Bizimugi

Articles du Vendredi : Sélection du 17 avril 2026

Dieta aldatzea, onuragarria klima, ingurumen eta osasunerako
Ana Galarraga Aiestaran, Elhuyar Zientzia
https://zientzia.eus/artikuluak/dieta-aldatzea-onuragarria-klima-ingurumen-eta-osasunerako/

Elikadura-sistema da jatorri antropogenikoa duten berotegi-gasen isurien heren baten eta uraren erabileraren % 80ren erantzulea, BC3 klima-aldaketari buruzko ikerketa-zentroaren arabera.

Hori aintzat hartuta, ikertzaileek aztertu dute nola eragingo zukeen dieta aldatzeak, landare-proteinetan oinarrituta eta haragi-kontsumoa murriztuz, ingurumenean, osasun publikoan eta gizarte ekonomian. Ondorioztatu dutenez, aldaketa eraginkorra izan dadin, plangintza eskualde-mailakoa izan behar du, testuinguru kulturalak eta ekonomikoak errespetatuz.

Nature Food aldizkarian argitaratu dute ikerketa, eta baieztatu dute, eskualde batzuetan, dieta osasungarriaren alde egiteak % 30erainoko aurrezkia ekar dezakeela Parisko Hitzarmenaren helburu klimatikoak lortzeko arintze-kostuetan. Artikuluan horrela definitu dute dieta osasungarria: osasuna sustatzen duena, gaixotasunak prebenitzen dituena eta mantenugaiak bermatzen dituena.

1.298 agertoki

Ikerketan, 1.298 agertoki aztertu dituzte, eredu estatistiko aurreratuen bidez, trantsizio proteikoaren tipologiaren eta mailaren, zein inpaktu globalaren eta eskuladekoaren arabera sailkatuta. Ondorio nagusiek adierazten dutenez, dieta-aldaketak era berean hobetzen ditu egoera nutrizionala eta ekarpen kalorikoa, zein ingurumeneko eta klimarekiko aldagaiak.

Horren adibide da landare-proteinak eta animalia hausnarkarien (behiak, ahuntzak, ardiak) haragi-kontsumoa murriztea konbinatzen duten agertokiek basoberritzeetan duten inpaktua; bereziki, Afrikako ekitaldean.

Bestalde, ia agertoki guztietan kudeatu gabeko lurren hazkundea (baso naturalak, babestutako larreak, sastrakadiak) biodibertsitatearen hobekuntza globalarekin lotzen da. Halaber, guztizko ur-erauzketak maila globalean egingo luke behera 2050erako, kasu guztietan; nahiz eta, Ekialde Hurbilean, ur-eskasia areagotu egingo zitekeen landare-proteinen kontsumoaren agertokian, ureztatze intentsiboa eskatzen duten lekaleen eta fruitu lehorren esportazioaren ondorioz.

Agertoki guztiek laguntzen dute, gainera, klima-larrialdia arintzen. Berotegi-gasen isuriak murriztuko lirateke; baita airearen kalitatea okertzen duten kutsatzaileenak ere, eta horrek heriotza goiztiarrak ekiditea ekarriko luke. Alde horretatik, Argentina, Europa eta Ipar Amerika izango lirateke onurarik handiena jasoko zuketen eskualdea

Jean-Marc Jancovici : ‘ La hausse des prix à la pompe n’est qu’un apéritif par rapport à ce qui pourrait advenir si la décarbonation n’est pas gérée ‘
Audrey Garric et Perrine Mouterde
www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/14/jean-marc-jancovici-la-hausse-des-prix-a-la-pompe-n-est-qu-un-aperitif-par-rapport-a-ce-qui-pourrait-advenir-si-la-decarbonation-n-est-pas-geree_6679882_3244.html

Le président du centre de réflexion The Shift Project, qui publie son Plan robuste pour l’économie française, estime que les citoyens ne perçoivent pas encore suffisamment les bénéfices qu’ils pourraient tirer d’une sortie des énergies fossiles.

Alors que le monde est frappé par une crise énergétique majeure provoquée par la guerre au Moyen-Orient, le groupe de réflexion The Shift Project publie, mardi 14 avril, le premier volet de son Plan robuste pour l’économie française sur les conditions permettant de mener à bien la décarbonation dans un contexte d’incertitudes. Le fruit d’un travail mené depuis plus d’un an et qui vise à inscrire les enjeux énergie et climat au cœur de la campagne présidentielle de 2027. Pour l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, qui préside le think tank, la crise actuelle pourrait constituer une occasion de rappeler à quel point il est urgent d’organiser la sortie des énergies fossiles.

 

 

 

 

 

Pourquoi avoir qualifié vos nouveaux travaux de « plan robuste » pour l’économie ?

On confond souvent la résilience et la robustesse. La résilience est la capacité à se relever après avoir pris une claque qui vous a fait mal, alors que la robustesse consiste à ne pas avoir mal quand on en prend une. Aujourd’hui, la claque, ce sont les produits pétroliers qui deviennent moins disponibles. Si l’on se met dans une situation dans laquelle nous en avons moins besoin, alors nous serons plus robustes.

Etre moins dépendants des combustibles fossiles induit deux bénéfices. D’abord, on contribue moins au changement climatique, et c’est souvent ce qu’on a gardé en tête comme premier argument pour se décarboner. Mais cela nous protège aussi un peu mieux du risque de pénurie. Si la décarbonation continue d’être subie plutôt que gérée, le niveau de désorganisation de la société sera majeur, de même que la casse sociale. Les gens n’ont pas idée. La hausse des prix à la pompe est un apéritif en comparaison de ce qui pourrait advenir.

Concrètement, qu’apporte de nouveau ce plan ?

Il ne permet pas de parer à toutes les incertitudes, mais il quantifie mieux les efforts à faire et regarde davantage de domaines, tels que l’approvisionnement en cuivre ou la question des emplois. Il met en avant 20 chantiers essentiels pour que la décarbonation se passe à ce que nous considérons être la bonne vitesse, c’est-à-dire avoir des émissions domestiques qui baissent de 5 % par an. Il s’agit, par exemple, de rénover les habitations, de généraliser la voiture électrique sobre ou de transformer nos systèmes d’élevage.

C’était déjà l’objectif du précédent plan… Pourquoi y arriverait-on mieux aujourd’hui ?

Je vais vous décevoir, mais on ne dit pas dans ce rapport pourquoi on va y arriver maintenant. En revanche, nous disons ce qu’il faut impérativement faire pour réussir. Et en démocratie, on ne peut y arriver que si on rassemble une majorité qui en a envie.

La préoccupation environnementale reste importante, mais rares sont ceux qui sont prêts à totalement se sacrifier pour la collectivité, et c’est normal. A partir du moment où l’on dit qu’on va décarboner, il faut que les gens y trouvent un bénéfice personnel qui peut être une meilleure santé, retrouver foi en l’avenir, avoir une perspective d’emploi… Il faut un discours global qui fasse qu’une fraction importante de la population considère comme légitime d’interdire le gaz dans les constructions neuves ou d’avoir des pistes cyclables et moins de stationnements pour les voitures.

L’argument de la souveraineté et de l’indépendance, mis en avant par la crise énergétique actuelle, peut-il mobiliser davantage que le climat ?

Nous avions conscience que notre plan ne serait jamais mis en œuvre par temps calme. Il s’apparente plutôt à un plan d’évacuation en cas d’incendie, mais sur lequel il faut avoir travaillé avant la crise pour qu’il soit exploitable quand le gros temps se lève. Sortir ces propositions des tiroirs devient alors utile. Le gouvernement du premier ministre, Sébastien Lecornu, n’aurait jamais annoncé de manière accélérée des mesures d’électrification sans la crise actuelle.

Comment jugez-vous ces mesures ?

Elles vont dans la bonne direction, mais elles ne sont pas encore dans le bon ordre de grandeur. Le gouvernement n’aurait pas dû annoncer 100 000 voitures en leasing social mais plutôt 1 million !

Mais comment financer la transition ? Le rapport n’aborde pas cette question…

Si on commence à parler fiscalité et subventions, on sait que tout le monde va se focaliser dessus et oublier la partie physique, l’amont. On a plutôt tendance, au Shift, à ne pas commencer par ça. Mais il y a quand même des pistes. L’argent collecté par les échanges de quotas sur le marché carbone européen est, par exemple, du même ordre de grandeur que ce qu’il faut consacrer à la décarbonation de l’industrie. Dans beaucoup de cas, la solution consiste à trouver des solutions de financement qui permettent d’étaler le coût de l’investissement dans la durée.

Et puis il y a certaines personnes que vous n’avez pas besoin d’aider, mais que vous avez juste besoin de contraindre. Si je prends les acheteurs particuliers de voitures neuves, ce sont souvent des personnes âgées et plus aisées que la moyenne. Il faut simplement les obliger à passer à l’électrique.

 

 

 

Quelle place accordez-vous à la sobriété et aux changements de comportements dans vos propositions ?

La sobriété est essentielle. On ne peut, par exemple, pas avoir une aviation durable sans baisser le trafic. On a montré avec The Shift Project qu’il n’y aura jamais assez de carburant durable pour conserver le trafic actuel.

Pour chacun des 20 chantiers, il faut combiner sobriété et changement technologique. Il faut passer au fret routier électrique, mais aussi faire circuler moins de marchandises. Reste que le discours sur la sobriété est plus difficile à entendre si les gens n’en voient pas le bénéfice.

Sur l’énergie, le plan préconise de déployer rapidement et fortement l’éolien et le solaire. Avez-vous changé d’avis sur les énergies renouvelables ?

Je n’ai pas changé d’avis sur plusieurs points. D’abord, c’était une erreur de vouloir remplacer le nucléaire par les renouvelables, et l’ancien président François Hollande [qui avait décidé de baisser la part du nucléaire] porte une partie de la responsabilité de la désorganisation énergétique du pays. Ensuite, un monde 100 % renouvelable ne correspond absolument pas au monde industriel dans lequel nous vivons, avec, par exemple, une voiture par ménage.

Etant donné la quantité d’électricité dont nous allons avoir besoin pour décarboner à la bonne vitesse, il faut utiliser tout ce que l’on peut trouver, nucléaire comme renouvelables, sous réserve d’arriver à gérer le problème de la pilotabilité des énergies intermittentes. Le point dur reste le stockage de l’électricité à l’échelle de quelques mois.

Comment financer les nouveaux réacteurs nucléaires, très onéreux ?

Les réacteurs sont devenus trop compliqués à construire et à faire fonctionner, donc trop chers. Depuis les années 1970, on a ajouté tellement de règles que les délais de construction se sont énormément allongés. Il y a une vraie question : est-ce que la population veut suffisamment de nucléaire et donc accepter des règles de simplification sur ce sujet aussi ?

De manière globale, quel impact la guerre au Moyen-Orient aura-t-elle sur la transition énergétique ?

Je pense que cela va accélérer une décrue de la consommation des énergies fossiles. Donald Trump rend un grand service à la transition énergétique, à son corps défendant !

Au-delà de cette crise, on a toujours dit, dans le monde du changement climatique, que le problème n’était pas les pénuries, mais la surabondance de combustibles fossiles sur Terre. C’est vrai si on regarde le volume global, mais cela cesse d’être le cas si l’on regarde la disponibilité régionale. Depuis 2007, l’Europe est en décrue subie d’approvisionnement en pétrole et en gaz. La seule région du monde où la production pétrolière augmente aujourd’hui, c’est l’Amérique du Nord.

Même si le monde décidait de ne plus s’occuper du réchauffement, à l’avenir il y aura de moins en moins de gaz et de pétrole à consommer en Europe.

Si vous étiez aux manettes, quelle mesure, y compris impopulaire, prendriez-vous immédiatement ?

Il n’y a pas de mesure prioritaire : tous les chantiers sont nécessaires, mais aucun n’est suffisant. C’est comme si on se demandait ce qui est prioritaire dans le corps : les poumons, le cœur ou le cerveau ?

Pour contrer le Mercosur, des collectivités jouent la carte du local dans les cantines
Estelle Pereira
https://reporterre.net/Pour-contrer-le-Mercosur-des-collectivites-jouent-la-carte-du-local-dans-les-cantines

Des départements et des régions s’engagent à bannir des cantines scolaires les produits issus du Mercosur. Une politique de soutien à l’agriculture française qui oblige à contourner les règles imposées par le droit européen.

Alors que le traité de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne entrera en vigueur le 1ᵉʳ mai, les départements du Loiret (UDI), des Ardennes (Divers droite), de Seine-et-Marne (LR), du Tarn (PS), des Deux-Sèvres (LR) ou encore la région Hauts-de-France (LR) se sont engagés à interdire les produits importés d’Amérique du Sud dans leurs cantines scolaires.

Le 9 avril, le groupe de la gauche communiste, écologiste et citoyenne de la région Île-de-France déposait un amendement en commission permanente pour qu’un tel engagement soit pris à l’échelle des 470 lycées publics (soit 20,5 millions de repas par an) du territoire afin « d’adresser un message de soutien non-négligeable aux agriculteurs et agricultrices ».

L’amendement a été rejeté par la majorité LR, qui affirme que seule de la viande française et européenne est servie sur le territoire. Une affirmation contestée par Céline Malaisé, présidente du groupe, qui dit avoir constaté « la présence de bœuf argentin dans des cantines du Val-de-Marne ».

Les objectifs de la loi Égalim loin d’être atteints

En France, sur les achats de 40 % des sites de restauration collective relevant du service public, le taux moyen de viande française est de 65,4 % en 2024 d’après un bilan réalisé par le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire.

De façon générale, les produits « durables et de qualité », soit les produits sous labels français ou commerce équitable, représentent 29,5 % des achats des cantines relevant du service public, et les produits issus de l’agriculture biologique, seulement 11,8 %.

Des résultats bien en-deçà des objectifs de la loi Égalim de 2018 qui introduit l’obligation d’atteindre au 1er janvier 2022 une part de 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits biologiques.

Favoriser l’agriculture locale dans les cantines scolaires n’a rien d’évident dans un contexte où prévaut le droit européen qui interdit de mettre en place des critères géographiques dans les marchés publics au nom de la libre-concurrence. Au point que le terme « local » n’apparaît jamais tel quel dans la loi Égalim, qui privilégie des labels comme les Appellations d’origine protégées (AOP), les indications géographiques protégées (IGP), ou Haute valeur environnementale.

Plateformes d’approvisionnement local

À l’instar des Hauts-de-France, les collectivités territoriales usent de diverses stratégies pour contourner la doctrine européenne et privilégier la provenance régionale. « Pour la viande, nous avons travaillé sur notre carnet de commandes en favorisant l’achat de morceaux de viande variés permettant aux fournisseurs régionaux de répondre plus facilement à la demande », donne en exemple Marie-Sophie Lesne, vice-présidente à l’agriculture.

« Si on spécialisait trop nos demandes, on avait forcément des importations ou productions qui n’étaient pas régionales. De cette façon-là, nous sommes passés de 5 % d’approvisionnement local, à parfois plus de 70 % dans certains groupements d’achat », indique-t-elle.

Une autre stratégie consiste à faire adhérer un maximum d’établissements aux groupements d’achat de la Région, ce qui lui permet d’avoir la main sur les critères et d’y introduire, par exemple, des objectifs de réduction de l’impact carbone ou des objectifs pédagogiques, comme celui de permettre les visites d’exploitation par des élèves. Des exigences permises juridiquement par la loi Climat et résilience du 22 août 2021, explique Marie-Sophie Lesne : « Avant, seul le critère du prix pouvait justifier le choix d’un marché plutôt qu’un autre. »

« Le localisme n’empêche pas l’industrialisation de l’agriculture »

Pour les établissements qui n’ont pas adhéré à des groupements de commandes, des plateformes d’approvisionnement local existent pour les commandes qui ne nécessitent pas de passer par un marché public. Le département de la Somme a ainsi créé le site Approlocal qui permet de mettre en relation les producteurs avec 134 lycées.

« On passe notre temps avec nos moyens régionaux à essayer de contrer la libre concurrence, c’est beaucoup d’énergie, il faudrait un assouplissement des lois européennes concernant les cantines scolaires », défend l’élue régionale, également maire de la commune de Le Quesnoy (Nord).

Des initiatives locales « bienvenues » pour la Confédération paysanne « mais sans effet structurel sur la mise en concurrence généralisée des agriculteurs permis par les accords de libre-échange », estime Stéphane Galais, porte-parole national du syndicat paysan. Avant d’alerter : « Le localisme n’empêche pas l’industrialisation de l’agriculture. Les appels d’offres des établissements publics devraient être un levier pour soutenir la filière biologique et paysanne. Mais aussi un moyen d’informer les citoyens sur les modes de production et leurs conséquences sur l’environnement. »

Une loi de simplification de la vie économique qui crucifie l’écologie
Lucie Delaporte
https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/150426/une-loi-de-simplification-de-la-vie-economique-qui-crucifie-l-ecologie

Après l’Assemblée nationale, le Sénat a adopté, mercredi 15 avril, le projet de loi de simplification de la vie économique. Suppression des ZFE, du ZAN, atteintes à la biodiversité… Le texte est devenu, au gré des alliances de la droite, de l’extrême droite et du « bloc central », une puissante arme anti-écologie.

Au terme d’un parcours chaotique, le texte sur la simplification de la vie économique, discuté depuis deux ans et sous quatre gouvernements successifs, est arrivé au terme de son parcours au Sénat mercredi 15 avril.

Il a été largement adopté par la chambre haute (224 voix pour et 100 voix contre). La veille, l’Assemblée nationale l’avait voté par 275 voix pour et 225 contre. Le texte, qui contenait initialement une vingtaine d’articles, s’est, au fil des mois, lesté d’une dizaine d’autres n’ayant plus grand rapport avec le projet de loi initial.

L’examen en commission avait permis à la droite et à l’extrême droite d’attaquer toute forme de règlementation environnementale, présentée comme un frein à la croissance économique.

Durant un temps a ainsi été envisagée, avec un Rassemblement national (RN) surmobilisé sur ce texte, la suppression d’une centaine d’agences et organismes publics comme l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), l’Office français de la biodiversité (OFB), le Haut Conseil pour le climat, mais aussi le Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou encore le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES).

Ironie de l’histoire, cette offensive lancée par l’extrême droite contre les « comités Théodule » a abouti à un consensus pour créer un « Conseil à la simplification »…

Si les propositions les plus farfelues ont finalement été écartées au cours de la discussion parlementaire – car souvent anticonstitutionnelles –, les quatre-vingt-sept articles du texte consacrent des reculs majeurs sur l’écologie mais aussi sur la démocratie locale. C’est sans doute la seule cohérence d’un texte fourre-tout.

La suppression des ZFE (zones à faibles émissions) – qui restreignent l’accès des villes aux véhicules les plus polluants – aura été au centre des débats de ces deux derniers jours. Jusqu’au bout, le gouvernement a en effet tenté de sauver ce dispositif lancé en 2019, puis étendu en 2021 par la loi Climat et résilience.

En commission mixte paritaire, leur suppression avait été actée, le RN et La France insoumise (LFI) étant contre ce dispositif jugé à gauche socialement discriminant et pour l’extrême droite attentatoire à la liberté des automobilistes. Le gouvernement avait donc introduit un amendement laissant aux maires, nouvellement élu·es, le choix de mettre en place ou non cette disposition.

Les député·es RN avaient dès le 14 avril annoncé qu’ils voteraient contre l’ensemble du texte si jamais cet amendement était adopté. La gauche s’est donc retrouvée devant un dilemme stratégique : voter pour un amendement qui leur déplaît pour pousser le RN à faire chuter le texte.

Une gauche divisée sur les ZFE

« On s’est retrouvé dans un nœud stratégique qui n’était pas évident pour nous. Nous avons toujours été opposés aux ZFE donc il fallait garder une forme de cohérence politique en votant contre cet amendement. Il me semble que Les Écologistes auraient dû le voter puisque eux y sont favorables », admet la députée LFI de l’Essonne Claire Lejeune, dont le groupe a rejeté l’amendement.

La fenêtre qui ouvrait la voie à un rejet de l’ensemble du texte, le « bloc central » étant lui-même complètement divisé, s’est refermée et l’amendement n’a pas été adopté. Le Rassemblement national a pu savourer sa victoire politique.

Car, outre la question très médiatisée de la suppression des ZFE, dont tout semble indiquer qu’elle sera censurée par le Conseil constitutionnel puisqu’elle n’a aucun rapport avec le projet de loi initial, les reculs droitiers du texte sur l’écologie sont spectaculaires.

Le « zéro artificialisation nette » (ZAN), mesure phare de la loi Climat et résilience qui lutte contre le bétonnage et pour la préservation de la biodiversité, est de fait supprimé. « Le texte ouvre la porte à tellement de dérogations que de fait, comme l’a toujours défendu la majorité de droite au Sénat, le ZAN n’existe plus », déplore le sénateur écologiste Thomas Dossus.

L’exigence de parvenir à diviser par deux l’artificialisation des terres d’ici à 2030, puis de parvenir au « zéro » en 2050, est désormais soumise à une longue liste d’exemptions au nom du développement économique. Dès lors qu’un projet d’infrastructure sera déclaré d’intérêt public majeur, ce qui a été fait pour l’A69 et sera le cas demain pour les data centers, les bétonneurs auront par exemple les mains complètement libres.

Dans une tribune publiée le 13 avril dans Le Monde, les anciens ministres de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher et Christophe Béchu ont tonné contre ces assouplissements qui détricotent une des rares avancées du macronisme sur l’écologie. « Il y a quelque chose de profondément indécent à aller au chevet des sinistrés des inondations et des sécheresses, qui se multiplient et s’intensifient, tout en remettant en cause la mesure la plus efficace pour en limiter l’ampleur », écrivent-ils.

Celle qui leur a succédé au ministère, Monique Barbut, est restée une fois de plus invisible dans l’hémicycle, laissant le soin à son ministre délégué Mathieu Lefèvre de défendre une « simplification de la vie économique » qui se ferait, à l’entendre, « sans rien renier de nos standards environnementaux ».

Le RN assure vouloir aller dix fois plus loin

Les atteintes contre la protection de la biodiversité contenues dans ce texte sont également massives. Ainsi, en lançant un projet d’aménagement, plus besoin de s’engager dans des mesures de compensation vis-à-vis des espèces impactées comme la loi pour la conquête de la biodiversité de 2016 y oblige aujourd’hui.

Si compensation il y a, elle pourra être « différée », ce qui du point de vue des écologues n’a strictement aucun sens, puisque priver d’habitat des individus sans possibilité qu’ils logent ailleurs c’est engager leur disparition sans retour. « C’est une logique industrielle appliquée au vivant ! C’est dramatique alors qu’on est entrés dans la sixième exctinction de masse des espèces », tranche la députée LFI de Haute-Garonne Anne Stambach-Terrenoir.

Alors que la question de l’extractivisme, et de ses conséquences pour nos écosystèmes, mobilise de plus en plus de citoyens, le code minier est, là aussi, allégé par cette loi au nom de la souveraineté sur les métaux critiques. Mais l’impact sur les pollutions irréversibles des sols n’aura plus à entrer dans le débat.

Globalement, par toute une série de mesures techniques, cette loi de simplification supprime, ou réduit au minimum, la consultation et les possibilités de recours citoyens contre les projets d’aménagement et de construction. « C’est une réponse au traumatisme de l’annulation de l’A69 par le tribunal administratif l’an dernier pour les atteintes au droit de l’environnement. À partir de là, cela a été le branle-bas de combat. La droite et l’extrême droite ont rajouté tout un tas de choses dans le texte pour ne plus rendre ça possible et pour sécuriser le bétonnage », rapporte Anne Stambach-Terrenoir.

Si la suppression des ZFE a de très grandes chances d’être retoquée par le Conseil constitutionnel, le RN a déjà préparé la parade en criant au gouvernement des juges. Il l’a d’ores et déjà fait savoir dans l’hémicycle en se positionnant pour une simplification beaucoup plus radicale s’il arrivait au pouvoir l’an prochain. « Cette loi, c’est un petit apéritif par rapport à ce que fera le RN si on arrive au pouvoir. Ce sera puissance dix et on le fera par ordonnance car il faut faire vite ! », a prévenu, glacial, le député RN de la Somme, Matthias Renault.

Derrière les discours, la réalité de l’extrême droite au pouvoir
Nikolas BLAIN
www.enbata.info/articles/derriere-les-discours-la-realite-de-lextreme-droite-au-pouvoir

« On n’a jamais essayé ». L’argument revient régulièrement pour justifier l’attrait de l’extrême droite. Pourtant, celle-ci est à l’œuvre dans des communes et à la tête de certains États. L’expérience existe et permet de confronter les promesses à la réalité.

Si le Pays Basque nord fait encore figure d’exception, ce n’est malheureusement pas le cas de tous les territoires. Alors qu’un niveau d’ambition avait été annoncé par le Rassemblement National, la seule liste d’extrême droite présente aux élections municipales du mois de mars était celle de Pascal Lesellier à Baiona. Assurément une de trop, d’autant que cette candidature lui permet de siéger au conseil municipal ainsi qu’au conseil communautaire pour le mandat qui s’ouvre. Pour être complet, il faudra scruter chaque élu un par un : sur le mandat 2020-2026, certains membres de la majorité Arosteguy à Biarritz ont pu tenir des positions très proches du RN. Ceci étant, Iparralde résiste encore, même si sur les élections hexagonales, les scores enregistrés dans nos communes progressent.

Les associations, premières victimes de l’extrême droite

L’extrême droite gouverne déjà. En France, elle dirige plusieurs communes depuis plus d’une décennie. Cette réalité permet aujourd’hui de dépasser les discours pour observer les faits. Sortir de l’émotionnel, du sentiment de peur ou d’une vision un peu fanatique et aveugle, et regarder de près les conséquences directes d’une gestion communale du Rassemblement National.
Dans ces villes, les choix budgétaires dessinent une ligne claire. Les subventions aux associations sont systématiquement revues à la baisse, en particulier lorsqu’elles sont jugées incontrôlables ou engagées. Le tissu associatif, pourtant essentiel à la vie locale, devient une variable d’ajustement et de manipulation politique. A Fréjus, David Rachline coupe de manière autoritaire et subite toute subvention à une association de sport et loisirs. La véritable intention du maire RN : mettre en place un chantage financier qui oblige le président à démissionner pour placer un élu du groupe RN. La Chambre Régionale des Comptes (CRC) se penche sur le dossier et pointe cette « nomination irrégulière ». Depuis, les frais ont explosé (voiture de fonction, remboursement de restaurants…), sans que le CA ne le sache, et sont compensés par des subventions municipales.

Ce tri dans les soutiens publics n’est pas neutre : il redessine les équilibres associatifs et affaiblit les espaces de débat et d’organisation collective.

Les exemples s’accumulent. À Hénin-Beaumont, à Fréjus ou à Beaucaire, plusieurs analyses ont montré une baisse drastique des aides. Et ce n’est pas un argument de gestion budgétaire car les baisses concernent une catégorie d’associations (culture, social, aide aux personnes démunies…) alors que dans le même temps d’autres associations proches des élus en place voient leurs dotations augmenter. Pour ne citer que deux exemples, Louis Aliot à Perpignan attribue 50 000 € à une association qui « défend le patrimoine culturel du colonialisme français en Algérie » alors que Robert Ménard à Béziers distribue 25 000 € à un satellite associatif de SOS Chrétiens d’Orient, collectif qui fait l’objet d’une enquête pour crime contre l’humanité en raison de versements financiers en faveur de milices pro Bachar-al-Assad.

Ce tri dans les soutiens publics n’est pas neutre : il redessine les équilibres associatifs et affaiblit les espaces de débat et d’organisation collective. Et ces prises de position ne sont pas des initiatives personnelles des maires RN. Au contraire, c’est bien une position collective et idéologique du mouvement. D’ailleurs, les députés RN déposent régulièrement des amendements à l’Assemblée nationale pour bloquer les subventions au bénéfice du Planning Familial ou de SOS Racisme par exemple. Jordan Bardella a déjà indiqué qu’il souhaiterait dissoudre toute association ayant recours à la désobéissance ou prenant des positions politiques « marquées à l’ultragauche ».

Derrière le vernis, le néant

Parallèlement, le paraître prend le dessus, les dépenses de communication augmentent, comme à Béziers où Robert Ménard avait, dès sa première année de mandat, augmenté le budget communication de plus de 180 % ! Alimenter un écran de fumée pour détourner les regards. Cette mise en scène du pouvoir s’accompagne d’une multiplication de prises de position clivantes, qui entretiennent un climat de tension plutôt qu’elles ne règlent les problèmes.

Ces choix ont des conséquences concrètes. La judiciarisation croissante de certaines décisions, les polémiques répétées et les stratégies de confrontation engendrent des coûts réels pour les collectivités. Coûts financiers liés aux contentieux, mais aussi coûts politiques et réputationnels, qui fragilisent l’image des territoires et compliquent l’accès aux subventions.

À l’Assemblée nationale, les votes du RN sur le droit du travail, les retraites ou la fiscalité ont régulièrement été en contradiction avec les discours de campagne.

L’incompétence est masquée par du bruit médiatique. Et les processus de normalisation et de victimisation portent leurs fruits dans une société de l’image où les réseaux sociaux jouent un rôle capital, et dans laquelle la mémoire collective s’efface progressivement.

Les promesses sociales mises en avant dans le discours initial laissent place à des arbitrages qui s’inscrivent dans une logique économique classique, contrainte et peu redistributive.

Ce décalage se retrouve également à d’autres niveaux. À l’Assemblée nationale, les votes du RN sur le droit du travail, les retraites ou la fiscalité ont régulièrement été en contradiction avec les discours de campagne. Là encore, l’écart entre l’image projetée et les choix opérés est significatif. Ne parlons même pas de l’Europe où le principal apport du RN consiste à détourner l’argent public et briller par son absentéisme !

Une cohérence politique à l’échelle internationale

Ce qui s’observe à l’échelle locale trouve des échos à l’international. L’arrivée de Giorgia Meloni à la tête du gouvernement italien a été présentée comme une rupture. Elle permet surtout aujourd’hui d’observer concrètement les orientations mises en œuvre.

Sur plusieurs sujets, les choix opérés s’inscrivent dans une ligne conservatrice assumée : durcissement des politiques migratoires, remise en cause de certains droits, tensions avec les contre-pouvoirs. Les promesses sociales mises en avant dans le discours initial laissent place à des arbitrages qui s’inscrivent dans une logique économique classique, contrainte et peu redistributive.
Le cas de Viktor Orbán en Hongrie est encore plus explicite. Régulièrement présenté comme un modèle par une partie de l’extrême droite européenne, il a mis en place des politiques marquées par des restrictions des libertés publiques et une remise en cause de certains droits sociaux. Celui que Marine Le Pen considère comme « un partenaire, un allié et même un ami » constitutionnalise la LGBTphobie, supprime le droit de grève et mène une réforme du droit du travail qui autorise 400 heures de travail supplémentaires que l’employeur peut imposer et ne payer que trois ans plus tard.
Aux États-Unis, l’expérience de Donald Trump a également montré les limites du discours de rupture : des politiques fiscales favorables aux plus riches, loin des attentes sociales d’une partie de son électorat qui a cru aux effets d’annonce mensongers dont il est coutumier. Dernier exemple récent, le référendum impulsé par Giorgia Meloni, qu’elle a heureusement perdu, visait à prendre le contrôle politique du système judiciaire ; une position opportuniste alors que les élus et militants néo-fascistes remplissent les tribunaux.

La toile se tisse y compris localement

Dans ce paysage, les liens entre discours politique et intérêts économiques apparaissent de plus en plus clairement. Certaines figures proches de l’extrême droite incarnent ces contradictions. Le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, propriétaire du Biarritz Olympique, revendique « être plus à droite que l’extrême droite » tout en étant vendeur de sa résidence secondaire à un prix ultra spéculatif. Celui qui est en plus exilé fiscal revendique investir contre le droit des femmes via sa fondation ou encore former des candidats pour préparer les échéances électorales.

La défense des droits, la tolérance, prendre soin des autres sont des batailles permanentes sur lesquelles nous ne devons jamais lâcher un centimètre. Vivre sous majorité d’extrême droite ne satisfait qu’une infime minorité, la plus riche, de la population. L’expérience existe, et elle est sans ambiguïté. À l’échelle locale comme internationale, cette idéologie a démontré l’enfer qu’elle fait vivre y compris à celles et ceux qui y ont cru.

Le danger n’est pas seulement celui d’une illusion. Il est celui d’un contresens politique : faire croire à une réponse sociale là où les choix opérés produisent l’inverse. À mesure que les crises s’intensifient, ce décalage ne constitue pas une alternative. Il organise une impasse.