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Articles du Vendredi : Sélection du 12 avril 2024

La Cour européenne des droits de l’homme s’attelle à la justice climatique
Mickaël Correia
www.mediapart.fr/journal/ecologie/090424/la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme-s-attelle-la-justice-climatique

Fait inédit, la juridiction européenne s’est penchée ce 9 avril sur trois contentieux climat, dont l’un a conduit à la condamnation de la Suisse pour inaction climatique. Par cette décision, la Cour entérine que le réchauffement planétaire représente une menace pour les droits humains.

Une décision historique. Et qui a une saveur toute particulière, mars 2024 ayant été ce matin sacré comme le dixième mois consécutif à battre un record mondial de chaleur.

Pour la première fois, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) s’est prononcée ce mardi 9 avril à Strasbourg sur la responsabilité des États en matière d’action climatique.

Trois affaires étaient sur la table des dix-sept juges de la Grande Chambre de la CEDH. Le premier dossier était une requête portée principalement par Verein KlimaSeniorinnen Schweiz (Aînées pour la protection du climat), une association suisse de plus de deux mille femmes âgées – dont un tiers a plus de 75 ans – préoccupées par les impacts du dérèglement climatique sur leurs conditions de vie et leur santé.

Les requérantes, qui dénoncent « l’incapacité des autorités suisses à atténuer les effets du changement climatique » et le fait que les femmes âgées sont particulièrement vulnérables aux canicules. Elles ont porté plainte en 2017 contre la Suisse, dont les politiques publiques ne seraient pas alignées pour limiter le réchauffement planétaire à +1,5 °C.

Mais malgré une série de recours jusqu’en mai 2020, la justice helvétique a jugé leur action irrecevable. Elle a estimé que les droits de ces femmes « n’ont pas été affectés d’une manière différente de ceux de la population globale » et qu’elles ne pouvaient donc pas être considérées comme des « victimes ».

En conséquence, Verein KlimaSeniorinnen Schweiz a déposé sa requête à la CEDH fin 2020. Après une audition publique en mars 2023, les juges de la Grande Chambre ont arrêté ce mardi que l’État suisse avait manqué à ses obligations en matière de « droit à un procès équitable » et de « droit au respect de la vie privée et familiale », soit les articles 6 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

À travers cette décision inédite, la CEDH reconnaît que la Convention européenne des droits de l’homme consacre « le droit à une protection effective, par les autorités de l’État, contre les graves effets néfastes du changement climatique sur la vie, la santé, le bien-être et la qualité de vie », dixit la Grande Chambre.

« C’est clairement une victoire pour le climat, car cette décision condamnant la Suisse pour inaction climatique avertit les quarante-six États signataires de la Convention européenne des droits de l’homme que respecter ses engagements climatiques est synonyme de respect des droits humains », a indiqué à Mediapart Justine Ripoll, responsable de campagnes pour Notre affaire à tous, ONG de lutte pour la justice climatique.

Des contentieux climatiques en plein boom

Les deux autres requêtes sur lesquelles la CEDH devait statuer ce 9 avril ont toutefois été rejetées.

Après des mégafeux qui ont ravagé les forêts de leur pays en 2017, un collectif de six jeunes Portugais a lancé en septembre 2020 une action inédite devant la CEDH contre trente-deux pays – les États membres de l’Union européenne, la Norvège, la Russie, le Royaume-Uni, la Suisse et la Turquie.

Selon ces jeunes, ces pays, ne respectant ni l’accord de Paris sur le climat ni la Convention internationale des droits de l’enfant, sont in fine responsables des impacts présents et futurs du dérèglement climatique sur leur vie et leur santé mentale. En 2021, une étude publiée par la revue Science a démontré que les enfants nés en 2020 subiront sept fois plus de vagues de chaleur ainsi que deux fois plus d’incendies de forêt qu’une personne née en 1960.

Le dossier de ces jeunes a cependant été jugé irrecevable par la Grande Chambre de la CEDH, qui a avancé que les requérants n’avaient pas encore épuisé toutes les voies de recours disponibles au Portugal.

Même son de cloche pour la dernière requête, déposée à la CEDH en janvier 2021 par l’eurodéputé Damien Carême, ancien maire de Grande-Synthe, commune littorale du Nord menacée par la montée des eaux.

L’élu, en son nom personnel, et la ville de Grande-Synthe ont en janvier 2019 saisi le Conseil d’État afin d’obliger la France à prendre toute mesure utile pour infléchir la courbe de ses émissions. Si la plus haute juridiction administrative française a accepté la requête de la commune et a sommé en 2021 le gouvernement d’agir, la demande individuelle de Damien Carême avait été rejetée.

Néanmoins, la CEDH a déclaré que l’eurodéputé ne pouvait pas être reconnu comme victime dans cette affaire, « du fait que le requérant ne justifie d’aucun lien pertinent avec la commune de Grande-Synthe et que, de surcroît, il ne vit pas en France actuellement ».

« La CEDH s’est penchée sur ces trois dossiers emblématiques, car le nombre d’affaires climatiques explose et ses décisions ont pour but d’éclairer les juridictions nationales. La Cour a déclaré aujourd’hui en audience que “le changement climatique est un problème véritablement existentiel pour l’humanité” », résume Justine Ripoll.

Présente à Strasbourg, la militante suédoise pour le climat Greta Thunberg a pour sa part lancé : « Ce n’est que le début en matière de contentieux climatique : partout dans le monde, de plus en plus de gens traînent leurs gouvernements devant les tribunaux pour les tenir responsables de leurs actions. »

Selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement en date de juillet 2023, on dénombre dans les prétoires à travers le monde plus de deux mille contentieux climatiques contre des États ou des entreprises.

« Zéro artificialisation nette » : la réindustrialisation met le gouvernement sous tension
Bastien Bonnefous
www.lemonde.fr/economie/article/2024/04/09/zero-artificialisation-nette-la-reindustrialisation-met-le-gouvernement-sous-tension_6226832_3234.html

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, veut exclure de la législation sur le ZAN tous les projets industriels car « il faut dégager des terrains pour l’industrie ». Pas besoin pour le ministère de la transition écologique, qui juge le dispositif actuel suffisant.

C’est un sujet « irritant » et « explosif », selon plusieurs interlocuteurs au sein du gouvernement. L’entrée en vigueur progressive de la législation sur le ZAN (pour zéro artificialisation nette), qui vise à limiter l’artificialisation des sols dans les années à venir, se heurte aux impératifs de réindustrialisation également défendus par l’exécutif.

C’est le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, qui a mis les pieds dans le plat, vendredi 29 mars, dans un discours détaillant sa feuille de route industrielle, prononcé sur le site de Renault à Sandouville (Seine-Maritime). « Il n’y a pas d’usine sans terrain », a expliqué M. Le Maire, avouant que la question du foncier industriel était « peut-être le point le plus sensible » du chantier de la réindustrialisation du pays.

Pour le ministre, « nous devons nous interroger sur la mise en œuvre du ZAN » car la pression monte : « Il faut dégager des terrains pour l’industrie. » Pas question de se « retrouver dans la situation invraisemblable de devoir refuser des investissements industriels représentant des milliards d’euros d’investissement et des milliers d’emplois parce qu’il n’y a pas de terrains disponibles. »

« Plusieurs centaines de projets »

La trajectoire nationale de zéro artificialisation nette a été instituée par la loi Climat et résilience, en 2021. Son objectif, simple sur le papier, est plus complexe dans la réalité : réduire de 50 %, d’ici à 2030, la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers dans le pays, puis atteindre le zéro artificialisation nette en 2050 – tout espace qui sera alors artificialisé sera compensé par un espace naturel équivalent. Une planification qui peut rapidement se muer en casse-tête pour les élus locaux, notamment dans les zones à fortes demandes industrielles, comme le couloir rhodanien ou le bassin toulousain.

Le dispositif a donc été revu par la loi du 20 juillet 2023 afin d’« accompagner les élus locaux » dans sa mise en œuvre. Ce second texte a défini un « forfait » de 12 500 hectares réservés à des projets industriels « d’envergure nationale ou européenne et d’intérêt général majeur », qui ne seront pas comptabilisés dans le ZAN. La liste de ces projets doit être publiée dans les prochains jours par un arrêté du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Les services de Christophe Béchu sont en discussion, depuis décembre 2023, avec les associations d’élus locaux pour élaborer ce classement de « plusieurs centaines de projets », selon le ministère. Parmi les sites retenus comme hors ZAN devraient par exemple figurer les zones industrielles autour de Dunkerque (Nord), de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) ou du Havre (Seine-Maritime).

C’est précisément ce forfait que Bruno Le Maire voudrait modifier, en profitant de la nouvelle loi sur la simplification en préparation. « Nous avons exclu les projets industriels verts du ZAN. Demandons-nous si nous ne devons pas faire de même pour tous les projets industriels qui respectent les normes environnementales », a indiqué le ministre de l’économie, le 29 mars. « C’est une question légitime et nécessaire si nous voulons dégager les terrains suffisants. »

Pas assez légitime et nécessaire pour son collègue Christophe Béchu, apparemment. « Il n’y aura rien sur le ZAN dans la loi sur la simplification », prévient l’entourage du ministre de la transition écologique, qui précise : « Tous les projets industriels qui nous ont été remontés par les élus locaux s’intègrent dans le forfait de 12 500 hectares déjà prévus. Pas besoin de faire évoluer ce cadre. »

« Il faut moins bétonner »

Dans un rapport sur la stratégie nationale de mobilisation pour le foncier industriel, rendu en juillet 2023, le préfet de la Somme, Rollon Mouchel-Blaisot, estime à 22 000 hectares « le besoin en surfaces pour le développement de l’industrie dans nos territoires à l’horizon 2030 », dont la moitié pourrait se faire en réhabilitant des friches déjà artificialisées.

La réserve de 12 500 hectares est donc suffisante aux yeux du ministère de la transition écologique pour concilier adaptation environnementale et réindustrialisation. « On peut à la fois moins artificialiser et continuer à être attractif économiquement, mais il faut moins bétonner. Cela doit rester la philosophie finale », assure l’entourage de M. Béchu, qui cite les récentes inondations à répétition dans les Hauts-de-France comme exemple de l’urgence à changer.

Plusieurs élus locaux ont relayé les inquiétudes industrielles dans leur région auprès du gouvernement. A l’image du député (Horizons) de Haute-Garonne, Jean-François Portarrieu, qui a alerté sur le besoin de foncier dans la filière aéronautique en développement autour de Toulouse et du géant Airbus. « Dans les prochaines années, de nombreuses PME ou des start-up innovantes qui travaillent sur les avions du futur devront sans doute passer en production. Il ne faudrait pas qu’on les empêche de construire des usines au nom du ZAN. Il y va de la souveraineté industrielle de la France », explique M. Portarrieu.

Les associations environnementales voient au contraire d’un mauvais œil ces débats autour de l’artificialisation des sols. « On sent monter une volonté de reculer sur le ZAN au sein du gouvernement et les déclarations de Bruno Le Maire y participent », estime Maxime Paquin, chef de projet biodiversité et territoires au sein de l’ONG France nature environnement, qui s’inquiète : « Si les projets industriels devaient sortir du ZAN, pourquoi s’arrêter à l’industrie et ne pas exclure demain les transports ou les services publics, qui sont aussi d’intérêt général ? A la fin, ce serait purement détricoter le ZAN. »

Adriana Vieira : « Les solutions à la crise climatique sont dans les territoires »
PESSOA Bianca
www.ritimo.org/Adriana-Vieira-Les-solutions-a-la-crise-climatique-sont-dans-les-territoires

Une militante de la MMF au Brésil parle de l’exploitation capitaliste de la nature et des solutions féministes à la crise climatique.

Adriana Vieira est membre de la Marche Mondiale des Femmes à Rio Grande do Norte, au Brésil. Son activisme a commencé dans la communauté rurale où elle vivait, dans la ville de Baraúna, en participant aux activités du Conseil communautaire : « J’ai commencé à participer à un groupe de jeunes qui organisaient la bibliothèque de l’école et, plus tard, à participer à l’Union Rurale. À partir du travail au syndicat, nous avons commencé à participer à la commission des femmes. C’était au moment de la mobilisation pour la première action internationale de la Marche en 2000. » Adriana a participé à toutes les actions depuis lors : « ma trajectoire de lutte est très liée à celle de la Marche Mondiale des Femmes ».

Au cours de l’interview, Adriana parle de l’exploitation capitaliste de la nature, des impacts de cette exploitation sur la vie des femmes et des nombreuses stratégies des femmes pour défendre leurs territoires et leur biodiversité.

Comment voyez-vous la crise climatique au Brésil aujourd’hui, compte tenu des revers des six dernières années de coup d’État et de gouvernements d’extrême droite ? Que faut-il faire pour changer la relation prédatrice avec la nature ?

En fait, ce que nous voyons, ce sont des termes — « crise climatique », « crise environnementale », « urgence climatique » — pour désigner quelque chose auquel nous devrions donner d’autres noms : exploitation du capitalisme, exploitation de la nature et exploitation de la vie et des biens communs. En d’autres termes, il est beaucoup plus simple de comprendre ce que signifie cette crise climatique. Cela a à voir avec une crise du capitalisme, qui a besoin de générer davantage de profits, et qui a donc besoin de créer des noms et même de créer les crises elles-mêmes.

Au Brésil, au cours des six dernières années, il y a eu une très grande cession de la nature, avec une privatisation des biens communs, qu’il s’agisse de la forêt, de l’eau — y compris celles qui sont souterraines — et des services d’eau et d’énergie. L’énergie solaire et éolienne est considérée comme une énergie propre, renouvelable et écologique, mais si on l’appréhende du point de vue de la vie des personnes qui se trouvent sur les territoires où elles sont déployées, on est loin du compte. Certaines installations représentent la mort de la biodiversité locale. C’est aussi une destruction de la culture et des connaissances, car les populations sont expulsées de ces lieux, y compris par le biais de la militarisation. Les gens ne peuvent pas se déplacer librement, ils ne peuvent pas élever des poules, ils ne peuvent pas élever des moutons. Il y a une très grande destruction dans l’environnement, en particulier dans les environs où ces énergies soit-disant vertes sont installées.

D’autres problèmes liés au climat sont, par exemple, la création de parcs naturels et de conservation, qui perturbent souvent aussi la vie locale. Pendant longtemps, les populations traditionnelles, autochtones, quilombola, riveraines et agricoles familiales ont pris soin de la nature. Malgré la destruction impulsée par le capitalisme, la nature n’est entretenue dans des bonnes conditions que parce que ces populations en prennent grand soin. Elles prennent soin du sol quand elles vont chercher les graines, elles font attention à ne pas toutes les prélever, elles laissent un peu de graines car la forêt a besoin de rajeunir, elle a besoin de renaître. Lorsqu’elles vont chercher le miel des abeilles, les femmes n’emportent pas tout, car elles considèrent que les abeilles ont besoin de se nourrir, et qu’il est important pour elles de perpétuer la biodiversité locale — y compris, à certains endroits, de replanter des plantes que l’énergie éolienne a détruit. Dans certaines plantations de caatinga, les femmes replantent pour que les abeilles puissent polliniser et augmenter la production de miel. Il ne s’agit pas seulement de nourrir les femmes, d’obtenir le miel pour soi-même, mais de garder les abeilles en vie.

Qu’ont enseigné les femmes populaires des mouvements et des territoires sur la coexistence avec la nature et la nécessité d’une transition juste ?

Récemment, nous sommes allées faire une activité dans un groupe de femmes apicultrices à Baraúna, ma ville, et nous avons commencé à parler de l’histoire des femmes et des groupes, et aussi de l’histoire des abeilles. Nous avons vu qu’il y a une très grande analogie entre la lutte et la vie des femmes et la vie des abeilles. Une des camarades dit que nous sommes comme des abeilles : si on en dérange une, on les dérange toutes. Dans cette analogie, il y a aussi un antagonisme qui est complémentaire, car les abeilles n’aiment pas le bruit, le « vacarme » les désorganise au travail, car elles ont leur propre langage. Les abeilles ont donc besoin de silence pour travailler et maintenir la biodiversité. Au contraire, nous, les femmes, nous avons besoin de bruit et d’agitation pour que la vie continue, pour nous garder en vie. Nous, les femmes, devons toujours être vigilantes, toujours bruyantes, toujours faire entendre notre voix.

Nous faisons partie de cette biodiversité et, par conséquent, il est très important que nous restions en vie, protégées de la violence patriarcale et aussi de la violence du capitalisme, qui nous expulse, nous tue, nous impose une charge de travail domestique si importante qu’elle détruit notre santé et raccourcit notre vie.

La nature a la capacité de nous apprendre, que ce soit des abeilles, que ce soit d’une plante, le temps qui se ferme, le soleil qui se lève plus tôt. Nous, les femmes, développons nos capacités d’agir en observant la nature et en apprenant d’elle. Cet apprentissage crée une possibilité de prendre soin de la nature, car la nature et la biodiversité prennent soin de nous.

Il existe plusieurs initiatives institutionnelles internationales qui promeuvent de fausses solutions pour le climat et garantissent le rôle de premier plan des grandes entreprises. Comment faire face à cette situation ? Et quelles alternatives existent ?

Nous, dans les mouvements, ne tomberons pas dans le piège de croire que les grandes entreprises ont la solution. Il est de notre devoir de faire comprendre à la société que la solution à cette crise climatique ne réside pas dans les grandes entreprises, l’agro-industrie ou le capitalisme. Nous voyons des catastrophes majeures liées à la présence de ces entreprises dans divers endroits : à Brumadinho, à Alagoas, dans le nord-est avec l’énergie éolienne. Les grandes entreprises détruisent parce qu’elles n’habitent pas sur place, elles ne s’inquiètent pas si elles ne vont pas bien respirer, si le bruit de la tour éolienne va vous déranger quand vous allez dormir, ou si la lumière ne va pas vous permettre de vous concentrer.

Les solutions se trouvent en fait dans les territoires, soit avec les femmes qui y produisent du miel à Baraúna, à Mossoró, soit avec les femmes qui organisent les cuisines communautaires – ce qui implique toute la question du jardin communautaire, de la plantation de l’agriculture familiale pour se nourrir, tout en socialisant le travail de soin. Pour nous, à la Marche Mondiale des Femmes, la solution est de se concentrer sur les territoires.

Avec quels programmes et stratégies féministes devrions-nous commencer l’année 2024 ? Comment pouvons-nous renforcer le féminisme populaire, la justice environnementale et la souveraineté alimentaire dans notre région et dans le monde ?

Il faut examiner ce que nous avons construit sur la Marche des Margaridas (Marguerites) au cours des deux dernières années. Nous avons construit un processus très intéressant à partir des territoires. Les femmes se sont penchées sur leurs territoires, réalisant ce que signifie vivre sans violence, ce que signifie avoir la souveraineté alimentaire — qu’il ne s’agit pas seulement de sécurité alimentaire, ce n’est pas seulement le droit de manger, c’est le droit de choisir quoi manger et le droit de choisir de manger sans poison. Le programme de la Marche des Margaridas donne de bonnes indications sur la marche à suivre non seulement pour 2024, mais à long terme. Nous discutons de la souveraineté alimentaire, de la protection des territoires contre les énergies renouvelables, de l’exploitation minière, de l’imposition de crédits carbone qui finissent par installer des parcs naturels de conservation qui sont des musées d’arbres pour l’appropriation du carbone. Les femmes ont les réponses qu’elles ont elles-mêmes construites et discutées dans les 27 États du Brésil.

Ce programme suggère également des possibilités de reproductions de ces idées et de ces sources d’inspirations dans le monde.

Nous avons, par exemple, une production plus proche de chez nous, non pas parce que les femmes doivent s’occuper du travail domestique et en même temps de la production, mais parce que beaucoup n’ont pas de terre à planter sans être autour de la maison. Cette politique d’arrière-cours productives ici au Brésil est une bonne politique à mettre en œuvre dans d’autres endroits où il n’y a pas une grande étendue de terres. Il y a aussi le programme de semences créoles, dont nous nous occupons pour qu’elles s’adaptent au sol et restent vivantes tout au long des cultures.

D’un point de vue économique, certaines initiatives d’approvisionnement des gouvernements locaux qui favorisent l’agroécologie et qui privilégient l’agriculture familiale peuvent être une bonne source d’inspiration pour d’autres endroits dans le monde. Partout, les gouvernements doivent acheter, et il y a de l’agriculture familiale et de l’agroécologie partout aussi. Relier cette demande du gouvernement à ce qui est fait depuis les territoires est un bon programme, qui construit la possibilité d’une bonne vie, de la durabilité de la vie à partir de l’alimentation et de l’agroécologie, et qui doit également être lié au débat sur la protection des femmes contre la violence du capital et du patriarcat.

Itsasoaren gainazalaren tenperatura-igoerak makroalgetan izan duen eragina aztertu dute
Hiruka .eus
www.argia.eus/albistea/itsasoaren-gainazalaren-tenperatura-igoerak-makroalgetan-izan-duen-eragina-aztertu-dute

Azken lau hamarkadetan itsasoaren gainazalaren tenperatura-igoerak makroalgen komunitateetan izan duen eragina aztertu du EHUko ikerketa-talde batek. Bizkaiko kostaldeko eremu batean sakonera-puntu desberdinak ikertu dituzte eta ikusi dute egituratzaileak diren afinitate hotzeko espezieak gero eta urriagoak direla. Aldiz, afinitate beroko espezie txikiak ugaritu egin dira. Ondorioz, hainbat funtzio ekologiko jokoan daudela ohartarazi dute.

Gure planetaren tenperatura abiadura bizian igotzen ari da. Sortu den gehiegizko berotasunaren % 90 itsasoak xurgatu du, eta, ondorioz, ozeanoen gainazalaren tenperaturak gora egin du nabarmen. Testuinguru honetan, mugitzen ez diren eta tenperaturarekiko sentikorrak diren organismoak bereziki zaurgarriak dira.

Gainera, itsasoaren berotzea toki batzuetan besteetan baino agerikoagoa da. Esaterako, euskal kostaldean hamarkada bakoitzeko 0.23 °C igo da itsasoaren tenperatura; mundu mailan, 0,15 °C. Egoera horren aurrean, EHUko Itsas Bentos Ikerketa Taldeak aztertu du Bizkaiko kostaldeko eremu bateko makroalgen komunitateei berotzeak nola eragin dien. Blaneseko Ikerketa Aurreratuen Zentrorekin batera, azken 40 urteetan zehar gertatu diren aldaketak ikertu  ditu. “Makroalgen komunitateek tenperaturaren igoeren aurrean nola erantzuten duten aztertzea garrantzitsua da itsasoaren biodibertsitatearen kontserbaziorako. Izan ere, ezinbesteko rolak dituzte ekosistemetan”, dio Olatz Arriaga Telleria biologoak.

Atera duten ondorio nagusietako bat da, tenperatura-igoeraren ondorioz, euskal kostaldean makroalgen komunitateetan afinitate beroko espezieak areagotu egin direla. Aldiz, afinitate hotzekoak gero eta gutxiago dira. Honek komunitateen egituran aldaketa sakonak eragin ditu; izan ere, gehien urritu diren espezieak, Gelidium corneum esaterako, egituratzaileak dira. Hau da, askotariko organismoentzako aterpe diren hiru dimentsiotako inguruneak sortzen dituzte. Bestelako alga, arrain, ornogabe eta abarrentzat habitat egokiak eratzen dituzte; besteak beste, elikagaiak topatzeko eta harrapakariengandik babesteko. “Espezie egituratzaileak murrizten joan ahala, ez dugu antzeman funtzio ekologiko garrantzitsu horiek ordezkatuko dituen beste espezierik, eta horrek komunitateen degradazioa dakar”, azaldu du Arriagak. Ugaritu diren afinitate beroko espezieak, txikiagoak eta morfologikoki sinpleagoak dira.

Makroalgen komunitateen erresilientzia

Horretaz gain, ikerketak erakutsi du makroalgen komunitateek oso azkar erantzuten dietela itsasoaren tenperatura-aldaketei. Hori azken hamarkadako datuei erreparatuta ondorioztatu ahal izan dute. Izan ere, aztertu dituzten 40 urteetan tenperatura ez da modu homogeneoan igo. Nahiz eta joera orokorra goranzkoa izan, ikertutako azken tartean (2014-2020) tenperatura epelagoak erregistratu ziren. Arriagak azaldu duenez, “horri esker, makroalgen komunitateen epe motzeko erantzuna nolakoa den aztertu ahal izan dugu, eta ikusi dugu 6 urte horietan egituratzaileak diren espezieek galdutako presentzia nolabait berreskuratu egin dela sakonera handitan. Aldiz, afinitate beroko zenbait espezie urritu egin dira”.

Makroalgek erakutsi duten erresilientziak itxaropen pixka bat pizten badu ere, ikertzaileek azpimarratu dute ez dirudiela itsasoaren tenperatura kontrolatzea berehalakoan iritsiko denik. Eta tenperatura denez makroalga-komunitateen egitura-aldaketen eragile nagusia, ez dute etorkizun erraza ikusten. Horren aurrean funtsezkoa iruditzen zaie ikerketarekin jarraitzea eta monitorizazioak maizago egitea: “Horrek lagunduko luke makroalga-komunitateen portaera hobeto ezagutzen eta zaurgarriak diren espezieen habitatak babesteko neurri proaktiboak hartzen”. Horietako bat izan daiteke, adibidez, babesleku klimatikoak izateko potentziala duten inguruak identifikatzea. Egoera atzeraezina izan aurretik soluzioak bilatzeko lanean ari dira.

Informazio osagarria

Olatz Arriaga Telleria (Getxo) biologoa da eta Eusko Jaurlaritzaren beka batekin doktoretza egiten ari da EHUko Zientzia eta Teknologia Fakultateko Landareen biologia eta ekologia sailean. Itsas Bentos Ikerketa Taldeko kidea da, zeinak klima-aldaketak eta kutsadurak makroalga-komunitateetan dituzten eraginak aztertzen dituen.