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Articles du Vendredi : Sélection du 17 novembre 2023

Avant la COP28, une planète à bout de souffle
Mickaël Correia
www.mediapart.fr

Comme un coup de semonce. À quinze jours de la 28e Conférence internationale pour le climat (COP28) qui se tiendra du 30 novembre au 12 décembre à Dubaï (Émirats arabes unis), la réalité climatique est venue de nouveau frapper à notre porte.

Depuis plus d’une semaine, le Pas-de-Calais fait face à des inondations et des crues historiques. Des pluies diluviennes ont dévasté les maisons, mis à l’arrêt le monde agricole et cerné les écoles du département. Au total, plus de 240 communes sont classées en catastrophe naturelle.

Les jours précédents, les tempêtes Ciaran et Domingos balayaient la France, occasionnant des dégâts estimés à 1,3 milliard d’euros. Ces pluies et vents exceptionnels nous rappellent, comme le martèle le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) depuis une trentaine d’années, que le réchauffement planétaire conduit à des événements météorologiques extrêmes « plus intenses » et « plus fréquents ». Et que notre gouvernement n’a pas encore saisi l’urgence à la fois de réduire drastiquement nos émissions, mais aussi de nous adapter aux impacts croissants des dérèglements climatiques.

Car la hausse des températures s’accélère à un rythme inouï. Les douze derniers mois ont été les plus chauds jamais enregistrés sur le globe, selon les scientifiques. Durant cette période, une personne sur quatre à travers le monde – soit 1,9 milliard d’individus – a été confrontée à des vagues de chaleur hors norme.

En parallèle, l’inaction perdure. Le Programme des Nations unies pour l’environnement a conclu la semaine dernière que le monde projette de produire plus du double de la quantité d’énergies fossiles compatible avec un amortissement du réchauffement d’ici à 2030.

Par ailleurs, pour la COP28 à venir, les près de 200 États signataires de l’accord de Paris, dont la France, devaient rendre auprès de l’ONU leurs plans d’action pour contenir l’emballement climatique à + 1,5 °C. Le verdict est sans appel : si ces feuilles de route nationales sont toutes appliquées, nous irons vers une hausse du mercure comprise entre 2,1 et 2,8 °C. Soit un enfer sur terre.

Le 3 novembre dernier, Emmanuel Macron s’est rendu dans le Finistère, auprès des sinistré·es de la tempête Ciaran. Après avoir vanté l’action climatique du gouvernement auprès d’un jeune qui l’avait interpellé dans la foule, le chef d’État s’est vu demander comment il s’était déplacé en Bretagne. « En avion », a répliqué le président. Et l’adolescent de rétorquer : « J’ai peur de l’avenir avec vous. »

Le « Lancet Countdown » mesure les effets alarmants du changement climatique sur la santé
Julien Lemaignen
www.lemonde.fr/planete/article/2023/11/15/le-lancet-countdown-mesure-les-effets-alarmants-du-changement-climatique-sur-la-sante_6200101_3244.htmll

Un rapport issu des travaux de 114 experts établit l’impact du réchauffement en matière de mortalité, d’insécurité alimentaire et de transmission des maladies.

Le nombre de personnes de plus de 65 ans mortes à cause de la chaleur a augmenté de 85 % depuis le début des années 1990 ; si le changement climatique n’avait pas lieu, cette hausse n’aurait été que de 38 %. En 2021, par rapport à la période 1981-2010, 127 millions de personnes supplémentaires à travers la planète se sont déclarées en situation d’insécurité alimentaire, une augmentation directement corrélée à la multiplication des vagues de chaleur et des mois secs.

Ces indicateurs sont parmi les plus alarmants recensés dans le rapport 2023 du Lancet Countdown, issu des travaux de 114 experts de 52 pays et agences de l’Organisation des Nations unies (ONU), consacré aux impacts passés et futurs du changement climatique sur la santé, qui doit être publié mercredi 15 novembre par le journal médical britannique The Lancet.

Autre enseignement, le nombre d’heures de travail perdues à cause des températures extrêmes a augmenté de 42 % entre les années 1990 et 2022. D’après The Lancet, cela représente un manque à gagner de 863 milliards de dollars (808 milliards d’euros) pour 2022. Dans les pays présentant les plus faibles indices de développement, l’agriculture représente 82 % du temps de travail supprimé.

« Pollution de l’air domestique »

La surface de terres touchées par la sécheresse extrême a augmenté de 29 % depuis les années 1950, relève le rapport. « Cela menace notre sécurité hydrique, notre sécurité alimentaire et évidemment les réseaux d’assainissement, avec un impact majeur sur la santé des populations, en particulier dans des zones telles que la Corne de l’Afrique », a déclaré Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown et chercheuse au University College London, en présentant le rapport à la presse le 9 novembre.

Quelque 92 % des foyers dans les pays les plus pauvres, et 66 % dans les pays à revenu intermédiaire, dépendent encore de la combustion de biomasse pour satisfaire leurs besoins en énergie, « ce qui conduit à des niveaux incroyablement élevés de pollution de l’air domestique », selon Mme Romanello. Dans 62 pays étudiés, la pollution de l’air intérieur a causé 140 morts pour 100 000 habitants en 2022. La combustion en plein air a conduit, elle, à 1,2 million de morts l’année dernière – en légère baisse depuis 2005 (1,4 million).

Les pays les plus développés ne sont pas à l’abri. Aux Etats-Unis, la saison favorable à la transmission de parasites responsables du paludisme s’est allongée de plus d’un tiers depuis les années 1950. Aux Pays-Bas, les bébés de moins de 1 an ont subi 40 % de jours de vague de chaleur en plus entre 2013 et 2022 par rapport aux enfants du même âge pendant les années 1990-2000. La portion de côtes japonaises favorables au développement de bactéries pouvant causer des maladies telles que le choléra a augmenté de 20 % par rapport à la période 1982-2010, et s’étend maintenant sur 400 kilomètres.

Nombre de morts causées par la chaleur multiplié par 4,7

The Lancet a aussi estimé les effets, dans un proche avenir, d’une hausse de la température de 2 °C d’ici à la fin du siècle. Dans ces conditions, en 2050, le nombre de morts annuelles causées par la chaleur serait multiplié par 4,7. Le nombre d’heures de travail perdues du fait des températures extrêmes doublerait. Plus d’un demi-milliard de personnes supplémentaires feraient l’expérience d’une insécurité alimentaire modérée ou sévère. La probabilité de transmission de maladies infectieuses telles que la dengue augmenterait de 37 %.

« On voit déjà aujourd’hui les effets du changement climatique, ils sont un symptôme précurseur des dangers futurs », selon Marina Romanello. Or « le monde ne va pas dans la bonne direction, car la consommation d’énergies fossiles est encouragée par certains acteurs », ajoute-t-elle.

De fait, selon le rapport, l’intensité carbone du secteur de l’énergie a augmenté de 0,9 % en 2022, après avoir baissé significativement pendant la pandémie liée au Covid-19.

Les pays les plus riches tirent 11 % de leur électricité de sources renouvelables, mais ce taux n’est que de 2,3 % dans les pays les plus pauvres.

Les chercheurs relèvent que les entreprises productrices d’énergies fossiles sont désormais sur une trajectoire d’exploitation qui les conduira à dépasser de 173 %, en 2040, le niveau de production compatible avec la limite de 1,5 °C de réchauffement à la fin du siècle, fixée par l’accord de Paris. Cette prévision de dépassement en 2040 était plus basse l’année dernière, à 112 %.

Mener « une action climatique centrée sur la santé »

Parmi les rayons d’espoir, The Lancet souligne que la mortalité due à la pollution de l’air par les énergies fossiles a baissé de 16 % depuis 2005, 80 % de cette baisse étant imputée à une moindre consommation de charbon. Les emplois dans les énergies renouvelables ont augmenté de 5,6 % en 2021, à 12,7 millions d’employés. Le secteur a aussi reçu près de 500 milliards de dollars d’investissements en 2021. Les relations entre changement climatique et santé font l’objet de trois fois plus de publications scientifiques aujourd’hui qu’en 2012. Et 94 % des villes ont désormais engagé ou terminé un processus d’évaluation des risques climatiques.

Marina Romanello veut ainsi croire qu’« une action climatique centrée sur la santé peut encore assurer un avenir faste à tous ». En attendant, souligne-t-elle, « chaque tonne de CO2 que nous continuons d’émettre empire nos perspectives ».

Le rapport du Lancet « met au jour combien la communauté de la santé identifie des ramifications nombreuses et préoccupantes avec la question climatique, notamment les coûts sanitaires exorbitants en lien avec notre dépendance aux énergies fossiles », analyse l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) dans un commentaire écrit adressé au Monde. L’Iddri souligne que la 28e Conférence des parties sur le climat de l’ONU (COP28), organisée à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre et dont une journée sera consacrée à la santé, sera un « moment important pour envoyer un signal vers la sortie des énergies fossiles ».

Le président désigné de la COP28, Sultan Al-Jaber, ainsi que le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, et l’envoyée spéciale de l’OMS pour les changements climatiques et la santé, Vanessa Kerry, ont d’ailleurs signé dimanche dans Le Monde une tribune rappelant que, d’après l’OMS, une mort sur quatre à travers la planète « peut être attribuée à des causes environnementales évitables, et que les changements climatiques exacerbent ces risques ».

« En 2030, si nous n’agissons pas, les changements climatiques conduiront bientôt à la submersion des systèmes de santé du monde entier », alertent-ils, en déplorant qu’une très petite partie des fonds multilatéraux destinés à l’action climatique soient dirigés vers le secteur sanitaire.

Pourquoi les records de pluie n’ont pas rempli les nappes
Lorène Lavocat

https://reporterre.net/Pourquoi-les-records-de-pluie-n-ont-pas-rempli-les-nappes

Malgré les pluies diluviennes de ces dernières semaines, les nappes souterraines ne sont pas remplies. Tout dépendra de l’hiver à venir, et de notre « sobriété » en eau.

Il n’a jamais autant plu en France que ces vingt-six derniers jours : une bonne nouvelle pour nos précieuses nappes ? Pas si sûr, à en croire les spécialistes du sujet : « Il est trop tôt pour évaluer l’impact des pluies », explique-t-on au Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). Autrement dit, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir mouillé.

Lors de leur point presse mensuel, le 16 novembre, les experts du BRGM ont fait défiler des cartes de France encore bien orange et rouges : « Les pluies du mois d’octobre ont eu très peu d’impact sur les nappes, a expliqué l’hydrogéologue Violaine Bault. Au 1er novembre, 65 % des niveaux étaient encore sous les normales. » Près d’1 nappe sur 5 (18 %) affichait même des niveaux très bas, et un tiers de ces réserves d’eau continuaient de se vider. Conséquence, au 16 novembre, des arrêtés sécheresse concernaient toujours une trentaine de départements.

Une situation préoccupante, comme nous l’expliquions le mois dernier : historiquement, les nappes ont tendance à se recharger en moyenne entre mi-octobre et mi-avril. Soit au moment où les plantes entrent en dormance, arrêtent de pomper l’eau dans les sols et permettent donc aux pluies de remplir les sous-sols. Avec la hausse des épisodes de chaleurs tardives à l’automne, sous l’influence du changement climatique, ainsi qu’avec l’avancée du printemps de plus en plus précoce, la végétation reste active de plus en plus longtemps, et réduit de manière délétère la période de recharge des nappes. « C’est une situation de crise qui risque de devenir structurelle, de s’installer comme nouvelle norme », alertait alors Violaine Bault.

Différence entre nappes réactives et inertielles

Le tableau a cependant changé ces quinze derniers jours, du fait des averses diluviennes sur une partie du pays. « Dans certaines régions, les niveaux sont remontés… mais pas partout », a résumé Violaine Bault. Un petit point d’hydrogéologie s’impose ici : en fonction des souterrains où elles se situent, il existe des nappes réactives, qui s’écoulent relativement vite, et des nappes inertielles, qui peuvent mettre des mois à se recharger – et à se vider.

Ainsi, « la recharge a commencé sur la plupart des nappes réactives », qui couvrent la majeure partie du sous-sol hexagonal. Sauf dans le Languedoc et le Roussillon, où les cumuls de pluie n’ont pas été suffisants. Dans l’Ouest – Bretagne, Charente, Limousin – et une partie du Nord-Est – Lorraine, Champagne – les signaux sont au bleu. « Mais sur les nappes inertielles, il n’y a pas de changement notable, les évolutions sont lentes », a insisté l’experte. Sous le bassin parisien, il faudra donc attendre quelques mois avant que l’eau tombée en Picardie n’atteignent les aquifères.

Et pour compliquer le tout, certaines nappes sont dites « mixtes », comme celle sous le Pas-de-Calais. Là, « la recharge est bien amorcée », a affirmé Violaine Bault. Au risque de créer… de nouvelles inondations. Ce phénomène « de remontée » peut être observé lorsque les nappes, peu profondes, débordent. Ce fut le cas dans la Somme en 2001. « S’il continue de pleuvoir, il existe un risque dans l’ouest du Pas-de-Calais », a averti la spécialiste. Après des années 2022 et 2023 marquées par des sécheresses historiques, 2024 sera-t-elle une année plus humide, grâce à ces déluges automnaux ? « Ce début de période de recharge est très optimiste, a avancé l’hydrogéologue, mais il y a encore beaucoup d’incertitudes pour la suite ». Côté nappes réactives, si elles se remplissent vite, elles peuvent aussi se vider très rapidement : en d’autres termes, ce n’est pas parce qu’elles sont pleines aujourd’hui qu’il n’y aura pas de sécheresse au printemps. Tout dépendra de l’hiver. Pour le trimestre à venir, Météo France prévoit « des températures plus chaudes que la normale sur toutes les régions françaises et des conditions plus humides que la normale sur l’ouest du pays ». Sur les nappes inertielles, « leur niveau est conditionné par les recharges des années précédentes et par le cumul des pluies ». D’où de fortes inquiétudes sur les aquifères du couloir du Rhône et de la Saône, qui affichent des niveaux bas depuis plus d’un an. « Il y aura probablement des tensions sur cette zone en 2024 », a prévenu la spécialiste. Il est donc plus que jamais « nécessaire préserver les niveaux des nappes, et de veiller à la sobriété », a-t-elle conclu.

« Nous ne savons pas vivre sans glacier »
Vincent Lucchese
https://reporterre.net/Nous-ne-savons-pas-vivre-sans-glacier

Alors que les glaciers sont menacés de disparition par le changement climatique, la France organise le One Planet – Polar Summit. Mais ses objectifs manquent d’ambition, dit le glaciologue Jean-Baptiste Bosson.

La moitié des glaciers du monde serait condamnée à disparaître d’ici la fin du siècle, sous l’effet du changement climatique. Le chiffre pourrait même monter jusqu’à 83 % dans le pire scénario, d’après les dernières estimations. C’est dans ce contexte critique que se tient à Paris, du 8 au 10 novembre, un grand forum international, le « One Planet – Polar Summit ».

Ce sommet, organisé par le gouvernement français, mêle tables rondes de chercheurs et évènements politiques. La rencontre entre chefs d’États et de gouvernements doit conclure le Sommet vendredi 10 novembre, par un « Appel de Paris pour les pôles et les glaciers ».

La diplomatie française devrait notamment y porter l’objectif de créer ou renouveler des aires marines protégées en Antarctique, l’interdiction de l’exploitation d’énergies fossiles au pôle Nord et le durcissement de la réglementation sur le tourisme en Antarctique.

De nombreuses ONG environnementales et scientifiques aimeraient toutefois profiter de l’occasion pour pousser des objectifs beaucoup plus ambitieux. Dans une pétition lancée pour la protection des glaciers, de nombreux chercheurs et militants écologistes s’inquiètent d’une situation extrêmement préoccupante et appellent à doter les glaciers d’une personnalité juridique, à un arrêt définitif de tout projet d’aménagement sur les glaciers, ou encore à protéger les écosystèmes post-glaciaires.

Nous avons échangé en amont du Sommet avec Jean-Baptiste Bosson, glaciologue au Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie et signataire de la pétition.

Reporterre — Pourquoi est-il important de préserver les glaciers ? Pour leurs valeurs écosystémiques ? Climatique ? Esthétique, morale, symbolique… ?

Jean-Baptiste Bosson — Toutes ces raisons et beaucoup d’autres. Comme toutes les composantes de la nature, et au même titre que notre espèce, ils ont une valeur intrinsèque et je ne vois pas quel argument pourrait justifier de les détruire. Au-delà de ce droit fondamental à exister, les glaciers ont un rôle et une importance fonctionnelle disproportionnés sur Terre.

J’avais écrit, dans un article scientifique publié dans Earth’s Future en 2019, qu’ils pouvaient et devaient être considérés comme des « écosystèmes clés de voûte » : ils n’ont pas l’air si importants et pourtant, s’ils ne sont plus là, toute la planète change… Les glaciers influencent le niveau marin, le climat, le cycle de l’eau douce et ainsi la distribution des écosystèmes, du vivant, des activités humaines, de nos infrastructures.

La fonte des glaciers, et notamment des deux calottes continentales du Groenland et de l’Antarctique, induirait une élévation du niveau marin de 66 mètres, une modification en profondeur du climat… Il est important de rappeler que depuis 250 000 ans que nous sommes là (Homo sapiens), nous avons toujours vécu avec des grands glaciers sur Terre ! Autrement dit, nous ne savons pas vivre sans glaciers, sans leur contribution au climat, leur soutien à l’étiage, leur influence globale.

Quelles garanties apporteraient la reconnaissance d’une personnalité juridique aux glaciers et même aux écosystèmes post-glaciaires ?

Les glaciers et les écosystèmes qui leur succèdent sont aujourd’hui un angle mort du droit de l’environnement. Ils ne sont pas considérés en France, par exemple. Développer la législation environnementale, des démarches de protection concrètes des territoires via des réglementations ou l’élaboration d’aires protégées en lien avec les habitants, des droits de la nature et des écosystèmes sont des pistes très intéressantes pour garantir l’existence et l’intégrité des glaciers et des écosystèmes qui naissent de leur fonte. Il peut s’agir de lacs, de forêts, de pelouses, de rivières…

 

 

Évidement, ces démarches territoriales et réglementaires ne sont que le complément de l’impératif d’accélérer l’atténuation du changement climatique pour sauver les glaciers dans les régions froides de la planète. Sans limitation rapide et importante du réchauffement global d’origine anthropique, les glaciers n’ont pas un avenir très radieux sur Terre.

Dans la revue Nature cet été, nous avons montré notamment qu’en appliquant l’accord de Paris, nous pouvons limiter fortement le retrait glaciaire sur Terre. À l’inverse, sans action climatique beaucoup plus ambitieuse que les politiques actuelles et avec un scénario de fort réchauffement, non montrons qu’en dehors des deux calottes continentales, on pourrait perdre la moitié des surfaces glaciaires sur Terre d’ici à 2100… 

Il est donc fondamental d’accélérer sur l’atténuation du changement climatique et en parallèle, d’augmenter la protection pour limiter les atteintes et destructions. Nous travaillons notamment là-dessus pour accompagner l’État et les territoires dans le cadre du projet Ice&Life

La demande d’arrêt définitif des aménagements sur glaciers semble viser implicitement la lutte en cours contre la construction d’un téléphérique sur le glacier de la Girose, dans les Hautes-Alpes. Espérez-vous une prise de position du ministre Christophe Béchu ou du président de la République sur le sujet lors du Polar Summit ?

Oui, bien sûr. Quand on connaît l’importance des glaciers sur Terre et dans son fonctionnement, comment accepter en 2023 qu’en plus de les faire fondre à des vitesses sans précédents historiques en modifiant le climat, on accélère le processus localement à la pelleteuse pour des activités de loisir ?

Au-delà de la Girose, observez-vous une expansion des convoitises autour de l’exploitation économique des espaces glaciaires ?

Oui il y a des forts intérêts économiques sur les glaciers et sur les écosystèmes post-glaciaires. Je reviens là-dessus : nous n’avons jamais vécu sur Terre en dehors de la nature, sans dépendre d’elle, de ses ressources qu’on surexploite malheureusement aujourd’hui au détriment des générations futures. La disparition des glaciers, comme d’autres écosystèmes ou espèces nous alerte sur l’impératif de repenser notre relation à la nature, de laisser une partie des écosystèmes intacts, en libre évolution et ce faisant, de garder notre planète dans des conditions d’habitabilité acceptables, qui nous ont permis de prospérer sur Terre.

Ce n’est pas un débat trivial et beaucoup plus qu’un enjeu philosophique ou éthique : repenser et retisser un lien durable, équilibré avec la nature, accepter de ne pas tout artificialiser et exploiter est la seule voie durable possible. Déjà dans Les racines du ciel en 1956, Romain Gary appelait à protéger une « marge au-delà de l’humain », une nature sauvage indispensable à notre vie et à notre futur. Dans le contexte actuel, les glaciers sont d’extraordinaires alliés pour comprendre les enjeux environnementaux et catalyser une réaction collective.

 

14.000 saskitik gora saldu ditu Errigorak, eta 185.000 euro bideratuko ditu euskalgintzara
Mattin Azpiroz Pagola
www.argia.eus/albistea/14000-saskitik-gora-saldu-ditu-errigorak-eta-185000-euro-bideratuko-ditu-euskalgintzara

Hamar urte dira saskiekin hasi zirela eta bi milioi euro bildu dituzte guztira.

14.000 saski baino gehiagoko eskaera izan dute aurten Errigoran, eta guztira 185.000 euro bildu dituzte Nafarroko euskalgintzara bideratzeko. Hamarkada bat bete du ekimenak, eta jakinarazi dutenez bi milioi eurokoa izan da guztira diru ekarpena.

Antolatzaileen hitzetan, “bete-betea” izan da aurtengo “Nafar hegoaldeko uzta euskarari puzka”. Eskuratu duten dirua ondorengoak bultzatzeko erabiliko dute: Ager eremuko AEK; Tutera, Lodosa eta Vianako ikastolak eta eskoletako D ereduko lerroak, eta Agerraldia ekimena.

Urteurrena ospatzeko argazki erraldoi bat osatuko nahi dute Erriberako euskaltzale, auzolangile, ekoizle eta herritarrek. Bertan parte hartzeko, argazkia igotzeko aukera dago Errigoraren webgunean.