{"id":31140,"date":"2015-07-17T18:25:48","date_gmt":"2015-07-17T16:25:48","guid":{"rendered":"https:\/\/bizimugi.eu\/ostiraleko-artikuluak-2015eko-uztailaren-17ko-hautua"},"modified":"2015-07-17T18:25:48","modified_gmt":"2015-07-17T16:25:48","slug":"ostiraleko-artikuluak-2015eko-uztailaren-17ko-hautua","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bizimugi.eu\/eu\/ostiraleko-artikuluak-2015eko-uztailaren-17ko-hautua\/","title":{"rendered":"Ostiraleko Artikuluak : 2015eko uztailaren 17ko hautua!"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #008000\">Mont\u00e9e de la mer: au minimum 6 m\u00e8tres<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Romain Loury <\/strong><\/em><br \/>\n<em>www.journaldelenvironnement.net\/article\/montee-de-la-mer-au-minimum-6-metres,60330<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #008000\">Les villes peuvent-elles sauver le monde ?<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Et si les maires gouvernanaient le monde, Benjamin Barber, \u00e9ditions de la rue de l\u2019Echiquier<\/strong><\/em><br \/>\n<em>www.goodplanet.info\/debat\/2015\/06\/30\/les-villes-peuvent-elles-sauver-le-monde<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #008000\">L\u2019\u00e9conomie malade de ses mod\u00e8les<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Lydia Ben Ytzhak<\/strong><\/em><br \/>\n<em>https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/leconomie-malade-de-ses-modeles<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><!--more--><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #008000\">Mont\u00e9e de la mer: au minimum 6 m\u00e8tres<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Romain Loury <\/strong><\/em><br \/>\n<em>www.journaldelenvironnement.net\/article\/montee-de-la-mer-au-minimum-6-metres,60330<\/em><\/p>\n<p><strong>La mont\u00e9e des eaux li\u00e9e au r\u00e9chauffement climatique pourrait \u00eatre bien pire que pr\u00e9vu: selon une <a href=\"http:\/\/www.sciencemag.org\/lookup\/doi\/10.1126\/science.aaa4019\">\u00e9tude publi\u00e9e jeudi 9 juillet dans la revue <em>Science<\/em><\/a>, elle pourrait atteindre au minimum 6 m\u00e8tres, m\u00eame en r\u00e9duisant fortement les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. Mais nul ne sait \u00e0 quelle \u00e9ch\u00e9ance une telle catastrophe, tr\u00e8s hypoth\u00e9tique, se produirait.<\/strong><\/p>\n<p>Publi\u00e9e en marge d\u2019une importante conf\u00e9rence sur les effets du r\u00e9chauffement climatique [1], cette <a href=\"http:\/\/www.sciencemag.org\/lookup\/doi\/10.1126\/science.aaa4019\">\u00e9tude<\/a> men\u00e9e par Andrea Dutton, de l\u2019universit\u00e9 de Floride \u00e0 Gainesville, et ses coll\u00e8gues a de quoi faire fr\u00e9mir: m\u00eame en cas de r\u00e9chauffement r\u00e9duit \u00e0 moins de 2\u00b0C d\u2019ici la fin du si\u00e8cle, l\u2019effet sur le niveau de mer pourrait d\u00e9passer toutes les pr\u00e9visions \u00e9mises \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p>Analysant les donn\u00e9es g\u00e9ologiques, les chercheurs se sont pench\u00e9s sur trois \u00e9pisodes de mont\u00e9e des eaux survenues au cours des trois derniers millions d\u2019ann\u00e9es. La plus r\u00e9cente, il y a 125.000 ans, a entra\u00een\u00e9 une hausse du niveau de la mer comprise entre 6 et 9 m\u00e8tres avec seulement 1\u00b0C de plus que par rapport au niveau pr\u00e9industriel, tandis que celle d\u2019il y a 400.000 ans, avec 1,2\u00b0C de plus, l\u2019a fait grimper de 6 \u00e0 13 m\u00e8tres.<\/p>\n<p><strong>+2\u00b0C, un optimisme tr\u00e8s relatif<\/strong><\/p>\n<p>Pour ces deux \u00e9v\u00e8nements, le taux atmosph\u00e9rique de CO2 \u00e9tait bien plus faible que maintenant, un peu au-dessus de 280 parties par million (ppm). Ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas de la plus ancienne, il y a 3 millions d\u2019ann\u00e9es, o\u00f9 ce taux atteignait celui observ\u00e9 actuellement, de 400 ppm. L\u00e0 aussi, le niveau de la mer s\u2019\u00e9tait \u00e9lev\u00e9 au minimum de 6 m\u00e8tres, avec une hausse de la temp\u00e9rature comprise entre 2\u00b0C et 3\u00b0C.<\/p>\n<p>Or la temp\u00e9rature actuelle est d\u00e9j\u00e0 0,9\u00b0C plus \u00e9lev\u00e9e qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e8re pr\u00e9industrielle. Et l\u2019objectif actuel, qui semble de plus en plus optimiste, est de maintenir cette hausse \u00e0 moins de 2\u00b0C d\u2019ici 2100. Au rythme actuel des \u00e9missions, elle serait plut\u00f4t de 4\u00b0C, si rien n\u2019est fait pour att\u00e9nuer les \u00e9missions avant la fin du si\u00e8cle, rappellent les chercheurs.<\/p>\n<p>Dans les trois cas, c\u2019est la fonte des p\u00f4les, o\u00f9 le r\u00e9chauffement est le plus prononc\u00e9, qui explique une si forte hausse du niveau de la mer. La contribution des p\u00f4les se serait fortement accrue ces derni\u00e8res ann\u00e9es, expliquant probablement 40% de la mont\u00e9e des mers, ce qui la fera bient\u00f4t passer devant la part li\u00e9e \u00e0 la fonte des glaciers et \u00e0 la dilatation thermique des oc\u00e9ans.<\/p>\n<p><strong>Une vitesse tr\u00e8s incertaine<\/strong><\/p>\n<p>Quand faut-il s\u2019attendre \u00e0 voir cette \u00e9ventuelle hausse de 6 m\u00e8tres? Difficile de le dire: les chercheurs ignorent \u00e0 quelle vitesse la mont\u00e9e des eaux s\u2019est produite lors de ces trois \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n<p>Pour Peter Clark, pal\u00e9oclimatologue \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Etat de l\u2019Oregon (Corvallis) et co-auteur de l\u2019\u00e9tude, <em>\u00able taux de CO2 continue \u00e0 augmenter, nous entrons en terre inconnue. Nous ignorons notamment le temps qu\u2019il faudra pour parvenir \u00e0 une telle hausse du niveau de la mer. Cela pourrait prendre plusieurs si\u00e8cles \u00e0 quelques mill\u00e9naires avant que nous voyions l\u2019impact total de la fonte de la calotte glaciaire\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Selon Andrea Dutton, contact\u00e9e par le <em>JDLE<\/em>, la vitesse d\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer au cours des trois \u00e9pisodes analys\u00e9s est en effet tr\u00e8s incertaine. Elle pourrait \u00eatre tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e: \u00e0 la fin de la derni\u00e8re p\u00e9riode glaciaire, entre -15.000 et -10.000 ans, la mer s\u2019est \u00e9lev\u00e9e au rythme de 4 m\u00e8tres par si\u00e8cle. Ce qui d\u00e9jouerait les pr\u00e9visions les plus pessimistes du groupement international d\u2019experts sur l\u2019\u00e9volution du climat (Giec).<\/p>\n<p>Dans son cinqui\u00e8me et dernier rapport, publi\u00e9 en 2014, le sc\u00e9nario RCP2 .6, d\u2019une hausse moyenne de 1\u00b0C d\u2019ici la fin du si\u00e8cle, entra\u00eenerait une mont\u00e9e de la mer jusqu\u2019\u00e0 0,61 m\u00e8tre en 2100, 1,02 m\u00e8tre en 2500. Et si une hausse de 6,63 m\u00e8tres est bien pr\u00e9vue par les experts, c\u2019est dans le pire des cas: en l\u2019an 2500 dans un sc\u00e9nario RCP8.5.<\/p>\n<p>[1] La conf\u00e9rence \u00abNotre avenir commun face au changement climatique\u00bb, qui s\u2019ach\u00e8ve vendredi 10 juillet au si\u00e8ge parisien de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture (Unesco).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #008000\">Les villes peuvent-elles sauver le monde ?<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Et si les maires gouvernanaient le monde, Benjamin Barber, \u00e9ditions de la rue de l\u2019Echiquier<\/strong><\/em><br \/>\n<em>www.goodplanet.info\/debat\/2015\/06\/30\/les-villes-peuvent-elles-sauver-le-monde<\/em><\/p>\n<p><strong>Face aux grands p\u00e9rils de notre si\u00e8cle \u2013 changement climatique, terrorisme, pauvret\u00e9, trafics en tous genres \u2013, les nations semblent paralys\u00e9es. Les probl\u00e8mes sont trop grands et trop interd\u00e9pendants pour un \u00c9tat-nation devenu dysfonctionnel. Benjamin Barber, professeur de sciences politiques \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de New York montre dans son nouveau livre \u00ab <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/maires-gouvernaient-monde-d%C3%A9cadence-grandeur\/dp\/2917770708\/ref=sr_1_fkmr2_1?ie=UTF8&amp;qid=1435661170&amp;sr=8-1-fkmr2&amp;keywords=et+si+les+maires+dirigeaient+le+monde\">Et si les maires gouvernaient le monde<\/a>\u00ab , publi\u00e9 aux <a href=\"http:\/\/www.ruedelechiquier.net\/\">\u00e9ditions de la rue de l\u2019Echiquie<\/a>r, que les villes, et les maires qui en ont la charge, font un meilleur \u00ab job \u00bb. Car elles partagent \u00e0 travers le monde les m\u00eames caract\u00e9ristiques : le pragmatisme, la confiance des citoyens, l\u2019indiff\u00e9rence aux fronti\u00e8res et \u00e0 la souverainet\u00e9, ainsi qu\u2019un go\u00fbt pour le travail en r\u00e9seau, la cr\u00e9ativit\u00e9, l\u2019innovation et la coop\u00e9ration. S\u2019appuyant sur l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te et novatrice d\u2019une douzaine de maires \u00e0 travers le monde \u2013 de Gdansk \u00e0 Los Angeles, de Mosc ou \u00e0 Bogota, de Rome \u00e0 Singapour \u2013, cet ouvrage, dont nous pr\u00e9sentons ici des extraits, pr\u00e9sente une vision stimulante de ce que pourrait \u00eatre la gouvernance locale au XXIe si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n<p>Dans ce monde surpeupl\u00e9 aux diff\u00e9rences trop marqu\u00e9es et \u00e0 la solidarit\u00e9 trop fragile, la d\u00e9mocratie traverse une profonde crise. Les \u00c9tats-nations ont, jadis, r\u00e9solu les probl\u00e8mes d\u2019\u00e9chelle dont souffrait la d\u00e9mocratie. Aujourd\u2019hui,ils freinent sa mondialisation.Le moment est donc venu de se demander s\u00e9rieusement : \u00ab Les villes peuvent-elles sauver le monde ? \u00bb Je pense que oui.<\/p>\n<p>[Pour comprendre l\u2019importance du sujet lire aussi <a href=\"http:\/\/www.goodplanet.info\/actualite\/2015\/06\/30\/mille-maires-a-paris-en-decembre-pour-la-conference-climat\/\">Mille maires \u00e0 Paris en d\u00e9cembre pour la conf\u00e9rence climat]<\/a><\/p>\n<p>Les \u00c9tats r\u00e9sistent \u00e0 toute collaboration transfrontali\u00e8re. Notre principal d\u00e9fi politique est donc de d\u00e9couvrir ou de cr\u00e9er des institutions alternatives, capables de s\u2019occuper des probl\u00e8mes toujours plus nombreux de notre monde interd\u00e9pendant, sans renoncer \u00e0 la d\u00e9mocratie garantie par les \u00c9tats-nations. Afin de nous pr\u00e9server tout \u00e0 la fois des formes anarchiques que prend la mondialisation, telles que les guerres et le terrorisme, et de ses formes monopolistiques, comme les multinationales, nous avons besoin d\u2019organismes d\u00e9mocratiques et internationaux efficaces, capables de relever les d\u00e9fis plan\u00e9taires auxquels ce monde, de plus en plus construit en r\u00e9seau, nous expose. Au cours des si\u00e8cles, les conflits ont fa\u00e7onn\u00e9 notre univers. Mais, du congr\u00e8s de Vienne \u00e0 la r\u00e9daction de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme en passant par la d\u00e9faite des puissances de l\u2019Axe, et du trait\u00e9 de Versailles \u00e0 la chute du mur de Berlin et \u00e0 la fin du monde bipolaire, les \u00c9tats- nations sont loin d\u2019avoir mis en place une gouvernance mondiale.Trop enclins par nature \u00e0 la rivalit\u00e9 et \u00e0 l\u2019exclusion mutuelle, ils semblent peu dispos\u00e9s \u00e0 coop\u00e9rer et incapables d\u2019\u00e9tablir des biens communs mondiaux.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie est prisonni\u00e8re de leur puissante \u00e9treinte : comment esp\u00e9rer une d\u00e9mocratisation de la mondialisation ou une mondialisation de la d\u00e9mocratie tant que ce progr\u00e8s d\u00e9pendra de nations souveraines rivales ? Que faut-il donc faire ?<\/p>\n<p>La solution est l\u00e0, sous nos yeux, \u00e9vidente mais le plus souvent m\u00e9connue : les villes sont nos ensembles politiques les plus interconnect\u00e9s. Organis\u00e9es en r\u00e9seaux, elles se d\u00e9finissent avant tout par la collaboration et le pragmatisme, par la cr\u00e9ativit\u00e9 et par la pluralit\u00e9 culturelle. Laissons-les faire ce que les \u00c9tats ne peuvent pas faire. Laissons les maires gouverner le monde. Puisque, comme l\u2019\u00e9crit Edward Glaeser, \u00ab la force qui \u00e9mane de la collaboration humaine est au centre de la r\u00e9ussite de la civilisation et \u00e0 l\u2019origine de l\u2019existence des villes \u00bb, celles-ci peuvent et doivent \u00e0 coup s\u00fbr gouverner \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p>C\u2019est en fait d\u00e9j\u00e0 le cas. Les villes sont de plus en plus impliqu\u00e9es dans des r\u00e9seaux qui font le tour du globe et qui ont trait \u00e0 la culture, au commerce et \u00e0 la communication. On peut aider ces r\u00e9seaux, ainsi que les dispositifs coop\u00e9ratifs qui les sous-tendent, \u00e0 r\u00e9aliser de fa\u00e7on formelle ce qu\u2019ils font d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 de mani\u00e8re informelle : gouverner sur la base du consensus, en coop\u00e9rant quand c\u2019est n\u00e9cessaire. Si les maires dirigeaient la plan\u00e8te, les 3,5 milliards et quelques d\u2019individus (plus de la moiti\u00e9 de la population mon- diale) qui vivent en ville, et tous ceux, plus nombreux encore, qui peuplent les territoires p\u00e9riurbains, pourraient participer localement et coop\u00e9rer globalement \u00e0 travers une forme miraculeuse de \u00ab glocalit\u00e9 \u00bb civique, promesse de pragmatisme et non de politique, d\u2019innovation et non d\u2019id\u00e9ologie, et de solutions en lieu et place de souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi auquel est confront\u00e9e la d\u00e9mocratie dans le monde moderne est le suivant : comment relier la participation, locale, au pouvoir, central ? Autrefois, c\u2019\u00e9tait le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat-nation. Aujourd\u2019hui, celui-ci est devenu trop grand pour permettre l\u2019existence d\u2019une participation significative et trop petit pour prendre en charge un pouvoir mondial centralis\u00e9. En r\u00e9action \u00e0 ce constat, le cosmopolitisme nous invite \u00e0 imaginer des citoyens \u2013 au sens litt\u00e9ral d\u2019individus habitant dans la cit\u00e9 \u2013 ancr\u00e9s dans des environnements urbains, o\u00f9 la participation et la communaut\u00e9 sont possibles et s\u2019\u00e9tendent au-del\u00e0 des fronti\u00e8res pour s\u2019opposer au pouvoir central et le circonscrire. Ces deux notions s\u2019allieraient pour superviser et r\u00e9guler la mondialisation anarchique et les forces ill\u00e9gitimes qu\u2019elle lib\u00e8re. Il y a presque cent ans, John Dewey se lan\u00e7ait en \u00ab qu\u00eate de la communaut\u00e9 supr\u00eame \u00bb, celle qui, au travers d\u2019activit\u00e9s communes et de symboles puissants, pourrait relier les individus en un large public, organis\u00e9 autour de la communication4. Ce faisant, John Dewey rompait le lien entre la gouvernance de l\u2019\u00c9tat d\u2019une part, et la d\u00e9mocratie d\u2019autre part. Il insistait pour que cette derni\u00e8re f\u00fbt envisag\u00e9e comme une forme d\u2019association approfondie, incluant la famille, l\u2019\u00e9cole, l\u2019industrie et la religion. Il \u00e9tait convaincu que la d\u00e9mocratie d\u00e9voilerait tout son potentiel lorsqu\u2019elle serait per\u00e7ue \u00ab comme une communion libre et enrichissante \u00bb et que \u00ab l\u2019enqu\u00eate sociale libre serait devenue indissociable de l\u2019art de la communication pleine et \u00e9mouvante \u00bb.<\/p>\n<p>Dans un monde r\u00e9gi par les villes, la communaut\u00e9 supr\u00eame que John Dewey appelle de ses v\u0153ux prendra une forme d\u00e9mocratique. Nul besoin de cr\u00e9er ex nihilo un nouvel organisme d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la gouvernance mondiale. Nul besoin non plus, pour ces villes en r\u00e9seau, de recevoir une certification de la part des \u00c9tats-nations qu\u2019elles supplanteront. Ce nouveau monde mettra l\u2019accent, \u00e0 l\u2019instar des derniers chapitres de cet ouvrage, sur la citoyennet\u00e9 ascendante, la soci\u00e9t\u00e9 civile, une communaut\u00e9 d\u2019individus b\u00e9n\u00e9voles, volon- taires, par-del\u00e0 les fronti\u00e8res, et non sur des prescriptions et des mandats ex\u00e9cutifs impos\u00e9s par quelques dirigeants internationaux.<\/p>\n<p>On peut trouver outrecuidant l\u2019ex-maire de NewYork, Michael Bloomberg, mais sa rh\u00e9torique\u2013 loin de celle de John Dewey, car r\u00e9aliste \u2013 exprime tout le pouvoir du localisme municipal sur fond de monde interd\u00e9pendant : \u00ab Avec la police de NewYork, je dispose de ma propre arm\u00e9e, et j\u2019ai mon propre minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, n\u2019en d\u00e9plaise au D\u00e9partement d\u2019\u00c9tat. \u00bb NewYork abrite \u00ab toutes sortes d\u2019individus venus de tous les coins du monde avec tous types de probl\u00e8mes \u00bb. Cela ne pla\u00eet pas \u00e0 Washington ? \u00ab De toute fa\u00e7on, conc\u00e8de Michael Bloomberg, je n\u2019\u00e9coute pas beaucoup ce qu\u2019ils disent, \u00e0 Washington. \u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019y a ici aucune vantardise. Les probl\u00e8mes et les perspectives inh\u00e9rents \u00e0 la ville donnent du poids \u00e0 ses affirmations. Car, comme le maire de New York le souligne, \u00ab la diff\u00e9rence entre mon niveau de gouvernance et d\u2019autres est qu\u2019ici, l\u2019action prend forme dans la cit\u00e9 \u00bb. Tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle, le gouvernement am\u00e9ricain est \u00ab parfaitement incapable de faire quoi que ce soit[\u2026], les maires de ce pays sont encore et toujours confront\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. Les pr\u00e9sidents pontifient \u00e0 coups de grands principes, les maires ont les mains dans le cambouis. Et ils font campagne pour le contr\u00f4le des armes : Michael Bloomberg a, par exemple, cr\u00e9\u00e9 l\u2019ONG Mayors Against Illegal Guns (\u00ab les maires contre les armes ill\u00e9gales \u00bb). Et ils luttent contre le r\u00e9chauffement climatique, via, notamment, le r\u00e9seau C40, qui regroupe 40 grandes villes. Ce mode de pens\u00e9e constructif s\u2019exprime \u00e0 travers des organismes comme le Conseil international pour les initiatives \u00e9cologiques locales (ICLEI), dont le rapport, diffus\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019inutile conf\u00e9rence de l\u2019ONU sur le climat \u00e0 Durban fin 2011, faisait observer que \u00ab les admi- nistrations locales sont ce qu\u2019il existe de plus concret en mati\u00e8re de lutte contre le changement climatique \u00bb. Le positionnement des villes \u00e0 l\u2019\u00e9gard du changement climatique s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9 un an plus t\u00f4t, lorsque 207 d\u2019entre elles avaient sign\u00e9 le pacte de Mexico, \u00e0 l\u2019occasion du Sommet mondial des maires sur le climat, qui s\u2019\u00e9tait tenu dans cette ville. Au m\u00eame moment, les \u00c9tats s\u2019engageaient vaguement \u00e0 honorer les \u00ab strat\u00e9gies et actions destin\u00e9es \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre \u00bb.<\/p>\n<p>En d\u00e9veloppant et en diversifiant les r\u00e9seaux gr\u00e2ce auxquels elles coop\u00e8rent d\u00e9j\u00e0, les villes montrent qu\u2019elles peuvent, ensemble, accomplir des choses dont les \u00c9tats sont incapables. [\u2026]<\/p>\n<p>Lorsque des maires comme Michael Bloomberg \u00e0 NewYork prennent des mesures pour freiner le tabagisme ou lutter contre l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 infantile en r\u00e9dui- sant les ventes de sodas dans des bouteilles et des gobelets g\u00e9ants,Washington ne peut qu\u2019observer avec \u00e9tonnement et d\u00e9sapprouver ou saluer l\u2019initiative. Et le gouvernement am\u00e9ricain ne peut rien contre d\u2019autres maires, ailleurs dans le monde, qui feraient de m\u00eame \u2013 bien s\u00fbr, les tribunaux peuvent intervenir, comme ils l\u2019ont fait en rejetant l\u2019interdiction de Michael Bloomberg sur les boissons sucr\u00e9es. Gr\u00e2ce \u00e0 leurs lobbys arrogants et \u00e0 leurs comptes en banque s\u00e9duisants,les fabricants de sodas ou de cigarettes ont beaucoup d\u2019influence sur les administrations centrales. Mais ils ne peuvent pas faire grand-chose contre ces initiatives municipales, sinon d\u00e9plorer, dans leurs campagnes publicitaires, la suppression du droit \u00e0 se tuer (ou \u00e0 tuer ses enfants). Je ne veux pas dire par l\u00e0 que les \u00c9tats n\u2019ont aucun pouvoir de contr\u00f4le, ni m\u00eame de strangulation, sur les villes qui tentent de leur \u00e9chapper. Leur souverainet\u00e9 l\u00e9gislative et leur position de force en mati\u00e8re budg\u00e9taire leur offrent toutes sortes de moyens de stopper les villes d\u00e9brid\u00e9es. D\u2019ailleurs, la seule ville mondiale qui coexiste en bonne intelligence au c\u00f4t\u00e9 de son \u00c9tat est Singapour, l\u2019\u00c9tat et la ville ne faisant qu\u2019un. Un \u00e9ventail \u00e9tonnamment large d\u2019activit\u00e9s et de coop\u00e9rations transfrontali\u00e8res reste cependant accessible aux villes qui le souhaitent vraiment.<\/p>\n<p>Cet appel, que je lance pour que les maires gouvernent le monde et permettent \u00e0 leurs administr\u00e9s urbains de sortir de leur pays et de devenir des citoyens sans fronti\u00e8res, n\u2019est donc pas utopique. Ce n\u2019est pas un simple souhait en faveur d\u2019un impossible r\u00e9gime fond\u00e9 sur la justice mondiale. De quoi cet appel a-t-il besoin pour se concr\u00e9tiser ?<\/p>\n<p>De la reconnaissance d\u2019un processus d\u00e9j\u00e0 en cours, celui d\u2019un monde qui se forme en l\u2019absence de planification syst\u00e9mique et sans la b\u00e9n\u00e9diction d\u2019une quelconque autorit\u00e9 \u00e9tatique. Et de notre d\u00e9sir d\u2019utiliser le potentiel, unique, de l\u2019urbanit\u00e9 : une coop\u00e9ration et un \u00e9galitarisme lib\u00e9r\u00e9s de la souverainet\u00e9 et de la nationalit\u00e9, de l\u2019id\u00e9ologie et de l\u2019in\u00e9galit\u00e9, bref, de ces forces obstin\u00e9es qui isolent les \u00c9tats-nations dans des forteresses soi-disant garantes de notre ind\u00e9pendance et de notre autonomie. Les maires, d\u00e9sireux de coop\u00e9rer les uns avec les autres, n\u2019ont aucune raison de c\u00e9der aux sir\u00e8nes de Nations pr\u00e9sum\u00e9es unies\u2026 et qui ne le seront, en v\u00e9rit\u00e9, jamais, car elles r\u00e9unissent des pays rivaux, obs\u00e9d\u00e9s par leur souverainet\u00e9 et leur ind\u00e9pendance. [\u2026]<\/p>\n<p>Revenons au point de d\u00e9part : les villes peuvent-elles sauver le monde ? Le d\u00e9fi est sans doute trop grand. Mais elles peuvent vraisemblablement sauver la d\u00e9mocratie du p\u00e9ril de la souverainet\u00e9 et trouver des moyens de gouverner la plan\u00e8te de fa\u00e7on d\u00e9mocratique et descendante \u2013 du haut vers le bas \u2013 ou, \u00e0 tout le moins, informelle, bref, des moyens efficaces, pragmatiques, lib\u00e9r\u00e9s de toute id\u00e9ologie. L\u2019ancien pr\u00e9sident Bill Clinton a rappel\u00e9, lors de la convention d\u00e9mocrate de 2012, que \u00ab lorsque les temps sont durs et que les gens sont malheureux, en col\u00e8re, qu\u2019ils souffrent et qu\u2019ils sont d\u00e9stabilis\u00e9s, la politique de l\u2019opposition syst\u00e9matique peut sembler bonne. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, ce qu\u2019on appelle une bonne politique ne fonctionne pas n\u00e9cessairement. Ce qui marche, c\u2019est la coop\u00e9ration \u00bb. Puis il s\u2019est tourn\u00e9 vers le c\u0153ur m\u00eame de la ville et, au milieu des vivats et des applaudissements, il a exhort\u00e9 les personnes pr\u00e9sentes \u00e0 \u00ab s\u2019adresser aux maires qui sont ici. Los Angeles se met au vert et Chicago se dote d\u2019une banque sp\u00e9cialis\u00e9e dans les infrastructures, parce que r\u00e9publicains et d\u00e9mocrates y travaillent de concert et mettent leurs neurones \u00e0 contribution. Leurs d\u00e9saccords n\u2019ont pas disparu pour autant, mais leur objectif est d\u2019obtenir des r\u00e9sultats concrets \u00bb.<\/p>\n<p>Ce que je veux, moi aussi, avec ce livre, c\u2019est obtenir des r\u00e9sultats concrets. Que l\u2019on change de sujet : que l\u2019on passe des \u00c9tats aux villes, de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019interd\u00e9pendance et de l\u2019id\u00e9ologie \u00e0 la r\u00e9solution des probl\u00e8mes. La ville est aujourd\u2019hui le sujet qui s\u2019impose : l\u2019espoir y a toujours \u00e9t\u00e9 monnaie courante, et les maires ont toujours fait preuve d\u2019optimisme. \u00ab Le contraste est saisissant entre l\u2019optimisme des commentateurs urbains et le pessimisme de ceux qui restent attach\u00e9s aux pays et aux institutions multinationales \u00bb, fait observer le blogueur urbain Matthew Taylor.<\/p>\n<p>\u00ab <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/maires-gouvernaient-monde-d%C3%A9cadence-grandeur\/dp\/2917770708\/ref=sr_1_fkmr2_1?ie=UTF8&amp;qid=1435661170&amp;sr=8-1-fkmr2&amp;keywords=et+si+les+maires+dirigeaient+le+monde\">Et si les maires gouvernaient le monde<\/a>\u00ab , \u00e9ditions de la rue de l\u2019Echiquier, 2015.<\/p>\n<p>Les autres livres des <a href=\"http:\/\/www.ruedelechiquier.net\/\">\u00e9ditions de la rue de l\u2019Echiquier<\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #008000\">L\u2019\u00e9conomie malade de ses mod\u00e8les<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Lydia Ben Ytzhak<\/strong><\/em><br \/>\n<em>https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/leconomie-malade-de-ses-modeles<\/em><\/p>\n<p><strong><em>L\u2019\u00e9conomiste Ga\u00ebl Giraud, coordinateur de la traduction de l\u2019ouvrage \u00abL\u2019Imposture \u00e9conomique\u00bb, sugg\u00e8re une remise en cause radicale des fondements scientifiques et math\u00e9matiques de l\u2019\u00e9conomie \u00aborthodoxe\u00bb. Il nous explique pourquoi. <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Chef \u00e9conomiste \u00e0 l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement et directeur de la chaire \u00ab \u00c9nergie et prosp\u00e9rit\u00e9 \u00bb, vous avez coordonn\u00e9 la traduction de l\u2019ouvrage de l\u2019Australien Steve Keen, <\/strong><em><strong>L\u2019Imposture \u00e9conomique,<\/strong><\/em><strong> parue aux \u00e9ditions de l\u2019Atelier. Vous partagez avec lui, qui avait annonc\u00e9 l\u2019imminence d\u2019une crise financi\u00e8re d\u00e8s<\/strong> <strong>2005, sa remise en cause radicale des fondements de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique. Celle-ci s&#8217;appuirait sur des mod\u00e8les qui sont tellement \u00e9loign\u00e9s de toute r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019ils ne peuvent rien pr\u00e9voir ni rien expliquer. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Qu\u2019entendez-vous par d\u00e9connexion de la r\u00e9alit\u00e9<\/strong> <strong>?<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong><strong>Ga\u00ebl Giraud : <\/strong>Pour dire les choses de mani\u00e8re lapidaire : les mod\u00e8les n\u00e9oclassiques (qui sont utilis\u00e9s dans la quasi-totalit\u00e9 des grandes institutions internationales, FMI, BCE, Banque de France, etc., et enseign\u00e9s dans toutes les universit\u00e9s), supposent toujours que l\u2019\u00e9conomie \u00e9tudi\u00e9e est \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre et y retournera quoi qu\u2019il advienne. Cela interdit de prendre en compte, autrement que sous la forme d\u2019\u00e9v\u00e9nements aberrants \u2013 ce que les \u00e9conomistes appellent des \u00ab cygnes noirs \u00bb \u2013, les catastrophes, les crises et autres ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9sagr\u00e9ables qu\u2019il est pourtant vital de pouvoir anticiper.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Vous pensez qu&#8217;il est possible d&#8217;anticiper les crises futures ?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Dans une certaine mesure, oui. C\u2019est la raison pour laquelle, par exemple, je viens de remettre au Parlement europ\u00e9en un rapport sur le co\u00fbt macro-\u00e9conomique pr\u00e9sum\u00e9 du prochain krach bancaire en zone Euro. Un krach que j&#8217;estime in\u00e9vitable \u00e0 terme, en d\u00e9pit de l\u2019Union bancaire europ\u00e9enne, cens\u00e9e nous en prot\u00e9ger. En effet, comment pr\u00e9tendre \u00e9valuer s\u00e9rieusement un tel co\u00fbt avec des mod\u00e8les d\u2019\u00e9quilibre o\u00f9, par construction, une crise bancaire ne peut pas arriver ou bien, au pire, ne fera que retarder le moment o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie, un instant perturb\u00e9e, retournera sagement \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre ? J\u2019ai donc utilis\u00e9 un mod\u00e8le alternatif mobilisant des syst\u00e8mes dynamiques non lin\u00e9aires (chaotiques) pour r\u00e9pondre \u00e0 la question des parlementaires. Adopter un point de vue dynamique est une \u00e9vidence dans toutes les disciplines scientifiques, sauf pour les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques, qui restent fig\u00e9s sur une m\u00e9thodologie statique qui date des ann\u00e9es 1870\u2026<\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Pourquoi contestez-vous \u00e9galement l\u2019utilisation que font les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques des outils math\u00e9matiques <\/strong> <strong>?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Parce qu&#8217;ils pr\u00e9tendent g\u00e9n\u00e9raliser et appliquer \u00e0 la macro-\u00e9conomie des outils forg\u00e9s et valid\u00e9s pour la micro-\u00e9conomie. Le probl\u00e8me est que, sous pr\u00e9texte de  simplifier la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9changes entre agents \u00e9conomiques \u2013 par exemple en consid\u00e9rant que la simple sommation des courbes de demande individuelle de chaque consommateur permet d\u2019\u00e9tablir la courbe de demande d&#8217;un march\u00e9 dans son ensemble \u2013 les mod\u00e8les n\u00e9oclassiques n\u00e9gligent, voire ignorent, les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019\u00e9mergence li\u00e9s \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation de millions de comportements distincts.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Des ph\u00e9nom\u00e8nes pourtant bien connus en physique statistique et en th\u00e9orie du chaos. Les \u00e9conomistes orthodoxes sont ainsi syst\u00e9matiquement pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des manifestations macro-\u00e9conomiques de type \u00ab cygne noir \u00bb, qui sont pourtant empiriquement av\u00e9r\u00e9es. Le pire \u00e9tant que <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Sonnenschein%E2%80%93Mantel%E2%80%93Debreu_theorem\">la validit\u00e9 math\u00e9matique de ces simplifications a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e et r\u00e9fut\u00e9e (link is external)<\/a> dans les ann\u00e9es 1970 par l\u2019\u00e9conomiste fran\u00e7ais G\u00e9rard Debreu. Malheureusement, comme \u00e0 chaque fois que la communaut\u00e9 des \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 un r\u00e9sultat qui la g\u00eanait, l\u2019auteur a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par un prix Nobel\u2026 et le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Quelles cons\u00e9quences ces approximations ont-elles en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique ?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>L&#8217;une des cons\u00e9quences les plus extraordinaire, c\u2019est que jusqu\u2019en 2012-2013 la totalit\u00e9 des mod\u00e8les n\u00e9oclassiques continuait de se fonder sur l\u2019hypoth\u00e8se ridicule que le secteur priv\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie n\u2019a pas de dette. Pourquoi ? Parce que l\u2019ensemble des consommateurs, une fois agreg\u00e9, est suppos\u00e9 se comporter comme un unique m\u00e9nage repr\u00e9sentatif. Un m\u00e9nage unique fictif qui ne peut \u00e9videmment pas avoir de dette vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame, \u00e0 la diff\u00e9rence des consommateurs individuels et r\u00e9els de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle\u2026<\/li>\n<\/ol>\n<p>Rien d\u2019\u00e9tonnant, dans ces conditions, \u00e0 ce que le d\u00e9bat politique, en Europe comme dans les pays du Sud, se focalise sur la dette publique, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019exception du Japon, le priv\u00e9 est presque partout beaucoup plus lourdement endett\u00e9 que le public. En Chine, en particulier, le ratio dette priv\u00e9e sur PIB s\u2019envole dangereusement depuis plusieurs ann\u00e9es et pourrait provoquer la prochaine tourmente financi\u00e8re mondiale. Pendant ce temps, beaucoup trop d\u2019\u00e9conomistes scrutent, \u00e0 mon avis \u00e0 tort, la dette publique des \u00c9tats\u2026<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Vous reprochez \u00e9galement aux \u00e9conomistes d\u2019omettre la monnaie, mais n\u2019est-elle pas au centre du d\u00e9bat ?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Aussi paradoxal que cela puisse para\u00eetre, la quasi-totalit\u00e9 des mod\u00e8les omet la monnaie ; y compris les mod\u00e8les parfaitement n\u00e9oclassiques de Thomas Piketty qui sont pourtant cens\u00e9s d\u00e9crire l\u2019\u00e9volution du capital. Ils consid\u00e8rent que la monnaie n\u2019a aucune influence \u00e0 plus ou moins long terme sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, alors que toutes les \u00e9tudes empiriques d\u00e9montrent \u00e9videmment le contraire. Rien de surprenant, du coup, \u00e0 ce que le secteur bancaire soit souvent absent desdits mod\u00e8les. Et, m\u00eame quand les \u00e9conomies que l\u2019on mod\u00e9lise comportent une banque, celle-ci est d\u00e9natur\u00e9e et travestie en un pur interm\u00e9diaire financier qui pr\u00eaterait aux emprunteurs de la main droite ce qu\u2019elle aurait emprunt\u00e9 aux pr\u00eateurs de la main gauche. Pourtant, ce sont les m\u00eames \u00e9conomistes qui ne cessent d\u2019\u00e9voquer l\u2019inflation et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat auquel le secteur priv\u00e9 peut emprunter de la monnaie.<\/li>\n<\/ol>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Les banques et la monnaie ne sont-elles pas des interm\u00e9diaires financiers ?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Si, mais les banques ne sont pas des relais passifs, elles frappent monnaie tous les jours. La Banque d\u2019Angleterre, dont le <em>chief economist,<\/em> Andrew Haldane \u2013 un homme courageux \u2013, rappelle r\u00e9guli\u00e8rement que les banques ne sont pas que des interm\u00e9diaires financiers : elles cr\u00e9ent de la monnaie ex nihilo, l\u00e9galement, en permanence.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Bien entendu, toutes ces aberrations sont toujours pr\u00e9sent\u00e9es sous le pr\u00e9texte de la simplification, renvoyant \u00e0 plus tard la t\u00e2che d\u2019attaquer les \u00ab choses s\u00e9rieuses \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, ces simplifications emportent avec elle des d\u00e9cisions de mod\u00e9lisation et in fine des options politiques fortes.<\/p>\n<p>Par exemple, le fait de faire \u00ab comme si \u00bb les banques ne cr\u00e9aient pas de monnaie permet d\u2019entretenir la fiction selon laquelle la planche \u00e0 billets est toujours et partout inflationniste. Si c\u2019\u00e9tait le cas, il conviendrait de fermer toutes les banques demain matin.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>En quoi cette simplification est-elle selon vous porteuse de manipulation politique ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Parce qu&#8217;elle entretient l\u2019id\u00e9e fausse selon laquelle la cr\u00e9ation mon\u00e9taire est ipso facto inflationniste. Elle permet de retirer le pouvoir de battre monnaie des mains du souverain politique au motif qu\u2019il en usera forc\u00e9ment \u00e0 des fins \u00e9lectoralistes et aux d\u00e9pens de la stabilit\u00e9 des prix; installant l\u2019id\u00e9e que la Banque centrale doit absolument \u00eatre ind\u00e9pendante. En Colombie, par exemple, la Banque centrale de Bogota d\u00e9fend aujourd\u2019hui jalousement son ind\u00e9pendance, \u00e9ventuellement aux d\u00e9pens d\u2019un certain nombre d\u2019investissements que le gouvernement colombien souhaite financer.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Autre approximation des mod\u00e8les n\u00e9oclassiques, probablement la plus \u00e9tonnante, ils reposent presque tous sur l\u2019hypoth\u00e8se des \u00ab anticipations rationnelles \u00bb. Cette hypoth\u00e8se signifie que, compte tenu de l\u2019information dont ils disposent, les m\u00e9nages et les entreprises sont suppos\u00e9s anticiper parfaitement le d\u00e9roulement de l\u2019\u00e9conomie jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps. Ne riez pas, c\u2019est vrai !<\/p>\n<p>Mais cette fois encore, l\u2019aberration \u00e9pist\u00e9mique n\u2019est pas politiquement innocente ; car l\u2019une des cons\u00e9quences de l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019anticipation rationnelle, c\u2019est le \u00ab th\u00e9or\u00e8me d\u2019\u00e9quivalence ricardienne \u00bb de Robert Barro (attribu\u00e9 \u00e0 tort au grand \u00e9conomiste britannique du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle David Ricardo).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>En quoi consiste ce th\u00e9or\u00e8me<\/strong> <strong>?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Ce \u00ab th\u00e9or\u00e8me \u00bb, qui n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un postulat non d\u00e9montr\u00e9, dit ceci : puisque les m\u00e9nages font des anticipations rationnelles, chaque fois que l\u2019\u00c9tat augmente sa d\u00e9pense publique, les m\u00e9nages augmentent leur \u00e9pargne \u00e0 due proportion de mani\u00e8re \u00e0 th\u00e9sauriser exactement de quoi financer le surcro\u00eet d\u2019imp\u00f4ts qui ne manquera pas de venir combler le d\u00e9ficit public suppl\u00e9mentaire. Conclusion : la d\u00e9pense publique est toujours et partout inefficace, puisqu\u2019elle est imm\u00e9diatement neutralis\u00e9e par les m\u00e9nages. Pourtant, empiriquement, on n\u2019observe pas de forte corr\u00e9lation entre l\u2019\u00e9pargne et la d\u00e9pense publique. Il n\u2019emp\u00eache que ce \u00ab th\u00e9or\u00e8me \u00bb continue d\u2019\u00eatre enseign\u00e9 dans les cours d&#8217;\u00e9conomie comme s\u2019il \u00e9tait parole d\u2019\u00c9vangile.<\/li>\n<\/ol>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Existe-t-il des alternatives plus prometteuses<\/strong> <strong>?<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> G. : <\/strong>Depuis 2013, quelques rares mod\u00e8les n\u00e9oclassiques, par exemple celui de Krugman-Eggertson, tentent d\u2019incorporer les dettes priv\u00e9es. Mais cela se fait toujours \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un paradigme d\u2019\u00e9quilibre, sans monnaie et avec des anticipations rationnelles. Il y a aujourd\u2019hui une \u00e9quipe internationale de chercheurs, \u00e9conomistes, math\u00e9maticiens, physiciens, qui collaborent \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une famille de mod\u00e8les alternatifs construits autour de deux-trois id\u00e9es centrales : d\u2019abord, ils doivent v\u00e9rifier les conditions de coh\u00e9rence comptables<em>,<\/em> lesquelles, souvent ne sont pas satisfaites par les mod\u00e8les standard ; ensuite, ils ob\u00e9issent \u00e0 des syst\u00e8mes dynamiques estim\u00e9s empiriquement d\u2019apr\u00e8s le comportement agr\u00e9g\u00e9 r\u00e9el des acteurs \u00e9conomiques ; et enfin ils incorporent l\u2019\u00e9nergie et les ressources naturelles comme ingr\u00e9dients essentiels de la production.<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mont\u00e9e de la mer: au minimum 6 m\u00e8tres Romain Loury www.journaldelenvironnement.net\/article\/montee-de-la-mer-au-minimum-6-metres,60330 Les villes peuvent-elles sauver le monde ? 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