NBE: “Munduko klima larrialdi egoeran dago”
Intza Artetxe Oronoz
www.argia.eus/albistea/munduko-klima-larrialdi-egoeran-dagoela-adierazi-du-antonio-guterres-nazio-batuen-idazkari-nagusiak
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Munduko Meteorologia Erakundeak (OMM) astelehenean kaleratutako txostenean jaso du “munduko mugak gainditzen” ari direla. Datuak aztertzerakoan ikusi dute berotegi efektua eragiten duten gas nagusiak areagotu direla, tenperaturek gora egin dutela, geroz eta desoreka energetiko handiagoa dagoela eta ozeanoak ere berotzen dabiltzala.
Munduko Meteorologiaren Egunean, astelehenean, egungo klimaren egoera erakusten duen txostena kaleratu du Munduko Meteorologia Erakundeak (OMM). Duela 176 urte hasi ziren parametroak neurtzen eta okerrera egin dutela aztertu dute: 2024a izan da inoizko urterik beroena eta 2025a bigarren edo hirugarrena. Antonio Guterres Nazio Batuen Idazkari Nagusiak ohartarazi du “munduaren mugak gainditzen” ari direla eta “munduko klima larrialdi egoeran” dagoela.
Txostenean antzeman dute berotegi efektua eragiten duten gas nagusien –karbono dioxidoa, oxido nitrosoa eta metanoa– kontzentrazioak gora egin duela azken urteotan. Gainera, 2012 eta 2025 urteen artean inoizko urte beroenak erregistratu dituzte. 2024. izan da guztietan beroena eta 2025. bigarren edo hirugarren beroena. 1850-1900ean erregistratutako datuetatik 2025ean munduko tenperatura 1,43ºC igo dela jaso dute.
Lur planetaren « desoreka energetikoa » agerian gelditu da, ekoizten dena baino energia gehiago erabiltzen baita. Datuei erreparatuta, azken hogei urteetan eman da energiaren erabileraren gorakada. Ozeanoetan ere tenperatura igo da eta horrek eragin nabarmenak ditu: biodibertsitatearen galera, ozeanoek karbono dioxidoa xurgatzeko duten gaitasuna murriztea, ekaitz tropikalak areagotzea eta poloen urtzea. Hain zuzen ere, erregistratutako datuekin alderatzerakoan ikusi daiteke Artikoko izotza inoiz baino baxuago dagoela eta Antartikakoak hirugarren baxuenak dituela. Txostenean adierazi dutenez, ”ozeanoen berotzea ekiditeko eta ozeanoen sakontasunetako pHa aldatzeko ehunka mila urte” beharko dira.
Les Français parlent climat 2026
Parlons Climat
www.parlonsclimat.org/les-francais-parlent-climat-2026?
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Etude. Les enjeux climat et environnement s’inscrivent désormais dans un entre-deux, fait d’une polarisation politique plus marquée à droite et d’un ralentissement du soutien déclaré à la transition ; alors que dans un même temps l’écologie du vécu, celle qui touche au cadre de vie et à la préservation de notre santé, rassemble et est largement plébiscitée par les Français. C’est donc sur ce double-tableau que s’ouvre cette nouvelle séquence 2026, avec son lot de défis et d’opportunités.
– mars 2026
Cette étude a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 5000 Français en décembre 2025, en travail direct avec le panéliste.
Polarisation politique et normalisation des modes de vie, les deux sons de cloche de la transition écologique
En 2026, les indicateurs de soutien au climat et à l’environnement enregistrent de légères baisses, cependant plus fortes à droite de l’échiquier politique, traduisant un phénomène de polarisation, plus qu’un recul en arrière. Ainsi les enjeux environnementaux restent une priorité pour 24% des Français (-2 pts vs. 2025) et les politiques publiques restent majoritairement soutenues par la population (8 sur les 13 politiques suivies), malgré une baisse notable de ce soutien en 2026.
En parallèle, on note qu’une forme de proximité s’est installée entre les Français et la transition. Cela se traduit notamment dans les modes de vie avec près des deux tiers des Français déclarant côtoyer des individus ayant des pratiques écologiques (voiture électrique, rénovation énergétique, végétarisme, panneaux solaires, déplacements en vélo) et une évidence que le processus de transition engagé doit se poursuivre (seuls 8% des Français estiment que les responsables politiques en font déjà trop).
Un son de cloche l’on retrouve en période d’élections municipales dans d’autres sondages. “63 % des Français se disent gênés de voter pour un candidat remettant en cause les mesures de transition écologique déjà engagées dans leur territoire” (Ifop X RAC) et “70% des élus municipaux mettent l’environnement dans leur top 3 des enjeux prioritaires pour le prochain mandat.” (Grande Consultation, The Shift Project).
Des enjeux santé montants, notamment ceux liés à l’alimentation
Si les Français se déclarent préoccupés par la question de la pollution, c’est celle de l’eau potable et de leur alimentation qui les inquiète le plus fortement (respectivement 63% et 60% se disent “très inquiets”). Des sujets qui touchent d’ailleurs plus particulièrement les femmes (+11 pts par rapport aux hommes).
Dans un contexte marqué par plusieurs scandales sanitaires ces derniers mois et années (PFAS, cadmium, algues vertes…), le niveau de soutien aux politiques publiques visant à réduire le recours aux pesticides et à tripler la surface agricole en bio ne faiblit pas (respectivement 84% et 71% de soutien), et reste majoritaire dans tous les électorats.
La santé demeure donc un sujet de préoccupation majeur pour le pays, le troisième derrière le pouvoir d’achat et l’insécurité, comme l’année passée. Or le lien entre protection de l’environnement et protection de la santé apparaît de plus en plus évident aux Français qui sont 76% à avoir déjà entendu parler de ce lien et 75% à affirmer que prendre soin de l’environnement c’est aussi prendre soin de notre santé.
L’autonomie comme horizon désirable
L’année 2026 s’ouvre sur une montée des tensions géopolitiques dont le niveau de priorisation de la part des Français dépasse à présent celui des enjeux climatiques et environnementaux. Ainsi, 28% mettent les tensions internationales dans leur 3 priorités pour le pays (+ 7pts en un an), contre 24% pour l’environnement (- 2pts).
Pour autant, ces deux enjeux se recoupent. Quand il est question d’évoquer des propositions de société idéale, l’idée d’une consommation “produite localement par de petites entreprises” est majoritaire, et ce, dans tous les électorats. Plus de 6 Français sur 10 adhèrent à l’idée que “remplacer les énergies fossiles comme le pétrole, c’est sortir de la dépendance aux pays qui nous en vendent”.
Notons que l’indépendance est aussi une valeur particulièrement forte au niveau individuel. “S’en sortir par ses propres moyens” est même la première source de fierté des Français devant la nationalité française (84% vs. 72%). Les termes “indépendance” et “autonomie” sont d’ailleurs largement connotés positivement (75% et 82%).
Autant d’indicateurs qui donnent à penser la transition écologique comme un moteur de souveraineté dans tous les domaines (énergétique, alimentaire, industriel, numérique…).
Crise énergétique : avec la hausse des prix à la pompe, passer à la voiture électrique est désormais rentable dès l’achat
Anne-Claire Poirier
https://vert.eco/articles/crise-energetique-avec-la-hausse-des-prix-a-la-pompe-passer-a-la-voiture-electrique-est-desormais-rentable-des-lachat
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À fleur de capot. L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) scrute depuis plusieurs années le coût du passage à la voiture électrique pour les ménages. En 2026, le pari devient gagnant dans tous les cas examinés, révèlent ses nouvelles simulations transmises à Vert.
Avec la flambée des prix à la pompe, faire un plein de 55 litres coûte désormais entre 15 et 30 euros de plus qu’il y a un mois, pointait récemment l’association Transport & Environment. La faute au conflit au Moyen-Orient, mais aussi aux compagnies pétrolières qui en ont profité pour augmenter considérablement leurs marges.
Une situation douloureuse pour des millions de ménages, mais qui a le mérite de secouer quelques a priori sur le caractère supposément ruineux de la voiture électrique, au moins à l’achat. En réalité, dans les conditions de prix actuelles, opter pour une voiture électrique permettrait désormais à de nombreux ménages de faire des économies immédiates sur leur budget mobilité, soutient en effet l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE). Ce qui n’était pas toujours le cas auparavant.
Le cabinet d’analyse économique examine chaque année dans son rapport «Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique» l’intérêt pour les ménages de passer aux solutions décarbonées. Il a transmis a Vert ses calculs actualisés pour 2026 sur la partie mobilité.
Garder sa vieille voiture thermique est plus coûteux que de passer à l’électrique
Concrètement, I4CE a remis à jour le budget mobilité de plusieurs ménages-types représentatifs de la classe moyenne (inférieure ou supérieure, rurale ou périurbaine) et dépendants de leur voiture thermique au quotidien, à l’heure où l’essence atteint les deux euros par litre (€/L). Il a ensuite comparé les coûts de différents scénarios pour ces ménages : entre garder leur voiture thermique amortie (dont le crédit d’achat à été remboursé, par exemple) et passer à l’électrique, ou entre racheter une nouvelle voiture thermique et une voiture électrique… Partant du principe que la grande majorité des voitures achetées sont d’occasion (77% en 2025), c’est ce mode d’achat qu’I4CE a privilégié dans ses scénarios.
Le principal résultat est que garder sa vieille voiture thermique n’est plus aussi intéressant financièrement qu’en 2025. Cette année là, un ménage qui dépensait 250€ par mois pour parcourir 16 000 kilomètres par an (le kilométrage médian des couples avec enfants qui vivent en zone rurale) n’avait aucun intérêt financier à passer à l’électrique, même d’occasion. «Les économies de carburant de l’ordre de 120€ n’étaient pas suffisantes pour couvrir les mensualités du crédit sur l’achat de la voiture électrique, rappelle Sirine Ousaci, co-autrice de l’«Observatoire» d’I4CE. En passant à l’électrique, ce ménage type aurait vu son budget mobilité mensuel augmenter de 95€ par mois.
En 2026, c’est l’inverse. Alors que le coût de possession d’une vieille thermique atteint 271€ par mois du fait de la hausse des prix à la pompe, «le même scénario permet désormais de réaliser plus d’une dizaine d’euros d’économies mensuelles», présente Sirine Ousaci. «C’est lié à l’augmentation des économies sur le carburant [le prix de l’électricité a légèrement baissé en 2026, NDLR] et à la baisse du prix de la citadine électrique sur le marché de l’occasion», précise-t-elle. Pour faire ses calculs, I4CE a retenu la cote argus (valeur d’un véhicule sur le marché de l’occasion) de la citadine électrique la plus vendue en France en 2025, la Peugeot E-208 (15 000€), et pris le taux de crédit auto généralement pratiqué de 4% sur six ans, selon le site spécialisé Empruntis.
Garder sa vieille voiture thermique est plus coûteux que d’accéder au leasing social
Autre enseignement pour les ménages modestes : «Le passage à l’électrique via un leasing social permettrait désormais de réaliser des économies mensuelles par rapport à une vieille voiture thermique, ce qui n’était pas le cas en 2025», constate Charlotte Vailles, l’autre co-autrice de l’«Observatoire» d’I4CE.
Ce dispositif mis en place par l’État en 2024 a permis à 100 000 ménages modestes (moins de 16 300 euros de revenus annuels) de louer un véhicule électrique pour 120 euros par mois à des concessionnaires conventionné par l’État. Le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, a confirmé le 24 mars sur France Inter que le gouvernement travaillait à une troisième édition de plus grande ampleur.
Or, en septembre 2025 (date d’ouverture du leasing social), le budget mobilité d’un ménage modeste avec voiture thermique (243€) aurait augmenté d’une quinzaine d’euros avec le leasing social, rappelle I4CE. Mais, en 2026, avec un prix de l’essence à 2€/L, il réaliserait désormais des économies mensuelles d’une quinzaine d’euros grâce au leasing social.
Acheter une voiture électrique plutôt qu’une thermique était déjà plus rentable et le devient encore plus
En 2025, I4CE avait également simulé la différence entre l’achat (à crédit) d’une voiture thermique d’occasion et son équivalent électrique pour un ménage parcourant 11 000 kilomètre par an (kilométrage médian des couples avec enfants qui vivent en banlieue). Cette année là, les économies de carburant permettaient déjà de couvrir chaque mois le surcoût du crédit d’achat pour une Peugeot E-208 (3 000€ plus chère que son équivalent thermique).
En 2025, un ménage qui optait pour la version électrique réalisait ainsi 55 euros d’économies chaque mois sur son budget mobilité. Pour 2026, Sirine Ousaci et Charlotte Vailles estiment que les économies réalisées s’accroissent encore, atteignant 95 euros par mois.
« L’ESS est une force structurante du territoire »
Gogoeta
www.enbata.info/articles/less-est-une-force-structurante-du-territoire
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William Hamlet, président de KABIA – Maison de l’Économie Sociale et Solidaire en Pays Basque – , revient sur les fondements de l’ESS, son ancrage historique au Pays Basque nord, ses dynamiques actuelles et les leviers d’action pour renforcer ce modèle économique au service de l’intérêt général.
Enbata : Comment définiriez-vous l’économie sociale et solidaire (ESS) ?
William Hamlet : L’économie sociale et solidaire est une manière d’entreprendre présente dans tous les champs d’activités. Elle repose sur une activité économique ancrée dans son territoire et guidée par trois principes fondamentaux : une utilité sociale et environnementale, une lucrativité limitée et une gouvernance partagée.
Concrètement, l’activité doit répondre à un besoin social ou environnemental, la richesse créée sert d’abord au maintien et au développement de l’activité, et les décisions sont prises collectivement selon le principe « une personne = une voix ».
Ces principes sont reconnus juridiquement à travers différents statuts : associations, mutuelles, coopératives (SCOP, SCIC), fondations, ainsi que, depuis la loi Hamon de 2014, certaines entreprises commerciales intégrant ces engagements dans leurs statuts.
Historiquement, quelle forme l’ESS a-t-elle prise en Pays Basque nord ?
L’ESS s’est d’abord développée à partir de traditions locales d’entraide et d’organisation collective, qui ont pris la forme de structures associatives et mutualistes.
« L’ESS s’est d’abord développée à partir de traditions locales d’entraide et d’organisation collective, qui ont pris la forme de structures associatives et mutualistes. »
À partir des années 1960-1970, l’influence du modèle coopératif du Pays Basque Sud, notamment celui de Mondragon, a favorisé l’essor des coopératives. Ces dynamiques se sont construites en lien étroit avec une forte identité territoriale et des mouvements citoyens engagés dans le développement local.
Depuis les années 1990, l’ESS s’est progressivement structurée et institutionnalisée, devenant un pilier reconnu du développement économique territorial.
On peut citer en exemple la capacité du Pays Basque à se mobiliser pour permettre la création d’entreprises et l’emploi local avec l’association Hemen. Il y a aussi la capacité historique à mobiliser l’épargne populaire au sein notamment de Herrikoa, outil de financement du développement économique local, né au début des années 1980 et qui fait encore aujourd’hui référence.
Quelles sont aujourd’hui les principales caractéristiques et dynamiques locales de l’ESS ?
Le Pays Basque nord connaît une dynamique forte en matière d’ESS, reconnue bien au-delà du territoire. L’ESS est présente partout, avec une concentration sur le littoral liée à la démographie, mais c’est dans l’intérieur que sa part relative est la plus importante.
« L’ESS est présente partout, avec une concentration sur le littoral liée à la démographie, mais c’est dans l’intérieur que sa part relative est la plus importante. »
Dans les zones rurales, elle joue un rôle essentiel pour le maintien de l’emploi, des services à la population, du dynamisme culturel et du lien social.
Toutefois, une part importante des structures, notamment associatives, dépend encore des financements publics. Dans un contexte de baisse des budgets des collectivités, cela fragilise leur visibilité et leur avenir, même si certaines coopératives parviennent à un modèle économique autonome.
Pouvez-vous citer des exemples emblématiques de l’ESS ?
On peut citer l’Eusko, première monnaie locale d’Europe, qui permet de maintenir les richesses sur le territoire, ou encore I-Ener et Enargia, projets citoyens autour de l’énergie durable et de l’autonomie énergétique.
D’autres initiatives illustrent la diversité de l’ESS : le logement solidaire (Etxalde, Gurekin, Foyer Jeunes Travailleurs, Habitat Éco-Action, le COL…), l’agriculture et l’alimentation (Lurzaindia, Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la ferme d’Uhaldia, BLE, les épiceries sociales coopératives….), l’économie circulaire (Aima, Patxama, la Manufacture du Pays basque, Resak…), la culture (une grande partie des structures culturelles ont un statut associatif), la finance solidaire (l’Eusko, Herrikoa), l’accompagnement social ou la santé (Atherbea, Zuekin, Goxa Leku, La générale).
Pourquoi la Communauté d’Agglomération Pays Basque s’engage-t-elle dans ce champ de l’ESS ?
L’ESS représente près de 13% des emplois du territoire et concerne tous les secteurs. Elle est donc pleinement intégrée au schéma de développement économique de la CAPB, au même titre que les autres filières.
« L’ESS représente près de 13% des emplois du territoire et concerne tous les secteurs. »
La collectivité dispose d’une élue déléguée et d’une chargée de mission dédiée. Historiquement, les structures de l’ESS sont aussi des partenaires essentiels des collectivités pour répondre à des besoins que d’autres acteurs ne couvrent pas.
Quelles actions peuvent être mises en œuvre pour renforcer ce secteur ?
Les enjeux portent notamment sur des partenariats financiers pluriannuels, l’accompagnement à la structuration, l’accès aux financements européens et privés, la prise en compte du fonctionnement dans les aides, ou encore l’accès aux marchés publics.
Il s’agit aussi de valoriser les missions d’intérêt général, d’aider à l’accès au foncier et de soutenir l’émergence de nouveaux projets, notamment par la sensibilisation dès l’école et l’accompagnement entrepreneurial.
Quels résultats observe-t-on déjà sur le territoire ?
On recense environ 1 200 établissements employeurs de l’ESS, représentant 13 700 emplois salariés, soit 12,6% des emplois du territoire. La dynamique est en croissance depuis 2012.
Mais au-delà des chiffres, l’utilité sociale et environnementale, ainsi que l’importance du bénévolat, restent encore insuffisamment reconnues et mesurées.
KABIA mène actuellement un travail qualitatif auprès de structures de l’ESS du Pays Basque nord avec qui elle coopère pour qu’à partir de leur réalité de travail on sur une plateforme de coopération les missions et activités, leurs valeurs ajoutées pour le territoire et leurs difficultés soient recensées. L’enjeu est de mieux connaître les spécificités de chacun pour construire des solutions communes à partir d’une coopération renforcée. Ce travail sera d’ailleurs mené en partenariat avec le Pays Basque sud par l’intermédiaire de Reas Navarra, dans le cadre d’un programme FEDER POCTEFA.
La coopération est le facteur opérant le plus caractéristique du Pays Basque. Les acteurs d’autres territoires nationaux sont souvent interloqués par le niveau de coopération et d’entraide déjà existant. Cette réalité prend son origine dans la conception très collective de la vie sociale et ce, depuis la maison familiale (Etxe) jusqu’à l’échelle du Pays Basque nord dans son ensemble.
En quoi l’ESS constitue-t-elle une voie d’avenir pour les nouvelles générations, ainsi que pour les personnes souhaitant contribuer à un territoire plus soutenable, solidaire et souverain ?
Face aux défis sociaux et écologiques majeurs de notre temps et à l’importance que les activités économiques ont dans la capacité de répondre aux défis contemporains, nous pensons que l’économie sociale et solidaire est une alternative nécessaire et porteuse d’inspiration pour les autres modes d’entreprendre.
« On peut faire une relation directe entre la richesse de l’écosystème ESS d’un territoire et sa capacité à résister aux chocs socio-économiques et disposer d’une meilleure qualité de vivre ensemble. »
L’analyse des activités ESS sur les territoires démontre leurs rôles essentiels pour répondre à des besoins que les pouvoirs publics ou les entreprises classiques n’arrivent pas à satisfaire, notamment vis-à-vis des populations précarisées.
On peut faire une relation directe entre la richesse de l’écosystème ESS d’un territoire et sa capacité à résister aux chocs socio-économiques et disposer d’une meilleure qualité de vivre ensemble.
Le développement de l’ESS est une manière de contribuer à une économie d’un territoire plus juste, solidaire et ancré localement. Elle s’impose plus que jamais comme une alternative essentielle pour bâtir une société plus durable. Ses activités répondent aussi aux aspirations de sens et d’utilité dans l’engagement professionnel des nouvelles générations qui ne se retrouvent plus dans les entreprises à profit classiques.
Montée de l’extrême droite : « Rien, en histoire, n’est jamais écrit », selon Johann Chapoutot
Scandola Graziani
https://reporterre.net/Montee-de-l-extreme-droite-Rien-en-histoire-n-est-jamais-ecrit-selon-Johann-Chapoutot?utm_source=chatgpt.com#/
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Municipales — « Lors de la minute de silence à l’Assemblée, j’ai presque eu un malaise physique », dit l’historien Johann Chapoutot. Il décrit les similitudes entre la montée du nazisme et la période actuelle, marquée par la diabolisation de LFI.
Johann Chapoutot est historien, spécialiste de la montée du nazisme dans les années 1930. Il est l’auteur de Les Irresponsables — Qui a porté Hitler au pouvoir ? (éd. Gallimard, 2025), un ouvrage dans lequel il analyse la succession d’événements qui a abouti à la nomination d’Hitler comme chancelier, le 30 janvier 1933.
Le Rassemblement national a obtenu des résultats élevés dans plusieurs villes au premier tour des élections municipales. Le président du parti, Jordan Bardella, et le député Sébastien Chenu ont appelé « la droite sincère » à voter pour eux au second tour « car la gauche ou l’extrême gauche, c’est la ruine ou l’insécurité ». Comment analysez-vous cet appel à faire barrage à la gauche ?
On peut répondre par l’analogie historique. Depuis un moment déjà, et encore plus depuis l’affaire Quentin Deranque à Lyon [1], j’ai l’impression de vivre en stéréo. D’un côté, je travaille sur une période, qui est la montée du nazisme en 1932-1933, et de l’autre, je perçois la minute de silence pour le militant d’extrême droite néonazi, tragiquement décédé, à l’Assemblée nationale. J’entends aussi les différents partis politiques, et notamment le Parti socialiste (PS), qui fustigent les membres de La France insoumise (LFI) en disant qu’ils parlent trop fort, qu’ils sont infréquentables…
En 1932-1933, c’étaient les communistes qui étaient ciblés de cette façon. Ils étaient considérés comme des « exagérés », comme on disait jadis, qui brutalisaient le débat public, qui ne portaient pas de cravate, qui n’avaient aucune idée de la gestion d’un État, des finances publiques… C’était aussi un peu le parti des étrangers, le parti qui soutenait les immigrés, c’est-à-dire les juifs de l’Est.
Pour tout vous dire, le jour de la minute de silence à l’Assemblée, j’ai presque eu un malaise physique. J’ai revu les images du Palais-Bourbon, l’hémicycle tendu de croix gammée, le 28 novembre 1940, pour la conférence d’Alfred Rosenberg, venu célébrer la victoire du nazisme sur la République française. Je me suis dit que c’était la première fois que l’on rendait hommage à quelqu’un qui est lié au nazisme dans cette enceinte depuis 1940.
À Marseille, le socialiste Benoît Payan refuse lui aussi toute alliance avec La France insoumise. Pareil à Paris. À Strasbourg, le PS s’est même allié avec Horizons face à une liste écolo-LFI. Que doit-on voir dans ce rejet de LFI à gauche ?
Une partie du PS semble actuellement faire tout ce que le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, parti socialiste allemand) a fait en 1932-1933, et tout ce qu’il ne faut pas faire. En l’occurrence, ils essaient de rentrer dans les bonnes grâces de la droite et de l’extrême droite en reprenant, sinon leurs thèses, du moins leurs thèmes et leurs termes (l’insécurité, l’austérité, la responsabilité…) pour asseoir leur respectabilité. En se démarquant de LFI, ils semblent dire « nous sommes la gauche raisonnable, gestionnaire de gouvernement, et nous n’avons rien à voir avec ces révolutionnaires énervés qui ne font que conflictualiser le débat public ».
C’est exactement ce qu’a fait le SPD entre 1932 et 1933. Ça les a conduits à voter une motion de confiance à Hitler, le 17 mai 1933. Dans sa stratégie de démarcation, le SPD a lâché les communistes, qui avaient pourtant appelé à l’alliance des gauches contre le nazisme en 1932 : aucune protestation contre la répression anticommuniste, abandon des camarades pour, in fine, partager leur sort dans les camps de concentration.
Le 5 avril 1933, l’ambassadeur de France à Berlin a envoyé au Quai d’Orsay un télégramme qui résumait bien la situation. Faisant le bilan sur la situation politique en Allemagne, il note que tout le monde plie et ploie face aux nazis. Tout le monde, sauf les communistes.
En parallèle, de nombreuses alliances ont été constituées entre la droite et l’extrême droite, et des candidats Les Républicains ont même complété des listes d’extrême droite, comme à Bourg-en-Bresse… Qu’est-ce que cela dit de la droite française ?
Les Républicains, et plus largement la droite conservatrice, n’existent plus depuis un moment. C’est un parti zombie. Les vrais acteurs, c’est l’extrême centre et l’extrême droite. Et un extrême centre qui dévale la pente vers l’extrême droite…
Dès le départ, on s’est aperçu que la promesse de l’extrême centre — qui était de trancher avec le conservatisme — s’est résorbée immédiatement en une politique de droite très dure. Dès les premières semaines, on supprime l’ISF [2], et on mène une politique sociale et économique de droite dure. Je pense que même François Fillon, s’il avait été élu, n’aurait pas été si violent et brutal que des managers décérébrés de la macronie, qui n’avaient aucune expérience de mandat ni de terrain, et qui ne jurent que par les tableaux Excel et les écrans plats des chaînes d’information en continu.
Du côté de la macronie, que penser de l’intervention d’Aurore Bergé qui appelait Jordan Bardella à « retirer ses candidats » aux municipales « où LFI peut gagner » sur BFMTV ?
C’est parfaitement logique et explicable. Pour des raisons de champ politique et de clientèle électorale, l’extrême centre finit par faire alliance avec l’extrême droite. En 1932-1933, l’extrême centre [3] a installé l’extrême droite au pouvoir, parce que c’était ce qu’il y avait de plus raisonnable et rationnel à faire. J’insiste sur ces termes, car ils se définissaient aussi, déjà, comme le « camp de la raison » : les deux alliés, qui constituaient le gouvernement Hitler-Papen d’union des droites, avaient les mêmes mécènes, les mêmes ennemis et à peu près les mêmes idées sur tout, du conservatisme au nationalisme, en passant par le masculinisme, la croyance béate en un capitalisme d’extraction infinie et le darwinisme social, qui distingue violemment « ceux qui ont réussi » de « ceux qui ne sont rien ».
Quand on voit le vocabulaire utilisé par Aurore Bergé et [la députée Renaissance] Prisca Thévenot, qui se pourlèchent de maurrassisme [4] (« anti-France »), ou de Mme Vassal (candidate soutenue par les LR et la macronie à Marseille) qui, elle, claironne son pétainisme (« travail, famille, patrie »), on ne peut plaider longtemps le lapsus ou l’ignorance, car ces références font l’objet de répétitions depuis des années. Il semblerait que c’est vraiment le fond de leur culture politique.
Pour moi, le choc a été décembre 2023 : le vote de la loi Immigration où les macronistes ont voté comme un seul homme avec les lepénistes. Mme Le Pen a dit qu’il s’agissait d’une victoire idéologique. Elle avait raison : c’était une victoire éclatante pour son mouvement, ses idées… C’est là que j’ai achevé ma prise de conscience et que je me suis mis à travailler sérieusement sur la période 1932-1933, que je citais souvent comme analogie.
En 2020, de nombreuses mairies ont été remportées par Les Écologistes. Aujourd’hui, la « marée verte » a laissé la place à une « marée brune »… Comment expliquer ce retour de bâton pour l’écologie ?
Le regain de l’extrême droite est, au sens littéral, réactionnaire et réactionnel. C’est une panique générale de gens dotés en capitaux divers, dont le monde est ébranlé. Les hommes ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent avec les femmes, les adultes ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent avec des enfants… Et on ne peut plus faire ce qu’on veut avec l’environnement. Il s’est passé exactement la même chose dans la période post-1968.
À cette époque, même Total et Exxon avaient fait des rapports sur le gaz à effet de serre — qui n’ont pas été publiés, évidemment. On avait déjà tout compris. Puis, la réaction a été de revenir au carbone, d’extraire massivement du pétrole, de déréguler et de remettre de l’ordre dans une société bouleversée par les revendications… Actuellement, on est en pleine réitération de ce type de moment-là, qui me semble correspondre au stade terminal du néolibéralisme.
Ce mouvement réactionnaire s’accompagne d’une rhétorique antiscience et climatosceptique, largement partagée par l’extrême droite et l’extrême centre. Tout ce qui constitue une tentative de dire adéquatement le réel (la réalité des différents suprémacismes, notamment social et racial, la réalité des dominations, la fiction des autorités illégitimes mais aussi, plus simplement, le dérèglement climatique et la catastrophe écologique) est violemment non pas réfuté, faute d’arguments, mais répudié, à coups d’invectives, de poncifs et de mensonges.
Ça ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir tout ça…
Bien sûr que si, car s’il est une leçon de l’histoire, c’est bien que rien n’est jamais écrit à l’avance. On nous présente l’arrivée du nazisme comme une fatalité, qui invite donc au fatalisme, mais il apparaît au contraire que ce moment, que l’on présente comme un paradigme de nécessité (on ne pouvait faire autrement) est tout au contraire un paradigme de contingence : rien n’était écrit le 30 janvier 1933 au matin, lorsque Hitler a été nommé chancelier.
L’hypothèse la plus probable, c’était même qu’il ne soit pas nommé. Les petits calculs sordides des élites patrimoniales au pouvoir en ont décidé autrement. Autrement dit, on a affaire à un événement humain, avec des acteurs sociaux, parfaitement irresponsables dans leur désinvolture et leur égoïsme, mais dont la responsabilité politique et, in fine, la culpabilité morale et juridique, sont parfaitement attestées. L’histoire, c’est la contingence : rien n’est jamais écrit.