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Articles du Vendredi : Sélection du 4 mars 2022


3,3 milliards d’êtres humains exposés au changement climatique : le nouveau rapport du GIEC est sans appel
Bon Pote
https://bonpote.com/33-milliards-detres-humains-exposes-au-changement-climatique-le-nouveau-rapport-du-giec-est-sans-appel/

Après le rapport du Groupe de travail I (WGI) en août 2021, le 2ème rapport est enfin sorti !

Alors que le premier rapport traitait de la compréhension physique du système climatique et du changement climatique, ce nouveau rapport (le 2eme sur 3) porte sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique. Comparé aux précédentes versions, ce rapport intègre davantage l’économie et les sciences sociales, et souligne plus clairement le rôle important de la justice sociale dans l’adaptation au changement climatique.

Cet article se concentre sur le SPM (résumé à l’intention des décideurs), et le résumé technique. Il y a des mots très forts dans ce rapport, des concepts très importants, validés par les gouvernements (SPM). Ce rapport insiste sur les structures sociales et politiques, ce qui montre bien, encore une fois, que nous avons notre avenir climatique entre nos mains. De nombreux leviers d’actions sont présentés dans le rapport et ces connaissances doivent absolument être mises à disposition du plus grand nombre.

Avant-propos

Avant de lire la suite, il est indispensable que vous sachiez ce qu’est le GIEC, comment sont sélectionnés les auteurs qui rédigent le rapport, quel est le processus de sélection des articles scientifiques, qui le finance, etc. Si vous le savez, tant mieux, sinon, lisez cet article synthétique. Je vous encourage vivement à lire le résumé du premier rapport, un vrai plus pour comprendre ce deuxième volet.

A retenir tout de même sur le 2eme rapport :

  • Ce rapport est la synthèse d’environ 34 000 papiers scientifiques. Les 269 autrices et auteurs principaux ont répondu à 62 418 commentaires des gouvernements et d’experts (!!!!). Le résumé à l’intention des décideurs a été validé ligne par ligne par les gouvernements, après deux semaines de délibération sur chaque phrase.
  • Il existe 3 versions :
    • le résumé à l’intention des décideurs (SPM, 36 pages)
    • le résumé technique (TS, 96 pages)
    • le rapport complet (FR, 3675 pages).
      Conseil : lisez le résumé, plusieurs fois s’il le faut, lisez le résumé technique si possible également. Le rapport complet doit plus vous servir d’encyclopédie : vous souhaitez approfondir un point ? -> plongez dans le rapport complet. Libre à vous de le lire entièrement bien sûr…
  • Le GIEC a une liste de qualificatifs utilisés, fonction du niveau de confiance (indiqué en italique dans les rapports, même vocabulaire que l’AR5) :
  1. quasiment certain (probabilité de 99 à 100 %)
  2. très probable (90 à 100 %)
  3. probable (66 à 100 %)
  4. à peu près aussi probable qu’improbable (33 à 66 %)
  5. improbable (0 à 33 %)
  6. très improbable (0 à 10 %)
  7. exceptionnellement improbable (0 à 1 %).

Enfin, il faut se rendre compte des sacrifices que cela représente de s’engager dans la rédaction d’un rapport du GIEC. Les scientifiques travaillent bénévolement, prennent très souvent sur leur temps personnel, ont passé quelques soirées et nuits blanches pour que ce rapport puisse être le plus qualitatif possible et accessible à tout le monde, à travers notamment le SPM et le résumé technique.

Les deux dernières semaines de séances plénières furent longues et intenses. La guerre en Ukraine a malheureusement contraint les scientifiques ukrainiens à quitter les séances de validation du SPM. Voilà les conditions exceptionnelles dans lesquelles s’est terminé ce rapport. A nouveau, merci à toutes et à tous, immense respect.

Les points clefs du nouveau rapport du GIEC

Avant de plonger en détails dans certains points, voici les principales conclusions du nouveau rapport du GIEC (synthèse SPM+TS).

Impacts, risques observés et projetés du changement climatique

Impacts observés du changement climatique

  • B.1 : Le changement climatique induit par l’homme, notamment l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes extrêmes, a eu des effets néfastes généralisés et a entraîné des pertes et des dommages pour la nature et les personnes, au-delà de la variabilité naturelle du climat. Certains efforts de développement et d’adaptation ont permis de réduire la vulnérabilité.
  • Dans toutes les régions du monde, les personnes et les systèmes les plus vulnérables sont affectés de manière disproportionnée. L’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a entraîné des effets irréversibles, les systèmes naturels et humains étant poussés au-delà de leur capacité d’adaptation (confiance élevée).

Vulnérabilité et exposition des écosystèmes et des personnes

  • B.2 : La vulnérabilité des écosystèmes et des populations au changement climatique varie considérablement d’une région à l’autre et au sein d’une même région (confiance très élevée), sous l’effet de schémas de développement socio-économique croisés, l’utilisation non durable des océans et des terres, l’inégalité, la marginalisation, les schémas historiques et permanents d’inégalité tels que le colonialisme, et la gouvernance (confiance élevée).
  • Environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes très vulnérables au changement climatique (confiance élevée).
  • Une forte proportion d’espèces est vulnérable au changement climatique (confiance élevée). La vulnérabilité de l’homme et des écosystèmes sont interdépendantes (confiance élevée). Les modèles actuels de développement non durable augmentent l’exposition des écosystèmes et des personnes aux risques climatiques (confiance élevée).

Risques à court terme (2021-2040)

  • B.3 : Un réchauffement mondial qui atteindrait +1.5°C à court terme entraînerait une augmentation inévitable de nombreux risques climatiques et présenterait des risques multiples pour les écosystèmes et les êtres humains. Des actions prises sur le court terme permettront de limiter les pertes et dommages, mais ne pourront pas toutes les éviter.

Risques à moyen et long terme (2041-2100)

  • B4 : Au-delà de 2040 et en fonction du niveau de réchauffement de la planète, le changement climatique entraînera de nombreux risques pour les systèmes naturels et humains (confiance élevée). Pour 127 risques clés identifiés par le GIEC, les impacts évalués à moyen et long terme sont jusqu’à plusieurs fois plus élevés que ceux observés actuellement (confiance élevée).
  • L’ampleur et le rythme du changement climatique et des risques associés dépendent fortement des mesures d’atténuation et d’adaptation à court terme, et les effets néfastes prévus ainsi que les pertes et les dommages qui en découlent s’intensifient avec chaque augmentation du réchauffement climatique (confiance très élevée).

Risques complexes, composés et en cascade

  • B5 : Les impacts et les risques liés au changement climatique deviennent de plus en plus complexes et difficiles à gérer. De multiples dangers climatiques se produiront simultanément, et de multiples risques climatiques et non climatiques interagiront, ce qui entraînera une aggravation du risque global et des risques en cascade dans les secteurs et les régions. Traduisez « risques en cascade » par ‘plusieurs en même temps’ (canicule, suivie de mégafeux par exemple, comme au Canada en juin 2021).
  • B6 : Si le réchauffement climatique dépasse transitoirement 1.5°C au cours des prochaines décennies ou plus tard (dépassement), de nombreux systèmes humains et naturels seront confrontés à des risques supplémentaires graves par rapport à un maintien au-dessous de 1.5°C. En fonction de l’ampleur et de la durée du dépassement, certains impacts seront irréversibles, même si le réchauffement climatique est réduit (confiance élevée).

Mesures d’adaptation et conditions favorables

L’adaptation actuelle et ses avantages

  • C1 : Des progrès dans la planification et la mise en œuvre de l’adaptation ont été observés dans tous les secteurs et toutes les régions, générant des avantages multiples (confiance très élevée). Toutefois, les progrès en matière d’adaptation sont répartis de manière inégale, avec des écarts d’adaptation observés (confiance élevée).
  • De nombreuses initiatives donnent la priorité à la réduction des risques climatiques immédiats et à court terme, ce qui réduit les possibilités d’adaptation transformationnelle (confiance élevée).

Options d’adaptation futures et leur faisabilité

  • C2 : Il existe des options d’adaptation réalisables et efficaces qui peuvent réduire les risques pour les personnes et la nature. La faisabilité de la mise en œuvre des options d’adaptation à court terme diffère selon les secteurs et les régions (confiance très élevée). Des solutions intégrées, multisectorielles, qui s’attaquent aux inégalités sociales, qui différencient les réponses en fonction du risque climatique et qui traversent les systèmes, augmentent la faisabilité et l’efficacité de l’adaptation dans de multiples secteurs (confiance élevée).

Les limites de l’adaptation

  • C3 : Les limites « souples » de certaines adaptations humaines ont été atteintes, mais elles peuvent être surmontées en s’attaquant à une série de contraintes, principalement financières, de gouvernance, institutionnelles et politiques.
  • Les limites « strictes » de l’adaptation ont été atteintes dans certains écosystèmes (confiance élevée). Avec l’augmentation du réchauffement climatique, les pertes et les dommages vont augmenter et d’autres systèmes humains et naturels atteindront les limites de l’adaptation (confiance élevée).

Éviter la maladaptation

  • C4 : Maladaptation : les réponses inadaptées au changement climatique peuvent créer des verrouillages de la vulnérabilité, de l’exposition et des risques qui sont difficiles et coûteux à changer et exacerbent les inégalités existantes.
  • La maladaptation peut être évitée par une planification et une mise en œuvre flexibles, multisectorielles, inclusives et à long terme de mesures d’adaptation présentant des avantages pour de nombreux secteurs et systèmes (confiance élevée).

Développement résilient au changement climatique

Conditions pour un développement résilient au changement climatique

  • D1 : Les impacts observés, les risques projetés, les niveaux et les tendances de la vulnérabilité, et les limites de l’adaptation, montrent qu’il est plus urgent d’agir en faveur d’un développement résilient au climat à l’échelle mondiale que précédemment évalué dans le 5eme rapport du GIEC. Des réponses globales, efficaces et innovantes peuvent exploiter les synergies et réduire les compromis entre adaptation et atténuation.
  • D2 : Le développement résilient au climat est possible lorsque les gouvernements, la société civile et le secteur privé font des choix de développement inclusifs qui donnent la priorité à la réduction des risques, à l’équité et à la justice, et lorsque les processus décisionnels, les financements et les actions sont intégrés à tous les niveaux de gouvernance, dans tous les secteurs et dans tous les délais (confiance très élevée).
  • Le développement résilient au climat est facilité par la coopération internationale et par les gouvernements en travaillant à tous les niveaux avec les communautés, la société civile, les organismes de formation, les institutions scientifiques et autres, les médias, les investisseurs et les entreprises, et en développant des partenariats avec les groupes traditionnellement marginalisés, notamment les femmes, les jeunes et les populations autochtones, les communautés locales et les minorités ethniques (confiance élevée).

Développement résilient au climat pour les systèmes naturels et humains

  • D3 : Les interactions entre l’évolution de la forme urbaine, l’exposition et la vulnérabilité peuvent créer des risques et des pertes induits par le changement climatique pour les villes et les établissements humains. Toutefois, la tendance mondiale à l’urbanisation offre également une opportunité cruciale à court terme, pour faire progresser le développement résilient au climat (confiance élevée).
  • La planification et l’investissement intégrés et inclusifs dans la prise de décision quotidienne concernant les infrastructures urbaines, mais aussi les infrastructures sociales, écologiques et grises/physiques, peuvent considérablement augmenter la capacité d’adaptation des établissements urbains et ruraux.
  • La justice sociale et climatique contribue à des avantages multiples pour la santé, le bien-être et les services écosystémiques, y compris pour les autochtones et les communautés marginalisées et vulnérables (confiance élevée).
  • D4 : La sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes est fondamentale pour un développement résilient au climat, compte tenu des menaces que le changement climatique fait peser sur eux et de leur rôle dans l’adaptation et l’atténuation (confiance très élevée). Le maintien de la biodiversité et des services écosystémiques à l’échelle mondiale dépend de la conservation efficace et équitable d’environ 30 à 50 % des terres, des eaux douces et des océans de la planète, y compris les écosystèmes actuellement proches de l’état naturel (confiance élevée).

Réaliser un développement résilient au changement climatique

  • D5 : Les choix et les actions de la société mises en œuvre au cours de la prochaine décennie déterminent la mesure dans laquelle les trajectoires à moyen et long terme permettront un développement résilient au changement climatique plus ou moins important (confiance élevée).
  • Il est important de noter que les perspectives de développement résilient au changement climatique seront de plus en plus limitées si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas rapidement, en particulier si le réchauffement climatique de 1.5°C est dépassé à court terme (confiance élevée).

Analyse détaillée sur certains points du nouveau rapport

Il faut toujours du temps pour digérer un tel rapport. On se rend très vite compte de la complexité des effets du changement climatique sur nos sociétés lorsque l’on plonge plus en détails dans le résumé technique, et dans le rapport lui-même. Même s’il est toujours difficile de faire une sélection, voici quelques éléments qui ont retenu mon attention.

Le changement climatique tue déjà aujourd’hui et depuis plusieurs années

L’augmentation des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations dépasse déjà les seuils de tolérance des plantes et des animaux, entraînant la mort massive d’espèces telles que les arbres et les coraux. Ces phénomènes météorologiques extrêmes se produisent simultanément, entraînant des répercussions en cascade de plus en plus difficiles à gérer.

Ils ont exposé des millions de personnes à une insécurité alimentaire et hydrique aiguë, notamment en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud, dans les petites îles et dans l’Arctique. Pour éviter des pertes de vies humaines, de biodiversité et d’infrastructures de plus en plus importantes, il faut prendre au plus vite des mesures ambitieuses et accélérées pour s’adapter au changement climatique.

La France sera-t-elle épargnée ?

En parcourant certaines cartes du rapport, vous pourriez vous dire que la France sera plutôt épargnée comparé à d’autres pays. Il est certes probable que la France souffre moins que Madagascar ou le Cambodge. Mais nous ne serons pas épargnés par le changement climatique ! Et nous n’y sommes pas préparés. Ou en tout cas, très mal.

Nous serons touchés par les sécheresses, les inondations, les canicules, les mégafeux… et certaines régions plus durement, comme les DOM-TOM et la Méditerranée (un chapitre y est consacré). Concernant les DOM-TOM, Virginie Duvat (autrice principale du 6ème rapport) les identifie comme des territoires aux avant-postes, qui seront particulièrement marqués par le changement climatique.

Pertes et dommages

On considère les Loss and Damage (Pertes et dommages) comme le 3e volet important du changement climatique, après l’atténuation et l’adaptation. C’est un point important demandé par de nombreux pays qui sont déjà impactés par le changement climatique, et qui exigent réparation des aléas climatiques pour lesquels il est impossible de s’adapter.

Dans ce rapport, les références aux pertes et dommages sont nombreuses. En espérant que cela donnera plus de poids aux négociations lors de la prochaine COP27, rattrapant le comportement minable des pays du Nord lors de la COP26. Les montants demandés sont totalement justifiés, faisant écho à la justice climatique : les pays les plus émetteurs doivent payer pour les dégâts qu’ils provoquent et provoqueront.

Colonialisme et justice climatique

Cela a peut-être échappé à vos yeux, mais vous avez bien lu : le GIEC a évoqué le colonialisme comme un signe de non-soutenabilité ! Même si c’est évident, pourquoi c’est si important que cela soit dans un rapport du GIEC ? Car c’est toute une littérature scientifique parfois calomniée que nous retrouvons ici dans le résumé pour les décideurs, et donc validée par les gouvernements.

B.2 : La vulnérabilité des écosystèmes et des populations au changement climatique varie considérablement d’une région à l’autre et au sein d’une même région (confiance très élevée, sous l’effet de schémas de développement socio-économique croisés, l’utilisation non durable des océans et des terres, l’inégalité, la marginalisation, les schémas historiques et permanents d’inégalité tels que le colonialisme, et la gouvernance (confiance élevée).

Les causes profondes de la vulnérabilité sont en partie liées aux contextes politiques, économiques et sociaux, à la fois présents mais aussi hérités. L’équité suppose de tenir compte à la fois des inégalités actuelles et des héritages, notamment de la période coloniale pour comprendre les inégales capacités d’adaptation de certains Etats et plus précisément encore de certains peuples ou territoires à l’intérieur de ces Etats.

Il faut rappeler que la plupart des données disponibles le sont à l’échelle nationale. Elles ne rendent pas compte des fortes inégalités qui existent au sein des continents, des Etats, voire des régions ou des villes. En d’autres termes, il existe des Sud, y compris au sein des Nord, et quelque soit les territoires sur lequel on se trouve, il est établi que plus les individus ou les groupes sociaux souffrent d’exclusion, de discrimination, de privation d’accès aux ressources économiques, sociales et culturelles, moins elles ont de capacités à s’adapter.

L’équité et la justice climatique supposent donc non seulement de répartir les coûts et les bénéfices, mais de compenser d’une façon ou d’une autre ces inégalités de départ.

Santé mentale et physique

Un accent important est mis sur la santé mentale, pourtant complètement oubliée par les pouvoirs publics… quand ce n’est pas moqué par certains pour dire que les écolos dramatisent. Et pourtant. Voici deux paragraphes sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir dans d’autres articles, consacrés à la santé mentale.

  1. B5 : Le changement climatique a déjà porté atteinte à la santé physique et mentale des êtres humains (confiance très élevée). Dans toutes les régions, les impacts sur la santé sapent souvent les efforts de développement inclusif. Les femmes, les enfants, les personnes âgées, les populations autochtones, les ménages à faible revenu et les groupes socialement marginalisés dans les villes, régions et pays sont les plus vulnérables (confiance élevée).
  2. B.5.2 : Les problèmes de santé mentale augmentent avec le réchauffement des températures (confiance élevée), le traumatisme associé aux conditions météorologiques extrêmes (confiance très élevée), et la perte des moyens de subsistance et de la culture (confiance élevée).

Migrations et changement climatique

Depuis le dernier rapport du GIEC, il y a de plus en plus de preuves que les risques associés aux aléas climatiques agissent comme des moteurs directs de migrations et de déplacements involontaires, par la détérioration des moyens de subsistance sensibles au climat (confiance élevée, TS B.6).

Rappelons que la plupart des déplacements et migrations liés au climat se produisent à l’intérieur des frontières nationales, les mouvements internationaux se produisant principalement entre des pays aux frontières contiguës. Depuis 2008, une moyenne annuelle de plus de 20 millions de personnes ont migré à l’intérieur de leur pays en raison d’aléas climatiques. Les facteurs les plus récurrents sont les sécheresses, les tempêtes tropicales et les ouragans, les fortes pluies et inondations (confiance élevée).

Enfin, les effets des facteurs climatiques sur les migrations sont très spécifiques au contexte et interagissent avec les facteurs sociaux, politiques, géopolitiques et économiques (confiance élevée).

Le continent Africain enfin mis en lumière

Le GIEC a vraiment mis l’accent sur les impacts régionaux du changement climatique. Nous le savons, un réchauffement mondial de +2°C par exemple n’a pas du tout les mêmes impacts selon l’endroit où vous vivez dans le monde.

L’Afrique est l’un des continents qui a le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre, alors que plusieurs régions ont déjà été sévèrement affectées par les effets du changement climatique. En outre, le continent est l’un des plus exposés au changement climatique :

Cette exposition se conjugue avec une très forte vulnérabilité, liée à la très grande pauvreté et aux multiples inégalités d’accès à la santé, à l’éducation, à la sécurité alimentaire et à l’instabilité politique. L’échelle continentale ne rend toutefois pas compte des inégalités très fortes au sein du même continent.

Attention : la figure 7 du résumé technique (ci-dessus) montre que l’Afrique est le continent qui est globalement le plus vulnérable. Cela ne veut pas dire que les autres continents sont à l’abri ! Le rapport met en évidence que tous les continents seront bel et bien concernés et sont très en retard dans leurs politiques d’adaptation.

Limiter le réchauffement à +1.5°C n’est pas une option

Limiter le réchauffement de la planète à 1.5 °C devrait permettre de réduire considérablement les dommages causés aux économies, à l’agriculture, à la santé humaine et à l’environnement. Au-delà de 2 degrés, les coûts de l’adaptation deviendront prohibitifs et inaccessibles pour des millions de personnes.

La biodiversité est également omniprésente dans ce rapport. À des niveaux de réchauffement supérieurs à 2°C, les risques de disparition, d’extinction et d’effondrement des écosystèmes augmentent rapidement (confiance élevée). Le groupe 1 avait été très clair en août 2021 (et depuis des années) : chaque tonne émise participe au réchauffement climatique. Si nous souhaitons éviter des points de bascule à répétitions et maintenir une Terre habitable pour une majorité de ses habitant(e)s, l’atténuation et l’adaptation ne sont plus des options.

Rappelons-le, insistons : si nous échouons à maintenir un réchauffement planétaire à +1.5°C, la prochaine cible n’est pas +2°C, mais +1.51°C.

Le mot de la fin

Ce nouveau rapport du groupe de travail 2 du GIEC apporte beaucoup de confirmations, des mauvaises nouvelles… mais aussi des nouvelles encourageantes. Non, « tout n’est pas foutu, nous n’allons pas tous mourir« . Nous avons notre avenir climatique entre nos mains, il ne tient qu’à nous de réduire drastiquement nos émissions, rapidement, et de façon durable.

A nouveau, c’est la première fois dans l’histoire qu’un rapport scientifique a et aura autant d’importance, tant sur le plan scientifique, politique, géopolitique et économique. Ses conclusions seront entre autres déterminantes pour les négociations à venir de la COP27.

Je le répète : je conseille à tout le monde de lire au moins le résumé à l’intention des décideurs. Tout le monde doit se l’approprier et creuser les sujets. Les conclusions du rapport sont limpides et suffisamment claires pour être comprises par tout le monde. La dernière phrase du rapport pour les décideurs conclut à merveille la richesse de ce rapport qui ne laisse plus aucun doute sur l’aspect politique du changement climatique.

Les preuves scientifiques cumulées sont sans équivoque : Le changement climatique est une menace pour le bien-être humain et la santé planétaire. Tout retard supplémentaire dans l’action mondiale concertée et anticipée en matière d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique manquera une brève occasion, qui se referme rapidement, de garantir un avenir vivable et durable pour tous.

Les politiques restent sourds à la critique de la croissance
Élodie Vieille Blanchard
https://reporterre.net/Les-politiques-restent-sourds-a-la-critique-de-la-croissance

Éclipsée de la campagne présidentielle, l’urgence climatique devrait pourtant être au centre, affirme dans cette tribune Élodie Vieille Blanchard. « Revoir totalement nos modes de vie » est la « condition incontournable » à notre survie, écrit-elle.

Élodie Vieille Blanchard est agrégée de mathématiques et docteure en sciences sociales. Elle a soutenu en 2011 à l’EHESS une thèse d’histoire des sciences sur les limites à la croissance. Elle est également la présidente de l’Association végétarienne de France.

Il y a cinquante ans était publié aux États-Unis le rapport sur Les Limites à la croissance. Cet ouvrage, rédigé par une équipe de chercheurs du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), s’appuyait sur un modèle mathématique du monde pour étayer une conclusion radicale, illustrée par des graphiques éloquents : si rien n’était fait pour stabiliser délibérément la population et la production industrielle à l’échelle du monde, le système planétaire allait inévitablement s’effondrer et ce, quels que soient les aménagements technologiques mis en place, du fait de l’épuisement des ressources ou de l’explosion des pollutions.

La publication du rapport, diffusé très massivement en Occident, a déclenché de fortes réactions de rejet aussi bien dans la sphère politique (chez des représentants de toutes sensibilités) que dans le monde académique, en particulier chez les économistes. La contestation des conclusions du rapport a débouché très rapidement sur la cristallisation du projet de développement durable, qui a structuré les discours industriels et politiques, tout en colonisant nos visions du monde. En somme, le message de bon sens du rapport des Limites, à savoir qu’en produisant toujours plus, on polluait plus et on épuisait plus vite les ressources naturelles, a été obscurci et remplacé par des incantations qui donnaient à imaginer un avenir opulent et soutenable en même temps, selon la terminologie adoptée.

Au cours des dernières décennies, on a ainsi pu assister à une floraison de déclamations politiques sur la nécessité de prendre à bras le corps le sort de la planète (d’un Chirac qui s’alarmait d’une « planète qui brûle » au « Make our planet great again » d’un Macron), chez ceux-là mêmes qui se faisaient par ailleurs les chantres de la croissance économique. Au sein des grandes entreprises, les engagements de laver plus vert que vert ont également pullulé, déconnectés de la réalité matérielle du monde, comme s’il suffisait de déclarer des intentions vertueuses pour faire disparaître les dégâts des productions sur les écosystèmes.

« Ces engagements n’ont débouché sur aucun changement véritable »

Dans le même temps, les rapports inquiétants sur l’évolution physique et biologique du monde — explosion des émissions de gaz à effet de serre, érosion de la biodiversité, acidification des océans, etc. — se sont multipliés. De tels diagnostics ont alarmé, à juste titre, et conduit la plupart des gouvernements de la planète à prendre des engagements forts en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de préservation de la biodiversité. Cependant ces engagements ne se sont pas assortis d’un réel projet de transformation des modes de vie à l’échelle des sociétés et n’ont donc débouché sur aucun changement véritable.

Le climat, l’oublié de la présidentielle

Pire, ce demi-siècle de fuite en avant productiviste a aggravé profondément la situation écologique du monde, tout en réduisant à une infime possibilité la perspective de maintenir des conditions favorables à la vie humaine sur Terre. Plus le temps passe, plus la situation est urgente et plus les changements à accomplir sont drastiques. Ainsi, pour respecter l’Accord de Paris et éviter un emballement du climat, nous devrions à l’échelle française diviser par six nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui implique de revoir totalement nos modes de vie : alimentation, habitat, transports, énergie, consommation.

À l’heure de la campagne présidentielle, on constate malheureusement que l’urgence écologique est bien peu prise en compte. Du centre à l’extrême droite, les projets politiques semblent construits hors sol, sans aucun enracinement dans les écosystèmes qui nourrissent la vie. Les déclarations récentes de Fabien Roussel sur une « gauche caviar […] qui voudrait interdire la viande et les voitures », suggèrent qu’une partie de la gauche aurait intégré la nécessité d’une réduction des consommations pour intégrer la contrainte écologique.

« Nous devons collectivement manger moins de viande, prendre moins l’avion et la voiture »

 

 

 

En réalité, dans la plupart des programmes, l’économie et l’écologie apparaissent encore étonnamment clivées, comme si l’une pouvait être pensée indépendamment de l’autre. Quant à la nécessité de repenser en profondeur l’économie, en l’enracinant dans les contraintes propres aux écosystèmes, elle reste pratiquement inaudible dans les discours politiques. L’expression de « décroissance », par exemple, reste confinée à des groupes militants minoritaires et semble effrayer les partis installés.

Il est pourtant urgent de construire un projet politique qui permette d’infléchir nos consommations, tout en œuvrant pour la justice sociale et la réduction des inégalités. Nous devons collectivement manger moins de viande, prendre moins l’avion et moins la voiture, acheter moins de vêtements, consommer moins d’énergie, utiliser moins d’écrans… Ce n’est pas une option, mais la condition incontournable à notre survie en tant qu’espèce. Comment faire ? La question devrait mobiliser une grande partie de notre énergie et occuper le centre de nos débats politiques.

«CO2 isurketak apaldu ezean, ezin izango gara egokitu aldaketetara»
Marta Guadalupe Rivera Ferre. IPCCko ikertzailea
www.berria.eus/paperekoa/1857/014/001/2022-03-02/co2-isurketak-apaldu-ezean-ezin-izango-gara-egokitu-aldaketetara.htm

Nahiz eta klima aldaketaren kalte batzuk atzeraezinak izan, egokitzeko eta kalteok arintzeko neurriak gizarteen esku daude oraindik, zientzialarien arabera. Marta Guadalupe Rivera Ferrek neurriak presaz hartzera deitu du.

Espainiako Zientzia Ikerketen Kontseilu Nagusiko (CSIC) eta Valentziako Unibertsitate Politeknikoko ikertzailea da Marta Guadalupe Rivera Ferre (Cordoba, Espainia, 1974). Agroekologian eta elikadura sistemetan aditua da, eta IPCCren seigarren ebaluazio txostenaren egileetako bat ere bai, zortzigarren atalarena, hain zuzen ere. Neurriak berehala hartu beharra aipatu du, ezinezkoa izango delako egokitzea isurketen erritmoa apaldu ezean.

2014ko txostenean zenioten klima aldaketagatik kalteak izateko arriskua handitzen ari zela. Orain egiaztatu duzue kalte batzuk atzeraezinak direla.

Agerikoak dira biodibertsitatearen galerari dagozkionak, badirelako jada desagertu diren ugaztun espezieak, esaterako. Horrez gain, arlo sozialari dagozkion kalteak daude. Zaurgarritasunari dagokionez, abiapuntu ezberdinetan daude munduko eskualdeak, eta horri buruz ebidentzia asko daude oraingo txostenean, 2014koarekin alderatuta.

Zer esan nahi du horrek?

Zortzi urte hauetan frogatu da munduko herrialde batzuk kalteberagoak direla klima larrialdiari dagokionez. Horregatik, txosten honetan aipamen berezia egin zaio justizia klimatikoaren beharrari. Aldaketek askoz gehiago erasaten diete pobrezia handiena duten eta egokitzeko arazo gehien dituzten gizataldeei: Mozambiken, Afganistanen eta Somalian, adibidez, heriotza tasa hamabost aldiz handiagoa da beste herrialde batzuetan baino. Horretan, gainera, arrazoi historikoek eragina dute. Horregatik aipatzen da kolonialismoaren aztarna historikoa eta ingurumen justiziaren beharra, erreparazio tresna gisa.

Egokitzeko ahalmena, gainera, ez dugu beti bera toki guztietan; eta, gainera, jadanik ez dago gaitasunik aldaketa batzuetara egokitzeko.

Hori garrantzitsua da, atzera-bueltarik gabeko egoera sozialak dakartzalako, eta gizataldeak muturreko egoeretara eramaten dituelako, behartutako migrazioetara, esaterako. Gehienetan, herrialde berean izaten dira, landagunetik hirira. Horrek gizarte arazoak handitzen ditu hirietan, eta behartzen gaitu egokitze estrategia bereziak pentsatzera. Neurri batzuk tokian tokirako pentsatu behar dira, baina beste batzuk unibertsalak dira, osasun zerbitzu publikoak bermatzea, esate baterako. Horrela, muturreko fenomenoen inguruko zaurgarritasuna gutxitu egiten da, kasu guztietan.

Agerian utzi duzue aldaketak azkarrago doazela gizarteek egokitzeko hartu dituzten neurriak baino.

Txostenak agerian utzi du klima garapen erresilientearen beharra. Eta, horrekin batera, dei egin du zenbait estrategia indarrean jartzera: batetik, isurketak modu drastikoan murrizteko; bestetik, egokitzeko neurriak bideratzeko. Hori dena egin behar da botere harremanak, gizarte desberdintasunak, pobrezia eta herrien zaurgarritasuna aintzat hartuta… Ez bagara gai isurketak gutxitzeko 1,5 graduko berotzea ez gainditzeko lain, klima prozesua eskuetatik joango zaigu. Hori dramatikoa litzateke, egungo CO2 isurketen erritmoa apaldu ezean ezin izango garelako egokitu aldaketa batzuetara.

Ur hornidurarekin eta elikagai sorkuntzarekin lotutako zaurgarritasuna ere aipatu duzue.

Lurreko inguru batzuk oso kalteberak dira lehorteei dagokienez. Iberiar penintsularen hegoaldea eta Mediterraneoa tartean. Irrigazioa ezinbestekoa duen jarduera ekonomikoa indarrean dago inguru horretan, Europako barazkien esportatzailerik handienetakoa delako. Hori dena arriskuan dago, eta egokitzeko estrategiak pentsatu behar dira, baina irrigazioa ez da aukera bat testuinguru berrian. Kontuz ibili behar dugu epe laburrerako pentsatzen diren eta luzerako zaurgarritasuna handitzen duten egokitze neurriekin.

 

Zein dira neurri horiek?

Gizataldeen arteko botere ezberdintasunak eta pobrezia areagotzen dituztenak, esaterako, edo sexu arrakala. Nekazaritza komertziala gizonen esku dagoen gizarteetan hura bultzatzen jarraituz gero, andreen garatzeko ahalmena eta boterea gutxitu egingo dira. Lehorte arriskua duten eskualdeetan ur baliabideen erabilera handitzeak desberdintasunak handituko ditu, eta berotegi gasen isurketak areagotu. Irrigazioa ez da aukera bat: dagoen urari eutsi behar zaio, ingurumenean presioa are gehiago ez handitzeko.

Nekazaritza da isurketen eragile nagusietako bat. Nola gutxitu isurketak nekazaritzan?

Hori hurrengo txostenean landuko dute, baina garbi dago agroekologiaren bidez garatu behar direla estrategiak, eta lurzoruetan materia organikoak handitzera jo behar dela, laboreak txandatuz, ugarituz… Ebapotranspirazioak ez die horrenbeste eragingo materia organiko asko duten lurzoru horiei, eta, hala, urari luzaroago eutsiko diote. Gainera, uholdeetan, gutxiago kaltetuko dira. Halaber, karbonoa xurgatuko dute, eta berotegi gasen kontzentrazioa gutxitzen lagundu. Arintzeko eta egokitzeko balio du, aldi berean.

Naturan oinarritutako irtenbideen garrantzia, alegia.

Irtenbide teknologikoei eman zaie garrantzia, zientziaren adar horrek salbatu behar gintuela pentsatzeraino. Txosten honek dio irtenbide batzuek beste jakintza mota bat behar dutela, jatorrizko herriek bakarrik berma dezaketena. Ekosistemak berreskuratzeko eta oihanak lehengoratzeko estrategiak aipatzen direnean, kontuan eduki behar dugu lurralde horietako herri indigenen jakintza. Naturaguneen %30 eta %50 artean babestu behar direla diogu, bioaniztasunari eta lur sistema osasuntsuari eusteko. Horrek ez du esan nahi eremu horiek jarduerarik gabe egon behar dutela. Herri indigenek ondo dakite nola ustiatu basoak euren iraupena kolokan jarri gabe.

Europan, esaterako, herritarrek uste dute herrialde pobretuek bakarrik nozituko dituztela klima aldaketaren ondorioak, baina txostenak panorama eskasa jarri dio hari ere.

Europako egokitze neurriei begiratuz gero, teknologian oinarritzen dira batez ere. Beharra dago beste bi egokitze atal inplementatzeko ere: naturan oinarritutako estrategiak eta jarrerari eta bizimoduari dagozkienak. Isurketak murrizteko, kontsumoa ere gutxitu behar dugu, eta munduko kontsumitzailerik handienak Europan, AEBetan, Australian eta Mendebaldeko herrialdeetan gaude. Horrek jarrera aldatzera behartzen gaitu. Teknologiak ez gaitu salbatuko. Denak gara zaurgarriak, batzuk zaurgarriagoak badira ere. Krisi ekonomiko batean sartzen ari gara, gainera, eta desberdintasunak areagotu egingo dira. Egoera erasaten ari zaigu jadanik. Berandu gabe hartu behar dira neurriak.