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Articles du Vendredi : Sélection du 28 janvier 2022


L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire : un tour de passe-passe statistique
Pierre Breteau
www.lemonde.fr

 

Présentée comme un outil indispensable à l’indépendance énergétique, la filière nucléaire française importe l’intégralité de son uranium.

Doter la France d’un parc nucléaire pour réduire sa dépendance aux importations de pétrole, après la crise pétrolière de 1973, tel était l’objectif du président Valéry Giscard d’Estaing quand il a lancé, en 1974, un programme qui allait aboutir à la construction de 45 centrales de production d’électricité d’origine nucléaire.

Les centrales nucléaires exploitées par EDF produisent alors de l’électricité grâce à la chaleur émise par la fission des atomes d’uranium ; une matière extraite, importée, enrichie puis transformée en combustible par plusieurs entreprises qui seront fusionnées plus tard sous le nom d’Areva. L’indépendance énergétique est élevée, même si elle n’est pas totale. La production française d’uranium naturel se porte au mieux, passant de 1 250 tonnes en 1970 à 2 634 tonnes en 1980.

L’extraction franco-française d’uranium s’arrête

A la fin des années 1990, le programme nucléaire ralentit : la France cesse de construire de nouvelles centrales. Dans la foulée, l’extraction franco-française d’uranium fléchit, avant de s’arrêter complètement. Depuis le début des années 2000, l’uranium utilisé pour les centrales nucléaires françaises est entièrement importé, même s’il est souvent ensuite enrichi en France, un détail qui a son importance.

Pourtant, dans son bilan annuel, le ministère de la transition écologique affirme que l’indépendance énergétique de la France s’élève à 55,3 % en 2020 et 53,4 % à l’été 2021, selon des données provisoires. Cela signifie que plus de la moitié de l’énergie consommée en France est produite sur le sol français. Mais alors comment arrive-t-on à ce taux, alors que le nucléaire représente 70 % de l’électricité produite, et que 100 % du combustible est importé ?

Une convention statistique ancienne

La réponse tient dans une « convention statistique » issue du manuel de statistiques coédité par l’Agence internationale de l’énergie et par Eurostat, qui recommande de « compter » en tant qu’énergie primaire la chaleur émise par le réacteur plutôt que le combustible utilisé pour le faire fonctionner. Cette convention est ancienne et remonte « à l’époque où l’uranium était produit en France », explique Bernard Laponche, physicien nucléaire et président de l’association Global Chance. « On a depuis cessé d’en produire et les mines françaises ont été fermées. » La convention statistique, elle, demeure.

D’ailleurs, dans le « Bilan énergétique de la France », le mot « uranium » ne revient que deux fois en 189 pages, dans des notes explicatives et sur la manière de produire de la chaleur dans une centrale. Dans ce bilan, « on a le détail sur le prix du charbon, sa provenance ou son pouvoir calorifique, alors qu’on en consomme très peu, déplore M. Laponche, mais on n’a rien sur l’uranium, qui sert pourtant à créer la chaleur avec laquelle on produit de l’électricité ». Comme cette chaleur est produite sur le sol hexagonal, l’uranium se trouve ainsi naturalisé français.

Sans cette convention statistique, la France ne pourrait atteindre que 10 à 12 % de taux d’indépendance énergétique, comme le concède d’ailleurs le ministère de la transition écologique dans son « Bilan énergétique » :

« Dans le cas de la France, qui a recours intégralement à des combustibles importés (utilisés directement ou après recyclage), le taux d’indépendance énergétique perdrait environ 40 points de pourcentage, pour s’établir autour de 12 % en 2019, si l’on considérait comme énergie primaire le combustible nucléaire plutôt que la chaleur issue de sa réaction. »

De l’uranium venu du Kazakhstan, du Niger, d’Ouzbékistan ou d’Australie

Actuellement, pour faire fonctionner ses 56 réacteurs nucléaires, répartis sur 18 centrales, EDF a besoin de 8 000 à 10 000 tonnes d’uranium naturel en moyenne chaque année. Puisqu’il n’y a plus d’extraction française du minerai, la politique de fourniture d’uranium d’EDF peut se résumer à « ne pas mettre tous les œufs dans le même panier », en cherchant à multiplier les sources d’approvisionnement.

Ces chiffres, obtenus auprès du comité technique Euratom (CTE), montrent néanmoins davantage l’activité d’Orano (ex-Areva resserrée sur les activités du cycle de l’uranium) en matière d’enrichissement d’uranium naturel que l’origine précise du combustible chargé dans les centrales françaises.

En effet, même si EDF se fournit essentiellement en combustible auprès d’Orano, l’entreprise peut également traiter avec les quelques autres entreprises qui enrichissent de l’uranium ; en Europe (Pays-Bas, Royaume-Uni, Allemagne) ou ailleurs dans le monde comme en Russie, au Japon ou aux Etats-Unis.

Une fois enrichi, l’uranium destiné à être utilisé dans les centrales change de nationalité en prenant celle du pays où il a été enrichi. Contactée par Le Monde, EDF n’a donné de détails sur l’origine précise du combustible chargé dans ses centrales, indiquant simplement que « les approvisionnements en uranium d’EDF sont assurés à long terme par des contrats diversifiés en termes d’origines et de fournisseurs, d’une durée pouvant atteindre vingt ans ».

La filière nucléaire défend la « sécurité des approvisionnements »

Du côté de l’industrie nucléaire française, le directeur général d’Orano, Philippe Knoche, explique dans un article des Annales des mines que la France « maîtrise son approvisionnement » en uranium, car la ressource « n’est pas concentrée dans une seule région du monde » et n’est ainsi pas « soumise à des aléas géopolitiques ». Orano produit actuellement de l’uranium au Kazakhstan (pour 45 %), au Canada (pour 30 %) et au Niger (pour 25 %).

  1. Knoche précise que « près de 44 % des ressources en uranium se situent dans les pays de l’OCDE », ce qui mettrait les importations à l’abri de chantage géopolitique. Il arrive pourtant que des contrats stratégiques soient remis en cause avec ces Etats, comme le montre le récent exemple des sous-marins français vendus – puis annulés – à l’Australie. Par ailleurs, parmi les autres fournisseurs majeurs de la France, le Kazakhstan, le Niger et l’Ouzbékistan ne sont pas des exemples de stabilité politique.

Selon le directeur d’Orano, les ressources connues d’uranium pourraient permettre de continuer à faire tourner des centrales jusqu’au « milieu du siècle prochain », voire pendant deux cent cinquante ans, « si l’on inclut les ressources estimées » au niveau d’utilisation actuel.

Bilan climatique d’Emmanuel Macron : le sacre des petits gestes
Loup Espargilière
https://vert.eco/articles/bilan-climatique-demmanuel-macron-le-sacre-des-petits-gestes

Le Réseau action climat vient de publier une vaste analyse du quinquennat finissant d’Emmanuel Macron ; si quelques mesures ont marqué les esprits, le compte n’y est pas (du tout). Tour d’horizon non-exhaustif mais révélateur d’un manque d’écoute, de vision et de considération pour l’urgence climatique.

« Make our planet great again » ! Ces mots pleins d’entrain sont ceux d’Emmanuel Macron, prononcés en juin 2017 alors qu’il venait de prendre l’Elysée. États généraux de l’alimentation, assises de la mobilité… Anne Bringault se souvient d’un président qui multipliait, dans les premiers mois, les concertations avec les associations. Avant de déchanter : « La société civile a construit de nombreuses propositions, mais les projets de loi [qui ont suivi – ndlr] n’étaient pas du tout en cohérence avec ces mesures », déplore la coordinatrice des programmes au Réseau action climat (RAC), qui fédère une trentaine d’associations nationales et locales.

Puis, face à la crise des Gilets jaunes, mouvement né de l’augmentation de la taxe sur les carburants, le président s’est tourné vers la consultation directe des citoyen·nes : en 2019, il a lancé le grand débat national (dont les résultats se font toujours attendre), puis il a mis sur pied la Convention citoyenne pour le climat. Les 150 Français·es tiré·es au sort avaient un mandat : trouver comment réduire de 40% les émissions nationales d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990, le tout « dans un esprit de justice sociale ». Là encore, « malgré son engagement répété de les transmettre « sans filtre » au Parlement, les 149 propositions de la Convention ont été largement détricotées, décalées, voire carrément supprimées », tance Anne Bringault.

Le Président a également créé le Conseil de défense écologique – réunion restreinte des ministres en lien avec la transition écologique. Hélas, celui-ci ne s’est plus réuni depuis l’été 2020. Le Haut-Conseil pour le climat (HCC), comité d’expert·es également installé par Emmanuel Macron, rend des avis extrêmement documentés depuis trois ans, qui sont généralement peu suivis d’effets.

Climat : le compte n’y est pas du tout

Si les confinements successifs ont entraîné une baisse notable des émissions de CO2 en 2020, le bilan du quinquennat est peu flatteur. Les objectifs de la France sont fixés par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), une feuille de route qui doit mettre le pays sur la voie de la neutralité carbone en 2050. Entre 2018 et 2019, les émissions françaises n’ont baissé que de 0,9%, alors que le rythme promis par la SNBC était de -1,5% par an.

Se sachant hors des clous, le gouvernement avait choisi de modifier ses objectifs de baisse, pour reporter l’essentiel de l’effort à après 2024. Ce qui n’a pas échappé au Haut-Conseil pour le climat, qui écrivait, en juin dernier : « En raison du retard accumulé par la France, le rythme actuel de réduction annuelle devra pratiquement doubler, pour atteindre au moins 3,0 % dès 2021 (-13 Mt éqCO2) et 3,3 % en moyenne sur la période du troisième budget carbone (2024-2028) ».

Le dépassement du budget carbone pour la période 2015-2018 de 62 millions de tonnes de CO2 (HCC), puis l’ambition réduite du suivant (2019-2023), placent la France hors d’une trajectoire raisonnable pour atteindre les -40% d’émissions d’ici 2030. Pis, le nouvel objectif européen – qui sera bientôt celui de la France – s’élève désormais à -55%.

Dans son dernier rapport, le Haut-conseil pour le climat note que sur les 22 objectifs («orientations») contenues dans la SNBC, une seule sera probablement atteinte grâce aux meures prises par le gouvernement.

Résultat : dans le cadre de l’« Affaire du siècle », le gouvernement a été condamné par la justice à rattraper 15 millions de tonnes de CO2 émises en trop par rapport à la SNBC (Vert). Autre procès : plusieurs ONG se sont jointes à l’action intentée contre l’exécutif par la commune côtière de Grande-Synthe, qui s’estime mise en danger par la montée des eaux née du réchauffement. En juillet dernier, le Conseil d’Etat a enjoint au Gouvernement « de prendre des mesures supplémentaires d’ici le 31 mars 2022 pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % ».

Transports : tout roule (sur la route)

A lui seul, le secteur des transports a généré 31% des émissions en 2019, un chiffre qui a stagné ou diminué très faiblement chaque année. Or, il faudrait aller cinq fois plus vite à partir de 2021, selon le Haut-Conseil pour le climat.

La loi d’orientation des mobilités de 2019 a permis quelques avancées : un plan pour le vélo, l’instauration des zones à faibles émissions. Mais elle échoue sur l’essentiel, en remettant notamment l’interdiction de la vente des voitures thermiques à 2040, et en maintenant le développement de nouveaux projets d’autoroutes. Le premier ministre a récemment inauguré en personne le contournement Est de Rouen ou encore le grand contournement Ouest de Strasbourg.

Il est à noter qu’entre 2016 et 2020, les véhicules électriques sont passés de 1,1 à 5,8 % des ventes en France, sous l’effet probable des primes à la conversion et des bonus écologiques. Mais dans le même temps, les SUV sont passés de 28 à 39,2 %, constate le rapport du RAC. La Convention citoyenne avait proposé un malus sur les véhicules les plus dodus à partir de 1 400 kg ; le dernier budget a retenu le seuil de 1 800 kg, ce qui « apparaît très insuffisant car il ne couvre que 2,6 % des ventes de véhicules », a noté le RAC. Sous ce quinquennat, la voiture sera restée reine.

89% du transport de marchandises s’effectue toujours sur la route. L’avantage fiscal pour le gazole à destination des poids lourds a été maintenu. La part du fret ferroviaire a baissé pour atteindre 9%, loin derrière la moyenne européenne (18%), note le RAC.

Si Emmanuel Macron avait annoncé la mise en pause des grands projets ferroviaires au profit des transports du quotidien, au printemps dernier, le Premier ministre Jean Castex a annoncé que les projets Marseille-Nice, Montpellier-Perpignan et Bordeaux-Toulouse étaient à nouveau à l’ordre du jour. Dans le même temps, plus de 100 gares et haltes ferroviaires ont été fermées depuis 2017, et la part modale du train a augmenté uniquement de 0,6 points entre 2016 et 2019 pour atteindre 11,4%, tancent les auteur·rices du rapport.

Et les 4,7 milliards d’euros alloués au train dans le cadre du plan de relance de 2020 « ont essentiellement servi à combler le déficit lié aux confinements ». Ils ont toutefois permis de relancer deux lignes de train de nuit.

Au même moment, le gouvernement renflouait Air France de plusieurs milliards d’euros pendant que ses avions étaient cloués au sol. Anne Bringault déplore que la pandémie ait constitué « une occasion manquée ». « Le gouvernement a arrosé l’ensemble des entreprises – il fallait les sauver – mais sans aucune condition écologique ou sociale. Il a redémarré l’économie comme avant alors qu’il avait l’opportunité d’accélérer sa transformation vers les nouvelles filières pour créer des emplois pérennes », indique-t-elle à Vert.

Sur l’avion toujours, la proposition de la Convention citoyenne « d’interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension des aéroports existants » a été vidée de sa substance », juge le rapport. Si certains projets importants ont été arrêtés, comme Notre-Dame des Landes, une dizaine de projets d’extension d’aéroports sont encore à l’étude à Marseille, à Nice ou encore à Lille.

Globalement, le gouvernement refuse d’anticiper la réduction du secteur aérien, indispensable pour d’atteindre les objectifs climatiques (notre article), et continue de miser sur la technologie (avion électrique ou à hydrogène) qui n’est pas encore disponible.

Industrie : c’est lourd

Dans l’industrie, le Réseau action climat note que les émissions par tonne produite ont stagné. Les auteur·rices déplorent le faible accompagnement et les mesures peu incitatives pour entraîner les entreprises vers la décarbonation de leurs procédés industriels, la maîtrise de la consommation énergétique et l’adoption de technologies de rupture. En outre, « les feuilles de routes signées entre les filières et l’État sont insuffisantes pour la réalisation de l’objectif de -35% fixé par la SNBC à l’horizon 2030 ».

Le plan de relance a accordé 1 milliard d’euros d’aides à la décarbonation. Le nouveau plan France 2030, prévoit une nouvelle enveloppe de 5 milliards d’euros. Un soutien encore très timide – l’Ademe a chiffré un coût d’investissement pouvant aller jusqu’à 7,7 milliards d’euros pour la seule filière ciment.

Consommation : une loi en carton

Si elle contient quelques avancées, comme la suppression des touillettes et d’autres plastiques à usage unique, la loi antigaspillage votée en 2020 ne prévoit l’interdiction des emballages en plastique qu’en 2040.

Le texte introduit également de nouvelles filières de « responsabilité élargie du producteur » (REP) sur les jouets, les articles de sport et de loisirs, et les articles de bricolage et de jardin. Selon le principe du pollueur-payeur, les fabricant·es devront prévoir le retraitement et le recyclage de leurs produits.

Les invendus non-alimentaires concernés par l’ensemble des filières REP ne peuvent plus être détruits depuis le 1er janvier. Cette interdiction sera étendue à l’ensemble des produits fin 2023. La loi vise aussi à réduire le gaspillage alimentaire de moitié dans la restauration collective d’ici 2030.

Parmi ses nombreuses recommandations passées à la trappe, la Convention citoyenne voulait interdire la publicité pour les produits les plus émetteurs de CO2, dont les SUV ; la loi « climat » ne bannit que celles à destination des énergies fossiles.

Agriculture et alimentation : pas bio à voir

Votée en 2018, la loi pour « l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous », dite EGalim, fixe un objectif de 20 % de produits bio dans les restaurants collectifs d’ici 2022. Mais ces objectifs n’ont pas été atteints puisque le taux pour les produits bio dans la restauration collective est aujourd’hui de 5,6 %, indique le RAC. En outre, les aides de la Politique agricole commune (PAC) à destination du bio sont en baisse sur le quinquennat. Et les aides de l’État au maintien de l’agriculture biologique ont été supprimées. Les aides publiques en faveur du développement de la culture des légumineuses, dont les légumes secs à destination de l’alimentation humaine ont, elles, augmenté.

En cinq ans, rien n’aura été fait pour réduire l’élevage, première source d’émissions de méthane (CH4), puissant gaz à effet de serre. Le RAC regrette notamment que le gouvernement ne valorise pas le pâturage des bovins, qui offre de nombreux co-bénéfices en matière de bien-être animal et d’environnement : séquestration du carbone, biodiversité, lutte contre l’érosion des sols, etc.

L’utilisation d’engrais azotés, contributeurs à la pollution de l’air et des sols, et au réchauffement, a très peu baissé. Et aucune mesure concrète n’a été adoptée : « ni objectif chiffré, ni contrainte de baisse, ni augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), ni mise en place d’une redevance sur la vente », regrette le RAC.

Logement : toujours autant de trous dans la raquette

Alors candidat, Emmanuel Macron s’était engagé en 2017 à supprimer les passoires énergétiques – ces logements mal isolés et difficiles à chauffer, en dix ans, dont la moitié d’ici 2022. Or, en 2022, il en existe toujours plus de 4,8 millions et l’objectif ne sera pas atteint.

Si les investissements publics dans le secteur de la rénovation thermique des logements sont passés de 4,8 à 6,9 milliards d’euros par an depuis 2017, le rythme des réfections ne suit pas du tout. Chaque année, on effectue quelque 70 000 rénovations globales de logements, alors que la SNBC en prévoit 370 000 par an après 2022, et 700 000 par an à partir de 2030.

Les différents dispositifs financier ne suffisent pas, et les interdictions faites aux propriétaires de louer les pires passoires sont très tardives : à partir de 2025 pour les logements classés « G » au diagnostic de performance énergétique (DPE), 2028 pour les « F », 2034 pour les « E ». Or, l’investissement massif dans la rénovation thermique des logements permettrait de réduire les émissions tout en amélioration la qualité de vie des plus précaires. Malgré les aides, le reste à charge des propriétaires les plus modestes qui voudraient rénover leur logement s’élève en moyenne à 38,6% du montant des travaux, avait déterminé France Stratégie.

12 millions de personnes, soit peu ou prou autant qu’au début du quinquennat, souffrent de précarité énergétique.

Transition énergétique : du vent

L’objectif de baisse de la consommation d’énergie, initialement fixé à 7 % en 2018 (par rapport au niveau de 2012), a été repoussé à 2023, note le RAC. Tout en gardant l’objectif de baisse de 20 % de la consommation d’énergie en 2030.

Et la France est en retard sur ses propres objectifs de déploiement des énergies renouvelables : en 2020, celles-ci ne comptent que pour 19,1% de la consommation d’énergie finale du pays, contre les 23% escomptés.

Parmi les promesses avortées, celle de faire baisser la part du nucléaire à 50% du mix électrique, objectif repoussé à 2035. Le gouvernement a mis en œuvre la fermeture des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim, autrefois conditionnée au démarrage de l’EPR de Flamanville, chantier cauchemardesque qui a continué à accumuler les retards.

Emmanuel Macron avait promis la fermeture des quatre dernières centrales à charbon ; la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique) pourrait continuer ses activités jusqu’à 2026, en fonction du démarrage de l’EPR de Flamanville.

La loi « mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures » de 2017 « a marqué une avancée », salue le RAC, dont l’interdiction de délivrer des nouveaux permis d’exploration pour les hydrocarbures sur le territoire français. Mais il y a des failles : tous les permis d’exploration et d’exploitation existants peuvent continuer à être renouvelés jusqu’en 2040 voire au-delà.

International : trop fossile !

Au niveau européen, la France a joué un jeu insidieux dans le vaste chantier de la « taxonomie verte » (notre article) : pour parvenir à faire admettre à ses partenaires que le nucléaire était une énergie « verte », Emmanuel Macron s’est coalisé avec la Hongrie, la Pologne ou la République tchèque. Résultat : le gaz fossile devrait également être considéré comme une énergie de transition, et bénéficier à ce titre de certains financements, malgré son lourd bilan carbone.

Le RAC souligne que la France a contribué à relever le nouvel objectif climatique européen de -55%, et « à mettre à l’agenda un certain nombre de mesures importantes, notamment pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre des pays hors de l’Union européenne : lutte contre la déforestation importée, mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ». Cependant, Paris a freiné certaines mesures ambitieuses, notamment sur la fin de la vente des véhicules thermiques, et elle contribué à obtenir une piètre nouvelle Politique agricole commune (notre article).

La France attribue chaque année cinq milliards d’euros pour financer l’adaptation des pays vulnérables au changement climatique. Mais dans le même temps, elle poursuit le financement à l’export de projets gaziers et pétroliers.

Dans l’ensemble, Anne Bringault retient quelques mesures fortes, comme l’arrêt de Notre-Dame des Landes, mais rien de « fondamental ». « Ce sont des actions ponctuelles aux impacts limités, mais il n’y a pas eu de politique climatique globale et efficace, qui propose une vraie vision de ce que seront les transports, le logement, ou l’élevage dans cinq ou dix ans. » Un « saupoudrage », qui n’aura été que de la poudre de perlimpinpin ?

L’innovation, potion magique de l’économie française
Romaric Godin
www.mediapart.fr/journal/economie/220122/l-innovation-potion-magique-de-l-economie-francaise?

Lundi 17 janvier 2022, Emmanuel Macron saluait la 25e « licorne » française, ces entreprises valorisées en Bourse un milliard de dollars au moins. L’innovation, c’est l’obsession du pouvoir, la recette miracle, capable de sauver la planète et le capitalisme. Mais elle remplit surtout la fonction de sauvegarder l’ordre néolibéral. Un article du numéro 19 de la « Revue du crieur ».

Même ses plus grands défenseurs doivent l’admettre. Le système de production capitaliste peine, depuis quelques décennies, à remplir ses promesses. Les inégalités se sont creusées un peu partout. Ballottée entre crises brutales et euphories démesurées, la finance semble folle. La croissance reste molle malgré le soutien continu et inédit des banques centrales. Des formes d’exploitation parmi les plus rudes se développent dans les pays dits avancés, frappant une population toujours plus large de travailleurs précaires et appauvris. Des monopoles géants, dans le numérique ou ailleurs, deviennent parfois plus puissants que les États.

Et, surtout, la logique d’accumulation qui préside à tout cela entre en conflit évident avec la crise climatique qui, chaque jour, s’aggrave et menace l’humanité.

Même l’hebdomadaire du monde des affaires Challenges le reconnaît, en couverture, le 2 juin 2021 : « le capitalisme » est « en défaut ». Le journal fait alors la publicité d’un événement organisé par la Toulouse School of Economics, cœur de la pensée libérale française, fondée par le « Prix de la Banque de Suède de sciences économiques en hommage à Alfred Nobel », Jean Tirole. Ce dernier fustige les « nombreuses défaillances de l’économie de marché » et appelle à y « remédier » afin de « sauver le bien commun ». Est-ce à dire que le capitalisme, terme que Tirole se garde bien d’employer et qui fait encore peur à de nombreux économistes, mettrait en danger le « bien commun » ?

Le paradoxe n’est pas mince. Il avait été souligné à juste titre par l’économiste serbo-états-unien Branko Milanović dans son livre Le Capitalisme, sans rival (La Découverte, 2019). Voici un mode de production devenu hégémonique et dont la domination n’est plus guère remise en cause par l’immense majorité de la population mondiale, mais qui semble pourtant ne plus pouvoir accomplir sa promesse initiale. Résoudre cette contradiction n’est pas une tâche aisée lorsque l’on refuse de modifier le mode de production, autrement dit de s’appuyer sur la loi de la valeur et la propriété privée des moyens de production. Alors, les économistes tentent de trouver des solutions susceptibles de « réactiver » le capitalisme et de lui rendre ses vertus supposées.

La solution la plus populaire parmi les élites, c’est « l’innovation ». Les responsables politiques n’ont que ce mot à la bouche. Cette « innovation » semble dotée de toutes les vertus et capable de dénouer le paradoxe que l’on vient de décrire. Avec elle, la crise climatique se transforme en « croissance verte », les inégalités laissent place aux « opportunités » et la crise du capitalisme à une nouvelle phase de croissance. Pas de problème économique, donc, sans que l’innovation n’en soit la solution miracle. Si elles veulent parvenir au bonheur, les nations doivent devenir des start-up et les métropoles des smart cities.

Le retour de Schumpeter

Cette magie innovatrice fonctionnerait selon la loi de la « destruction créatrice », théorisée jadis par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter ( 1883-1950 ) et désormais reprise par un courant d’économistes très influents. (…) Le progrès technique s’inscrit dans l’économie par de grandes phases durant lesquelles tout le système productif change. Les firmes innovantes imposent une nouvelle norme qui rend les anciennes caduques. Une fois le chemin de fer posé, la diligence finit par disparaître. Le chemin de fer amène avec lui la réduction du temps de trajet et la mise en relation de ressources nouvelles avec des besoins nouveaux. Les emplois et les capitaux détruits par la nouveauté trouvent alors à s’employer aisément et un nouvel équilibre se construit. L’économie dans son ensemble se modifie et, avec elle, tout le système de création de valeur.

(…)

La 5G ou le « Moyen Âge »

Dans leur ouvrage, Philippe Aghion et ses coauteurs tentent ainsi d’organiser le débat d’idées autour de l’opposition entre Schumpeter et Malthus. Ceux qui refuseraient la destruction créatrice et ses conditions voudraient « ramener le PIB à son niveau de subsistance » en refusant toute progression de la productivité. Ces « malthusiens sans le savoir » sont les défenseurs de la « décroissance », ceux qui ne croient pas que la croissance du PIB puisse fournir la solution à tous nos problèmes. Cette opposition avec le courant de la décroissance caricaturé est une figure récente mais récurrente de la défense du néolibéralisme grâce à la pensée de Schumpeter.

Puisque la capacité d’innovation est le moteur de la croissance, mais aussi du progrès social, tout refus de la croissance est stigmatisé. La décroissance devient l’ennemi de la science et du progrès, c’est un projet de retour en arrière, avant le capitalisme, à un Moyen Âge obscur où dominent l’économie de subsistance et les techniques arriérées.

Cette vision s’est déjà inscrite dans le débat public avec la question de la nouvelle génération de réseaux mobiles, la 5G. Face aux critiques sur l’utilité réelle de ce réseau, Emmanuel Macron lui-même est monté au créneau pour défendre cette « innovation ». Dans un discours prononcé le 14 septembre 2020, le président de la République a fait de la défense de la 5G un symbole. La France doit accepter ce réseau parce qu’elle est, dit-il, le « pays des Lumières, le pays de l’innovation ». « J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine », conclut alors l’hôte de l’Élysée.

Ce discours est typique de l’entreprise de relégitimation du néolibéralisme par l’innovation. On voit que l’acceptation de la 5G ne se défend pas par son apport réel aux besoins des populations mais par son caractère « innovant » qui, en soi, l’inscrit immédiatement dans la « France des Lumières », autrement dit dans une constellation non pas tant économique que politique. La 5G en tant qu’innovation devient synonyme de lumière, de démocratie, de progrès social. En miroir, tout questionnement sur l’innovation et, partant, sur les conditions de production de cette innovation relève d’un obscurantisme caricatural : « la lampe à huile ».

L’enjeu est donc de clore le débat, politiquement et économiquement : soit on accepte le « pouvoir de la destruction créatrice » et les réformes néolibérales qui en sont la condition, soit on accepte de sombrer dans une forme d’horreur médiévale.

C’est aussi à cette aune qu’il faut lire l’allusion au Moyen Âge faite par Emmanuel Macron dans un entretien récent accordé à la revue Zadig. Il compare, « dans la psyché collective », notre époque à « ce qui se passait à la fin du Moyen Âge » et invoque les « grandes innovations technologiques, qui ont un effet anthropologique ». Cet effet induit que « quelque chose se passe dans l’imaginaire qui permet d’embrasser l’avenir et de sortir des grandes peurs ». Cette vision est strictement néoschumpétérienne : l’innovation en tant que traduction économique de la technique change le mode de production et élève la société vers la liberté et la prospérité. Emmanuel Macron compare les « grandes découvertes » au numérique et à la croissance verte. L’enjeu est donc bien d’accepter cette renaissance que permettent les innovations de notre époque. C’est pourquoi il faut « embrasser » les lois de la destruction créatrice et, donc, les réformes structurelles. Le mot d’ordre de ce nouveau « progressisme » devient alors : le néolibéralisme ou le chaos.

Tel est le cœur de la stratégie de l’exécutif français, qui traduit la vision néoschumpétérienne dans sa politique de l’offre en faveur du capital. Alors qu’Emmanuel Macron s’attache à sauvegarder les réformes fiscales de 2018, le gouvernement Castex a mis en place en septembre 2020 un « plan de relance » de cent milliards d’euros qui est avant tout un plan de baisse d’impôts sur la production et de subventions aux entreprises et aux plus riches. 30 milliards d’euros ont été rajoutés un an plus tard pour créer la « France de 2030 ». L’idée est bien de jouer sur le « pouvoir de la destruction créatrice » en vue de relancer la croissance et de « rembourser la dette ». Mais l’innovation et la croissance fournissent aussi la justification de nouvelles réformes structurelles, de l’assurance-chômage aux retraites. Face à la crise du Covid-19 et au ralentissement continuel de la croissance, l’idéologie néoschumpétérienne invite à un approfondissement des politiques traditionnelles en faveur du capital. Le tout au nom du progrès.

(…)

L’obsession de la croissance

La prophétie de Schumpeter semble donc se réaliser par ses disciples eux-mêmes. La bourgeoisie semble progressivement perdre sa « raison d’être » en donnant sa préférence à la garantie de valorisation de son capital. L’innovation elle-même doit être soumise à cette exigence, à l’image de l’ensemble des relations sociales. Les « entrepreneurs » soucieux de valorisation dirigent donc leurs efforts vers les besoins de la finance et des géants du numérique. L’État peut se cacher derrière les illusions de la destruction créatrice, il ne fait que soutenir cette logique en favorisant des mesures de soumission du monde du travail, de destruction de l’État social et de contre-révolution fiscale. La destruction créatrice devient un mythe utile avant tout à faire accepter au monde du travail sa mise au pas progressive.

Philippe Aghion et ses adeptes ne le voient pas parce qu’ils sont concentrés sur la croissance. Si la croissance est là, l’innovation est positive. Si elle est absente, il y a un problème. La croissance reste, à leurs yeux, une mesure du bien-être. Or elle ne l’a jamais été et l’inventeur même du PIB, Simon Kuznets, mettait en garde contre cette interprétation. Depuis, des auteurs comme Éloi Laurent ont largement documenté le fait que la croissance est un indicateur défaillant du bien-être et on peut, du reste, le constater en observant l’état social et environnemental des nations championnes de la croissance comme la Chine ou les États-Unis. Il y a donc une candeur extrême dans la vision des néoschumpétériens parce qu’ils n’interrogent jamais le contenu des innovations. C’est logique de leur point de vue puisque, précisément, tout ce que fait un entrepreneur validé par le marché est par nature utile et que cette utilité est mesurée par son prix et donc par la croissance qu’il produit.

Mais dans le contexte de crise écologique, cette candeur est très problématique. L’idée que l’innovation tirée par la nécessité de créer de la valeur marchande pourra in fine trouver les solutions à la crise écologique est très largement illusoire. D’abord parce que le rythme des innovations, particulièrement dans un contexte comme celui que l’on vient de décrire, est trop lent pour répondre à l’urgence écologique et à l’accélération de cette crise. Autrement dit, même dans l’hypothèse, non avérée, où il existerait une solution technologique complète à cette crise écologique, les conditions pratiques et temporelles de sa mise en place ne permettraient pas de faire l’économie d’une modification du mode de production dans l’objectif de réduire l’exploitation de la nature.

Mais cette hypothèse même, on l’a dit, est incertaine. Dans un ouvrage récent, La Croissance verte contre la nature (La Découverte, 2021), l’économiste Hélène Tordjman montre comment la marchandisation de la nature, qui est le préalable à ce type d’innovation, induit une instrumentalisation des formes de vie qui conduit davantage à sauvegarder le capitalisme que la biodiversité. Chaque innovation tend à résoudre un problème précis en ignorant les interdépendances et les conséquences sur d’autres domaines. Ce qui est intensifié, c’est donc bien la marchandisation de la nature et, partant, son exploitation au sens marxien du terme. La pensée qu’une augmentation de la productivité permettrait de sortir de l’ornière écologique, en réduisant la consommation de ressources, ne se vérifie guère. Cette augmentation de la productivité, quand elle est possible, s’accompagne aussi d’une intensification de la demande de ressources, car il est possible de produire toujours davantage et de nouvelles ressources sont nécessaires.

Là encore, la seule réponse semble être celle de la fuite en avant : l’innovation traite une difficulté en créant un autre problème qui nécessitera une innovation. Ainsi se pose à nouveau la question du contenu des innovations et de ce qui les détermine. En laissant le marché décider, on ouvre la voie à cette fuite en avant qui, certes, peut créer de la « croissance » mais conduit assurément à un désastre écologique. C’est finalement une vision plus incendiaire qu’utile à la planète.

Un nouveau mode de production pour sortir de l’impasse

La destruction créatrice apparaît donc comme une impasse qui répond en miroir à l’impasse actuelle du capitalisme. Le progrès économique, politique comme écologique qu’elle promet est très largement illusoire. Le problème central de cette approche réside dans la naturalisation et l’automatisation du processus. La destruction créatrice détiendrait un « pouvoir » qui agirait quelles que soient les conditions historiques et géographiques. On pourrait le résumer dans ces fausses évidences présentant comme des preuves des succès ponctuels, tantôt en Allemagne, tantôt en Suède, tantôt aux États-Unis. Finalement, les chantres de l’innovation font ce que les économistes mainstream font le mieux : ils construisent un modèle d’équilibre global qui fait abstraction du caractère historique du capitalisme. La destruction créatrice des néoschumpétériens n’est pas un progressisme parce qu’elle n’est pas elle-même, en tant que principe, soumise à l’histoire. De ce point de vue, on pourrait lui adresser le même reproche que celui que le philosophe Karl Korsch faisait au marxisme théorique : de ne pas se soumettre à la loi historique. Autrement dit, puisque les conditions historiques actuelles font de la destruction créatrice une impasse, il devient urgent de soumettre la destruction créatrice elle-même à la destruction créatrice afin d’inventer un nouveau mode de production.  Cette déconstruction ne peut passer que par une réflexion d’ensemble sur la place de la technique et son rapport au profit. Il ne s’agit pas de rejeter la science et la technique, mais de les utiliser dans un autre contexte, avec un autre objectif. Le but ne doit plus être de donner la priorité à la création de valeur en pensant qu’elle résout tous les problèmes sociaux, politiques et environnementaux, mais d’utiliser la technique afin de parvenir à une société soutenable fondée sur la sobriété, le bien-être et la liberté. C’est un renversement complet de logique par lequel l’usage des ressources sera planifié, les besoins définis et la production mieux répartie. L’affaire peut sembler complexe, mais les besoins sont aussi le produit du mode de production, et changer un mode de production, c’est aussi changer les représentations des besoins. Le monde antique, dont l’économie était fondée sur l’esclavage, n’utilisait pas la force de la vapeur qu’il connaissait pourtant. C’est l’émergence du capitalisme qui a rendu indispensable l’usage productif de la vapeur. C’était sans doute, à l’époque, un progrès. Aujourd’hui, le progrès consiste peut-être à comprendre que la fuite en avant de l’innovation capitaliste n’est plus une solution. C’est cette voie que proposent la décroissance et l’écosocialisme. À mille lieues des ricanements des tenants d’un conservatisme qui se drapent dans un progressisme illusoire.

Energia nuklearra eta gas naturala inbertsio jasangarrien zerrendan sartuko ditu Europar Batzordeak, emergentzia klimatikoa lehentasun duela dioen bitarteann
ELA – Ingurumena
https://www.ela.eus/eu/ingurumena/albisteak

Europar Batzordeak hurrengo egunetan inbertsio jasangarrien zerrenda argitaratuko du, eta energia nuklearra eta gasa energia berriztagarritzat hartuko omen ditu. Broma dirudi, baina ez, egia da, eta onartezina. Horrela ez dira Europar Batasunaren konpromiso klimatikoak beteko. Taxonomia da, ingurumenaren aldetik jasangarriak diren jarduera ekonomikoak sailkatzen dituen Europako sistema berria, eta horren menpe egongo da bi teknologia horietan milaka milioi euro inbertitzea edo ez. Paradoxikoa da taxonomiaren helburua dela datozen 30 urteetan neutraltasun klimatikoa lortzeko beharrezkoak diren jardueretan inbertsio pribatua bideratzea eta bultzatzea. Europako energia-errealitatea askotarikoa da; energia-iturri bakoitzaren erabilera aldatu egiten da estatu kide batetik bestera. Oraindik ere badira ikatzaren erabilera intentsiboa duten herrialdeak, energia berriztagarrien garapenean aurreratuenak dauden bezala. Errealitate horren aurrean, Europako Batzordeak uste du gas naturalak eta energia nuklearrak paper bideratzailea izan behar dutela energia berriztagarrietan oinarritutako etorkizuneranzko trantsizio energetikoan. ELAren iritziz, guztiz okerra da hori; izan ere, inbertsio berri horiek iturri berriztagarrietan egin behar dira zuzenean, dela energia sortzeko instalazioetan, dela produktuen ekoizpenean eta eraldaketan energia berriztagarria soilik erabiltzeko. Inbertsio berriak energia nuklearrean eta gas naturalean egiten jarraitzen bada, trantsizioa are gehiago luzatuko da denboran. Eta hori da, hain zuzen, ez daukaguna, duela urte batzuk garatuta egon beharko lukeen trantsizio baterako denbora gehiago. Dokumentu hori (taxonomiaren bigarren ekitaldi delegatua) hainbat hilabetez atzeratuz joan da, hainbat estatu kidek, erakunde ekologistek, taxonomiako adituen lantaldeak eta inbertsio-funtsen kudeatzaile handiek aurka egin dutelako. Horiek guztiak trantsizio energetikoaren aitzakian energia nuklearra eta gasa energia jasangarritzat jotzearen aurka daude. 20 estatu kideren aurkako jarrera da proposamen hori geldiarazteko beharrezkoa ( % 72), hau da, Europako biztanleriaren % 65. Eta Europako Parlamentuan gehiengo soila beharko da, 353 eurodiputaturen kontrako botoak. Hurrengo hilabeteetan ikusiko dugu ea proposamen burugabe hau aurrera aterako den. Ez da horrelako proposamenak Batzordeak onartzen dituen lehen aldia. Abenduan, Taxonomiaren lehenengo ekitaldi delegatuan, energia lortzeko zuhaitzak eta laboreak moztea eta erretzea, edo gasolioaren eta gasolinaren menpe dauden auto hibridoak onartzea erabaki zen. Europar Batasunak uste du klima-politika zorrotza duela munduko beste herrialde batzuekin alderatuta, baina anbizio hau errealitate bihurtzeko neurriak hartzerakoan, lobby energetikoen interesak defendatzen ditu. Horiek baitira, azkenean, Europako energia-politika erabakitzen dutenak: hartutako konpromiso klimatikoak betetzen ez dituen politika europarra, gero eta abiadura larriagoan kolapsora garamatzana.