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Articles du Vendredi : Sélection du 12 juin 2026

‘Petroherria’ podcasta: zulo fosiletik ateratzeko bideak, David Linchen betaurrekoak lagun
Beñat Zaldua
www.naiz.eus/eu/info/noticia/20260522/petroherria-podcasta-zulo-fosiletik-ateratzeko-bideak-david-linchen-betaurrekoak-lagun

Astelehenetik aurrera, ‘Petroherria’ podcastak erregai fosilen inguruan antolatutako ekonomia eta gizarte baten ajeak aletuko ditu. Stop Fosilak sareak eta NAIZek ekoitzita, Jon Urzelaik gidatuko du espazioa, krisi ekosozialaren alor desberdinetan adituak diren pertsonei hitza emanez.

Miguel Virizuela EHUko ekonomia eta enpresa fakultateko irakaslearekin hasiko da datorren astelehen honetan ‘Petroherria’, Stop Fosilak sareak eta NAIZek ekoitzitako podcast berria. Jon Urzelairen gidaritzapean, erregai fosilek ardaztutako bizitza eredu baten ondorioak izango ditu aztergai. Baita kale itsu honetatik irteteko bide posible batzuk ere.

Asteleheneko lehenengo atal honetan, Bilboko portuak Euskal Herriko sistema fosilean izan duen eta daukan zentralitateaz hitz egingo du Virizuelak, 50eko hamarkadan Bizkaian ordezkari ugari izan zituen teknokrazia frankistak hartutako erabakiak erdigunean jarriz. Iragana orainera ekarriz, 1953ko urtea hartuko du abiapuntu Virizuelak, Francok Estatu Batuekin urte hartan sinatutako akordioak eta Washingtonek Iranen babestutako estatu kolpeak ba omen baitute harremanik.

Virizuelaren ostean Xan Lopez galiziarraren txanda izango da. Klima aktibista eta ‘Corriente cálida’ aldizkariko kideak energiaren geopolitika izango du hizketagai, gaiari heltzeko momentu ezin aproposagoan.

Hirugarren atalean, Ana Galarragak eta Laida Arbizuk negazionismoa eta zientzia izango dute hizpide. Solarpunk-ari eta utopiei begiratuko diete aurrerago Alba Garmendiak eta Beñat Irasuegik. Cristobal Gallego berriztagarrien hedapenaz arituko da, eta Mar Rubio, aldiz, energiaren historiaz eta ordezkapenen auziaz, galdera batetik abiatuta: posible da fosiletatik berriztagarrietara trantsizioa, edo gehikuntza hutsa gertatuko da?

Podcasta euskaraz eta gaztelaniaz izango da, elkarrizketatuaren arabera, eta astelehenetan argitaratuko da NAIZen. Lehenengo denboraldi honek sei atal izango ditu, uztailaren 6ra arte, baina bigarren bat martxan dago, udazkenera begira.

David Linchen betaurrekoak etorkizunari begiratzeko

Iraganari eta orainari begiratzeaz gain, etorkizunari ere erreparatu nahi dio ‘Petroherria’ podcastak. Horretarako, David Linchen esaldi ikonikoa baliatu dute: «Eguzkitako betaurrekoak jarri ditut, etorkizuna ikusten ari naizelako, eta etorkizuna oso distiratsua ikusten da».

Elkarrizketa bakoitzaren amaieran, elkarrizketatuak iaz hil zen zinemagile estatubatuarraren betaurrekoak jantzi beharko ditu, etorkizuneko eguzki izpien bila.



Températures et émissions records : des scientifiques publient de nouveaux chiffres chocs sur l’évolution du climat
Anne-Claire Poirier
https://vert.eco/climat/budget-carbone-qui-sepuise-temperatures-records-des-scientifiques-publient-de-nouveaux-chiffres-chocs-sur-levolution-du-climat/

 

Carbone à ras. L’actualisation par plusieurs dizaines de scientifiques du monde entier d’indicateurs clés sur le changement climatique en 2025 contient des résultats inquiétants. Un budget carbone épuisé sous trois ans, des températures toujours plus proches du point de non-retour… Voici ce qu’il faut retenir de ce travail, publié ce jeudi dans la revue scientifique Earth system science data.

Cinq ans après la parution des dernières données du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le sujet, 73 scientifiques du monde entier ont actualisé une douzaine d’indicateurs essentiels pour saisir l’état du climat planétaire et l’influence humaine sur son évolution.

Bilan des émissions mondiales de gaz à effet de serre, évolution des températures sur terre et en mer, budget carbone restant avant de franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique… Cet important travail de revue, signé par plusieurs climatologues de renom, dont les Français·es Valérie Masson-Delmotte, Christophe Cassou, Aurélien Ribes ou Pierre Friedlingstein, devrait provoquer un électrochoc chez nos dirigeant·es. Et pourtant.

Émissions de gaz à effet de serre : nouveaux records

Sauf pandémie ou crise énergétique d’ampleur, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) franchissent chaque année un nouveau record et les deux dernières ne font pas exception. En 2024, les émissions totales de GES – dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), protoxyde d’azote (N20) – ont atteint un niveau inédit de 56,8 milliards de tonnes équivalent CO2 (gigatonnes de CO2e).

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Le collectif de scientifiques Global carbon project a averti dès novembre que les émissions issues des combustibles fossiles marqueraient un nouveau record en 2025. Or les trois quarts des émissions mondiales sont «directement dus à l’usage des énergies fossiles», rappellent les scientifiques.

Seul point positif, les émissions n’augmentent plus aussi vite que pendant les années 2000, notent les chercheur·ses. Depuis la signature de l’Accord de Paris, elles sont en voie de stabilisation et l’Agence internationale de l’énergie entrevoit même un pic avant 2030.

Mais, dans leur opus de 2021, les auteur·ices du Giec ont indiqué que la limitation du réchauffement mondial à 1,5°C d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850) nécessitait d’atteindre ce pic avant 2025 et de diviser par deux le niveau d’émissions entre 2019 et 2030.

Le budget carbone épuisé

La hausse continue des émissions de gaz à effet de serre épuise le budget carbone restant – c’est-à-dire la quantité de CO2 qu’il reste à émettre avant d’atteindre 1,5°C de réchauffement. Depuis 2020, ce budget a fondu de 74% pour s’établir à 130 milliards de tonnes de CO2 début 2026. C’est à peine plus de deux ans et demi d’émissions au rythme actuel.

«Il est désormais inévitable que le réchauffement atteigne puis dépasse 1,5°C», estiment les chercheur·ses. Toujours au rythme actuel d’émissions, la température mondiale atteindra +1,5°C dans trois ans, +1,7°C dans douze ans et +2°C dans vingt-cinq ans.

Pour rappel, le seuil de 1,5°C de réchauffement n’est pas scruté par hasard. Dépasser ce niveau de réchauffement pourrait notamment déclencher des points de bascule climatique. Autrement dit, lorsqu’un élément clé du climat (calottes polaires, courants océaniques, forêts tropicales, etc.) bascule vers un nouvel état, avec des conséquences irréversibles et difficilement contrôlables.

Mercure au top

Pour l’heure, les scientifiques estiment que le réchauffement climatique moyen (sur la période 2016-2025) s’établit à 1,24°C par rapport à l’ère préindustrielle. Il n’était «que» de 1,09°C à la parution du rapport du Giec en 2021. Sur la seule année 2025 – troisième plus chaude de l’Histoire – le réchauffement a atteint 1,39°C (dont 1,37° uniquement dus aux activités humaines), selon les scientifiques. C’est moins que les estimations de l’Observatoire européen Copernicus, qui a établi le réchauffement à 1,47°C cette année-là en utilisant d’autres jeux de données (notre article).

Dans tous les cas, le rythme de réchauffement reste «à son plus haut niveau historique», attestent les chercheur·ses. À ce sujet, elles et ils rappellent une étrangeté du système climatique – aux yeux du grand public – liée à la baisse de la pollution au soufre (historiquement générée par les centrales au charbon, raffineries et industries métallurgiques et chimiques).

Ces particules dangereuses pour les voies respiratoires ont aussi le pouvoir de réfléchir une partie du rayonnement solaire et donc de masquer le réchauffement climatique. Leur baisse drastique – de 12 à 1,4 gigatonne émise entre 1990 et 2024 – annule aujourd’hui cet effet.

Une telle accumulation de chaleur a pour conséquence directe l’accélération de la montée du niveau de la mer (sous l’effet conjugué de la dilatation des océans et de la fonte des glaces), qui a atteint +23 centimètres en 2025 par rapport à 1901. La hausse annuelle s’est fortement accélérée, passant de +1,73 millimètre sur la période 1901-2018 à +3,66 millimètres en 2006-2025. Autre preuve tangible du bouleversement climatique en cours : le nombre de jours de vagues de chaleur marine a doublé entre 1982 et 2016, puis a plus que triplé (x3,3) entre 1991 et 2025. L’année 2024 a connu à elle seule 82 jours de vagues de chaleur marine, un record.

Après la canicule, le gouvernement réduit le budget destiné à l’adaptation au réchauffement climatique
Raphaëlle Besse Desmoulières
www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/03/apres-la-canicule-le-gouvernement-reduit-le-budget-destine-a-l-adaptation-au-rechauffement-climatique_6696604_3244.html

Le fonds vert, qui permet de soutenir les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique, est menacé d’une réduction de 162,5 millions d’euros, soit une baisse de près de 20 %.

Tout un symbole. Au lendemain de la vague de chaleur d’une précocité inédite qui a frappé une bonne partie de la France, les coupes budgétaires décidées par le gouvernement pour faire face aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient se répercutent fortement sur la transition écologique.

Elle n’est pas la seule – ni même la plus touchée, avec 275 millions d’euros de crédits annulés ou gelés –, mais alors que l’exécutif a été critiqué pour ne pas avoir suffisamment préparé le pays à la chaleur, la potion est amère pour les défenseurs de l’environnement.

« Après avoir fait la preuve de sa totale impréparation pendant les huit jours d’une canicule historique, voici les mesures d’adaptation au réchauffement climatique du gouvernement, s’est indignée Marine Tondelier, la numéro un des Ecologistes, sur le réseau social X. A ce niveau d’incompétence et d’obstination dans la mauvaise direction, c’est du climatonégationnisme. »

Ces choix interviennent quelques jours après une réunion interministérielle sur les canicules, jeudi 28 mai, lors de laquelle le premier ministre, Sébastien Lecornu, « a demandé aux ministres de faire des propositions pour renforcer les politiques d’adaptation au changement climatique », relate une source proche du dossier, qui y voit une « légère contradiction ».

Parmi les dispositifs les plus touchés, le fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires, dit « fonds vert ». Créé en 2023 et très apprécié des élus locaux, il permet de soutenir les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique. Selon le site du ministère de la transition écologique, depuis trois ans, il a déjà apporté un soutien financier à plus de 25 000 projets.

Il fait aussi partie des programmes phares mis en avant par le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), présenté en mars 2025, qui vise à préparer une France à + 4 °C en 2100. En avril, le gouvernement avait encore annoncé que la priorité, en 2026, pour le fonds vert, était de « renforcer l’adaptation des territoires au changement climatique », l’un de ses trois piliers historiques.

« Un très mauvais signal »

Malgré ce succès, ce fonds n’a cessé de voir son enveloppe diminuer ces dernières années : elle est passée de 2,4 milliards d’euros en 2024, à 837 millions pour 2026.

Rebelote avec ces nouvelles coupes budgétaires : le mécanisme voit les autorisations d’engagement – c’est-à-dire le montant maximal des dépenses que l’Etat est autorisé à engager juridiquement – être rabotées de 162,5 millions, soit une baisse de près de 20 %.

Ces sommes, mises en réserve par ce biais, peuvent être débloquées en cours d’année en cas de besoin, ou bien annulées par la suite. Au ministère de la transition écologique, on tient à assurer de la pleine mobilisation de la ministre Monique Barbut pour que ce ne soit pas le cas. « La ministre va se battre pour préserver le plus possible le fonds vert, toujours avec l’idée, comme elle l’a promis, de flécher la moitié du fonds pour les politiques d’adaptation », affirme son entourage.

Reste que, pour Emeline Notari, du Réseau Action Climat, « c’est un très mauvais signal ». « D’autant que ce gel budgétaire est induit par une crise géopolitique qui nous impacte dans le cadre de notre dépendance aux énergies fossiles », ajoute-t-elle. Même son de cloche chez François Thomazeau, expert à l’Institut de l’économie pour le climat, pour qui « il n’y a clairement pas de cap autre que celui de la gestion budgétaire ». « On ajoute des objectifs au fonds vert tout en lui retranchant des moyens », déplore-t-il. Si ce dernier rappelle que les collectivités peuvent puiser dans leurs fonds propres pour financer les actions en faveur de la transition écologique, il souligne le risque que les nouveaux maires, qui viennent de commencer leur mandat après les municipales de mars, reçoivent ce message « comme un désengagement ».

Jean-François Vigier, vice-président de l’Association des maires de France, lui, se dit « scandalisé ». « On est déjà compressé, fait remarquer M. Vigier, également maire UDI de Bures-sur-Yvette (Essonne). Sur l’écologie, on n’y arrive pas.

 

Au meilleur de sa forme, le fonds vert était à 2,5 milliards d’euros, ce n’était déjà pas à l’échelle. Si en plus, en cours d’année, on rabote les budgets, on met en difficulté les collectivités qui avaient inclus la subvention du fonds vert dans leur budget. » Et de citer une étude de l’Institut de l’économie pour le climat, justement, qui, en 2024, chiffrait les besoins d’investissements des collectivités en faveur du climat à 19 milliards d’euros par an de 2024 à 2030, soit près de 11 milliards d’euros supplémentaires par an, pour respecter les objectifs bas carbone de la France. Un montant qui n’intègre pas le sujet de l’adaptation, plus difficile à chiffrer.

D’autres programmes qui participent au financement de la transition écologique, comme France 2030, sont également touchés. C’est aussi le cas de la mission qui supporte l’Agence nationale de l’habitat, chargée de MaPrimeRénov’, qui voit près de 300 millions d’euros de ses autorisations d’engagement gelées. Ce qui fait craindre une nouvelle réduction de la principale aide publique à la rénovation énergétique des logements, qui a déjà connu bien des vicissitudes ces derniers mois.

Les ambitieuses pistes du laboratoire codirigé par Thomas Piketty pour réduire les inégalités mondiales tout en limitant le réchauffement climatique
Marie Charrel
www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/04/les-ambitieuses-pistes-du-laboratoire-codirige-par-thomas-piketty-pour-reduire-les-inegalites-mondiales-tout-en-limitant-le-rechauffement-climatique_6697086_3234.html

Bâtir un monde plus égalitaire tout en respectant les limites planétaires est possible, affirment les économistes du Laboratoire sur les inégalités mondiales dans un rapport publié jeudi. Pour y parvenir, il faudra instaurer une sobriété ciblée dans certains secteurs, réduire drastiquement l’usage des énergies fossiles et changer les habitudes alimentaires, détaillent-ils.

Ils proposent une utopie et ils l’assument.

Sans ambages, ils la présentent comme une réponse à la vague national-populiste et climatosceptique montant en puissance des deux côtés de l’Atlantique. « Depuis quelque temps, nous voyons les technoréactionnaires de la Silicon Valley rêver d’un monde où ils installeraient une colonie sur Mars tandis que vivrait sur Terre une population ultra-paupérisée, car l’intelligence artificielle aurait détruit beaucoup d’emplois : ce n’est pas un futur très réjouissant », avance l’économiste Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WIL), un institut de recherche rattaché à l’Ecole d’économie de Paris. « Le projet technonationaliste fait œuvre d’une énergie qui manque au camp internationaliste et égalitaire : dans la bataille culturelle à l’œuvre, il nous faut proposer un avenir souhaitable et désirable », renchérit Thomas Piketty, également codirecteur du WIL.

Proposer un avenir désirable, dresser un plan pour réduire les inégalités dans les limites planétaires : telle est l’ambition du rapport sur la justice mondiale (« Global Justice Report ») publié jeudi 4 juin par le WIL. Rédigé grâce à la contribution de 45 chercheurs, il s’appuie sur l’importante base de données sur les inégalités du laboratoire, et aspire à accompagner d’autres initiatives, telle que celle menée par le Brésil, dans le cadre du G20, pour mieux taxer les milliardaires.

Depuis 2018, le WIL publie régulièrement des rapports auscultant les écarts de richesses dans le monde. Cette fois-ci, il propose une feuille de route concrète, intégrant la dimension climatique. « C’est un plan pour changer de système en partant de celui existant, pour éviter de foncer vers l’abîme », souligne Lucas Chancel. Dès la première page, la promesse est forte : il est possible de bâtir un monde où l’égalité socio-économique entre le plus grand nombre d’habitants et la limitation du réchauffement climatique, condition indispensable pour que notre planète reste vivable, seraient compatibles et atteintes.

Dans le scénario ainsi esquissé, le revenu national mensuel moyen par personne convergerait vers 5 000 euros d’ici à 2100 dans chaque pays – il varie aujourd’hui entre 290 euros en Afrique subsaharienne et 4 590 euros en Amérique du Nord. La part du patrimoine global détenue par la moitié la plus pauvre de la population mondiale passerait de 2 % à 30 %, tandis que celle de la classe des milliardaires reculerait de 6 % à 0,05 %. Le réchauffement climatique, lui, serait limité à 1,8 °C d’ici à 2100, au lieu de plus de 4 °C dans le scénario où rien ne changerait.

Des précédents dans l’utopie

« Y parvenir suppose trois conditions », détaille Thomas Piketty. La première est une décarbonation rapide des systèmes énergétiques, avec une baisse massive des énergies fossiles et des investissements colossaux dans les renouvelables à l’échelle mondiale. La deuxième est un basculement vers la sobriété, se traduisant notamment par des recompositions sectorielles majeures dans nos économies : une baisse des secteurs matériels tels que la production de biens manufacturiers et les transports, et le déploiement des services immatériels, comme l’éducation et la santé. Il ne s’agit pas de décroissance, mais bien d’une sobriété ciblée sur des secteurs-clés, selon le rapport. « La troisième condition est un grand changement des habitudes alimentaires, avec une baisse de la consommation de viande : c’est sur cette base que l’on peut envisager un plan de reforestation pour revenir à un niveau de couverture forestière comparable à celui de 1900 », ajoute Thomas Piketty.

La réduction drastique des inégalités de revenus et de patrimoine, tant entre les pays qu’en leur sein, nécessiterait un coup de frein de la croissance dans les pays riches, notamment permis par une réduction significative du temps de travail. « La compression des inégalités mondiales n’est pas seulement compatible avec une décarbonation profonde ; elle en est une condition nécessaire pour une prospérité partagée sur une planète finie », justifient les économistes.

La marche paraît haute, et les contempteurs du rapport ne manqueront pas de la qualifier d’« inaccessible ». Les auteurs rappellent toutefois qu’atteindre de telles cibles a déjà été possible dans le passé. Ainsi, l’écart entre les 0,1 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est tombé de 150 à 11 durant le XXe siècle en Europe du Nord. « L’utopie que nous proposons est dans la lignée de celles du début du XXe siècle, qui sont devenues réalité, insiste Lucas Chancel. A l’époque, on travaillait trois mille heures par an et par travailleur dans les pays riches : beaucoup peinaient à imaginer que l’on n’y travaillerait plus que mille cinq cents heures par an cent ans plus tard, et pourtant, cela s’est produit. Nous proposons de poursuivre cette tendance jusqu’à mille heures. »

La compression des inégalités et les investissements nécessaires à la décarbonation seraient accompagnés par la création d’un fonds pour la justice mondiale. Celui-ci serait financé dans un premier temps par un impôt planétaire sur le patrimoine dont le taux atteindrait 20 % annuels pour les milliardaires, et par un impôt sur le revenu, dont le taux marginal culminerait à 90 % pour les plus riches.

Projet à contre-courant

Les recettes seraient en grande partie réinvesties dans un grand fonds souverain mondial, chargé de les placer ; progressivement, les rendements de ces placements deviendraient la principale source de financement, supplantant les recettes fiscales dès 2100. Au cours de la période 2026-2060, les dépenses du fonds atteindraient en moyenne 10,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial par an, distribuées sur une base égale par habitant – l’Afrique subsaharienne percevrait jusqu’à 8,8 % de son PIB, contre 2,5 % pour l’Europe et 2,2 % pour l’Amérique du Nord – afin de soutenir à la fois la transition énergétique et la convergence sociale entre pays, notamment en matière d’éducation et de santé. Ces transferts seraient soumis à des conditionnalités climatiques et sociales.

Problème : comment convaincre tous les pays d’y participer ? Comment éviter qu’un tel impôt n’encourage un peu plus encore l’évasion fiscale ? Les auteurs admettent que les ultrariches seraient évidemment très réfractaires à se voir ainsi imposés et chercheraient à l’esquiver. A l’heure du détricotage du multilatéralisme et du protectionnisme exacerbé depuis le retour au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, la création d’une telle « plateforme pour la justice mondiale » paraît, en outre, à contre-courant.

Les économistes du WIL rétorquent qu’elle pourrait d’abord fonctionner avec une petite coalition de pays, qui pourraient imposer des droits de douane « correctifs » à ceux refusant d’y participer. « La demande de justice sociale émanant des pays du Sud est très forte, insiste Lucas Chancel. Avec notre plan, 89 % de la population mondiale verra son revenu monétaire doubler d’ici 2100 ; plus de 95 % en sortiront gagnants dans les pays du Sud, et entre 85 % et 95 % dans les pays du Nord. »

La constitution de cette plateforme nécessiterait, de fait, une refonte totale du système international. « L’architecture globale et le scénario que nous proposons sont imparfaits : nous les posons comme une base de travail de départ, ouverte à la discussion », conclut Thomas Piketty. Celle-ci débutera lors de la troisième conférence mondiale sur les inégalités, organisée à Paris par le WIL du 4 au 6 juin. Y seront notamment présentés 235 articles de recherche autour de ces questions, en sus de nombreuses tables rondes, en présence d’économistes tels que Branko Milanovic ou Mariana Mazzucato.

Les 100 plus grandes entreprises européennes consacrent 30 fois plus d’argent à leurs actionnaires qu’à la transition écologique
Anne-Claire Poirier
https://vert.eco/climat/les-100-plus-grandes-entreprises-europeennes-consacrent-30-fois-plus-dargent-a-leurs-actionnaires-qua-la-transition-ecologique/

Oxfam fatale. Dans un rapport publié ce mardi, l’ONG Oxfam accuse les 100 plus grandes entreprises européennes de nourrir les inégalités, qu’elles soient salariales ou environnementales. Alors que leur bilan carbone continue de s’alourdir, la rémunération de leurs actionnaires passe très loin devant les investissements dans la transformation écologique.

Alors que les inégalités se creusent dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, l’ONG Oxfam rappelle dans un rapport publié ce mardi que «les plus grandes entreprises européennes ne sont pas de simples spectatrices», au contraire. Après avoir passé à la loupe les écarts de rémunération, la manière dont les bénéfices sont redistribués ou encore les montants investis dans la transformation écologique des 100 plus grandes entreprises européennes, Oxfam estime qu’elles constituent aujourd’hui «des viviers d’inégalités».

Priorité aux actionnaires et aux PDG

Parmi les indicateurs clés, l’ONG relève qu’entre 2022 et 2024, ces multinationales ont versé, en moyenne, 70% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. En 2024, ces sommes ont atteint 387,6 milliards d’euros, soit le double du budget de l’Union européenne pour 2026. Selon Oxfam, cela représente une augmentation des dividendes de 139% sur vingt ans, tandis que les salaires nominaux moyens ont augmenté de 69% sur la même période.

C’est un engagement fort de notre équipe, pour permettre à tout le monde de s’informer gratuitement sur l’urgence écologique et de faire des choix éclairés. Si vous le pouvez, faites un don pour soutenir notre travail dans la durée et garantir notre indépendance.

Dans le même temps, l’ONG constate que l’écart entre la rémunération des PDG et celle des salarié·es s’est aussi creusé entre 2022 et 2024. En 2024, un·e dirigeant·e de ces entreprises a empoché en moyenne 6 millions d’euros, soit 78 fois plus qu’un·e de ses salarié·es, avec un record à 22 millions d’euros pour l’ex-PDG de Stellantis, Carlos Tavares. À noter que des entreprises françaises telles qu’EDF, SNCF ou Crédit mutuel s’illustrent par des écarts de rémunération beaucoup plus faibles, inférieurs à 10 pour 1.

Priorité au CO2

En 2024, les 100 plus grandes entreprises européennes ont émis la bagatelle de 10 001 millions de tonnes de CO2 équivalent (CO2e), soit près de 20% des émissions mondiales totales. Et 58 d’entre elles ont vu leurs émissions directes et indirectes (correspondant aux scopes 1, 2 et 3) augmenter entre 2022 et 2024. Pourtant, les investissements alloués à leur transformation écologique restent dérisoires. À peine la moitié d’entre elles ont d’ailleurs consenti à publier des données à ce sujet.

Quand c’est le cas, les chiffres révèlent qu’elles ont versé en moyenne 32 fois plus à leurs actionnaires qu’elles n’ont investi dans la transition. Ce rapport atteint 838 fois plus chez le français Saint-Gobain, qui fabrique des matériaux de construction, et 108 fois plus chez le groupe de cosmétiques L’Oréal. À l’inverse, Oxfam souligne que les dépenses d’investissements «verts» d’EDF représentaient 23 fois les rendements versés aux actionnaires en 2024. Alexandre Poidatz, responsable des campagnes Climat et inégalités chez Oxfam, conclut : «Les inégalités ne sont donc pas inévitables : c’est un choix.