la coopérative le logement qu’ils louaient plutôt que d’en chercher un autre.
Coopritéaires réunit aujourd’hui 48 sociétaires, dont une vingtaine intéressés pour accéder à un logement. Les autres soutiennent le projet en lui apportant des fonds (une part sociale coûte 100 euros). L’équipe travaille actuellement à lister les aspects à prendre en compte pour valider l’acquisition des biens. « Il s’agira plutôt de points de vigilance que de critères spécifiques, l’idée étant de ne pas être dans une logique d’exclusion », assure Frédérique Alacoque, coprésidente de la Scic et représentante de la coopérative HLM Rhône-Saône-Habitat. Plutôt que de décider d’un cahier des charges fixe à respecter pour chaque logement, les acquisitions seront menées dans un objectif de diversité, qu’il s’agisse de la taille et du nombre de pièces des logements, de leur localisation dans l’agglomération lyonnaise, des besoins en travaux…
Sortir de la spéculation
L’objectif de Coopriétaires n’est pas seulement de loger ses membres correctement. Il s’agit aussi de sortir des biens immobiliers de la logique d’achat et revente qui alimente la spéculation et la montée des prix. « Le modèle vient garantir de manière pérenne un accès abordable au logement », souligne Frédérique Alacoque.
Dans le cas où un membre souhaite quitter la coopérative, il récupère ses parts, sans plus-value, ainsi que la petite épargne alimentée chaque mois par le pourcentage dédié de sa redevance. Son logement, lui, restera dans le parc de Coopriétaires, qui a vocation, sauf exception, à conserver les biens acquis.
Si les membres habitants seront mieux protégés et auront davantage voix au chapitre que des locataires, ils seront aussi moins isolés que de simples propriétaires. « On ne sera pas seuls face aux réunions de copropriété de l’immeuble que l’on habite ou si on fait face à un souci de plomberie », illustre Mathilde Garruchet. La trentenaire a rejoint Coopriétaires d’abord comme soutien et bénévole, par adhésion au projet politique. Elle envisage aujourd’hui de quitter son logement 19 m2 relativement excentré pour faire partie des premiers à faire acquérir son futur logement par la coopérative.
Après calcul, elle a dû trouver dans un budget de 130 000 euros, et paiera ainsi, avec 30 000 euros d’apport en parts sociales, une redevance mensuelle légèrement inférieure à son loyer actuel, le tout « sans se mettre un crédit sur le dos ». Comme tous, elle contribuera ainsi à alimenter le budget travaux de la coopérative, dont l’objectif est aussi d’améliorer les logements, notamment dans une optique d’adaptation au changement climatique.
La Scic entend constituer un parc d’une centaine de logements, situés dans l’agglomération lyonnaise, afin de conserver une proximité humaine et géographique entre ses membres. Mais l’idée est aussi d’inspirer d’autres initiatives similaires, pour qu’un maximum de biens sortent du marché spéculatif. Trois premières acquisitions devraient avoir lieu au début de l’été : un appartement dans le quartier de la Guillotière, à Lyon, et le rachat des logements de Solenn Doassans et de Marie-Claude Alexandre et Roberto Miranda. Ensuite, pour pouvoir se développer suffisamment rapidement et répondre aux demandes qui ne pourront sans doute pas toutes être satisfaites, le premier défi des sociétaires et de la dizaine de membres du conseil d’administration sera de trouver des financements.
Défis financiers et culturels
Grâce aux redevances, le modèle économique de la coopérative doit, à terme, s’équilibrer. Mais elle va dans un premier temps débourser de gros montants. Les habitants, grâce à leurs apports en parts sociales, seront les principaux financeurs. D’autres acteurs pourront aussi prendre part au capital, comme la société Rhône-Saône-Habitat. Action Logement Services, filiale d’Action Logement, le groupe qui gère les contributions collectées auprès des employeurs en vue de faciliter le logement des salariés, a d’ores et déjà acté l’octroi d’un prêt de 250 000 euros.
De quoi aider aux premières acquisitions espérées dans les prochains mois. Les collectivités, comme la métropole de Lyon et les communes du territoire, pourraient apporter leurs garanties à des emprunts pour permettre à la Scic de se financer auprès de la Caisse des dépôts, via les prêts dédiés au logement social. Et avec l’agrément « entreprise solidaire d’utilité sociale », qui vient d’être obtenu, la Scic espère convaincre des citoyens militants de souscrire des parts sans forcément avoir besoin d’un logement, car cet agrément ouvre droit à une réduction d’impôts.
« Il y a aussi tout un travail de déconstruction à faire autour de la propriété individuelle, qui apparaît comme un graal dans l’imaginaire collectif », ajoute Solenn. La détention d’un bien immobilier est souvent perçue comme une assurance face aux aléas de la vie, un capital à solder pour financer sa dépendance ou pour le transmettre à ses enfants.
Les sociétaires de la Scic pourront, de leur côté, transmettre leurs parts sociales à leur descendance, mais pas l’appartement ou la maison qu’ils habitent. « Il faut qu’on trouve des mécanismes pour jouer en partie le rôle assurantiel de la propriété – le fait qu’en tant que propriétaire individuel on se dise qu’en cas de soucis, on peut solder son patrimoine, concède Baptiste Mylondo. Mais notre souhait à nous, c’est que tout le monde hérite d’un bien commun, qui serait que les générations futures accèdent elles aussi au logement abordable. »