(Français) Articles du Vendredi : Sélection du 7 juin 2019

Sorry, this entry is only available in French. For the sake of viewer convenience, the content is shown below in the alternative language. You may click the link to switch the active language.


Pays basque: 10 ans de Bizi! en 10 actions spectaculaires Pierre Penin www.sudouest.fr/2019/06/05/pays-basque-10-ans-de-bizi-en-10-actions-spectaculaires-6171587-4018.php

L’association écologiste et sociale fête ses dix ans, avec un livre et un week-end de fête, les 14, 15 et 16 juin. Petit retour sur une décennie de lutte ou la radicalité se teinte d’humour.

Bizi! a dix ans. Dix ans que l’association altermondialiste née à Bayonne alerte sur l’urgence climatique et tisonne les questions sociales. Des sujets complexes, voire arides, sur lesquels ses militants savent attirer l’attention par leur science du coup d’éclat et leur sens de l’humour.

Ses membres se définissent comme “radicalo-pragmatiques”, soucieux de résultats dans leurs combats. Ouvertement inspirés par le militantisme d’Act up pour les droits des homosexuels et contre le sida: un approche à la fois exubérante et experte des questions traitées.

Pour célébrer ses dix ans, Bizi! publie un livre, “Beti Bizi, climat d’urgence”. Richement illustré, il retrace, de manière chronologique, les combats de l’association. Il décrit aussi sa méthode et son esthétique. Les 14, 16 et 16 juin, Bizi! soufflera ses bougies à travers un “week-end festif”, place Patxa, à Bayonne (lire ci-après).

L’occasion de se remémorer les manifestations marquantes d’une décennie militante. Voici donc Bizi!, 10 ans en 10 actions. Sélection non exhaustive et subjective…

Une bicyclette pour Didier Borotra

Bizi! aimerait bien que la Ville de Biarritz accélère, passe en danseuse pour développer son réseau cyclable. L’association va le dire, en 2012, au maire d’alors, Didier Borotra. De manière humoristique, ils font don à l’édile d’une “bizi kleta”, un vélo pour lui demander d’ “agir maintenant” pour favoriser les mobilités douces. Depuis, la cité impériale a régulièrement servi de théâtre à des actions sur la même thématique.Bizi offre un vélo au maire de Biarritz !

Suspendus dans le vide contre la LGV

Bizi! est aux côtés du Collectif de défense des associations de l’environnement (Cade) pour lutter contre la Ligne à grande vitesse (LGV), tronçons sud. Le 23 octobre 2012, une dizaine d’activistes prend d’assaut le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Les militants parviennent à accéder au toit terrasse du bâtiment et trois d’entre eux descendent en rappel le long de la grande façade vitrée, pour déployer une banderole. Elle dénonce les 80 millions d’euros votés par la collectivité pour financer le tronçon de la LGV entre Tours et Bordeaux. S’ils ne parviennent pas à bien dérouler leur banderole, le coup médiatique est réussi. Donc l’opération.

Une petit “drink” chez Ferrari

Avril 2014, les altermondialiste ont décidé de s’offrir une coupette de champagne chez Ferrari. Ils investissent les pelouses devant le garage de la fameuse marque de voitures de luxe (aujourd’hui fermé) pour lancer ce message: « Les riches plus riches que jamais ! » Manière de dénoncer une société inégalitaire où « l’absence de limites à l’accumulation des richesses est en train de construire un monde scandaleux ». Santé!

Charbon et kangourous contre la Société Générale

L’association Bizi déverse du charbon devant la société générale. La campagne Stop Alpha Coal ! Retour à l’envoyeur a pour but de stopper un projet de mine en Australie, tout du moins son financement par la société générale.

En 2014, Bizi! reproche à la Société générale son implication dans un vaste “projet climaticide”, en Australie. Baptisé  “Alpha coal”, il prévoit alors l’exploitation d’un gisement de houille dans le Queensland. Les militants climatiques vont multiplier les occupations pacifiques d’agences de la banque en France. A Bayonne, ils vont même déposer 1,8 tonne de charbon devant une succursale. 1,8, pour 1,8 milliard de tonnes de CO2 qui devrait projeter l’exploitation houillère dans l’atmosphère. La Société Générale reculera devant les effets désastreux pour son image de la campagne de Bizi!

Alternatiba, un puissant mouvement climatique

Dès 2010, Bizi! lançait le concept d’Alternatiba. Il s’agit de promouvoir les actions déjà possibles et facilement accessibles pour, chacun, contribuer à la réduction des gaz à effet de serre. Ce travail se décline sur la durée, par de la pédagogie tous azimuts.

Et connaît des temps forts que sont les grands forums Alternatiba: organisé dans un ville par les militants locaux, un week-end festif réunit tous les acteurs locaux de la transition pour emmener un maximum de personnes dans le mouvement.

Depuis le premier Alternatiba à Bayonne, des dizaines d’autres ont vu le jour, partout en France et au-delà, puisqu’on en compte en Haïti, au Sénégal…

En 2015, Alternatiba devenu un mouvement, s’engage dans un “tour de France des alternatives”: 5 000 kilomètres à travers le pays pour les promouvoir, avec terminus à Paris. Ce tour voulait aussi attirer l’attention et mobiliser la société civile en vue de la COP 21, le sommet sur le climat à Paris, en décembre 2015.

Une sirène échouée dans le jardin de Total

En mars 2016, une sirène mazoutée s’échoue devant le Centre scientifique Jean-Féger, à Pau. Cela alors que des dirigeants du groupe Total s’adressent aux médias pour évoquer le très prochain congrès “Deepwater développement”. Il s’agit pour les grands groupes internationaux qui prospèrent sur l’exploitation des énergies fossiles d’étudier les moyens d’aller puiser en eau très profonde la ressource. Pas du goût de Bizi! et de ses pairs du mouvement ANV COP21, qui mettaient la pression ce jour-là et faisaient connaître leur intention de perturber le fameux sommet.

Les faucheurs de chaise et un procès aux paradis

Début 2017, le militant de Bizi! Jon Palais est jugé devant le tribunal correctionnel de Dax pour le “vol en réunion” de chaises dans une agence bancaire de la BNP. Depuis plusieurs mois, les activistes s’emparent ainsi de chaises et fauteuils dans des agences bancaires de plusieurs banques pour dénoncer l’évasion fiscale qu’elles facilitent. La BNP portera plainte.

L’un des conseils de Jon Palais n’est autre qu’Eva Joly, ancienne candidate à l’élection présidentielle sous la bannière d’Europe Ecologie – Les Verts. Bizi! et ses soutiens vont transformer le procès de Jon Palais en celui de l’évasion fiscale vers les “paradis” du même nom. L’affaire aura un énorme retentissement. Jon Palais sera relaxé.

Une pelleteuse contre la mine d’or

Ce petit matin de septembre 2017, dix-sept militants de Bizi! débarquent avec une pelleteuse et simulent un chantier à Seichebrières. Que font-ils dans ce petit village (200 habitants) du Loiret, à 700 kilomètres du Pays basque? Ils manifestent devant le domicile de Christian Vallier, président de la société Sudmine, qui projette d’extraire un jour de l’or du sous-sol basque. Un dessein largement rejeté localement.

Avec José Bové pour bloquer le centre de rétention

L’eurodéputé José Bové est un vieux compagnon de route de Bizi! Ce 3 avril 2018, il est aux côtés de l’association et de la Cimade, pour empêcher la réouverture du centre de rétention administrative (CRA) d’Hendaye. Le lieu retient des migrants sans papiers, le plus souvent voués à l’expulsion. “Eux c’est nous”, proclament les manifestants, qui demandent à être enfermés à la place des migrants. Ce jour-là, ils ont réussi à empêcher le transfert de sans-papiers depuis Bordeaux. Le CRA fonctionne cependant toujours, à la frontière.

Ils se paient la tête de Macron

Depuis le début de l’année, Bizi! et le réseau ANV COP 21 subtilisent régulièrement les portraits officiels d’Emmanuel Macron, dans les mairies. Une petite dizaine a été “réquisitionnée” au Pays basque. Le mouvement a gagné toute la France. Ceux qui se rendent ainsi coupables de “vols en réunion” au regard de la justice entendent dénoncer l’inertie du gouvernement en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Action en cours…

Un week-end anniversaire

Les 14, 15 et 16 juin, Bizi! fêtera ses dix ans, sur la place Patxa, à Bayonne.

Vendredi 14 juin

19h: apéro anniversaire et ouverture officielle.

20h30: présentation de “la méthode Bizi!”.

22h30: projection du film “Irrintzina, le cri de la génération climat”.

Samedi 15 juin

10h à 16h: poteo militant autour de stands, pour découvrir les actions de Bizi!.

10h30: conférences avec Corinne Morel Darleux et Geneviève Azam pour se projeter dans les dix prochaines années.

12h: buvette et talo.

13h: conférence gesticulée “la bisounoursophobie”, par Désiré Prunier.

14h30: conférence en basque de Joseba Azkarraga (“Solidarité écologique et sociale”) et Alazne Inxauspe Elola (“sur les chemins de l’agroécologie et de l’écoféminisme”).

16h20h: poteo de bars en peñas (Kalostrape, Mami Txula, Sankara, Café des Pyrénées, Patxoki) puis concert gratuit de Mali Karma, Foisis Jaunak, HK et DJ K-Pux.

Dimanche 16 juin

10h: grande action de désobéissance civile et festive, 100% non-violente. Rendez-vous au parking de Glain. Inscription préalable via bizimugi.eu/10ans.

12h: apéro d’anniversaire et mutxikoak.

13h: repas populaire animé. 18 euros “vin, café et patxaran compris”. Prévente en euskos sur le site bizimugi.eu/10ans.

16h: dantza piko avec Patxi et Konpania.

Bizi! recherche des bénévoles pour ces journées. Contcat sur le site des 10 ans ou 05 59 25 65 52.

« Il faut stopper au plus vite l’usage des pesticides » Collectif de chercheurs www.lemonde.fr/sciences/article/2019/06/04/il-faut-stopper-au-plus-vite-l-usage-des-pesticides_5471311_1650684.html?xtmc=il_faut_stopper_au_plus_vite_l_usage_des_pesticides&xtcr=1

Un collectif de chercheurs dénonce dans une tribune au « Monde » l’incapacité des experts en toxicologie à protéger la nature et l’homme. Selon eux, on en sait assez pour interdire ces substances dès maintenant.

La tribune intitulée « Sur l’impact des pesticides, la recherche scientifique doit éclairer la décision publique » (Le Monde du 17 mai) rappelle l’angoissante perspective vers laquelle nous entraîne l’usage sans cesse croissant de ces substances. Depuis le constat de la chute des populations d’insectes pollinisateurs jusqu’aux données jugées probantes en termes d’impact sur la santé humaine, elle souligne la gravité du problème. Simultanément à ce constat, elle se fait l’avocate d’un financement d’études jugées nécessaires pour « éclairer » une éventuelle décision d’interdire l’usage des pesticides.

Pourtant, en dépit d’un tel constat, le texte ne mentionne nulle part la ­nécessité de l’arrêt urgent de l’utilisation massive des pesticides. L’urgence découle des dégâts déjà constatés à ce jour sur la faune et la biodiversité. Pour l’homme, au regard des incertitudes concernant les mécanismes d’action des pesticides ou les conséquences de lentes imprégnations par ceux-ci, les réponses pourraient bien n’être là que dans dix, vingt ans ou plus. Les cancers reconnus en justice comme liés à l’utilisation du Roundup se sont par exemple révélés trente ­années ou plus (en 2011 et 2015) après le début de l’exposition (1982).

Le temps représente un enjeu décisif avec lequel les firmes de l’agrochimie jouent pour commercialiser des pesticides, qui, du fait de leur toxicité, sont retirés les uns après les autres pour y substituer d’autres molécules, ou des mélanges variés, ouvrant à de nouvelles études… et de nouveaux profits. La course est sans fin entre les firmes, les agences de sécurité, les chercheurs toxicologues, et les politiques qui n’ont pas, le plus souvent, les connaissances pour discerner le vrai du faux. Un fongicide, comme l’époxiconazole, mis en cause en 2013, enfin retiré par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) le 28 mai, est déjà remplacé par une molécule sœur !

Destruction de la biodiversité

Certains d’entre nous, à l’origine de l’alerte de 2018 parue dans le journal Libération concernant les fongicides SDHI, avaient souligné l’urgence d’interdire l’usage immodéré de ces pesticides. Les SDHI peuvent inhiber la succinate déshydrogénase, depuis celle des champignons jusqu’à celle des ­cellules humaines. Ils sont vendus comme fongicides pour l’agriculture. Les nouvelles alarmantes sur la destruction de la biodiversité nous ont conduits à renouveler cette demande début 2019. Parallèlement, l’Anses a produit un rapport dit « d’expertise », mais critiquable dans sa réalisation et ses conclusions. Les experts choisis, et à leur suite l’Anses, y redisent leur foi en la capacité de la science à garantir l’innocuité de ces pesticides.

« L’urgence fait que nous ne pouvons plus attendre les résultats de nouvelles études »

Et pourtant, ces trente dernières années ont démontré l’incapacité des experts en toxicologie à protéger la nature et possiblement l’homme des méfaits des pesticides.

 

Pour ceux d’entre nous qui travaillent sur les maladies mitochondriales humaines (liées à des dysfonctions des mitochondries assurant la respiration cellulaire), nous avons appris à reconnaître que nos connaissances sont trop insuffisantes pour pouvoir se prononcer sur les conséquences possibles d’une imprégnation lente par des pesticides, en particulier par ceux qui, comme les SDHI, viendraient perturber la respiration des cellules. De fait, les tests toxicologiques utilisés actuellement sont largement inadaptés. Ainsi, tels quels, ils ne permettent pas de détecter les atteintes qui toucheraient les fonctions des mitochondries, comme celles causées par les SDHI. Idem pour la capacité de pesticides comme les SDHI d’induire des cancers par des mécanismes épigénétiques qui ne sont pas étudiés.

En outre, du fait qu’ils développent des formes de cancer qui leur sont propres sans développer nécessairement ceux observés chez l’homme, les modèles rongeurs utilisés ne sont en réalité pas informatifs. Pour finir, les cohortes humaines disponibles sont trop réduites, réunissant des individus aux histoires trop hétérogènes en termes d’exposition aux pesticides (nature, durée, quantité) pour assurer une interprétation fiable des observations cliniques. Les études de quantification des risques demandées dans la tribune du Monde du 17 mai, outre qu’elles apparaissent contradictoires avec le constat d’un désastre déjà présent, sont pour partie irréalisables. Et, contrairement à ce qu’affirme le titre, elles ne sont pas nécessaires pour « éclairer » la décision de les interdire.

Entre le million d’espèces en voie de disparition, disparition dans laquelle les scientifiques s’accordent à attribuer un rôle non négligeable au déversement des milliers de tonnes de pesticides dans la nature, et le temps requis pour quantifier un éventuel impact sur la santé humaine, le choix se trouve vite fait. Nous connaissons, pour les vivre tous les jours, les difficultés financières que rencontre la recherche publique, mais l’urgence fait que nous ne pouvons plus attendre les résultats de nouvelles études.

Face aux dégâts déjà constatés sur la nature et à l’incertitude menaçante pour l’homme, les opinions publiques seraient sans doute aujourd’hui favorables à l’application immédiate du principe de précaution. Selon nous, il faut concentrer les moyens pour « Cultiver et protéger autrement », comme l’affirme le programme prioritaire de recherche gouvernemental, passer du discours aux actes et stopper l’usage des pesticides au plus vite.

 

Collectif : Paule Bénit, PhD, ingénieure de recherche Inserm, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Alessia Catania, MD, PhD, Unit of Medical Genetics and Neurogenetics, Fondazione IRCCS Istituto Neurologico Carlo Besta, Milan, Italie ; Dominique Chrétien, PhD, ingénieur de recherche Inserm, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Stéphane Dauger, MD, PhD, pédiatre, réanimateur, professeur des universités, praticien hospitalier AP-HP, hôpital Robert-Debré, Paris ; Jessica Dubois, PhD, chargée de recherche Inserm, CEA, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Charles-Patrick Edery, MD, PhD, professeur des universités, praticien hospitalier, U1028 Inserm, UMR 5292, CNRS-univ. Claude- Bernard, Lyon ; Riyad El Khoury, PhD, Assistant Professor, Department of Pathology and Laboratory Medicine, université américaine de Beyrouth, Liban ; Jorge Gallego, PhD, directeur de recherche Inserm, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Irina Giurgea, MD, PhD, maîtresse de conférences des universités, praticienne hospitalière, département de génétique moléculaire, hôpital Armand-Trousseau, Paris ; Pierre Gressens, MD, PhD, directeur de recherche Inserm, UMR 1141, France, et professeur de neurologie foetale et néonatale au King’s College à Londres, Royaume-Uni ; David Israeli, PhD, Généthon-AFM Téléthon, Evry ; Olivier Jean-Jean, MD, PhD, directeur de recherche CNRS, UMR 8256, CNRS-univ. Pierre-et-Marie-Curie, Paris ; Hélène Launay, PhD, chargée de recherche CNRS, bioénergétique et ingénierie des protéines, UMR 7281, CNRS-univ. Aix-Marseille ; Marie Legendre, MD, PhD, praticienne hospitalière, département de génétique moléculaire, hôpital Armand- Trousseau, Paris ; Guy Lenaers, PhD, directeur de recherche CNRS, MitoLab, université d’Angers ; Roland Lloubes, PhD, directeur de recherche DR1 émérite CNRS, laboratoire d’ingénierie des systèmes macromoléculaires, UMR 7255, CNRS-univ. Aix-Marseille ; Axel Magalon,PhD, directeur de recherche CNRS, laboratoire de chimie bactérienne, UMR 7283, CNRS-univ. Aix-Marseille ; Boris Matrot, ingénieur de recherche Inserm, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert- Debré, Paris ; Amazigh Mokhtari, étudiant, UMR 1141, Inserm-univ. Paris- Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Jeannette Nardelli, PhD, chargée de recherche Inserm, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert- Debré, Paris ; Wolfgang Nitschke, PhD, directeur de recherche CNRS, bioénergétique et ingénierie des protéines, UMR 7281, CNRS-univ. Aix- Marseille ; Alice Pavlowsky, PhD, maîtresse de conférences, UMR 8249, CNRS-Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris ; Christian Pinset, MD, directeur de recherche émérite CNRS, UMR 861, Inserm/I-Stem Corbeil-Essonnes ; Béatrice Py, PhD, directrice de recherche CNRS, laboratoire de chimie bactérienne, UMR 7283, CNRSuniv. Aix-Marseille ; Malgorzata Rak, PhD, chargée de recherche CNRS, UMR 1141, Inserm-univ. Paris-Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Pascal Reynier, MD, PhD, professeur des universités, praticien hospitalier, biochimie et biologie moléculaire, université d’Angers ; Pierre Rustin, PhD, directeur de recherche CE émérite CNRS, UMR 1141, Inserm-univ. Paris- Diderot, hôpital Robert-Debré, Paris ; Manuel Schiff, MD, PhD, maître de conférences des universités, praticien hospitalier AP-HP, hôpital Robert- Debré, Paris ; Abdelhamid Slama, PhD, praticien hospitalier AP-HP, hôpital du Kremlin-Bicêtre.

Climat: l’heure de vérité Alternatiba https://blogs.mediapart.fr/alternatiba/blog/050619/climat-l-heure-de-verite

Les mobilisations pour le climat n’ont jamais été aussi fortes, et pourtant le climat s’emballe. Alors on s’est plantées ? ou on a planté ? En tant que mouvements citoyens Alternatiba et ANV-COP21, nous nous posons la question et détaillons notre stratégie pour un mouvement de masse, populaire, radical, non-violent et déterminé pour le climat.

La mobilisation pour le climat n’a jamais eu autant de succès en France. Ces derniers mois, nous avons assisté à de nouvelles dynamiques comme les marches massives pour le climat suite à la démission de Nicolas Hulot ou les grèves des lycéen⋅ne⋅s et des étudiant⋅e⋅s à l’appel de la jeune Suédoise Greta Thunberg, mais aussi l’émergence de nouveaux groupes militants, le succès inédit d’initiatives comme la plainte en justice contre l’Etat français appuyée par plus de deux millions de signataires, et la mise en mouvement de personnes qui jusque là ne s’étaient pas engagées pour le climat. Des passerelles solides se sont construites avec le mouvement social, et notamment la mobilisation populaire et déterminée des Gilets Jaunes qui affirme clairement le lien entre “fin du monde et fin du mois”.

Pourtant, la réalité du dérèglement climatique s’accélère. Les catastrophes climatiques se multiplient comme récemment au Mozambique. Les records de température se succèdent. Depuis 1950, le nombre d’inondations a été multiplié par 15, les périodes de températures extrêmes par 20 et les feux de forêt par 7. L’Arctique fond deux fois plus vite que prévu. La concentration du CO2 dans l’atmosphère n’a jamais été aussi haute depuis 3 millions d’années, risquant de provoquer un emballement du climat si l’humanité ne parvient pas à maîtriser son activité. Ce constat scientifique, chaque jour plus sombre, chaque jour plus alarmiste, est source d’interrogations quotidiennes. Depuis 50 ans, des citoyen⋅ne⋅s se mobilisent, mais nous fonçons de plus en plus vite vers les seuils d’emballement climatique. L’état de la planète prouve-t-il que nous nous sommes planté⋅e⋅s de stratégie ? Quel rôle nous, mouvements citoyens Alternatiba et Action Non-Violente COP21, nés juste avant la COP21 en vue de créer un mouvement de masse populaire, non-violent et déterminé pour le climat, devons-nous jouer à présent ?

On a planté

Si le dérèglement climatique gagne inexorablement du terrain, c’est parce que ses responsables sont encore en position de force. Or, il n’y a malheureusement pas de haricot magique permettant de faire pousser d’un claquement de doigts un mouvement apte à renverser la table et à construire une alternative pérenne. C’est pour ça que ces dernières années, il a fallu travailler le terreau, l’amender, semer et planter les graines permettant l’éclosion d’un tel mouvement. Construire le rapport de force est un travail de longue haleine, souterrain et silencieux. C’est ce qui le rend en grande partie invisible. On pourrait rétorquer : “mais face à l’urgence climatique, nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la patience !” C’est vrai, et c’est ce dosage entre urgence et nécessité de construire des bases solides qu’il convient sans cesse de trouver. Car pour inverser des situations qui nous sont défavorables sans épuiser ressources et militant⋅e⋅s et sans se solder par un échec, il faut faire une analyse honnête de la situation, et des paliers à franchir. On ne gravit pas l’Himalaya d’une traite sans reprendre des forces au camp de base.

Or, en 2013, le mouvement climat français cuvait une “gueule de bois” post-Copenhague. Malgré une forte mobilisation internationale pour le climat à la COP15 de Copenhague en 2009, aucun accord n’avait été trouvé, ce qui avait démobilisé et démoralisé bon nombre de militant⋅e⋅s. C’est dans ce contexte de berezina climatique qu’est née la dynamique Alternatiba. Le mot d’ordre ? “Changeons le système, pas le climat” pour affirmer la nécessité d’un changement radical du système actuel, premier responsable du dérèglement climatique. Le pari ? Impulser de nouvelles mobilisations populaires sur le climat en organisant 10, 100, 1000 “villages des alternatives” partout sur le territoire en amont de la COP21 de 2015. Ces événements permettaient non seulement de montrer le jour J que les alternatives pour lutter contre le système existaient, mais leur préparation était également l’occasion de renforcer les liens, sur chaque territoire, entre les porteurs d’alternatives, pour donner corps à une nouvelle dynamique collective. Puis, une deuxième branche a poussé avec la naissance du mouvement ANV-COP21, dont l’objectif était d’organiser des actions de désobéissance civile de masse sur le climat en affirmant une ligne 100 % non-violente. Deux ramifications qui se voulaient complémentaires au précieux travail mené par nos alliés.

Pour permettre leur structuration, la méthodologie fut centrale, basée sur des méthodes d’animation efficaces, sur la conviction que de la pratique naît la conscience (ce qui permet à tout le monde de rejoindre le mouvement et de se former progressivement) et sur des règles inclusives, comme par exemple celle de commencer et de finir les réunions à l’heure – un détail en apparence qui n’en est pas un, car il permet notamment à celles et ceux qui travaillent ou doivent gérer la garde de leurs enfants d’organiser leurs vies pour pouvoir militer.

Dans ce terreau pouvaient ainsi être semées plusieurs graines. Grâce aux nombreux villages, mais aussi aux deux Tours Alternatiba qui ont sillonné le territoire, à des événements ponctuels ou à l’établissement de lieux alternatifs, les “alternatibases” servant de hub et de base arrière aux mobilisations, des groupes militants sont nés, se sont structurés et renforcés dans tous les territoires. Une attention particulière a été (et est toujours) dédiée à la montée en compétence de tou⋅te⋅s : par la pratique, évidemment, mais aussi grâce à un programme de formation continue, aux camps de formation estivaux (Camps Climat) et aux coordinations européennes, qui sont autant de temps de rencontre, de débat et de discussion au sein du réseau sur les objectifs du mouvement.

En parallèle, un travail de fond est mené pour transformer les territoires : formation au plaidoyer, stratégies gagnantes pour agir sur les politiques locales et renforcer le rapport de force citoyen sont en train d’être déployés un peu partout. Enfin, la résistance est constitutive de la genèse du mouvement. Que ce soit pour arracher le changement de politique d’une banque, ou pour faire grandir le rapport de force, nos stratégies intègrent le passage à la désobéissance civile 100 % non-violente en proposant plusieurs niveaux d’engagement pour permettre à chacun⋅e de contribuer en fonction de ses appétences et contraintes. Le récent blocage inédit de la Défense par 2030 citoyen⋅ne⋅s et plusieurs organisations fut l’occasion de démontrer que la massification de la désobéissance civile est possible. La multiplication des décrochages de portraits de Macron dans les mairies, loin d’être un jeu, est l’opportunité de taper où ça fait mal : en s’attaquant aux symboles, ce qui a provoqué une répression judiciaire disproportionnée, les militant⋅e⋅s ont dénoncé la vacuité de la politique gouvernementale et popularisé les véritables mesures qu’il faudrait mettre en place, même si le coût à payer se compte en gardes à vue et en procès.

Les graines plantées ont commencé à germer. Pas aussi vite que le haricot magique de Jack. Mais en réalité assez pour construire des bases solides, saines et démocratiques qui permettent aujourd’hui à nos mobilisations de prendre de l’ampleur et de s’ancrer dans la pérennité. C’est ça qu’il s’agit de continuer à arroser aujourd’hui.

N’ayons pas peur de dire la vérité

Mais nous devons également dire la vérité sur les efforts qu’il va falloir entreprendre, car nous sommes arrivé⋅e⋅s à un virage. Plus le temps pour une transition progressive : l’heure est venue de la métamorphose. Plus le temps pour des mesures fades et consensuelles : il faut à présent dire honnêtement ce que nous devons mettre en place si nous voulons être cohérent⋅e⋅s avec notre volonté de tout faire pour rester sous le seuil crucial des +1,5 °C de réchauffement global.

N’hésitons pas à dire tout cru ce que cet impératif, ce devoir moral, signifie. Ne tergiversons pas de peur de faire fuir les gens. D’abord parce que nous croyons sincèrement que ces derniers sont assez clairvoyants pour comprendre et accepter qu’il vaut mieux renoncer à quelques privilèges qu’à la survie de l’humanité. Ensuite, parce que beaucoup d’entre eux trinquent déjà, et ont perdu énormément avec ce système capitaliste et productiviste qui broie les plus faibles et enrichit une poignée d’ultra-riches. Les mobilisations de ces derniers mois, liant fin du monde et fin du mois, ne l’ont que trop bien montré. Ne taisons ni la responsabilité des grandes entreprises polluantes dont les activités brûlent la planète, ni celle de nos représentants politiques dont l’inaction et les petits pas fournissent le combustible, ni la nôtre. Nous devons passer en mode pompier : pour cela nous portons non seulement la responsabilité d’agir par la désobéissance civile et la construction des alternatives, mais aussi celle de cesser de soutenir ce système en soufflant sur ses braises.

Cela ne va pas faire plaisir à tout le monde : il va falloir renoncer au confort tel que la société de consommation et la publicité nous l’ont vendu comme idéal jusqu’alors (et duquel beaucoup sont exclus). Il va aussi falloir renoncer à la vision de l’avenir tel qu’on l’avait conçu jusqu’alors.

Notre manière de nous déplacer, de nous loger, de nous chauffer, de travailler, d’éduquer nos enfants, nos loisirs : rien ne sera comparable à ce qui nous semblait une évidence jusqu’à aujourd’hui. Ce renoncement semble effrayant ? Inversons-le ! Demandons-nous ce qui est acceptable, individuellement et collectivement : vaut-il mieux   renoncer à son SUV ou aux abeilles, cruciales pour la pollinisation et le maintien de la flore ? Vaut-il mieux renoncer à un week-end Paris-New York en EasyJet, ou au maintien de la paix dans de grandes zones du globe, où famines, sécheresses et conflits sur les ressources provoqueront guerres et déplacements de la population ? Vaut-il mieux renoncer à acheter un écran télé géant sur Amazon, ou à certains territoires, voués à disparaître sous la montée des océans ?

Nous faisons même le pari que ce changement de société inédit mais nécessaire peut construire autre chose : une vie réenchantée, où consommer ne sera plus la boussole de nos activités, où nous cesserons notre course effrénée à la croissance et aux profits pour avoir enfin le temps, où nous ne sacrifierons plus la santé de nos enfants, où nous recréerons du lien social et de la solidarité dans des territoires repeuplés de services de proximité, où les multinationales ne dicteront plus leur loi et où la démocratie ne sera pas une illusion.

Et si la bataille de +1,5 °C était déjà perdue ? Ne vaut-il pas mieux se faire à l’idée d’un effondrement inéluctable et préparer sa survie ? Non. D’abord parce que nous avons, en France, pays parmi les pays historiquement coupables de cette situation, et qui plus est hôte de la COP21, la responsabilité éthique de tout faire pour être exemplaires. Parce que chaque dixième de degré compte et que nous nous devons de sauver ce qui peut l’être. Parce qu’il est trop facile de renoncer et de se saisir de ce prétexte pour s’épargner les efforts et baisser les bras en faisant mine de ne pas voir celles et ceux qui seront les premiers impacté⋅e⋅s.

Prêtes à changer le système

Nous n’avons pas, cachée au fond d’un grimoire, la recette gagnante qui permettra de renverser la table et de faire jaillir de joyeuses alternatives. Elle n’existe probablement pas : elle se construit, petit à petit, elle se nourrit des soubresauts de l’Histoire, elle s’improvise en partie. En revanche, nous sommes animé⋅e⋅s d’une conviction : pour changer de système et construire des sociétés réellement soutenables, il nous faut construire un mouvement de masse, populaire et radical. Chaque mot est important. Ce mouvement doit être populaire et massif, parce que c’est la participation et l’adhésion d’un plus grand nombre qui permettra non seulement de faire basculer le rapport de force en notre faveur, mais aussi et surtout qui garantira la construction de sociétés solides, où les choix de consommation et de fonctionnement ne seront pas dictés par quelques-uns. Mais s’il n’était que populaire et massif, nous serions encore loin du compte : il se doit d’être aussi radical. Le degré de radicalité ne s’éprouve pas à la taille du casier judiciaire. Être radical⋅e, c’est s’attaquer au problème par la racine. Construire un mouvement de masse, populaire et radical, c’est donc offrir des modes d’actions qui permettent à tou⋅te⋅s de trouver une place, et allier étroitement alternatives et résistances pour renverser le système.

Car ce n’est pas contre le dérèglement climatique que nous luttons, en réalité. Mais contre le système qui le provoque. C’est pourquoi nous décidons d’orienter nos actions collectives et nos choix stratégiques vers tous les leviers qui peuvent saper ce système. Nous continuerons, certes, à nous opposer aux projets et aux politiques permettant l’extraction des énergies fossiles. Mais nous devons également ébranler les piliers de ce système : s’attaquer à la consommation en s’opposant aux systèmes des hypermarchés ou de la vente en ligne comme Amazon, qui freinent la relocalisation de l’économie, favorisent la disparition et la paupérisation des paysan⋅ne⋅s, multiplient les transports, encouragent la surconsommation. User ses fondements en dénonçant la publicité. S’interposer face à la logique des transports qui suppose d’aller toujours plus vite, toujours plus loin en nous mobilisant contre le secteur de l’aviation et pour la mobilité douce.

Ces derniers mois, à vitesse grand V, les mobilisations ont pris de l’ampleur. Continuons à décupler nos modes d’action. Multiplions les blocages de lieux stratégiques, et ce pendant plusieurs jours, pour donner corps à notre détermination à paralyser ce système. Poursuivons la désobéissance civile non-violente, même si pour cela certaines et certains doivent risquer jusqu’à la prison. Déclenchons une vague de décrochages de portraits présidentiels.

Lançons des boycotts géants pour déclarer et rendre concret notre refus de coopérer. Poursuivons les mobilisations populaires et massives, comme les marches, pour que toutes et tous puissent faire entendre leurs voix.

Mais nous serions inconséquent⋅e⋅s si notre seule volonté était de faire tomber le système actuel. Nous nous méfions du risque que celui-ci laisse la place à encore plus de chaos, à encore plus d’injustices, à encore plus de dérives autoritaires. Notre combat n’a de sens que s’il s’associe avec la construction collective d’un autre modèle. C’est pourquoi il faut poursuivre la multiplication des alternatives et soutenir leur implantation à toutes les échelles.

Enfin, continuons de faire grossir et grandir ce mouvement climat auquel nous appartenons. Poursuivons la formation et la montée en compétence de tou⋅te⋅s, par les formations, par les camps climat, pour que chaque territoire, chaque individu ait des outils pour résister et construire. Multiplions les Alternatibases, ces lieux d’entrée et d’accélération de la mobilisation, partout sur les territoires. Soutenons nos allié⋅es, aujourd’hui de plus en plus nombreux⋅ses, et notamment des mouvements sociaux comme celui des Gilets Jaunes.

Personne n’a choisi la date de sa naissance, mais nous nous trouvons tou⋅te⋅s à ce point de l’histoire de l’humanité où ce que nous ferons, ce que nous ne ferons pas et ce que nous laisserons faire va déterminer les conditions de survie de notre espèce et des équilibres planétaires tels que nous les connaissons. Interposons-nous face à chaque politique, chaque projet climaticide pour massifier la désobéissance civile. Construisons et soutenons les alternatives pour les faire changer d’échelle. Considérons le mouvement climat comme la meilleure assurance-vie qui soit et investissons notre temps ou notre argent pour lui permettre d’être à la hauteur du défi. N’ayons pas peur d’imaginer d’autres façons de vivre. Ensemble, déracinons ce système malade.

Segurtasun koefizientea zertarako? Joxerra Aizpurua Sarasola www.argia.eus/argia-astekaria/2647/segurtasun-koefizientea-zertarako

Ingeniaritza ikasketetako lehen urteetan gai teorikoak baino ez nituen izan, eta azken urteetan mundu praktikoarekin egin genuen topo. Makinen funtzionamendua eta altzairuzko zein hormigoizko egituren nondik norakoak azaldu zizkigutenean, gogoan dut irakasle batek segurtasun koefizientea aipatu zigula. Egitura bateko zutabeen hormigoia eta bere baitan dituen altzairuzko harien diametroa kalkulatzean, matematikak esandakoari, segurtasunaren mesedetan, bider bi edo bider hiru egin behar zela esplikatu zigun. Hain zuzen, horrela egiten zela.

Betidanik izan dut kontzeptu hori buruan eta New Yorkeko etxe-orratz baten edo hemengo zubi baten habeak ikustean, pentsamendu bera etorri izan zait burura: habeak behar baino lodiago eraikiko zituztela, seguritatearen izenean. Halaber, beti pentsatu izan dut eraikuntzetan aurrezpena lortu nahi bada, segurtasun koefizientea txikituz egin beharko dela, eta noski, zenbat eta merkeagoa izan egitura, orduan eta handiagoa da egitura hori kaltetzeko arriskua. Munduan, porrot egin duen egitura askoren atzean, eraikitzeko garaian material kaxkarrak edo segurtasun koefiziente nahikoa aplikatu ez izana dagoela gauza jakina da.

Irakasle hark esandako beste kontzeptu bat geratu zait buruan, tunelarena alegia. Tunel bat eraikitzean, auskalo zer topa dezakegun esaten zigun, material gogorregia, bigunegia, ura eta abar. Eta egia da, zenbat errepide lanetan gertatu dira tuneletan arazoak?

Azken urteetan kilometro dezente egiten ari naiz Euskal Herrian barrena, eta askotan egiten dut topo AHTren lanekin. Ingeniariaren begietatik, AHT zubien eta tunelen arteko egituren segida baino ez denez, askotan galdetzen diot neure buruari zutabe hori nolako koefizientearekin kalkulatuko ote  duten. Edo tunel horren barnean zein sorpresa ote dagoen ezkutaturik.

Euskal Herrian eraikitzen ari diren AHT zatiaren kostua 10.000 milioi eurotan estimatzen da, eta apirilean irakurri nuenez, zerbitzua 2024an abian jarri nahiko lukete agintariek, hiriburuen arteko ibilbidea zortzi euro kobratuz; egia esan, azken datu horiek harri eta zur utzi naute. Eraikuntza lanekin kezkatuta nengoen, alegia zutabeetako hormigoiaren eta altzairuen egiturekin eta tunel barneko sorpresekin, baina 2024. urtean zerbitzua abian jarriko dela ziurtatzea (hainbat lan garrantzitsu Madrilen erabakitzeko zain gaudenean) eta urtero 24.000.000 euro bilduko direla esatean (beraz, inbertsioa, ekonomikoki bederen, hondamendi ikaragarria izango denean), pertsona bezala lur jota sentitzen naiz, eta euskaldun eta hiritar bezala baboa, ia inork ez duelako esan inbertsioaren kapitala, interesak ahaztuta, ordaintzeko gutxienez 400 urte beharko direla. Horrelakoak ikusita, nahiago dut segurtasun koefizientean ez pentsatu.