Erregai fosilen karbono-isurien errekorra izango da 2025ean
Ana Galarraga
www.argia.eus/albistea/erregai-fosilen-karbono-isurien-errekorra-izango-da-2025ean
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Global Carbon Budget (Karbonoaren Aurrekontu Globala) erakundeak kalkulatu duenez, aurten, erregai-fosilen erabileraren ondorioz, 38.100 milioi tona karbono dioxido isuriko dira. Horrek esan nahi du % 1,1 igoko direla, iazko urtearekin alderatuta. Horrez gain, azpimarratu du herrialde askotan energia-sistemen deskarbonizazioa aurrera doan arren, aldaketa ez dela nahikoa munduko energia-eskariaren hazkundea orekatzeko.
Global Carbon Budgetek karbono-isurietan eragin duten beste faktore batzuk ere aipatu ditu. Esaterako, lurraren erabileraren aldaketagatik sortutako karbono-isuriak (deforestatzioa, esaterako) iazkoak baino txikiagoak izango direla aurreikusi du. Bestetik, El Niño amaitzeak lurraren xurgapen-gaitasuna leheneratzea ekarri du; izan ere, El Niñok beroa eta lehorteak eragiten ditu eskualde askotan. Nolanahi ere, 1960. urteaz geroztik, atmosferako karbono dioxidoaren kontzentrazioaren igoeraren % 8 klima-aldaketak lurraren eta ozeanoen xurgatzeko gaitasuna ahuldu duelako gertatu da.
Txostenaren arabera, berotze globala 1,5 ºC-ra mugatzeko geratzen den “karbono-aurrekontua“ ia agortuta dago, eta erregai fosilen karbono-isuriek igotzen jarraitzen dute. Aurreikuspenen arabera, AEBn % 1,9 igoko dira, Indian % 1,4, eta Txinan eta Europako Batasunean % 0,4; eta iturri guztienak, gainera: ikatza, petrolioa eta gas naturala. Dena dela, nabarmendu du igoerak are handiagoak izango zirela Txinan eta Indian, energia-iturri berriztagarrien instalazioak ez balira hainbeste hedatu.
Azkenean, atmosferako karbono dioxidoaren kontzentrazioa 425,7 ppm-ra iritsiko da 2025ean; industria-aurreko mailarekiko % 52 gehiagora, alegia.
Urgence linguistique, urgence climatique : même combat
Nikolas Blain
www.enbata.info/articles/urgence-linguistique-urgence-climatique-meme-combat
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Sauver l’euskara. Sauver la planète. Deux causes immenses, pour lesquelles le chemin à parcourir peut parfois paraître vertigineux. Deux combats qui demandent une persévérance, une foi presque déraisonnable. Dans les deux cas, les constats sont connus, les alertes répétées, les moyens largement insuffisants, et pourtant l’urgence s’accélère.
Face au réchauffement climatique comme face à la disparition progressive de notre langue, on peut entendre les mêmes découragements : « C’est trop tard », « À quoi bon ? ». Mais si l’on s’y met tous, tout change. Rien n’est joué tant qu’il reste des femmes et des hommes décidés à agir.
Le lien entre ces deux causes peut ne pas sembler évident à première vue. Et pourtant plusieurs scientifiques l’ont prouvé ces dernières années : les régions du globe les plus riches en biodiversité sont aussi celles où la diversité linguistique est la plus forte. Un exemple équatorien : chez les Waorani d’Amazonie, la langue maternelle est menacée par l’espagnol. Les jeunes femmes sont protagonistes d’une lutte contre les compagnies pétrolières qui détruisent la forêt et contre les attaques linguistiques qui effacent toponymie, savoirs ancestraux, culture.
La langue préservatrice de la planète
Et les signaux d’alerte s’accumulent : la planète se réchauffe, les espèces s’effondrent, les langues s’éteignent. Ici aussi. L’an dernier, Euskararen Kontseilua a décrété l’état d’urgence linguistique.
Malgré des décennies d’efforts, souvent portés à bout de bras par les associations, les bénévoles et les salarié·es du terrain, les institutions Département, Région et Etat ne sont pas au niveau des moyens à allouer à l’Office Public de la Langue Basque.
Le chercheur basque Unai Pascual, du centre BC3 [1] et membre de l’IPBES [2], le dit sans détour : « Il manque l’ambition et l’action » pour enrayer l’effondrement du vivant. Ses travaux communs avec Dylan Inglis, scientifique de l’Université de Bristol autour du lien entre attachement à l’euskara et à la nature, ont démontré qu’en Euskal Herri le respect de la forêt, des éléments naturels est particulièrement fort dans les populations qui parlent euskara. La lutte pour le climat et celle pour l’euskara sont deux fronts d’un même combat : résister à l’homogénéisation du monde.
Sauver l’euskara ne relève pas des seuls bascophones. C’est une responsabilité partagée. Bien entendu, on ne sauvera pas la planète en disant egun on en entrant dans un commerce. On ne préservera pas les ours polaires en imprimant des tracts bilingues. Mais on contribuera à une ouverture d’esprit, à une curiosité, à une conscience du vivant. N’y a-t-il pas, au fond, une similitude systémique entre un habitant qui lutte pour transmettre sa langue minorisée et une espèce qui bataille pour sa survie dans un environnement devenu hostile ?
L’euskara comme ouverture au monde
L’État français a été condamné pour inaction climatique. Verra-t-on un jour, pour le manque de moyens et le désengagement financier, un tribunal condamner Paris pour inaction linguistique ?
Agir pour l’euskara, c’est agir pour un monde où la différence reste une richesse, où la diversité n’est pas une anomalie mais une condition de survie. À l’heure où la peur de l’autre, la xénophobie et le repli gagnent du terrain, ouvrir les esprits à une langue millénaire est un acte d’espérance.
La crise écologique et la crise linguistique
se rejoignent dans une même exigence :
transformer nos comportements, nos politiques et nos imaginaires.
L’urgence n’est plus de « préserver », mais de transformer.
La crise écologique et la crise linguistique se rejoignent dans une même exigence : transformer nos comportements, nos politiques et nos imaginaires. L’urgence n’est plus de « préserver », mais de transformer. Face au réchauffement climatique comme face au recul de l’euskara, nous n’avons plus le luxe d’attendre que d’autres agissent.
Agir pour l’euskara, c’est refuser la standardisation du monde, maintenir vivante une autre manière de voir, de nommer, de penser. C’est croire que la diversité, naturelle ou linguistique, est une condition de survie. Le combat pour la langue n’est pas secondaire : il est écologique au sens le plus profond du terme, parce qu’il défend un écosystème de sens, de liens et de mémoire. Préserver l’euskara, c’est garder vivante la capacité d’un peuple à dire le monde autrement et donc à le protéger.
[1] BC3 : Basque Centre for Climate Change.
[2] IPBES : plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.
COP30 : la transition juste reconnue, l’ambition et la finance sacrifiées
RAC
https://reseauactionclimat.org/cop30-la-transition-juste-reconnue-lambition-et-la-finance-sacrifiee/
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La COP30 devait être la COP de la mise en œuvre et de la vérité. Mais les manquements honteux sur la finance climat à la COP29 par les pays du Nord et le manque d’ambition des feuilles de routes climat de plusieurs pays, ont miné les chances de cette COP d’atteindre tous ses objectifs.
Avec d’autres pays développés, l’Union européenne a empêché des avancées sur le financement jusqu’à la dernière minute, ce qui n’a pas permis de renforcer sa crédibilité et ses relations avec les pays vulnérables. C’est pourtant pour éviter cette situation dramatique que la société civile avait proposé un “paquet justice complet” qui comprend la finance climat publique, des réponses aux manques d’ambition des feuilles de route à travers notamment la mise en oeuvre de la sortie des énergies fossiles, un financement et des indicateurs pour l’adaptation ainsi qu’un mécanisme de coopération pour la transition juste.
Si les premières victoires obtenues notamment sur la transition juste doivent être précisées, la COP de Belém n’a pas été à la hauteur sur l’ambition climatique et la finance climat, deux conditions pour lutter contre l’urgence climatique qui, elle, est toujours plus forte.
Un progrès structurant : La transition juste inscrite au cœur de l’action climatique
Une des victoires de cette COP est la reconnaissance des droits – le droit du travail, mais aussi à la santé, l’éducation, la sécurité sociale – de toutes les personnes et pays qui vont devoir être accompagnés et soutenus dans la transition vers un monde durable. Cela commence par les travailleurs et les travailleuses des secteurs concernés, une reconnaissance des agriculteurs et agricultrices à petite échelle, des économies rurales et de la production alimentaire dans le contexte de la transition juste, mais aussi les personnes les plus vulnérables et marginalisées, qui sont souvent laissées sur le côté lors des grands changements de société.
La transition juste ne peut pas se réaliser seulement chez soi : la société civile se bat aussi contre un monde qui reste extractiviste, souvent au nom du climat, en pillant par exemple les sols des pays en développement pour alimenter le Nord Global en minerais sans aucun respect des droits humains et du droit du travail. Et cette demande a été entendue et validée, ici à Belém : un mécanisme sera développé pour que les États puissent travailler sur ces aspects dans les prochaines années. En outre, le mécanisme sur la transition juste a reçu le mandat clair de réfléchir aux évolutions du système économique à même d’assurer un financement équitable de la transition.
Finance : les vraies questions évitées. Qui paie, combien, et quand ?
Le “paquet finance” adopté à cette COP30 reste profondément insuffisant. Une fois de plus, plusieurs pays développés dont l’Union européenne ont cherché à atténuer la portée de leurs responsabilités historiques et à transférer la charge financière vers les pays du Sud. Cette dynamique, malheureusement bien connue, affaiblit la confiance et limite la capacité du processus multilatéral à répondre aux besoins réels des populations les plus exposées pour réaliser leur transition, s’adapter aux changements climatiques et les pertes et dommages.
Sous prétexte de lancer un programme de travail de deux ans sur l’Article 9, la présidence propose en réalité un cadre essentiellement procédural, qui multiplie les échanges sans jamais déboucher sur des obligations.
L’objectif d’au moins tripler le financement de l’adaptation peut sembler important, mais il est truffé de faiblesses. Il faut encore savoir ce que l’on compte « tripler ».
L’absence de chiffres précis et l’horizon repoussé à 2035 laissent les pays les plus vulnérables sans perspective concrète pour faire face à l’intensification des impacts climatiques.
Malgré les demandes répétées de nombreux pays du Sud, la COP30 restera un rendez-vous manqué pour traiter la crise de la dette, se limitant à prolonger les discussions alors même que l’endettement insoutenable — pourtant reconnu dans le Mutirão — continue de forcer les pays les plus vulnérables à emprunter pour faire face aux impacts climatiques tandis que les pays riches misent toujours sur un hypothétique secteur privé pour combler leurs engagements financiers non tenus.
Un monde prêt à tourner la page des énergies fossiles mais ici empêché par plusieurs bloqueurs
Répondant aux appels pressants de la société civile et des Peuples Autochtones du Brésil, et malgré le fait que le sujet ne soit pas à l’agenda, la présidence a lancé une initiative pour une transition hors du pétrole, du gaz et du charbon.
Ainsi, près de 90 pays du Nord comme du Sud ont appelé à l’élaboration d’une feuille de route pour concrétiser l’engagement pris à Dubaï, et la Colombie a même mis sur la table une proposition, soutenue par 24 pays, pour une sortie plus concrète et plus juste intégrant la question centrale du financement à fournir aux pays du Sud. Cependant, suite à des pressions, cette initiative n’a pas trouvé sa place dans le Mutirão.
Le Brésil doit désormais travailler en toute transparence avec la Colombie et les Pays-Bas qui co-organiseront la première Conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles en avril 2026 à Santa Marta, mais aussi avec les États du Pacifique afin de transformer l’essai. Le monde était prêt à tourner la page des énergies fossiles mais une poignée l’en a empêché.
Forêts et agriculture : des occasions manquées
Cette COP en Amazonie n’a pas tenu ses promesses pour les forêts. Ces écosystèmes sont à la croisée de la crise climatique et de l’effondrement de la biodiversité, et ce moment historique aurait dû aboutir à un plan d’action et un calendrier clair pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030. De nombreux pays ont soutenu cette idée, et l’importance de ces écosystèmes et du rôle des Peuples Autochtones et communautés locales dans leur protection a été rappelée. Mais nous n’avons obtenu que des engagements volontaires, laissant la possibilité aux industries de continuer à détruire les écosystèmes pour engranger des profits. La déclaration finale ne mentionne aucunement les moteurs de la déforestation, ni la nécessaire transition des systèmes alimentaires. C’est une occasion manquée majeure : les systèmes alimentaires représentent environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre et l’agriculture industrielle demeure l’un des principaux facteurs de destruction des forêts. Ne rien inscrire sur ces enjeux centraux dans une COP au cœur de l’Amazonie est profondément décevant. La feuille de route annoncée par la présidence de la COP ne pourra changer la donne que si elle aboutit, lors de la COP31, à un résultat juste, équitable et véritablement opérationnel.
Des victoires importantes pour le Plan d’Action Genre
Le Plan d’action Genre de Belém, obtenu de haute lutte, comporte des victoires importantes pour guider l’intégration de la justice de genre dans l’action climatique sur les 9 prochaines années, avec 27 activités permettant une mise en œuvre robuste, y compris au niveau national. Ce plan d’action inclut explicitement plusieurs groupes structurellement exclus, et un mandat visant à protéger et à sauvegarder les défenseuses de l’environnement. Il ouvre aussi des possibilités d’agir sur le travail de soins, la santé et les violences à l’égard des femmes par le biais de contributions nationales.
Malgré ces victoires, nous regrettons que le concept d’intersectionnalité ne soit abordé qu’à travers la notion de “facteurs multidimensionnels”, manquant une opportunité clé pour inclure les personnes de genres divers, dans un contexte mondial de recul des droits humains. Enfin, le manque de clarté sur l’accès aux financements et la faiblesse générale de la finance dans le cadre de la Convention risquent de rendre ce plan d’action difficile à réaliser.
COP30 : entre dynamique brisée, mobilisation historique et urgence de réinventer le multilatéralisme
Pendant deux semaines, nous avons parlé d’une “COP de la vérité”. Et la vérité n’est pas belle : le multilatéralisme est en détresse et la diplomatie qui a été menée essentiellement derrière des portes closes n’a pas permis de renforcer la confiance dans le processus de la COP.
Après plusieurs COP qui nous empêchaient de travailler correctement pour des questions sanitaires (COVID) ou par manque de droits et de liberté d’expression, cette COP a réuni des mouvements divers du monde entier, notamment avec le sommet des peuples. Les combats des Peuples Autochtones, dans la zone bleue mais aussi en dehors, ont été visibilisés par les médias du monde entier.
Pour conclure, cette COP30 était une parfaite illustration de l’importance du multilatéralisme et de la mobilisation de la société civile qui ont conduit au développement du mécanisme de coopération pour la transition juste. L’Accord de Paris est encore vivant, et selon la cour internationale de justice, la limite de 1,5°C est une obligation légale pour les pays, avec une responsabilité de lead et soutien de la part des pays du Nord. Sur cet aspect, les résultats de la COP30 sont bien en deçà de ce qui est nécessaire. De fait, une des grandes priorités pour les COP à venir, c’est de réfléchir à comment les rendre plus efficaces, plus concrètes en quittant le mode des négociations éternelles pour commencer la réelle mise en œuvre de l’Accord de Paris.
COP30 : en l’absence des Etats-Unis, comment l’Union européenne s’est retrouvée dans le rôle du bouc émissaire
Matthieu Goar
www.lemonde.fr/planete/article/2025/11/28/cop30-en-l-absence-des-etats-unis-comment-l-union-europeenne-s-est-retrouvee-dans-le-role-du-bouc-emissaire_6655240_3244.html
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En jouant le jeu du multilatéralisme climatique à Belem, l’UE a concentré seule les reproches des pays du Sud, tant sur le manque de financement que sur le mécanisme de régulation du carbone, perçu comme protectionniste.
Un supplice de plus de deux semaines. Durant la 30e conférence des parties sur le climat (COP30) à Belem, au Brésil, l’Union européenne (UE) a dû encaisser. Dès le premier jour du sommet des chefs d’Etat, le 6 novembre, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, est ostensiblement arrivé à bord d’une voiture électrique chinoise. Quelques jours plus tard, le président de la COP, André Aranha Corrêa do Lago, a regretté le « recul de l’enthousiasme dans les pays du Nord » et vanté une « Chine [qui] propose des solutions qui profitent à tous, pas seulement à elle ».
A quelques heures de la conclusion, les diplomates européens ont vu les petits Etats insulaires, traditionnels alliés, les lâcher. Se résignant à un accord creux sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, après avoir soutenu l’idée d’une feuille de route pour sortir des énergies fossiles, les ministres européens ont même été montrés du doigt pour avoir bloqué les avancées en étant trop avares sur les aides financières à destination des pays en développement.
En l’absence des Etats-Unis de Donald Trump, qui ont déserté l’arène de la diplomatie climatique, les COP se transforment en piège pour les Européens. Parmi les blocs économiques les plus riches, l’UE est la partie la plus ambitieuse sur le front de l’atténuation. Mais elle se retrouve isolée face à la stratégie des pays émergents et aux demandes légitimes des pays en développement. Ces derniers, victimes d’un réchauffement dont ils ne sont pas responsables, réclament une augmentation des aides de la part des pays ayant émis le plus de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle, au XIXe siècle.
Intérêt stratégique
L’UE, premier bailleur, est bloquée : dans un contexte budgétaire morose et sous pression des populismes d’extrême droite, elle n’a pas les moyens économiques et politiques d’augmenter franchement les contributions pour dénouer ce nœud de toutes les négociations climatiques. Et le Vieux Continent se retrouve coupable de tout. A la fin de la COP, le communiqué du Climate Action Network, un collectif d’ONG dominé par les associations issues du Sud global, très marquées par la mémoire du colonialisme, dénonçait ainsi les manques des Européens en matière de financement, sans citer les noms de pays tels que l’Inde, l’Arabie saoudite ou encore la Russie, qui ont bloqué les avancées sur la sortie des énergies fossiles.
Les pays émergents et très émetteurs, tels que la Chine et l’Inde, jouent parfaitement de ces tensions. Alors que Donald Trump a lancé une guerre commerciale depuis des mois, c’est à l’Europe qu’on reproche le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, dénoncé à de multiples reprises par les pays en développement. Là aussi, l’Europe paye sa présence aux COP, une conférence cruciale pour de nombreux pays du Sud qui ne peuvent pas discuter de ces questions dans d’autres instances, comme le G20 ou le G7.
« Avec le départ des Américains, les Européens sont seuls face aux demandes du Sud global et aux attaques de la Chine qui n’hésite pas à se servir de la COP pour défendre ses intérêts commerciaux, résume Neil Makaroff, directeur du groupe de réflexion Strategic Perspectives. A cette COP, l’UE est aussi arrivée divisée sur son objectif climatique pour 2040 et assez peu préparée, cela a entaché sa crédibilité. Dans ces conditions, il devient impossible de créer un rapport de force, puis une dynamique avec la Chine, les autres émergents et le reste du monde. »
L’UE n’a aucun intérêt à faire échouer les COP. Obligée d’importer une grande partie de son gaz et de son pétrole, il lui importe de voir la transition énergétique avancer. Des pistes existent pour sortir de cette impasse diplomatique. Tous les pays en développement ne sont pas ravis de l’hyperdomination de la Chine, et l’UE aurait tout intérêt à développer des accords bilatéraux, par exemple avec les émergents, comme l’Inde qui organisera la COP33, en 2028. Il va falloir aussi travailler les alliances entre les grands rendez-vous climatiques, par exemple avec les pays d’Amérique latine, de plus en plus ambitieux en matière de sortie des énergies fossiles.
Solutions de coopération
Il faudra également trouver un terrain d’entente avec la Chine, hyperpuissance de la transition énergétique, où Emmanuel Macron se rendra en visite d’Etat du 3 au 5 décembre. Une partie du demi-échec de la COP30 s’est jouée en juillet, lors du sommet UE-Chine, lorsque les deux parties n’ont pas réussi à s’entendre sur une déclaration climatique ambitieuse.
L’UE, leader dans certains domaines il y a quelques années, sur les pompes à chaleur ou sur le développement des véhicules électriques, doit à la fois ménager Pékin et rattraper son retard industriel dans l’économie de l’électrification, pour peser sur la scène des COP ; tout le contraire de ce que proposent les populistes européens. « Si nous sommes ambitieux pendant les COP, mais que nous reculons dans le même temps à Bruxelles, nous serons condamnés à être des donneurs de leçons inutiles pour le reste du monde », regrette un négociateur alors que l’UE vient de reporter d’un an l’entrée en vigueur de la loi contre la déforestation et de voter, le 13 novembre, la directive Omnibus, qui vise à « simplifier » plusieurs mesures du pacte vert européen de 2021.
Devenir une puissance économique leader de la décarbonation permettrait d’offrir des solutions de coopération et de développement à de nombreux pays et de renforcer mécaniquement les alliances. Cette perspective, indispensable pour l’UE, pourrait accentuer la défiance de la Chine, mais aussi changer les rapports de force à long terme.
« Les énergies renouvelables ne doivent pas reproduire les mêmes injustices que les fossiles »
Rachel Knaebel
https://basta.media/COP30-Afrique-energies-renouvelables-ne-doivent-pas-reproduire-memes-inujstices-que-fossiles
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Comment assurer une transition énergétique juste, en Afrique ? Grâce aux énergies renouvelables, défend Rukiya Khamis, chargée de campagne de l’organisation 350 pour l’Afrique. À condition de ne pas répéter les erreurs du passé.
Rukiya Khamis : Cette COP porte des enjeux cruciaux pour nous tous, alors que l’accord de Paris va bientôt fêter ses dix ans. À 350, nous espérons que cette COP fournira une feuille de route claire pour l’élimination complète des combustibles fossiles et le triplement de l’accès aux énergies renouvelables partout. Et il faut veiller à ce que les pays riches remboursent leur dette climatique envers les pays plus pauvres, pour que nous puissions financer une transition énergétique juste, sur le continent africain et ailleurs dans le monde.
Mais, il y a quelques semaines, on apprenait dans la presse que le Brésil envisageait d’explorer des gisements pétroliers en mer, alors même que le pays accueille la COP. On dirait donc que nous avons toujours soif de combustibles fossiles. Alors qu’on sait, qu’en plus d’être nocive pour le climat, l’exploration des combustibles fossiles ne favorise pas la prospérité de la majorité des populations, que ce soit en Amérique du Sud, en Afrique, ou dans le Pacifique.
Si cette COP pouvait vraiment mettre un terme à l’utilisation des énergies fossiles, les éliminer complètement, cela permettrait une transition juste. L’un des aspects centraux de la justice climatique est également de donner la priorité aux besoins et au leadership des communautés autochtones et traditionnelles. Le fait que la COP se déroule à Belém, la porte d’entrée de l’Amazonie, ne devrait pas être qu’un symbole.
Pensez-vous que l’Afrique et ses populations sont suffisamment représentées à cette conférence ?
Malheureusement non. D’une part, le Brésil, c’est loin pour l’Afrique. Mais en même temps, la COP30 ne se limite pas à Belém. Des communautés dans différentes régions du continent africain, comme la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya, l’Afrique du Sud… se mobilisent autour de la COP et des enjeux de la conférence. Elles profitent de ce moment pour faire valoir leurs revendications.
350 Africa a lancé l’an dernier une campagne intitulée REPower Afrika afin d’accélérer la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables sur le continent. Pourquoi ?
En tant que militants de la justice climatique, la principale revendication que nous portons depuis des années, c’est l’arrêt progressif des énergies fossiles. Mais la question s’est posée de ce que nous demandons en échange ? Quelle alternative proposons-nous aux énergies fossiles ? REPower Afrika est le fruit de cette exigence : réfléchir aux solutions que nous voulons voir mises en œuvre dans nos communautés, et à ce que nous demandons à nos gouvernements pour remplacer les énergies fossiles.
Quand on va voir nos gouvernements à travers l’Afrique et qu’on leur dit « certes, nous disposons de gisements d’énergie fossile, mais il ne faut pas les exploiter », ce discours a potentiellement plus d’effets si on ajoute « il existe d’autres modèles énergétiques plus rentables pour nos communautés et plus sûrs pour notre planète ».
C’est de ce besoin qu’est née REPower Afrika, dans le sillage de la campagne contre le projet d’oléoduc EACOP [un projet de Total d’oléoduc qui traverserait la Tanzanie et l’Ouganda, ndlr]. REPower Afrika est devenue une lueur d’espoir pour les communautés de Tanzanie et d’Ouganda touchées par ce projet, et aussi pour d’autres pays où s’opposer à de grands projets de ce type peut être risqué.
En s’engageant pour les énergies renouvelables, ils peuvent aborder de manière stratégique la question de l’élimination progressive des combustibles fossiles via un discours positif. Au lieu de dire au gouvernement « je ne veux pas de cet oléoduc », on demande à donner la priorité à l’investissement dans les énergies renouvelables décentralisées pour nos besoins énergétiques. Ça a des chances de mieux marcher.
Où en est le développement des énergies renouvelables en Afrique ?
Il prend différentes formes. Celle d’une immense centrale solaire flottante au Ghana, de grands parcs éoliens au Kenya, d’énergie hydroélectrique en Éthiopie et en Ouganda. Et il existe des tonnes d’exemples de projets d’énergies renouvelables à petite échelle qui fournissent de l’énergie localement aux communautés.
Aujourd’hui, ce que REPower Afrika et les défenseurs de la justice climatique demandent, ce n’est pas que le développement des énergies renouvelables, mais aussi une transition énergétique juste qui ne laisse personne de côté. Or, malheureusement, les projets énergétiques à grande échelle, même renouvelables, ont tendance à être coûteux. Et à la fin, tout le monde n’a pas accès à cette énergie ou à cette électricité dans son foyer. Nous demandons donc des modèles d’énergie renouvelable décentralisée, qui permettent aux populations de gérer elles-mêmes l’accès à l’énergie.
Nous avons vu des modèles de ce type au Kenya, dans des zones rurales, comme à Meru, où une entreprise gère une petite installation hydroélectrique qui fournit de l’électricité à la population locale. Dans le nord du Kenya, à Garissa, des gens ont commencé à installer des panneaux solaires dans les camps de réfugiés.
« Il y a beaucoup d’innovation pour la cuisson à base d’énergie renouvelable sur le continent africain »
Des projets d’énergie renouvelable se développent aussi au Rwanda et en Ouganda, par exemple pour les populations qui ont été déplacées en raison de la construction de l’oléoduc EACOP. Sur leurs nouveaux lieux de vie, il ont créé une association des « résidents de la raffinerie de pétrole ». Ils travaillent à mettre en place une énergie solaire décentralisée afin d’avoir accès à l’électricité. Cela ne remplace pas l’action du gouvernement, mais cela montre que c’est possible, et que c’est dans ce type de projet que l’argent doit être investi.
Ces projets que vous mentionnez sont-ils généralement portés et financés par des ONG, des entreprises locales, des entreprises étrangères, des gouvernements ?
Au Ghana, il existe des entreprises locales qui produisent des panneaux solaires ou des installations de cuisson à énergie solaire. Il y a beaucoup d’innovation pour la cuisson à base d’énergie renouvelable sur le continent africain. En Ouganda, une entreprise locale, Nexus Energy, travaille pour équiper le pays en installations photovoltaïques. Mais, bien que les minéraux essentiels qui composent les panneaux solaires soient pour la plupart accessibles sur le continent, très peu sont fabriqués sur place. Il s’agit là d’un manque que nous devons combler.
Voyez-vous un danger dans la possibilité que des entreprises multinationales ou des pays étrangers européens ou la Chine ou les Émirats arabes unis, développent de grands projets d’énergie renouvelable en Afrique principalement dirigés vers l’export d’énergie et pas au profit de la population locale ?
En tant que défenseurs du climat et militants de la transition juste, nous devons être très clairs sur le fait que les énergies renouvelables ne doivent pas reproduire les mêmes injustices que les centrales à charbon ou le pétrole. En Afrique, nous avons subi des marées noires, de la fracturation hydraulique, nous avons vu des communautés souffrir de maladies à cause des centrales à charbon… Nous devons nous assurer que les projets d’énergies renouvelables en Afrique ne soient pas destinés à l’exportation, ne déplacent pas les populations, et répondent aux besoins des communautés locales.