Stop Fosilak taldea sortu dute aditu eta ekintzaile ugarik, trantsizio energetiko “justu eta azkar” baten alde
Urko Apaolaza Avila
www.argia.eus/albistea/stop-fosilak-taldea-sortu-dute-aditu-eta-ekintzaile-ugarik-trantsizio-energetiko-justu-eta-azkar-baten-alde
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Erregai fosiletatik berriztagarrietara jauzia lehenbailehen egin behar dela dioen manifestua sinatu dute, eta desazkundea ez dela nahikoa defendatu dute bertan: « Dilema ez da desazkundea ala energia berriztagarriak, biak behar ditugu, eta aldi berean gainera ».
Klima larrialdiari aurrean erregai fosilekin amaitu behar dela eta trantsizio energetiko « justu eta azkar bat » egin behar dela defendatzen duen taldea sortu berri da: Stop Fosilak. Manifestua kaleratu du talde horrek, eta sinatzaileen artean daude Euskal Herriko ingurumen arloko ekintzaileak, unibertsitateko irakasleak, ikertzaileak eta kazetariak, hala nola: Gorka Laurnaga klima-ekintzailea, Lorea Flores Greenpeaceko koordinatzailea, Arturo Elosegi ekologia irakaslea, Jon Urzelai kultur kritikaria, Ugo Mayor ikerlaria, Joseba Azkarraga EHUko irakaslea, Aitziber Lasa Elhuyarreko Zientzia-hezkuntzako proiektuen arduraduna, eta beste asko,
Bizitzaren alde, Stop Fosilak izeneko manifestuan, sinatzaileek Euskal Herrian eta munduan klima aldaketaren ondorioz bizi ditugun egoera larriak azpimarratu dituzte, bai klimatikoak bai sozialak, eta erregai fosilak direla « erantzule nagusiak ». Nabarmendu dute IPCC-ren esanetan 1,5 Cº-ren azpitik mantendu beharko litzatekeela lurraren beroketa eta CO2 isuriak erdira murriztu 2030 urterako: « Horretarako, kontsumoen murrizketaz gain, energia berriztagarrien ahalmen globala hirukoiztu eta energia-eraginkortasuna hobetzeko bataz besteko tasa bikoiztu egin behar dira gaurtik 2030. urtera bitarte ».
Egun, AEBetako « Etxe Zuriak eta hidrokarburoen lobbyak abiatu eta Europan eskuin muturrak bere egin duen oldarraldi fosilista betean » gaudela ziurtatu dute. « Petro Herri batean bilakatu gara –dio manifestuak–. Lemoizi ezetz esan genionetik, 50 urtez erregai fosilek hornitu dute eta hornitzen jarraitzen dute gure egunerokoa ».
« Dena batera egin beharra dago, bakoitzari bere helburu propioak ezarriz »
Horren aurrean, beren ustez « dilema ez da desazkundea ala energia berriztagarriak, biak behar ditugu, eta aldi berean gainera ». Zentzu horretan, sinatzaileek ez dute uste « teilatuak plaka fotovoltaikoz betetzea » nahikoa izango denik, argindar beharrak handitzen joango direlako, euren esanetan: « Energia kontsumoa asko murriztuta ere, hiriguneak, industria edo oinarrizko ekipamendu eta zerbitzuak (ospitaleak, eskolak, trenak, tranbiak, autobusak…) berriztagarriekin hornitu nahi baditugu, zentral eoliko eta fotovoltaikoak ezinbestean gure paisaiaren parte bilakatu behar dira », irakur daiteke testuan.
Kontsumo murrizketaren, autokontsumoaren eta zentral eoliko zein fotovoltaikoen artean « mailakatzerik » ezin dela ezarri diote: « Dena batera egin beharra dago, bakoitzari bere helburu propioak ezarriz ». Ondorioz, manifestuaren arabera, « Euskal Herriak ‘zenbat?, ‘non?’ eta ‘nola?’ galderei erantzun behar die urgentziaz ».
L’Etat se forme à la transition écologique, mais ne se transforme pas
Audrey Garric
www.lemonde.fr/planete/article/2026/02/05/transition-ecologique-l-etat-se-forme-mais-ne-se-transforme-pas_6665508_3244.html
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La promesse était considérable : changer l’Etat de l’intérieur pour l’adapter à l’ère des crises écologiques. En formant massivement ses hauts fonctionnaires et agents publics à la transition écologique d’ici à la fin de 2027, le gouvernement voulait faire de l’administration un moteur de la transition. Une réforme silencieuse mais structurelle, capable d’infuser dans l’ensemble des politiques publiques.
Le chantier est aujourd’hui à mi-parcours, et le constat apparaît plus nuancé. Des milliers de cadres ont été sensibilisés, les connaissances scientifiques ont pénétré des sphères administratives qui en étaient parfois éloignées. Mais la formation, aussi ambitieuse soit-elle, peine à se traduire en décisions concrètes, notamment en raison d’un manque de soutien politique.
Le programme avait été lancé en grande pompe à l’été 2022 par la première ministre de l’époque, Elisabeth Borne. Le gouvernement, qui en avait fait l’une de ses politiques prioritaires, prévoyait la formation obligatoire de 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique d’Etat, présentés comme les futurs « hussards verts de la République ». A terme, la démarche devait s’étendre aux 5,6 millions d’agents de toutes les fonctions publiques. Le signal politique se voulait fort.
La voilure a depuis été réduite : l’objectif se concentre désormais sur les cadres supérieurs et 2,5 millions d’agents de la seule fonction publique d’Etat. La première phase s’est achevée fin 2025, la suivante a été officiellement lancée mardi 3 février.
Mobilisation inégale
Avec cette nouvelle étape, le chantier change d’échelle. Il s’agit désormais de former tous les agents, des enseignants aux greffiers en passant par les surveillants pénitentiaires. Trois modules de trois heures, essentiellement à distance, sont proposés aux ministères. Conçus notamment avec le Muséum national d’histoire naturelle et l’Ecole nationale des ponts et chaussées, ils portent sur une sensibilisation aux trois crises écologiques – climat, biodiversité, ressources –, ainsi que sur les leviers d’action possibles dans le cadre professionnel. Les administrations adapteront ensuite les contenus aux métiers.
« L’objectif est de montrer, dans des situations de travail auxquelles les agents peuvent s’identifier, les leviers concrets, sans occulter les contraintes et les tensions », explique un haut fonctionnaire du ministère de la transition écologique qui requiert l’anonymat, comme plusieurs personnes interrogées. Le programme se veut déculpabilisant : « Il ne s’agit pas de faire croire à chacun qu’il peut sauver le monde seul. »
Avant cet élargissement, le gouvernement avait commencé par le sommet de la pyramide administrative. La mobilisation y a été inégale. Environ 13 500 cadres supérieurs – directeurs de service dans les ministères, préfets ou recteurs d’université – ont commencé le parcours. Plus de 2 000 l’ont mené à son terme, un chiffre encore susceptible d’évoluer. « Ce n’est pas le grand soir », glisse une fonctionnaire, qui voit néanmoins dans l’exercice une avancée.
La question centrale est celle des effets réels
Pour les équipes chargées du programme, une telle mobilisation de hauts fonctionnaires, aux emplois du temps surchargés, relève déjà de l’exploit. Le dispositif était exigeant : vingt-huit heures de formation en présentiel, réparties en cinq ateliers sur le climat, la biodiversité et les ressources, les freins et leviers de l’action publique, des conférences de chercheurs, des visites de terrain, puis un temps consacré au passage à l’action.
Les contenus ont été conçus par le CNRS, le secrétariat général à la planification écologique ou des associations telles que Nos vies bas carbone. Autre élément avancé pour relativiser le niveau de participation : parmi les 25 000 cadres ciblés, près de 8 000 sont magistrats, libres de ne pas suivre la formation.
Mais le principal obstacle se situe ailleurs. Depuis 2022, l’élan venu du sommet de l’Etat a été perdu. Dans un contexte d’instabilité politique et de contraintes budgétaires, la transition écologique a reculé dans l’ordre des priorités gouvernementales. « Il n’y a plus de soutien politique », regrette l’écologue Luc Abbadie, ancien coprésident du groupe d’appui scientifique chargé d’accompagner la formation. Les douze membres de ce collectif ont démissionné au printemps 2025, faute d’activité. « Nos réunions n’avaient plus de sens. J’ai écrit plusieurs fois au cabinet du ministère de la fonction publique, sans réponse. »
En disparaissant des radars, la transition devient un investissement moins stratégique pour la carrière des hauts fonctionnaires. « Un haut fonctionnaire observe les priorités du gouvernement. Si la transition écologique ne figure plus en tête, la formation devient moins prioritaire », analyse Marine Braud, ancienne conseillère à Matignon, à l’Elysée et au ministère de l’écologie. Elle juge néanmoins positif que le dispositif se poursuive malgré les vents contraires.
Au-delà de la participation, la question centrale est celle des effets réels. Les promoteurs du plan voulaient établir un socle commun et diffuser les enjeux écologiques bien au-delà du ministère correspondant. « Au lancement, il existait une méconnaissance profonde des ordres de grandeur de la transition », souligne Marine Braud. Emissions sectorielles de gaz à effet de serre, menaces sur la biodiversité, cadres de l’action publique : les agents ont été exposés à un large volume de connaissances. « La formation a rapproché les mondes administratif et scientifique », observe Margot Reyes, doctorante à l’université de Perpignan qui consacre sa thèse au programme.
Les freins sont nombreux
« On a pu montrer la dimension systémique des crises. Dans l’administration, on ne peut plus dire qu’on ne savait pas », se félicite Claire Gouny, qui coordonnait les conférences et les visites de terrain pour le CNRS. Selon une enquête, un quart des 463 chercheurs qui sont intervenus ont été recontactés par des cadres après leur conférence. « Cela ne veut pas dire que le changement va démarrer maintenant, mais la connaissance n’est plus un frein », poursuit-elle.
Pour autant, la formation n’a pas débouché sur des changements de pratiques structurants, selon plusieurs sources. Elles évoquent un programme trop théorique et général, insuffisamment connecté aux réalités concrètes des services. « J’ai vu quelqu’un proposer de réduire l’usage du papier. Soit il n’a pas saisi l’ampleur des enjeux, soit il est lucide sur l’étroitesse de ses marges de manœuvre », confie un fonctionnaire. Et d’expliquer : « Les cadres évoluent dans un système qui limite leurs actions à de simples ajustements organisationnels. » Les freins sont nombreux : manque de temps, de moyens, d’appui hiérarchique, décalage entre les urgences politiques et les temporalités longues de l’écologie… Les services du premier ministre indiquent de leur côté qu’une évaluation du dispositif sera communiquée en 2026.
Une cadre du ministère de la transition écologique dit avoir trouvé l’exercice utile pour « se mettre au carré sur les ordres de grandeur » et « prendre le pouls des autres directions ». Mais elle n’y voit pas un levier pour gagner des arbitrages en faveur des enjeux écologiques, surtout avec la crise agricole. « On a été rattrapés par le contexte politique. On dérégule au détriment de l’environnement, devenu le bouc émissaire de tout », regrette-t-elle. Elle plaide pourtant pour poursuivre la formation, afin qu’elle ne reste pas « un coup d’épée dans l’eau ».
Aberri Eguna 2026: Euskal Herria, etorkizuna, itxaropena
Ipar Euskal Herriko Mugimendu Abertzale
www.enbata.info/articles/aberri-eguna-2026-euskal-herria-etorkizuna-itxaropena
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Cette année, l’Aberri Eguna aura lieu le 5 avril. Depuis le processus Bagira, et pour la quatrième année consécutive, le mouvement abertzale d’Ipar Euskal Herria célébrera de manière unitaire et collective cette journée en faveur d’Euskal Herria. Après Itsasu, Uztaritze et Donibane Garazi, l’édition 2026 se déroulera à Baiona.
Cet Aberri Eguna s’inscrit dans un contexte mondial complexe. Nous vivons une période sombre marquée par la montée de l’extrême droite et par un impérialisme qui met en danger la souveraineté des peuples ainsi que leur avenir. Ces moments historiques se caractérisent par la rivalité entre grandes puissances, l’accumulation des richesses, la guerre et la domination des peuples.
Alors que la démocratie et le droit international sont remis en question, l’ordre mondial est en train de changer vers une direction incertaine. Dans ce contexte, quelle est la place d’Euskal Herria ?
Au cœur d’une Union européenne en perte de repères, nous sommes pris entre deux États et toujours tributaires des profondes crises politico-institutionnelles qu’ils traversent.Les décisions prises à Paris frappent durement les institutions d’Ipar Euskal Herria et la société dans son ensemble, dans un contexte de restrictions sévères. Nous voulons alerter sur le fait que les avancées réalisées collectivement ces dernières années dans différents domaines – comme la langue basque, l’écologie ou l’agriculture – pourraient être mises en danger. À cela s’ajoute une dérive préoccupante vers l’extrême droite et le fascisme, ainsi qu’une offensive qui menace les principes fondamentaux de la démocratie.
Un enjeu de démocratie et de souveraineté.
C’est pourquoi, plus que jamais, nous devons relever le défi de la démocratie. Il est indispensable d’affirmer qu’il existe ici une nation qui veut être maîtresse de son avenir. La souveraineté politique et la souveraineté matérielle sont toutes deux indispensables pour renforcer le vivre-ensemble en Euskal Herria, mettre en place nos propres politiques publiques et gérer nous-mêmes nos ressources naturelles, l’environnement, l’économie, le logement ou encore la langue basque.
Nous appelons à constituer un front large et à agir en tant que peuple. Autrement dit, le moment est venu de protéger Euskal Herria des ingérences extérieures, de faire face à l’agenda réactionnaire et d’ouvrir une phase de consensus et de mobilisation pour construire son avenir. Au fil des années, nous avons montré que nous sommes capables de bâtir un nouvel avenir en Euskal Herria et de faire les choses autrement et ensemble.
Depuis le dernier Aberri Eguna, avec la refondation de la plateforme Batera, un débat s’est ouvert sur l’évolution institutionnelle d’Ipar Euskal Herria. La majorité de la société exprime son souhait d’une nouvelle institution dotée de davantage de souveraineté pour notre territoire, comme elle revendique la reconnaissance officielle de l’euskara.
Tel est notre appel : construisons dès maintenant le projet de territoire désirable, démocratique, euskaldun et durable dont l’Euskal Herria de demain a besoin. L’espoir naît de ce que nous faisons ici et de ce que nous faisons avancer ensemble. C’est là la plus grande contribution que nous puissions apporter à la construction d’un monde meilleur. Dans cette période sombre que l’on cherche à nous imposer, l’espoir, c’est Euskal Herria.
Appel à la mobilisation citoyenne
Dans ce contexte, à l’approche des élections municipales qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, nous estimons indispensable de mobiliser le plus largement possible en faveur du projet progressiste, écologiste, euskaltzale et féministe que nous, abertzale, proposons à la société.
Ces élections se dérouleront dans un climat particulier. Elles opposeront celles et ceux qui soutiennent un système et un Etat en pleines crises; à celles et ceux d’entre nous qui revendiquent davantage de souveraineté et de justice sociale pour Ipar Euskal Herria.
Et dans ce climat, n’oublions pas la Korrika, la plus grande mobilisation en faveur de l’euskara, qui partira de Xiberoa et va parcourir nos routes. À la veille d’Aberri Eguna, elle sera une démonstration puissante de l’élan vital de notre langue et de notre peuple.
L’Aberri Eguna, point de ralliement de toutes et tous
Cette année, l’Aberri Eguna d’Ipar Euskal Herria se déroulera à Baiona. Cela représente un saut qualitatif. Nous pensons que ce sera un moment important pour apporter une réponse large à la situation actuelle et rassembler les forces en faveur d’Euskal Herria. Nous appelons ainsi l’ensemble des habitantes et habitants d’Ipar Euskal Herria, de tous les territoires, secteurs et générations, à y participer.
Le programme complet sera communiqué ultérieurement, mais nous annonçons dès aujourd’hui que le point central de la journée se situera sous le grand chapiteau installé sur le quai Xaho. Une manifestation aura lieu le matin dans les rues de Baiona, suivie d’un repas populaire préparé par les paysans et paysannes avec des produits locaux. En soirée, des concerts seront organisés. Il est temps d’agir pour Euskal Herria. Prenons notre avenir en main.
Sur les trottoirs de Caen, on fait pousser des plantes et des liens de voisinage
Guy Pichard
https://reporterre.net/Sur-les-trottoirs-de-Caen-on-fait-pousser-des-plantes-et-des-liens-de-voisinage
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Dans le Calvados, l’association Caen au pied du mur incite les habitants à faire pousser des plantes sur le trottoir de leur logement. Une végétalisation de la ville qui a déjà convaincu des centaines de personnes.
« La glycine est montée à une vitesse fantastique et elle s’est entortillée dans le balcon de Laurence ! » Mi-janvier, dans le quartier résidentiel de Vaucelles, à Caen, Dominique et plusieurs voisins se sont réunis pour entretenir les plantes de leur lieu de vie, un immeuble composé de 11 appartements.
À l’entrée de la petite résidence gardée par deux sureaux, un pochoir représentant, en vert, un pied mêlé à une feuille avec la mention « Caen au pied du mur » annonce la couleur : ici, on végétalise partout où c’est possible !
Créée en 2015, l’association Caen au pied du mur portée par le Comité régional d’étude pour la protection et l’aménagement de la nature en Normandie (Crépan) propose aux Caennais de végétaliser les trottoirs qui bordent leur habitation assez simplement, tout en signalant aux agents de la municipalité que l’espace n’est pas (plus) à entretenir.
« Un agent de la mairie est venu creuser une tranchée d’environ une quinzaine de centimètres de large et de profondeur, explique Benoît, propriétaire d’une des premières maisons du programme. C’était juste la couche de bitume qui a été retirée et ça a été rempli de terre. L’idée, c’est de poser des plantations dont on s’occupe. C’est le deal avec la mairie. »
À celle ou celui qui décide de renaturer son bout de trottoir, il est néanmoins demandé ne pas utiliser de désherbant, de ne pas faire pousser de plantes épineuses, et de laisser un espace suffisant sur le trottoir (1,4 mètre) afin que tout le monde puisse circuler, poussettes et chaises roulantes en tête.
« Si en été ma bignone dépasse d’un mètre du mur, il n’y a plus de passage, détaille encore Benoît. Un agent de la ville est passé chez moi me rappeler à l’ordre à ce sujet, mais de manière très pédagogique. »
Parmi les 400 habitations que compte Au Pied du mur, Dominique et sa glycine font figure d’exception. Son immeuble est quasiment l’unique copropriété à avoir adhéré, les maisons individuelles étant largement surreprésentées.
De là à parler d’écologie élitiste ? « Cette critique, on se l’est déjà faite à nous-mêmes depuis longtemps », se défend Sylvain Giraudon, initiateur et président de l’association pendant 10 ans. « Déjà, les immeubles ont généralement leur haie, et il y a toujours dans un syndic de copropriétés des voix qui sont contre. Selon moi, il faudrait un mouvement qui parte d’en haut, via la ville peut-être ou des bailleurs sociaux, voire des agences immobilières. »
Une églantine dans la cour intérieure
Chez Dominique, il y a eu deux voix contre quand elle a présenté l’idée lors de l’assemblée générale de son petit immeuble, en 2020. « Je ne me suis pas démontée, se souvient la retraitée. J’ai dit que j’allais tout faire, à mes frais, et si l’année prochaine lors de l’assemblée ça ne plaît pas, tout serait arraché. »
Ont alors poussé des plantes, comme une églantine, dans la cour intérieure de la propriété commune, où chacun est venu aider peu à peu. « Après avoir cerné le parking, il fallait travailler sur les façades et, avec l’accord des copropriétaires, on a tendu des fils pour les plantes grimpantes », continue-t-elle.
En plus de végétaliser son lieu de vie, Dominique a édité dix-huit « journaux saisonniers » de 2021 à 2025, à destination des copropriétaires et voisins liés à l’association, pour narrer l’évolution des plantes du quartier. Elle tient aussi des stands d’information dans les marchés locaux et peut rendre visite à des écoles, pour expliquer sa démarche.
Après s’être inscrit sur le site Internet dédié et téléchargé le logo de l’association à décliner en pochoir sur le mur de sa propriété, les nouveaux arrivants peuvent demander conseil au Crépan pour les espèces végétales à faire emménager devant chez soi.
« Une fois qu’on a planté, il a fallu entretenir et glaner des conseils avec mes voisins, raconte Antoine, qui vit dans un autre quartier pavillonnaire. Certaines plantes sont plus orientées sud que nord par exemple. Personnellement, je ne savais pas faire ça et je n’avais pas de jardin avant d’arriver ici. »
Dans sa rue ont fleuri au fil des années des logos de l’association et des plantes plus ou moins sauvages, au point de devenir l’épicentre d’Au Pied du mur dans la cité normande. « Cela m’a permis de décloisonner les rapports sociaux entre voisins, se souvient Antoine. On fait ainsi communauté au sens large du terme et finalement, il y a même là une réappropriation des espaces collectifs. »
Au-delà des gestes simples que sont la création et l’entretien d’une partie de son trottoir autour de chez soi, Sylvain Giraudon y voit quelque chose de politique, lui qui a justement quitté son rôle associatif pour se consacrer à la candidature des Écologistes aux élections municipales à venir.
« Ce bout de trottoir végétalisé, c’est la création d’un espace intermédiaire qui n’est ni privé, ni tout à fait public, confirme l’ex-président de l’association. Cela ne remet pas seulement du lien entre les voisins mais aussi entre les habitants et ceux qui passent, car il faut y être attentif. Il y a de l’empathie et du souci de l’autre, ce qui manque tellement dans notre société. »
De la verdure qui se dissémine
Tout comme les plantes et les graines qui poussent, l’association caennaise a disséminé des initiatives similaires autour de la ville, avec l’association Vent d’ouest mais surtout dans la région, comme à Ouistreham (GoElan), Lion-sur-mer (Lion Environnement), Langrune-sur-mer (Land growan) ou encore à Mondeville (Mondeville au pied du mur).
« Bien qu’il soit plus facile d’être suiveur que pionnier, c’est grâce au travail associatif démarré à Caen que cela a pu arriver jusqu’à notre commune, admet Mickaël Marie, maire adjoint de Mondeville à l’urbanisme et la transition écologique. De plus, ce projet n’implique pas de grandes transformations qui pourrait susciter de la contestation, tout en étant tout de même très visible. »
Bien que les collectivités soient aujourd’hui à l’aise avec ce mouvement végétaliste, cela n’a pas toujours été le cas et ce dès le début de l’association caennaise. Ainsi, à l’apparition des premiers logos siglés du désormais bien connu localement pied vert, Sylvain Giraudon a été invité à la mairie de Caen à s’expliquer à ce sujet. « J’ai été convoqué par les services de la ville, il n’y avait pas moins de trois chefs de service quand même, quel honneur ! » sourit-il.
Aujourd’hui, il peut arriver que des sympathisants de cette cause plantent, de leur propre chef, des arbres ou d’autres végétaux pour tenter de sortir des carrés de pelouse trop souvent mis en place. C’est le cas par exemple de Dominique, qui avoue avoir planté des chênes autour de son quartier…
« Quand j’étais étudiante en biologie à Rouen dans les années 70, je regardais Caen avec beaucoup d’envie, se souvient-elle. C’était l’époque où la ville avait un maire adjoint biologiste aux actions innovantes. C’est un héritage, mais aujourd’hui les urgences climatiques imposent d’agir ! »
Une végétalisation qui a encore du chemin à faire
Pour les deux coprésidents qui ont pris le relais à la tête de l’association, le chemin va être long pour à la fois élargir Au Pied du mur aux immeubles et continuer de végétaliser les trottoirs caennais. La ville compte 350 km de rues et près de 700 km de trottoirs. Caen au pied du mur n’est pour l’instant présent que sur 2,5 kilomètres de trottoirs.
Au-delà des chiffres, ce sont les mentalités qui devront aussi évoluer. « J’ai des rendez-vous toutes les semaines avec des gens qui se plaignent des arbres qui leur ramènent des désagréments, comme des feuilles dans leur jardin, et me demandent de les couper, dit Ludwig Willaume, adjoint au maire de Caen en charge des espaces publics et de la qualité du cadre de vie. Cette notion de végétalisation n’est pas rentrée dans toutes les mentalités, poursuit l’élu, et il faut souligner le vrai travail citoyen derrière cette association à ce sujet. »